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Enfants d'aujourd'hui, adultes de demain

Le déni de grossesse de Charlotte Lefebvre : rencontre

“C’était un moment de sidération, on a l’impression que le ciel nous tombe sur la tête”, se rappelle Charlotte Lefebvre, lorsque les médecins de l’hôpital de Maubeuge lui apprennent qu’elle est en train de faire un déni de grossesse. Une grossesse qui était donc imprévue et imprévisible.

Trigger Warning : Cet article relate le témoignage d’une femme suite à un déni de grossesse, et rappelle le moment de l’accouchement ainsi que les bouleversements engendrés. Il peut être difficile à lire pour certaines personnes.

Des douleurs atroces dans le dos et le teint pâle, le diagnostic est rapide : la jeune femme entre aux urgences à 11 heures pour une crise de colique néphrétique. Mais après deux échographies, la conclusion de l’infirmier et du sage-femme change complétement : les douleurs dans le dos sont symptomatiques d’un accouchement imminent. Le col est ouvert de trois centimètres. “Il est prêt à sortir” affirme le sage-femme, en parlant de Martin, le premier enfant de Charlotte.

Un contexte de vie qui ne laissait pas de place à une naissance

Alors âgée de 28 ans, et employée dans une grande enseigne de parfumerie, le quotidien effréné de la jeune femme était rythmé par son travail. Des journées à rallonge, de 9 heures à 20 heures, presque sans pause, c’est une vie qui ne permet pas d’envisager la perspective même d’une grossesse. Pourtant, trente minutes ont suffi au corps de Charlotte pour se transformer et adopter la forme de celui d’une femme enceinte de neuf mois. 

Faire face

Après un “accouchement idéal” pour Charlotte, c’est une véritable cascade d’épreuves qu’il faut gérer. Acheter tout le matériel nécessaire pour accueillir l’enfant dans les meilleures conditions possibles, mais aussi annoncer la nouvelle aux autres qui, eux non plus, ne s’y attendaient pas. Faire part de l’existence de ce nouveau-né, “c’est faire face” décrit Charlotte. Faire face à certains membres du personnel soignant qui lui ont fait comprendre qu’elle n’était pas une maman comme les autres, faire face à l’administration française, faire face aux réflexions des collègues et des amis, qui ne conçoivent pas ce déni.

“Quand vous rentrez chez vous, vous êtes toute seule” se remémore Charlotte. Alors qu’elle apprend à “connaître ce petit bout qui vient d’arriver”, elle ne bénéficie d’aucun accompagnement, mise à part une sage-femme qui lui rend visite tous les deux jours. Une situation responsable de plusieurs dépressions post-partum.

Un soutien familial essentiel pour lutter contre « le sentiment de culpabilité »

Néanmoins, le soutien des parents et du compagnon de Charlotte l’a aidée à gérer la période compliquée qui a suivi la naissance inopinée de Martin. “Puisque je ne l’ai pas voulu, il m’aime moins” se répétait-elle. Un sentiment de culpabilité décuplé par un besoin de protection de l’enfant,  accru chez les femmes qui ont vécu un déni de grossesse. Aujourd’hui, le petit garçon a quatre ans, et chaque jour est une occasion de construire le lien qui a été dénié pendant les neuf mois précédant l’accouchement. Quant au déni même, les parents de Martin ne le lui ont jamais caché. Ils ont même acheté des livres explicatifs afin qu’il comprenne au mieux, et disent vouloir répondre à toutes ses questions dès qu’il en posera.

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À l'international Podcasts

[Portraits de vie] UKRAINE: témoignage d’Iryna, étudiante Ukrainienne

Yrina est étudiante en Estonie, mais elle est originaire d’Ukraine. Elle fait son master en Estonie, le plus au Nord des trois pays baltes, elle y vit, elle y passe la plupart de son temps, mais son cœur lui, est en Ukraine. Et encore plus en ce moment…

Jour 9 de la guerre. Vladimir Poutine, qui a décidé de mener une offensive contre l’Ukraine dans la nuit du 23 au 24 février, n’est pas prêt de faire retour en arrière. Forte de 200 000 hommes mobilisés, l’armée du Kremlin ne cesse d’avancer dans le pays. En ce vendredi matin, les troupes russes ont pris le contrôle de la centrale nucléaire de Zoporijia, après l’avoir bombardée. L’opération militaire russe qui devait se limiter à cibler des sites militaires se transforme finalement en une tentative d’invasion totale du pays.

