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À Lille, ambiance festive dans le cortège du premier mai

À l’occasion de la fête du travail, jour commémoratif des luttes pour les droits des travailleurs et des travailleuses, plus de 2000 personnes se sont retrouvé.es ce matin à porte des postes, bravant l’absence de transports en commun. Le cortège rassemblant syndicats, partis politiques et travailleureuses a ensuite prit le chemin de Wazemmes accompagné tout en musique, discours et slogan.

C’était le rendez-vous incontournable de l’après-présidentielle, les Lillois.es sont très clair.es : la lutte continue. Pour l’Union Populaire, la manifestation prend la couleur du « troisième tour » tant attendu : les élections législatives qui auront lieu en juin prochain. « Puisque en plus ça rime, mettons Mélenchon à Matignon » scande Ugo Bernalicis, député LFI du Nord. À ses côtés, Adrien Quatennens avec qui il a mené la manifestation de l’Union Populaire. Les deux députés n’ont pas manqué d’exprimer leur désaccord avec le président fraîchement réélu, Emmanuel Macron.

Pour nous, la retraite, c’est toujours à 60 ans !

Adrien Quatennens, député France Insoumise de la première circonscription du Nord.
Adrien Quatennens ©Alice Gosselin

L’âge du départ à la retraite reste la principale revendication clamée par les manifestant.es, au même titre que l’augmentation des salaires.

La manifestation s’est déroulée à grand renfort de slogans, mais toujours dans le calme. En s’y promenant un peu, on croise toutes les générations, celleux qui sont déjà à la retraite n’hésitent pas à descendre dans la rue pour soutenir la jeunesse, qui elle aussi a largement mobilisé grâce aux syndicats étudiants comme la FSE et l’UNEF et les partis politiques, le NPA et la JC. Enfants, parents et manifestant.es ont aussi pu profiter de l’Internationale reprise par la fanfare « La brigade des tubes ».

La brigade des tubes ©Anaëlle Charlier

La manifestation s’est finalement dispersée dans le calme à Wazemmes. Contrairement à sa cousine parisienne, elle n’a pas été perturbée par l’intervention de casseurs ni d’altercation avec la police.

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À l'international Féministes tant qu'il le faudra

Le droit à l’IVG en péril aux États-Unis

photo: pexels

Le départ de Donald Trump de la Maison Blanche n’aura pas suffit à endiguer la poussée conservatrice du pays. Les lois anti-avortement se multiplient dans les différents Etats américains, jusqu’à donner des idées à la plus haute juridiction du pays, la Cour Suprême. Les juges qui la composent pourraient réviser la loi Roe VS Wade de 1973 qui inscrit l’avortement légal jusqu’à 24 semaines de grossesse dans la Constitution.

Vers une suppression du droit à l’avortement ? 

Réviser la Constitution n’est pas un acte banal, cela remet en cause une décision historique pour la liberté des femmes. En 1973, l’arrêt Roe VS Wade promet aux femmes une possibilité d’avorter jusqu’à 24 semaines de grossesse. Mais les États-Unis semblent à présent revenir sur leurs pas à la suite d’un projet de loi du Mississippi.  Cet État du Sud souhaite interdire l’avortement au-delà de 15 semaines de grossesse, une loi que les juges de la Cour Suprême pourraient faire passer à l’échelle du pays. Certains États n’ont pas attendu cette décision pour passer à l’acte. Selon France Info, pas moins de 1840 mesures de limitation de la contraception ou de l’avortement ont été introduites depuis le début de l’année aux États-Unis, dans 46 États sur les 50 que compte le pays. La Floride a réduit le délai pour l’avortement de 24 à 14 semaines. Au Texas, l’IVG est à présent interdit dès que les battements du cœur de l’embryon sont perceptibles, environ quatre semaines après la fécondation. L’Idaho engage des poursuites civiles contre les médecins pratiquant l’avortement. La liste est encore longue et pourrait s’allonger davantage si la Cour Suprême décide de réviser ce droit. Vingt États supplémentaires seraient susceptibles de criminaliser ou d’interdire l’avortement.  Pourtant, dans les pays avec un accès au soin, les avortements ont tendance à avoir lieu assez tôt. La majorité des avortements réalisés dans le monde ont lieu dans les 12 premières semaines (90% dans les pays à revenu élevé , les ⅔ ayant lieu avant 9 semaines de grossesse).

carte : Radio-Canada affichant les restrictions du droit à l’IVG. La carte date de 2016, depuis certains États ont renforcé leur politique anti-IVG


