Catégories
Féministes tant qu'il le faudra Podcasts

[Critique] Le bal des folles ou comment bâillonner l’expression féminine

Retranscription écrite du podcast

Jingle d’introduction « Behind the society : le podcast »

Pour ce nouveau podcast Critiques de Behind The Society, j’ai décidé de vous parler aujourd’hui du dernier film de Mélanie Laurent, sorti le 17 septembre 2021 sur la plateforme de streaming Prime Vidéo. Adaptation du roman de Victoria Mas paru en 2019, Le bal des folles tient pour théâtre la société française du 19ème siècle dans laquelle les femmes, ou plutôt, les “hystériques” comme elles étaient alors appelées, étaient envoyées à la Pitié Salpêtrière de Paris afin d’y être internées et soignées. Zoom sur ce film ambitieux au désir de justice pour ces femmes délaissées et dont la science s’est jouée.

Le bal des folles ou comment bâillonner l’expression féminine, un podcast réalisé par Marine Evain pour Behind The Society.

Jingle de transition

Si j’ai choisi aujourd’hui de vous parler de ce film, c’est avant tout pour son sujet et l’influence de celui-ci sur notre société actuelle. Car Le bal des folles c’est avant le parcours de ces femmes enfermées, martyrisées et maltraitées par des années de médecine et de science dont le Dr Jean-Martin Charcot, en fut l’une des figures emblématique à l’époque. 

Mais revenons rapidement sur le film en lui-même et sur l’histoire qu’il nous conte. Années 1880, Paris. Eugénie jouée par l’actrice Lou de Lâage est une enfant de la bourgeoisie française et également une grande passionnée de littérature, désireuse d’intégrer les grands cercles de discussion et de débats qui lui font tant rêver. Eugénie, néanmoins, a un don qu’elle peine de plus en plus à gérer : celui de voir et entendre les morts. Au cours d’une énième apparition, Eugénie avoue tout à sa grand-mère qui fait parvenir la nouvelle au père de la jeune fille. 

Convaincu que sa fille est folle et malade, son père l’envoie donc à l’institut de la Salpêtrière où Eugénie va être confronté à la réalité et au sort de ces femmes qualifiées d’hystériques, qu’on enferme et qu’on punit. Le directeur du service neurologique, autrement appelé “service des aliénés”, le Dr Charcot, organise toutes les semaines des séances d’hypnose publiques sur ses patientes qu’il utilise alors comme cobayes pour mener ses expériences. Durant son séjour à la Salpêtrière, Eugénie fait la connaissance de Geneviève, infirmière en chef du service. Si les deux femmes vont commencer par se haïr l’une l’autre, elles vont finalement comprendre les rouages de cet institut patriarcal et tenter de s’en défaire.

Mais voici tout de suite un petit aperçu du film avec sa bande annonce que je vous propose d’écouter. 

Bande annonce

Avant toute chose, il est important de comprendre que le bal des folles existait vraiment au 19ème siècle. Les bourgeois venaient alors de tout Paris pour assister à ce bal organisé tous les ans depuis 1835 à la mi-carême. Le temps d’une soirée, les femmes internées à la Salpêtrière étaient autorisées à se déguiser et à se mélanger avec la haute société parisienne. Ce phénomène attirait évidemment la curiosité des invités qui découvraient alors ce qui se cachait derrière les murs du plus grand établissement de l’hôpital général de Paris. L’expression du bal des folles en elle-même ne vient pas des gestionnaires de l’institut, elle est plutôt journalistique. Car ces femmes contorsionnées et “sans limites” comme le rappelaient souvent la presse de l’époque étaient l’occasion pour ces spectateurs méticuleusement choisis d’observer la maladie, l’expression de la dégénérescence dont le peuple parisien, en particulier les femmes, redoutaient tant. Les corps exhibés sont épiés, scrutés, à la recherche du moindre geste obscène, du moindre comportement déviant, de la moindre crise d’hystérie tant attendue. 

Cette curiosité malsaine est particulièrement bien dépeinte dans le film de Mélanie Laurent : aussi bien lors des séances d’hypnose publiques que lors du bal en lui-même. Dès lors, le regard des autres se pose directement sur ses corps en souffrance, des regards mélangés entre le dégoût et la fascination. Les hommes, les docteurs bien souvent, hypnotisent et sont hypnotisés par ces sujets d’expérience scientifique en tout genre. Il y a un certain plaisir vicieux qu’on remarque aisément dans le film : celui d’avoir tout pouvoir sur ces jeunes filles voire même de faire du Dr Charcot le “nouveau” père d’Eugénie par exemple. Il est le seul à pouvoir décider du sort de ses patientes sans quoi elles croupissent des années entre les quatre murs de la Salpêtrière. Réellement, le film Le bal des folles nous invite à nous questionner sur les intentions de la médecine vis-à-vis de ces femmes : les aider ou simplement en faire des bêtes de foire, exposées une fois par semaine aux yeux du monde quand, le reste du temps, les filles ne sont que soumises aux expériences malsaines des docteurs. De plus, les patientes enfermées à la Salpêtrière sont également vues comme des proies faciles, en témoigne la relation entre Ernest et Louise. Fragilisée par l’enfermement, Louise considère Ernest comme son sauveur, du moins elle voit en lui le regard de quelqu’un qui lui porterait un intérêt non pas pour sa maladie mais pour ce qu’elle est réellement. Même si ce n’est évidemment pas le cas…

Derrière l’expression de bal des folles, on notera bien sûr un certain vocabulaire visant aujourd’hui à décrédibiliser l’expression féminine. En outre, l’hystérie a été inventée aux alentours des années 1830 afin de désigner un mal qui ne toucherait que les femmes et venant de l’utérus. Le travail de Jean-martin Charcot a été plus tard de prouver que cette maladie était avant tout neurologique. Mais cette terminologie a un coût aujourd’hui. En effet, si le mot n’a plus aucune valeur scientifique et médicale selon les chercheurs, il n’en reste que les émotions féminines sont sans cesse ramenées à cette notion d’hystérie. Les femmes seraient ainsi incapables de maintenir leurs calmes, emprises à des crises de nerfs irrationnelles qu’on ne saurait gérer. On assiste donc à la décrédibilisation constante de la parole des femmes, la politique étant le meilleur exemple où la colère exprimée par une femme y est très mal vue. On l’observe très bien dans le film lorsque Eugénie s’emporte face au médecin qui la juge. Sa parole est dessencialisée car hystérique et donc sans valeur réelle. En retour, Eugénie est punie, du moins doit suivre un traitement à base de bain glacée ou de douches à jet puissant. Lorsque Eugénie se rebelle davantage, c’est l’enfermement total qu’on lui impose : sans lumière, ni chaleur. La Salpêtrière s’avère être un lieu de maltraitance où le but n’est définitivement pas de soigner mais de traumatiser, d’extraire de ces femmes la vie qui les anime, d’en faire des coquilles vides plus faciles à dresser… 

Jingle de transition

Néanmoins, Le bal des folles est également l’expression d’une sororité inébranlable. Elle est même la seule véritable lumière du long-métrage car elle rappelle l’entraide naturelle que ces femmes organisaient d’elles-mêmes. Au début du film, Eugénie y est plutôt réticente, terrorisée face aux autres habitantes de la Salpêtrière qu’on lui a toujours appris à craindre ou du moins à éviter. L’expérience d’internement partagée par toutes les filles va cependant aider Eugénie à se rendre compte de quelque chose qu’elle n’avait jamais réalisé auparavant : non ces femmes ne sont pas folles ni dangereuses mais seulement victimes d’un système patriarcale qui ne supporte pas qu’une femme hausse le ton, soit différente ou seulement malade. Ces femmes font peur car elles ne peuvent garder sous cloche les émotions qui les animent. De la même façon, Geneviève, sous les ordres du Dr Charcot mais dont le métier la confronte tous les jours aux patientes, commence à émettre des doutes lorsqu’elle réalise qu’Eugénie peut l’aider à faire le deuil de sa sœur. L’amitié qui se tisse entre les internés et le personnel féminin de la Salpêtrière semble donc être le seul remède à la mélancolie. 

Si Le bal des folles est un film poignant difficile à regarder, il n’est que trop important pour se rendre compte des origines du patriarcat et de la domination des hommes sur les femmes encore aujourd’hui. Outil suprême de dépossession de la crédibilité féminine, la médecine a tenté à de nombreuses reprises de soumettre les femmes à l’enfermement afin de les faire taire. Mais c’était sans compter la sororité et la solidarité des femmes entre elles que Mélanie Laurent a su si bien reproduire dans son film à découvrir urgemment.

Jingle de fin « c’était Behind the society : le podcast, une série d’épisodes à retrouver sur Deezer, Spotify, Apple Podcasts et Google Podcasts. »

Catégories
Féministes tant qu'il le faudra L'île de Lille

Marche féministe du 12 mars : ambiance festive et modérée

La manifestation, au départ de la place de la République, remonte le boulevard Gambetta avant de s’engager sur la rue Colbert et redescendre sur le boulevard Vauban. Après avoir longé la rue Solférino, le cortège retourne à place de la république, rejoignant au niveau de Sébastopol le cortège « Look Up »: la manif pour le climat qui se tenait le même après-midi.

Contrairement à la marche nocturne du 8 mars, cette manifestation affiche un aspect moins radical : peu ou pas de slogan fort, un cortège bon enfant, plus festif que revendicatif (à l’image de la pride de Paris organisée par l’inter) et en somme assez peu d’intersectionnalité.

En effet, malgré la présence de quelques drapeaux LGBTQ et pancartes au tons plus radicaux et queer/pro-TDS, la manifestation affiche clairement une dimension très cis-hétéro centrée, avec des pancartes centrées sur la vulve/le clitoris et d’autres ouvertement putophobes.

A l’arrivée sur Sébastopol, le cortège rencontre celui de la marche pour le climat, rencontre bien sur prévue à l’avance. Si aucun conflit réel n’est a regretter, et que les prises de paroles à ce moment la arbore une dimension plus convergente, quelques disputes et éclats de violences, on cependant lieux entre des manifestant.e.s de la marche féministe et un groupe de gilets jaunes présents dans la manif « Look Up », ces dernier leur reprochant de ne pas participer aux « vrais luttes »…

Les deux cortèges réunis arrivent finalement à république quelques minutes après leur départ de Sébastopol, le rassemblement se dissipe rapidement et sans violence, à l’image de la manifestation dans son ensemble : calme et sans remous.

Catégories
Féministes tant qu'il le faudra Podcasts

[Portraits de vie] Quand l’associatif vient endiguer les violences sexistes et sexuelles

Le 1er janvier 2022, alors que la plupart des Français se réveillaient du nouvel an, 3 femmes étaient déjà mortes sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint. L’année dernière, en 2021, l’hexagone a enregistré 113 féminicides. On estime ainsi qu’en France, une femme est tuée tous les 2 ou 3 jours sous les coups de son conjoint ou ex-conjoint. Les confinements successifs entre 2020 et 2021 n’ont fait que renforcer la problématique. En un an, la ligne d’écoute nationale du 3919 a ainsi enregistré une hausse de plus de 70% des appels pris en charge. Dans la large majorité, ces appels concernent des cas de violences conjugales et dans 86% des cas, les femmes appellent pour la première fois le numéro d’aide. La situation est donc particulièrement alarmante mais le mouvement #metoo, balancetonporc, l’affaire Weinstein ou encore l’action importante des associations permet de faciliter la libération de la parole et de l’écoute. Un sujet qui s’invite également dans la campagne présidentielle, tant la situation nécessite l’intervention urgente des pouvoirs publics. Pourtant en attendant, c’est principalement sur les associations, comme Nous Toutes, que repose tout le système. 

Blandine Cuvillier est coordinatrice du collectif Nous Toutes à Lille, l’une des principales associations qui lutte contre les violences sexistes et sexuelles. 

Quand l’associatif vient endiguer les violences sexistes et sexuelles, un podcast réalisé par Manon Hilaire.

Intervenant :

Blandine Cuvillier : coordinatrice du collectif Nous Toutes de Lille

Retranscription écrite du podcast

Jingle d’introduction « Behind the society : le podcast »

Manon, animatrice

Le 1er janvier 2022, alors que la plupart des Français se réveillaient du nouvel an, 3 femmes étaient déjà mortes sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint. L’année dernière, en 2021, l’hexagone a enregistré 113 féminicides. On estime ainsi qu’en France, une femme est tuée tous les 2 ou 3 jours sous les coups de son conjoint ou ex-conjoint. 

Les confinements successifs entre 2020 et 2021 n’ont fait que renforcer la problématique. En un an, la ligne d’écoute nationale du 3919 a ainsi enregistré une hausse de plus de 70% des appels pris en charge. Dans la large majorité, ces appels concernent des cas de violences conjugales et dans 86% des cas, les femmes appellent pour la première fois le numéro d’aide. La situation est donc particulièrement alarmante mais le mouvement #metoo, balancetonporc, l’affaire Weinstein ou encore l’action importante des associations permet de faciliter la libération de la parole et de l’écoute. Un sujet qui s’invite également dans la campagne présidentielle, tant la situation nécessite l’intervention urgente des pouvoirs publics. Pourtant en attendant, c’est principalement sur les associations, comme Nous Toutes, que repose tout le système. Blandine Cuvillier est coordinatrice du collectif Nous Toutes à Lille, l’une des principales associations qui lutte contre les violences sexistes et sexuelles. 

Quand l’associatif vient endiguer les violences sexistes et sexuelles, un podcast réalisé par Manon Hilaire.

Blandine Cuvillier : 

Je suis Blandine Cuvillier, j’ai 26 ans et je suis membre du collectif Nous Toutes à Lille. Nous Toutes est une organisation horizontale, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de présidente ni rien et j’occupe le poste de coordinatrice du collectif Nous Toutes de Lille. 

J’ai commencé à militer au sein d’association en 2015, j’avais plus de temps libre vu que je sortais de ma première année de médecine. J’ai eu le concours et je suis rentrée en kiné. On a créé l’association « Lille sans relou » où j’étais vice-présidente en charge de la sensibilisation dans les espaces publiques et semi-publiques. J’ai besoin d’avoir du sens et faire des choses dans ma vie qui sont pour moi chargée de sens, donc j’ai rapidement été aux marches Nous Toutes et en septembre 2020, j’ai intégré le collectif Nous Toutes de Lille. Rapidement j’ai participé à l’organisation des manifs en 2019, et j’ai organisé celle de 2021 sur Lille.

Nous Toutes c’est vraiment un collectif qui a pour but d’élever le niveau de sensibilité et de connaissances de la société face aux violences sexistes et sexuelles. On a du coup souvent des évènements ponctuels, comme l’organisation de la marche, même si ce n’est pas ponctuel vu qu’on met 3 mois à l’organiser, mais tout un tas de petites choses comme ça. Sinon de plus en plus, on essaye de se structurer et de pérenniser des actions à l’année donc on va se lancer dans l’organisation de formations dans les collèges et lycées. Je donne aussi une formation sur l’histoire des violences sexistes et sexuelles, donc éventuellement des petits débats et conférences sur ces sujets-là. Et puis on va souvent, fin ça arrive, qu’on organise des collages, des réunions entre nous, … En général c’est moi qui organise les réunions où on va se rencontrer et on va discuter de tout ça. Mais là c’est bien il y a de plus en plus de militants qui se motivent au sein de Nous Toutes donc ça fait vraiment très plaisir à voir et je pense que ça laisse espérer de belles choses pour l’avenir de Nous Toutes. 

Transition musicale

Manon :

Le 5 janvier 2022, Nous Toutes annonçait vouloir se désolidariser du collectif « Féminicides par conjoint ou par ex » qui établissait un décompte quotidien du nombre de féminicides. Pendant 4 ans, Nous Toutes relayait ainsi ces chiffres, permettant de médiatiser la cause. Cependant, le collectif ne prenait en compte que les féminicides conjugaux, n’englobant donc pas entièrement la définition de l’ONU qui indique qu’un féminicide est « le meurtre d’une femme et/ou d’une fille du fait d’être une femme ou une fille, ou d’être perçue comme telle ». De plus, le collectif était aussi dans la tourmente car accusé de propos transphobes et de ne pas inclure les femmes trans dans leur décompte. Vous avez donc annoncé dans la foulée, que vous alliez vous-même établir le décompte. Comment allez-vous le réaliser ? Et en quoi cela vous impacte-il ? 

Blandine Cuvillier : 

On a décidé qu’on ne pouvait tout simplement plus relayer cela car ça ne faisait pas partie de nos valeurs. Ça faisait un petit moment qu’on espérait trouver un autre décompte qui prenait également en compte les féminicides de personnes trans. Du coup ça juste a accéléré notre décision. Après je ne suis pas au sein du collectif national donc je ne pourrais pas dire comment ça va être fait mais je pense que ça va être fait comme le faisait Féminicides par conjoint et par ex, c’est-à-dire on va monter une équipe de personnes qui vont se charger de faire ça, répertorier les féminicides. 