A l’heure où la guerre entre l’Ukraine et la Russie se joue aussi sur le terrain numérique, par la diffusion de fake news et de propagande pro-russe de la part du Kremlin, il est plus important que jamais de donner la parole à celles et ceux, qui subissent le conflit de plein fouet.

Retranscription écrite du podcast

Jingle d’introduction « Behind the society : le podcast »

Maxence, animatrice:

Yrina est étudiante en Estonie, mais elle est originaire d’Ukraine. Elle fait son master en Estonie, le plus au Nord des trois pays baltes, elle y vit, elle y passe la plupart de son temps, mais son cœur lui, est en Ukraine. Et encore plus en ce moment…

Jour 9 de la guerre. Vladimir Poutine, qui a décidé de mener une offensive contre l’Ukraine dans la nuit du 23 au 24 février, n’est pas prêt de faire retour en arrière. Forte de 200 000 hommes mobilisés, l’armée du Kremlin ne cesse d’avancer dans le pays. En ce vendredi matin, les troupes russes ont pris le contrôle de la centrale nucléaire de Zoporijia, après l’avoir bombardée. L’opération militaire russe qui devait se limiter à cibler des sites militaires se transforme finalement en une tentative d’invasion totale du pays.

A l’heure où la guerre entre l’Ukraine et la Russie se joue aussi sur le terrain numérique, par la diffusion de fake news et de propagande pro-russe de la part du Kremlin, il est plus important que jamais de donner la parole à celles et ceux, qui subissent le conflit de plein fouet.

Depuis l’Estonie, Yrina assiste, impuissante, à l’invasion de son pays, et à la mise en danger constante de sa famille et ses ami.e.s. Pour Behind the society, elle témoigne et nous livre son ressenti sur cette guerre.

UKRAINE : témoignage d’Iryna, étudiante ukrainienne. Un podcast réalisé par Maxence Grunfogel et Manon Hilaire.

Iryna- traduction en français de Manon:

Bonjour, je m’appelle Iryna Horpynenko, mais je me fais appeler habituellement Rina, ce qui est un nom estonien, j’essaye de m’intégrer un peu. 

Je viens d’Ukraine et quand les gens me demandent où est ce que je vis exactement, j’essaye d’expliquer que je viens d’une petite ville dont ils vont probablement oublier le nom. La ville se trouve à 200km à peu près de la frontière russe. 

En Estonie, je fais un Master qui est appelé éducation, innovation et leadership. 

Maxence:

L’invasion de l’Ukraine par la Russie a été justifiée par Vladimir Poutine dans ce discours que l’on vient d’entendre. Il ne reconnaît pas la légitimité de l’Ukraine, accusant son gouvernement d’être des oligarques voulant l’argent du peuple, il parle du pays comme d’un foyer de terroristes, une menace nucléaire. Il va même jusqu’à qualifier l’opération militaire russe de dénazification de l’Ukraine. La rhétorique de Vladimir Poutine est très forte, il cherche à justifier l’invasion russe en diffusant de fausses informations. Iryna le sait, et a décidé, dès le premier jour de la guerre, de militer à son échelle en allant manifester, et informant les gens sur ses réseaux sociaux.

La journée du 24 février était très importante pour les Estoniens et Estoniennes puisque le pays fêtait son indépendance de 1918. Mais des manifestations parallèles pour soutenir l’Ukraine ont été organisées la même journée.