L’héritage Donald Trump

La décision de la Cour Suprême est encore plus redoutée que six juges sur neuf sont conservateurs. Un déséquilibre en partie dû aux choix de Trump. L’ancien président des États-Unis a conduit trois juges conservateurs à la plus haute juridiction du pays. Symbole du recul du droit à l’avortement, Trump choisissait Amy Coney Barrett pour remplacer l’icône féministe, Ruth Bader Ginsburg. La protégée de Trump s’oppose diamétralement à sa prédécesseure, une femme reconnue pour ses positions en faveur de l’indépendance et de l’avortement. Sa remplaçante est au contraire connue pour ses positions religieuses traditionalistes et son opposition à l’avortement. Amy Coney Barrett est membre de la communauté religieuse “People of Praise” dont un article du Guardian affirme que les femmes y sont considérées comme soumises à leur mari. Pour compléter le tableau, Niel Gorsuch avait également été sélectionné par l’ancien président américain. Ce juge conservateur de 55 ans se positionne en faveur de la peine de mort ainsi que des valeurs de la famille et de la religion. En 2013, il tranche en faveur de l’entreprise Hobby Lobby, opposée au remboursement de pilules du lendemain. Troisième choix et pas des moindres, Brett Kavanaugh, homme aux positions conservatrices affichées : catholique traditionaliste, ouvertement anti-avortement et pro armes à feu. Il est également accusé d’au moins quatre agressions sexuelles, notamment par d’anciennes camarades d’étude.  Le système américain est ainsi fait que ces choix d’hier peuvent impacter la vie des femmes de demain. Restreindre, criminaliser ou interdire l’avortement aurait de graves conséquences sur la santé des femmes, et sur leurs libertés.

Riposte féministe

Aux Etats-Unis, les lobbies anti-avortement et les mouvements “pro-life” envahissent la société et mènent leur propagande, même dans la tête des plus jeunes. L’Église est l’une des instances majeures dans la lutte contre l’avortement. En 2019, elle finance le film “Unplanned”, un manifeste contre l’IVG inspiré de faits réels. Le scénario met en scène une femme du Planning Familial aux opinions féministes. Cette dernière retourne sa veste après sa rencontre avec un couple anti-avortement, elle décide alors de mener un combat contre le Planning Familial et l’IVG. Lors de sa semaine de sortie, le film se hisse au top 10 des meilleures entrées avant d’être interdit au moins de 17 ans et rejeté par certaines chaînes de télévision. Mais la propagande anti-avortement gangrène aussi l’État, notamment sous l’ère Trump. En janvier 2017, la “March for life”, grand rendez-vous des militants anti-IVG, prend un autre tournant. Le vice-président de Donald Trump, Mike Pence, s’y rend en personne et déclare : « La vie est en train de gagner ».

Vidéo de Bloomberg QuickTake sur la Women’s March pour protester contre les lois anti-avortement

La réponse féministe ne s’est pas faite attendre face à la poussée conservatrice du pays. En octobre 2021, de multiples manifestations dénonçant la loi promulguée au Texas ont lieu dans plusieurs États. Dans plus de 600 villes du pays, des femmes de toutes les générations revendiquent le droit à disposer de leur corps, le droit d’avoir le choix. Les féministes dénoncent la situation déjà critique du pays où certaines femmes sont contraintes de changer d’État afin d’avorter. Les lois anti-avortement affectent d’autant plus les femmes précaires pour qui ce droit est très coûteux. Amnesty International condamne également les “déserts” en terme de cliniques d’avortement, la plupart des habitants vivant à plus de 160 kilomètres d’un tel service. L’organisation déplore le fait que les États-Unis aient “le taux de mortalité maternelle le plus élevé de tous les pays développés”. La situation est déjà critique. Réviser le droit à l’IVG ne permettra pas de diminuer le nombre d’avortement mais rendra simplement sa pratique plus dangereuse. Au-delà de l’aspect médical, cette loi est le symbole même du patriarcat. Une minorité de personnes, notamment des hommes, décident à la place des femmes sur des sujets qui les concernent. Cela semble surréaliste qu’en 2022, des femmes doivent toujours se battre pour avoir le choix, pour disposer librement de leur corps, pour avoir des droits fondamentaux. Les États-Unis sont à présent à un carrefour entre une société conservatrice où le patriarcat fait la loi et une société féministe, où chaque être humain a accès à ses droits fondamentaux.

photo :pexels

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Édito pour un sursaut démocratique

Depuis quelques années en France, il apparaît très clairement que la démocratie se porte de plus en plus mal. Si parler de dictature serait hyperboliser la situation actuelle, nous ne pouvons cependant plus affirmer que la France applique le modèle acquis lors de la révolution de 1789. Depuis un certain temps, elle glisse dangereusement vers les dérives autoritaires et liberticides, en témoigne sa chute dans l’indice démocratique dû aux nombreuses mesures prises contre la liberté de la presse, d’expression et d’opinion.
La France est aujourd’hui au rang des “failed democracy”, une démocratie défaillante, en péril, et ayant entamée sa route vers de biens sombres destinées. Mais ce statut ne devrait pas nous désespérer, loin de là, et au contraire nous appeler à une mobilisation sans relâche et sans précédent pour sauver notre démocratie, si précieuse mais si fragile.
Aujourd’hui et dans 15 jours, les Françaises et les Français seront donc appelés à se déplacer aux urnes. Pour décider qui, parmi la douzaine de candidats et candidates, détiendra pendant 5 ans le pouvoir de faire sombrer la démocratie encore plus, ou au contraire, lui donner un peu d’air, un nouveau souffle. 