Transition musicale

Blandine Cuvillier : 

Tous les ans, le gouvernement publie le nombre de féminicides qu’il y a eu 3 ou 4 ans avant, et d’ailleurs il faut bien noter que quasiment à chaque fois on a eu le même décompte entre les associations qui ont fait le décompte 4 ans avant et le décompte du ministère d’après les compte-rendu, ce qui montre que notre décompte est fiable.

Je pense que ne pas avoir de chiffres c’est ne pas citer, ne pas avoir de place et c’est ne pas dénoncer un problème. Donc je pense qu’il serait vraiment nécessaire que le gouvernement visibilise ces chiffres et s’en empare vraiment. Je pense vraiment que faire le décompte des féminicides qu’il y a depuis le début d’année est primordial car ça permet vraiment d’élever les consciences et ça montrerait que l’État et le gouvernement français s’engage personnellement. Après j’entends qu’ils ont du mal à savoir tant qu’il n’y a pas eu de décisions de justice mais les faits sont là, on a quasiment les mêmes chiffres donc il pourrait dire : c’est un décompte provisoire qui est amené à évoluer en fonction des enquêtes judiciaires. 

Manon :

La décision de suspendre le relai du décompte des féminicides par féminicides par conjoint ou ex, a été fait car ils étaient accusés de transphobie. Pourtant, Nous Toutes a également été accusé de transphobie et de manque d’inclusion, avec le point majeur de ces scandales, la manifestation annuelle de Nous Toutes qui a été organisée à la même date que le jour du souvenir trans en honneur aux victimes trans, le 20 novembre 2021. Nous Toutes s’est défendu en indiquant qu’ils avaient eu l’accord des associations trans, mais tout de même comment expliquer le revirement de politique concernant ce sujet ? 

Blandine Cuvillier : 

Je ne parlerais pas de revirements en fait, je pense que le tort que Nous Toutes a pu avoir c’est de ne pas avoir assez pris en compte la problématique spécifique des violences faites aux trans. Mais je pense que c’est en ça qu’on fait des efforts et qu’on fait attention, et qu’on peut avoir l’impression qu’il y a un revirement, mais on n’a jamais tenu de propos transphobes, en tout cas de ce que je connais, il n’y a pas eu de messages ou de post transphobes qui ont été faits. Quand on nous a dit, « attention vous n’êtes pas assez inclusives » on a dit : ok on va faire des efforts et là on a fait des efforts. On a vraiment essayé de faire un max et ça fait plaisir de voir que c’est vu aujourd’hui comme une évolution et que le regard sur le collectif change parce qu’en fait Nous Toutes c’est un collectif qui lutte et qui a toujours lutté contre les violences sexistes et sexuelles faites à toutes les femmes. Peut-être qu’on ne le précisait pas assez donc je comprends qu’il y a pu avoir de la mésentente et je suis vraiment profondément désolée d’ailleurs s’il y a des personnes qui ont pu être blessées à cause de ça mais ça n’a jamais été l’intention d’être violent parce que je pense que pour avancer il faut se soutenir en fait. Il faut qu’on se soutienne toutes, dans la lutte contre toutes les violences parce que si on se soutient, on s’élève chacune les unes les autres, on se pousse vers le haut et c’est comme ça qu’on fait avancer quelque chose. 

Manon :

Sur un sujet plus politique, Emmanuel Macron a caractérisé et répété à de très nombreuses reprises que la lutte contre les violences faites aux femmes était la grande cause de son quinquennat. Et pourtant, dès le 1er jour de l’année 2022, on dénombrait déjà 3 féminicides. Donc face aux grands discours, on remarque bien que la réalité sur le terrain, elle est tout autre. Quelles sont vos attentes en termes de politiques publique sur le sujet ? 

Blandine Cuvillier : 

Je pense que je peux dire que j’attends des actions concrètes, de base, mais au-delà en fait, c’est dingue de devoir en être là, de se dire que moi ce que j’attends de Mr Macron c’est de la décence. Ça suffit de dire que c’est sa grande politique, sa grande cause alors qu’il ne fait rien en fait. Il utilise la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, et instrumentalise les victimes à des causes politiques, à des fins électorales. J’attends de la décence en fait de la part de cet homme, qui va parler d’homme à homme avec un homme qui est accusé de viol, et qui d’ailleurs l’a nommé dans le top 5. De la part de Macron j’attends de la décence, rien de plus de lui. 

De la part des autres, j’attends des actions concrètes, parce qu’il y a des choses concrètes qui ont déjà été mises en place ailleurs. Je pense notamment à l’Espagne ou aux pays scandinaves. Il y a des choses qui ont fonctionné, on a du recul sur ces choses-là. Donc c’est-à-dire qu’on ne peut pas nous dire « on ne sait pas quoi faire » ou « on n’a pas l’argent ». En fait, c’est un problème de budget ? La lutte contre les violences sexistes et sexuelles est moins importante qu’un budget ? C’est complétement insensé. La cour des comptes a dit qu’il fallait mettre sur la table 1 milliard pour lutter efficacement contre les violences sexistes et sexuelles. Je pense que c’est pour lutter objectivement contre ces violences aujourd’hui, mais aussi demain et après-demain.  Et donc il y a plein de choses qui peuvent être mises en place, tant en termes de moyens, ouverture de centres ou foyers pour des femmes seules, pour des femmes qui fuient leur conjoint violent qui a été sorti du foyer, car ça devrait être la norme, pour des bracelets anti-rapprochement, des groupes de paroles, accompagnements physiologiques et juridiques des femmes victimes mais aussi une formation des professionnels et des personnels impliqués dans les parcours des personnes victimes de violence. Je pense aux personnels enseignants que ce soit à l’école maternelle, primaire, collège, lycée et même faculté qui côtoient des enfants qui sont victimes. Je pense aussi notamment aux professionnels de santé. Moi en tant que professionnel de santé je pense qu’on a des lacunes vraiment inadmissibles dans la détection et prise en charge de ces violences. C’est aussi les magistrats, les députés et les ministres aussi. 

Il y a des choses vraiment concrètes à faire pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles. Le problème, ce n’est pas de les faire, c’est de vouloir les faire et vouloir s’investir dans cette lutte et aller plus loin que les paroles. 

Manon :

Comme vous l’avez mentionné tout à l’heure, l’Espagne par exemple est un pays à la pointe en termes de lutte contre les violences physiques ou sexuelles. Mais alors, comment expliquer que la France soit tant en retard sur le sujet ? 

Blandine Cuvillier : 

Je sais que, par exemple, en Espagne ils étaient très en retard après la dictature de Franco et du coup comme ils étaient en retard sur les autres, ils ont décidé de mettre un grand coup dans tout ça et ils ont mis beaucoup d’argent sur la table d’un coup. Et c’est pour ça qu’aujourd’hui ils sont aussi en avance sur les violences sexistes et sexuelles. Ils étaient en retard et d’un coup ils ont décidé d’avancer et donc c’est possible. Et maintenant c’est nous qui sommes en retard. 

Pourquoi on est en retard ? Parce qu’on a toujours pensé que c’était un problème qui était privé et qui n’était pas un problème de société. Ce n’est que depuis #Metoo et la libération de la parole qu’on se rend compte que c’est un problème de société, un problème qui va bien plus loin que l’interaction simple entre deux individus. Mais pour autant ça reste une spécificité française, que je n’explique pas vraiment. Pourquoi est-ce qu’on a autant décrié Weinstein et autant parlé, et c’est une très bonne chose, alors que pour Luc Besson par exemple, il y a très peu de connaissances vis-à-vis des accusations qui sont faites à son encontre ? 

Je pense quand même qu’il y a une spécificité française, d’ailleurs pour y répondre il y a le livre « culture du viol à la française » de Valérie Rey-Robert.  Je sais que ça avait beaucoup éclairé. 

C’est une volonté de fermer les yeux pour éviter de voir le problème en fait. 

Jingle de fin : « c’était Behind the society : le podcast, une série d’épisodes à retrouver sur Deezer, Spotify, Apple Podcasts et Google Podcasts. »

Liens utiles

Catégories
Féministes tant qu'il le faudra

Sindy : une femme de plus victime de cyberharcèlement alors que c’est déjà trop.

Dans la nuit du 4 au 5 octobre 2021, une adolescente de 14 ans nommée Dinah mettait fin à ses jours alors qu’elle subissait du harcèlement à son école. Mais ce harcèlement dépassait largement les grilles du collège puisque la jeune fille recevait des menaces et des messages d’une grande violence sur les réseaux sociaux, de quoi empoisonner encore plus le quotidien de l’adolescente. Malheureusement, Dinah n’est pas la seule victime de ce fléau. Un nombre conséquent de personnes ont déjà subi des violences sur le net, notamment les femmes (qu’elles soient cisgenres ou transgenres). Une femme en particulier a décidé de témoigner face aux vagues de haine qu’elle reçoit quotidiennement : Sindy élève sa voix pour clamer sa souffrance et celle de toutes les femmes qui sont constamment harcelées sur les réseaux sociaux. Retour sur son histoire.

Trigger Warning : cet article contient plusieurs témoignages liés au cyberharcèlement, notamment des messages d’une brutalité extrême dans lesquels il est question de menaces de viol et de violences. Ce contenu peut donc ne pas convenir à certaines personnes et (re)déclencher un traumatisme psychologique, prenez donc vos précautions dans la lecture de cet article.

Figure de féminisme sur les réseaux sociaux et sur YouTube

Ex-membre du groupe français de hip-hop Team BS, Sindy âgée de 26 ans aujourd’hui, est influenceuse, chanteuse et youtubeuse. La jeune femme utilise fréquemment les plateformes qu’elle possède pour faire passer des messages féministes et échanger avec sa communauté sur les problématiques de la société actuelle. Depuis plusieurs années maintenant, Sindy représente l’authenticité et la bienveillance qu’il nous manque tant sur les réseaux sociaux. Toujours prête à apporter son soutien aux femmes et aux minorités de genre de sa communauté et à ses collègues, elle fait preuve de détermination quand il s’agit de dénoncer le sexisme et de parler publiquement des violences qu’elle subie en tant que femme du 21ème siècle. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’elle a publié une vidéo sur YouTube le 16 mai 2021, dans laquelle elle évoque pour la première fois des abus sexuels de la part d’un homme « de son entourage », dont elle a été victime, pendant 2 ans, lorsqu’elle avait seulement 15 ans environ. Une vidéo qui a permis de libérer la parole sur ce sujet et qui a motivé d’autres victimes à témoigner. Mais quelques mois plus tard, la jeune femme révélera que cette vidéo n’a pas attiré que du positif….

Victime de cyberharcèlement depuis deux ans simplement parce qu’elle est une femme

En septembre dernier, Sindy publie une vidéo sur sa chaîne YouTube appelée « Jusqu’à quand ? ». Elle révèle alors qu’elle est victime de cyberharcèlement depuis 2 ans visant « sa qualité de femme ». En effet, elle affirme recevoir constamment des photos « non-désirées » et des menaces de viols. Les messages sont d’une violence sans noms et il est clair qu’elle n’aurait pas reçu ce type de messages si elle n’avait pas été une femme. Ce harcèlement va même au-delà des réseaux sociaux puisqu’on apprend dans cette même vidéo que des personnes se sont introduites chez elle pendant qu’elle dormait afin de lui voler son téléphone et son ordinateur, elles l’ont également gazées. Le problème, c’est que peu de personnes sont capables de se rendre compte des conséquences que peut engendrer le harcèlement. Un « simple message » peut avoir un impact considérable sur la personne visée. C’est ce que Sindy explique en parlant du fait qu’elle a fait « une crise d’angoisse qui a conduit à la visite des pompiers » chez elle à cause « du message de trop ». Au-delà de son récit, Sindy lance un appel.

« On a besoin de votre aide, je ne veux plus que mes sœurs aient peur de rentrer chez elles le soir. […] Un jour, ils vont trouver ma petite sœur, j’ai peur pour elle, j’ai peur pour moi. »

Sindy dans sa vidéo YouTube « Jusqu’à quand ? »

Devoir se battre, voilà où en sont les femmes et les minorités de genre aujourd’hui, le simple fait d’être une femme* et de vouloir vivre librement est devenu un combat.

De plus, dans sa vidéo, Sindy rajoute qu’il y a un réel manque d’encadrement au niveau de la justice quand il s’agit de cyberharcèlement. Elle est obligée de faire une capture d’écran de chaque message et chaque photo qu’elle reçoit afin de « prouver » qu’elle est effectivement bien harcelée sur les réseaux sociaux. Elle doit donc subir toutes ces menaces et littéralement laisser faire ses harceleurs uniquement pour justifier le fait qu’elle a besoin d’être protégée et que ces harceleurs méritent d’être punis par la loi. Voilà de quoi susciter la colère et l’indignation générale.

« Est-ce que je vais devoir faire la une d’un fait-divers pour qu’on comprenne enfin que les femmes ont besoin d’être respectées, de se sentir en sécurité et que c’est un besoin primaire ? ».

Sindy dans sa vidéo YouTube « Jusqu’à quand ? »

Un appel à l’aide qui a résonné chez beaucoup de monde.

#Cybersindy : une souffrance générale

Et contrairement à ce que certain.e.s se plaisent à penser, ce n’est pas parce que Sindy est une personnalité publique que ces comportements haineux sont justifiés. Il est bon de rappeler qu’énormément de femmes* « anonymes », cis et trans, sont également sujet.t.e.s à ce type de harcèlement. C’est ce qu’on a pu voir avec les nombreux témoignages qui sont apparus sur Twitter avec la naissance du #cybersindy. Ce dernier est apparu seulement quelques heures après la publication de la vidéo « Jusqu’à quand ? », sur Twitter. Une libération de la parole, et une envie encore plus forte d’un soulèvement pour chacune des personnes qui a déjà souffert ou qui souffre actuellement de ces violences incessantes. Car en effet, les femmes et les minorités de genre souffrent, mais ce n’est pas pour autant qu’elles baissent les bras. Un vent de détermination à soufflé suite au témoignage de Sindy et des autres femmes*, et il n’est pas près de s’arrêter.

Sur cet hashtag, on retrouve un florilège de messages de menaces les plus violents les uns que les autres, publiés à travers de captures d’écrans par les victimes, comme illustré ci-dessous.

Tweet de Sindy dénonçant un de ces cyber harceleurs
Tweet anonyme dénonçant des messages extrêmement choquant
Tweet anonyme dénonçant des messages extrêmement choquant
Message anonyme reçu par une victime de cyberharcèlement

Vous aussi vous avez envie de vomir ? D’autres femmes* racontent directement ce qui leur est arrivé.

Tweet anonyme dénonçant l’harcèlement de rue
Tweet anonyme dénonçant l’harcèlement de rue

À travers tous ces messages plus horribles les uns que les autres, on peut vite comprendre que les femmes* sont plus souvent sujettes au cyberharcèlement, et au harcèlement en général, que les hommes. Une simple photo où l’on aperçoit un bout de peau, une tenue moulante ou même un simple jean slim et ça y est : c’est le déferlement de critiques. Tout ça simplement parce que les femmes* souhaitent s’habiller comme elles le veulent, et vivre comme elles l’entendent. Pour vous donner une idée, l’organisation humanitaire Plan International a effectué une enquête en 2020 à partir des témoignages de 14 000 filles et jeunes femmes, âgées de 15 à 25 ans, qui utilisent les réseaux sociaux dans 22 pays différents. Résultats sans appel : 58 % des femmes et jeunes femmes interrogées révèlent avoir été victimes, au moins une fois dans leur vie, de harcèlement ou d’abus en ligne. D’après la même enquête, ce harcèlement se traduit le plus souvent par « des propos abusifs ou insultants ». Au vu de la place très importante que possèdent les réseaux sociaux dans la vie des jeunes, on imagine facilement que les conséquences du cyberharcèlement sur la vie des jeunes filles et des femmes* est terrible.

Le témoignage glaçant de Sindy pour Konbini

Les conséquences : c’est ce sur quoi s’est exprimée Sindy à travers une vidéo-témoignage pour le média en ligne Konbini. Elle a également lu un des messages qu’elle a reçus, qui est d’une brutalité inqualifiable, voici ce dernier : « Espèce de petite salope, je te démonte tous les trous d’abord, puis tu me suceras la bite. Après je te la mets dans la chatte et tu me supplieras de t’enculer à mort, je te baiserai tous les jours et tu seras ma petite pute ». Il faut bien comprendre que ce message, qui est extrêmement choquant, ne représente qu’UN seul exemple parmi tous les autres messages que la jeune femme a pu recevoir tout au long de ces derniers mois.