Iryna- traduction en français de Manon:

Comme vous le savez, il y avait le jour de l’indépendance de l’Estonie le 24 février, et au départ, je voulais me joindre à cet évènement mais quand j’ai appris pour l’invasion de mon pays par la Russie, j’ai décidé de rejoindre le rassemblement devant l’ambassade Russe pour soutenir l’Ukraine. En réalité, j’y ai passé toute la journée. Après ça, j’ai vu que la Russie partageait plein de fausses informations, à propos de ce qu’il se passait dans mon pays. Parce que, au milieu de toutes les news, il y avait aussi beaucoup de fake news que les médias russes essayaient de partager. Des personnes ont donc commencé à paniquer et voulaient tout simplement quitter leur ville et même le pays. Après avoir essayé de communiquer avec ma famille, mes amis, mes parents, j’ai décidé que je voulais faire plus. J’ai donc rejoint l’une des réunions zoom que l’Organisation étudiante pour l’Ukraine avait planifié. Après ça, je suis devenue membre de cette organisation. 

Maxence:

Comment t’es tu sentie quand tu as appris que Vladimir Poutine décidait d’envahir ton pays. Comment as-tu réagi, d’abord à la menace qui pesait sur ton pays, puis au début de la guerre en Ukraine ?

Iryna- traduction en français de Manon:

Quand j’ai appris que Poutine avait déclaré la guerre à l’Ukraine, la première chose que j’ai fait a été d’appeler ma mère pour savoir à quel point la situation était terrible. En réalité, la guerre a démarré il y a 8 ans, lors de l’annexion de la Crimée donc honnêtement on s’habitue. On s’habitue à vivre dans la peur constante du pire scénario, d’une guerre qui arriverait. Et c’est pour ça que je suis très sceptique et que j’essaye de rester critique quand je lis les news, car la plupart des journaux, essayent d’attirer l’attention au lieu d’informer les gens à propos de ce qu’il se passe réellement dans mon pays. Et quand il est question des informations concernant l’invasion russe, je ne croyais simplement pas que c’était en train d’arriver et j’ai donc appelé ma mère. Quand j’ai réalisé qu’il y avait une véritable invasion dans mon pays, j’ai commencé à regarder les news 24h/24 pour réunir des informations car la ville dans laquelle mes parents vivent et habitent toujours était totalement occupée par les troupes russes. Je ne pouvais pas appeler ma mère parce qu’elle se déplaçait vers un autre endroit et la connexion internet ne marchait plus. Après ça, j’ai donc commencé à partager des informations, des informations pertinentes, sur ma page Instagram parce que la plupart des gens ne comprenaient pas ce qui était réellement en train de se passer. 

Pour parler de la menace de Poutine, je ne crois pas en sa puissance. En réalité, il parle beaucoup, mais on ne peut pas lui faire confiance parce qu’il ment aux russes, aux ukrainiens, et en fait au monde entier. 

Maxence:

Tu as de la famille et des ami.e.s en Ukraine, as-tu pu les contacter ? Comment est leur vie, depuis que la guerre a commencé ?

Iryna- traduction en français de Manon:

Le même jour où cette terrible guerre est arrivée, j’ai appris le nombre d’heures qu’il y avait en une semaine. Vous saviez le nombre de heures qu’il y a par semaine ? Je ne savais pas avant que cette guerre commence. Il y a 168 heures, cent soixante-huit. C’est énorme.

Toute ma famille est dans le nord du pays, qui est occupé. La plupart de mes amis habitent à Kiev. Certains ont essayé de se déplacer vers l’Ouest du pays, et le reste voulaient rentrer à la maison et retrouver leur famille, mais ils n’ont pas pu. Tous les ponts étaient détruits et ils se retrouvaient donc à être physiquement bloqués, sans pouvoir bouger. Toute ma famille et mes amis vivent dans la peur constante depuis les 7 jours qui viennent de passer. Heureusement, ils ont de la nourriture et de l’eau, mais je ne sais pas pour combien de temps parce qu’ils sont coupés du monde et je ne sais pas comment ils pourront avoir de la nourriture et faire des courses. 

