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[Critique] Le bal des folles ou comment bâillonner l’expression féminine

Retranscription écrite du podcast

Jingle d’introduction « Behind the society : le podcast »

Pour ce nouveau podcast Critiques de Behind The Society, j’ai décidé de vous parler aujourd’hui du dernier film de Mélanie Laurent, sorti le 17 septembre 2021 sur la plateforme de streaming Prime Vidéo. Adaptation du roman de Victoria Mas paru en 2019, Le bal des folles tient pour théâtre la société française du 19ème siècle dans laquelle les femmes, ou plutôt, les “hystériques” comme elles étaient alors appelées, étaient envoyées à la Pitié Salpêtrière de Paris afin d’y être internées et soignées. Zoom sur ce film ambitieux au désir de justice pour ces femmes délaissées et dont la science s’est jouée.

Le bal des folles ou comment bâillonner l’expression féminine, un podcast réalisé par Marine Evain pour Behind The Society.

Jingle de transition

Si j’ai choisi aujourd’hui de vous parler de ce film, c’est avant tout pour son sujet et l’influence de celui-ci sur notre société actuelle. Car Le bal des folles c’est avant le parcours de ces femmes enfermées, martyrisées et maltraitées par des années de médecine et de science dont le Dr Jean-Martin Charcot, en fut l’une des figures emblématique à l’époque. 

Mais revenons rapidement sur le film en lui-même et sur l’histoire qu’il nous conte. Années 1880, Paris. Eugénie jouée par l’actrice Lou de Lâage est une enfant de la bourgeoisie française et également une grande passionnée de littérature, désireuse d’intégrer les grands cercles de discussion et de débats qui lui font tant rêver. Eugénie, néanmoins, a un don qu’elle peine de plus en plus à gérer : celui de voir et entendre les morts. Au cours d’une énième apparition, Eugénie avoue tout à sa grand-mère qui fait parvenir la nouvelle au père de la jeune fille. 

Convaincu que sa fille est folle et malade, son père l’envoie donc à l’institut de la Salpêtrière où Eugénie va être confronté à la réalité et au sort de ces femmes qualifiées d’hystériques, qu’on enferme et qu’on punit. Le directeur du service neurologique, autrement appelé “service des aliénés”, le Dr Charcot, organise toutes les semaines des séances d’hypnose publiques sur ses patientes qu’il utilise alors comme cobayes pour mener ses expériences. Durant son séjour à la Salpêtrière, Eugénie fait la connaissance de Geneviève, infirmière en chef du service. Si les deux femmes vont commencer par se haïr l’une l’autre, elles vont finalement comprendre les rouages de cet institut patriarcal et tenter de s’en défaire.

Mais voici tout de suite un petit aperçu du film avec sa bande annonce que je vous propose d’écouter. 

Bande annonce

Avant toute chose, il est important de comprendre que le bal des folles existait vraiment au 19ème siècle. Les bourgeois venaient alors de tout Paris pour assister à ce bal organisé tous les ans depuis 1835 à la mi-carême. Le temps d’une soirée, les femmes internées à la Salpêtrière étaient autorisées à se déguiser et à se mélanger avec la haute société parisienne. Ce phénomène attirait évidemment la curiosité des invités qui découvraient alors ce qui se cachait derrière les murs du plus grand établissement de l’hôpital général de Paris. L’expression du bal des folles en elle-même ne vient pas des gestionnaires de l’institut, elle est plutôt journalistique. Car ces femmes contorsionnées et “sans limites” comme le rappelaient souvent la presse de l’époque étaient l’occasion pour ces spectateurs méticuleusement choisis d’observer la maladie, l’expression de la dégénérescence dont le peuple parisien, en particulier les femmes, redoutaient tant. Les corps exhibés sont épiés, scrutés, à la recherche du moindre geste obscène, du moindre comportement déviant, de la moindre crise d’hystérie tant attendue. 

Cette curiosité malsaine est particulièrement bien dépeinte dans le film de Mélanie Laurent : aussi bien lors des séances d’hypnose publiques que lors du bal en lui-même. Dès lors, le regard des autres se pose directement sur ses corps en souffrance, des regards mélangés entre le dégoût et la fascination. Les hommes, les docteurs bien souvent, hypnotisent et sont hypnotisés par ces sujets d’expérience scientifique en tout genre. Il y a un certain plaisir vicieux qu’on remarque aisément dans le film : celui d’avoir tout pouvoir sur ces jeunes filles voire même de faire du Dr Charcot le “nouveau” père d’Eugénie par exemple. Il est le seul à pouvoir décider du sort de ses patientes sans quoi elles croupissent des années entre les quatre murs de la Salpêtrière. Réellement, le film Le bal des folles nous invite à nous questionner sur les intentions de la médecine vis-à-vis de ces femmes : les aider ou simplement en faire des bêtes de foire, exposées une fois par semaine aux yeux du monde quand, le reste du temps, les filles ne sont que soumises aux expériences malsaines des docteurs. De plus, les patientes enfermées à la Salpêtrière sont également vues comme des proies faciles, en témoigne la relation entre Ernest et Louise. Fragilisée par l’enfermement, Louise considère Ernest comme son sauveur, du moins elle voit en lui le regard de quelqu’un qui lui porterait un intérêt non pas pour sa maladie mais pour ce qu’elle est réellement. Même si ce n’est évidemment pas le cas…