Imaginez un peu : tous les jours, vous levez le matin et regardez votre téléphone sur lequel vous voyez apparaître plusieurs dizaines de messages qui contiennent des menaces de viol. Ne serait-ce qu’un message, c’est déjà très violent, mais malheureusement, dans les cas de cyberharcèlements, on atteint très rapidement les centaines. Sindy, les larmes aux yeux, se confie : « Des fois, je suis en train de me maquiller parce que mon mec arrive, et je me dis qu’il va falloir qu’on passe du temps ensemble, et j’ai ces mots-là dans ma tête qui me dégoûtent de moi-même. Ou j’ai l’impression que même dans ma sexualité personnelle, je ne pourrais jamais être respectée. Je me sens profondément salie et sale. » Voilà la dure réalité et le quotidien d’une femme harcelée sur les réseaux sociaux. De plus, on apprend dans cette même vidéo que la jeune a eu un accident de trottinette. L’épuisement et la tristesse provoqués par la haine qu’elle recevait quotidiennement lui ont fait perdre connaissance alors qu’elle était à bord d’une trottinette électrique. Un trauma crânien, lui causant une perte de mémoire, et plusieurs blessures artificielles, notamment sur le visage : un accident qui aurait pu avoir des conséquences encore plus graves, d’après Sindy.

20 Novembre 2021 : « On va se battre pour nos droits de femmes »

Quelques semaines seulement après la révélation de son cyberharcèlement, Sindy a annoncé qu’elle participera à la manifestation du 20 novembre 2021, organisée par #NousToutes. La jeune femme a largement relayé l’information sur ses réseaux sociaux, ce qui a permis à de nombreuses personnes d’aller manifester contre les violences sexistes et sexuelles qui visent les enfants, les femmes* et les personnes trans. C’est ainsi, qu’environ 60 manifestations ont eu lieu à travers la France durant cette fameuse journée. Les manifestant.e.s ont également « exiger des politiques publiques à la hauteur » contre ces violences qui ne cessent de causer des troubles et d’avoir un énorme impact sur la vie des personnes concerné.e.s. Selon les organisateurs-trices, la marche organisée à Paris a réuni 50 000 personnes. Et évidemment, Sindy faisait partie du cortège.

Elle a ensuite posté plusieurs clichés pris pendant la manifestation sur Instagram, avec, comme légende, une très belle citation de Simone Veil qui résume bien la lutte que les femmes mènent tous les jours pour leurs droits : « Se vouloir libre, c’est aussi vouloir les autres libres. Vivre, c’est vieillir, rien de plus. La femme n’est victime d’aucune mystérieuse fatalité : il ne faut pas conclure que ses ovaires la condamnent à vivre éternellement à genoux. » Durant toute cette journée, les rues des grandes villes ont vu défilées des pancartes violettes sur lesquelles on pouvait lire des messages et des slogans forts : cris de colère et appel à la justice qui ne fait pas toujours son travail, les femmes* n’en peuvent plus.

Photo publiée par Sindy sur son compte Instagram
Photo publiée par Sindy sur son compte Instagram

Une détermination à toute épreuve

Il y a 3 mois maintenant, Sindy a publié une vidéo de plus de 40 minutes sur sa chaîne YouTube appelé « MA DERNIÈRE STORYTIME DE L’ENFER-cambriolage, cyberharcèlement, accident ». Dans cette dernière, la jeune femme décrit précisément les derniers événements qui ont soudainement bousculé sa vie, elle évoque également son ressenti sur la situation. Depuis qu’elle a décidé de parler publiquement de tout ce qu’elle a subi ces derniers mois, on lui a très souvent reproché « d’utiliser » son histoire pour faire le buzz et attiser la pitié des internautes. Comme elle le précise dans cette même vidéo, elle a décidé de rendre publique son histoire, non pas pour attirer l’attention sur elle, mais pour réellement montrer les graves conséquences qu’un tel déferlement de haine peut provoquer. Elle prend la parole sur ce sujet afin que d’autres femmes*, qui sont peut-être dans le même cas qu’elle, puissent également se libérer de cette violence qu’elle pourrait subir quotidiennement, pour qu’elles se préservent avant qu’il ne soit trop tard.

C’est pour cela que les femmes et les minorités de genre continuent à se battre, à mener des actions pour montrer qu’elles ont le droit de disposer de leur corps comme elles le souhaitent. Femmes*, fortes et déterminé.e.s, elles ne sont pas prêtes à laisser de côté leur conviction. Malgré le fait que le cyberharcèlement rime souvent avec impunité, elles continueront de prendre la parole sur les violences dont elles souffrent, et elles continueront à faire comprendre que ce n’est pas parce qu’elles sont victimes qu’elles sont forcément vulnérables. Bien au contraire. Il est toujours bon de rappeler que les féministes ne sont pas « des hystériques », mais bien des personnes qui réclament l’accès aux mêmes droits et aux mêmes libertés que les hommes. C’est-à-dire, la liberté de s’habiller comme elles le souhaitent sans se faire insulter, la possibilité de travailler dans tous les domaines pour lesquels elles portent un intérêt, ou encore qu’on arrête de les considérer comme des êtres qu’il faut absolument protéger de tout et n’importe quoi. Et surtout, pouvoir poster n’importe quelle photo d’elles, sans recevoir des messages de haine et de menaces. Comme l’a si bien dit Simone de Beauvoir : « Personne n’est plus arrogant envers les femmes, plus agressif et méprisant, qu’un homme inquiet pour sa virilité. ».

* : Dans cet article, quand le mot « femme » est utilisé, il fait référence à la condition sociétale. Nous faisons rapport aux violences sexistes et sexuelles pouvant être subies par des personnes sexisé.e.s et également par des minorités de genre.

Catégories
Féministes tant qu'il le faudra Podcasts

[Portraits de vie] Quand le militantisme soigne les plaies

Tova est étudiante en journalisme. Un soir, elle est agressée sexuellement par l’un de ses camarades qui l’a droguée au GHB lors d’une soirée étudiante. Une agression aux conséquences irréversibles. S’en suivent des mois de traumatismes et d’isolement – traumatismes qui ne disparaissent pas avec le temps. Puis vient la libération de la parole, ou plutôt de l’écoute, de ce qu’a subi Tova. C’est le commencement d’Oser dire non. Plus qu’un engagement militant, il a été une source d’espoir pour sa fondatrice, et l’occasion d’une prise de conscience collective et politique.

A travers son témoignage, Tova retrace son parcours, celui qui l’a menée à l’engagement militant qu’elle brandit et mène désormais.

Quand le militantisme soigne les plaies, un épisode animé et produit par Maxence Grunfogel.

Intervenante :

Tova Bach – fondatrice et présidente d’Oser dire non

Retranscription écrite du podcast

Jingle d’introduction « Behind the society : le podcast »

Maxence, animatrice :

Tova est étudiante en journalisme. Un soir, elle est agressée sexuellement par l’un de ses camarades qui l’a droguée au GHB lors d’une soirée étudiante. Une agression aux conséquences irréversibles. S’en suivent des mois de traumatismes et d’isolement – traumatismes qui ne disparaissent pas avec le temps. Puis vient la libération de la parole, ou plutôt de l’écoute, de ce qu’a subi Tova. C’est le commencement d’Oser dire non. Plus qu’un engagement militant, il a été une source d’espoir pour sa fondatrice, et l’occasion d’une prise de conscience collective et politique.

A travers son témoignage, Tova retrace son parcours, celui qui l’a menée à l’engagement militant qu’elle brandit et mène désormais.

Quand le militantisme soigne les plaies, un épisode animé et produit par Maxence Grunfogel

Tova Bach :

Moi c’est Tova Bach, je suis étudiante en L3 à l’Académie Ecole Supérieure de Journalisme de Lille (ESJ). Il y a un an et demi, presque deux ans, on a créé avec Marthe Dolphin une association qui est très proche de l’Académie, indépendante, qui s’appelle Oser dire non. Et cette idée-là je l’ai eue une fois quand j’ai eu une angoisse parce que je suis très angoissée de base. C’est plus un coup de tête, j’allais pas très très bien et pour parler plus franchement, il y a trois ans j’étais en L1 et il y a un étudiant de l’Académie qui était en L2 qui m’a droguée pendant une soirée du BDE, qui m’a ramenée chez lui alors que j’étais totalement inconsciente. J’ai encore aujourd’hui très peu de souvenirs. Il m’a violée parce qu’il a profité de moi et de mon corps sans que je puisse même donner mon consentement parce que je ne pouvais pas, parce que j’étais à moitié endormie, droguée, et quand même alcoolisée donc j’étais dans l’incapacité de dire non. Et, même si le dernier souvenir que j’ai c’est que je ne voulais pas, j’ai comme dernier souvenir que j’étais chez lui et qu’il disait qu’il ne voulait pas se protéger, qu’il ne voulait pas mettre de capote, et le dernier souvenir que j’ai c’est « non je veux pas parce que c’est pas protégé ». Et après trou noir parce que je pense que je me suis endormie aussi, totalement inconsciente. Il y a beaucoup de séquelles qui sont restées de ça, déjà parce qu’il m’a ramenée chez lui de force, et je suis rentrée la jambe en sang et la cheville déboîtée. Je crois qu’il m’a poussée pour me tirer un peu plus vite. Et ça c’est encore aujourd’hui le cas, j’ai toujours ces petits problèmes physiques. Et puis problèmes mentaux surtout, déjà parce qu’on se rend difficilement compte de ce qu’il nous est arrivé. Dès le lendemain, il est resté avec moi, il me faisait croire que tout était normal, que tout s’était bien passé. Et qu’au contraire il fallait recommencer parce qu’on avait tous les deux pas nos souvenirs. Bien sûr monsieur n’avait pas ses souvenirs, monsieur ne savait pas ce qu’il faisait. Et heureusement des copines étaient venues donc j’avais pu partir. Mais au début je m’en rendais pas compte, c’était plus « j’ai passé ma soirée, tout s’est bien passé, j’ai pu voir quelqu’un, etc », et bah non en fait. Petit à petit j’ai commencé à me sentir mal mais sans trop savoir pourquoi, sans trop comprendre pourquoi. Petit à petit tu mets un mot dessus, j’ai mis quand même plusieurs semaines voire mois à prononcer le mot viol. Et après s’est enchaînée un peu une descente aux enfers, c’était clairement ça. Parce que, si tu t’en rends compte, ça veut dire que les gens entendent beaucoup ça aussi. En étant en école ça tourne énormément. Tout le monde savait ce qu’il c’était passé, parfois mieux que moi, et sans que je puisse faire grand chose avec ça. Et aussi, comme je commençais à en parler, juste pour me libérer du poids que je vivais – même pas pour protester contre ce mec, j’étais incapable de faire ça – pas mal d’étudiants proches ou non de lui m’ont harcelée pour faire pression sur moi pour que je me taise. Tout simplement parce que « il faut comprendre Tova, ça c’est des rumeurs, c’est pas bien ce que tu reportes sur lui, c’est pas la vérité, tu vas gâcher sa vie », ce genre de choses alors que ma vie à moi était gâchée. Et du coup, cette association est née de ça.

Du coup un an après ce qu’il s’est passé, j’ai commencé à pas mal écrire pour libérer un peu ce que je ressentais, même si le harcèlement s’était arrêté petit à petit. J’avais besoin de vider ça, de parler de ça et d’écrire de ça et je savais pas comment le dire autrement que par écrit. Et il s’est passé un truc que je mesurais pas encore à l’époque, ce que ça allait être : j’ai enregistré ça sous forme de podcast. Juste ma voix. Et c’était un peu symbolique. Comme on m’avait toujours empêchée de parler, le fait d’imposer ma voix c’était beaucoup pour moi. Je sais pas ni pourquoi je l’ai présenté à l’ESJ. Je voulais que ce soit entendu. Et l’ESJ m’a écoutée, beaucoup. Et aussi ont compris en quelques mots ce qu’il se passait. Et puis tout s’est enchaîné par la suite. J’ai fini par porter plainte, par demander des poursuites, et puis aussi par me défendre une bonne fois pour toutes. Et s’en est suivie l’idée de proposer cet enregistrement, cette voix, en format podcast, à des personnes librement, que tout le monde puisse l’écouter, pour pouvoir aider. Peut-être se référer aussi, parce que en fait, moi dans tout ça je me sentais hyper seule. Et c’est un peu ça l’identité de l’asso. En fait je me sentais seule dans tout ce que je ressentais, j’avais un vide noir, un trou dans moi, c’était vraiment un trou. Et j’avais l’impression d’être comme un extra-terrestre parce que je ressentais des choses que personne ne ressentait et personne me comprenait. J’avais juste mon petit ami de l’époque qui me soutenait beaucoup mais, lui-même ne comprenait pas, c’est normal. Et du coup le fait de dire ça je me suis dit ok, il y a peut-être des gens qui sont comme moi, et peut-être qu’on pourrait en parler ensemble et entamer un dialogue dessus parce que je vois ça nulle part. Je commençais à voir sur les réseaux sociaux des posts, notamment d’associations, qui dénonçaient, qui se battaient pour ces droits-là, mais je voyais pas de choses encore sur la santé mentale, et ce qu’on ressentait quand on était victime. Du coup, c’était de ça que c’est venu.

Transition musicale

Et, tout s’en est suivi. Pour revenir au tout début, je faisais une crise d’angoisse, comme habituellement. Et je me suis dit, quitte à proposer ça à une asso, pourquoi je créerais pas la mienne, pourquoi je créerais pas une initiative où tout le monde pourrait se confier librement, sans jugement. Et puis je pourrais poster mon témoignage et puis on verra ce que ça donne. Du coup Martha a suivi. On avait ce projet de faire une campagne de sensibilisation contre le viol et les agressions sexuelles dans les universités, dans notre école, c’était quelque chose qui nous tenait à cœur. Après on voyait pas plus loin, je pensais pas que ça allait intéresser des gens, que les gens allaient se sentir touchés, et concernés. En fait je me sentais seule, juste totalement seule, et puis c’est pas le cas.

L’association aujourd’hui on est une bonne vingtaine de personnes franchement super, c’est une très bonne équipe et je suis trop contente de pouvoir travailler avec ces personnes-là. L’identité de l’asso elle est basée aussi sur des histoires, sur ce qu’on vit et on sait pas toujours comment réagir parce qu’on a que 21 ans, parce qu’on essaye juste de faire au mieux pour que des personnes puissent se sentir bien et vivre aussi normalement. Parce que c’est pas normal de se faire agresser quand on a juste envie de profiter un soir, quand on est au sein de notre école, quand on est entre ami.es. Et donc c’était dans cette volonté là. On essaye de faire ce qu’on peut, comme on peut, et de créer une vraie solidarité entre les étudiants.

Maxence :

Alors, tu as créé Oser dire non pour aider les autres, mais qu’est-ce que ça a changé pour toi, cet engagement ?

Tova :

En fait ça a changé beaucoup de choses. Je m’en rendais pas compte. Mon témoignage c’était le premier post de l’asso. Quand je l’ai mis, je me suis sentie à poil, vraiment, j’avais l’impression d’être nue devant tout le monde. Surtout sur les réseaux sociaux ça part vite. Au début ça a fait un petit coup quand même, mais c’est un coup tellement moindre par rapport à tout ce qu’on a vécu avant. Au final, il y aussi le contrecoup et on reçoit, en tout cas ça a été mon cas et j’ai eu de la chance, beaucoup de retours positifs. De gens qui se sont sentis touchés par ce que j’ai dit dedans. Pas mal de gens m’ont remerciée aussi, et je me demandais pourquoi ils me remercient, c’était normal, il y avait besoin de partager ça. J’avais pas forcément besoin qu’on me remercie et en même temps ça faisait du bien, vraiment. Le fait de pouvoir enfin assumer ce que je ressentais ça m’a réconfortée, je me suis sentie beaucoup plus légitime de faire quelque chose. En fait je me suis sentie beaucoup plus légitime de vivre. Parce que j’avais, à l’époque, aucun goût à la vie, je voulais pas de ça, je voulais pas vivre avec ce fardeau là. Ca a un peu tout redoré, on va dire, à peu près. Le fait de construire quelque chose de positif autour d’un réel traumatisme, ça fait que t’as envie de continuer, de ne pas rester bloquée dessus. Donc, cette asso ça a été un moyen pour moi d’aller mieux, de guérir aussi. C’est clair que c’est pas parfait, ça fait pas tout c’est sûr, mais c’est un moyen pour moi d’aller mieux, et c’est un moyen pour les autres, je l’espère, aussi d’aller mieux.

