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À votre santé ! Podcasts

Lancement de Trouble fête, le podcast estival sur les addictions

« Aujourd’hui, c’est pas plus d’un joint par jour. »

« Moi, j’étais habituée à boire tout le long de la journée et à me mettre des cuites tous les soirs. »

« Je n’en ai jamais vraiment parlé aux personnes que j’ai fréquentées. »

« J’étais totalement conscient que j’étais un déchet. Des fois, je me douchais pas pendant plusieurs jours d’affilée et j’étais là en mode : mais qu’est-ce que je suis en train de devenir ? c’est pas du tout ça que j’avais imaginé en fait… »

« Les gens s’en amusaient déjà. Parce que l’alcool est tellement banalisé que c’est rigolo quelqu’un qui a une flasque d’alcool dans son sac. »

« Et là, actuellement, ça fait cinq ans que je consomme de la cocaïne régulièrement. Tous les jours. »

« Au début, c’était une crise à 17h en rentrant du travail. Après, je me levais le matin, je commençais ma journée par une crise, je pouvais en faire six par jour… »

« Je crois que l’hypothèse un peu des psychanalystes, c’est quand même toujours que notre monde extérieur reflète notre monde intérieur. »

  • « Moi, maintenant, je me drogue à l’euphorie.
  • Et ça veut dire quoi ?
  • Le truc auquel je suis le plus addict maintenant, c’est vraiment ma propre euphorie. »

 « Le podcast qui laisse parler les addictions, c’est tous les dimanches, à 15h, sur Behind the Society » – JINGLE

Tapis musical

Créatrice du podcast – Clara : 

« Au matin j’avais le regard si perdu et la contenance si morte, que ceux que j’ai rencontrés ne m’ont peut-être pas vu. »

Ça, c’est ce qu’a dit Rimbaud. Et moi, ce que j’ajoute, c’est que personnellement, je veux le voir. Le matin, le soir, et la nuit. Lui, tous les autres, et moi-même. Je veux creuser la vacuité qu’il y a au fond de nos yeux à nous, à nous dont la fuite s’est révélée à un moment aussi nécessaire que meurtrière. 

Être dépendant dans une société qui valorise constamment la liberté, c’est une double peine. C’est être prisonnier de son, voire de ses addictions mais aussi du jugement que les autres portent sur elle. 

C’est avoir croqué dans une solution miracle qui a apaisé, intensifié, anesthésié peut-être, bref, qui a fait ses preuves, presque trop d’ailleurs. Parce qu’un jour, les preuves sont si solides qu’elles en deviennent vitales. 

Et ce jour-là, on se lève et on se dit : mais bordel, comment le sentiment de fuite initial si délicieux, si incroyable a pu se transforme en forteresse dont les murs ne cessent de s’élever ? 

Alors, le sentiment de captivité est atroce mais sa puissance n’égale pas celle de l’addiction. (Effet sur la voix)

Fin du tapis musical 

Je ne sais pas si ce que je vous raconte a une réalité pour vous mais ce dont je suis à peu près sûre, c’est qu’elle en a une pour quelqu’un que vous connaissez. Aujourd’hui, si je lance cette série de podcasts, c’est parce qu’à l’âge de vingt et un an, j’ai réalisé qu’autour de moi, très peu de gens n’ont jamais expérimenté la sensation d’être accroc, et donc, inévitablement, le sentiment de manque. 

Les formes sont diverses et on va avoir l’occasion de les explorer lors des semaines à venir mais l’explication est souvent la même : on a cru que l’addiction nous sauverait au début. Ou du moins, on a cru qu’elle était une solution viable. Sauf que voilà, le temps passe et le contrôle aussi : 

Tapis musical

D’une clope occasionnelle en soirée, on passe à un paquet par jour. D’un verre de vin à table avec ses parents, on est obligé de se trimballer avec une bouteille d’eau remplie de vodka dans son sac. D’une taff sur un joint pour voir ce que ça faisait, on se retrouve incapable de dormir sans bédodo. D’une partie de playstation le dimanche avec son frère, on se surprend soudain à être collé huit heures par jour à son ordi sans réussir à fermer sa partie de World of Warcraft. (Bruitage cliquer sur la souris)

La liste est longue et si ces exemples peuvent vous sembler caricaturaux, ils illustrent au moins un phénomène, qui fait partie des 11 critères fixés par les instances internationales de santé mentale et répertoriés dans un manuel, le (DSM). Il s’agit de l’augmentation de la tolérance au produit addictif, c’est-à-dire le fameux « toujours plus », souvent à l’origine de la spirale infernale. Si vous voulez connaitre les dix autres, je vous laisse regarder sur le site drog.gouv.fr dont je vous mets le lien en note de ce podcast. Ça peut être intéressant pour situer une potentielle dépendance si on a des doutes. 