Derrière l’expression de bal des folles, on notera bien sûr un certain vocabulaire visant aujourd’hui à décrédibiliser l’expression féminine. En outre, l’hystérie a été inventée aux alentours des années 1830 afin de désigner un mal qui ne toucherait que les femmes et venant de l’utérus. Le travail de Jean-martin Charcot a été plus tard de prouver que cette maladie était avant tout neurologique. Mais cette terminologie a un coût aujourd’hui. En effet, si le mot n’a plus aucune valeur scientifique et médicale selon les chercheurs, il n’en reste que les émotions féminines sont sans cesse ramenées à cette notion d’hystérie. Les femmes seraient ainsi incapables de maintenir leurs calmes, emprises à des crises de nerfs irrationnelles qu’on ne saurait gérer. On assiste donc à la décrédibilisation constante de la parole des femmes, la politique étant le meilleur exemple où la colère exprimée par une femme y est très mal vue. On l’observe très bien dans le film lorsque Eugénie s’emporte face au médecin qui la juge. Sa parole est dessencialisée car hystérique et donc sans valeur réelle. En retour, Eugénie est punie, du moins doit suivre un traitement à base de bain glacée ou de douches à jet puissant. Lorsque Eugénie se rebelle davantage, c’est l’enfermement total qu’on lui impose : sans lumière, ni chaleur. La Salpêtrière s’avère être un lieu de maltraitance où le but n’est définitivement pas de soigner mais de traumatiser, d’extraire de ces femmes la vie qui les anime, d’en faire des coquilles vides plus faciles à dresser… 

Jingle de transition

Néanmoins, Le bal des folles est également l’expression d’une sororité inébranlable. Elle est même la seule véritable lumière du long-métrage car elle rappelle l’entraide naturelle que ces femmes organisaient d’elles-mêmes. Au début du film, Eugénie y est plutôt réticente, terrorisée face aux autres habitantes de la Salpêtrière qu’on lui a toujours appris à craindre ou du moins à éviter. L’expérience d’internement partagée par toutes les filles va cependant aider Eugénie à se rendre compte de quelque chose qu’elle n’avait jamais réalisé auparavant : non ces femmes ne sont pas folles ni dangereuses mais seulement victimes d’un système patriarcale qui ne supporte pas qu’une femme hausse le ton, soit différente ou seulement malade. Ces femmes font peur car elles ne peuvent garder sous cloche les émotions qui les animent. De la même façon, Geneviève, sous les ordres du Dr Charcot mais dont le métier la confronte tous les jours aux patientes, commence à émettre des doutes lorsqu’elle réalise qu’Eugénie peut l’aider à faire le deuil de sa sœur. L’amitié qui se tisse entre les internés et le personnel féminin de la Salpêtrière semble donc être le seul remède à la mélancolie. 

Si Le bal des folles est un film poignant difficile à regarder, il n’est que trop important pour se rendre compte des origines du patriarcat et de la domination des hommes sur les femmes encore aujourd’hui. Outil suprême de dépossession de la crédibilité féminine, la médecine a tenté à de nombreuses reprises de soumettre les femmes à l’enfermement afin de les faire taire. Mais c’était sans compter la sororité et la solidarité des femmes entre elles que Mélanie Laurent a su si bien reproduire dans son film à découvrir urgemment.

Jingle de fin « c’était Behind the society : le podcast, une série d’épisodes à retrouver sur Deezer, Spotify, Apple Podcasts et Google Podcasts. »

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[Critique] Ouistreham : entre précarité et réflexion sur le journalisme

Ouistreham est sorti en salle le 12 janvier 2022. Le film, réalisé par Emmanuelle Carrère, est une restranscription fidèle du livre de Florence Aubenas, Le Quai de Ouistreham, publié le 25 février 2010. Entre peinture poignante de la précarité chez les agent.e.s de nettoyage, et réflexions sous-jacentes sur le journalisme d’investigation et notre société inégalitaire, Emmanuelle Carrère ne pourra pas vous laisser indifférent à la sortie des salles obscures. Cette critique de Ouistreham est bien sûr à retrouver sur toutes nos plateformes d’écoute en continu, telles que Deezer ou Spotify.

