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Le droit à l’IVG en péril aux États-Unis

photo: pexels

Le départ de Donald Trump de la Maison Blanche n’aura pas suffit à endiguer la poussée conservatrice du pays. Les lois anti-avortement se multiplient dans les différents Etats américains, jusqu’à donner des idées à la plus haute juridiction du pays, la Cour Suprême. Les juges qui la composent pourraient réviser la loi Roe VS Wade de 1973 qui inscrit l’avortement légal jusqu’à 24 semaines de grossesse dans la Constitution.

Vers une suppression du droit à l’avortement ? 

Réviser la Constitution n’est pas un acte banal, cela remet en cause une décision historique pour la liberté des femmes. En 1973, l’arrêt Roe VS Wade promet aux femmes une possibilité d’avorter jusqu’à 24 semaines de grossesse. Mais les États-Unis semblent à présent revenir sur leurs pas à la suite d’un projet de loi du Mississippi.  Cet État du Sud souhaite interdire l’avortement au-delà de 15 semaines de grossesse, une loi que les juges de la Cour Suprême pourraient faire passer à l’échelle du pays. Certains États n’ont pas attendu cette décision pour passer à l’acte. Selon France Info, pas moins de 1840 mesures de limitation de la contraception ou de l’avortement ont été introduites depuis le début de l’année aux États-Unis, dans 46 États sur les 50 que compte le pays. La Floride a réduit le délai pour l’avortement de 24 à 14 semaines. Au Texas, l’IVG est à présent interdit dès que les battements du cœur de l’embryon sont perceptibles, environ quatre semaines après la fécondation. L’Idaho engage des poursuites civiles contre les médecins pratiquant l’avortement. La liste est encore longue et pourrait s’allonger davantage si la Cour Suprême décide de réviser ce droit. Vingt États supplémentaires seraient susceptibles de criminaliser ou d’interdire l’avortement.  Pourtant, dans les pays avec un accès au soin, les avortements ont tendance à avoir lieu assez tôt. La majorité des avortements réalisés dans le monde ont lieu dans les 12 premières semaines (90% dans les pays à revenu élevé , les ⅔ ayant lieu avant 9 semaines de grossesse).

carte : Radio-Canada affichant les restrictions du droit à l’IVG. La carte date de 2016, depuis certains États ont renforcé leur politique anti-IVG


L’héritage Donald Trump

La décision de la Cour Suprême est encore plus redoutée que six juges sur neuf sont conservateurs. Un déséquilibre en partie dû aux choix de Trump. L’ancien président des États-Unis a conduit trois juges conservateurs à la plus haute juridiction du pays. Symbole du recul du droit à l’avortement, Trump choisissait Amy Coney Barrett pour remplacer l’icône féministe, Ruth Bader Ginsburg. La protégée de Trump s’oppose diamétralement à sa prédécesseure, une femme reconnue pour ses positions en faveur de l’indépendance et de l’avortement. Sa remplaçante est au contraire connue pour ses positions religieuses traditionalistes et son opposition à l’avortement. Amy Coney Barrett est membre de la communauté religieuse “People of Praise” dont un article du Guardian affirme que les femmes y sont considérées comme soumises à leur mari. Pour compléter le tableau, Niel Gorsuch avait également été sélectionné par l’ancien président américain. Ce juge conservateur de 55 ans se positionne en faveur de la peine de mort ainsi que des valeurs de la famille et de la religion. En 2013, il tranche en faveur de l’entreprise Hobby Lobby, opposée au remboursement de pilules du lendemain. Troisième choix et pas des moindres, Brett Kavanaugh, homme aux positions conservatrices affichées : catholique traditionaliste, ouvertement anti-avortement et pro armes à feu. Il est également accusé d’au moins quatre agressions sexuelles, notamment par d’anciennes camarades d’étude.  Le système américain est ainsi fait que ces choix d’hier peuvent impacter la vie des femmes de demain. Restreindre, criminaliser ou interdire l’avortement aurait de graves conséquences sur la santé des femmes, et sur leurs libertés.

Riposte féministe

Aux Etats-Unis, les lobbies anti-avortement et les mouvements “pro-life” envahissent la société et mènent leur propagande, même dans la tête des plus jeunes. L’Église est l’une des instances majeures dans la lutte contre l’avortement. En 2019, elle finance le film “Unplanned”, un manifeste contre l’IVG inspiré de faits réels. Le scénario met en scène une femme du Planning Familial aux opinions féministes. Cette dernière retourne sa veste après sa rencontre avec un couple anti-avortement, elle décide alors de mener un combat contre le Planning Familial et l’IVG. Lors de sa semaine de sortie, le film se hisse au top 10 des meilleures entrées avant d’être interdit au moins de 17 ans et rejeté par certaines chaînes de télévision. Mais la propagande anti-avortement gangrène aussi l’État, notamment sous l’ère Trump. En janvier 2017, la “March for life”, grand rendez-vous des militants anti-IVG, prend un autre tournant. Le vice-président de Donald Trump, Mike Pence, s’y rend en personne et déclare : « La vie est en train de gagner ».

Vidéo de Bloomberg QuickTake sur la Women’s March pour protester contre les lois anti-avortement

La réponse féministe ne s’est pas faite attendre face à la poussée conservatrice du pays. En octobre 2021, de multiples manifestations dénonçant la loi promulguée au Texas ont lieu dans plusieurs États. Dans plus de 600 villes du pays, des femmes de toutes les générations revendiquent le droit à disposer de leur corps, le droit d’avoir le choix. Les féministes dénoncent la situation déjà critique du pays où certaines femmes sont contraintes de changer d’État afin d’avorter. Les lois anti-avortement affectent d’autant plus les femmes précaires pour qui ce droit est très coûteux. Amnesty International condamne également les “déserts” en terme de cliniques d’avortement, la plupart des habitants vivant à plus de 160 kilomètres d’un tel service. L’organisation déplore le fait que les États-Unis aient “le taux de mortalité maternelle le plus élevé de tous les pays développés”. La situation est déjà critique. Réviser le droit à l’IVG ne permettra pas de diminuer le nombre d’avortement mais rendra simplement sa pratique plus dangereuse. Au-delà de l’aspect médical, cette loi est le symbole même du patriarcat. Une minorité de personnes, notamment des hommes, décident à la place des femmes sur des sujets qui les concernent. Cela semble surréaliste qu’en 2022, des femmes doivent toujours se battre pour avoir le choix, pour disposer librement de leur corps, pour avoir des droits fondamentaux. Les États-Unis sont à présent à un carrefour entre une société conservatrice où le patriarcat fait la loi et une société féministe, où chaque être humain a accès à ses droits fondamentaux.

photo :pexels