Transition musicale

Maxence :

Pour parler un peu plus de l’association, informer pour mieux prévenir c’est en quelque sorte la devise d’Oser dire non, qu’est-ce que ça signifie concrètement ?

Tova :

Déjà, Marthe et moi on a envie d’être journalistes plus tard, donc ce qui nous intéresse c’est l’information. Dans tout ce qu’on ressentait, vivait, on se sentait complètement démunies alors que si on savait qu’on avait des droits, si on savait que certaines choses étaient normales. Par exemple savoir que les mécanismes psycho-traumatiques existent, et comment ça fonctionne. Ca justifie aussi pourquoi tu te sens comme ça. Toutes ces informations là elles sont importantes pour pouvoir guérir. Nous on s’est dit: on aimerait bien faire des recherches dessus, travailler sur des sujets et expliquer aux personnes « non c’est pas normal ce que t’as vécu, et oui il y a des gens qui sont là pour t’aider, et oui tu es dans ton droit ». Parce que, c’est totalement oublié et mis en sourdine. Il y a des choses qui se passeront, malheureusement. J’aimerais que plus jamais ça n’existe, mais c’est pas le cas, et on y arrivera pas encore maintenant. Mais on peut faire de la prévention, et informer les jeunes, sur qu’est-ce que c’est le consentement. Par exemple, dire aux jeunes qu’on a le droit de dire non à un rapport sexuel, chose que moi-même je ne savais pas.

Maxence :

A Oser dire non vous avez aussi des actions, quelles sont-elles ?

Tova :

En plus des actions, l’identité de l’asso c’est d’abord de recueillir des témoignages. On a envie que ce soit une plateforme libre pour pouvoir dire ce qu’on vit, et ce qu’on ressent. Par exemple des conseils, que tu dirais à ton jeune toi. Moi, j’aurais des milliers de choses à dire à mon jeune moi. Pour qu’il fasse pas certaines erreurs, ou qu’il comprenne ce à quoi il a droit, ou pas. Ca passe par des petits témoignages, ou si les personnes ont envie de traiter d’un sujet pour expliquer par exemple ce que c’est le revenge porn. C’est hyper répandu, et c’est terrible, et on connaît tous énormément de personnes qui ont été victimes de ça. C’est important de répéter que c’est pas de ta faute si des images fuitent, c’est de la faute de la personne qui le partage. Il y a eu le harcèlement de rue; les troubles alimentaires; les mécanismes psycho-traumatiques j’en ai parlé un peu avant; les violences obstétricales et gynécologiques il y a une grosse série qui a été faite dessus.

Et en général les actions, alors moi personnellement les actions avec le BDE me tenaient à coeur, vraiment. Parce que moi ce qu’il m’est arrivé c’était pendant une soirée BDE. Le BDE n’est bien sûr pas responsable, mais le BDE de l’époque aurait pu m’aider parce que dans ce qu’il m’est arrivé, il y a des membres du BDE qui étaient concernés, qui ont vu ce qu’il s’était passé. J’étais même chez eux. Personne ne m’a aidé. Si les membres du BDE sont plus sensibilisés à ça, c’est utile. Par exemple, le système de couvercles pour verre est important. Important, en général, pour tout le monde. Parce que c’est un phénomène qui prend une ampleur que je n’arrive même pas à imaginer, mais qui a toujours été présent. Pour moi c’est pas imaginable de mettre à l’insu d’une personne une drogue pour qu’elle soit inconsciente, j’arrive pas à comprendre ça. Et quand on le vit, très sincèrement c’est terrible. C’est horrible comme sensation, on est pas maître de notre corps, on ressent des choses horribles, qui sont traumatisantes, et qui t’empêchent de réagir. En fait tu vois ta vie défiler devant toi et t’es incapable de faire quelque chose.

Maxence :

Pour préciser ces derniers temps, les témoignages de nombreuses étudiantes au Royaume-Uni et maintenant partout en France affluent, dénonçant leurs agressions après avoir été droguées à leur insu en boîte de nuit ou au bar.

Pour rappel, la drogue communément utilisée par les violeurs est le GHB, elle est d’ailleurs surnommée la drogue du violeur. C’est une drogue de synthèse initialement utilisée pour traiter d’importants problèmes de sommeil. Le GHB se présente sous forme liquide, et son aspect discret le rend propice à une utilisation délictueuse. Le liquide peut en fait être versé dans une boisson sans en modifier ni le goût, ni l’aspect, ni l’odeur. Les violeurs utilisent cette drogue pour abuser de leur victime, d’autant plus que le caractère amnésiant de la substance ne permet pas à la victime de se souvenir de ce qui lui est arrivé. Il est donc très difficile pour une victime de GHB de porter plainte, puisqu’elle se souvient rarement de son agression. Pour une victime, prouver qu’elle a été droguée relève presque de l’impossible. Le GHB peut être dépistable dans le sang, mais il reste moins de 12 heures dans l’organisme. En plus, son effet est comparable à celui de l’ivresse due à l’alcool, ce qui ne permet pas, au cours de la soirée, de se rendre compte que l’on a été droguée.

Et donc c’est sous cette impulsion que vous avez décidé de réagir, à Oser dire non, avec la mise en place de capuchons Drink watch.

Tova :

Pour l’instant, ce sont des prêts que nous font l’Université de Lille. Ce sont des capuchons de l’entreprise Drink watch. Pour les avoir testés, ils sont super cool. Outre le fait que ça permet que des personnes pas nettes dans leur tête introduisent du GHB dedans, c’est aussi hyper pratique, parce que tu peux danser et t’amuser sans que tout te renverse dessus, et t’es pas obligé.e de boire d’un seul coup. Surtout ce qu’on a remarqué, pendant le premier test qu’on a fait la semaine dernière, il y avait surtout des femmes qui utilisaient ces capuchons, mais ça concerne aussi vous, messieurs les hommes. Il y a eu quelques témoignages d’hommes qui ont été drogués, beaucoup moins que les témoignages de femmes. Mais ça concerne absolument tout le monde.

C’est triste de devoir se protéger, comme ça. Ca devrait pas être normal d’être obligé.e de se couvrir, de couvrir nos verres, de toujours faire attention. En vrai on passe pas de soirée normale avec ça. Parce que tu mets toujours la main sur ton verre, tu regardes où tu es, il y a un mec qui est derrière toi tu fais gaffe, tu sais qu’il y a un mec qui va te toucher par derrière ou qu’un autre va t’insulter. Tu vois les choses différemment puis c’est de l’angoisse de toujours regarder autour de soi. Tu vas aussi vouloir protéger tes amie.s parce que tu sais très bien qu’il y a des gens qui vont essayer de faire quelque chose sans ton consentement, sans ton accord. Tu passes forcément pas les mêmes soirées. Mais si ça peut aider quelques personnes et éviter certains empoisonnements, alors on le fait volontiers, en attendant que les mentalités changent. J’espère le plus rapidement possible.

On a mis en place des référent.es qui sont sobres et qui sont là en soirée pour veiller à ce que ça se passe bien. Ce sont des personnes qui sont là sur la base du volontariat pour être à l’écoute, essentiellement. Iel doivent avoir l’oeil sur tout ce qu’il se passe. Si un comportement n’est pas normal, le ou la référent.e doit intervenir. Et aussi, si il y a la moindre sensation de malaise/mal-être, si tu te sens pas bien dans la soirée, t’as un sentiment où t’es pas à ta place, tu te sens vraiment pas à l’aise, tu peux aller voir cette personne-là qui va avec plaisir parler avec toi, et essayer de souffler avec toi, peut-être t’éloigner un peu. Moi personnellement, depuis ce qui m’est arrivé c’est le cas. Quand je suis en soirée, j’ai des petites angoisses, je sais pas ce que je fous là, j’ai peur parfois, alors que tout va bien. Alors c’est bien de pouvoir en parler et souffler avec une personne, même parfois extérieure. Ce sont des personnes qui sont à l’écoute et qui aident.

On a fait une campagne de sensibilisation contre les viols et agressions sexuelles, surtout dans le milieu étudiant. Seront affichés, dans cinq campus, ces jeux de trois affiches. Dessus, on a essayé de représenter cette forme d’oppression qu’on peut avoir quand on subit des violences sexuelles. Dessus on a aussi mis des statistiques, avec les sources, et surtout les contacts à contacter. Par exemple, à l’Université il y a la cellule d’écoute qui n’est pas assez rappelée. Quand on parlait d’information c’est ça. Généralement on ne sait pas qu’il y a une cellule d’écoute à l’Université, qui, pour ma part m’a écoutée.

Puis est accompagné aussi sur cette affiche, une brochure d’informations, sur le consentement. Tout ce qu’il y a à savoir sur le consentement, le b.a.-ba à vrai dire. Aussi, les moments où il ne peut pas y avoir de consentement. Par exemple quand la personne est droguée, je vous le mets dans le mille. Quand la personne dort, est inconsciente, quand la personne est en situation de handicap et ne peut pas donner son accord. Ca c’est important de le rappeler aussi. Et surtout des contacts et des lieux utiles, dans les alentours de Lille, parce que ça c’est prioritaire. Et on aimerait vraiment bien travailler dans l’éducation sexuelle. C’est une deuxième chose qui me tenait à cœur. Pour parler aux plus jeunes, au mini moi comme je disais tout à l’heure. Il y avait des centaines de choses que j’aurais dû apprendre quand j’étais jeune. Et puis ça peut aller jusqu’au plaisir, des choses à faire, à ne pas faire, des choses à tester ou à ne pas tester. Parler de notre anatomie. Donc c’est pour ça qu’on a un podcast d’éducation sexuel qui s’appelle Air sensuel. Et puis après on aimerait bien être en contact avec des lycées et des collèges pour parler aux plus jeunes de ça. Je pense qu’on a beaucoup de choses à partager. On a tous et toutes, surtout toutes, vécu des choses, et donc il fallait aussi communiquer dessus.

Maxence :

Vous avez aussi lancé une cagnotte pour pouvoir financer vous-mêmes les couvercles de verre, dont je mettrai le lien dans l’article. Pour conclure, maintenant, toi en tant que militante, qu’est-ce que tu attends le plus comme avancées pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles ?

Tova :

En fait, j’aimerais que des profs soient formé.es à ça. J’aimerais qu’on ait des cours dessus, ce qui est normalement obligatoire, à l’école. Des vrais cours, pas là où on nous culpabilise d’avoir des relations et qui faut faire l’amour uniquement pour avoir des enfants, et où on nous parle jamais de consentement et de respect de l’autre et de harcèlement, et en fait de tout ce qu’il se passe à l’école. Pour moi l’école, c’est la priorité. C’est ce qui nous construit en tant que personne pour plus tard. C’est là où on a vécu beaucoup de traumatismes aussi pour beaucoup. Je parle de harcèlement scolaire, de relations toxiques et violentes entre amie.s et dans des couples même quand on est adolescent, en tout cas ça a été mon cas. Après, il y a des milliers d’autres choses à faire, mais s’il y a un truc à faire important pour moi c’est ça, pour le moment.

Jingle de fin « c’était Behind the society : le podcast, une série d’épisodes à retrouver sur Deezer, Spotify, Apple Podcasts et Google Podcasts. »

Liens utiles

Catégories
Féministes tant qu'il le faudra L'île de Lille

Retour sur la manifestation contre les violences sexistes et sexuelles à Lille

En finir avec les violences sexistes et sexuelles

Les températures avoisinaient le zéro à Lille mais la détermination des manifestant.e.s était brûlante lors de la mobilisation du 27 novembre contre les violences sexistes & sexuelles. Le cortège s’est rassemblé à 14h sur la Grand Place et s’est acheminé dans les rues de la ville jusqu’à la place de la République où un hommage a eu lieu. C’est dans une ambiance musicale, que les voix et les pancartes s’élevaient pour dénoncer les violences faites aux femmes & aux minorités de genre.

On peut lire des messages comme “70% des plaintes classées sans suite”, “Le consentement même pour le gouvernement”, “En crachant sur les victimes vous avez levé une armée”. Quant aux slogans, les centaines de voix présentent clamaient en cœur : “les violeurs au milieu, le patriarcat au feu”, “violeurs, sexistes, on vous voit”, “féminicides : État coupable, justice complice”.

“C’est une cause dont on entend pas assez parler, il faut qu’il y ait plus de monde qui se mobilise pour que cela crée un écho au-delà de la petite manifestation.”

Manifestant.e le 27 novembre 2021 à Lille.

Des messages qui se rejoignent mais qui ne disent pas tous la même chose, cependant, une chose est bien commune à tou.te.s les manifestant.e.s : la colère. Ce sentiment partagé face à l’inaction et même l’implicite complicité du gouvernement face aux violences, face à ces personnes sexisées qui meurent tous les trois jours, face à l’impunité du viol, face au manque de représentation des femmes, des minorités de genre & des personnes non-hétérosexuelles, face à la non reconnaissance de toutes les femmes et de toutes les minorités de genre. 

Se réapproprier l’espace public

Afin de mieux sonder les motivations, les volontés et les impressions des manifestant.e.s, pour BTS nous sommes allées les interroger sur les causes de leur présence. Être dans la rue, prendre de la place, crier des slogans féministes, se confronter aux policiers, c’est déjà un acte politique. Face à la sous représentation des femmes et des minorités de genre partout ailleurs, la rue reste un endroit majeur de lutte. 

“Pour me réapproprier l’espace public parce qu’il appartient qu’aux hommes cis, notamment hétéros et c’est aussi pour revendiquer la présence des personnes non binaires dans la culture qui sont invisibilisées comme toutes les minorités de genre”. 

Manifestant.e le 27 novembre 2021 à Lille

Rappeler l’importance de la cause

Cette manifestation est aussi pour beaucoup une piqûre de rappel.  « Les féministes français.e.s ont bien de la chance, elles ne devraient pas se plaindre, c’est quand même bien pire en Afghanistan ou au Mexique. » Tant de remarques que l’on peut entendre dans nos familles, dans nos cercles d’amis, dans les médias. Alors venir manifester c’est aussi rappeler que la situation des féminicides en France est inquiétante, c’est rappeler également que les violeurs restent très majoritairement impunis. 

“De montrer qu’il y a toujours des violences sexuelles et sexistes partout, être dans la rue ça permet de le rappeler”

Manifestant.e le 27 novembre 2021 à Lille.

“Il y en a ras le bol qu’on en soit encore là aujourd’hui”

Un ras le bol général

Les manifestant.es partageaient la même colère face à l’inaction et même le mépris de cette cause qui a encore trop peu de résonance à grande échelle et que l’État laisse aux mains des associations et collectifs. 

“C’est une cause qui est encore trop mise de côté. C’est important car si on est pas égaux.alles entre nous on pourra pas se pencher sur d’autres combats”

Manifestant.e le 27 novembre 2021 à Lille.

Vers un changement de mentalité

Le rassemblement Place de la République laissait paraître une grande solidarité, un souhait de montrer son soutien à celleux qui ne sont plus là, celleux qui luttent chaque jour, celleux qu’on n’écoute pas. 

“Pour montrer que les femmes* sont pas toutes seules dans leur galère”

Manifestant.e le 27 novembre 2021 à Lille.

Un tel changement de mentalité dans notre société suggère une prise de conscience de la part des hommes cis hétéros, parce qu’on ne pourra jamais avancer si ceux qui ont le plus gros rôle à jouer restent les complices des violences. 

“La mission des hommes cis, hétéros et blancs c’est de transmettre et propager la lutte auprès des autres hommes. La parole des femmes n’est jamais entendue par les hommes. C’est donc aux hommes de convaincre les autres hommes de changer”.

Photo de couverture par Alice Gosselin

Photo-reportage par Clémentine Gaultier & Naëlle Oboeuf

Article de Léa Le Demnat

Catégories
Féministes tant qu'il le faudra Podcasts

[Portraits de vie] En finir avec les violences obstétricales et gynécologiques

Ces dernières semaines, un MeToo de la gynécologie a émergé, avec des centaines de témoignages brisant l’omerta régnante sur ces violences. A travers le collectif Stop aux violences obstétricales et gynécologiques, la voix des victimes est entendue. C’est une affaire bien précise qui a mis au jour la parole de ces femmes, celle du Professeur Emile Daraï. Ce spécialiste de l’endométriose à l’hôpital Tenon à Paris est accusé par plusieurs patientes de violences physiques, psychologiques et verbales lors de consultations. Une enquête interne diligentée par l’Assistance publique Hôpitaux de Paris a été lancée le 20 septembre dernier. Y fait désormais suite une enquête pour « viol par personne ayant autorité sur mineur de plus de 15 ans » et « viol en réunion ». Le professeur Daraï continue toujours d’exercer.