Retranscription écrite du podcast

Jingle d’introduction : « Behind The Society : le podcast »

Chers auditeurs et chères auditrices, 

Oui, vous qui ne ratez aucun podcasts de Behind The Society, apprêtez-vous à sortir vos kleenex, car aujourd’hui, nous aborderons une problématique sociale et économique qui n’a rien de bien joyeuse, mais que Emmanuel Carrère, le réalisateur du film Ouistreham, a su retranscrire avec brio et réalisme sur le grand écran : la PRÉCARITÉ ! 

En effet, si vous avez déjà eu l’occasion de lire Le Quai de Ouistreham, un livre de Florence Aubenas, le film vous sera sûrement plus familier car il est une adaptation assez fidèle du livre de cette journaliste et écrivaine française, connue surtout pour avoir été pris en otage en Irak pendant 5 mois dans le cadre d’une mission de grand reporter de guerre. 

Pour tous et toutes les autres, ou même celles et ceux qui n’auraient jamais entendu parler de ce film, pas d’inquiétude, je vous propose de suite un petit synopsis. Ouistreham retrace l’histoire d’une écrivaine, Marianne Winckler, qui cherche à s’immiscer anonymement dans le quotidien d’agents et d’agentes de nettoyage afin d’écrire un livre sur le travail précaire. Après avoir déménagé près de Caen, elle se met alors à travailler, sans cesse ! Du nettoyage des sanitaires de camping aux chambres du ferry, elle prend alors conscience de la difficulté physique du métier mais aussi de la fragilité économique de ces travailleurs et travailleuses qui se tuent dans l’ombre pour satisfaire notre confort quotidien. Entre un travail méthodologique très subtil, croisant investigation journalistique et observation participante, Emmanuel Carrère parvient à décrire avec un réalisme poignant la précarité de ces personnes sans oublier leur réelle cohésion et dévotion pour un métier encore peu valorisé.

Première partie : précarité et solidarité font la paire chez la ménagère (transition)

Le premier élément qui choque n’importe quel spectateur ou spectatrice qui aurait vu le film, c’est le traitement de ces employés du précaire. Considéré.e.s comme de véritables marchandises, ces travailleurs et travailleuses subissent de plein fouet les problèmes structurels qui rythment notre marché du travail depuis des années : taux de chômage record qui stagne autour des 8 %, manque cruel d’offres d’emplois face à une demande accrue. Bref, cela contraint les recruteurs et recruteuses à instaurer une mise en concurrence perverse entre les candidats et candidates, où décrocher un poste chez Pôle Emploi devient aussi sélectif que d’entrer à HEC. Dans son livre, Florence Aubenas parle d’une technique de “profilage” consistant à éloigner les individus inactifs ou, dit plus brutalement, “le fond de la casserole”. Et, quel joyeux festin ! L’Etat met à profit toute cette “armée de réserve” qu’il a à sa disposition afin que les recettes lui rapportent toujours plus que cela ne lui coûte. Mais les joyeusetés de la déshumanisation s’accélèrent une fois en poste : les employé.e.s doivent consentir à “se rendre invisible” selon F. Aubenas. Marianne Winckler le comprend très vite lorsqu’elle ose se confronter verbalement aux inspectrices qui critiquent son nettoyage approximatif du bungalow. La position du patron est pire encore : commercial aguerri, il est très heureux de faire la promo de sa boîte à Marianne durant un salon de recrutement, mais on ne le verra plus jamais durant le reste du film si ce n’est pour aller réprimander ses salarié.e.s. . 

Dès le recrutement, la fragilité économique se transforme donc en fragilité psychologique des travailleurs et travailleuses, qui subissent des pressions constantes. Et pour cause : rater la formation initiale, c’est ne pas décrocher le certificat de formation, unique sésame ouvrant la porte des sanitaires du bungalow que Marianne Winckler aura par la suite le plaisir d’aller récurer de fond en comble. Ajoutez à cela la difficulté du travail aux heures atypiques, et la messe est dite ! Marianne sent progressivement les courbatures apparaître, mais aussi son rythme biologique se déphaser à mesure qu’elle se lève à cinq heures pour aller travailler. Chaque déplacement supplémentaire  en voiture est un effort insurmontable. 

Le temps, justement, est le grand ennemi des employés. Dans le film, la collègue de Marianne se plaint ainsi de cet écoulement infini du temps.  “Je n’ai pas l’habitude de faire ça […] je n’ai pas le temps de dormir » dit-elle avec lassitude alors que les deux femmes font une pause sur une plage normande. Mais, il est aussi habilement manipulé par les supérieurs hiérarchiques. “Comme seul le temps passé à bord [du ferry] est payé, on perd deux heures pour en gagner une”, déclare ainsi Florence Aubenas dans son livre. 

