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Féministes tant qu'il le faudra

Sindy : une femme de plus victime de cyberharcèlement alors que c’est déjà trop.

Dans la nuit du 4 au 5 octobre 2021, une adolescente de 14 ans nommée Dinah mettait fin à ses jours alors qu’elle subissait du harcèlement à son école. Mais ce harcèlement dépassait largement les grilles du collège puisque la jeune fille recevait des menaces et des messages d’une grande violence sur les réseaux sociaux, de quoi empoisonner encore plus le quotidien de l’adolescente. Malheureusement, Dinah n’est pas la seule victime de ce fléau. Un nombre conséquent de personnes ont déjà subi des violences sur le net, notamment les femmes (qu’elles soient cisgenres ou transgenres). Une femme en particulier a décidé de témoigner face aux vagues de haine qu’elle reçoit quotidiennement : Sindy élève sa voix pour clamer sa souffrance et celle de toutes les femmes qui sont constamment harcelées sur les réseaux sociaux. Retour sur son histoire.

Trigger Warning : cet article contient plusieurs témoignages liés au cyberharcèlement, notamment des messages d’une brutalité extrême dans lesquels il est question de menaces de viol et de violences. Ce contenu peut donc ne pas convenir à certaines personnes et (re)déclencher un traumatisme psychologique, prenez donc vos précautions dans la lecture de cet article.

Figure de féminisme sur les réseaux sociaux et sur YouTube

Ex-membre du groupe français de hip-hop Team BS, Sindy âgée de 26 ans aujourd’hui, est influenceuse, chanteuse et youtubeuse. La jeune femme utilise fréquemment les plateformes qu’elle possède pour faire passer des messages féministes et échanger avec sa communauté sur les problématiques de la société actuelle. Depuis plusieurs années maintenant, Sindy représente l’authenticité et la bienveillance qu’il nous manque tant sur les réseaux sociaux. Toujours prête à apporter son soutien aux femmes et aux minorités de genre de sa communauté et à ses collègues, elle fait preuve de détermination quand il s’agit de dénoncer le sexisme et de parler publiquement des violences qu’elle subie en tant que femme du 21ème siècle. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’elle a publié une vidéo sur YouTube le 16 mai 2021, dans laquelle elle évoque pour la première fois des abus sexuels de la part d’un homme « de son entourage », dont elle a été victime, pendant 2 ans, lorsqu’elle avait seulement 15 ans environ. Une vidéo qui a permis de libérer la parole sur ce sujet et qui a motivé d’autres victimes à témoigner. Mais quelques mois plus tard, la jeune femme révélera que cette vidéo n’a pas attiré que du positif….

Victime de cyberharcèlement depuis deux ans simplement parce qu’elle est une femme

En septembre dernier, Sindy publie une vidéo sur sa chaîne YouTube appelée « Jusqu’à quand ? ». Elle révèle alors qu’elle est victime de cyberharcèlement depuis 2 ans visant « sa qualité de femme ». En effet, elle affirme recevoir constamment des photos « non-désirées » et des menaces de viols. Les messages sont d’une violence sans noms et il est clair qu’elle n’aurait pas reçu ce type de messages si elle n’avait pas été une femme. Ce harcèlement va même au-delà des réseaux sociaux puisqu’on apprend dans cette même vidéo que des personnes se sont introduites chez elle pendant qu’elle dormait afin de lui voler son téléphone et son ordinateur, elles l’ont également gazées. Le problème, c’est que peu de personnes sont capables de se rendre compte des conséquences que peut engendrer le harcèlement. Un « simple message » peut avoir un impact considérable sur la personne visée. C’est ce que Sindy explique en parlant du fait qu’elle a fait « une crise d’angoisse qui a conduit à la visite des pompiers » chez elle à cause « du message de trop ». Au-delà de son récit, Sindy lance un appel.

« On a besoin de votre aide, je ne veux plus que mes sœurs aient peur de rentrer chez elles le soir. […] Un jour, ils vont trouver ma petite sœur, j’ai peur pour elle, j’ai peur pour moi. »

Sindy dans sa vidéo YouTube « Jusqu’à quand ? »

Devoir se battre, voilà où en sont les femmes et les minorités de genre aujourd’hui, le simple fait d’être une femme* et de vouloir vivre librement est devenu un combat.

De plus, dans sa vidéo, Sindy rajoute qu’il y a un réel manque d’encadrement au niveau de la justice quand il s’agit de cyberharcèlement. Elle est obligée de faire une capture d’écran de chaque message et chaque photo qu’elle reçoit afin de « prouver » qu’elle est effectivement bien harcelée sur les réseaux sociaux. Elle doit donc subir toutes ces menaces et littéralement laisser faire ses harceleurs uniquement pour justifier le fait qu’elle a besoin d’être protégée et que ces harceleurs méritent d’être punis par la loi. Voilà de quoi susciter la colère et l’indignation générale.

« Est-ce que je vais devoir faire la une d’un fait-divers pour qu’on comprenne enfin que les femmes ont besoin d’être respectées, de se sentir en sécurité et que c’est un besoin primaire ? ».

Sindy dans sa vidéo YouTube « Jusqu’à quand ? »

Un appel à l’aide qui a résonné chez beaucoup de monde.

#Cybersindy : une souffrance générale

Et contrairement à ce que certain.e.s se plaisent à penser, ce n’est pas parce que Sindy est une personnalité publique que ces comportements haineux sont justifiés. Il est bon de rappeler qu’énormément de femmes* « anonymes », cis et trans, sont également sujet.t.e.s à ce type de harcèlement. C’est ce qu’on a pu voir avec les nombreux témoignages qui sont apparus sur Twitter avec la naissance du #cybersindy. Ce dernier est apparu seulement quelques heures après la publication de la vidéo « Jusqu’à quand ? », sur Twitter. Une libération de la parole, et une envie encore plus forte d’un soulèvement pour chacune des personnes qui a déjà souffert ou qui souffre actuellement de ces violences incessantes. Car en effet, les femmes et les minorités de genre souffrent, mais ce n’est pas pour autant qu’elles baissent les bras. Un vent de détermination à soufflé suite au témoignage de Sindy et des autres femmes*, et il n’est pas près de s’arrêter.

Sur cet hashtag, on retrouve un florilège de messages de menaces les plus violents les uns que les autres, publiés à travers de captures d’écrans par les victimes, comme illustré ci-dessous.

Tweet de Sindy dénonçant un de ces cyber harceleurs
Tweet anonyme dénonçant des messages extrêmement choquant
Tweet anonyme dénonçant des messages extrêmement choquant
Message anonyme reçu par une victime de cyberharcèlement

Vous aussi vous avez envie de vomir ? D’autres femmes* racontent directement ce qui leur est arrivé.

Tweet anonyme dénonçant l’harcèlement de rue
Tweet anonyme dénonçant l’harcèlement de rue

À travers tous ces messages plus horribles les uns que les autres, on peut vite comprendre que les femmes* sont plus souvent sujettes au cyberharcèlement, et au harcèlement en général, que les hommes. Une simple photo où l’on aperçoit un bout de peau, une tenue moulante ou même un simple jean slim et ça y est : c’est le déferlement de critiques. Tout ça simplement parce que les femmes* souhaitent s’habiller comme elles le veulent, et vivre comme elles l’entendent. Pour vous donner une idée, l’organisation humanitaire Plan International a effectué une enquête en 2020 à partir des témoignages de 14 000 filles et jeunes femmes, âgées de 15 à 25 ans, qui utilisent les réseaux sociaux dans 22 pays différents. Résultats sans appel : 58 % des femmes et jeunes femmes interrogées révèlent avoir été victimes, au moins une fois dans leur vie, de harcèlement ou d’abus en ligne. D’après la même enquête, ce harcèlement se traduit le plus souvent par « des propos abusifs ou insultants ». Au vu de la place très importante que possèdent les réseaux sociaux dans la vie des jeunes, on imagine facilement que les conséquences du cyberharcèlement sur la vie des jeunes filles et des femmes* est terrible.

Le témoignage glaçant de Sindy pour Konbini

Les conséquences : c’est ce sur quoi s’est exprimée Sindy à travers une vidéo-témoignage pour le média en ligne Konbini. Elle a également lu un des messages qu’elle a reçus, qui est d’une brutalité inqualifiable, voici ce dernier : « Espèce de petite salope, je te démonte tous les trous d’abord, puis tu me suceras la bite. Après je te la mets dans la chatte et tu me supplieras de t’enculer à mort, je te baiserai tous les jours et tu seras ma petite pute ». Il faut bien comprendre que ce message, qui est extrêmement choquant, ne représente qu’UN seul exemple parmi tous les autres messages que la jeune femme a pu recevoir tout au long de ces derniers mois.

Imaginez un peu : tous les jours, vous levez le matin et regardez votre téléphone sur lequel vous voyez apparaître plusieurs dizaines de messages qui contiennent des menaces de viol. Ne serait-ce qu’un message, c’est déjà très violent, mais malheureusement, dans les cas de cyberharcèlements, on atteint très rapidement les centaines. Sindy, les larmes aux yeux, se confie : « Des fois, je suis en train de me maquiller parce que mon mec arrive, et je me dis qu’il va falloir qu’on passe du temps ensemble, et j’ai ces mots-là dans ma tête qui me dégoûtent de moi-même. Ou j’ai l’impression que même dans ma sexualité personnelle, je ne pourrais jamais être respectée. Je me sens profondément salie et sale. » Voilà la dure réalité et le quotidien d’une femme harcelée sur les réseaux sociaux. De plus, on apprend dans cette même vidéo que la jeune a eu un accident de trottinette. L’épuisement et la tristesse provoqués par la haine qu’elle recevait quotidiennement lui ont fait perdre connaissance alors qu’elle était à bord d’une trottinette électrique. Un trauma crânien, lui causant une perte de mémoire, et plusieurs blessures artificielles, notamment sur le visage : un accident qui aurait pu avoir des conséquences encore plus graves, d’après Sindy.

20 Novembre 2021 : « On va se battre pour nos droits de femmes »

Quelques semaines seulement après la révélation de son cyberharcèlement, Sindy a annoncé qu’elle participera à la manifestation du 20 novembre 2021, organisée par #NousToutes. La jeune femme a largement relayé l’information sur ses réseaux sociaux, ce qui a permis à de nombreuses personnes d’aller manifester contre les violences sexistes et sexuelles qui visent les enfants, les femmes* et les personnes trans. C’est ainsi, qu’environ 60 manifestations ont eu lieu à travers la France durant cette fameuse journée. Les manifestant.e.s ont également « exiger des politiques publiques à la hauteur » contre ces violences qui ne cessent de causer des troubles et d’avoir un énorme impact sur la vie des personnes concerné.e.s. Selon les organisateurs-trices, la marche organisée à Paris a réuni 50 000 personnes. Et évidemment, Sindy faisait partie du cortège.

Elle a ensuite posté plusieurs clichés pris pendant la manifestation sur Instagram, avec, comme légende, une très belle citation de Simone Veil qui résume bien la lutte que les femmes mènent tous les jours pour leurs droits : « Se vouloir libre, c’est aussi vouloir les autres libres. Vivre, c’est vieillir, rien de plus. La femme n’est victime d’aucune mystérieuse fatalité : il ne faut pas conclure que ses ovaires la condamnent à vivre éternellement à genoux. » Durant toute cette journée, les rues des grandes villes ont vu défilées des pancartes violettes sur lesquelles on pouvait lire des messages et des slogans forts : cris de colère et appel à la justice qui ne fait pas toujours son travail, les femmes* n’en peuvent plus.

Photo publiée par Sindy sur son compte Instagram
Photo publiée par Sindy sur son compte Instagram

Une détermination à toute épreuve

Il y a 3 mois maintenant, Sindy a publié une vidéo de plus de 40 minutes sur sa chaîne YouTube appelé « MA DERNIÈRE STORYTIME DE L’ENFER-cambriolage, cyberharcèlement, accident ». Dans cette dernière, la jeune femme décrit précisément les derniers événements qui ont soudainement bousculé sa vie, elle évoque également son ressenti sur la situation. Depuis qu’elle a décidé de parler publiquement de tout ce qu’elle a subi ces derniers mois, on lui a très souvent reproché « d’utiliser » son histoire pour faire le buzz et attiser la pitié des internautes. Comme elle le précise dans cette même vidéo, elle a décidé de rendre publique son histoire, non pas pour attirer l’attention sur elle, mais pour réellement montrer les graves conséquences qu’un tel déferlement de haine peut provoquer. Elle prend la parole sur ce sujet afin que d’autres femmes*, qui sont peut-être dans le même cas qu’elle, puissent également se libérer de cette violence qu’elle pourrait subir quotidiennement, pour qu’elles se préservent avant qu’il ne soit trop tard.

C’est pour cela que les femmes et les minorités de genre continuent à se battre, à mener des actions pour montrer qu’elles ont le droit de disposer de leur corps comme elles le souhaitent. Femmes*, fortes et déterminé.e.s, elles ne sont pas prêtes à laisser de côté leur conviction. Malgré le fait que le cyberharcèlement rime souvent avec impunité, elles continueront de prendre la parole sur les violences dont elles souffrent, et elles continueront à faire comprendre que ce n’est pas parce qu’elles sont victimes qu’elles sont forcément vulnérables. Bien au contraire. Il est toujours bon de rappeler que les féministes ne sont pas « des hystériques », mais bien des personnes qui réclament l’accès aux mêmes droits et aux mêmes libertés que les hommes. C’est-à-dire, la liberté de s’habiller comme elles le souhaitent sans se faire insulter, la possibilité de travailler dans tous les domaines pour lesquels elles portent un intérêt, ou encore qu’on arrête de les considérer comme des êtres qu’il faut absolument protéger de tout et n’importe quoi. Et surtout, pouvoir poster n’importe quelle photo d’elles, sans recevoir des messages de haine et de menaces. Comme l’a si bien dit Simone de Beauvoir : « Personne n’est plus arrogant envers les femmes, plus agressif et méprisant, qu’un homme inquiet pour sa virilité. ».

* : Dans cet article, quand le mot « femme » est utilisé, il fait référence à la condition sociétale. Nous faisons rapport aux violences sexistes et sexuelles pouvant être subies par des personnes sexisé.e.s et également par des minorités de genre.

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[Portraits de vie] Travail du sexe, entre précarité et insécurité

Ce mardi 11 janvier s’ouvrait le procès du meurtre de Vanesa Campos, prostituée transgenre tuée en août 2018 au bois de Boulogne. Neuf accusés défileront devant le tribunal judiciaire de Paris. Au lendemain du meurtre, les associations de prostitué.e.s ont de suite dénoncé les effets de la loi de 2016 pénalisant les clients. En effet, cette loi oblige les travailleurs et travailleuses du sexe à se retirer dans des endroits reculés, à l’abri des regards policiers, et donc de plus en plus dangereux. En compensation des risques que les clients prennent, ces derniers négocient des tarifs à la baisse, imposent leurs envies et deviennent plus violents. Ce meurtre symbolise non seulement la transphobie régnante, mais aussi les conditions de précarité et d’insécurité dans lesquelles les travailleurs et travailleuses du sexe exercent leur métier.