Maxence:

La guerre en Ukraine n’est pas un événement soudain que l’on ne pouvait pas prédire de la part du dirigeant russe. Déjà en 2014, la Russie annexait illégalement la Crimée. La Crimée est une péninsule située au sud de l’Ukraine, qui est désormais rattachée à la Russie, après les événements de février et mars 2014.

Pour un bref rappel historique, en 1991 après la chute de l’URSS, la Crimée obtient le statut de République autonome de Crimée, au sein de l’Ukraine indépendante. En 2014, une crise diplomatique internationale éclate. Cette crise fait suite à l’Euromaïden, nom donné aux manifestations pro-européennes de 2013 en Ukraine puisque le gouvernement ukrainien avait refusé de signer un accord d’association avec l’Union Européenne. Cette décision s’était soldée par la démission du président Viktor Ianoukovytvh, remplacé par Oleksandr Tourtchynov. La Russie ne considérait cependant pas ce nouveau gouvernement comme légitime. Des troupes pro-russes sont par la suite décelées dans la péninsule de Crimée, et des troupes de l’armée fédérale russe sont détectées près de la frontière ukrainienne. L’invasion de la Crimée conduit à la déclaration d’indépendance de la République de Crimée le 11 mars 2014. Une semaine plus tard la Russie déclare que la République de Crimée, ainsi que la ville de Sébastopol qui ne fait pas partie de la Crimée, deviennent deux nouveaux sujets de la fédération de Russie. La scène internationale, particulièrement les Etats-Unis, l’Union Européenne et l’ONU, ont condamné cette déclaration.

Yrina, tu as vécu en Ukraine depuis 2014, tu as connu l’annexion de la Crimée. Comment toi et ta famille l’avaient vécue ? Qu’est-ce qui a changé, après ça, pour les Ukrainiens ?

Iryna- traduction en français de Manon:

Pour moi, l’annexion de la Crimée était très douloureuse. Quand j’étais enfant, je suis allée visiter à de nombreuses reprises cette zone avec ma mère et mes sœurs. Parce que la Crimée est une superbe fusion entre les montagnes et la mer. Tu peux t’y rendre pour tout type de repos, comme du repos actif. Tu peux y aller pour faire de la randonnée ou au contraire aller à la plage, te reposer et ne rien faire. Tous les Ukrainiens adorent ce territoire. Donc après l’annexion, la Nation entière s’est séparée en deux. Parce que les Ukrainiens qui ont décidé de rester en Crimée et d’y vivre sont devenus des sortes de zombies. Et quand Poutine nous a envahi, et que nos parents ou amis ont prévenu ces gens qui vivent en Crimée à propos de la situation, ils ne croyaient pas que Poutine nous avait envahi. Ils ont subi un lavage de cerveau complet. Et il est impossible de les persuader. Quand on va les voir, en pleurant, expliquant la situation, ils ne nous croient pas. Et c’est là le pouvoir des réseaux sociaux que Poutine a imposé sur eux. 

Maxence:

Volodymyr Zelensky est devenu le symbole dans le monde entier de la résistance face à la Russie, mais il était assez peu connu avant ça. On le connaît comme un ancien humoriste, qui s’est érigé à la tête de l’Ukraine, et désormais chef de guerre. Pour revenir sur sa carrière, il a été humoriste, et a tenu un rôle dans la série la plus célèbre de la télévision nationale. Il remporte l’équivalent ukrainien de Danse avec les stars en 2006. Mais c’est en 2015 que sa carrière va être propulsée, puisqu’il obtient le rôle principal de la série Le Serviteur du peuple. Il joue un professeur d’histoire qui se retrouve malgré lui Président de la République, et dénonce la corruption des élites. Mais la fiction se mêle à la réalité, et donne à l’acteur de véritables ambitions politiques. Il se présente à la présidentielle de 2019, face au président sortant Oleksander. Finalement, Volodymyr Zelensky pulvérise les scores avec plus de 73% des voix au second tour. Désormais, le président a troqué son costume d’homme politique pour un treillis kaki, et est perçu par le monde entier comme héros national. Les Ukrainiens et Ukrainiennes saluent le fait que le président soit resté a Kyiv malgré les combats, puisqu’en comparaison à l’ancien président Ianoukovytch, ce dernier avait fui vers la Russie lors des manifestations pro-européennes de 2014.