Alors, dans ces conditions, comment tenir, comment ne pas se pendre à la porte des sanitaires, mieux encore, comment ne pas se jeter du ferry ? Eh bien, la réponse se trouve dans la force du collectif : c’est en se serrant les coudes, en alimentant le seul lien social qu’on a le temps de tisser dans cette vie de folie que l’on peut se sauver de l’abandon ! 

Et comme dans tout groupe, il y a un chef ou une cheffe qui rend cette solidarité active. C’est la responsable de l’équipe sur le ferry qui va, par exemple, orchestrer le pot de départ d’une collègue, qui “pour un poste de vendeuse à la Brioche Dorée, ne pouvait pas refuser”. Derrière la difficulté de leur métier, on voit alors des femmes et des hommes rire ensemble mais aussi pleurer. Mais, cette solidarité peut aussi prendre la forme d’un lien inter-individuel. Marianne Winckler et sa collègue entretiennent ainsi une forte “solidarité féminine” et feront, telles des amies d’enfance, les “mille coups” ensemble.

Deuxième partie : Et si l’on parlait des coulisses ? (transition)

Mais, à présent, c’est l’heure de saluer le travail d’Emmanuel Carrère, qui n’a pas voulu créer un film qui allait faire du buzz, mais un film empruntant à la sociologie et au journalisme pour faire voir une réalité brutale, mais juste. 

D’abord, les plans, les décors mais aussi le jeu des personnages nous rapprochent presque d’un documentaire d’investigation. La ville de Caen y est très bien dépeinte, et les natifs et natives de la capitale normande pourront y reconnaître des lieux emblématiques, tels que que le port de Caen-Ouistreham où se trouve le ferry qui part pour l’Angleterre, la librairie où Marianne vend son livre, ou encore l’appartement situé dans une tour HLM de la banlieue caennaise où vit sa collègue de travail avec ses deux enfants. Premier constat face à tous ces lieux : ils sont la symbolique d’un “choc des milieux”. Marianne Winkler, alias Florence, passe de son petit confort parisien à la précarité reflétée par les lieux de vie des employé.e.s mais aussi les lieux qu’elle fréquente dans le cadre de ses missions professionnelles.

Mais, le film décrit aussi avec précision le travail et les qualités d’un journaliste “undercover”, dont l’identité ne sera jamais réellement révélée. On découvre alors un tout nouveau personnage dès l’entretien chez Pôle Emploi, l’idéal-type de tout recruteur, ou toute recruteuse en intérim : flexible, adaptable, sans attaches familiales, prêt ou prête à être exploité.e voire sous-payé.e. 

Mais la sociologie est aussi reine dans ce film : avant d’écrire son livre, Marianne Winckler utilise des méthodes proches de celles de l’observation participante pour accumuler du contenu efficacement. En immersion le matin, Marianne reporte ensuite des notes sur un petit calepin dès son retour, l’après-midi, dans son studio étudiant meublé.  Marianne ne cherche pas seulement à recueillir des informations auprès des travailleurs et travailleuses, elle cherche aussi elle-même à décrire le plus objectivement possible ce qu’elle ressent, à mettre des mots sur cette insécurité économique, cet épuisement physique et mental constant. 

Le génie d’Emmanuelle Carrère n’est pas tant dans sa capacité de nous dépeindre avec une justesse remarquable la réalité économique, il réside aussi dans toutes les séries d’interrogations qu’il laisse sous-entendre. 

D’une part, le réalisateur nous laisse perplexe sur l’efficacité du journalisme d’investigation. Lorsque Florence est repérée par des collègues de notoriété dans le ferry pour l’Angleterre, la relation qu’elle a, depuis le début de son immersion, entretenue avec ses deux autres collègues, part en lambeau. Tout ce mensonge déguisé, pilier de la stratégie d’infiltration, est alors dévoilé au grand jour, et ne peut que nous rendre interrogateurs et interrogatrices du journalisme d’investigation et de ses limites. Est-ce vraiment moral de prendre la place de chômeurs et chômeuses “jusqu’à décrocher un CDI” afin de répondre à un devoir de vérité ? À la fois, c’est sûrement une nécessité si l’on veut en retirer une certaine vérité, mais cela peut avoir des conséquences psychologiques dévastatrices sur les sujets concernés. 

Ensuite, le film dresse des parallèles avec des faits d’actualité plus que cruciaux ! Après tout, si sa collègue coupe les ponts avec Marianne, c’est peut-être parce qu’elle était journaliste, qu’elle au moins, avait réussi à élever son niveau de vie ? Emmanuel Carrère parvient avec brio à mettre sur le devant de la scène la question de la résurgence des inégalités économiques et sociales, rendant l’espoir d’un vivre-ensemble de plus en plus incertain. Non, l’amour et l’amitié ne semblent pas transcender des rapports de classes de plus en plus clivés. 