Osmose est travailleur du sexe. Au micro de Behind the society, il raconte son parcours professionnel, et dénonce la situation dans laquelle se retrouvent aujourd’hui les travailleurs et travailleuses du sexe.

Le travail du sexe, entre précarité et insécurité, un podcast réalisé par Maxence Grunfogel.  

Intervenant :

Osmose : travailleur du sexe

Retranscription écrite du podcast

Jingle d’introduction « Behind the society : le podcast »

Maxence, animatrice :

Ce mardi 11 janvier s’ouvrait le procès du meurtre de Vanesa Campos, prostituée transgenre tuée en août 2018 au bois de Boulogne. Neuf accusés défileront devant le tribunal judiciaire de Paris. Au lendemain du meurtre, les associations de prostitué.e.s ont de suite dénoncé les effets de la loi de 2016 pénalisant les clients. En effet, cette loi oblige les travailleurs et travailleuses du sexe à se retirer dans des endroits reculés, à l’abri des regards policiers, et donc de plus en plus dangereux. En compensation des risques que les clients prennent, ces derniers négocient des tarifs à la baisse, imposent leurs envies et deviennent plus violents. Ce meurtre symbolise non seulement la transphobie régnante, mais aussi les conditions de précarité et d’insécurité dans lesquelles les travailleurs et travailleuses du sexe exercent leur métier.

Osmose est travailleur du sexe. Au micro de Behind the society, il raconte son parcours professionnel, et dénonce la situation dans laquelle se retrouvent aujourd’hui les travailleurs et travailleuses du sexe.

Le travail du sexe, entre précarité et insécurité, un podcast réalisé par Maxence Grunfogel.  

Osmose :

Moi mon parcours c’est que j’ai toujours eu une vision des personnes exerçant les échanges économico-sexuels pas du tout stigmatisante en fait, je voyais pas cette activité comme quelque chose de dégradant, mais plutôt comme quelque chose d’inspirant. J’ai grandi avec cette vision là. Et ça fait que ma relation avec cette activité c’était quelque chose qui était symbolisé comme une porte ouverte. Et à un moment, je suis entré dans ma sexualité personnelle à mes 16 ans, dans le milieu homosexuel. Et à la fin de mes 17 ans, une personne m’a proposé si j’étais d’accord pour la rencontrer et qu’elle me payait 50 euros. Et moi, comme c’était une porte qui était déjà ouverte, j’ai juste traversé cette porte d’une manière hyper fluide et naturelle, et ça s’est hyper bien passé. Et à partir de ce moment-là j’ai juste continué de temps en temps à voir des clients, et au fur et à mesure j’ai approfondi la chose, je me suis rendu compte que je trouvais des choses dedans, que c’était un beau métier pour moi, que ça se fusionnait bien avec le fait d’être nomade, parce que je suis nomade depuis cinq ans, et qu’en fait je trouvais beaucoup de choses dans cette activité, que je trouvais belles, et importantes, et épanouissantes.

Maxence :

Pour les auditeur.ices, est-ce que tu pourrais expliquer concrètement en quoi ton travail consiste puisque le TDS est un travail varié, certain.es utilisent le web pour poster des annonces puis ce sont les clients qui les contactent. Toi ton travail, en quoi il consiste concrètement ?

Osmose :

Bien sûr, c’est vrai que le TDS ça regroupe énormément de façons de travailler. Pour ma part, je travaille dans la rencontre réelle, mais je l’organise sur Internet, via des applications de rencontre gay-bi, ou des sites web. Et, moi je la fais classique, je fais pas encore de BDSM, enfin ça dépend pour qui, mais je fais des pratiques que je définis comme classiques. Et j’ai envie de m’orienter dans quelque chose d’un petit peu plus thérapeutique, j’ai envie de me développer dans les sphères de « ok qu’est-ce que t’as envie de travailler aujourd’hui dans l’intime, ensemble? », mais pour l’instant c’est encore en construction, il y a encore beaucoup de chemin.

Maxence :

Une question un peu plus personnelle maintenant, comment s’est passée l’annonce à ton entourage ?

Osmose :

Oh bah, honnêtement très bien, mais ça c’est parce que moi je suis très cash, et je suis un peu en mode « bah en fait ça c’est ma réalité, je suis complètement au clair avec ma réalité, et si t’as un problème avec, ça te regarde toi, et pas moi ». Donc, je pense que c’est vraiment une force personnelle qui dépend aussi de privilèges, clairement. Il y a des gens qui ont réagi en ne comprenant pas, mais avec du temps, iels ont mieux compris puisque je parlais de la chose de manière assez ouvertement, et émancipée. Mais c’est une chance.

Maxence :

Alors justement par rapport à ça tu as toi-même un compte Instagram sur lequel sur milites pour les droits des TDS, quelle est ta façon de militer ?

Osmose :

Je me suis rendu compte que les gens avaient une vision du TDS complètement erronée. J’avais envie de leur dire « je baise pour de l’argent, et l’imaginaire que ça déclenche chez toi c’est pas du tout représentatif de ma réalité ». Je suis une personne assez transparente de base, depuis très longtemps je partage ma réalité du monde d’une manière assez naturelle, et le TDS fait partie de ma réalité, donc je faisais pareil avec le TDS. Quand j’en parlais d’abord sur Facebook, il n’y avait pas beaucoup de réactions, les gens comprenaient pas, je me prenais des retours qui me blessaient, je me sentais pas compris. Puis, j’ai découvert Instagram et j’ai vu qu’il y avait un compte Instagram Personnes trans versus Grindr, Personnes racisées versus Grindr, qui dénonçait la transphobie et le racisme qu’on pouvait subir sur les applis de rencontre homosexuelle et bisexuelle. J’ai vu qu’il y avait aussi Séropo versus Grindr, Gros versus Grindr, Personnes Handi versus Grindr, et là je me suis dit bah je vais en faire un pour les TDS. Donc j’ai commencé comme ça, et ça a super bien marché, il y a eu beaucoup de retours, et je me suis rendu compte que c’était une opportunité pour parler plus profondément de travail du sexe, pour essayer de déconstruire les clichés, le stigma qui nous entoure. J’ai un peu rencontré Instagram et j’ai kiffé, et je me suis aussi créé un compte perso. Et au final, le compte TDS versus Grindr est devenu @assobadboys parce qu’on a créé une association pour représenter les TDS masculins, qu’ils soient cis, trans, non binaire, de toute orientation sexuelle. J’ai filé l’asso TDS versus Grindr et j’ai continué à déstigmatiser le TDS sur mon compte perso, comme ça je pouvais parler d’un point de vue personnel sur mon compte personnel, et donner au collectif un compte qui était déjà de nature collective.

Maxence :

Par rapport à ce militantisme, pourquoi tu milites ? Dans quelle situation sont aujourd’hui les travailleuses et travailleurs du sexe, en France ?

Osmose :

Aujourd’hui il y a un stigma qui est assez présent, et écrasant. Et de ce stigma, des lois putophobes ont été créées. Avant 2016, il y avait ce qu’on appelait le « délit de racolage », on pénalisait directement les prostitué.es pour le fait de racoler. Donc c’était hyper problématique. Imaginons que tu étais une femme avec une mini jupe et que tu restais un peu trop longtemps au même endroit, tu pouvais être pénalisée pour racolage et tu pouvais choper un PV. Mes collègues qui bossaient dans la rue, elles se prenaient des PV de racolage tout le temps, tout le temps, tout le temps, tous les jours. D’ailleurs j’invite les gens qui m’écoutent à aller voir le film Au cœur du bois, où elles en parlent notamment. Et, en 2016, on a décidé d’abroger cette loi parce que l’idée c’était d’arrêter de criminaliser les prostitué.es, et à la place on a pénalisé leurs clients. Voilà, l’objectif c’était d’inverser la charge pénale, de plus criminaliser les putes, mais leurs clients. Le problème c’est que cette loi-là elle nous impacte directement. Si tu pénalise nos clients, ça veut dire qu’on a moins de clients, et donc moins d’argent. Déjà c’est la précarité. Mais en plus on a moins de choix, donc on va aller voir des gens qu’on serait pas allé.es voir de base, et faire des choses qu’on aurait pas faites de base. Donc ça nous met en danger. Par exemple, on pourrait aller accepter de faire des rapports sans protection, sans capote. Pourquoi ? Parce que, entre potentiellement choper une IST et crever de faim, le choix est vite fait. Et en plus cette pénalisation des clients, si tu bosses dans la rue, tu vas devoir aller bosser plus loin, te cacher plus, comme ça les clients vont oser venir te voir, parce qu’ils auront pas peur de se faire choper par la police. Mais du coup, si tu bosses plus loin tu te mets en position de vulnérabilité plus grande. Et donc c’est hyper dangereux. Et de manière générale, pénaliser les clients, c’est confirmer le fait que la relation d’échange économico-sexuelle qui se joue entre la prostituée et son client est quelque chose de néfaste. Et donc ça entretient le stigma. Et ça c’est pas cool pour nous parce que entretenir le stigma ça veut dire que nos clients vont nous considérer comme la société et comme tout le monde nous considère. Et donc ça, ça nous fait pas du bien. Donc voilà, il ne faut pas pénaliser les clients. Par contre, il faudrait pénaliser les violences qu’on subi. Et ça c’est pas le cas. C’est-à-dire, qu’aujourd’hui la manière d’aborder le TDS, c’est de considérer qu’être client, c’est forcément une violence pour les travailleur.se.s du sexe. Et que du coup, il faut pénaliser le client. Sauf que, être client c’est pas le problème. Se comporter avec nous de manière violente, ça c’est un problème. Et donc c’est plutôt ça qu’il faudrait pénaliser, ou plutôt éduquer. Moi je préfèrerais qu’on dise « éduquons nos clients » à comment se comporter avec nous, plutôt que de les pénaliser et de les condamner comme des agresseurs sexuels, parce que ça nous revient dans la gueule, directement.

Ensuite il y a une autre loi contre le proxénétisme. Et cette loi elle a pour but, normalement, de lutter contre les réseaux et contre la traite d’êtres humain.e.s. En fait, on n’a pas besoin de cette loi parce qu’il y a déjà des lois qui existent contre la traite d’humains et humaines, et surtout cette loi est hyper large et problématique parce qu’elle nous empêche de nous auto-organiser. Si moi j’habite avec une collègue dans un appartement, on est considérés, légalement, comme un réseau de proxénétisme. Si jamais je paie un verre à quelqu’un, cette personne-là est considérée comme mon proxénète. Pourquoi ? Parce que cette personne bénéficie de l’argent que j’ai gagné en exerçant le travail sexuel. Par exemple, si j’ai un enfant de 18 ans qui vit sous mon toit et qui mange avec la nourriture que j’achète avec l’argent que j’ai gagné par le travail sexuel, mon enfant est condamnable pour proxénétisme. Donc c’est pas du tout ok. Et comme je disais avant, elle nous empêche de nous auto-organiser. Si on réfléchit bien, l’auto-organisation, c’est l’inverse de l’exploitation. Si on avait l’opportunité d’avoir des bordels auto-gérés, ce serait pas violent, et en plus on pourrait aider nos collègues qui sont dans la rue, on pourrait faire des projections, on pourrait faire plein de choses. Mais ça on n’a pas le droit de le faire. Et au final, pour moi ça entretient l’exploitation parce que ça fait que, plus on va nous pénaliser sur tous les côtés, moins on va avoir de choix, et plus on va être vulnérables à être pris dans des réseaux d’exploitation. Alors qu’en fait, moi je pense que ce qu’il faudrait faire, ça serait déjà d’arrêter de stigmatiser les putes, de décriminaliser, c’est ce pour quoi on lutte. Abroger ces lois putophobes, et mettre en place des choses qui viennent de nous, pour nous. De demander à chaque TDS de tout milieu, quels sont ses besoins spécifiques, et y répondre. Ce serait beaucoup plus logique pour moi. Et par rapport aux réseaux, je pense que ce qui serait bien c’est de donner des papiers, régulariser la situation des personnes parce que c’est aussi un point central qui fait qu’on peut se retrouver dans les réseaux. Et encore pas forcément, ou alors on se fait choper par la police. En tout cas quand on n’a pas de papier, on se prend plein de violence dans la gueule, c’est clair. Et aussi lutter contre la transphobie d’Etat parce que beaucoup de personnes trans ne trouvent pas de travail, pour qui le TDS peut être une perte de ressources, pas pour tout le monde mais ça arrive, c’est pas négligeable. Et en fait tout ça, ça prend racine dans le fait que la manière dont on nous perçoit, c’est qu’on nous perçoit avec des projections qu’on a sur nous, avant de nous percevoir comme des êtres humains et humaines. Et ça c’est ce qui doit radicalement changer. Et c’est notamment là que j’essaie d’agir en disant, il faut qu’on réduise le stigma pour que d’abord, on soit considéré.e.s comme des êtres, et là faut qu’on nous aide et qu’on vienne en manif avec nous, qu’on appelle nos député.es à nous considérer comme des êtres et à changer ces lois qui sont mortifères.

Maxence :

Un autre problème que j’ai pu relever pour les droits des TDS, c’est aussi l’absence de statut. C’est-à-dire que vous n’avez pas droit à un statut, et donc pas droit à des droits sociaux.

Osmose :

En fait c’est très compliqué ça aussi parce que, on n’a pas de statut, on n’a pas de droits, mais on est quand même censé.e se déclarer et payer des impôts. Donc ça veut dire concrètement, on est censé.e déclarer nos pass, payer nos impôts, mais qu’on n’a pas de droits. Donc ça veut dire que l’Etat nous prend de l’argent, sans nous donner de droits. En fait, c’est la définition du proxénétisme. Le plus grand proxénète aujourd’hui, ce sont les gouvernements, en tout cas l’Etat français est proxénète. En gros la prostitution c’est sale, c’est dégueulasse, c’est dégradant, c’est de l’exploitation, dit le premier exploiteur, mais on va quand même taxer dessus.

Maxence :

Pour revenir à ce que tu disais tout à l’heure, il y a cette idée répandue, que ce soit dans la société, ou par les pouvoirs publics, que le TDS c’est forcément quelque chose de mauvais. Il y a un peu cet amalgame entre le travail forcé et le travail consenti. Et, il y a cette idée surtout, à travers les lois des pouvoirs publics, de vouloir sortir tous les traveilleurs et toutes les travailleuses du sexe de la prostitution, comme si c’était quelque chose de dangereux.