Bruitage claviers

Mais ne paniquez pas : ce sera le seul conseil de ma part dans ce podcast car je n’ai aucune légitimité, en vérité, à vous orienter vers quoi que ce soit (ce que je viens pourtant de faire, du haut de mon statut de meuf un peu trop sûre d’elle, je vous demande donc pardon pour cet emballement qui ne se reproduira pas !) 

En effet, la suite va être nettement plus fiable puisque chaque épisode bénéficiera de la présence d’un.e professionnel dont l’entretien sera mis en parallèle avec un témoignage d’une personne qui a vécu ou qui est en train de vivre la problématique qu’iel évoque. 

Il y aura en plus, à chaque fois, une troisième personne qui apportera encore un point de vue supplémentaire sur l’addiction en question : il s’agira tantôt d’un proche d’une personne malade (car, rappelons-le, les addictions sont des maladies), tantôt d’un auteur ou d’une autrice de livres sur la question, qui aura expérimenté de très près ce sur quoi iel écrit.

Bref, vous l’aurez compris : c’est la première et la seule fois de ce podcast que vous entendrez uniquement ma voix. Les semaines à venir, je me contenterai d’essayer de comprendre et puis de faire des liens entre les intervenants pour donner le maximum d’impact à leurs mots.   

Alors, si l’aventure vous tente, laissez-moi vous dévoiler le programme qui vous attend. 

Tapis musical

On commencera la semaine prochaine par l’alcool puis on enchaînera avec les jeux vidéo. Le 17 juillet, c’est le cannabis qui sera sur le devant de la scène. Les Troubles du Comportement Alimentaires (TCA pour les intimes) seront mis à l’honneur la semaine suivante. Puis, le tabac fera évidemment lui aussi l’objet d’un épisode le 31 juillet. Ce sera ensuite au tour de la cocaïne et du crack d’être décortiqués et juste après, à celui des médicaments psychotropes. On terminera le 21 août par un épisode sur l’addiction au sexe et on clôturera la saison le 28 août.

Si vous avez compté, cela fait donc huit épisodes qui arrivent très bientôt sur Behind The Society, tous les dimanches à 15h, aux mois de juillet et d’août. (Clignements)

Alors, je sais, il n’existe pas uniquement huit addictions et cette liste n’a rien d’exhaustif : mais vous le savez aussi bien que moi, choisir, c’est renoncer et c’est ce que j’ai été contrainte de faire pour doser la qualité et la quantité, bien malgré moi.

Ah oui et si ce podcast risque de jouer les trouble-fêtes (rapport au titre !), laissez-moi vous faire la promesse qu’il ne tombera jamais, jamais au grand jamais, dans l’écueil de la moralisation. Moi, mon but, c’est de donner la parole à des personnes qui savent ce dont elles parlent et d’assimiler leurs chemins de pensée pour essayer de vous les retranscrire au mieux. Parce que l’opacité, c’est jamais un concept qui m’a vraiment plu (je crois d’ailleurs que ça ne plaît pas à grand monde) et c’est précisément la raison qui me pousse à vous proposer des clés de compréhension sur ce sujet si vaste et si complexe que sont les addictions.

Tapis musical 

Sur ce, je vous donne rendez-vous ce dimanche à 15h pétante sur votre appli de podcasts préférée : d’ici là, prenez soin de vous et n’hésitez pas à partager ce prélude de manière à ce qu’un maximum de personnes ait connaissance de « Trouble fête », le podcast estival de Behind The Society !

Jingle 

Notes du podcast : 

https://www.drogues.gouv.fr/comprendre/l-essentiel-sur-les-addictions/qu-est-ce-qu-une-addiction

Musiques utilisées (libres de droit) :

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Enfants d'aujourd'hui, adultes de demain Podcasts

[Critique] Placés : l’Aide Sociale à l’Enfance au cinéma

Placés est le premier long métrage du réalisateur Nessim Chikhaoui, connu pour être le scénariste des Tuches. Sorti en salle ce mercredi 12 janvier 2022, une centaine de personnes a pu le découvrir en avant-première, un vendredi soir de décembre à Lille. Behind The Society s’est glissé dans la salle pour vous, c’est la critique de Placés, par Loïs Hamard.

Retranscription écrite du podcast

Jingle d’introduction « Behind the society : le podcast »

Placés est le premier long métrage du réalisateur Nessim Chikhaoui, connu pour être le scénariste des Tuches. Sorti en salle ce mercredi 12 janvier 2022, une centaine de personnes a pu le découvrir en avant-première, un vendredi soir de décembre à Lille. Behind The Society s’est glissé dans la salle pour vous, c’est la critique de Placés, par Loïs Hamard.