Transition musicale

En mot de la fin, je ne saurais mieux vous recommander que d’aller visionner Ouistreham d’Emmanuelle Carrère dans les salles obscures, diffusé depuis le 12 janvier 2022. Vous n’en ressortirez que mieux éclairés sur la complexité de notre monde, et de son système économique et social. Pour celles et ceux qui préfèrent lire à la bougie comme dans le bon vieux temps, il est aussi toujours possible de se procurer Le Quai de Ouistreham, un livre de Florence Aubenas, dans les bacs depuis le 25 février 2010. 

Jingle de fin

C’était Benjamin Moindrot pour la critique de Ouistreham, un contenu audio que vous pouvez retrouver comme habituellement sur toutes les plateformes d’écoute en continu (Deezer, Spotify…). 

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[Critique] La vraie famille : les familles d’accueils au cinéma

Jingle d’introduction

Vous évitez le moindre coup de fil de votre tante qui raconte ses déboirs amoureux ? Vous vous remettez encore du dernier repas de famille barbant chez mamie & papi ? Ou alors vous subissez quotidiennement les blagues bœufs de tonton raciste sur le groupe Whatsapp de la famille ? Rassurez-vous, vous n’êtes pas les seul.e.s à vous plaindre de votre famille. Cette famille biologique que vous n’avez pas choisi. Vous êtes né.e.s dedans & puis c’est tout. Être né.e dans un environnement familial stable avec des bases sociales, émotionnelles & financières n’est pas le cas de tout le monde. Dans ce podcast, il est justement question de ces enfants au parcours de vie chaotique avant même de savoir parler ou marcher. Après avoir parlé des enfants placés dans des foyers de l’Aide Sociale à l’Enfance dans mon dernier podcast publié le 12 janvier 2022, il est temps pour moi d’aborder la vie des enfants placés dans des familles d’accueil. 

Critique : La vraie famille, les familles d’accueil au cinéma : un podcast animé & réalisé par Loïs Hamard.

Transition sonore

Mon introduction vous a peut-être fait sourire par sa vérité générale, mais elle n’en dit pas énormément sur le film dont je vais vous parler aujourd’hui. Rentrons dans le vif du sujet : en novembre dernier, au Arras Film Festival, j’ai pu profiter d’une projection presse qui a tiré des larmes à plus d’un journaliste présent dans la salle. La vraie famille, un film de Fabien Gorgeart. Avant de vous mettre les larmes aux yeux, encore faudrait-il savoir de quoi on va parler.

Écoutons dès à présent la bande annonce, par la distribution Le pacte.

Bande-annonce

Après vous avoir mis l’eau à la bouche avant les larmes aux yeux, vous avez donc compris que ce film suit Simon, un petit garçon placé. Non pas dans un foyer, mais dans une famille d’accueil. Autrement appelées assistants familiaux, la famille d’accueil de Simon est une famille traditionnelle vue de l’extérieur : une maman, un papa, deux adorables frères & soeurs à qui s’ajoute Simon, un presque frère.

A l’œuvre dans ce mélodrame familial de ce début d’année 2022, on retrouve Mélanie Thierry qui incarne avec justesse & sensibilité, Anna, l’assistante familiale, comprenez “la maman de coeur” de Simon. A ses côtés, Lyes Salem dans le rôle de Brice, son compagnon & père de leurs deux enfants. & d’un tout autre côté, Félix Moati qui endosse le rôle de Eddy, le père biologique de Simon, un homme brisé par la mort de sa femme. Avec un tel casting, Fabien Gorgeart réalise son deuxième long-métrage.

Veillez cependant à ne pas retenir que les têtes d’affiches de ce film : l’important est de se concentrer sur son histoire, sur ce qu’il raconte & l’univers bien réel qu’il nous fait découvrir. 

Cinq ans auparavant, Simon arrive dans la famille d’Anna : le monde de l’enfance est bien différent du monde du travail, il n’y a là aucune durée déterminée à son placement. Pendant ces années, des liens se créent, une vie de famille se construit, parsemée des rendez-vous chez l’Aide Sociale à l’Enfance & des permanences de journée entre père & fils biologiques. Ce petit équilibre est chamboulé durant un de ces rendez-vous où Eddy fait part d’une envie inattendue : il veut récupérer son fils. A partir de là commence une levée de boucliers : comment un petit garçon toujours habitué à vivre dans sa famille d’accueil peut vivre le début d’une nouvelle vie chez son père ? Comment un homme que le deuil a empêché d’être père va apprendre à vivre avec un jeune garçon ? Mais surtout, comment Anna & sa famille vont vivre cette séparation qu’ils & elles ne pensaient plus arriver ?

Entre apprentissage de la paternité, séparation avec la famille d’accueil & deuil d’un fils de cœur, le film La vraie famille nous plonge dans un raz-de-marée d’émotions.