Osmose :

Ouais c’est répandu que c’est dangereux, que c’est sale, que c’est dégradant, mais en fait ce qui est dangereux c’est le sexisme, le non respect du consentement, l’hétéro-patriarcat blanc, valide, cisgenre. Ce qui est dangereux c’est comment aujourd’hui on pas tou.te.s accès aux mêmes choses de manière équitable, et donc les notions de privilège et de domination. Et beaucoup de gens font porter ça sur la prostitution genre c’est mal, en disant que ça serait un message aux hommes cisgenre de pouvoir acheter le corps des femmes. Mais en fait les hommes n’ont pas besoin de ce message. Dans la sexualité aujourd’hui, c’est en train de changer mais ça prend du temps, la majorité des hommes cisgenre partagent du sexe, en fait même pas partagent le sexe, vivent le sexe pour leur bénéfice. La majorité des rapports sexuels aujourd’hui c’est, on couche ensemble, le rapport sexuel va se baser sur ton éjaculation, et quand t’as éjaculé, c’est fini. Et en fait c’est déjà un service. Les TDS, elles appellent juste leur service un métier, ou pas d’ailleurs, mais iels le reconnaissent comme un service alors que dans la vie aujourd’hui partout, c’est déjà un service en fait. Au contraire, ça va pas donner aux hommes le message « tu peux acheter le corps des femmes », ça va donner le message, « si tu veux du plaisir sexuel, t’as deux options: 1) tu respectes ta partenaire, tu parles de consentement, et tu mets son plaisir dans le game, 2) tu veux pas faire ça, et ben tu payes ». Et pour moi c’est vraiment le message qu’envoie mon activité. Donc ça c’est ce qui forme un peu la pensée abolitionniste, donc les gens qui voudraient abolir la prostitution. Mais en fait ça marche pas parce que les lois dont j’ai parlé avant qui viennent du mouvement abolitionniste, elles ne marchent pas. Elles nous mettent en danger, comme j’ai pu l’expliquer avant. Mais, la prostitution, on peut pas l’abolir, on peut juste nous mettre des bâtons dans les roues. Moi si on m’empêche de travailler sur Internet, j’irai travailler dans la rue, et je continuerai à travailler dans tous les cas. Donc ça va juste me mettre en insécurité. Les personnes qui travaillent déjà dans la rue, ça va juste les mettre encore plus en insécurité.

On devrait complètement changer de paradigme et de regard. On pourrait se dire, il y a des personnes qui ont envie de sortir de la prostitution, ok. Qu’est-ce qu’on fait pour les aider à sortir de la prostitution, tout simplement. Et c’est pas en abolissant la prostitution, c’est en leur donnant des papiers, en les intégrant dans la société si iels subissent des rapports d’oppression, en leur donnant un salaire, en leur permettant de se reconvertir, et qu’on les accompagne sans les juger. Et on n’a pas besoin de stigmatiser l’activité. Et si une personne a envie de continuer à exercer, on va faire en sorte qu’elle exerce en sécurité. On doit créer une société où toutes les personnes qui exercent le fassent en sécurité, en conscience, et dans la dignité. Et pour ça, on n’a pas besoin de l’abolitionnisme en fait. On n’a pas besoin de l’abolitionnisme pour faire sortir des personnes de la prostitution. Et ça il faut que les gens l’entendent.

Maxence :

En rapport avec le Covid maintenant, l’activité a dû être très difficile j’imagine, notamment lors des périodes de confinement et de couvre feu, comment ça s’est passé pour le monde du TDS ?

Osmose :

C’était chaud, en fait. Honnêtement, ce serait arrivé un an avant, on n’aurait été encore plus dans la merde. Là, il y a eu des comptes Instagram à ce moment-là, il y a eu une communauté qui s’est créée, il y a eu des cagnottes et de la participation massive à ces cagnottes. Je sais pas si les gens se rendent compte, mais il y a beaucoup de gens qui ont sauvé des putes, au moment du début du Covid. C’était très compliqué, heureusement les associations se sont mises directement très en amont. Dès qu’elles ont appris, elles se sont organisées, on avait des colis alimentaires. Moi à chaque fois que j’allais chercher des colis alimentaires, il y avait la queue, il y avait un réel besoin. Il y avait aussi des personnes qui n’ont plus pu payer leur loyer donc qui ont risqué la rue, et là aussi il y a eu une organisation communautaire qui était là. Mais bon il y avait beaucoup de personnes donc besoin de beaucoup d’argent. C’était très très intense.

Et puis oui avec le couvre feu, bah nous on travaille le soir, la nuit. J’ai des collègues qui allaient bosser et elles se filmaient en train de rentrer chez elles en plein le couvre feu mais elles avaient pas le choix, elles devaient aller travailler. C’était mal foutu, le gouvernement n’a pas bien géré le truc. Un moment le gouvernement disait qu’il allait donner 90 000 euros, je sais même pas si ça a été fait, et surtout c’était pas assez au vu de notre nombre. Donc on a fait partie des plus grand.e.s oublié.e.s de la crise sanitaire. Et heureusement qu’on s’est mobilisé.e de manière communautaire pour faire le travail de l’Etat, pour respecter ces personnes qui exercent cette activité.

Maxence :

Pour conclure, pour toi la solution ce serait de légaliser l’activité, ou plutôt d’abord de décriminaliser ?

Osmose :

La solution, c’est pas la légalisation. Si on légalise, qu’est-ce qu’il va se passer, en tout cas dans un monde comme aujourd’hui? Si on légalise, le gouvernement va nous taxer encore plus. Parce que là plein de gens ne se déclarent pas, moi je me déclare pas parce que j’ai pas de droits derrière, je vois pas pourquoi je me déclarerais. Je comprends mes collègues qui se déclarent pour se sécuriser, c’est un privilège donc autant le prendre en vrai. Mais le problème c’est que, moi qui fais du cul avec mon client, je veux pas que ça finance des bombes en fait, ou tout ce que le gouvernement peut dépenser. Si on légalise qu’est-ce qu’il se passera? On ouvrira des maisons closes? Qui est-ce qui gèrera ces maisons closes? Est-ce qu’on sera libres en tant que putes à l’intérieur? Et qui sera accepté.e dedans? Les personnes qui n’ont pas de papiers? Je suis pas sûr. Les personnes grosses, les personnes handicapées? Je suis pas sûr. Les personnes trans? Je suis même pas sûr. Les personnes racisées? Peut-être qu’il y aura deux personnes racisées pour le fétiche des femmes racisées. Non c’est pas du tout ça en fait. Et ça nous enlève le contrôle, l’indépendance, il y a plein de trucs qui vont pas dans ce truc légaliste. La légalisation, elle pourrait être faite dans une société qui serait respectueuse des humain.e.s, et où il n’y aurait pas de rapports d’oppression. Aujourd’hui c’est pas le cas, donc aujourd’hui la légalisation n’est pas une solution.

On lutte plutôt pour la décriminalisation. C’est un peu un message pour dire « laissez-nous tranquilles », « arrêtez de vouloir nous sauver, on sait très bien se sauver et on sait ce qu’il nous faut ». Pour nous sauver, donnez-nous des papiers si on a besoin de papiers, luttez contre la transphobie et les rapports d’oppression et vous avez beaucoup de taff à ce niveau-là, et laissez-nous tranquilles. Et nous, on va s’auto-organiser entre nous. Moi, je considère que j’ai une micro économie propre qui dépend de mon corps en fait, et de mes choix, et de mes services, et je trouve ça hyper émancipateur et anti-capitaliste en fait.

Transition musicale

Osmose :

Du coup voilà, dans toutes mes réponses que j’ai données, je pense que c’est important de bien rester situé.e. Donc moi je suis une personne qui travaille dans le milieu gay-bi, et qui suis perçue comme un homme, même si je m’identifie pas comme une personne cisgenre. Et je ne parle que de mon expérience et de mes visions personnelles, même si tout ce que j’ai dit, c’est aussi le fruit de conversations que j’ai pu avoir avec mes collègues, et que c’est du militantisme, que je connais presque par cœur parce que je le répète tout le temps, depuis des années. Ce que je trouve intéressant aujourd’hui c’est qu’on a besoin des gens pour nous soutenir, donc je vais appeler les gens qui écoutent ce podcast à aller suivre les comptes des associations, que ce soit sur Instagram, Facebook, Twitter.

Maxence :

Donc comme tu dis il y a énormément d’associations qui luttent pour la décriminalisation du TDS autour du monde. Je mettrai les liens dans la partie Sources de l’article de diffusion pour que nos auditeur.ices puissent les retrouver.

Osmose :

Et après, j’invite vraiment chacun et chacune à aller suivre ces comptes, ces associations, et à se mobiliser dès qu’on appelle à la mobilisation parce qu’on a besoin de gens. Puisque comme c’est une activité qui est stigmatisée, on n’est pas forcément à l’aise de militer publiquement, et on a besoin de soutien, et que c’est urgent parce qu’on vit une réalité qui est aujourd’hui mortifère.

Jingle de fin « c’était Behind the society : le podcast, une série d’épisodes à retrouver sur Deezer, Spotify, Apple Podcasts et Google Podcasts. »

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TDS en danger : retour sur la Journée Mondiale de Lutte

Alors que les fêtes de fin d’année approchent, la lutte pour les droits des Travailleurs.euses Du Sexe ne prend pas de vacances. Retour sur la journée mondiale de lutte du vendredi 17 décembre 2021 & sur le rassemblement organisé à Lille.

Ce vendredi, à 17 heures, une cinquantaine de personnes s’est réunie sur la Place de la République. L’objectif ? Marquer la journée mondiale de lutte contre les violences faites aux personnes travailleuses du sexe par un rassemblement.

Allié.e.s & travailleurs.euses du sexe, plusieurs interventions ont été écoutées afin de donner la parole aux travailleurs.euses du sexe, anonymes ou non, sur leur vécu & leurs conditions de travail marquées par les obstacles de la putophobie.

Behind The Society vous fait revivre le rassemblement avec un photoreportage à deux appareils photos.

Photos de Loïs Hamard & Alice Gosselin

Texte de Loïs Hamard

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[Critique] « Queer » : être féministe et rappeuse ?

Ce podcast est bien sûr à retrouver, en format audio, sur l’ensemble de vos plateformes d’écoute habituelles : Spotify, Deezer, Apple Podcast et bien sûr, Google Podcast !

Retranscription écrite du podcast :

Jingle de Behind The Society

Bonjour à toutes et à tous,

Aujourd’hui on vous parle d’un documentaire nommé Queer sorti le 21 octobre 2021 sur la plateforme BrutX.

Réalisé par Sara Kheladi, ce court reportage aborde la place des femmes et de la communauté LGBTQIA + sur la scène du rap français.

Et oui, composé majoritairement d’hommes, ce milieu est souvent connu pour ses punchlines autour du sexe discriminant et violent envers les femmes avec une légère touche de machisme et d’homophobie.

Voici un léger extrait pour vos petites oreilles …

(Extraits des musiques « Tchoin » de Kaaris, « Salé » de Niska, « Sors le cross volé » de Jul et « Foufoune palace » de Luidji. Il dure 31 secondes.)

Alors bien sûr, sorti de son contexte, c’est d’autant plus choquant mais bon, le rap ne se résume pas qu’à ça.

La preuve, on découvre dans ce documentaire, trois artistes féminines qui ont pour ambition de se faire une place dans le rap game. Les trois rappeuses ne revendiquent pas leur rap comme étant queer mais comme féministe car il est un moyen d’exprimer leur féminité et de donner confiance aux femmes d’après elles.

Alors petit point vocabulaire, Queer signifie en anglais : « bizarre, inadapté ». Par glissement, l’adjectif a défini plus largement toute personne en marge du schéma hétéronormé. Aujourd’hui, queer est le mot étendard de la communauté LGBTQ+, utilisé pour revendiquer avec fierté l’appartenance à l’ensemble des minorités sexuelles et de genre.

Bon, il est temps de présenter les trois figures vedettes du documentaire : il y a Shani Da Flava, se présentant comme une rappeuse insolente. Après un premier single, DAMN, dévoilé sur Soundcloud en 2019, la rappeuse de 21 ans enchaîne avec un titre plus mystique suivi d’un EP. Elle se met en scène dans des clips à l’esthétique soignée, avec des morceaux à la fois provocants et savoureux s’inscrivant dans une démarche militante. Ensuite, il y a Turtle White, bi, noire, femme plus centrée sur la trap. D’origine haÏssienne, elle se lance dans le rap en 2018 en participant à des concours de freestyle sur Instagram et sera révélée en 2019 par le tremplin Rappeuz avec un z à la fin. La rappeuse, qui définit son flow comme « lent et nonchalant », figure notamment sur la mixtape Rap2Filles (La Souterraine), première compilation de rap français 100 % féminin. Enfin, on termine par le portrait de Lalla rami, rappeuse transgenre d’origine marocaine. Elle retrace son parcours de vie dans ses morceaux et notamment la violence du regard masculin sur son identité de genre. Lalla Rami voue une admiration sans faille aux shiraz, chanteuses et danseuses professionnelles marocaines. Elle a précédemment sorti le morceau 4h20 aux Disques du Lobby, plateforme SoundCloud réservée à la communauté LGBTQI+. On la retrouve en featuring avec Shani Da Flava et Turle White sur le titre Lakali!, à l’occasion du documentaire produit par BrutX.

Comme le raconte donc Lalla rami dans ses sons, ses trois filles ont vécu et vivent toujours les mêmes remarques par rapport à leur genre, leur orientation sexuelle et leur style. Entre le harcèlement scolaire, la misogynie, le racisme, la transphobie, l’homophobie, elles ont envie de s’exprimer, de prendre leur revanche et de créer leur place elle-même puisque la société dans laquelle nous vivons ne leur permet pas. Elles sont aussi fières de leur ascension, de leur parcours car ils permettent d’avoir de nouvelles figures féminines et queer dans le rap et donc de permettre plus d’identification et de représentations pour les individus qui les écoutent. Turtle White ajoute que c’est important de transmettre le message aux femmes du « moi aussi, je peux le faire », moi aussi, je peux y arriver si j’ai envie de le faire, je peux m’habiller comme je veux, dire ce que je veux. C’est pas parce qu’on a pas le même genre ou le même sexe qu’il y a une différence entre nous. En fait, elles soulignent aussi le paradoxe de dire que Queer signifie être différent mais pour dire qu’au final, elles sont comme tout le monde. Elles ne méritent pas de discriminations, de violences, d’insultes pour qui elles ont, c’est des êtres vivants comme tout le monde quoi ! Personne ne mérite ça.

Pour finir, ce qui est super intéressant et important à retenir dans ce documentaire même si il a pour nom Queer en référence aux artistes féminines qui se définissent par ce terme, c’est dire que le rap n’a pas de sexe et n’a pas de genre. Et elles le disent pertinemment face aux caméras, il ne devrait pas y avoir de distinction entre le rap masculin et le rap féminin. Elles font du rap et c’est tout !

Bon j’espère que ce podcast vous a plu. Vous pouvez retrouver le reportage sur la plateforme BrutX et leurs sons principalement sur SoundCloud, Youtube, Deezer et Spotify. Si vous aimez bien le rap en général, n’hésitez pas à lire “Madame Rap” qui est le premier média en France dédié aux femmes et aux LGBT+ dans le hip hop. Il a été fondé en 2016, et a pour but de combattre le sexisme et les LGBT+phobies à travers ce média en ligne, mais aussi d’organiser des événements (concerts, open-mics…), des ateliers d’écriture et de sensibilisation auprès de jeunes publics et de professionel·le·s. 

Pour finir en beauté et peut-être vous donner envie d’aller checker leurs sons sur les plateformes, voici un extrait du son qu’elles ont composé pour BrutX.