Loin de moi l’idée que cette élection et que toute élection en général puisse marquer le salut de tout un peuple, contrairement aux prétentions de certains candidats. Aujourd’hui, nous ne décidons pas le cœur joyeux en qui nous plaçons tous nos espoirs, mais bien qui sera notre adversaire pour les 5 prochaines années.
Et même si, comme nous le montre l’histoire, tout changement ne peut venir que du peuple pour le peuple, il est évident que ce changement sera reçu et réprimé avec une intensité et des méthodes différentes en fonction de qui détient le pouvoir.
Si le pouvoir de porter la revendication, de la mettre en lumière et de faire pression sur l’autorité est sans équivoque celui du peuple, le pouvoir de décision revient au final toujours à l’Etat. Et ledit Etat, en fonction de son dirigeant, sera plus ou moins à même d’accepter les revendications populaires, ou au contraire de les réprimer dans le sang.
En ce sens, Oui, le pouvoir de décider quel chemin va prendre notre démocratie sera entre les mains de celui ou celle qui sera choisi à l’issue de ces élections.

Mais ces élections ont été corrompues, subtilisées par des personnages aux intentions malfaisantes et haineuses. Alors que la population, et tout particulièrement les jeunes générations, futures occupantes de cette terre, portent une envie d’écologie, de justice sociale, d’égalité et d’équité, les thèmes abordés tout au long de la campagne n’ont été que ceux d’une branche haineuse et indigne de toute représentation.
L’extrême droite a su ramener à elle les quelques débats, trop peu nombreux, pour imposer sa vision pestilentielle et ségrégationniste du monde, bénéficiant d’une banalisation affligeante de ses propos racistes, antisémites et islamophobes, intolérables il y a encore 10 ans.
Face à cela, elle a même bénéficié d’une presque absence de critiques et de mise en garde : tolérée voire imitée par une droite “républicaine” et “modérée”, moquée et ignorée par une gauche institutionnelle n’osant pas la réelle dénonciation.

Cette même gauche institutionnelle semble avoir perdu toutes ses racines.
Le terme de “socialiste”, autrefois fort et plein de sens, a été défiguré et vidée de son âme travailliste pour servir une idéologie modérée et accepter les pactes avec la droite non extrême. L’embrassement du libéralisme économique est acté, et même les arguments sociétaux qui subsistaient encore commencent à eux aussi disparaître pour attirer une population plus « mesurée », et souhaitant avant tout protéger ces illusions de privilège plutôt que d’accepter un réel changement.
L’écologie a également perdu toute sa gloire et sa force d’antan. Oublié le tiers-mondisme et l’activisme de René Dumont, l’écologie est désormais une affaire d’urbains voulant “sauver la planète” depuis leurs tours d’ivoire, sans se préoccuper des spécificités populaires et rurales, souvent incompatibles avec les rêves de monde sans voiture et de capitalisme vert. Quand même les questions de décentralisation et de décroissance n’intéressent plus les partis, l’écologie altermondialiste des années 70 ressemble en effet à une utopie.
Quant à la gauche qui s’apparente le plus à celle historique : ni libérale, ni révolutionnaire, elle se retrouve aujourd’hui plongée dans une crise d’identité la relayant au rang de “vote utile” plus que de conviction. Elle défend la justice sociale et l’égalité pour certains, mais pas pour tout le monde ; se présente comme l’alliée des quartiers et des classes populaires, mais le fait sans ces mêmes quartiers et classe, avec un cœur militant moyen/moyen-sup; elle se veut accueillante envers les réfugiés, tout en souhaitant faire de la France une puissance forte et indépendante, penchant de plus en plus dans des biais isolationnistes bannissant l’internationalisme d’autrefois.
Cette gauche a perdu son tempérament de résistante, à lissé son image pour se rendre plus agréable, plus présidentiable. Le but n’est plus la rupture vers un nouveau système, mais l’adoucissement de celui actuel.

Mais face à ce manque d’entrain et de passion, le péril fasciste est lui toujours plus fort, toujours plus présent dans l’espace public et médiatique, toujours plus proche du pouvoir et des institutions. Il est devenu capital de faire barrage, de dire non au retour des temps les plus sombres de l’humanité, autant dans les urnes que dans la rue.
Cet édito n’est donc pas un appel à voter pour tel ou tel candidat. Ce choix est individuel et doit le rester, tout vote pour la démocratie est un bon vote, qu’il soit utile ou de convictions, la stigmatisation sur ce sujet est déjà bien trop présente en ce moment. Il est un appel à la conscience, conscience que le futur ne se joue qu’à un fil et que le basculement va probablement dépendre du visage qui s’affichera sur la télé de millions de Françaises et Français dimanche soir, dans deux semaines. Mais pas seulement. Dans 15 jours, la France aura une nouvelle présidente ou un nouveau président, mais également un nouvel adversaire pour 5 ans. Si cette élection va peut-être marquer un basculement dans notre histoire, nous, le peuple seront les seul·e·s en mesure de lutter contre ce basculement et de défendre nos valeurs et convictions. La démocratie ne s’arrête pas à un bulletin de vote, elle dure toute l’année.
Cet édito est donc un appel à un sursaut démocratique général, un sursaut populaire, un sursaut humain. Aujourd’hui et dans 2 semaines, nous irons choisir notre adversaire pour 5 ans, faisons en sorte de ne pas le ménager par la suite et de nous battre pour nos droits et notre dignité, quelle que soit l’issue de ce vote. Battons nous, battons nous pour que ce sursaut démocratique se pérennise et devienne une révolution des peuples, une vague inarrêtable.