Transition sonore

Ce film n’est pourtant pas à savourer qu’avec le cœur : notre cerveau s’invite à la projection pour réfléchir à quelques sujets importants que soulève cette histoire. Comment faire un film sur les enfants placés sans parler des difficultés de ces placements ? Comment mettre en scène une famille d’accueil sans montrer leur quotidien ? Impossible me direz-vous. Alors il est aussi impossible pour moi de faire ce podcast sans vous en parler rien qu’un tout petit peu. Mettons de côté deux minutes les décors magnifiques & le jeu d’acteur d’une justesse incroyable pour se pencher sur les réalités du terrain que l’histoire de Simon révèle.

Avant même de parler du retour de Simon chez son père, Fabien Gorgeart dresse le portrait d’une vie harmonieuse dans cette famille d’accueil. Elle est pourtant compliquée à gérer sur bien des aspects. Simon est sous la responsabilité d’Anna & bien qu’il vive au même rythme que ses enfants biologiques, il ne peut pas faire les mêmes activités. Perçues comme dangereuses, ces activités dont Simon est uniquement spectateur, comme c’est le cas pour l’accrobranche, révèlent un traitement inégalitaire entre les enfants d’une même famille. Les mots de l’enfant sont alors criants de vérité : « je ne peux jamais faire de trucs drôles.”

Au-delà des activités qu’il pratique ou non pour sa sécurité, Fabien Gorgeart laisse une grande place dans son film aux traditions familiales. En effet, durant son placement dans la famille d’Anna, Simon n’est pas totalement coupée de sa famille biologique : sans parler des permanences de journée, sa famille continue à avoir un impact dans son quotidien comme c’est le cas avec la religion. Entre messe du dimanche & de Noël ou encore prière quotidienne, cet aspect de la vie de Simon représente un grand enjeu du placement des enfants : quelle place pour les traditions familiales d’origine ? 

Transition sonore

Après avoir dressé le portrait d’un quotidien mi-harmonieux & mi-chaotique en famille d’accueil, Fabien Gorgeart laisse la place au nœud de ce film : le retour de Simon auprès de son père biologique. La réputation de l’Aide Sociale à l’Enfance d’être d’une longueur exceptionnelle lors de ses procédures fait exception quand il s’agit de bouleverser ainsi le quotidien d’une famille d’accueil qui a trouvé son équilibre. Ainsi, presque du jour au lendemain, se succèdent les droits de sortie & d’hébergement à la journée, pour un week-end puis pour les vacances. Sans aucune consultation de Anna, l’assistante familiale, quant à la demande de retour en famille, les mesures se mettent en place avec des parents pas rassurés & des enfants pas prêts. Ce processus de réadaptation à la famille est déchirant tant pour Simon que pour Anna & ses enfants, les répliques le disent d’elles-mêmes : « on ne peut pas tout lui enlever du jour au lendemain. » L’impression pour Simon d’appartenir à deux familles distinctes est d’un déchirement constant & demande des sacrifices permanents, notamment pour la célébration des fêtes ou pour l’organisation des vacances. On se retrouve finalement devant une garde partagée entre deux familles qui se disputent la vie d’un enfant. Ce n’est pourtant pas lui qui choisira mais bien l’administration de l’Aide Sociale à l’Enfance, sans cohérence aucune avec la réalité du terrain.

Transition sonore

Au cours du processus de retour en famille d’origine, l’enfant est ballotté au gré des décisions juridiques. Quant à elle, la famille d’accueil est ramenée à son rôle initial : accueillir un enfant pendant une durée indéterminée & participer à son développement sans pour autant n’y mettre aucun affect. C’est ainsi que Fabien Gorgeart met en lumière le fossé qui existe entre travail & affect. Comment ne pas créer d’affect quand un enfant est placé pendant 5 ans dans une même famille ? Comment éviter que les sentiments n’empiètent sur le travail quand un petit être compte sur vous pour construire les bases de son existence ? Comment dissocier travail & affect lorsque les familles d’accueils sont la seule réalité qu’un enfant connaît ? Est-ce qu’il faut restreindre le temps d’un enfant dans une famille d’accueil ? Est-ce qu’il faut créer des CDD façon famille d’accueil & ainsi fragiliser davantage le peu de représentation familiale qu’ont ces enfants ? Est-ce qu’il faut mettre en place une échelle d’affect plus ou moins acceptable en tant que famille d’accueil & déplacer l’enfant quand la limite est atteinte ?

La réalité est là : quand un enfant est placé dans une famille d’accueil, tout le monde s’attache, au-delà du travail, ce sont des émotions, des sentiments. Le départ d’un enfant accueilli est ainsi perçu comme un adieu injuste. L’arrivée d’autres enfants placés est ressentie comme un remplacement déloyal du précédent. Il s’agit de délaisser cet affect, d’accepter de revoir ce placement comme une situation temporaire, & se joindre à l’objectif commun : le retour de l’enfant dans son foyer d’origine.

