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Phoque la pollution

L’Inévitable Rébellion : réponse d’Extinction Rébellion face à l’inaction sociale et climatique.

« Quand voter ne suffit plus, la rébellion est inévitable. » Le slogan, relayé par le compte Instagram du mouvement a attiré 1500 rebel.les de toute la France le 16 avril pour planter un camp au pied de l’arche de Saint-Denis, en plein cœur de la capitale. Pendant trois jours, les militants se sont approprié la rue en autogestion, se laissant rêver à un autre monde.

Besoin de renforts à Sucre ! Conférence à Farine dans 15 minutes ! N’hésitez pas à aller ravitailler Miel ! Au pied de l’arc de triomphe Saint-Denis, les militant.es fourmillent d’un point de blocage à l’autre : sucre, farine, miel et cannelle. Chacun possède ses instruments de blocage, qui ont permis d’isoler la zone. Les bras enfilés dans des tubes bétonnés à des poubelles colorées, les bloqueureuses en premières ligne forment des « marguerites. » Derrière, certain.es militant.es sont accroché.es à des pianos, les grimpeureuses perché.es sur des infrastructures en hauteur. Les rôles ne manquent pas pour qui veut se rendre utile. Juste à côté se trouvent les médiateurices et les contacts police, chargé.es de dialoguer avec les passant.es et les autorités. Au milieu, les méditantes : assis.es sur l’asphalte, iels méditent face à face avec les CRS. Puis viennent les anges-gardien, qui ravitaillent les bloqueureuses, et les équipes techniques qui installent le coin cuisine, les toilettes sèches et descendent le reste du matériel.

Le « beacon » est une structure « d’artivisme », une méthode de blocage qui fait la fierté de XR. ©Anaëlle Charlier

Une opération bien huilée

Tout s’est passé très vite : rendez-vous à 7h50, déploiement à 9h, on bloque, on tient l’occupation autant qu’on peut. On guette la police, on se tient prêt à résister. Beaucoup en sont conscient.es : ce qu’iels font là, c’est de la désobéissance civile. Iels risquent une amende et l’emprisonnement. Pourtant, au cœur de l’action, l’ambiance est sereine, presque festive : « Il y a peu de risques qu’iels viennent nous déloger, on est pacifistes, les gens sont avec nous et on a la force du groupe pour se donner du courage », confie une militante venue de Bordeaux spécialement pour l’Inévitable Rébellion. C’est ainsi que le mouvement Extinction Rébellion, mondialement connu pour ses actions de désobéissance civile a baptisé cet évènement. L’objectif : alarmer la population et les gouvernements sur l’urgence climatique et sociale.

« Il nous reste 3 ans, c’est un fait, moi je veux pouvoir dire à mes enfants que quand il fallait agir, je suis allé manifester, j’ai changé de métier et je suis devenu aussi écolo que j’ai pu. »

Militant d’XR, père de famille

Les motivations des rebel.les présent.es sont multiples : « il nous reste 3 ans, c’est un fait, moi je veux pouvoir dire à mes enfants que quand il fallait agir, je suis allé manifester, j’ai changé de métier et je suis devenu aussi écolo que j’ai pu » affirme un père de famille. Pour d’autres, se rassembler prouve que l’on est pas tout.e seul.e pour faire face à ce qui semble insurmontable. « La majorité des inscriptions, elles sont arrivées après le résultat du premier tour » explique Isa, responsable de la cuisine « on s’attendait à 600 personnes, finalement on est le double, ça va être plus compliqué à nourrir mais ça fait plaisir d’être là, de lutter toustes ensembles. » Pour nourrir tous ses rebel.les, l’équipe cuisine peut aussi compter sur les dons.

Une vie paisible, en autogestion

Sur le lieu de l’action, tout est prévu pour mener une vie sereine : les street-médics veillent à la bonne santé de toustes, les bulles régénératrice et dodo sont à disposition de qui a besoin de souffler et la cuisine est au petit soin avec des repas copieux et fait maison. Petit plus pour les parents : un espace « enfants » a été installé au cœur de l’occupation, choyant la relève avec des activités manuelles. Une borne à incendie a été tapissée de verdure par leurs soins et arbore désormais fièrement le sigle sablier et l’acronyme « XR » (Extinction Rébellion). Ailleurs, des militant.es flânent, d’autres lisent dans des hamacs, certain.es dessinent, par endroit on tracte, plus loin on colle, on tag. Des tags tous effaçables, car le mouvement prohibe toute forme de détérioration forte.

Les « red rebels » sont une autre forme « d’artivisme ». Iels défilent dans le camp avec lenteur chaque soir. ©Anaëlle Charlier

Certain.es, plus échaudé.es s’organisent pour bloquer le Mac do et le KFC de la rue. Le but : faire fermer les enseignes. Pour décider d’une telle action, il a fallu en discuter lors de l’Assemblée Populaire qui se réunit tous les matins. Chacun.e est invité.e à s’y exprimer et à donner son avis. Finalement, il y a « prise de température » pour trancher. Mains en l’air si on est d’accord, au milieu ou en bas si c’est moyennement ou pas du tout et on croise les bras si c’est une opposition ferme. Chez XR, c’est le consensus de groupe qui prime. « Nous ce qu’on réclame, c’est un système qui redonne le pouvoir au peuple, avec des assemblées populaires plus localisé.es. Un système qui agit pour le climat et pour les droits sociaux. » explique Neptune, sous couverture de son pseudo. Regard complice avec sa voisine, les deux rigolent et ajoutent « on sait jamais si on donne notre vrai prénom ou pas, mais bon j’imagine que maintenant que tout est lancé, c’est tranquille. » En effet, les moyens policiers déployés autour de l’occupation ont disparu dès le samedi après-midi, laissant prospérer la bulle d’autogestion installée en plein Paris.

Anaëlle Charlier