Yrina, qu’est-ce que toi tu penses de Volodymyr Zelensky, et de sa politique envers la Russie ?

Iryna- traduction en français de Manon:

Je pense que Zelenski est le meilleur président ukrainien jusqu’à présent. J’ai voté pour lui aux dernières élections et je me rappelle même de ce jour parce que je venais d’avoir 18 ans et je pouvais enfin voter.  Je suis venue voter et j’ai mis le bulletin avec son nom dans l’urne, sans aucune hésitation. Mais je me rappelle que beaucoup de personnes étaient inquiètes, se demandant qui il était ? Juste un comique sans expérience politique ? Sa candidature en 2018 était initialement perçue par beaucoup comme une blague. Son parti politique s’appelle le serviteur du peuple. Ce n’est pas quelque chose de politique, n’est-ce pas ? Mais il a gagné, en promettant de combattre la corruption et de ramener la paix dans l’est du pays. Et maintenant, Zelenski a soudainement émergé en tant que leader mondial. Le soutien total est venu. Je crois qu’après que la Russie ait commencé son invasion, tous les Ukrainiens ont tenu tous leurs espoirs auprès de Zelenski. Il a joué un rôle unificateur et inspirant. Il dirige et repousse Poutine et son armée. Et pour tout ça, je le respecte et l’admire sincèrement. En parlant de la politique de Zelenski par rapport à la Russie, il fait bien les choses. Pour protéger l’Ukraine, il a officiellement engagé une action en justice contre la fédération russe. De plus, il a officiellement fait la demande à ce que l’Ukraine soit un membre de l’UE. Je pense que c’est vraiment une bonne chose que le président ne soit pas perdu dans ces temps troublés, et continue de vouloir protéger l’Ukraine au niveau international. 

Maxence:

Les Occidentaux multiplient les sanctions économiques contre la Russie. D’un côté les gouvernements nationaux prennent des sanctions, et de l’autre les organisations internationales organisent les retraits en cascade des entreprises privées. Par exemple, 7 banques russes, ainsi que des établissements biélorusses, doivent être bannies du système Swift. L’Union Européenne suspend également les activités de diffusion des médias d’Etat russes Sputnik et Russia Today. Après l’espace aérien, l’accès à la mer pourrait être lui aussi restreint. Les avoirs de Vladimir Poutine et du ministre des affaires étrangères de la Fédération de Russie Sergueï Lavrov, sont gelés. Le G7 qui rassemble les sept pays les plus riches de la planète se sont également réunis avec leur collègue ukrainien pour étudier de nouvelles pistes de représailles qui seront annoncées dans les prochains jours. Les Occidentaux ont également envoyé de nombreux équipements militaires, et d’importantes sommes d’argent à l’Ukraine. De nombreuses manifestations pro-Ukraine se sont également déroulées dans de nombreux pays.

Que penses-tu de ces réactions internationales ?

Iryna- traduction en français de Manon:

Nous ne faisons pas partie de l’Union Européenne ou de l’OTAN mais le monde entier nous soutient. Honnêtement, j’étais très étonnée quand j’ai vu le nombre de sanctions, et sévères en plus, qui ont été prises contre la Russie et la Biélorussie. L’Union Européenne est juste une organisation économique qui ne peut pas aider beaucoup plus qu’en donnant l’argent dont on a besoin. Je voudrais personnellement remercier tous ceux qui ont protesté contre la Russie, pour nous, pour la paix. 