Sans l’autorité d’un seul,
Il y aurait la lumière,
Il y aurait la vérité,
Il y aurait la justice.
L’autorité d’un seul,
C’est un crime.
Ce que nous voulons, c’est
L’autorité de tous.

Louise Michel

Alice Gosselin, étudiante journaliste et militante.

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Penser la démocratie : pouvons-nous interdire les sondages électoraux ?

À cinq jours des présidentielles, toujours sans alliance à gauche, ses électeurices se déchirent. Tantôt séduit.e.s à l’idée de soutenir le ou la candidat.e le plus en adéquation avec leurs opinions, tantôt par la possibilité de retrouver un gouvernement de gauche avec la candidature de Jean-Luc Mélenchon, vu comme le seul candidat capable de peser démocratiquement. Posture qu’il doit en partie aux sondages d’opinion qui le placent en troisième position, juste derrière la candidate d’extrême-droite Marine le Pen. Ironiquement, cette place provoque une mobilisation, avec le hashtag #CeSeraMélenchon, encourageant les électeurices à « forcer » le rassemblement des voix derrière le candidat, qui monte drastiquement dans les sondages (+4% en 15j selon l’IFOP). Cette portée des sondages soulève plusieurs questions : les sondages d’opinion influencent-ils les votes des Français ? Leur interdiction est-elle envisageable ?

Voter en son âme et conscience ?

Si les classements annoncés par les sondages d’opinion se sont jusqu’ici souvent vérifiés, comme en 2017, il faut garder en tête que leur vocation n’est pas de prédire le résultat des élections, mais bien de donner une idée de la répartition politique des français.es. De plus, pour éviter une possible influence ou perturbation à l’approche du scrutin la France interdit, depuis 2002, leur diffusion la veille et le jour-même de l’élection.

L’exemple de J-L Mélenchon est significatif : les sondages peuvent encourager les partisan.e.s d’un.e candidat.e ou d’une branche politique à se mobiliser pour leur candidat.e si iel est en retard, ou si les intentions de votes semblent redonner espoir. D’un autre côté, les partisan.e.s d’un.e candidat.e avec beaucoup d’avance pourraient se reposer sur leurs lauriers, celleux dont le ou la candidat.e subit un retard irrattrapable pourraient être découragés de voter, ou changer leur vote pour un.e candidat.e ayant plus de chance d’être élu.e afin de ne pas voter « inutilement. » Il est indéniable que l’intention de vote mesurée par les sondages est une information prise en compte par les électeurices avant de déposer leur bulletin dans l’urne.

Les citoyen.ne.s subiraient la pression du « vote utile » : soit l’action de voter pour un ou une candidat.e susceptible d’être élu.e, à défaut de voter pour un petit parti parfois plus en adéquation avec leurs idées. En effet, ce choix reviendrait à « gâcher sa voix », car en aucun cas cela ne pourrait faire basculer l’issue du vote. Une dynamique de vote insufflée par les résultats des sondages : ce serait le plus lourd argument pour leur interdiction.

Le mythe du vote utile

La grande oubliée des sondages de cette présidentielle, c’est l’abstention qui l’emporterait à plus de 30%, devant Emmanuel Macron. Abstention apportée par la lassitude des français.e.s, le désintérêt généré par des élections qui « de toute façon n’y changeront rien. »  Abstention nourrie par l’impression de voter inutilement car les petits partis « n’ont aucune chance. » Abstention confortée par les sondages, qui annoncent une élection « déjà jouée d’avance. » Face à l’abstention, une solution semble toute trouvée : si les sondages étouffent les opinions et l’intérêt des gens pour les élections, alors il suffit de les supprimer.

Pour cause, la suppression des sondages ferait s’envoler l’injonction au « vote utile », puisque personne ne saurait quel.le candidat.e se rapproche le plus de l’Elysée. Une dynamique susceptible de redonner espoir à nombre d’abstentionnistes qui pourraient voter pour un « petit » parti sans se soucier de l’impact de leur voix. La suppression des sondages électoraux entraînerait aussi celle du pessimisme ambiant, impossible d’affirmer que tout est joué d’avance, puisque personne n’en saurait rien. Le temps consacré aux spéculations sur le résultat des élections pourrait être redistribué dans la présentation des programmes, dans les débats : un vrai gain pour la démocratie.

Crédit : Flickr, https://flic.kr/p/Ud5cmC

Les avantages semblent alléchants, mais les contre-arguments ne manquent pas. Si la campagne se joue à l’aveugle, impossible de mettre en place le fameux « cordon sanitaire » et de faire barrage à l’extrême droite tant redoutée par la démocratie serait en tête si cette dernière gagne en popularité. Si le vote stratégique disparaissait, ce ne serait pas le cas des rumeurs ou autres fuites de sondages internes, voire illégaux qui pourraient être utilisés par les partis pour en tirer avantage. Le gros risque, si l’on interdit les sondages, serait de les voir réalisés et publiés par des institutions peu fiables, ou dans le meilleur des cas, des pays frontaliers. auquel cas la loi serait vaine. Dans les faits, interdire la diffusion des sondages pourrait se révéler peu efficace.