Bonne journée à toutes et à tous et à mercredi prochain !

Jingle de Behind The Society

Bonjour à toutes et à tous,

Aujourd’hui on vous parle d’un documentaire nommé Queer sorti le 21 octobre 2021 sur la plateforme BrutX.

Réalisé par Sara Kheladi, ce court reportage aborde la place des femmes et de la communauté LGBTQIA + sur la scène du rap français.

Et oui, composé majoritairement d’hommes, ce milieu est souvent connu pour ses punchlines autour du sexe discriminant et violent envers les femmes avec une légère touche de machisme et d’homophobie.

Voici un léger extrait pour vos petites oreilles …

Alors bien sûr, sorti de son contexte, c’est d’autant plus choquant mais bon, le rap ne se résume pas qu’à ça.

La preuve, on découvre dans ce documentaire, trois artistes féminines qui ont pour ambition de se faire une place dans le rap game. Les trois rappeuses ne revendiquent pas leur rap comme étant queer mais comme féministe car il est un moyen d’exprimer leur féminité et de donner confiance aux femmes d’après elles.

Alors petit point vocabulaire, Queer signifie en anglais : « bizarre, inadapté ». Par glissement, l’adjectif a défini plus largement toute personne en marge du schéma hétéronormé. Aujourd’hui, queer est le mot étendard de la communauté LGBTQ+, utilisé pour revendiquer avec fierté l’appartenance à l’ensemble des minorités sexuelles et de genre.

Bon, il est temps de présenter les trois figures vedettes du documentaire : il y a Shani Da Flava, se présentant comme une rappeuse insolente. Après un premier single, DAMN, dévoilé sur Soundcloud en 2019, la rappeuse de 21 ans enchaîne avec un titre plus mystique suivi d’un EP. Elle se met en scène dans des clips à l’esthétique soignée, avec des morceaux à la fois provocants et savoureux s’inscrivant dans une démarche militante. Ensuite, il y a Turtle White, bi, noire, femme plus centrée sur la trap. D’origine haÏssienne, elle se lance dans le rap en 2018 en participant à des concours de freestyle sur Instagram et sera révélée en 2019 par le tremplin Rappeuz avec un z à la fin. La rappeuse, qui définit son flow comme « lent et nonchalant », figure notamment sur la mixtape Rap2Filles (La Souterraine), première compilation de rap français 100 % féminin. Enfin, on termine par le portrait de Lalla rami, rappeuse transgenre d’origine marocaine. Elle retrace son parcours de vie dans ses morceaux et notamment la violence du regard masculin sur son identité de genre. Lalla Rami voue une admiration sans faille aux shiraz, chanteuses et danseuses professionnelles marocaines. Elle a précédemment sorti le morceau 4h20 aux Disques du Lobby, plateforme SoundCloud réservée à la communauté LGBTQI+. On la retrouve en featuring avec Shani Da Flava et Turle White sur le titre Lakali!, à l’occasion du documentaire produit par BrutX.

Comme le raconte donc Lalla rami dans ses sons, ses trois filles ont vécu et vivent toujours les mêmes remarques par rapport à leur genre, leur orientation sexuelle et leur style. Entre le harcèlement scolaire, la misogynie, le racisme, la transphobie, l’homophobie, elles ont envie de s’exprimer, de prendre leur revanche et de créer leur place elle-même puisque la société dans laquelle nous vivons ne leur permet pas. Elles sont aussi fières de leur ascension, de leur parcours car ils permettent d’avoir de nouvelles figures féminines et queer dans le rap et donc de permettre plus d’identification et de représentations pour les individus qui les écoutent. Turtle White ajoute que c’est important de transmettre le message aux femmes du « moi aussi, je peux le faire », moi aussi, je peux y arriver si j’ai envie de le faire, je peux m’habiller comme je veux, dire ce que je veux. C’est pas parce qu’on a pas le même genre ou le même sexe qu’il y a une différence entre nous. En fait, elles soulignent aussi le paradoxe de dire que Queer signifie être différent mais pour dire qu’au final, elles sont comme tout le monde. Elles ne méritent pas de discriminations, de violences, d’insultes pour qui elles ont, c’est des êtres vivants comme tout le monde quoi ! Personne ne mérite ça.

Pour finir, ce qui est super intéressant et important à retenir dans ce documentaire même si il a pour nom Queer en référence aux artistes féminines qui se définissent par ce terme, c’est dire que le rap n’a pas de sexe et n’a pas de genre. Et elles le disent pertinemment face aux caméras, il ne devrait pas y avoir de distinction entre le rap masculin et le rap féminin. Elles font du rap et c’est tout !

Bon j’espère que ce podcast vous a plu. Vous pouvez retrouver le reportage sur la plateforme BrutX et leurs sons principalement sur SoundCloud, Youtube, Deezer et Spotify. Si vous aimez bien le rap en général, n’hésitez pas à lire “Madame Rap” qui est le premier média en France dédié aux femmes et aux LGBT+ dans le hip hop. Il a été fondé en 2016, et a pour but de combattre le sexisme et les LGBT+phobies à travers ce média en ligne, mais aussi d’organiser des événements (concerts, open-mics…), des ateliers d’écriture et de sensibilisation auprès de jeunes publics et de professionel·le·s. 

Pour finir en beauté et peut-être vous donner envie d’aller checker leurs sons sur les plateformes, voici un extrait du son qu’elles ont composé pour BrutX.

Bonne journée à toutes et à tous et à mercredi prochain !

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[Portraits de vie] Quand le militantisme soigne les plaies

Tova est étudiante en journalisme. Un soir, elle est agressée sexuellement par l’un de ses camarades qui l’a droguée au GHB lors d’une soirée étudiante. Une agression aux conséquences irréversibles. S’en suivent des mois de traumatismes et d’isolement – traumatismes qui ne disparaissent pas avec le temps. Puis vient la libération de la parole, ou plutôt de l’écoute, de ce qu’a subi Tova. C’est le commencement d’Oser dire non. Plus qu’un engagement militant, il a été une source d’espoir pour sa fondatrice, et l’occasion d’une prise de conscience collective et politique.

A travers son témoignage, Tova retrace son parcours, celui qui l’a menée à l’engagement militant qu’elle brandit et mène désormais.

Quand le militantisme soigne les plaies, un épisode animé et produit par Maxence Grunfogel.

Intervenante :

Tova Bach – fondatrice et présidente d’Oser dire non

Retranscription écrite du podcast

Jingle d’introduction « Behind the society : le podcast »

Maxence, animatrice :

Tova est étudiante en journalisme. Un soir, elle est agressée sexuellement par l’un de ses camarades qui l’a droguée au GHB lors d’une soirée étudiante. Une agression aux conséquences irréversibles. S’en suivent des mois de traumatismes et d’isolement – traumatismes qui ne disparaissent pas avec le temps. Puis vient la libération de la parole, ou plutôt de l’écoute, de ce qu’a subi Tova. C’est le commencement d’Oser dire non. Plus qu’un engagement militant, il a été une source d’espoir pour sa fondatrice, et l’occasion d’une prise de conscience collective et politique.

A travers son témoignage, Tova retrace son parcours, celui qui l’a menée à l’engagement militant qu’elle brandit et mène désormais.

Quand le militantisme soigne les plaies, un épisode animé et produit par Maxence Grunfogel

Tova Bach :

Moi c’est Tova Bach, je suis étudiante en L3 à l’Académie Ecole Supérieure de Journalisme de Lille (ESJ). Il y a un an et demi, presque deux ans, on a créé avec Marthe Dolphin une association qui est très proche de l’Académie, indépendante, qui s’appelle Oser dire non. Et cette idée-là je l’ai eue une fois quand j’ai eu une angoisse parce que je suis très angoissée de base. C’est plus un coup de tête, j’allais pas très très bien et pour parler plus franchement, il y a trois ans j’étais en L1 et il y a un étudiant de l’Académie qui était en L2 qui m’a droguée pendant une soirée du BDE, qui m’a ramenée chez lui alors que j’étais totalement inconsciente. J’ai encore aujourd’hui très peu de souvenirs. Il m’a violée parce qu’il a profité de moi et de mon corps sans que je puisse même donner mon consentement parce que je ne pouvais pas, parce que j’étais à moitié endormie, droguée, et quand même alcoolisée donc j’étais dans l’incapacité de dire non. Et, même si le dernier souvenir que j’ai c’est que je ne voulais pas, j’ai comme dernier souvenir que j’étais chez lui et qu’il disait qu’il ne voulait pas se protéger, qu’il ne voulait pas mettre de capote, et le dernier souvenir que j’ai c’est « non je veux pas parce que c’est pas protégé ». Et après trou noir parce que je pense que je me suis endormie aussi, totalement inconsciente. Il y a beaucoup de séquelles qui sont restées de ça, déjà parce qu’il m’a ramenée chez lui de force, et je suis rentrée la jambe en sang et la cheville déboîtée. Je crois qu’il m’a poussée pour me tirer un peu plus vite. Et ça c’est encore aujourd’hui le cas, j’ai toujours ces petits problèmes physiques. Et puis problèmes mentaux surtout, déjà parce qu’on se rend difficilement compte de ce qu’il nous est arrivé. Dès le lendemain, il est resté avec moi, il me faisait croire que tout était normal, que tout s’était bien passé. Et qu’au contraire il fallait recommencer parce qu’on avait tous les deux pas nos souvenirs. Bien sûr monsieur n’avait pas ses souvenirs, monsieur ne savait pas ce qu’il faisait. Et heureusement des copines étaient venues donc j’avais pu partir. Mais au début je m’en rendais pas compte, c’était plus « j’ai passé ma soirée, tout s’est bien passé, j’ai pu voir quelqu’un, etc », et bah non en fait. Petit à petit j’ai commencé à me sentir mal mais sans trop savoir pourquoi, sans trop comprendre pourquoi. Petit à petit tu mets un mot dessus, j’ai mis quand même plusieurs semaines voire mois à prononcer le mot viol. Et après s’est enchaînée un peu une descente aux enfers, c’était clairement ça. Parce que, si tu t’en rends compte, ça veut dire que les gens entendent beaucoup ça aussi. En étant en école ça tourne énormément. Tout le monde savait ce qu’il c’était passé, parfois mieux que moi, et sans que je puisse faire grand chose avec ça. Et aussi, comme je commençais à en parler, juste pour me libérer du poids que je vivais – même pas pour protester contre ce mec, j’étais incapable de faire ça – pas mal d’étudiants proches ou non de lui m’ont harcelée pour faire pression sur moi pour que je me taise. Tout simplement parce que « il faut comprendre Tova, ça c’est des rumeurs, c’est pas bien ce que tu reportes sur lui, c’est pas la vérité, tu vas gâcher sa vie », ce genre de choses alors que ma vie à moi était gâchée. Et du coup, cette association est née de ça.

Du coup un an après ce qu’il s’est passé, j’ai commencé à pas mal écrire pour libérer un peu ce que je ressentais, même si le harcèlement s’était arrêté petit à petit. J’avais besoin de vider ça, de parler de ça et d’écrire de ça et je savais pas comment le dire autrement que par écrit. Et il s’est passé un truc que je mesurais pas encore à l’époque, ce que ça allait être : j’ai enregistré ça sous forme de podcast. Juste ma voix. Et c’était un peu symbolique. Comme on m’avait toujours empêchée de parler, le fait d’imposer ma voix c’était beaucoup pour moi. Je sais pas ni pourquoi je l’ai présenté à l’ESJ. Je voulais que ce soit entendu. Et l’ESJ m’a écoutée, beaucoup. Et aussi ont compris en quelques mots ce qu’il se passait. Et puis tout s’est enchaîné par la suite. J’ai fini par porter plainte, par demander des poursuites, et puis aussi par me défendre une bonne fois pour toutes. Et s’en est suivie l’idée de proposer cet enregistrement, cette voix, en format podcast, à des personnes librement, que tout le monde puisse l’écouter, pour pouvoir aider. Peut-être se référer aussi, parce que en fait, moi dans tout ça je me sentais hyper seule. Et c’est un peu ça l’identité de l’asso. En fait je me sentais seule dans tout ce que je ressentais, j’avais un vide noir, un trou dans moi, c’était vraiment un trou. Et j’avais l’impression d’être comme un extra-terrestre parce que je ressentais des choses que personne ne ressentait et personne me comprenait. J’avais juste mon petit ami de l’époque qui me soutenait beaucoup mais, lui-même ne comprenait pas, c’est normal. Et du coup le fait de dire ça je me suis dit ok, il y a peut-être des gens qui sont comme moi, et peut-être qu’on pourrait en parler ensemble et entamer un dialogue dessus parce que je vois ça nulle part. Je commençais à voir sur les réseaux sociaux des posts, notamment d’associations, qui dénonçaient, qui se battaient pour ces droits-là, mais je voyais pas de choses encore sur la santé mentale, et ce qu’on ressentait quand on était victime. Du coup, c’était de ça que c’est venu.

Transition musicale

Et, tout s’en est suivi. Pour revenir au tout début, je faisais une crise d’angoisse, comme habituellement. Et je me suis dit, quitte à proposer ça à une asso, pourquoi je créerais pas la mienne, pourquoi je créerais pas une initiative où tout le monde pourrait se confier librement, sans jugement. Et puis je pourrais poster mon témoignage et puis on verra ce que ça donne. Du coup Martha a suivi. On avait ce projet de faire une campagne de sensibilisation contre le viol et les agressions sexuelles dans les universités, dans notre école, c’était quelque chose qui nous tenait à cœur. Après on voyait pas plus loin, je pensais pas que ça allait intéresser des gens, que les gens allaient se sentir touchés, et concernés. En fait je me sentais seule, juste totalement seule, et puis c’est pas le cas.

L’association aujourd’hui on est une bonne vingtaine de personnes franchement super, c’est une très bonne équipe et je suis trop contente de pouvoir travailler avec ces personnes-là. L’identité de l’asso elle est basée aussi sur des histoires, sur ce qu’on vit et on sait pas toujours comment réagir parce qu’on a que 21 ans, parce qu’on essaye juste de faire au mieux pour que des personnes puissent se sentir bien et vivre aussi normalement. Parce que c’est pas normal de se faire agresser quand on a juste envie de profiter un soir, quand on est au sein de notre école, quand on est entre ami.es. Et donc c’était dans cette volonté là. On essaye de faire ce qu’on peut, comme on peut, et de créer une vraie solidarité entre les étudiants.

Maxence :

Alors, tu as créé Oser dire non pour aider les autres, mais qu’est-ce que ça a changé pour toi, cet engagement ?