Dans cet épisode, vous entendrez un témoignage anonyme d’une victime de violences gynécologiques. Puis, Sonia Bisch, fondatrice et porte-parole du collectif StopVOGfr, sera au micro de Behind the Society pour revenir en détail sur le fléau que représentent ces violences, mais surtout sur l’impunité régnante autour de celles-ci.

Intervenantes :

Anonyme – témoignage d’une victime de violences gynécologiques

Sonia Bisch – fondatrice et porte-parole du collectif Stop aux Violences Obstétricales et Gynécologiques @StopVOGfr

Un podcast animé et réalisé par Maxence Grunfogel.

Retranscription écrite du podcast

Jingle d’introduction « Behind the society : le podcast »

Maxence, animatrice:

« J’étais à peine majeure. Après m’avoir fait subir un toucher rectal sans aucune précaution. En me voyant en pleurs, malgré mon refus, il m’a obligée à subir 3 touchers rectaux par les 3 étudiants présents le jour de mon examen. Ses mots ont été : « vous n’avez pas le choix ». Je suis sortie complètement choquée de mon rendez-vous avec un homme qui était le seul à pouvoir me sauver de cette maladie qui m’a handicapée depuis mes 14 ans. Abus de pouvoir, viol. »

« J’ai subi un toucher vaginal et rectal particulièrement violents de la part du gynéco et de son interne. J’ai pleuré, j’ai dit que j’avais mal, il m’a rétorqué qu’il fallait savoir, est-ce que je ne voulais plus avoir mal ? Ou bien est-ce que je voulais un enfant ? Je venais le voir pour des douleurs abdominales et une infertilité. Je suis repartie avec de nouvelles douleurs que j’ai ressenties jusqu’au soir, sa main et celle de son interne avaient pénétré mon vagin et mon anus. »

« Quand arrive l’examen, je me suis sentie comme une chose. Le toucher rectal qu’il m’a fait a été d’une rare violence. Je me rappelle avoir été dans un état second pendant tout le trajet du retour. Sur le quai du métro, pour la première fois de ma vie, j’ai eu envie de me jeter sous le train. »

Ces dernières semaines, le Metoo de la gynécologie a émergé. Ces témoignages, ce sont ceux de centaines de victimes de violences gynécologiques commises à l’hôpital Tenon à Paris par le Professeur Daraï. Ce spécialiste de l’endométriose est accusé par plusieurs patientes de violences physiques, psychologiques et verbales lors de consultations. Une enquête interne diligentée par l’Assistance publique Hôpitaux de Paris a été lancée le 20 septembre dernier. Y fait désormais suite une enquête pour « viol par personne ayant autorité sur mineur de plus de 15 ans » et « viol en réunion ». Le professeur Emile Daraï continue toujours d’exercer.

L’omerta des violences gynécologiques commence à se briser depuis quelques semaines, et les témoignages ne cessent d’affluer. Ils sont notamment recensés par le collectif Stop aux violences obstétricales et gynécologiques.

Avant d’écouter Sonia Bisch, fondatrice et porte-parole du collectif StopVOGfr, vous entendrez dans cet épisode un témoignage anonyme d’une victime de violences gynécologiques qui a accepté de témoigner au micro de Behind the society.

Témoignage anonyme :

 Donc c’était ma première consultation chez une gynécologue, j’avais 18-19 ans, j’avais déjà des rapports sexuels depuis mes 16 ans. J’y allais pour me renseigner, pour potentiellement me faire poser un stérilet. C’était ma première consultation, je savais pas du tout à quoi m’attendre parce que je ne m’étais pas forcément renseignée sur comment se déroule une consultation gynécologique, j’en avais pas forcément discuté avec mes amis, et ma mère qui m’avait conseillé cette gynécologue m’avait pas forcément expliqué ou moi je l’avais pas demandé, voilà. Je savais pas exactement comment ça allait se passer. Je savais pas trop à quoi m’attendre mais j’étais un peu stressée, j’appréhendais et j’étais un peu tendue. Et puis bon après il faut dire aussi qu’une consultation gynécologique, surtout la manière dont ça se fait en France, parce qu’il me semble que dans d’autres pays ça peut se faire de manière différente, où on est nu.e, allongé.e les jambes écartées, les pieds dans un étrier, c’est une position qui peut nous faire se sentir vulnérable. Et donc j’étais très tendue, et donc ce qui fait que cette gynécologue avait du mal à m’insérer le spéculum. Et donc à partir de là, en fait elle a commencé à un peu m’engueuler et être vachement agressive, et à s’énerver. Donc ce qui m’aidait pas du tout à me détendre évidemment. Elle a commencé à me dire des choses complètement déplacées en fait. Elle me disait : « Non mais va falloir vous détendre, c’est bon un pénis en érection c’est beaucoup plus gros que mon spéculum ». Elle envisageait pas la possibilité que potentiellement j’étais vierge, ou que je pratiquais pas la pénétration. Et puis bon quand bien même un pénis en érection, c’est pas du tout le même contexte, un rapport sexuel et un examen gynécologique. Donc c’était complètement débile et déplacé, et puis elle continuait, elle s’arrêtait pas : « Oh la la mais ça doit être un calvaire les rapports sexuels avec vous ». En plus j’avais que 18 ans, enfin à n’importe quel âge c’est déplacé de dire un truc pareil, c’est pas du tout pro. Donc moi évidemment ça m’aidait pas du tout à me détendre, ça faisait tout l’inverse. Et donc à partir de là elle m’a dit : « Oh la la mais de toute façon j’y arrive pas, donc j’arrête l’examen ». Donc elle arrête l’examen, et là elle me met un doigt dans le vagin, et puis elle le retire. Et puis elle dit : « Oh c’est bon, je vérifiais seulement ». Donc je lui demande ce qu’elle vérifiait, et apparemment elle vérifiait que je n’avais pas de vaginisme. Je savais même pas ce que c’était à l’époque, je me suis renseignée après. Et puis le temps que je me rhabille et que je sorte de son cabinet elle a continué les espèces de micro humiliations, en disant qu’il fallait vraiment que je me détende, parce que c’était pas possible, et que ça doit être un calvaire les rapports sexuels avec moi. Bref, et donc première expérience horrible. Encore aujourd’hui je suis complètement traumatisée, ou en tout cas je suis terrorisée à l’idée d’avoir un examen gynécologique. Et puis je suis repartie de là hyper mal, j’étais en pleurs mais à ce moment-là je savais pas exactement pourquoi. Je me sentais plus honteuse, je me disais : « Oh mais je suis pas normale, la gynéco n’arrive pas à m’examiner, c’est pas normal ». C’était plus un sentiment de honte, je venais de me faire agresser et engueuler en plus par-dessus. J’ai mis peut-être un an ou deux à réaliser qu’en fait c’est pas normal, c’est elle qui n’était pas du tout professionnelle, et qui a eu des comportements complètement déplacés. Et puis même c’était clairement une agression et une violence gynécologique, mais je ne connaissais même pas ce terme. C’est peut-être un an ou deux après que je l’ai appris, quand on m’a appris ce que c’était les violences gynécologiques, quand j’ai mis un mot là-dessus, et ben je me suis dit oui, c’est ce que j’ai subi moi, et non j’ai pas à me sentir honteuse de ça. C’était une violence, c’était une agression. Après on m’avait dit d’aller voir une sage-femme, donc j’étais hyper stressée parce que c’était peut-être deux ans après ça. Je voulais réessayer d’aller voir une gynécologue mais on m’a dit d’essayer une sage-femme, que ça se passera mieux. Donc j’y suis allée mais toujours complètement stressée. J’ai prévenu la sage-femme en disant : « Je suis stressée, vous risquez d’avoir du mal à m’examiner ». La personne était un peu pressée, un peu stressée. Et donc quand elle a vu que j’étais tendue, pareil. Elle a dit : « Bon j’arrête, je ne vous examine pas. » Sans ajouter les commentaires déplacés de la première fois mais bon quand même, elle m’a fait comprendre qu’elle était saoulée. Et peut-être un an après ça j’ai réessayé, et pareil j’ai prévenu directement la gynécologue en lui disant : « Je vous préviens je suis stressée, je vais être tendue, vous allez avoir du mal à m’examiner. » Et là je sais pas, elle a été très douce, elle m’expliquait ce qu’elle allait faire. Je me suis pas sentie jugée, d’une. J’ai pas senti qu’elle était gonflée, elle était très douce et elle m’expliquait ce qu’elle allait faire. Et donc là elle a réussi à m’examiner. Donc je suis contente d’avoir trouvé quelqu’un, d’avoir eu au moins une expérience positive. Mais même malgré ça je reste terrorisée à l’idée d’avoir un examen gynécologique. En plus c’est un cercle vicieux, parce que je suis déjà tendue de base mais là j’ai la pression de me dire : « Il faut pas que tu sois tendue sinon on va pas pouvoir t’examiner », mais du coup c’est un peu un cercle vicieux.

Transition musicale

Maxence :

Sonia Bisch est fondatrice du collectif Stop aux violences obstétricales et gynécologiques. Au micro de Behind the society, elle revient sur le fléau que représentent ces violences, et dénonce une impunité quasi totale dans l’hexagone.

Sonia Bisch :

Alors les violences gynécologiques sont commises par des professionnel.les de santé à l’encontre des patient.es, et elles concernent premièrement le non-respect de la loi Kouchner sur le consentement. Donc le fait de pénétrer pendant un examen gynécologique, que ce soit avec le spéculum ou non, sans le consentement. Ça entraîne des traumatismes graves donc c’est important de toujours demander le consentement. On a une loi française sur le sujet. Malheureusement elle n’est pas suffisamment appliquée dans les cabinets gynécologiques et les maternités. Donc ça c’est un premier problème. Ensuite, il y a les recommandations des hautes instances de santé : HAS (Haute Autorité de santé), CNGOF (Collège national des gynécologues et obstétriciens français) etc. Donc qui émettent de bonnes pratiques médicales. Quand on ne suit pas des bonnes pratiques médicales, on suit des mauvaises pratiques médicales, et ces mauvaises pratiques médicales sont délétères pour la santé des personnes. Il y a un ensemble de bonnes pratiques à suivre, qui ne sont pas forcément suivies. La loi française, qui est importante d’être suivie. Aussi, on se rend compte qu’on reçoit beaucoup de témoignages à Stop VOG sur les jugements, l’infantilisation, le non-respect de la douleur, des personnes qui nous disent : « Mais ce médecin m’a fait tellement mal, j’hurlais, je lui disais d’arrêter, et la personne continuait. » Ce sont des personnes qui disent qu’elles souffrent, par exemple d’endométriose ou autre et on ne les croit pas, on leur dit que c’est dans leur tête. Donc le non-respect de la douleur. Nous avons aussi des témoignages de césariennes à vif parce qu’on n’a pas entendu la personne quand elle a dit « mais moi je sens votre scalpel ». Donc ça c’est de la torture, des actes médicaux sans anesthésie efficace ça s’appelle de la torture. Et nous on a beaucoup de personnes qui nous envoie des témoignages en disant : « J’ai l’impression d’avoir été violée »  parce qu’on n’a pas demandé leur consentement. Elles disent « j’ai vraiment le sentiment », c’est pas qu’une impression, elles le ressentent dans leur corps. Donc ça ce sont des violences. Et après tout ce qui concerne le jugement, le racisme, l’infantilisation, ça ça concerne aussi les violences gynécologiques.

Maxence :

Ces derniers temps, un MeToo de la gynécologie a émergé, avec la mise en lumière de nombreux témoignages. Est-ce que c’est vraiment une libération de la parole, ou plutôt une libération de l’écoute ?

Sonia Bisch :

Je pense que les femmes ont toujours parlé en fait des violences qu’elles subissent. C’est comme MeToo. MeToo c’est pas la libération de la parole, c’est la libération des oreilles. C’est-à-dire qu’il y a beaucoup de personnes qui ont toujours dénoncé ça, d’ailleurs elles en parlent en premier lieu en général dans leur cercle proche, dans la famille, etc. Sauf que la plupart du temps on leur renvoie : « Mais qui tu es pour critiquer un médecin, il a forcément voulu te sauver la vie ou te soigner ». On voit pas la mauvaise intention. Alors bien sûr il y a beaucoup de professionnel.les de santé bienveillant.es, qui font bien leur métier. Malheureusement il y en a certain.es qui le font mal, qui sont soit incompétent.es parce que soit iel ne connaissent pas les recommandations de bonnes pratiques, ne connaissent pas la loi française. Soit il y a des personnes qui sont malveillantes, sexistes. Ça arrive aussi en médecine bien sûr, et donc ces personnes, on a tellement une image idyllique de la médecine, que du coup on n’entend pas les victimes. Les victimes ont toujours dénoncé, elles ont toujours dit que ça ne se passait pas bien mais on ne les a jamais entendues. Et donc maintenant ce qui change c’est peut-être le fait qu’on les entende, qu’on les croie. Parce qu’il y a un gros travail militant qui a été fait de dire que les violences sexistes et sexuelles ne sont pas acceptables, qu’elles sont généralisées en France aussi. Nous, à Stop VOG on fait tout un travail de sensibilisation spécifiquement sur les violences gynécologiques et obstétricales, et je pense qu’au bout d’un moment, ça impulse dans la société, ça fait changer la honte de camp et les victimes osent parler, au-delà de leur cercle de famille. A Stop VOG.fr on reçoit énormément de témoignages tous les jours, sur toute la France, vraiment diverses maternités, cabinets gynéco, donc on sait que ces violences sont généralisées. Surtout que le Haut Conseil à l’Egalité entre les Femmes et les Hommes a émis un rapport en juin 2018, disant que ces violences sont généralisées. Donc ça fait déjà trois ans qu’il y a ce rapport brillant, trois ans qu’il y a des recommandations dans ce rapport destinées à notre gouvernement pour qu’il mette fin à ces violences. Malheureusement, il n’y a aucune réponse du gouvernement depuis. Donc comme il n’y a aucune mesure mise en place, il n’y a rien qui change. Nous au niveau militant, on essaye d’informer la population, on commence à former également les professionnel.les de santé, les étudiant.es en médecine et de sage-femme. A notre niveau on propose de la formation, de la sensibilisation, on diffuse des témoignages pour faire prendre conscience de l’ampleur du problème et de la gravité de l’impact que ça a sur les victimes. Mais, il faut maintenant que le gouvernement se saisisse de cette question car lui a le pouvoir de faire de grandes campagnes de sensibilisation de la population, et d’information sur les droits. Il a le pouvoir de modifier la formation des professionnel.les de santé. Il a le pouvoir de faire changer les choses mais il faut une volonté politique. Actuellement sans volonté politique, ces violences sont généralisées et rien n’y change au niveau des comportements, à cause aussi de l’impunité criante de ces violences. Il y a 1% des viols qui sont condamnés en France alors que le viol est inscrit dans la loi française. Le viol gynécologique ; violences obstétricales et gynécologiques ne sont pas inscrites dans la loi, donc c’est pour dire l’impunité qu’il y a actuellement.

Maxence :

Et, comment pourrait-on expliquer cette impunité régnante, s’agissant de ces violences ?

Sonia Bisch :

Alors ces types de violences ne sont pas punies parce qu’elles sont sûrement mal caractérisées dans la loi. Et puis il y aussi une fausse croyance généralisée dans notre société. Dans notre société il y a la culture du viol qu’on dénonce beaucoup, qui fait qu’il y a l’inversion de la culpabilité, qu’on demande à une victime comment elle était habillée. Et dans la gynécologie obstétrique c’est la même chose. Une femme qui va se plaindre des violences qu’elle a subi à l’accouchement, on va lui renvoyer que c’est une mauvaise mère et qu’elle n’aime pas son enfant, alors que ça n’a rien à voir. Les femmes aiment leurs enfants. Moi personnellement j’ai une fille merveilleuse, que j’aime plus que tout au monde, par contre je dénoncerai toujours les violences que j’ai subies à mon accouchement. Parce que ça n’a rien à voir. Ça n’est pas pour sauver des vies, c’est ça qui faut changer comme croyance. Les violences ne sont pas là pour sauver des vies, au contraire elles entraînent beaucoup plus de complications, que ce soit dans les accouchements ou autre. Il y a juste des fausses croyances, des mécanismes qui ne sont pas les bons, qui font qu’on n’écoute pas les victimes. Et aussi quand elles dénoncent un viol gynécologique, comme dans la tête des gens ça peut pas être dans un cabinet par un médecin, les victimes ne sont pas entendues. Donc c’est difficile de faire entendre à notre justice aussi. Parce qu’il y a cette fausse croyance derrière, qui est que forcément quand on viole quelqu’un c’est dans le métro, la nuit dans le noir, par quelqu’un qui a un couteau. Ou alors, il y a cette notion de volonté de. Ce qu’on essaye d’expliquer nous, c’est que quand on pénètre quelqu’un sans son consentement, ou avec la violence, il n’y a pas forcément besoin de volonté de nuire. Il y a des personnes qui veulent nuire, malheureusement ça existe aussi, il y a des prédateurs en gynécologie. Mais il y aussi beaucoup de personnes qui n’ont pas conscience que quand elles font un examen gynéco, si elles ne demandent pas le consentement, si la personne ne veut pas, qu’elle a mal, qu’elle leur dit d’arrêter, jamais ça ne soignera la personne. Il ne faut jamais faire un examen contre le consentement de quelqu’un, ça ne soignera jamais personne, c’est de la violence, et ça entraîne des traumatismes de viol réels. C’est un mécanisme, c’est comme tout, il y a beaucoup de fausses croyances qu’il faut déconstruire pour arriver à entendre les victimes.