Légalement, cette interdiction serait aussi difficilement applicable, car même si le statut juridique défini par la loi de 2016 des sondages est flou, ces derniers restent considérés comme de l’information. Les interdire poserait problème vis-à-vis de la liberté d’expression. Difficile alors de décider de la marche à suivre. Devrions-nous allonger encore le temps d’interdiction de publication des sondages, au risque de perdre de l’information ? Ou au contraire, les encourager en insistant sur la transparence de leurs processus de fabrication ? Comment redonner confiance en notre système électoral, pour que les sondages n’aient plus l’air d’annoncer que tout est joué d’avance ?

Anaëlle Charlier

*Rolling à retrouver : Présidentielle 2022 – IFOP

Présidentielle : quelles règles pour les sondages d’opinion ? | Vie publique.fr (vie-publique.fr)

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Grève pour l’augmentation des salaires: ras-le-bol social !

Au départ de porte de paris, la manifestation se déroule sans grabuge, le dispositif policier mobilisé est léger et ne tente pas de provocations envers les manifestants, encadrant simplement le cortège à l’avant et à l’arrière avec l’aide des agents de la ville.

Sur les banderoles brandies par les manifestants, on reconnaît de nombreux logos souvent présents dans ce type de revendications : CGT, Solidaires 59, CSP 59, UNEF ou encore FSE. Les slogans scandés sont de même les habituelles revendications appelant à la démission d’Emmanuel Macron ou à l’abolition du système capitaliste : simples mais efficaces.

En pleine période de campagne présidentielle, il n’est également pas étonnant d’apercevoir les banderoles du PCF, des Écologistes, ou encore de la France Insoumise : Adrien Quatennens, député de la 1ère circonscription du nord et coordinateur national de la FI était notamment présent avec ces derniers pour porter leurs revendications.

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Manifestation anti-Zemmour à Lille, entre échauffourées et esprit de rassemblement.

Entre 1100 et 2000 manifestant.e.s réuni.e.s à Lille ce samedis 5 février.

Ce samedi 5 février, en marge du meeting du candidat de Reconquête avait lieu deux manifestations, à l’appel de bons nombres de syndicats et partis politiques. Après une première manifestation ayant eu lieu dans la matinée, à laquelle a d’ailleurs participé la mairesse de Lille, Martine Aubry, une seconde manifestation, rassemblant 1100 personnes selon la préfecture et 2000 selon la CGT, a eu lieu en début d’après-midi. Malgré les tensions entre les forces de l’ordre et les premières lignes de manifestant.e.s qui ont émaillé les trois heures de manifestation, l’appel a su rassembler, au-delà des considérations partisanes.

Un manifestant, boulevard Victor Hugo.

« Faire comprendre à Zemmour qu’il n’est pas le bienvenus ici, ni partout ailleurs »

– Aymeric, 21 ans.

Iels sont jeunes, moins jeunes, sont venu.e.s seul.e.s, entre ami.e.s ou en famille au départ du rassemblement anti-Zemmour à la porte de Paris. C’est au sein d’un important dispositif policier que commence à s’assembler un public hétéroclite, on peut voir pêlemêle des membres des Jeunesses Communiste (JC), des Jeunes Verts, des syndicalistes de l’Union National des Etudiants Français (UNEF), mais aussi et surtout un public apartisan, déterminé à faire entendre sa voix. Dans ce cortège multiculturel, on retrouve Anne, une mère de famille de 55 ans accompagnée de son fils, qui nous explique pourquoi elle est venue à cette manifestation : « Je ne partage pas la vision faussée qu’il [Éric Zemmour] a de l’histoire […] c’est surtout un sexiste en puissance ». On trouve également de nombreux.euses jeunes, comme Elise 18 ans, désireuse de « Lutter contre des idées d’extrême-droite incarnée par qu’elles viennent d’Eric Zemmour, mais aussi des autres politiques, comme Marine Lepen. ».

Début du rassemblement, Porte de Paris à Lille.

Les premières lignes de la manifestation ont été sujettes à beaucoup de tensions. Depuis le début du rassemblement à porte de Paris, jusqu’à quelques centaines de mètres avant la fin de la manifestation place de la République. A plusieurs reprises, des affrontements entre manifestant.e.s vêtu.e.s de noirs et forces de l’ordre ont ralenti le parcours du cortège. D’un côté on a pu voir des jets de patate et autre denrées alimentaires, avec quelques fois l’utilisation de pétards et de feux d’artifices, de l’autre les forces de l’ordre ont fait grand usage de leurs gazs lacrymogènes et de la technique de la « charge éclair » (une avancée rapide et brutale, amenant à un mouvement de foule vers l’arrière du cortège permettant d’isoler des individus pour une interpellation). Malgré ces ralentissements, le cortège n’a pas cessé d’avancer et de lancer avec force des slogans antifascistes adressés à Éric Zemmour.