Tova :

En fait ça a changé beaucoup de choses. Je m’en rendais pas compte. Mon témoignage c’était le premier post de l’asso. Quand je l’ai mis, je me suis sentie à poil, vraiment, j’avais l’impression d’être nue devant tout le monde. Surtout sur les réseaux sociaux ça part vite. Au début ça a fait un petit coup quand même, mais c’est un coup tellement moindre par rapport à tout ce qu’on a vécu avant. Au final, il y aussi le contrecoup et on reçoit, en tout cas ça a été mon cas et j’ai eu de la chance, beaucoup de retours positifs. De gens qui se sont sentis touchés par ce que j’ai dit dedans. Pas mal de gens m’ont remerciée aussi, et je me demandais pourquoi ils me remercient, c’était normal, il y avait besoin de partager ça. J’avais pas forcément besoin qu’on me remercie et en même temps ça faisait du bien, vraiment. Le fait de pouvoir enfin assumer ce que je ressentais ça m’a réconfortée, je me suis sentie beaucoup plus légitime de faire quelque chose. En fait je me suis sentie beaucoup plus légitime de vivre. Parce que j’avais, à l’époque, aucun goût à la vie, je voulais pas de ça, je voulais pas vivre avec ce fardeau là. Ca a un peu tout redoré, on va dire, à peu près. Le fait de construire quelque chose de positif autour d’un réel traumatisme, ça fait que t’as envie de continuer, de ne pas rester bloquée dessus. Donc, cette asso ça a été un moyen pour moi d’aller mieux, de guérir aussi. C’est clair que c’est pas parfait, ça fait pas tout c’est sûr, mais c’est un moyen pour moi d’aller mieux, et c’est un moyen pour les autres, je l’espère, aussi d’aller mieux.

Transition musicale

Maxence :

Pour parler un peu plus de l’association, informer pour mieux prévenir c’est en quelque sorte la devise d’Oser dire non, qu’est-ce que ça signifie concrètement ?

Tova :

Déjà, Marthe et moi on a envie d’être journalistes plus tard, donc ce qui nous intéresse c’est l’information. Dans tout ce qu’on ressentait, vivait, on se sentait complètement démunies alors que si on savait qu’on avait des droits, si on savait que certaines choses étaient normales. Par exemple savoir que les mécanismes psycho-traumatiques existent, et comment ça fonctionne. Ca justifie aussi pourquoi tu te sens comme ça. Toutes ces informations là elles sont importantes pour pouvoir guérir. Nous on s’est dit: on aimerait bien faire des recherches dessus, travailler sur des sujets et expliquer aux personnes « non c’est pas normal ce que t’as vécu, et oui il y a des gens qui sont là pour t’aider, et oui tu es dans ton droit ». Parce que, c’est totalement oublié et mis en sourdine. Il y a des choses qui se passeront, malheureusement. J’aimerais que plus jamais ça n’existe, mais c’est pas le cas, et on y arrivera pas encore maintenant. Mais on peut faire de la prévention, et informer les jeunes, sur qu’est-ce que c’est le consentement. Par exemple, dire aux jeunes qu’on a le droit de dire non à un rapport sexuel, chose que moi-même je ne savais pas.

Maxence :

A Oser dire non vous avez aussi des actions, quelles sont-elles ?

Tova :

En plus des actions, l’identité de l’asso c’est d’abord de recueillir des témoignages. On a envie que ce soit une plateforme libre pour pouvoir dire ce qu’on vit, et ce qu’on ressent. Par exemple des conseils, que tu dirais à ton jeune toi. Moi, j’aurais des milliers de choses à dire à mon jeune moi. Pour qu’il fasse pas certaines erreurs, ou qu’il comprenne ce à quoi il a droit, ou pas. Ca passe par des petits témoignages, ou si les personnes ont envie de traiter d’un sujet pour expliquer par exemple ce que c’est le revenge porn. C’est hyper répandu, et c’est terrible, et on connaît tous énormément de personnes qui ont été victimes de ça. C’est important de répéter que c’est pas de ta faute si des images fuitent, c’est de la faute de la personne qui le partage. Il y a eu le harcèlement de rue; les troubles alimentaires; les mécanismes psycho-traumatiques j’en ai parlé un peu avant; les violences obstétricales et gynécologiques il y a une grosse série qui a été faite dessus.

Et en général les actions, alors moi personnellement les actions avec le BDE me tenaient à coeur, vraiment. Parce que moi ce qu’il m’est arrivé c’était pendant une soirée BDE. Le BDE n’est bien sûr pas responsable, mais le BDE de l’époque aurait pu m’aider parce que dans ce qu’il m’est arrivé, il y a des membres du BDE qui étaient concernés, qui ont vu ce qu’il s’était passé. J’étais même chez eux. Personne ne m’a aidé. Si les membres du BDE sont plus sensibilisés à ça, c’est utile. Par exemple, le système de couvercles pour verre est important. Important, en général, pour tout le monde. Parce que c’est un phénomène qui prend une ampleur que je n’arrive même pas à imaginer, mais qui a toujours été présent. Pour moi c’est pas imaginable de mettre à l’insu d’une personne une drogue pour qu’elle soit inconsciente, j’arrive pas à comprendre ça. Et quand on le vit, très sincèrement c’est terrible. C’est horrible comme sensation, on est pas maître de notre corps, on ressent des choses horribles, qui sont traumatisantes, et qui t’empêchent de réagir. En fait tu vois ta vie défiler devant toi et t’es incapable de faire quelque chose.

Maxence :

Pour préciser ces derniers temps, les témoignages de nombreuses étudiantes au Royaume-Uni et maintenant partout en France affluent, dénonçant leurs agressions après avoir été droguées à leur insu en boîte de nuit ou au bar.

Pour rappel, la drogue communément utilisée par les violeurs est le GHB, elle est d’ailleurs surnommée la drogue du violeur. C’est une drogue de synthèse initialement utilisée pour traiter d’importants problèmes de sommeil. Le GHB se présente sous forme liquide, et son aspect discret le rend propice à une utilisation délictueuse. Le liquide peut en fait être versé dans une boisson sans en modifier ni le goût, ni l’aspect, ni l’odeur. Les violeurs utilisent cette drogue pour abuser de leur victime, d’autant plus que le caractère amnésiant de la substance ne permet pas à la victime de se souvenir de ce qui lui est arrivé. Il est donc très difficile pour une victime de GHB de porter plainte, puisqu’elle se souvient rarement de son agression. Pour une victime, prouver qu’elle a été droguée relève presque de l’impossible. Le GHB peut être dépistable dans le sang, mais il reste moins de 12 heures dans l’organisme. En plus, son effet est comparable à celui de l’ivresse due à l’alcool, ce qui ne permet pas, au cours de la soirée, de se rendre compte que l’on a été droguée.

Et donc c’est sous cette impulsion que vous avez décidé de réagir, à Oser dire non, avec la mise en place de capuchons Drink watch.

Tova :

Pour l’instant, ce sont des prêts que nous font l’Université de Lille. Ce sont des capuchons de l’entreprise Drink watch. Pour les avoir testés, ils sont super cool. Outre le fait que ça permet que des personnes pas nettes dans leur tête introduisent du GHB dedans, c’est aussi hyper pratique, parce que tu peux danser et t’amuser sans que tout te renverse dessus, et t’es pas obligé.e de boire d’un seul coup. Surtout ce qu’on a remarqué, pendant le premier test qu’on a fait la semaine dernière, il y avait surtout des femmes qui utilisaient ces capuchons, mais ça concerne aussi vous, messieurs les hommes. Il y a eu quelques témoignages d’hommes qui ont été drogués, beaucoup moins que les témoignages de femmes. Mais ça concerne absolument tout le monde.

C’est triste de devoir se protéger, comme ça. Ca devrait pas être normal d’être obligé.e de se couvrir, de couvrir nos verres, de toujours faire attention. En vrai on passe pas de soirée normale avec ça. Parce que tu mets toujours la main sur ton verre, tu regardes où tu es, il y a un mec qui est derrière toi tu fais gaffe, tu sais qu’il y a un mec qui va te toucher par derrière ou qu’un autre va t’insulter. Tu vois les choses différemment puis c’est de l’angoisse de toujours regarder autour de soi. Tu vas aussi vouloir protéger tes amie.s parce que tu sais très bien qu’il y a des gens qui vont essayer de faire quelque chose sans ton consentement, sans ton accord. Tu passes forcément pas les mêmes soirées. Mais si ça peut aider quelques personnes et éviter certains empoisonnements, alors on le fait volontiers, en attendant que les mentalités changent. J’espère le plus rapidement possible.

On a mis en place des référent.es qui sont sobres et qui sont là en soirée pour veiller à ce que ça se passe bien. Ce sont des personnes qui sont là sur la base du volontariat pour être à l’écoute, essentiellement. Iel doivent avoir l’oeil sur tout ce qu’il se passe. Si un comportement n’est pas normal, le ou la référent.e doit intervenir. Et aussi, si il y a la moindre sensation de malaise/mal-être, si tu te sens pas bien dans la soirée, t’as un sentiment où t’es pas à ta place, tu te sens vraiment pas à l’aise, tu peux aller voir cette personne-là qui va avec plaisir parler avec toi, et essayer de souffler avec toi, peut-être t’éloigner un peu. Moi personnellement, depuis ce qui m’est arrivé c’est le cas. Quand je suis en soirée, j’ai des petites angoisses, je sais pas ce que je fous là, j’ai peur parfois, alors que tout va bien. Alors c’est bien de pouvoir en parler et souffler avec une personne, même parfois extérieure. Ce sont des personnes qui sont à l’écoute et qui aident.

On a fait une campagne de sensibilisation contre les viols et agressions sexuelles, surtout dans le milieu étudiant. Seront affichés, dans cinq campus, ces jeux de trois affiches. Dessus, on a essayé de représenter cette forme d’oppression qu’on peut avoir quand on subit des violences sexuelles. Dessus on a aussi mis des statistiques, avec les sources, et surtout les contacts à contacter. Par exemple, à l’Université il y a la cellule d’écoute qui n’est pas assez rappelée. Quand on parlait d’information c’est ça. Généralement on ne sait pas qu’il y a une cellule d’écoute à l’Université, qui, pour ma part m’a écoutée.

Puis est accompagné aussi sur cette affiche, une brochure d’informations, sur le consentement. Tout ce qu’il y a à savoir sur le consentement, le b.a.-ba à vrai dire. Aussi, les moments où il ne peut pas y avoir de consentement. Par exemple quand la personne est droguée, je vous le mets dans le mille. Quand la personne dort, est inconsciente, quand la personne est en situation de handicap et ne peut pas donner son accord. Ca c’est important de le rappeler aussi. Et surtout des contacts et des lieux utiles, dans les alentours de Lille, parce que ça c’est prioritaire. Et on aimerait vraiment bien travailler dans l’éducation sexuelle. C’est une deuxième chose qui me tenait à cœur. Pour parler aux plus jeunes, au mini moi comme je disais tout à l’heure. Il y avait des centaines de choses que j’aurais dû apprendre quand j’étais jeune. Et puis ça peut aller jusqu’au plaisir, des choses à faire, à ne pas faire, des choses à tester ou à ne pas tester. Parler de notre anatomie. Donc c’est pour ça qu’on a un podcast d’éducation sexuel qui s’appelle Air sensuel. Et puis après on aimerait bien être en contact avec des lycées et des collèges pour parler aux plus jeunes de ça. Je pense qu’on a beaucoup de choses à partager. On a tous et toutes, surtout toutes, vécu des choses, et donc il fallait aussi communiquer dessus.

Maxence :

Vous avez aussi lancé une cagnotte pour pouvoir financer vous-mêmes les couvercles de verre, dont je mettrai le lien dans l’article. Pour conclure, maintenant, toi en tant que militante, qu’est-ce que tu attends le plus comme avancées pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles ?

Tova :

En fait, j’aimerais que des profs soient formé.es à ça. J’aimerais qu’on ait des cours dessus, ce qui est normalement obligatoire, à l’école. Des vrais cours, pas là où on nous culpabilise d’avoir des relations et qui faut faire l’amour uniquement pour avoir des enfants, et où on nous parle jamais de consentement et de respect de l’autre et de harcèlement, et en fait de tout ce qu’il se passe à l’école. Pour moi l’école, c’est la priorité. C’est ce qui nous construit en tant que personne pour plus tard. C’est là où on a vécu beaucoup de traumatismes aussi pour beaucoup. Je parle de harcèlement scolaire, de relations toxiques et violentes entre amie.s et dans des couples même quand on est adolescent, en tout cas ça a été mon cas. Après, il y a des milliers d’autres choses à faire, mais s’il y a un truc à faire important pour moi c’est ça, pour le moment.

Jingle de fin « c’était Behind the society : le podcast, une série d’épisodes à retrouver sur Deezer, Spotify, Apple Podcasts et Google Podcasts. »

Liens utiles

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Féministes tant qu'il le faudra L'île de Lille

Retour sur la manifestation contre les violences sexistes et sexuelles à Lille

En finir avec les violences sexistes et sexuelles

Les températures avoisinaient le zéro à Lille mais la détermination des manifestant.e.s était brûlante lors de la mobilisation du 27 novembre contre les violences sexistes & sexuelles. Le cortège s’est rassemblé à 14h sur la Grand Place et s’est acheminé dans les rues de la ville jusqu’à la place de la République où un hommage a eu lieu. C’est dans une ambiance musicale, que les voix et les pancartes s’élevaient pour dénoncer les violences faites aux femmes & aux minorités de genre.

On peut lire des messages comme “70% des plaintes classées sans suite”, “Le consentement même pour le gouvernement”, “En crachant sur les victimes vous avez levé une armée”. Quant aux slogans, les centaines de voix présentent clamaient en cœur : “les violeurs au milieu, le patriarcat au feu”, “violeurs, sexistes, on vous voit”, “féminicides : État coupable, justice complice”.

“C’est une cause dont on entend pas assez parler, il faut qu’il y ait plus de monde qui se mobilise pour que cela crée un écho au-delà de la petite manifestation.”

Manifestant.e le 27 novembre 2021 à Lille.

Des messages qui se rejoignent mais qui ne disent pas tous la même chose, cependant, une chose est bien commune à tou.te.s les manifestant.e.s : la colère. Ce sentiment partagé face à l’inaction et même l’implicite complicité du gouvernement face aux violences, face à ces personnes sexisées qui meurent tous les trois jours, face à l’impunité du viol, face au manque de représentation des femmes, des minorités de genre & des personnes non-hétérosexuelles, face à la non reconnaissance de toutes les femmes et de toutes les minorités de genre. 

Se réapproprier l’espace public

Afin de mieux sonder les motivations, les volontés et les impressions des manifestant.e.s, pour BTS nous sommes allées les interroger sur les causes de leur présence. Être dans la rue, prendre de la place, crier des slogans féministes, se confronter aux policiers, c’est déjà un acte politique. Face à la sous représentation des femmes et des minorités de genre partout ailleurs, la rue reste un endroit majeur de lutte. 

“Pour me réapproprier l’espace public parce qu’il appartient qu’aux hommes cis, notamment hétéros et c’est aussi pour revendiquer la présence des personnes non binaires dans la culture qui sont invisibilisées comme toutes les minorités de genre”. 

Manifestant.e le 27 novembre 2021 à Lille

Rappeler l’importance de la cause

Cette manifestation est aussi pour beaucoup une piqûre de rappel.  « Les féministes français.e.s ont bien de la chance, elles ne devraient pas se plaindre, c’est quand même bien pire en Afghanistan ou au Mexique. » Tant de remarques que l’on peut entendre dans nos familles, dans nos cercles d’amis, dans les médias. Alors venir manifester c’est aussi rappeler que la situation des féminicides en France est inquiétante, c’est rappeler également que les violeurs restent très majoritairement impunis. 