Maxence :

Au collectif Stop VOG vous dénoncez également les conditions d’accouchement pendant le confinement : port du masque imposé, solitude lors de l’accouchement puisque les partenaires étaient interdits d’accès. Quelles ont été les conséquences de telles mesures ?

Sonia Bisch :

Pendant le confinement on a mené une grande enquête nationale sur la naissance, à laquelle ont répondu 3 000 personnes. Comme disait Simone de Beauvoir, « toute crise voit le recul des droits des femmes », et bien là on l’a constaté également dans les maternités. Notamment les partenaires qui n’étaient plus acceptés en salle de naissance donc les femmes se retrouvaient seules pour accoucher. Et donc ça entraîne énormément de détresse, de dépression post-partum, stress post-traumatique etc. Alors nous à Stop VOG on sait que les violences obstétricales sont généralisées en France, donc en plus quand la femme est laissée seule c’est encore pire. On s’est rendu compte que 75% de nos répondant.es disait souffrir de signes de dépression post-partum ou de stress post-traumatique. La santé mentale est aussi importante que la santé physique. Si une personne est en dépression ou en stress post-traumatique, ça atteint la santé à long terme, la santé physique également. On a vu aussi que les femmes accouchaient avec le masque. Donc ça entraînait qu’elles suffoquaient, qu’elles vomissaient dedans, elles demandaient qu’on l’enlève mais on ne leur permettait pas toujours. Donc ça pareil, on a mené une action Stop accouchements masqués pour dénoncer cela, parce que les recommandations étrangères disaient qu’il ne fallait pas accoucher avec un masque. Les femmes ont besoin de pouvoir s’oxygéner. Ça renvoie aussi à des traumas, c’est ce qu’iel expliquaient en Angleterre dans les recommandations. C’est que le fait d’avoir le masque, ça peut réveiller des traumas. Les personnes, il ne faut pas qu’elles aient l’impression d’étouffer pendant qu’elles accouchent, il faut qu’elles puissent se sentir rassurées, qu’elles aient assez d’air, souvent elles ont très chaud. Ça n’aide pas du tout au bon déroulement de l’accouchement. Il y a eu de nouvelles violences en fait, dû au confinement. Le fait qu’on privait les femmes de présence lors de leur accouchement, et le fait qu’on leur imposait le masque également. Ça entraînait énormément de détresse et dans notre enquête nationale donc 75% des répondant.es ont dit souffrir de stress post-traumatique ou de dépression post-partum, donc c’est vraiment inquiétant pour leur santé. Voilà on a vu pendant le confinement de nouvelles violences obstétricales apparaître, mais malheureusement on sait au collectif que ces violences sont généralisées.

Maxence :

Après avoir dressé un tableau entaché des conditions gynécologiques et obstétricales en France, que peut-on attendre et espérer pour lutter contre ce fléau ?

Sonia Bisch :

A Stop VOG nous avons plusieurs niveaux de recommandations, notamment concernant la formation initiale et continue des professionnel.es de santé. Pour mettre en place un partenariat soignant.es-soigné.es, comme au Canada qui existe depuis 30 ans. Alors l’idée c’est de faire intervenir les patient.es expert.es autant au niveau des instances décisionnaires des hôpitaux que de la recherche scientifique, et également de la formation au niveau des étudiant.es en médecine, en sage-femme etc. Donc ça permet de faire prendre conscience des besoins des patient.es, et puis de mieux comprendre la notion de consentement qui est essentielle, comprendre l’impact dramatique des violences. Ça donne les outils pour ne pas en commettre. Voilà donc je pense que c’est très important ça. On souhaiterait également qu’il y ait une large campagne d’information du gouvernement sur les droits des patientes et des patients, sur la loi Kouchner, le fait qu’on peut refuser un acte médical, tout ce qui concerne la loi sur le consentement. Aussi, le fait que les professionnel.les de santé ont obligation de demander l’accord avant de faire un examen médical, et le consentement doit être libre et éclairé. Informer sur tout ça, informer sur les bonnes pratiques médicales. Il ne faut pas de frottis avant 25 ans, il ne faut pas que ce soit systématique, il faut que ça reste des cas rares, sinon ça peut entraîner beaucoup de traumatismes pour les jeunes. Voilà, il y a beaucoup de choses comme ça à diffuser dans le grand public pour redonner l’information aux femmes parce qu’elles sont beaucoup laissées dans l’ignorance. Et on sait que le fait d’être dans l’ignorance, ça entraîne que l’on vous impose plus de choses facilement, et pas forcément des bonnes pratiques, pas forcément pour votre bien. Donc, il y a le partenariat soignant.es-soigné.es ; la campagne de communication ; et après on voudrait éventuellement qu’il y ait un numéro d’urgence pour ces victimes, pour qu’elles puissent faire des signalements, pour qu’on puisse les informer sur les recours, sur les thérapies possibles etc. Parce que c’est important de prendre en charge ces violences-là. Il y a le 3919 pour les violences conjugales, mais on pense qu’il faudrait un numéro aussi pour les violences gynéco.

Jingle de fin « c’était Behind the society : le podcast, une série d’épisodes à retrouver sur Deezer, Spotify, Apple Podcasts et Google Podcasts. »

Liens utiles

Catégories
Féministes tant qu'il le faudra L'île de Lille

Savoir écouter, c’est déjà aider

Durant le premier confinement en mars 2020, le quotidien de millions de Français.e.s a basculé et les habitudes de chacun.e ont été modifiées. Mais les violences faites aux femmes, elles, ne se sont jamais arrêtées. Selon l’ONU, en France, les signalements ont augmenté de 30% pendant cette période. Face à cette situation, différentes associations décident de mettre en place des points d’écoute dans les centres commerciaux pour donner un soutien à ces femmes qui ne savent pas vers qui se tourner ni même si elles ont le droit de sortir de chez elles. 

Face à l’affluence que connaît le lieu, le point d’écoute Nina et Simon.e.s à Villeneuve-d’Ascq  est pérennisé et a reçu plus de 1900 personnes depuis sa création. Rencontre avec Guillemette Stevens, une des intervenantes, sexologue et conseillère conjugale de formation. 

Présentation du point d’écoute Nina et Simon.e.s

Le point d’écoute est financé par la direction régionale aux droits des femmes et dépend de la préfecture de région. Les personnes qui y travaillent sont soit des salarié.e.s soit des bénévoles, à plein temps ou à temps variable. Plusieurs professionnel.le.s se trouvent donc sur place : conseillers.ères conjugalles.aux, psychologues, juristes, travailleurs.euses socialles.aux, des bénévoles expert.e.s. 

L’accueil, l’écoute et l’orientation sont donc l’essence de ce lieu. À l’intérieur, des posters de Nina Simone et de Simone Veil en référence au nom du point d’écoute. Mais aussi des fauteuils, des livres et films féministes et surtout un endroit caché par des tissus afin que toutes les personnes souhaitant se confier puissent le faire en se sentant à l’aise. C’est l’un des points fondamentaux pour les intervenant.e.s : créer un endroit sans jugement, à l’abri des regards et bienveillant. 

Focus sur celles et ceux qui se rendent au point d’écoute

Les profils des personnes sexisées victimes de violences qui s’y rendent sont très variés, certain.e.s viennent après plusieurs années de violences, d’autres sont en plein milieu de la procédure et viennent pour des conseils, d’autres encore viennent dès le début. Mais la plupart de ces personnes sexisées sont déjà passées plusieurs fois devant le lieu avant de prendre la décision d’entrer et de venir parler. Le point d’écoute accueille aussi des personnes en questionnement sur leur identité de genre ou leur sexualité. Le nom du lieu étant écrit en écriture inclusive, les hommes aussi peuvent venir parler, qu’ils soient cisgenres, transgenres ou non binaires. 

Selon Guillemette, ces personnes sexisées qui entrent au point d’écoute ont choisi de parler de leur situation et n’ont donc pas trop de mal à se confier. Les intervenant.e.s exercent l’écoute active ce qui permet à ces personnes de prendre conscience qu’elles sont victimes de violences. Les personnes sexisées minimisent souvent ce qui leur arrive, cela est notamment dû aux violences psychologiques qu’elles ont subies. Passée cette étape, elles sont orientées vers des associations (pouvant être les associations partenaires) qui s’adaptent à leurs besoins : relogement, réinsertion professionnelle, mise en contact avec la justice etc. Mais le plus important est de toujours avancer selon le rythme de la personne. 

L’important rôle des associations face à un budget national médiocre face aux inégalités

Toutes ces actions menées par les différentes associations prennent d’autant plus de sens que le budget alloué au Ministère des droits des femmes dans le cadre du programme « Égalité entre les femmes et les hommes » n’était que de 27 millions d’euros, soit 0,0066% du budget global en 2016 selon le Haut conseil à l’égalité. 

Le rôle des associations est donc central en France, notamment pour les personnes sexisées victimes de violences physiques et sexuelles. Guillemette regrette que ce soit les associations qui fassent le travail de l’État. Le point d’écoute Nina et Simon.e.s bénéficie gratuitement de sa cellule mais les associations ont des budgets inégaux.

Quelles sont les autres alternatives ?

Selon Guillemette, certains comptes Instagram ou chaîne Youtube font également avancer les choses en postant des contenus militants, les médias deviennent également de plus en plus sensibles à ces questions. Mais cela ne semble pas être une solution durable puisque c’est tout un changement de mentalité qui est à opérer afin de stopper les violences faites aux personnes sexisées et d’observer une réelle égalité entre les genres.

Pour Guillemette il n’y a pas de secret, la solution se trouve dans l’éducation. La mise en place effective de la loi de 2001 qui impose d’avoir au moins trois fois par an, du CP à la terminale, des séances dédiées à la vie affective et sexuelle permettrait déjà d’opérer une avancée dans les mentalités. Si cela était fait, des notions comme le consentement, l’égalité et le respect s’installeraient plus tôt dans les esprits. 

Malgré un certain découragement, une note d’espoir

La situation est parfois décourageante pour les intervant.e.s, si certains pensent que le féminisme n’a plus son utilité en France, il faut rappeler que 90 femmes sont mortes d’un féminicide depuis le début de l’année, que 93 000 femmes sont victimes de viol ou de tentative de viol par an  et que 32% des femmes ont déjà subi du harcèlement sexuel au travail (NousToutes). Les actualités récentes comme les restrictions à l’avortement au Texas ou encore la situation des femmes Afghanes nous rappellent que les droits des femmes sont constamment menacés.

Comme le disait Simone de Beauvoir : «  N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique, ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question ». 

Mais Guillemette remarque tout de même une certaine évolution dans les mentalités, elle qui a mené des actions dans les écoles auparavant, constate qu’il y a dix ans les jeunes filles avaient totalement intégré le patriarcat et trouvaient cela normal d’être jugées quant à leurs tenues ou de se faire insulter gratuitement. Elle remarque que cela est beaucoup moins le cas aujourd’hui, notamment après Me Too. 

Merci à Guillemette Stevens pour son temps et sa bienveillance ainsi qu’à toutes les associations présentes au point d’écoute Nina et Simon.e.s qui ont mis en place un endroit sûr, chaleureux et surtout utile.

Pour aller plus loin…

Numéro 3919

Toutes les informations concernant le point d’écoute Nina et Simon.e.s : https://www.villeneuvedascq.fr/point-daccueil-et-decoute-nina-et-simones

Site de l’association Solfa, une des associations partenaires : https://www.solfa.fr

Catégories
Féministes tant qu'il le faudra

2020 : bilan d’une année historique pour 5 militant.e.s féministes

Si l’on vous demande de nous parler de l’année 2020, beaucoup d’entre vous évoquerez la crise sanitaire, la Covid-19 qui est rentrée dans nos vies. À Behind The Society, on préfère parler de l’année 2020 sous un autre angle, sous une vision militante, avec un œil engagé. Retour sur une année 2020 historique pour les luttes féministes. Rencontre avec Noé, Shanley MC, Farah*, Chloé Madesta & Tay Calenda.

Impunité des violences sexistes & sexuelles : une spécialité à la française

L’année 2020 a commencé en grande pompe : alors que la cérémonie des Césars avait déjà fait du bruit en 2019 lors de l’annonce des nominé.e.s, elle en a fait davantage le 28 février, le soir de la cérémonie. Tay Calenda, photographe italienne vivant à Paris, n’a pas loupé une miette de cette soirée. Elle n’était pas dans la salle Pleyel, mais dehors, aux côtés des militantxes du collectif Collages Féminicides Paris présentxes pour dénoncer la glorification du réalisateur Roman Polanski pour son film J’accuse alors qu’il est accusé à douze reprises de viols ou agressions sexuelles.

On sentait la colère de la foule composée de femmes et de minorités de genre. Iels n’ont pas eu peur de s’attaquer aux barrières qui protégeaient le red carpet, à rester et à crier leur colère. J’ai senti une vraie unité.

Tay Calenda , photographe, à propos de l’action du 28/02 autour de la salle Pleyel.

Il faut croire que l’impunité dont profite Roman Polanski, le réalisateur à la douzaine de victimes, est une spécialité française. C’est ce que l’on pourrait penser face à la nomination de Gérard Darmanin au ministère de l’intérieur & d’Eric Dupont-Moretti au ministère de la justice.

Nommer un violeur comme premier flic de France, c’est dur de faire plus clair comme bras d’honneur à toutes les victimes. C’est du même acabit que si Macron avait craché personnellement au visage de toutes les victimes de violences, d’agressions sexuelles et de viols.

Farah*, colleuse à Lille, à propos du remaniement ministériel.

À lire : La claque, par Caroline de Haas sur Mediapart

Chloé Madesta, ancien.ne colleuxse à Paris déplore le remaniement ministériel & les hommes qui ont été promus :

Le fait que Dupont-Moretti soit à la justice est extrêmement problématique : on est sur un avocat qui est le défenseur historique des auteurs de féminicides, il s’est moqué du harcèlement de rue, il se moque des violences sexuelles en permanence, il fait preuve d’une misogynie intolérable à pleins d’égards.

Chloé Madesta, activiste intersectionnel.le à propos du remaniement ministériel

L’homme qui viol est le même qui réalise, qui dirige, qui chante, qui préside, qui enseigne, qui écrit. Comment est-ce encore possible que des accusations pour violences ne stoppent pas l’ambition d’un homme ? Au contraire, elle en est épargnée, mise à l’abri, séparée & chérie.

C’est un énorme backlash au sens de réponse à toutes les mobilisations & toute la ferveur féministe, c’est comme un retour de bâton & de ligne qui est assez cohérent avec la ligne de Macron qui est un projet de durcissement de la répression & de répression des libertés fondamentales.

Chloé Madesta, activiste féministe à propos du remaniement ministériel.

Pour Tay, il est évident « qu’on n’a pas mal d’autres agresseurs qui nous dirigent », cela fait une raison de plus pour « atteindre des postes de pouvoir pour faire changer profondément le système ». C’est la seule & ultime solution : monter dans la société, & changer tout ça, ne surtout pas reprendre la même pour ne pas recommencer, mais bien pour changer.

« Au demeurant, [Gérard Darmanin] est un excellent ministre du budget. » Ces paroles sont irréalistes, les entendre au micro de FranceInfo le 12 juin dernier de la bouche de Nicoles Belloubet, alors ministre de la justice, est encore plus douloureux pour les victimes de violences sexuelles. Dédouaner un homme accusé de viol par son travail de qualité, c’est ce Nicoles Belloubet a fait. Aux paroles sexistes, une riposte féministe : c’est l’action que plusieurs collectifs français ont menée en scandant « au demeurant, mon violeur est un très bon [insérez un mot le qualifiant]. »

À lire : Le plus dur, c’est l’impunité, par Caroline de Haas sur Mediapart

C’est assez parlant que les seuls cas de pédocriminalité dont on parle ce soient des personnes très médiatisées comme Polanski, Matzneff etc alors que lorsque l’on parle de pédocriminalité – & d’inceste – ce sont vraiment des histoires qui sont vécues par des millions de personnes en France dans l’ombre. On est sur 2 à 3 enfants par classe de 30 victimes de pédocriminalité en France aujourd’hui.