L’avancée du cortège, boulevard Victor Hugo.

Suite à son arrivée place de la république, la manifestation s’est dispersée dans le calme en laissant à ses participant.e.s un petit gout d’union des gauches autour d’une même cause : dire non aux idées d’extrême droite.

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Gouverner selon la masculinité hégémonique, quand le patriarcat s’invite en politique

Homme, masculinité et pouvoir sont étroitement liés. Dans les milieux militaire, politiques et même religieux : comment les femmes peuvent s’imposer à l’heure où les codes masculinistes régissent la sphère politique ? Quel autre mode de gouvernance, moins vertical pourrait amener à une vraie réponse aux besoins de la société actuelle ?

La masculinité hégémonique : origine et répercussions

La masculinité hégémonique est définie par Raewyn Connell dans son ouvrage d’étude des masculinités Masculinities. Cette sociologue du milieu des années 80 y théorise quatre formes de masculinités : complice, subordonnée, marginalisée et celle qui nous intéresse aujourd’hui, hégémonique. Dans une culture genrée où masculinité et féminité sont opposés, est considérée comme hégémonique l’homme qui incarne tous les traits positifs des normes masculines, il est fort, riche, puissant mais aussi incroyablement beau et séduisant, sans oublier loyal et dévoué.

Mati Gonzalez, Raewyn Connell, Tatiana Pineros et Simon Uribe lors d’une conférence « La communauté trans, ses défis et ses revers », Carolina Chavez Caballero, avril 2018, Flickr

Dans le monde politique, cela s’exprime par la domination de codes que beaucoup pensent neutres, alors qu’ils sont en réalité profondément genrés. 

Les hommes politiques ont pour coutume de s’exprimer avec une voix forte, empiéter voire couper la parole de leurs concurrent.e.s pendant les débats. L’image du politicien est très contrôlée, la prise de parole et les relations affichées sont soigneusement réfléchies, tout ce qui transparaît vise à correspondre aux codes de ce que la société exige pour exercer un pouvoir légitime. Le désir de domination et la sureté de soi sont loin d’être dissimulés, au contraire ils sont vus comme de véritables atouts et mis en avant, allant parfois même jusqu’à écraser les féministes et les minorités pour se donner du crédit.

De même, l’incertitude est vue comme un aveu de faiblesse, la fierté de ne jamais avoir tort l’emporte sur les excuses publiques lors d’une erreur. Prendre le temps de la réflexion ou de consulter des avis extérieurs donne un sentiment de fragilité dans la décision finale, et c’est sa crédibilité qui en pâtirait. Or le pouvoir se doit d’être à l’image de la masculinité qu’il incarne : fort et sûr de lui.  

La figure la plus emblématique du leadership de domination se retrouve largement dans les gouvernements populistes, avec Viktor Orban en Hongrie, Jair Bolsonaro au Brésil et bien évidemment Donald Trump, anciennement président des Etats-Unis. Trump, l’homme politique campé sur ses positions, qui refuse la remise en question, qui nie et repousse critiques et accusations.

Il est l’incarnation parfaite du pouvoir de domination induit par la masculinité hégémonique : écrasant les droits des femmes et des minorités pendant tout son mandat. Agissements passés inaperçus car Trump s’oppose à la Chine, Trump renvoie les mexicains chez eux, Trump fait prospérer l’économie américaine. L’ancien président a dans son camp les citoyens se sentant « strangers in their own land », selon le sociologue américain Arlie Russell Hochschild. Il explique un sentiment partagé par une majorité de citoyen.ne.s américain.ne.s immigré.e.s de l’Europe, qui ont le sentiment d’être dépassé.e.s dans l’accès aux ressources, emplois, éducation, médiatisation et postes de pouvoir par les immigrant.e.s et les minorités qui, progressivement, deviennent majoritaires dans le pays.

Cependant pour les Etats-Unis, l’arrivée du duo Kamala Harris et du président Joe Biden marque peut-être le début d’un pouvoir moins inflexible.

Il ne s’agit pas ici de présenter les régimes dits populistes comme étant les seuls marqués par le sexisme : en France, déjà pendant sa campagne électorale, Emmanuel Macron annonçait « j’exercerais un pouvoir jupitérien » sans se cacher. Les postes les plus importants du gouvernement sont occupés par des hommes, majoritairement issus des mêmes écoles et des mêmes milieux sociaux.

L’influence de la masculinité est présente dans toutes les formes de pouvoir, du plus populiste au plus démocratique, en passant bien sur par le plus autoritaire. Ainsi, on en retrouve les codes dans toutes les couches de la société, elle-même patriarcale.


« J’exercerais un pouvoir jupitérien »

Emmanuel Macron

Les conséquences sur la place des femmes en politique.

Ce pouvoir fortement viriliste se répercute indéniablement sur la place des femmes et des minorités dans l’espace politique, symbole du pouvoir par excellence. Hors des normes et éloigné.e.s des codes de la masculinité hégémonique, iels sont contraint.e.s de se plier à ces-dits codes. S’affirmer est d’autant plus difficile qu’iels sont plus susceptibles d’être victimes de l’agressivité du milieu : se faire couper la parole, ne pas être écouté.e, ne pas être pris.e au sérieux.