Maxence:

Les manifestations en Estonie ont réuni un nombre de personnes sans précédent. C’est un pays qui ne descend que très rarement dans la rue, mais en ces temps de guerre, la population estonienne soutient plus que jamais l’Ukraine. L’Université de Tallinn, la capitale, a par exemple fondé un club d’étudiants pour soutenir l’Ukraine. Ils collectent de nombreuses denrées, vêtements et produits de première nécessité pour les envoyer en Ukraine et aux frontières de la Pologne par exemple, où de nombreux réfugiés débarquent chaque jour.

Iryna- traduction en français de Manon:

En ce moment, je lis les news avec des larmes dans les yeux. Au début, c’étaient des larmes de souffrance et de peur. Maintenant, ce sont des larmes de justice, d’admiration et d’unité. Le monde entier soutient l’Ukraine et particulièrement l’Estonie. Pendant les manifestations qui ont eu lieu le 26 février, 30 000 personnes sont descendues dans la rue pour soutenir la population ukrainienne et s’opposer à cette guerre agressive que la Russie a lancé contre l’Ukraine. Je pense que c’est dû au fait que les deux pays ont fait partie de l’Union Soviétique. Ils ont donc tous conscience de savoir à quel point c’est difficile et douloureux d’accéder à l’indépendance. Et je pense que c’est pour ça que l’Estonie nous soutient autant. Et je tiens à dire merci, de tout mon cœur.

Maxence:

De votre côté, auditeurs et auditrices, n’hésitez pas à vous informer au maximum sur ce qu’il se passe en Ukraine, en suivant notamment le travail des journalistes sur place, pour éviter la désinformation. Pour aider les civils ukrainiens, de nombreuses associations œuvrent sur le terrain auprès des civils. Pour chacune d’entre elles, des dons financiers sont possibles sur Internet, mais les antennes locales accueillent aussi des donations matérielles. Vous trouverez une liste de ces associations dans l’article de diffusion.

Jingle de fin « c’était Behind the society : le podcast, une série d’épisodes à retrouver sur Deezer, Spotify, Apple Podcasts et Google Podcasts. »

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Out of the closet Podcasts

[Portraits de vie] Derrière les thérapies de conversion, des victimes marquées à vie

Alors que les débats à l’Assemblée nationale se sont conclus par l’adoption de la proposition de loi visant à interdire les thérapies de conversion, Behind The Society revient sur les conséquences désastreuses que ces pratiques ont sur les personnes qui les subissent. Ces thérapies qui prétendent guérir l’homosexualité ou la transidentité, sont motivées par des raisons religieuses ou pratiquées par des thérapeutes auto-proclamés.

Jade est une victime de thérapie de conversion. De ses 8 à 12 ans, elle a subi des violences physiques et psychologiques visant à modifier son identité de genre. Douches froides, masculinisation forcée et coups ont été son quotidien pendant quatre ans. Au micro de Behind the society, elle revient sur son expérience et plus particulièrement sur les conséquences psychologiques que ces pratiques ont eu et continuent d’avoir sur elle.

Notre invitée : Jade Whirl, une femme transgenre, victime de thérapies de conversion au cours de son enfance.

Un podcast animé et réalisé par Maxence Grunfogel.

Retranscription écrite du podcast

Jingle d’introduction « Behind the society : le podcast »

Maxence, animatrice :

Après l’Equateur, le Brésil, Porto Rico, Malte, l’Allemagne et une partie de l’Espagne, c’est au tour de la France de légiférer en la matière : l’interdiction des thérapies de conversion.

C’est une proposition de loi de la République en marche qui a été adoptée par l’Assemblée nationale le mardi 5 octobre dernier. Le but de la future loi proposée par la députée Laurence Vanceunebrock est de créer un délit spécifique interdisant les dénommées thérapies de conversion, et les punir de deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende. Pour le moment, le vide juridique spécifique aux thérapies de conversion rend difficile le dépôt de plainte, les victimes ne sachant pas vers qui se tourner ou à quel titre porter plainte.