Être assistant familial est un travail demandant une implication hors-norme : celle de soi mais aussi de tous les membres de son foyer. Le film La vraie famille le montre par lui-même : les enfants de la famille sont aussi impliqués dans le rôle de famille d’accueil, jusqu’à parfois considérer qu’ils sont la famille de l’enfant accueilli. Sa vraie famille.

Jingle de fin

C’était Loïs Hamard, pour la critique de La vraie famille, un film de Fabien Gorgeart à retrouver dès ce mercredi 16 février 2022 en salle. Rendez-vous pour 1 heure & 42 minutes d’émotions. De quoi passer un bon moment & sortir de la salle plein de réflexions sur le schéma familial conventionnel & l’avenir des enfants placés en familles d’accueil.

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[Critique] Placés : l’Aide Sociale à l’Enfance au cinéma

Placés est le premier long métrage du réalisateur Nessim Chikhaoui, connu pour être le scénariste des Tuches. Sorti en salle ce mercredi 12 janvier 2022, une centaine de personnes a pu le découvrir en avant-première, un vendredi soir de décembre à Lille. Behind The Society s’est glissé dans la salle pour vous, c’est la critique de Placés, par Loïs Hamard.

Retranscription écrite du podcast

Jingle d’introduction « Behind the society : le podcast »

Placés est le premier long métrage du réalisateur Nessim Chikhaoui, connu pour être le scénariste des Tuches. Sorti en salle ce mercredi 12 janvier 2022, une centaine de personnes a pu le découvrir en avant-première, un vendredi soir de décembre à Lille. Behind The Society s’est glissé dans la salle pour vous, c’est la critique de Placés, par Loïs Hamard.

Transition musicale

Avant de parler en profondeur du film, retour sur son fil conducteur, son histoire maitresse. On retrouve Elias, joué par Shaïn Boumedine, un jeune homme qui a mis toutes les chances de son côté pour passer le concours de Sciences Po. Le jour J, le malencontreux oubli de sa carte d’identité lui refermera les portes de l’école avant même qu’elles ne se soient ouvertes à lui. Pour retenter le concours, il doit attendre la prochaine session, soit un an plus tard. En attendant, il cherche un travail. & c’est grâce à son pote Adama, appelé Pascal Le Grand Frère, qu’il atterrit dans la Maison d’enfants à caractère social.

Bande-annonce de Placés

Cette maison d’enfants accueille un groupe de 7 jeunes de 14 à 17 ans qui ont été placés par un ou une juge. Ou alors par l’aide sociale à l’enfance suite à une ordonnance de placement provisoire. Un milieu au jargon bien spécifique que met en lumière le film avec les abréviations MECS, OPP, ASE ou encore les appellations comme sortie sèche ou contrat jeune majeur. Tout ça, c’est le vocabulaire quotidien du milieu de la protection de l’enfance que nous propose de découvrir Nessim Chikhaoui.

Bien plus que simplement découvrir un vocabulaire, ce sont des vécus, des parcours de vie que l’on appréhende. Grâce à Elias, on est plongé.e.s dans le quotidien de Sonia, Dany, Emma ou encore François, toutes & tous jeunes placés dans cette maison peu conventionnelle.


& en plus de nous faire découvrir la réalité de ces jeunes, c’est la réalité des
éducateurs & éducatrices qui est mise en lumière. De Corinne, l’intendante à Marc, le directeur en passant par Mathilde, Cécile & Michelle, les collègues d’Elias, Nessim Chikhaoui met en image ce qu’il a lui-même connu en tant qu’éducateur. Tout n’est pas rose dans la vie des éducs, entre les gardes de nuit & de week-end, les jours de fêtes travaillés & le salaire méprisable en passant par le désarroi face aux situations des jeunes toutes plus alarmantes les unes que les autres. Tout cela, c’est le contexte fragile relatif à la profession des éducateurs & éducatrices, ce personnel de l’ombre dans le milieu de l’enfance. Les devoirs, les fringues, les amours, les emmerdes, les parties de foot & les Noël parsemés d’espoir, de fugues, de déception & de colère, la vie au foyer c’est la vie d’adulte pour les enfants cabossés en plus difficile. Les répliques d’Elias & de Mathilde parlent d’elles-mêmes sur la relation entre éducs & jeunes : “on vous voit plus que nos familles on fait des horaires pourris, on a un salaire de merde & tu crois vraiment que c’est qu’un taff ?” A l’image du Noël en maison d’enfant, ce taf c’est du 24h sur 24, sans la prétention d’être une famille de substitution, les éducs tentent l’instauration d’un peu de normalité. Nessim Chikhaoui ne voulait pas se tenir à la part sombre de la réalité de la vie en foyer : il a fait ce film avec la volonté de raconter les plus belles années de sa vie, celles durant lesquelles il était éduc en maison d’enfant. Lors de l’avant-première à Lille, il se confie à la salle : “j’en avais marre de voir des documentaires hyper glauques, hyper durs. Alors certes c’est la réalité & faut pas se la cacher mais moi je voulais montrer l’autre lumière, l’autre face que j’ai vécu.” Son film, il veut en faire un outil pédagogique aux différentes missions : mettre en lumière le cône d’ombre de la profession, l’organisation d’un système bien spécial mais aussi le visage des jeunes & surtout la réalité des sorties sèches.