La pression déjà très forte dans ce milieu est décuplée : iels se doivent d’être irréprochables et inattaquables pour être légitimes de gouverner. Pour arriver au même niveau de responsabilité, une personne issue d’une minorité raciale, de genre ou d’orientation sexuelle devra redoubler d’effort et ne jamais cesser de faire ses preuves. Efforts qui ne sont pas demandés à un homme blanc cisgenre qui entre d’office dans les normes patriarcales.

Pour en revenir au problème de la parité évoquée plus tôt, il est en lien avec un manque de mixité dans les institutions, la scène politique étant composée de profils tous très similaires, qui s’entretiennent dans une bulle.

Pourquoi le système serait remis en question dans un milieu où il convient à tous ?

Il serait logique de penser que l’écartement d’autres profils du pouvoir se fait dans le but de maintenir les privilèges, et c’est sans doute en partie vrai. On peut prendre pour exemple la manière dont sont pointées du doigt les réseaux de femmes et de minorités tentant de s’allier pour se donner du poids et être entendus, quand les réseaux masculins sont la normalité pour toustes. Pourtant, cet entre-soi est loin d’être bénéfique, même pour ceux qui en font partie. Ceux qui seraient tenté.e.s d’en sortir, de proposer autre chose et de relâcher une forme de pression induite par ce système de domination se retrouvent écrasé.e.s et n’ose pas forcément se lever contre ses semblables.

Ce système se révèle particulièrement injuste et cloisonné.

Une autre gouvernance est-elle possible ?

Marie-Cécile Naves, chercheuse associée au Centre de Recherches interdisciplinaires de Paris présente dans La démocratie féministe : réinventer le pouvoir un autre mode de gouvernance, qui quitterait le mode horizontal que l’on connaît actuellement. Elle explique qu’il ne pourrait qu’être bénéfique que d’écouter les minorités toujours laissées de côté, pour comprendre et répondre aux besoins de notre société : elle constate que 80% des déplacé.e.s dans le monde sont des femmes, qui représentent aussi 2/3 des personnes en dessous du seuil de pauvreté. Pourtant, elles sont encore souvent écartées des débats dont elles sont les premières concernées.

En invitant les personnes touchées, les militant.e.s, les scientifiques et plus largement chaque citoyen.ne à apporter sa pierre à l’édifice, on établirait un pouvoir basé sur la collaboration, la communication et la prise en compte des avis et idées de chacun.e. Il est pour cela nécessaire d’élargir l’espace de pur débat politique, aujourd’hui très occupé par les polémiques. Elle suggère aussi de s’inspirer de la politique du care, de l’anglais soin, attention ou encore sollicitude : cela permettrait d’amener un aspect plus éthique dans la politique, en favorisant le relationnel pour lutter contre l’isolement et l’individualisme. Il serait alors possible de lutter contre la méconnaissance de certains enjeux majeurs.

Concrètement, à l’échelle d’une entreprise les cadres et haut.e.s-placé.e.s seraient chargé.e.s de consulter de manière décomplexée et sans menaces de représailles toustes les employé.e.s en leur demandant un rapport honnête de leur ressenti face à l’exercice du pouvoir dans l’entreprise.

Le pouvoir de demain se veut plus coopératif, respectueux de la science, imaginatif, inclusif et non violent : il peut sembler utopiste de penser que seul le dialogue peut gouverner, mais de plus en plus de nouvelles influences arrivent à faire entendre leurs voix, auprès de la société et parfois directement face aux politiques à l’image de la sportive Megan Rapinoe, la militante écologiste Greta Thunberg ou encore la chanteuse Angèle. Il incombera aux jeunes, qui selon Marie-Cécile Naves représentent un espoir important, de poursuivre dans cette direction.

Le but est avant tout de se recentrer sur un pouvoir collectif, chacun.e devant se sentir légitime de s’exprimer sur la construction d’un avenir qui nous concerne toustes.

Sources :  

Politiques du care | Cairn.info

Podcast, Les couilles sur la table, La politique d’homme à homme, 14 janvier 2021

Raewyn Connell, Masculinités. Enjeux sociaux de l’hégémonie (openedition.org)

Photo mise en avant : Paola Breizh, Patriarcat Paris 20ème, 23 mai 2020, Flickr

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Aux urnes citoyen.ne.s

La répression envers les usager.e.s de drogues sert-elle à quelque chose ?

Début septembre, Gérald Darmanin a rendu visite aux Lillois.e.s pour annoncer l’accentuation de la répression envers les usager.e.s de drogues alors que les acteurs les côtoyant rejettent fermement cette politique.

Fraîchement débarqué à la Gare Lille-Flandres début septembre, Darmanin assiste à la verbalisation d’un consommateur de cannabis. La priorité selon lui, c’est la lutte contre les stupéfiants qui constitue « une grande mesure de santé publique », un « combat très fort contre le crime organisé et une lutte contre l’insécurité du quotidien« . Il ajoute : « En pénalisant les consommateurs, c’est l’objet de l’amende que nous avons mise en place depuis le 1er septembre, à la demande du Premier ministre.« 

De nombreuses organisations sont en désaccord avec cette nouvelle amende forfaitaire de 200 € pour usage de drogues. En particulier les associations de réduction des risques (RdR : « prévenir la transmission des infections, la mortalité par surdose et les dommages sociaux et psychologiques« ), qui côtoient chaque jour les personnes concernées. 