Chloé Madesta, activiste, à propos de l’ampleur de la pédocriminalité en France.

À lire : Inceste : « Dire « non » au père est encore très difficile », par Cécile Daumas

L’année 2020 a marqué les esprits de par les nombreuses révélations qu’elle a accueilli, notamment dans le milieu du sport avec le témoignage de Sarah Abitbol dans Un si long silence duquel en a découlé des centaines, des milliers.

Dans la lignée du témoignage de Sarah Abitbol qui accuse son ancien entraîneur de viol lorsqu’elle avait 15 ans, mais aussi des accusations menées contre Roman Polanski, la France s’est emparée du sujet de la pédocriminalité & de ses victimes.

La pédocriminalité est terriblement banalisée puisqu’à chaque fois on essaye de dédouaner ces grands personnages médiatiques au prétexte de leur génie artistique, de leur position médiatique etc. C’est un exemple flamboyant d’à quel point la pédocriminalité est un sujet qui n’est pas investi ni politisé dans nos sociétés.

Chloé Madesta, activiste, à propos de l’impunité des pédocriminels.

À suivre : @deconstruction.pedocriminalité sur Instagram

Confinements & crise sanitaire : un contexte favorable aux violences

C’était inattendu, mais ça a déterminé toute notre année 2020. L’épidémie de coronavirus a impacté notre quotidien, elle l’a bouleversé, elle n’a pas eu un impact que sur l’économie du pays ou la pollution de l’air, elle a aussi marqué les schémas de violences systémiques.

Ce sont les femmes, les minorités de genre & les enfants qui ont pâti de la situation, enferméxes avec leur agresseur.

Farah*, colleuse lilloise, à propos des violences intrafamiliales pendant le confinement.

Alors que la pollution française s’est retrouvée confinée pendant plusieurs semaines, que les écoles ont fermées leurs portes & que le télétravail s’est démocratisé, les familles se sont retrouvées entre elles, pour le meilleur & pour le pire, sans qu’une quelconque solution soit ne serait-ce que discutée & encore moins mise en place pour faire face aux violences conjugales & intrafamiliales.

Le numéro vert pour les agresseurs qui était ouvert à davantage d’heure que le numéro pour les victimes de violences c’était le point final d’un gouvernement qui n’en a rien à foutre des violences sexistes intrafamiliales.

Noé, colleureuse, quant aux moyens dédiés aux victimes de violences pendant le confinement.

À lire : Un rapport montre la nette augmentation des violences intrafamiliales pendant le confinement par Mathieu Dejean, sur les Inrockuptibles

Le peu de fois où nous pouvions sortir de chez nous, les violences sexistes & sexuelles continuaient à nous suivre : le harcèlement de rue a flambé pendant le premier confinement grâce aux rues désertes dont profitaient les agresseurs pour agir en toute impunité face à une victime d’autant plus vulnérable & sans grandes chances d’obtenir de l’aide extérieure.

Il y avait des témoignages qui s’accumulaient sur les réseaux sociaux de personnes qui disaient « mais, vous avez remarqué que quand on sort les hommes sont en chasse ? », dès qu’ils voient une femme dans la rue on se fait harceler, tu avais toujours des hommes qui chassaient.

Shanley MC, militante féministe à propos du harcèlement de rue pendant le confinement.

Avec la pandémie & pendant le confinement, ce sont des odes à la minceur qui ont fleuris partout dans notre société. La peur du relâchement liée à l’isolement, d’enfouir ses émotions dans la nourriture, de passer des heures dans le canapé sans rien à faire & les stéréotypes du laisser-aller sans coiffeurs.euses ni salle de sport ont alimentés une grossophobie déjà bien installée dans la société française.

Pendant des semaines, on a vu des lives instagram de séances de sport, des publicités pour des régimes & des personnalités qui appelaient à prendre soin de nous, de préparer notre corps pour l’été, tant de comportements qui n’ont fait que renforcer la grossophobie ambiante de cette situation anxiogène.

On voit toujours les mêmes corps à la télé, sur les mannequins, c’est toujours des mannequins qui font du 34. Si ton corps ne ressemble pas à ceux-là, tu te sens mal, alors que voir des corps d’autres personnes qui ont des bourrelets, des vergetures, qui font du 42, ça fait du bien parce qu’on se dit « ok la norme ce n’est pas le 34 », c’est juste que tous les corps sont beaux.

Noé, colleureuse, à propos de la visibilité des corps diversifiés.

Le confinement, il a aussi mit pause sur des mouvements de luttes entiers, reposés sur la réappropriation de la rue : les collages. Loin d’être en panne d’idées, les féministes ont fait preuve d’ingéniosité & ont fait naître un mouvement virtuel. À défaut de coller dans la rue, sur le chemin du supermarché ou de l’école, les collages se sont invités sur les monuments & les ponts grâce à des images personnalisés.

Le monde numérique : chat noir des combats féministes

Les hommes n’ayant plus la rue pour nous faire du mal, ils utilisent les réseaux sociaux comme arme de domination.

Shanley MC, militante féministe à propos du sexisme pendant le confinement.

Avec le confinement, l’isolement dans le domicile familial, l’arrêt des cours & le manque de distractions, d’occupations & de relations sociales, nous avons toustes augmenté considérablement notre temps passé sur les écrans à la recherche d’un passe-temps, d’un échappatoire : les réseaux sociaux ont largement répondus à cette attente. Que ce soit pour occuper une journée sans qu’aucun cours ne soit prévu sur Zoom ou alors pour échanger avec des proches sans lesquel.le.s nous vivons, les réseaux sociaux ont été pris d’assaut pendant le confinement.

Si les réseaux sociaux & l’espace du cyber a pu être approprié pour le travail, créer de nouveaux liens sociaux etc, ça a aussi été un espace où logiquement les cyberviolences ont explosées.

Shanley MC, militante féministe, co-créatrice de l’association StopFisha.

La flambée d’utilisation des réseaux sociaux n’a pas épargné les victimes des schémas d’oppressions, elle n’a fait que les torturer un peu plus, notamment avec les comptes fisha. Shanley, co-fondatrice de l’association Stop Fisha qui vise à lutter contre ces comptes & à accompagner le victimes – autant émotionnellement que juridiquement – nous explique ce que sont ces comptes, ce qu’ils font.

« Un compte fisha, c’est l’incarnation du sexisme » : alors que beaucoup parlent de revenge porn, Shanley n’est pas en accord avec ce terme problématique, elle « préfère parler de diffusion d’images intimes sans le consentement, et encore, [elle] trouve que ça ne souligne pas la violence de l’agression.« 

C’est une agression méconnue, banalisée, voire même justifiée, & le terme de revenge porn veut tout dire, il signifie « se venger de quelque chose, de quelqu’un.e », comme si c’était la personne qui l’avait provoqué et qui en est coupable à l’origine alors que non !

Shanley MC, co-fondatrice de l’association StopFisha à propos du terme revenge porn.

Le problème va plus loin que cela, ce ne sont pas que des images intimes, des « nudes » qui ont été envoyées puis diffusées, c’est « aussi de la pédopornographie, il y avait des femmes à qui on retirait leur voile et on les affichait sur ces comptes-là, il y avait aussi beaucoup de mysoginoire, c’était un bordel sans nom !« 

Les comptes fishas ont explosé au point où il y en avait un par région, par ville, il y avait fisha du Havre, fisha du 95, fisha Lille & c’est même allé jusqu’en Belgique, c’était l’enfer.

Shanley MC, militante féministe, co-créatrice de l’association StopFisha.

L’ampleur des comptes fishas était hallucinante, des raids de signalements étaient organisés par les militantxes pour faire supprimer ces groupes, ces comptes aux milliers d’abonné.e.s qui diffusaient les noms, les adresses, les numéros de téléphone de leurs victimes pour en faire des paria, pour mener des campagnes de harcèlement à leur encontre, dans le but de détruire sa réputation au lycée ou d’envoyer ses photos intimes aux proches de la victime.

La vie cyber est très marginalisée, ce qui se passe dessus est tellement déligitimé, je pense que c’est pour ça qu’il y a eu une non-réaction totale. C’est aussi parce que ça concerne les femmes & que les réseaux sociaux sont complètement complices des violences exercées à l’encontre des femmes sur leurs plateformes.

Shanley MC, militante féministe, co-créatrice de l’association StopFisha.

Dans le cadre des actions menées par StopFisha, Shanley & ses adelphes ont eu un rendez-vous avec Cédric O, chargé du numérique, mais force est de constater que « la réponse fut assez faible. » Les moyens n’ont pas été débloqués, & leurs revendications n’ont pas obtenus de consolation alors qu’elles sont urgentes, vitales pour les victimes. « On avait plusieurs revendications dont le fait d’augmenter les effectifs de Pharos – la police du numérique – mais ils ne nous ont jamais écoutés là-dessus.« 

Se retrouver & se réapproprier la rue : l’art des collages

Les collages, ces messages qui ont émergés en août 2019, un soir dans Paris, & qui ont fait le tour du monde depuis, avec des centaines de villes françaises qui collent & une vingtaine de pays du monde qui ont rejoint le mouvement.

Le fait d’être un groupe qui déambule dans les rues avec la même haine pour le patriarcat, le capitalisme et tout ce qui en découle, ça donne un sentiment d’invincibilité.

Farah*, colleuse lilloise.

Les collages, ces messages qui sont nés avec la volonté de dénoncer les féminicides & qui sont aujourd’hui les porteurs des luttes intersectionnelles de différents mouvements : ça va du personnel hospitalier aux personnes de la communauté lgbt+.

Le fait de coller est hyper cathartique, souvent la frustration et la colère prennent trop de place, alors je transmets ces émotions dans les slogans, le pinceau, la peinture et les grands coups de brosse sur les murs.

Farah*, colleuse lilloise.

Les collages, c’est l’arme de réappropriation que des centaines de personnes utilisent, il est question de se réapproprier la rue, celle qui est si souvent minée pour les personnes sexisées, celle où l’on ne se sent pas en sécurité, celle où l’on est agressé.e.s.

Avant de passer de « l’autre côté » j’étais en mode fangirl de ces personnes qui bravent la loi avec leur seau et leurs brosses en main pour que des personnes se sentent plus fortes et moins seules quand elles marchent dans la rue.

Farah*, colleuse lilloise.

Féminicides : toujours plus d’appels à l’aide mais toujours aussi peu de moyens

Si on n’avait toujours pas compris que le gouvernement faisait passer ses intérêts capitalistes avant nos vies & notre sécurité, au moins maintenant c’est clair.

Farah*, colleuse lilloise à propos du manque de moyen alloué aux victimes de violences.

« 98 féminicides conjugaux », c’est le tragique décompte de l’année 2020. À cela s’y ajoute les 11 travailleurs.euses du sexes & les 2 personnes transgenres tuées.

112 vies ont été arrachées, 112 familles ont été traumatisés par ces meurtres.

112, c’est le chiffre que l’on retiendra de l’année 2020, c’est un chiffre qui aurait pu être moindre, si les moyens avaient été données, si les cris avaient été entendus, si les plaintes avaient été prises.

On ne peut tout simplement pas mettre fin à ces violences sans argent, nous c’est tout ce qu’on attend : c’est de l’argent, c’est des moyens financiers et pas des réunions politiques de communication comme des grenelles et des tables rondes parce qu’on en a assez fait, maintenant ce qu’on veut c’est de l’argent.

Chloé Madesta, activiste, quant au manque de moyens pour lutter contre les féminicides.

À lire : «Féminicides, mécanique d’un crime annoncé», par Caroline de Haas sur Mediapart

Utilisons les collages pour faire honneur, pour rendre hommage, pour se remémorer les victimes & réclamer les moyens nécessaires pour faire en sorte qu’il n’y en ait pas d’autres.

À la mémoire des 112 victimes de l’année 2020, le collectif Collages Féminicides Paris s’est réuni au 44 rue Bouvier dans le 11ème arrondissement de Paris pour coller en leurs noms. Au même titre que la session qui avait été organisé au même endroit, à la fin du mois d’août 2020, en mémoire des victimes de féminicides depuis un an, soit depuis le début du mouvement parisien.

On est en train de courir un marathon, il faut savoir quand foncer et quand ralentir, et réaliser que le but ne va pas être atteint tout de suite ou facilement.

Tay Calenda, photographe militante, à propos de la lutte contre les féminicides.

À regarder : Mémorial des victimes du patriarcat, par Judic Perrot & le collectif Collages Féminicides Paris

Le grenelle n’a rien donné, les promesses n’ont pas été tenues, la « grande cause du quinquennat » a été enterrée, les positions du gouvernements ont été claires : l’année 2020 aura au moins eu ce mérite de clarifier (si cela était encore nécessaire) le positionnement du gouvernement français face aux violences sexistes & sexuelles.

Ce gouvernement ne nous aidera pas, j’en suis intimement convaincue, nous ne sommes pas la priorité du quinquennat. Je pense que le positionnement de nos ministres aujourd’hui incarne parfaitement bien la violence que nous subissons.

Shanley MC, militante féministe, co-créatrice de l’association StopFisha.

À lire : Dans les affaires de féminicides, les alertes négligées par les forces de l’ordre, par Nicolas Chapuis, Lorraine de Foucher, Jérémie Lamothe et Frédéric Potet pour Le Monde.

La révolte des jeunes générations : une relève qui veut du mal aux systèmes d’oppressions

#Lundi14Septembre #LiberationDu14 #BalanceTonBahut #GardeTonVoile ces mouvements ont marqués la rentrée scolaire de septembre 2020. Une quinzaine de jour après le retour en classe, les revendications sont données : il n’est jamais trop tôt pour dire stop au sexisme, & ces lycéen.ne.s, ces étudiant.e.s, l’ont très bien compris.

Dénoncer les règlements sexistes des établissements scolaires, dénoncer la sexualisation des élèves sexisées, dénoncer la culture du viol présente dans la société, dénoncer le patriarcat & toute sa construction. Là est l’objectif de ces mouvements qui ont raisonnés dans tout le pays & au-delà des frontières, notamment au Québec.

C’est hyper important d’écouter plus jeunes que soi, de leur donner beaucoup de force, de les soutenir, c’est tout l’enjeu du sexisme qui y tient, ses racines sont à l’école, elles tiennent dans la socialisation, dans les constructions sociales, tout se passe par l’école, c’est hyper important qu’on agisse sur ce terrain-là.

Shanley MC, militante féministe, co-créatrice de l’association StopFisha.

Certain.e.s crient au ridicule, d’autres à la manipulation, mais ces mouvements précurseurs qui émergent de plus en plus tôt relèvent uniquement de la responsabilité de notre société patriarcale qui ne peut qu’être dénoncée au vu des dominations qui rongent les principes fondamentaux de l’égalité.

Il y a une politisation très jeune des personnes touchées par le sexisme, je trouve ça formidable, c’est peut-être le résultat de toutes les mobilisations antérieures qu’il y a eu sur ces sujets-là qui ont permit de politiser des personnes plus jeunes.

Chloé Madesta, activiste féministe à propos de la politisation des plus jeunes.

Selon Chloé Madesta, les réseaux sociaux ont aussi leur rôle à jouer dans cette politisation des jeunes, le fait d’avoir ainsi accès à du contenu pédagogique & militant (comme iel en produit sur son compte) « ça aide à une politisation plus rapide. »

Dans le milieu féministe, le milieu militant, on a du mal à tendre la main aux plus jeunes, il y a beaucoup d’infantilisation, il y a beaucoup de “ouais mais tu ne connais pas le milieu militant donc tu ne peux pas forcément rentrer” ou alors faut en apprendre les codes ou alors “t’es pas encore prêt.e”

Shanley MC, militante féministe à propos de l’infantilisation dans les milieux féministes.

Intersectionnalité & inclusion : le mouvement féministe en proie à l’évolution

Durant l’année 2020, c’est aussi le mouvement féministe en lui-même qui a changé, qui a évolué, qui a grandi.

L’intersectionnalité, la diversité, l’inclusion, la visibilité, la déconstruction, ces termes sont aujourd’hui monnaie courante dans les milieux militants, ils appellent à une ouverture & à une définition plus grande de nos luttes.