A la sortie de l’avant-première ce vendredi soir de décembre à Lille, des jeunes de foyers sont secoués, venus en groupe avec leurs éducs découvrir un film qui parlent d’eux. Pour beaucoup, les larmes ont coulé. Pour d’autres, plus réservés, ce n’est pas allé jusque là mais ils & elles sont touchés au cœur : ce film c’est leur réalité montrée au grand public, c’est la représentation de leurs conneries, de leurs souffrances, de leurs peurs, de leurs galères. Durant la discussion avec l’équipe du film que permet l’avant-première, la reconnaissance, la fierté des jeunes & des éducs se faisait ressentir dans la salle : ils & elles avaient un film auquel s’accrocher, auquel s’identifier, dans les bons comme dans les mauvais moments.

Transition musicale

C’était la critique de Placés, un film de Nessim Chickaoui, au cinéma dès ce
mercredi 12 janvier 2022 qui vous dresse le portrait d’une génération sacrifiée, celles de petits avec des problèmes qui sont sous une mesure de protection de l’enfance comme il en existe 340 000 en France.

Jingle de fin « c’était Behind the society : le podcast, une série d’épisodes à retrouver sur Deezer, Spotify, Apple Podcasts et Google Podcasts. »

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Behind The Arras Film Festival : lycéen.ne.s de Bully-les-Mines

Pour le dernier épisode de la série Behind The Arras Film Festival, nous sommes allés à la rencontre des petites mains du festival qui réunit chaque année spectateurs.trices, acteurs.trices, réalisateurs.trices à Arras.

Portrait de lycéen.ne.s

Iels ont entre 16 & 19 ans, lycéen.ne.s à Bully-les-Mines, iels sont aux côtés des spectateurs.trices pendant toute la durée du festival. Iels ont accepté.e.s, entre deux séances, de répondre à nos questions.

Iels s’appellent Honorine, Sofia, Kilian ou encore Clara, ces lycéen.ne.s des classes de première & de terminale d’Accueil Relations Clients & Usagers (ARCU) s’exercent à leur futur métier lors du Arras Film Festival.

Accueil des spectateurs.trices, contrôle des billets ou encore des pass sanitaires, guide file, responsable du placement ou du comptage des spectateurs.trices, les lycéen.ne.s occupent les postes un à un durant le festival.

Laure Nicolle, leur professeure de lettres-histoire les accompagne quotidiennement, fière d’être à l’origine du partenariat créé en 2015 entre le lycée & le festival. Une organisation bien rodée est la recette de la réussite de cette collaboration, « on se complète très bien entre les élèves du lycée et les bénévoles adultes » souligne la professeure.

Monsieur le maire d’Arras, Frédéric LETURQUE, a rencontré les élèves de terminales.

Dans ce métier d’accueil, l’apparence est primordiale, les lycéen.ne.s le savent. Pour se préparer à ce festival, iels ont bénéficié d’intervention sur l’importance de la tenue & de la mise en beauté : « on a fait venir une esthéticienne pour leur expliquer comment se maquiller » explique Laure Nicolle. Le costard est aussi de mise, autant au festival qu’au lycée lors d’une journée où iels doivent venir apprêté.e.s.

Les recommandations des lycéen.ne.s

Entre deux tenue de postes, les lycéen.ne.s ont l’opportunité d’assister à des projections. Certain.e.s d’entre elleux repartiront ainsi dimanche avec des étoiles plein les yeux comme Honorine qui a eu la chance de prendre la pause avec Nadège Beausson-Diagne, récemment à l’affiche de Chère Léa, un film de Jérôme Bonnell que Farid, en classe de première aussi, a adoré.

Honorine a rencontré Nadège Beausson-Diagne au Arras Film Festival.

Les lycéennes de terminales Estelle, Clara & Sofia quant à elles, retiennent le film de Pascal Eboué, On est fait pour s’entendre qui sortira en salle le 17 novembre 2021.

Bande-annonce du film On est fait pour s’entendre de Pascal Eboué, sortie au cinéma le 17 novembre.

Loïs Hamard