Avant les années 60, la consommation de drogue était plutôt limitée aux milieux artistiques et scientifiques, mais elle finit par se démocratiser et engendre la mise en place d’une réglementation internationale sur ce sujet.

La première sera la Convention unique sur les stupéfiants de 1961, celle-ci créera une liste de substances interdites afin de limiter leur production et leur vente. Une dizaine d’années plus tard, la Convention sur les substances psychotropes ajoutera d’autres substances synthétiques à la liste. Celle de 1988, la Convention de Vienne, ajoutera également de nouvelles substances et abordera les problèmes liés au trafic et à la production de drogue.

Malgré ces conventions et les efforts répressifs dans de nombreux pays, le monde sans drogue imaginé n’est pas possible. L’Assemblée extraordinaire des Nations unies en avril 2016 acte l’échec de cette politique du tout répressif. 

L’état perdant à tous les coups

Malgré l’échec du tout répressif au niveau sanitaire, on peut se demandant ce qu’il en est au niveau du rapport coût-efficacité. Et malheureusement, la France est perdante aussi. Le coût estimé de la répression est de 724 € par usager (alors qu’il n’est que de 80 € pour les dépenses sanitaires et préventives). Au total, c’est plus de 568 millions d’euros dépensés chaque année pour lutter contre le cannabis, dont 300 millions rien que pour les interpellations.

En dépit de ce lourd investissement d’argent public, la France est toujours le pays avec le plus haut taux d’expérimentation du cannabis en Europe : c’est plus de 41 % des personnes âgées de 15 à 64 ans qui ont déjà testés le cannabis au moins une fois dans leur vie. Ce taux est largement plus élevé que la moyenne européenne qui se situe aux alentours des 19 %. Il semble donc que les politiques répressives ne fonctionnent pas vraiment.

Si le problème n’était que le gaspillage d’argent public, on pourrait se dire : « un de plus, c’est pas grave » ! Mais derrière l’aspect économique, la répression accrue envers les usager.e.s de drogues (ou non) fragilise les rapports police-population.

Politique du chiffre et haine anti-flics

De septembre 2014 à août 2015, pour les infractions révélées par l’action des services de Police (contrairement aux infractions constatées comme les homicides, les cambriolages, les plaintes…), 121 794 concernent l’usage de stupéfiants sur les 229 741 qui constituent l’ensemble des infractions révélées. C’est-à-dire plus de 50 %.

Mais pourquoi la proportion des infractions à la législation sur les stupéfiants (ILS) représente une part non-négligeable des IRAS (Infractions révélées par l’action des services) ? Bénédicte Desforges, ancien flic, écrit sur son blog : « La police doit être en mesure de faire état de sa productivité. […] Au lieu de fabriquer la sécurité, la police fabrique des infractions et des délinquants ». De plus, les ILS « ont l’avantage de présenter un taux d’élucidation de 100 %« , elles gonflent donc le « chiffre global de la délinquance« .

Sous Sarkozy, les officiers et commissaires pouvaient même, sous réserve d’avoir atteints les objectifs, accéder à des primes entre 600 et 2421 € mensuels. Ils exerçaient donc une pression accrue sur les équipes de terrain. Aujourd’hui cette prime a disparue, mais les commissaires peuvent toucher une prime de performance. Début septembre, Darmanin a annoncé des exigences de “résultats quant à la mise en œuvre du dispositif des AFD”, ce qui déterre un peu plus la défunte politique du chiffre.

Dans un colloque de La France Insoumise, B. Desforges (également membre du collectif Police Contre la Prohibition, rassemblant des flics et gendarmes qui militent pour une réforme de la loi au niveau des stupéfiants), atteste que les flics contrôlent dans les cités en ayant pour prétexte les ILS. Ce type de contrôle se fait le plus souvent au faciès et dégrade encore plus les relations police-population dans les zones dites  »sensibles ». Les nombreux contrôles ne doivent sûrement pas participer à améliorer les relations entre les jeunes de cité et policiers.

Darmanin à côté de la plaque

Malgré tout cela, l’ancien maire de Tourcoing, Gérald Darmanin, imagine que pour la première fois en plus de soixante-dix ans, les politiques répressives envers les consommateurs vont afficher des résultats probants.

En donnant des amendes à proximité des lieux de deals, la police ne tue pas le trafic, elle le déplace. Si les usager.e.s ne peuvent plus venir aux points de deals, par peur de l’amende et de l’inscription au casier judiciaire, ce seront les points de deals qui se déplaceront. Il existe déjà des alternatives comme la livraison à domicile ou par voie postale. Si Darmanin ne veut pas que Uber Weed devienne la routine, il devra trouver des moyens répressifs plus sensés (si cela est possible), ou accepter que la répression n’est pas la solution.

Evann Hislers