Parmi ces évolutions questionnées, adoptées & vécues par le féminisme, la question du genre est prédominante. L’inclusion des minorités de genre, des personnes transgenres & des personnes non-binaires est primordiale à la vie d’un féminisme intersectionnel, Noé nous en parle : « il y a plus de visibilité non-binaire, ce n’est clairement pas assez mais ça fait du bien de voir qu’on nous prend enfin en compte dans les milieux féministes.« 

On devrait rendre le milieu militant féministe plus sain, plus bienveillant, parce qu’en attendant ça s’entre ronge mais on a besoin de cet espace là pour s’émanciper & se libérer.

Shanley MC, militante féministe à propos du milieu féministe.

L’enjeu qui prend du temps à être saisi, qui l’est un peu trop doucement & sûrement, c’est la convergence des luttes. Psychophobie, validisme, handiphobie, racisme, transphobie, homophobie, putophobie & bien d’autres encore, peinent à être inclus & défendus par les militantxes de nos jours.

Chloé Madesta parle d’abord de la pédocriminalité, qui reste un des sujets « pas assez investi par les groupes féministes, pas assez interrogé dans les réflexions que l’on mène sur les violences sexuelles parce qu’elles touchent bien sûr les personnes sexisées mais aussi et avant tout les enfants. » L’omission, le rangement sous le tapis de ces vécus, c’est ce qui est dénoncé par Chloé mais aussi par d’autres victimes de pédocriminalité qui ressentent un militantisme à demi-mesure lorsque cela concerne les enfants.

Au début de l’été, un tournant politique a été prit par plusieurs collectifs militants pour les droits des personnes queers, travailleurs.euses du sexe, personnes racisées – entre autres – en organisant une pride alors que l’annuelle pride parisienne avait été reportée à novembre (puis annulée) en raison de l’épidémie.

L’idée était d’organiser une contre pride qui permettait de visibiliser des groupes sociaux qui normalement ne le sont pas – ou en tous cas noyés par l’aspect festif et très blanc/bourgeois des prides habituelles – c’est-à-dire de visibiliser les personnes racisées, les personnes travailleuses du sexe etc.

Chloé Madesta, activiste féministe, à propos de la pride « nos fiertés sont politiques »

Entre performativité & pureté militante, le milieu féministe mérite d’avoir ses bonnes résolutions. Chloé Madesta les ferait tenir à une intersectionnalité naturelle & réelle envers les minorités (travailleurs.euses du sexe, personnes racisées, grosses, handis, neuroatypiques etc).

Il faudrait qu’on arrive vraiment à avoir une approche qui ne soit pas performative de nos soutiens à ces groupes-là mais qu’on les intègre vraiment dans nos luttes, qu’il y ait une réflexion profonde et une déconstruction réelle sur leurs revendications spécifiques

Chloé Madesta, activiste, à propos de la performativité des luttes.

Du point de vue de Tay Calenda, photographe du mouvement féministe & d’autres mouvements sociaux, la tendance est à la « pureté militante« , ce qui rend « le mouvement dogmatique et empêche les vrais échanges & les vraies réflexions. » Cette injonction à la pureté militante qui tire vers une « logique sectaire« , Tay veut s’en débarrasser.

Face à nous on a un système qui compte sur nos divisions pour nous garder impuissant.e.s, il faut qu’on s’en rende compte pour s’en libérer. Il faudrait apprendre à remettre en questions certaines méthodes de militer néfastes au profit d’une plus grande cohésion.

Tay Calenda, photographe, à propos de la pureté militante.

*le prénom a été modifié pour garantir l’anonymat de la colleuse

Crédits photos : Tay Calenda – @tay_calenda sur Instagram

Catégories
Féministes tant qu'il le faudra

Violences sexistes & sexuelles : quelle réponse de la part de la justice française ?

Warning : Cet article aborde le traitement judiciaire des violences sexistes & sexuelles. Certains éléments peuvent te heurter, te rappeler des traumatismes. Veille à ta sécurité & dirige-toi vers des professionnel.le.s en cas de détresse.

Viols, féminicides, agressions sexuelles, harcèlement de rue, injures sexistes, mariage forcé, violences conjugales, harcèlement sexuel au travail, outrage à l’avortement, violences obstétricales & gynécologiques, séquestration, humiliation : tout cela, ce sont des violences faites aux fxmmes, des violences sexistes & sexuelles. Elles sont ancrées dans la société, elles sont le résultat du schéma de domination sexiste, elles sont en faveur de la domination patriarcale & elles sont surtout omniprésentes.

Ce samedi 21 novembre 2020, le collectif Nous Toutes appelle à la mobilisation en marge de la journée internationale de l’élimination de la violence à l’égard des femmes du 25 novembre prochain. L’idée initiale du collectif NousToutes pour cette occasion ? Manifester devant les commissariats, gendarmeries & tribunaux. Pourtant, du fait du reconfirment, ce n’est pas possible. Ainsi, c’est une mobilisation numérique qui est organisée aujourd’hui. Retrouvez toutes les informations de cette journée de manifestation numérique ici.

À l’occasion de cette journée de mobilisation féministe & de la journée internationale qui arrive le 25 novembre, Loïs est revenu, pour Behind The Society, sur le traitement judiciaire de ces violences sexistes & sexuelles.

Violences sexistes & sexuelles : quelle réponse de la part de la justice française ? Enquête.

Avant de comprendre comment la loi française se positionne face à ces violences & comment agit-elle, voyons d’abord comment les textes de lois français reconnaissent & définissent les termes “violences sexistes” & “violences sexuelles ».

Le terme « violences sexistes » est introuvable dans les textes français. La mention qui s’en rapproche le plus ? Elle se trouve dans le code du travail, via la déclaration d’”agissement sexiste” qui est défini comme « tout agissement lié au sexe d’une personne, ayant pour objet ou pour effet de porter atteinte à sa dignité ou de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant». D’un autre côté, le code pénal s’exprime en qualifiant d’”outrage sexiste” le fait “d’imposer à toute personne tout propos ou comportement à connotation sexuelle ou sexiste qui : soit porte atteinte à sa dignité en raison de son caractère dégradant ou humiliant ; soit crée à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante.”

Les violences sexuelles, quant à elles, sont mentionnées de différentes manières selon la violence concernée (agressions, viols etc) mais une définition globale fait foi : “les violences sexuelles portent atteinte aux droits fondamentaux de la personne notamment à son intégrité physique et psychologique. Elles sont l’expression de la volonté de pouvoir de l’auteur qui veut assujettir la victime.”

Les violences sexuelles sont nommées, mais comment sont-elles traitées par la loi française ?

Les violences sexuelles, ce sont des agressions, du harcèlement, des viols. Ces violences sont quotidiennes, que ce soit chez soi, au travail, à l’école, dans la rue, dans les transports, chaque jour des victimes sont à déclarer. 

250 femmes sont victimes de viol ou de tentative de viol chaque jour

Ce nombre ne cesse de grandir d’années en années, pourtant, rares sont les victimes qui arrivent à voir un jour leur violeur être jugé. Comment la loi française agit en cas de viol ? Qu’est-ce qu’elle entend par « viol » ? Comment elle le considère ?

Selon la loi française, un viol c’est “tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui ou sur la personne de l’auteur par violence, contrainte, menace ou surprise”. 

Malgré cette définition présente dans le code pénal, la justice n’est que peu active dans le traitement des viols. En France, seulement 10% des victimes de viol portent plainte, c’est 74% de ces plaintes qui sont classées sans suite. « Sans suite » ? C’est un tampon de l’administration judiciaire pour dire que le chemin est fini. C’est un tampon qui range gentiment votre dossier, mais pas le traumatisme que vous avez subit.

10% des plaintes aboutissent à un procès & seulement 1% des viols sont condamnés

Pour comprendre comment on en arrive à un tel décalage entre le nombre de viols, la part de plaintes & le taux final de condamnation, nous devons nous pencher sur deux aspects significatifs de la justice française. 

La prise en charge des plaintes : c’est par là que tout commence dans ce décalage faramineux. C’est un article du code de procédure pénale qui le dit : “les officiers et agents de police judiciaire sont tenus de recevoir les plaintes déposées par les victimes d’infractions à la loi pénale […]”. Le code déontologique de la police nationale & de la gendarmerie nationale impose quant à lui aux agents l’impartialité, l’aide aux victimes & la neutralité. Pourtant, de nombreux témoignages illustrent une autre réalité : les plaintes sont parfois critiquées de la part des agents, les victimes sont décrédibilisées, les faits remis en question, minimisés & parfois même justifiés.

L’instabilité judiciaire en matière de traitement des violences sexuelles, & notamment du viol, ne s’arrête pas là.

La correctionnalisation des faits : une spécialité à la française

Les viols, considérés comme des crimes, sont, dans 60 à 80% des cas, correctionnalisés. La correctionnalisation, c’est le fait d’”omettre un élément de l’infraction, permettant ainsi de qualifier une infraction de délit et non de crime.”. Ainsi, un viol est dénaturé en agression sexuelle afin de passer au tribunal correctionnel & non pas en cour d’assises. Cet acte judiciaire est un réel choc pour les victimes : processus de reconstruction chamboulé, acceptation de l’événement entravée, culpabilisation de la victime accrue & bien d’autres conséquences qui sont pourtant ignorées dans ces procédures inhumaines.

À découvrir : Quand le viol n’est plus un crime, Le Monde Diplomatique

Les violences conjugales : la grande cause du quinquennat laissée à l’abandon ?

En France, 1 femme sur 10 est victime de violences conjugales. Cette relation unilatérale, complètement ordonnée par un rapport de domination, fait chaque année des centaines de victimes. Dans un tel schéma relationnel, de nombreux types de violences peuvent faire pression sur la victime : que ce soit des violences administratives, économiques, psychologiques, physiques ou sexuelles. Elles ont toutes leur place dans le schéma de violences conjugales. 

En 2019, 151 femmes ont été tuées par leur conjoint ou leur ex-conjoint en France.

Alors que la prise de conscience est très difficile pour une femme lorsqu’elle est ancrée dans un schéma de violences conjugales, les procédures judiciaires en France le sont tout autant. La pression sociale joue énormément dans l’éloignement de la victime de son bourreau, mais lorsqu’elles y arrivent, encore faudrait-il qu’elles trouvent un accompagnement du corps judiciaire français moins instable.

Pour lutter contre ces féminicides de masse, Marlène Schiappa, Secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, a initiée un grenelle contre les violences conjugales en 2019. Suite à ces semaines de consultation, plusieurs mesures ont été annoncées.

D’une part, l’enjeu était de sécuriser le dépôt de plainte & ainsi favoriser les démarches judiciaires des victimes. Une grille d’évaluation des forces de l’ordre a ainsi été mise en place avec 23 questions permettant aux agents de comprendre la situation de la victime & ses besoins. La procédure judiciaire devra notamment se faire sans médiation, interdite par la convention d’Istanbul en cas de violence. 

Priorité N°1 : Écarter le danger, séparer l’auteur des violences de la victime.

Les armes utilisées par le gouvernement pour protéger les victimes sont diverses : l’ordonnance de protection étant la plus connue, elle précède la résidence séparée des époux qu’un juge aux affaires familiales peut décider.

Suite au grenelle, le gouvernement a notamment souhaité mettre les femmes à l’abri en dehors du domicile familial : c’est ainsi que 1000 places supplémentaires ont été créées dans des hébergements d’urgence.

Considérée comme “une double peine”, cette mesure est largement discutée car il revient ainsi à la victime de fuir alors que l’auteur des violences jouit de la sécurité de son domicile. 

Finalement, la loi française avance peu à peu dans l’encadrement des violences conjugales & des féminicides, pourtant, ce fléau continue & le système manque de moyens pour assurer la sécurité des victimes. Un appel urgent est notamment lancé concernant l’accueil des forces de l’ordre qui fait tâche dans les cas de féminicides : parmi 120 femmes tuées en 2018, un tiers avait déposé une plainte ou une main courante. 

Les violences sexistes & sexuelles à l’encontre des minorités sociales

Nous le savons, des femmes sont tuées, violentées, agressées, violées chaque jour en France. Le gouvernement lutte contre ces comportements via différents textes de lois qui sont actualisés, repensés, modifiés au fur & à mesure du temps pour répondre au mieux aux violences & un jour les décimer. Pourtant, dans cette grande lutte contre les violences sexistes & sexuelles, des grands oubliés hurlent, demandent reconnaissance & actions aux pouvoirs publics.

Les personnes racisées, les personnes transgenres, les personnes handicapées, les enfants, les personnes intersexuées, toutes élèvent la voix, toutes demandent d’être reconnues en tant que victime de ces violences systémiques, & par conséquent, toutes demandent qu’on les aide, qu’on pense à elleux lors de la rédaction d’une mesure. 

16% de la population auraient subie des violences sexuelles dans l’enfance

La loi française réagit : l’atteinte sexuelle sur mineur est classée comme un délit tandis que l’inceste est considéré comme un crime. Pour chacune de ces violences sexuelles, les enfants victimes ont un délai de prescription grâce auquel ils peuvent porter plainte plusieurs années après les effets. Ainsi, une démarche de protection des victimes mineurs est en place, cela notamment via un dispositif nommé “l’audition Mélanie” qui a pour but de recueillir de manière optimale les témoignages des enfants victimes de violences.

Au sein de notre société, les violences se poursuivent, s’intensifient : elle sont présentes dans toutes les sphères & à tous les niveaux de la société mais souvent invisibilisées. C’est notamment le cas pour les violences sexistes & sexuelles faites aux femmes handicapées. Ce n’est finalement que suite au grenelle de 2019 que les femmes handicapées ont été abordées publiquement sur ce sujet, pourtant, 80% des femmes handicapées ont déjà subi des violences dans leur vie, mais il n’y a que peu de choses qui sont faites pour elles.

Visibiliser les violences, aider les victimes : le rôle des pouvoirs publics

L’invisibilisation joue un grand rôle dans la lutte contre les violences, car elles sont cachées autant par les victimes que par les auteurs mais les pouvoirs publics sont là pour les visibiliser & aider les victimes.

Pourtant, les violences sexistes & sexuelles faites aux personnes transgenres & aux travailleuses du sexe sont encore dissimulées. Rien que par la définition de violences faites aux femmes que l’ONU a donné en 1993 : “toute acte de violence fondé sur l’appartenance au sexe féminin” invisibilise le sexisme dont les femmes transgenres sont victimes à cause de leur genre & non de leur sexe. De même que les morts des femmes transgenres & des travailleuses du sexe ne sont pas comptabilisées dans les féminicides, ce qui révèle d’une invisibilisation transmisogyne ancrée dans la société française.

La lutte contre les violences sexistes & sexuelles est en marche, & la loi française a un rôle dans ce combat.

La lutte contre les violences sexistes & sexuelles c’est bien plus que fêter la journée internationale des droits des femmes le 8 mars ou encore la journée internationale de sensibilisation le 25 novembre. Le combat pour les existences des femmes est à mener chaque jour : pour leur protection mais aussi la reconnaissance de celles qui sont tombées.

Aujourd’hui, des organismes, des associations, des collectifs, des bénévoles, des syndicats, des citoyen.ne.s interpellent : la situation en France est dramatique & rien n’arrange cela. 

Des mesures sont prises, des lois sont rédigées, un numéro vert ouvre mais dans tout ce processus il y a un grand vide de la part de la justice française & depuis des années ce sont les associations qui remplissent ce vide comme elles le peuvent. Elles prennent en charge une grande partie de l’assistance aux victimes : de la prise de conscience jusque parfois les procédures judiciaires en passant par l’exfiltration de la victime. Pourtant, ces associations n’ont aujourd’hui pas assez de moyens, elles ne sont que trop peu soutenues. C’est notamment une des grandes réclamations faites au moment du grenelle de 2019 mais qui n’a pas eu de suite favorable.

À découvrir : Le plus dur, c’est l’impunité, par Caroline De Haas

Ce grenelle n’a pas répondu aux sirènes d’alarmes lancées par des collectifs qui sont sur le terrain au quotidien. Aujourd’hui, est notamment réclamée une formation massive de tous les agents de police & des professionnel.le.s qui pourraient recevoir une victime de violences afin d’améliorer l’accueil des victimes. Les places en hébergements d’urgence sont elles aussi au cœur des discussions : il n’y en a pas assez & à cause de cela des victimes restent dans un foyer violent car elles n’ont pas d’autres solutions, pas d’autres solutions que de rester dans un foyer avec une personne violente qui peut la tuer.

Sans une prise de conscience massive & collective, les violences ne s’arrêteront pas.

Finalement, en France la loi est impliquée dans la lutte contre les violences sexistes & sexuelles mais sa place n’est pas encore à la hauteur de l’ampleur des violences. Les mouvements associatifs sont donc là pour essayer de palier à ce manque mais elles manquent aujourd’hui de moyens.

Loïs Hamard

Image : Collages Féminicides Paris