L’expression « thérapies de conversion » est née aux Etats-Unis dans les années 1950 et renvoie à un ensemble de pratiques visant à modifier l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne. Ces thérapies se basent sur le postulat que l’homosexualité et la transidentité sont des maladies qu’il conviendrait de guérir. Elles peuvent être organisées par des religieux ou des thérapeutes auto-proclamés, et prendre la forme d’entretiens, de stages, d’exorcisme ou encore de traitements par chocs électriques, se rapprochant parfois de dérives sectaires.

Jade, l’invitée :

Je m’appelle Jade, je suis une femme trans de 35 ans. Pour le moment je vis en France mais je suis de nationalité belge, j’ai pas mal bougé au cours de ma vie pour pouvoir commencer ma transition.

Transition musicale

Maxence :

Jade est une victime de thérapie de conversion. De ses 8 à 12 ans, elle a subi des violences physiques et psychologiques visant à modifier son identité de genre. Douches froides, masculinisation forcée et coups ont été son quotidien pendant quatre ans. Au micro de Behind the society, elle revient sur son expérience et plus particulièrement sur les conséquences psychologiques que ces pratiques ont eu et continuent d’avoir sur elle.

Jade :

Les thérapies de conversion, c’est un ensemble de pratiques coercitives qui vise à corriger l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne non cis ou non hétéro. Il y a plusieurs types de thérapies de conversion, il y a les thérapies médicales ; les thérapies religieuses. Dans mon cas, ce que j’ai subi c’était une thérapie de conversion médicale, donc comportementale, qui a été dirigée par un psychologue et qui nécessite, comme la plupart des thérapies de conversion, le soutien de la famille ou des proches. Ça a commencé quand j’étais enfant, un peu après mes huit ans. J’avais fait une première tentative de coming out qui m’a valu de me faire bully. C’est remonté jusqu’à la direction de l’école, j’ai fait une crise d’anxiété à l’idée d’y retourner. On a exigé que j’aille voir un psychologue avant de reprendre les cours et c’est ce psychologue qui a plus ou moins diagnostiqué ma transidentité et qui a décidé que je serais plus heureuse si on la détruisait, et qui a donc impliqué mes parents dans un ensemble de pratiques visant à me masculiniser. Donc ma mère me rasait la tête de force, malgré mes protestations ; on m’a fait regarder des films avec une représentation transphobe pour me dégoûter de la transidentité ; on m’a imposé un régime quasi militaire d’exercices pour me muscler, me masculiniser, apprendre les arts martiaux. Si jamais je me rebellais, c’était des punitions physiques : des douches d’eau glacées, des coups, des privations… Ça a duré pendant presque quatre ans. A côté de ça, il y a le reste de la famille qui a été impliqué, mon oncle et ma tante notamment. Ma tante qui m’a fait lire, soi-disant pour m’apprendre l’anglais, un ouvrage pour continuer à me dégoûter d’être une femme trans, pour me faire comprendre que tout le monde me verrait toujours comme un monstre si je décidais d’être une femme trans. Et toute cette violence, toutes ces pratiques, ont duré de mes 8 ans et demi jusqu’à l’été de mes 12 ans.

Transition musicale

Maxence :

Vous parliez notamment de conséquences psychologiques, parce qu’on parle beaucoup des déroulés de ces thérapies de conversion mais on parle un peu moins de toutes les conséquences psychologiques qu’il peut y avoir derrière pour les personnes qui subissent ces thérapies. Quelles sont-elles ces conséquences ?

Jade :