“De montrer qu’il y a toujours des violences sexuelles et sexistes partout, être dans la rue ça permet de le rappeler”

Manifestant.e le 27 novembre 2021 à Lille.

“Il y en a ras le bol qu’on en soit encore là aujourd’hui”

Un ras le bol général

Les manifestant.es partageaient la même colère face à l’inaction et même le mépris de cette cause qui a encore trop peu de résonance à grande échelle et que l’État laisse aux mains des associations et collectifs. 

“C’est une cause qui est encore trop mise de côté. C’est important car si on est pas égaux.alles entre nous on pourra pas se pencher sur d’autres combats”

Manifestant.e le 27 novembre 2021 à Lille.

Vers un changement de mentalité

Le rassemblement Place de la République laissait paraître une grande solidarité, un souhait de montrer son soutien à celleux qui ne sont plus là, celleux qui luttent chaque jour, celleux qu’on n’écoute pas. 

“Pour montrer que les femmes* sont pas toutes seules dans leur galère”

Manifestant.e le 27 novembre 2021 à Lille.

Un tel changement de mentalité dans notre société suggère une prise de conscience de la part des hommes cis hétéros, parce qu’on ne pourra jamais avancer si ceux qui ont le plus gros rôle à jouer restent les complices des violences. 

“La mission des hommes cis, hétéros et blancs c’est de transmettre et propager la lutte auprès des autres hommes. La parole des femmes n’est jamais entendue par les hommes. C’est donc aux hommes de convaincre les autres hommes de changer”.

Photo de couverture par Alice Gosselin

Photo-reportage par Clémentine Gaultier & Naëlle Oboeuf

Article de Léa Le Demnat

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Ani’maux

Antispécisme, véganisme, associations et parti politique : comment s’organise le mouvement de libération animale en 2021 ?

Les animaux ont, dans la société actuelle, un statut d’objet, de ressource à utiliser. Ils se retrouvent matière première de notre alimentation, de nos cosmétiques, de notre garde-robe et de nos loisirs. L’exploitation dont ils sont victimes peut paraître justifiée, voire nécessaire pour certain.e.s. Pour d’autres, cette condition est inacceptable et se doit d’être changée : cette pensée est le point de départ du mouvement de libération animale.

Photo par Riponne-Lausanne, Flickr.

Antispécisme késako ?

Petite histoire de la pensée animaliste

Le terme spécisme est apparu pour la première fois en 1970 dans une opération de tractage contre l’expérimentation animale en laboratoire par le groupe d’Oxford. Peter Singer est penseur et philosophe utilitariste, il reprend et précise ce terme. C’est lors d’un débat face à un ami végétarien qu’il fut confronté au problème de limiter l’égalité entre les membres de l’espèce humaine. Sans réponse sur le moment, il entame par la suite une réflexion qui le pousse à devenir végétarien. Puis, en 1973, il publie « Animal Liberation », où il expose les bases théoriques et modernes du mouvement animaliste. Parmi les précurseurs et penseurs principaux ayant contribué à la popularisation de l’antispécisme, on trouve aussi Tom Reagan, auteur de « The case for Animal Rights », ouvrage dans lequel il développe, les principales revendications de l’émancipation animale et qui a servi de base au militantisme animal.

L’antispécisme en réponse au spécisme

Savoir comment est né le spécisme, c’est bien, comprendre ce que cela représente, c’est mieux. Le spécisme, c’est tout un schéma de pensée et d’arguments ayant pour but de justifier l’exploitation animale telle que nous la connaissons aujourd’hui. C’est l’utilisation de procédés qui ne seraient jamais tolérés s’ils étaient appliqués à l’être humain.

Par exemple, on trouve normal que des animaux soient mis au monde dans le but d’être engraissés, abattus puis mangés, cela est même utilisé comme argument : « ils sont nés pour être mangés ». La souffrance des animaux est minimisée, quel militant ne s’est jamais retrouvé face au fameux : « les animaux sont abattus avec respect » ?

En quelques mots, la pensée spéciste instaure un classement de valeur entre les espèces, plaçant l’être humain au sommet, et les autres espèces animales selon l’utilité que l’humanité leur trouve. Souvent, on aime les juger en fonction de leur intelligence (évidemment comparée à la nôtre). Ce raisonnement s’efforce de démontrer l’illégitimité des animaux à accéder à des droits fondamentaux semblables à ceux que nous possédons. Pire, leur existence est conditionnée par l’utilité que nous en tirons : « tu penses vraiment qu’il y aura encore des vaches si on arrête de les élever ? » est un autre exemple d’argument en faveur de cette exploitation de masse. Il est à noter que ces paliers de considération varient aussi entre les espèces animales, les espèces domestiques comme les chiens ou les chats faisant l’objet de plus de considération que les animaux d’élevage, cochons, poules ou vaches.

En philosophie morale, domaine de Peter Singer et de Tom Reagan le spécisme est une problématique relevant de l’éthique, que Peter Singer définit comme « la discrimination arbitraire, injustifiable et de ce fait injuste, opérée sur le critère de l’espèce de l’individu ».

Par définition, le mouvement qui s’oppose à cette exploitation systémique se nomme l’antispécisme.

« La thèse antispéciste est celle-ci : les intérêts égaux sont égaux. L’égalité qu’elle défend, c’est l’affirmation selon laquelle lorsque deux êtres sont porteurs d’intérêts de même grandeur, de même importance, alors les dits intérêts sont aussi importants l’un que l’autre, aussi grands, indépendamment de toute autre caractéristique possédée par ces êtres, de leur couleur de peau comme de leur intelligence»

– David Olivier, Les Cahiers antispécistes, numéro 0, septembre 1991

Le mouvement de libération animale comporte des courants plus ou moins radicaux dont les plus connus sont le welfarisme et l’abolitionnisme (ce dernier étant relatif au droit des animaux, à bien différencier de l’abolitionnisme concernant l’esclavage). Le plus populaire auprès des Français.e.s, le welfarisme (welfare = bien être) porte son intérêt au bien être des animaux, cherchant plus à améliorer leur condition d’exploitation que d’y mettre fin. Bien qu’il s’inscrive dans la lutte pour les droits des animaux, le welfarisme est considéré comme spéciste. En effet ce courant de pensée ne remet pas en cause le système actuel et l’exploitation animale, n’evisage pas de l’abolir mais seulement à revaloriser le bien-être des animaux.

L’abolitionnisme est une autre branche du mouvement animal, dont Gary L. Francione est l’inventeur dans la fin des années 90, c’est un concept qu’il définit à travers un livre nommé « Rain Without Thunder » en 1996. L’abolitionnisme est considéré comme plus radical que le welfarisme car il s’oppose totalement à l’exploitation animale : ce mouvement milite pour son interdiction pure et simple. Allant au-delà de l’amélioration du bien-être, les abolitionnistes réclament une véritable considération pour la vie et les droits des animaux. On distingue aussi les abolitionisme réformistes, qui acceptent de passer par une période de transition, avec des avancées progressives, des abolitionistes fondamentaux, qui sont déterminés à mettre fin à l’exploitation dès aujourd’hui.

Photo par Olivier Gollain, Flickr.

Militer pour les animaux ?

Une prise de conscience individuelle

En prenant conscience des injustices, rare sont celles et ceux qui se contentent de constater. La prise de conscience conduit forcément à une remise en question de ses propres pratiques, puis de celles du système entier. La première étape est bien souvent de changer son régime alimentaire, en devenant pesco-végétarien (suppression de la viande), végétarien (ni viande ni poisson), végétalien (pas de viande, de poisson, d’œufs de lait ni de miel) ou encore végan (pas de produits d’origine animale dans le quotidien, que ce soit nourriture, vêtements, cosmétiques…). En France, on recense en moyenne 5% de végétariens : mais ces dernières années, l’offre ainsi que la vente de produits végétariens et végan ont bondi, avec +24% de ventes en 2018 (Le Figaro). Ces données montrent que le régime flexitarien est de plus en plus populaire, en effet 20% des Français tentent de réduire leur consommation de viande au quotidien. Ces régimes sont largement répandus chez les jeunes, on estime qu’environ 25% des végétariens, végétaliens et végans ont entre 18 et 34 ans (selon une enquête de CREDOC pour FranceAgriMer et l’OCHA).

Des associations, se regrouper

Avant concentrée sur les animaux de compagnie, ce qui était par ailleurs spéciste, la libération animale s’élargie à toutes les violences, contre tous les animaux. Évidemment le but n’est pas d’établir la valeur de la vie animale comme équivalente à celle d’un humain, mais de s’attaquer directement au principe de valeur de la vie, le but de l’antispécisme étant de faire reconnaître les droits des êtres scient comme nécessaires. L’antispécisme considère que les êtres scient sont légitimes de posséder et de vivre leur vie en pleine liberté. Depuis la fin du 20e siècle on assiste à la création d’une foule d’associations antispécistes, avec un spectre de radicalité très large allant de la plus welfariste à la plus abolitionniste. Parmi les plus célèbres, on compte la ligue française des droits de l’animal, l’association L214 (, 269 life (2015) ou encore Vegan Impact.    

L’association L214, en référence à l’article du code rural traitant du caractère sensible des animaux est nationalement connue pour ses actions chocs visant à combattre l’élevage intensif. L’association alimente aussi un blog visant à sensibiliser la population à la cause animale, mode d’action semblable à celui de l’association Végan Impact. Cette dernière organise en grande majorité des actions de sensibilisation : vidéo-sensibilisation dans le métro parisien, happening pour la journée mondiale du véganisme, contre le broyage des poussins, contre les zoos… Afin d’atteindre les foules et inciter au véganisme. Les deux associations se veulent très pédagogues et publient ainsi des recettes, des guides pratique et des articles pour accompagner celleux qui le souhaitent dans une transition vers le véganisme.

L’association 269 life elle prend son origine dans le matricule d’un veau sauvé de l’abattoir, et mène des actions qualifiées de plus radicales s’appuyant sur l’abolitionnisme fondamental, en n’hésitant pas à choquer le public. Enfin, basée dans plusieurs pays l’association PETA (People for the Ethical Animal Treatment) regroupe les « gens pour un traitement éthique des animaux ». C’est en quelque sorte « la » référence mondiale en termes de droit des animaux et de veganisme, avec notamment un label apposé sur les produit certifiés cruetly free, sans cruauté animale. Vous l’aurez compris, les associations sont le socle de la mobilisation, il en existe une multitude et chacune possède ses propres manières de militer.

Photo par Anaëlle Charlier

Personnalités, une influence forte

Le mouvement prend de l’ampleur en France, et de plus en plus, les personnalités publiques s’investissent. Parmi elles, le journaliste et homme politique Aymeric Caron, auteur de No steak sorti en 2013 et de Antispéciste : réconcilier l’humain, l’animal, la nature et fondateur du parti REV (rassemblement des écologistes pour le vivant). Il porte le discours antispéciste dans des émissions télé comme Fort Boyard, où il représente l’association L214, lors de conférences de presse (à l’Assemblée nationale notamment) et se positionne lors de débats politique, comme celle de la mise en place d’une alternative végétale obligatoire dans les cantines scolaires.

Plus récemment, c’est le journaliste et militant Hugo Clément qui secoue l’opinion public avec la sortie d’une vidéo issue d’un abattoir où sont tués des chevaux de courses en 2018, puis en 2019 avec la sortie de l’enquête « La face cachée des nuggets » avec l’appui de Direct Action Everywhere France, révélant la réalité des élevages intensifs de volailles. D’autres vidéos du même genre seront produites, dans les élevages intensifs de cochons notamment. Il est aussi très actif sur les réseaux sociaux, où il sensibilise et encourage ses followers à participer à des cagnottes et à signer des pétitions. Il est aussi à l’initiative de la pétition en faveur de la création d’un référendum pour les droits des animaux.

Côtés artistes, la chanteuse Kreezy R, autrice de chansons engagées telles que « j’mange pas de cadavre » ou « je vais craquer », très connue sur les réseaux sociaux pour ses coups de gueules et ses actions de sauvetage est l’incarnation d’un engagement corps et âme pour la cause animale. Dans ses chansons, tantôt parodiques, comiques ou parfois plus dramatique sont l’incarnation d’un monde décalé qui lui est propre et qu’elle utilise à la perfection pour faire passer ses messages.

De plus en plus, la question animale s’invite dans les débats politiques. En 2016, on assiste même à la fondation d’un parti dont le programme se base largement sur la lutte animale : le parti animaliste (PA). Le parti est fondé et dirigé par 7 personnes, parmi lesquelles se trouve la candidate du parti aux élections présidentielles prochaines, Hélène Thouy. Le parti se présente pour la première fois aux élections législatives en 2017, sans spécialement viser des élus mais surtout pour communiquer leurs revendications. Il s’en sort quand même avec 1% des suffrages exprimés (64 000 voix). Les principales mesures défendues par le parti sont l’abolition de la corrida, des combats de coqs ainsi que la création d’une charte des droits des animaux. Bien sûr, il réclame aussi l’amélioration des conditions d’élevage, en réclamant par exemple l’interdiction de la production de fourrure, du gavage, du déplumage à vif et du broyage des poussins mâles.

Vous l’aurez compris, les revendications fusent, les militantismes se démultiplient et les personnes engagées sont de plus en plus nombreuses. D’ici quelques années, les antispécistes espèrent une amélioration notable pour la condition animale, même si toustes ne s’accordent pas encore sur la manière de l’obtenir.

« Un tel succès ne sera possible que grâce à un mouvement organisé comparable aux mouvements qui ont lancé les grandes révolutions intra humaines de l’histoire : ce n’est qu’alors que dans la vie des animaux non humains seront concrétisés des changements significatifs. Nous travaillons pour développer ce mouvement, et pour rapprocher ainsi ce jour où l’oppression des humains sur les autres êtres sensibles aura été éliminée à la racine. »

Les Cahier antispéciste numéro 4, « Libération animale : de quoi s’agit-il ? » juillet 1992, La Rédaction du collectif lyonnais pour la libération animale

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À votre santé !

#TuSaisQueTuEsHandiQuand : un # pour visibiliser la diversité des manifestations du handicap

Lancé sur Twitter ce dimanche midi pour visibiliser la multitude d’handicaps & leurs manifestations, ce # comptabilise déjà des centaines de tweets & s’est placé dans les Tendances Twitter pour la catégorie France.

La volonté de saon créateurice, Hely Ventura ? C’est de briser les clichés sur le handicap selon lesquels « il n’existe que les handicaps moteurs, & que tou.te.s les handicapé.e.s sont en fauteuil roulant » parce que cette stigmatisation invisibilise la diversité des handicaps.

Infantilisation & instrumentalisation des douleurs

Des centaines de personnes témoignent de leur vécu, que ce soit face aux personnes valides, aux administrations, aux relations familiales ou amicales, mais aussi vis-à-vis du milieu médical.