Transition musicale

Avant de parler en profondeur du film, retour sur son fil conducteur, son histoire maitresse. On retrouve Elias, joué par Shaïn Boumedine, un jeune homme qui a mis toutes les chances de son côté pour passer le concours de Sciences Po. Le jour J, le malencontreux oubli de sa carte d’identité lui refermera les portes de l’école avant même qu’elles ne se soient ouvertes à lui. Pour retenter le concours, il doit attendre la prochaine session, soit un an plus tard. En attendant, il cherche un travail. & c’est grâce à son pote Adama, appelé Pascal Le Grand Frère, qu’il atterrit dans la Maison d’enfants à caractère social.

Bande-annonce de Placés

Cette maison d’enfants accueille un groupe de 7 jeunes de 14 à 17 ans qui ont été placés par un ou une juge. Ou alors par l’aide sociale à l’enfance suite à une ordonnance de placement provisoire. Un milieu au jargon bien spécifique que met en lumière le film avec les abréviations MECS, OPP, ASE ou encore les appellations comme sortie sèche ou contrat jeune majeur. Tout ça, c’est le vocabulaire quotidien du milieu de la protection de l’enfance que nous propose de découvrir Nessim Chikhaoui.

Bien plus que simplement découvrir un vocabulaire, ce sont des vécus, des parcours de vie que l’on appréhende. Grâce à Elias, on est plongé.e.s dans le quotidien de Sonia, Dany, Emma ou encore François, toutes & tous jeunes placés dans cette maison peu conventionnelle.


& en plus de nous faire découvrir la réalité de ces jeunes, c’est la réalité des
éducateurs & éducatrices qui est mise en lumière. De Corinne, l’intendante à Marc, le directeur en passant par Mathilde, Cécile & Michelle, les collègues d’Elias, Nessim Chikhaoui met en image ce qu’il a lui-même connu en tant qu’éducateur. Tout n’est pas rose dans la vie des éducs, entre les gardes de nuit & de week-end, les jours de fêtes travaillés & le salaire méprisable en passant par le désarroi face aux situations des jeunes toutes plus alarmantes les unes que les autres. Tout cela, c’est le contexte fragile relatif à la profession des éducateurs & éducatrices, ce personnel de l’ombre dans le milieu de l’enfance. Les devoirs, les fringues, les amours, les emmerdes, les parties de foot & les Noël parsemés d’espoir, de fugues, de déception & de colère, la vie au foyer c’est la vie d’adulte pour les enfants cabossés en plus difficile. Les répliques d’Elias & de Mathilde parlent d’elles-mêmes sur la relation entre éducs & jeunes : “on vous voit plus que nos familles on fait des horaires pourris, on a un salaire de merde & tu crois vraiment que c’est qu’un taff ?” A l’image du Noël en maison d’enfant, ce taf c’est du 24h sur 24, sans la prétention d’être une famille de substitution, les éducs tentent l’instauration d’un peu de normalité. Nessim Chikhaoui ne voulait pas se tenir à la part sombre de la réalité de la vie en foyer : il a fait ce film avec la volonté de raconter les plus belles années de sa vie, celles durant lesquelles il était éduc en maison d’enfant. Lors de l’avant-première à Lille, il se confie à la salle : “j’en avais marre de voir des documentaires hyper glauques, hyper durs. Alors certes c’est la réalité & faut pas se la cacher mais moi je voulais montrer l’autre lumière, l’autre face que j’ai vécu.” Son film, il veut en faire un outil pédagogique aux différentes missions : mettre en lumière le cône d’ombre de la profession, l’organisation d’un système bien spécial mais aussi le visage des jeunes & surtout la réalité des sorties sèches.

A la sortie de l’avant-première ce vendredi soir de décembre à Lille, des jeunes de foyers sont secoués, venus en groupe avec leurs éducs découvrir un film qui parlent d’eux. Pour beaucoup, les larmes ont coulé. Pour d’autres, plus réservés, ce n’est pas allé jusque là mais ils & elles sont touchés au cœur : ce film c’est leur réalité montrée au grand public, c’est la représentation de leurs conneries, de leurs souffrances, de leurs peurs, de leurs galères. Durant la discussion avec l’équipe du film que permet l’avant-première, la reconnaissance, la fierté des jeunes & des éducs se faisait ressentir dans la salle : ils & elles avaient un film auquel s’accrocher, auquel s’identifier, dans les bons comme dans les mauvais moments.

Transition musicale

C’était la critique de Placés, un film de Nessim Chickaoui, au cinéma dès ce
mercredi 12 janvier 2022 qui vous dresse le portrait d’une génération sacrifiée, celles de petits avec des problèmes qui sont sous une mesure de protection de l’enfance comme il en existe 340 000 en France.

Jingle de fin « c’était Behind the society : le podcast, une série d’épisodes à retrouver sur Deezer, Spotify, Apple Podcasts et Google Podcasts. »