Elles sont dévastatrices. Les thérapies de conversion, faut intégrer que votre identité, que ce soit votre orientation sexuelle ou votre identité de genre, est monstrueuse et honteuse. Mais c’est pas quelque chose sur laquelle on a un contrôle, donc on en vient à avoir honte de qui on est, de nos pensées, avoir honte d’exister. On développe des mécanismes pour cacher qui on est, on est dans la création d’une personne, on est dans le masking. A côté de ça, ça a développé énormément d’anxiété sociale, de traumatismes. Ça augmente considérablement les risques de dépression et de tendances suicidaires. C’est une des raisons pour lesquelles il y a très peu de personnes trans qui ont subi une thérapie de conversion enfant qui sont encore là pour en parler. C’est vraiment dévastateur. Un des premiers éléments qui s’est développé chez moi en plus de mon anxiété, c’était des phobies sociales. D’abord la blemmophobie donc la peur du regard des autres, je me sentais très mal au milieu de mes pairs donc ça m’a énormément isolée. Et par la suite j’ai développé des mécanismes de défense où quand quelqu’un devenait un petit peu proche de moi, je m’éloignais parce que j’avais peur de la proximité, peur qu’elle découvre qui j’étais. Donc j’étais vraiment dans ce mécanisme de défense toute ma vie, et ça a énormément impacté ma sociabilisation et mon développement, en plus de me donner des tendances suicidaires. J’ai fait plusieurs TDS (tentatives de suicide) toute mon enfance, jusqu’à la fin de ma vingtaine. 

Maxence :

L’Assemblée nationale a adopté la proposition de loi visant à interdire les thérapies de conversion le 5 octobre dernier. Comme rappelé au début du podcast, elle vise à créer un délit spécifique interdisant ces pratiques et les punir de deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende. Les peines encourues pourront être portées à trois ans et 45 000 euros si la victime est mineure ou si les faits sont commis par un ascendant ou sur Internet.

Pour le moment, la législation française n’inclut pas de délit dans le code pénal, mais des moyens juridiques indirects permettent d’interdire de telles pratiques. Par exemple, les victimes de thérapies de conversion peuvent saisir la loi pour harcèlement sexuel ou moral, violences physiques et psychologiques, torture ou encore séquestration. Ces pratiques peuvent aussi être incriminées du délit d’abus de faiblesse lorsqu’elles sont assimilées à des dérives sectaires et au charlatanisme. Créer un délit spécifique permettrait, selon la députée Laurence Vanceunebrock, que les victimes soient reconnues comme de vraies victimes de thérapies de conversion, et non pas d’autres faits. Aussi, la proposition de loi fixerait un interdit social, permettant une visibilisation de la problématique et une meilleure prise en charge des victimes. Reste un hic, les thérapies de conversion sons très souvent insidieuses et discrètes, allant jusqu’à prendre une autre dénomination pour être dissimulées. Que penser de cette proposition de loi ?

Jade :

Alors en fait la proposition de loi est passée par l’Assemblée nationale mais doit encore passer au Sénat pour être complètement adoptée. C’est une bonne avancée, c’est quelque chose qui aurait du être fait il y a des années. Malheureusement, pour moi il y a beaucoup d’amendements qui auraient été intéressants qui ont été rejetés, notamment sur la prévention scolaire. Mais, elle pose de bonnes bases en tout cas pour criminaliser ces pratiques. Maintenant, le fait de voir les débats à l’Assemblée ça a été particulièrement violent parce que beaucoup de députés étaient là pour avancer un agenda transphobe, c’est-à-dire exclure les personnes trans du ban des thérapies de conversion, pour pouvoir continuer à exercer ces pratiques contre nous. Donc voir cet agenda au niveau de l’Assemblée nationale, ça a été particulièrement violent. Et je dois dire que j’appréhende beaucoup de revoir les discussions au niveau du Sénat, où cet agenda pourra être poussé encore plus fort. Et j’ai peur que la loi soit bloquée à ce niveau-là, ou qu’encore une fois on prenne en otage les personnes LGB (lesbiennes, gays, bisexuel.les) en disant que si on n’exclut pas les personnes trans, la loi ne passera pas. Donc j’ai à la fois de l’espoir et beaucoup d’angoisse par rapport à la prochaine étape. Maintenant, si elle passe telle quelle, elle permettra de poser d’excellentes bases pour que les associations puissent s’organiser, se porter en tant que partie civile et accompagner les anciennes victimes et également, faire de la prévention au maximum contre ces pratiques. Donc, j’espère vraiment qu’elle passera, au moins en l’état.

Jingle de fin

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