L’auto-diagnostique, qui consiste à comprendre par soi-même de quelle pathologie nous souffrons, est très importante aujourd’hui dans la communauté handi. Cette pratique n’est pas anodine, elle s’inscrit dans un schéma où les ressentis des patient.e.s, notamment celleux issu.e.s de minorité, jeunes &/ou qui ont des troubles psychiques, sont minimisés & banalisés. Le mauvais traitement de leurs troubles de santé peut avoir des conséquences dramatiques, tant du point de vue physique que psychique.

Pourtant, tout le système de notre société l’alimente de part l’infantilisation constante qui pèse sur les malades non-reconnus par les instances. L’important est ici de se rendre compte du poids que l’écoute de son propre corps joue dans un diagnostique.

« Il est temps de montrer que y’a pas uniquement besoin de personnes diplômées pour savoir qu’on est handicapé.e.s »

Hely Ventura, malade chronique, à l’origine du #TuSaisQueTuEsHandiQuand

AAH & MDPH : des procédures toujours plus invalidantes

Cela fait des mois que la communauté handi réclame la désolidarisation des revenus du.de la conjoint.e pour le traitement de l’Allocation aux Adultes Handicapées pour lutter contre la précarisation institutionnalisée des femmes & des minorités de genre handicapées.

Désolidarisation des revenus du conjoint pour le paiement de l’Allocation aux Adultes Handicapés (AAH)

Encore faut-il avoir le droit de percevoir l’AAH, encore faut-il être reconnu.e comme une personne handicapée. Pour cela, il faut passer par les fameux dossiers de la Maison Départementale des Personnes Handicapées. Des mois, des années peuvent passer avant d’obtenir une réponse à ces dossiers que seules les personnes handicapées (& leurs aidant.e.s) remplissent mais qui font preuve d’une inaccessibilité remarquable.

Etudes & handicap : un choix à faire dans notre société validiste

Notre société n’est pas pensée pour les personnes handicapées, elle l’est selon des normes validistes, c’est cela qui rend la vie des personnes handicapées compliquée, pas leurs handicaps.

« En terminale je n’ai pas pu suivre une partie des cours car le bâtiment n’était pas entièrement accessible. »

Sacha, militant.e handi

Les études n’échappent pas à cette construction validiste qui remplissent la vie des handicapées d’obstacles. Hely m’a parlé de sa tentative de suivre des études en psychologie, qui n’a pas abouti du fait du système universitaire qui n’est absolument pas conçu pour permettre un avenir aux personnes handicapées.

« J’ai demandé des aménagements d’études mais iels n’ont accepté que celles qui demandaient le moins de moyens, d’efforts & de temps de leur part. »

Hely Ventura, malade chronique, à l’origine du #TuSaisQueTuEsHandiQuand

Il en va de même pour Sacha, militant.e handi, notamment pour le Syndrome d’Ehlers Danlos, qui a suivi « à peu près 2 trimestres de cours » sur l’entièreté de ses années lycées, sans parler du harcèlement constant de ses camarades.

C’est à cette double peine de l’exclusion sociale & du quotidien inaccessible que s’attendent les élèves handicapé.e.s pour qui rien n’est pensé, encore moins dans l’Education Nationale qui pense, comme le reste de la société, que les problèmes de santé ce ne sont pas pour les enfants.

C’est donc à ça que les personnes handicapées doivent s’attendre lorsqu’elles veulent faire des études : à ce qu’on leur refuse des adaptations vitales, au dépend de leur avenir, car c’est trop de temps, d’efforts, de permettre l’accessibilité à tou.te.s à des sphères de notre société qui n’ont pas été pensées pour elleux.

Covid-19 & handicap : le réveil des valides

Avec la pandémie que nous vivons depuis un an, la santé mentale & physique a prit davantage de place dans les discussions publiques. Une constatation qui n’est pas à fêter sur tous les points.

« Les valides écoutent les handicapé.e.s qu’une fois que ça les concerne, que des valides deviennent handicapé.e.s, mais iels ne nous écoutent pas avant. »

Hely Ventura, malade chronique, à l’origine du #TuSaisQueTuEsHandiQuand

Le principe même de parler des handicaps uniquement selon le prisme des personnes touchées par le coronavirus « il ne touche que les aîné.e.s & les handicapé.e.s » est un problème. Cette phrase que nous entendons à tord & à travers pour rassurer sur l’ampleur de la pandémie traduit des biais profondément validistes selon lesquels, étant donné que les personnes valides ne sont pas touchées, alors ce n’est pas grave.

« La vérité c’est que si je choppe le Covid-19, en fait je crève. »

Hely Ventura, malade chronique, à l’origine du #TuSaisQueTuEsHandiQuand

Des milliers de gens meurent, parmi laquelle une majorité sont malades, ont des comorbidités, mais cela ne compte que très peu dans notre société, étant donné que ça ne touche pas les personnes valides. Pourtant, la vie des personnes handicapées compte, elle est importante, & elle ne doit pas se substituer à la vie des personnes valides.

Un # communautaire pour se soutenir

« Au-delà d’augmenter notre visibilité, le # permet de mieux se soutenir les un.e.s. »

Sacha, militant.e handi

Ce # est là pour les personnes handis, créé par les personnes handis, alimentés par les personnes handis, & relayé uniquement par des personnes handis, parce qu’en dehors de la communauté, il n’est pas politiquement correct de relayer des tweets-témoignages d’un vécu qui met toute la société en cause.

« Les personnes handicapées parlent & ce n’est pas facile parce qu’on a les trolls en permanence, mais on espère qu’en parlant on va débloquer le système, mais faut pas que ça nous détruise avant. »

Hely Ventura, malade chronique, à l’origine du #TuSaisQueTuEsHandiQuand

@ personnes handis, vous avez un message de Hely Ventura : « vous n’êtres pas seul.e.s, votre voix est importante, votre voix compte & votre voix peut changer le monde. »

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Féministes tant qu'il le faudra

2020 : bilan d’une année historique pour 5 militant.e.s féministes

Si l’on vous demande de nous parler de l’année 2020, beaucoup d’entre vous évoquerez la crise sanitaire, la Covid-19 qui est rentrée dans nos vies. À Behind The Society, on préfère parler de l’année 2020 sous un autre angle, sous une vision militante, avec un œil engagé. Retour sur une année 2020 historique pour les luttes féministes. Rencontre avec Noé, Shanley MC, Farah*, Chloé Madesta & Tay Calenda.

Impunité des violences sexistes & sexuelles : une spécialité à la française

L’année 2020 a commencé en grande pompe : alors que la cérémonie des Césars avait déjà fait du bruit en 2019 lors de l’annonce des nominé.e.s, elle en a fait davantage le 28 février, le soir de la cérémonie. Tay Calenda, photographe italienne vivant à Paris, n’a pas loupé une miette de cette soirée. Elle n’était pas dans la salle Pleyel, mais dehors, aux côtés des militantxes du collectif Collages Féminicides Paris présentxes pour dénoncer la glorification du réalisateur Roman Polanski pour son film J’accuse alors qu’il est accusé à douze reprises de viols ou agressions sexuelles.

On sentait la colère de la foule composée de femmes et de minorités de genre. Iels n’ont pas eu peur de s’attaquer aux barrières qui protégeaient le red carpet, à rester et à crier leur colère. J’ai senti une vraie unité.

Tay Calenda , photographe, à propos de l’action du 28/02 autour de la salle Pleyel.

Il faut croire que l’impunité dont profite Roman Polanski, le réalisateur à la douzaine de victimes, est une spécialité française. C’est ce que l’on pourrait penser face à la nomination de Gérard Darmanin au ministère de l’intérieur & d’Eric Dupont-Moretti au ministère de la justice.

Nommer un violeur comme premier flic de France, c’est dur de faire plus clair comme bras d’honneur à toutes les victimes. C’est du même acabit que si Macron avait craché personnellement au visage de toutes les victimes de violences, d’agressions sexuelles et de viols.

Farah*, colleuse à Lille, à propos du remaniement ministériel.

À lire : La claque, par Caroline de Haas sur Mediapart

Chloé Madesta, ancien.ne colleuxse à Paris déplore le remaniement ministériel & les hommes qui ont été promus :

Le fait que Dupont-Moretti soit à la justice est extrêmement problématique : on est sur un avocat qui est le défenseur historique des auteurs de féminicides, il s’est moqué du harcèlement de rue, il se moque des violences sexuelles en permanence, il fait preuve d’une misogynie intolérable à pleins d’égards.

Chloé Madesta, activiste intersectionnel.le à propos du remaniement ministériel

L’homme qui viol est le même qui réalise, qui dirige, qui chante, qui préside, qui enseigne, qui écrit. Comment est-ce encore possible que des accusations pour violences ne stoppent pas l’ambition d’un homme ? Au contraire, elle en est épargnée, mise à l’abri, séparée & chérie.

C’est un énorme backlash au sens de réponse à toutes les mobilisations & toute la ferveur féministe, c’est comme un retour de bâton & de ligne qui est assez cohérent avec la ligne de Macron qui est un projet de durcissement de la répression & de répression des libertés fondamentales.

Chloé Madesta, activiste féministe à propos du remaniement ministériel.

Pour Tay, il est évident « qu’on n’a pas mal d’autres agresseurs qui nous dirigent », cela fait une raison de plus pour « atteindre des postes de pouvoir pour faire changer profondément le système ». C’est la seule & ultime solution : monter dans la société, & changer tout ça, ne surtout pas reprendre la même pour ne pas recommencer, mais bien pour changer.

« Au demeurant, [Gérard Darmanin] est un excellent ministre du budget. » Ces paroles sont irréalistes, les entendre au micro de FranceInfo le 12 juin dernier de la bouche de Nicoles Belloubet, alors ministre de la justice, est encore plus douloureux pour les victimes de violences sexuelles. Dédouaner un homme accusé de viol par son travail de qualité, c’est ce Nicoles Belloubet a fait. Aux paroles sexistes, une riposte féministe : c’est l’action que plusieurs collectifs français ont menée en scandant « au demeurant, mon violeur est un très bon [insérez un mot le qualifiant]. »

À lire : Le plus dur, c’est l’impunité, par Caroline de Haas sur Mediapart

C’est assez parlant que les seuls cas de pédocriminalité dont on parle ce soient des personnes très médiatisées comme Polanski, Matzneff etc alors que lorsque l’on parle de pédocriminalité – & d’inceste – ce sont vraiment des histoires qui sont vécues par des millions de personnes en France dans l’ombre. On est sur 2 à 3 enfants par classe de 30 victimes de pédocriminalité en France aujourd’hui.

Chloé Madesta, activiste, à propos de l’ampleur de la pédocriminalité en France.

À lire : Inceste : « Dire « non » au père est encore très difficile », par Cécile Daumas

L’année 2020 a marqué les esprits de par les nombreuses révélations qu’elle a accueilli, notamment dans le milieu du sport avec le témoignage de Sarah Abitbol dans Un si long silence duquel en a découlé des centaines, des milliers.

Dans la lignée du témoignage de Sarah Abitbol qui accuse son ancien entraîneur de viol lorsqu’elle avait 15 ans, mais aussi des accusations menées contre Roman Polanski, la France s’est emparée du sujet de la pédocriminalité & de ses victimes.

La pédocriminalité est terriblement banalisée puisqu’à chaque fois on essaye de dédouaner ces grands personnages médiatiques au prétexte de leur génie artistique, de leur position médiatique etc. C’est un exemple flamboyant d’à quel point la pédocriminalité est un sujet qui n’est pas investi ni politisé dans nos sociétés.

Chloé Madesta, activiste, à propos de l’impunité des pédocriminels.

À suivre : @deconstruction.pedocriminalité sur Instagram

Confinements & crise sanitaire : un contexte favorable aux violences

C’était inattendu, mais ça a déterminé toute notre année 2020. L’épidémie de coronavirus a impacté notre quotidien, elle l’a bouleversé, elle n’a pas eu un impact que sur l’économie du pays ou la pollution de l’air, elle a aussi marqué les schémas de violences systémiques.

Ce sont les femmes, les minorités de genre & les enfants qui ont pâti de la situation, enferméxes avec leur agresseur.

Farah*, colleuse lilloise, à propos des violences intrafamiliales pendant le confinement.

Alors que la pollution française s’est retrouvée confinée pendant plusieurs semaines, que les écoles ont fermées leurs portes & que le télétravail s’est démocratisé, les familles se sont retrouvées entre elles, pour le meilleur & pour le pire, sans qu’une quelconque solution soit ne serait-ce que discutée & encore moins mise en place pour faire face aux violences conjugales & intrafamiliales.

Le numéro vert pour les agresseurs qui était ouvert à davantage d’heure que le numéro pour les victimes de violences c’était le point final d’un gouvernement qui n’en a rien à foutre des violences sexistes intrafamiliales.

Noé, colleureuse, quant aux moyens dédiés aux victimes de violences pendant le confinement.

À lire : Un rapport montre la nette augmentation des violences intrafamiliales pendant le confinement par Mathieu Dejean, sur les Inrockuptibles

Le peu de fois où nous pouvions sortir de chez nous, les violences sexistes & sexuelles continuaient à nous suivre : le harcèlement de rue a flambé pendant le premier confinement grâce aux rues désertes dont profitaient les agresseurs pour agir en toute impunité face à une victime d’autant plus vulnérable & sans grandes chances d’obtenir de l’aide extérieure.

Il y avait des témoignages qui s’accumulaient sur les réseaux sociaux de personnes qui disaient « mais, vous avez remarqué que quand on sort les hommes sont en chasse ? », dès qu’ils voient une femme dans la rue on se fait harceler, tu avais toujours des hommes qui chassaient.

Shanley MC, militante féministe à propos du harcèlement de rue pendant le confinement.

Avec la pandémie & pendant le confinement, ce sont des odes à la minceur qui ont fleuris partout dans notre société. La peur du relâchement liée à l’isolement, d’enfouir ses émotions dans la nourriture, de passer des heures dans le canapé sans rien à faire & les stéréotypes du laisser-aller sans coiffeurs.euses ni salle de sport ont alimentés une grossophobie déjà bien installée dans la société française.

Pendant des semaines, on a vu des lives instagram de séances de sport, des publicités pour des régimes & des personnalités qui appelaient à prendre soin de nous, de préparer notre corps pour l’été, tant de comportements qui n’ont fait que renforcer la grossophobie ambiante de cette situation anxiogène.

On voit toujours les mêmes corps à la télé, sur les mannequins, c’est toujours des mannequins qui font du 34. Si ton corps ne ressemble pas à ceux-là, tu te sens mal, alors que voir des corps d’autres personnes qui ont des bourrelets, des vergetures, qui font du 42, ça fait du bien parce qu’on se dit « ok la norme ce n’est pas le 34 », c’est juste que tous les corps sont beaux.

Noé, colleureuse, à propos de la visibilité des corps diversifiés.

Le confinement, il a aussi mit pause sur des mouvements de luttes entiers, reposés sur la réappropriation de la rue : les collages. Loin d’être en panne d’idées, les féministes ont fait preuve d’ingéniosité & ont fait naître un mouvement virtuel. À défaut de coller dans la rue, sur le chemin du supermarché ou de l’école, les collages se sont invités sur les monuments & les ponts grâce à des images personnalisés.

Le monde numérique : chat noir des combats féministes

Les hommes n’ayant plus la rue pour nous faire du mal, ils utilisent les réseaux sociaux comme arme de domination.

Shanley MC, militante féministe à propos du sexisme pendant le confinement.

Avec le confinement, l’isolement dans le domicile familial, l’arrêt des cours & le manque de distractions, d’occupations & de relations sociales, nous avons toustes augmenté considérablement notre temps passé sur les écrans à la recherche d’un passe-temps, d’un échappatoire : les réseaux sociaux ont largement répondus à cette attente. Que ce soit pour occuper une journée sans qu’aucun cours ne soit prévu sur Zoom ou alors pour échanger avec des proches sans lesquel.le.s nous vivons, les réseaux sociaux ont été pris d’assaut pendant le confinement.

Si les réseaux sociaux & l’espace du cyber a pu être approprié pour le travail, créer de nouveaux liens sociaux etc, ça a aussi été un espace où logiquement les cyberviolences ont explosées.

Shanley MC, militante féministe, co-créatrice de l’association StopFisha.

La flambée d’utilisation des réseaux sociaux n’a pas épargné les victimes des schémas d’oppressions, elle n’a fait que les torturer un peu plus, notamment avec les comptes fisha. Shanley, co-fondatrice de l’association Stop Fisha qui vise à lutter contre ces comptes & à accompagner le victimes – autant émotionnellement que juridiquement – nous explique ce que sont ces comptes, ce qu’ils font.

« Un compte fisha, c’est l’incarnation du sexisme » : alors que beaucoup parlent de revenge porn, Shanley n’est pas en accord avec ce terme problématique, elle « préfère parler de diffusion d’images intimes sans le consentement, et encore, [elle] trouve que ça ne souligne pas la violence de l’agression.« 

C’est une agression méconnue, banalisée, voire même justifiée, & le terme de revenge porn veut tout dire, il signifie « se venger de quelque chose, de quelqu’un.e », comme si c’était la personne qui l’avait provoqué et qui en est coupable à l’origine alors que non !

Shanley MC, co-fondatrice de l’association StopFisha à propos du terme revenge porn.

Le problème va plus loin que cela, ce ne sont pas que des images intimes, des « nudes » qui ont été envoyées puis diffusées, c’est « aussi de la pédopornographie, il y avait des femmes à qui on retirait leur voile et on les affichait sur ces comptes-là, il y avait aussi beaucoup de mysoginoire, c’était un bordel sans nom !« 

Les comptes fishas ont explosé au point où il y en avait un par région, par ville, il y avait fisha du Havre, fisha du 95, fisha Lille & c’est même allé jusqu’en Belgique, c’était l’enfer.

Shanley MC, militante féministe, co-créatrice de l’association StopFisha.

L’ampleur des comptes fishas était hallucinante, des raids de signalements étaient organisés par les militantxes pour faire supprimer ces groupes, ces comptes aux milliers d’abonné.e.s qui diffusaient les noms, les adresses, les numéros de téléphone de leurs victimes pour en faire des paria, pour mener des campagnes de harcèlement à leur encontre, dans le but de détruire sa réputation au lycée ou d’envoyer ses photos intimes aux proches de la victime.

La vie cyber est très marginalisée, ce qui se passe dessus est tellement déligitimé, je pense que c’est pour ça qu’il y a eu une non-réaction totale. C’est aussi parce que ça concerne les femmes & que les réseaux sociaux sont complètement complices des violences exercées à l’encontre des femmes sur leurs plateformes.

Shanley MC, militante féministe, co-créatrice de l’association StopFisha.

Dans le cadre des actions menées par StopFisha, Shanley & ses adelphes ont eu un rendez-vous avec Cédric O, chargé du numérique, mais force est de constater que « la réponse fut assez faible. » Les moyens n’ont pas été débloqués, & leurs revendications n’ont pas obtenus de consolation alors qu’elles sont urgentes, vitales pour les victimes. « On avait plusieurs revendications dont le fait d’augmenter les effectifs de Pharos – la police du numérique – mais ils ne nous ont jamais écoutés là-dessus.« 

Se retrouver & se réapproprier la rue : l’art des collages

Les collages, ces messages qui ont émergés en août 2019, un soir dans Paris, & qui ont fait le tour du monde depuis, avec des centaines de villes françaises qui collent & une vingtaine de pays du monde qui ont rejoint le mouvement.

Le fait d’être un groupe qui déambule dans les rues avec la même haine pour le patriarcat, le capitalisme et tout ce qui en découle, ça donne un sentiment d’invincibilité.

Farah*, colleuse lilloise.

Les collages, ces messages qui sont nés avec la volonté de dénoncer les féminicides & qui sont aujourd’hui les porteurs des luttes intersectionnelles de différents mouvements : ça va du personnel hospitalier aux personnes de la communauté lgbt+.

Le fait de coller est hyper cathartique, souvent la frustration et la colère prennent trop de place, alors je transmets ces émotions dans les slogans, le pinceau, la peinture et les grands coups de brosse sur les murs.

Farah*, colleuse lilloise.

Les collages, c’est l’arme de réappropriation que des centaines de personnes utilisent, il est question de se réapproprier la rue, celle qui est si souvent minée pour les personnes sexisées, celle où l’on ne se sent pas en sécurité, celle où l’on est agressé.e.s.

Avant de passer de « l’autre côté » j’étais en mode fangirl de ces personnes qui bravent la loi avec leur seau et leurs brosses en main pour que des personnes se sentent plus fortes et moins seules quand elles marchent dans la rue.

Farah*, colleuse lilloise.

Féminicides : toujours plus d’appels à l’aide mais toujours aussi peu de moyens

Si on n’avait toujours pas compris que le gouvernement faisait passer ses intérêts capitalistes avant nos vies & notre sécurité, au moins maintenant c’est clair.

Farah*, colleuse lilloise à propos du manque de moyen alloué aux victimes de violences.

« 98 féminicides conjugaux », c’est le tragique décompte de l’année 2020. À cela s’y ajoute les 11 travailleurs.euses du sexes & les 2 personnes transgenres tuées.

112 vies ont été arrachées, 112 familles ont été traumatisés par ces meurtres.

112, c’est le chiffre que l’on retiendra de l’année 2020, c’est un chiffre qui aurait pu être moindre, si les moyens avaient été données, si les cris avaient été entendus, si les plaintes avaient été prises.

On ne peut tout simplement pas mettre fin à ces violences sans argent, nous c’est tout ce qu’on attend : c’est de l’argent, c’est des moyens financiers et pas des réunions politiques de communication comme des grenelles et des tables rondes parce qu’on en a assez fait, maintenant ce qu’on veut c’est de l’argent.

Chloé Madesta, activiste, quant au manque de moyens pour lutter contre les féminicides.

À lire : «Féminicides, mécanique d’un crime annoncé», par Caroline de Haas sur Mediapart

Utilisons les collages pour faire honneur, pour rendre hommage, pour se remémorer les victimes & réclamer les moyens nécessaires pour faire en sorte qu’il n’y en ait pas d’autres.

À la mémoire des 112 victimes de l’année 2020, le collectif Collages Féminicides Paris s’est réuni au 44 rue Bouvier dans le 11ème arrondissement de Paris pour coller en leurs noms. Au même titre que la session qui avait été organisé au même endroit, à la fin du mois d’août 2020, en mémoire des victimes de féminicides depuis un an, soit depuis le début du mouvement parisien.

On est en train de courir un marathon, il faut savoir quand foncer et quand ralentir, et réaliser que le but ne va pas être atteint tout de suite ou facilement.

Tay Calenda, photographe militante, à propos de la lutte contre les féminicides.

À regarder : Mémorial des victimes du patriarcat, par Judic Perrot & le collectif Collages Féminicides Paris

Le grenelle n’a rien donné, les promesses n’ont pas été tenues, la « grande cause du quinquennat » a été enterrée, les positions du gouvernements ont été claires : l’année 2020 aura au moins eu ce mérite de clarifier (si cela était encore nécessaire) le positionnement du gouvernement français face aux violences sexistes & sexuelles.

Ce gouvernement ne nous aidera pas, j’en suis intimement convaincue, nous ne sommes pas la priorité du quinquennat. Je pense que le positionnement de nos ministres aujourd’hui incarne parfaitement bien la violence que nous subissons.

Shanley MC, militante féministe, co-créatrice de l’association StopFisha.

À lire : Dans les affaires de féminicides, les alertes négligées par les forces de l’ordre, par Nicolas Chapuis, Lorraine de Foucher, Jérémie Lamothe et Frédéric Potet pour Le Monde.

La révolte des jeunes générations : une relève qui veut du mal aux systèmes d’oppressions

#Lundi14Septembre #LiberationDu14 #BalanceTonBahut #GardeTonVoile ces mouvements ont marqués la rentrée scolaire de septembre 2020. Une quinzaine de jour après le retour en classe, les revendications sont données : il n’est jamais trop tôt pour dire stop au sexisme, & ces lycéen.ne.s, ces étudiant.e.s, l’ont très bien compris.

Dénoncer les règlements sexistes des établissements scolaires, dénoncer la sexualisation des élèves sexisées, dénoncer la culture du viol présente dans la société, dénoncer le patriarcat & toute sa construction. Là est l’objectif de ces mouvements qui ont raisonnés dans tout le pays & au-delà des frontières, notamment au Québec.

C’est hyper important d’écouter plus jeunes que soi, de leur donner beaucoup de force, de les soutenir, c’est tout l’enjeu du sexisme qui y tient, ses racines sont à l’école, elles tiennent dans la socialisation, dans les constructions sociales, tout se passe par l’école, c’est hyper important qu’on agisse sur ce terrain-là.

Shanley MC, militante féministe, co-créatrice de l’association StopFisha.

Certain.e.s crient au ridicule, d’autres à la manipulation, mais ces mouvements précurseurs qui émergent de plus en plus tôt relèvent uniquement de la responsabilité de notre société patriarcale qui ne peut qu’être dénoncée au vu des dominations qui rongent les principes fondamentaux de l’égalité.

Il y a une politisation très jeune des personnes touchées par le sexisme, je trouve ça formidable, c’est peut-être le résultat de toutes les mobilisations antérieures qu’il y a eu sur ces sujets-là qui ont permit de politiser des personnes plus jeunes.

Chloé Madesta, activiste féministe à propos de la politisation des plus jeunes.

Selon Chloé Madesta, les réseaux sociaux ont aussi leur rôle à jouer dans cette politisation des jeunes, le fait d’avoir ainsi accès à du contenu pédagogique & militant (comme iel en produit sur son compte) « ça aide à une politisation plus rapide. »

Dans le milieu féministe, le milieu militant, on a du mal à tendre la main aux plus jeunes, il y a beaucoup d’infantilisation, il y a beaucoup de “ouais mais tu ne connais pas le milieu militant donc tu ne peux pas forcément rentrer” ou alors faut en apprendre les codes ou alors “t’es pas encore prêt.e”

Shanley MC, militante féministe à propos de l’infantilisation dans les milieux féministes.

Intersectionnalité & inclusion : le mouvement féministe en proie à l’évolution

Durant l’année 2020, c’est aussi le mouvement féministe en lui-même qui a changé, qui a évolué, qui a grandi.

L’intersectionnalité, la diversité, l’inclusion, la visibilité, la déconstruction, ces termes sont aujourd’hui monnaie courante dans les milieux militants, ils appellent à une ouverture & à une définition plus grande de nos luttes.

Parmi ces évolutions questionnées, adoptées & vécues par le féminisme, la question du genre est prédominante. L’inclusion des minorités de genre, des personnes transgenres & des personnes non-binaires est primordiale à la vie d’un féminisme intersectionnel, Noé nous en parle : « il y a plus de visibilité non-binaire, ce n’est clairement pas assez mais ça fait du bien de voir qu’on nous prend enfin en compte dans les milieux féministes.« 

On devrait rendre le milieu militant féministe plus sain, plus bienveillant, parce qu’en attendant ça s’entre ronge mais on a besoin de cet espace là pour s’émanciper & se libérer.

Shanley MC, militante féministe à propos du milieu féministe.

L’enjeu qui prend du temps à être saisi, qui l’est un peu trop doucement & sûrement, c’est la convergence des luttes. Psychophobie, validisme, handiphobie, racisme, transphobie, homophobie, putophobie & bien d’autres encore, peinent à être inclus & défendus par les militantxes de nos jours.

Chloé Madesta parle d’abord de la pédocriminalité, qui reste un des sujets « pas assez investi par les groupes féministes, pas assez interrogé dans les réflexions que l’on mène sur les violences sexuelles parce qu’elles touchent bien sûr les personnes sexisées mais aussi et avant tout les enfants. » L’omission, le rangement sous le tapis de ces vécus, c’est ce qui est dénoncé par Chloé mais aussi par d’autres victimes de pédocriminalité qui ressentent un militantisme à demi-mesure lorsque cela concerne les enfants.

Au début de l’été, un tournant politique a été prit par plusieurs collectifs militants pour les droits des personnes queers, travailleurs.euses du sexe, personnes racisées – entre autres – en organisant une pride alors que l’annuelle pride parisienne avait été reportée à novembre (puis annulée) en raison de l’épidémie.

L’idée était d’organiser une contre pride qui permettait de visibiliser des groupes sociaux qui normalement ne le sont pas – ou en tous cas noyés par l’aspect festif et très blanc/bourgeois des prides habituelles – c’est-à-dire de visibiliser les personnes racisées, les personnes travailleuses du sexe etc.

Chloé Madesta, activiste féministe, à propos de la pride « nos fiertés sont politiques »

Entre performativité & pureté militante, le milieu féministe mérite d’avoir ses bonnes résolutions. Chloé Madesta les ferait tenir à une intersectionnalité naturelle & réelle envers les minorités (travailleurs.euses du sexe, personnes racisées, grosses, handis, neuroatypiques etc).

Il faudrait qu’on arrive vraiment à avoir une approche qui ne soit pas performative de nos soutiens à ces groupes-là mais qu’on les intègre vraiment dans nos luttes, qu’il y ait une réflexion profonde et une déconstruction réelle sur leurs revendications spécifiques

Chloé Madesta, activiste, à propos de la performativité des luttes.

Du point de vue de Tay Calenda, photographe du mouvement féministe & d’autres mouvements sociaux, la tendance est à la « pureté militante« , ce qui rend « le mouvement dogmatique et empêche les vrais échanges & les vraies réflexions. » Cette injonction à la pureté militante qui tire vers une « logique sectaire« , Tay veut s’en débarrasser.

Face à nous on a un système qui compte sur nos divisions pour nous garder impuissant.e.s, il faut qu’on s’en rende compte pour s’en libérer. Il faudrait apprendre à remettre en questions certaines méthodes de militer néfastes au profit d’une plus grande cohésion.

Tay Calenda, photographe, à propos de la pureté militante.

*le prénom a été modifié pour garantir l’anonymat de la colleuse

Crédits photos : Tay Calenda – @tay_calenda sur Instagram