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Vérité pour Toufik, à bas le mensonge policier

Dans l’après-midi du samedi 26 février, 200 personnes se sont réunies à la sortie du métro Wazemmes. Le mot d’ordre : “Vérité pour Toufik !” C’était un jeune homme de 23 ans, originaire d’Algérie & vivant à Lille, démuni de papiers & de logement. Le 23 août 2020, au commissariat de Wazemmes, Toufik meurt soudainement. Depuis 18 mois, sa famille est sans nouvelle des circonstances de sa mort. Retour sur un rassemblement pacifique qui quémande la vérité.

Toufik, on n’oublie pas, on pardonne pas

Slogan scandé lors de la manifestation

Notamment lancée par le collectif Justice & Vérité pour Toufik & le comité des Sans Papiers 59, la manifestation de ce samedi a prit naissance à la sortie du métro Wazemmes, à 15 heures. Petit à petit, les manifestant.e.s se regroupent & se lancent dans le parcours de la manifestation vers 15h30, à travers les quartiers Wazemmes, Gambetta & Sébastopol.

En tête de cortège, une banderole blanche & des portraits de Toufik mènent la marche & scandent les slogans avec émotion. “Mensonge policier, on veut la vérité”, “pas de justice, pas de paix” ou encore “à bas l’Etat, les flics & les frontières” raisonnent dans les rues lilloises. Tout au long du parcours, plusieurs individus distribuent aux passant.e.s des tracts explicatifs. Le but ?  Sensibiliser les lillois.e.s à l’affaire Toufik, pour honorer sa mémoire & obtenir la vérité.

Dossier vide, où est l’IGPN ?

Pour comprendre l’origine du rassemblement de ce samedi, il faut remonter à la nuit du 22 au 23 août 2020, il y a dix-huit mois. Ce soir-là, Toufik est en garde à vue au commissariat de Wazemmes. Il y décédera quelques heures plus tard.

Informée du décès, la famille n’est pas pour autant au courant des causes & des circonstances de sa mort. Après le dépôt d’une plainte & avec l’aide d’un avocat, les découvertes s’enchaînent. L’IGPN, autrement appelée la police des polices, a réalisé une enquête sur le décès de Toufik. Cependant, dans le dossier de cette enquête, il n’y aucune vidéo issue de la garde à vue ni aucune audition des policiers, que ce soit ceux à l’origine de l’arrestation de Toufik ou ceux qui étaient présents pendant sa garde à vue. Quant à l’expertise médicale, il n’y a pas non plus d’audition du médecin de permanence ou encore de compte-rendu expliquant les circonstances de sa mort.

La police assassine, la justice s’incline.

Slogan scandé lors de la manifestation.

Ce manque cruel de preuves, d’investigations & d’éléments permettant de comprendre comment un jeune homme de 23 ans a pu décéder en garde à vue sans que cela ne fasse bouger qui que ce soit pose bien des questions. Le collectif Justice & Vérité pour Toufik généralise le problème : ce qu’il s’est passé n’est pas un événement isolé. A leurs yeux, cela “met en évidence la violence infligée lors des gardes à vues en France.” Combiné à cela, il semblerait que les institutions ayant autorité auprès des organisations policières ne répondent pas à l’appel de la protection des citoyen.ne.s. C’est en tous les cas ce que dénoncent les comités à la recherche de la vérité pour Toufik : “l’IGPN s’est montrée plus soucieuse de protéger les policiers que de rendre compte de la vérité.” Le parfum d’un certain degré de complicité grâce à une enquête bâclée prône donc au-dessus de cette affaire. 

Toute personne en garde à vue est potentiellement en danger.

Propos présents dans le trac information « Vérité pour Toufik »

Une famille sans réponses

Accompagnés par un avocat, les proches de Toufik ne cessent de faire de leur possible pour obtenir la vérité. Après avoir découvert le néant que représentait l’enquête de l’IGPN, la famille souhaite désormais un accès total aux vidéos mais aussi des auditions sérieusement menées de “tous les policiers ayant joué un rôle dans le drame qui a conduit à la mort de Toufik.” Avec cela, le comité Justice & Vérité pour Toufik rejoint la famille pour demander une enquête complète cette fois-ci, & “non à la décharge de la police.

Article de Loïs Hamard

Photos de Alice Gosselin

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Le racisme dans les études supérieures élitistes

« Même si j’ai le même diplôme que les autres, que j’appartiens au même milieu social, il faut faire sa place d’une manière différente des autres. C’est un monde de Blanc, et plus je grandis, moins je me sens intégré. »

Dans les études supérieures élitistes (commerce, management, droit, médecine, journalisme…), les élèves sont issus majoritairement des milieux favorisés. Venir des quartiers populaires peut donc parfois provoquer un malaise social chez les jeunes qui parviennent à faire leur place dans ce nouveau monde. Mais parfois, alors même qu’on appartient à un milieu social privilégié depuis la naissance, le sentiment de malaise peut surgir : impression de ne pas se sentir à sa place, d’être différent.e … tel est le quotidien de beaucoup d’étudiant.e.s racisé.e.s au sein des grandes écoles.

En France, le système scolaire repose sur la croyance en la « méritocratie » et l’égalité des chances, c’est-à-dire que les élèves, grâce à la force de leur travail et à leur motivation, peuvent accéder à de bons résultats et, par conséquent, permettrait de s’élever socialement, et ce, peu importe l’origine des élèves.

Mais, à partir des années 60, de nombreuses études sociologiques ont démontré que la réussite scolaire, tout comme l’échec, sont en fait socialement déterminés. En réalité, le système méritocratique n’est qu’une illusion, et l’origine sociale de l’élève joue un rôle prédéterminant dans sa scolarité.

Encore plus récemment en sociologie, des études plus intersectionnelles qui prennent en compte la variable de « race » (ici, on n’entend pas la race comme une notion biologique ou scientifique, mais comme une notion sociologique. La race n’est pas un état ou un statut, mais une expérience vécue par les individus, qui sont perçus à travers leur appartenance ethnique), montrent que les étudiants racisés subissent des discriminations au sein des institutions sociales, qui ont également un impact sur leur scolarité et sur l’accès à des études supérieures dites « élitistes ».

Ainsi, à l’intersection des variables de classe et de race, se trouvent les élèves venant de milieux défavorisés qui peuvent subir le racisme, ce qui explique les parcours scolaires différents entre deux élèves appartenant à la même classe sociale, mais n’ayant pas la même expérience du racisme. Un élève blanc venant de quartiers populaires mais souhaitant faire de grandes études sera moins discriminé qu’un élève racisé ayant les mêmes ambitions, comme le montre l’étude de Yaël Brinbaum, et Christine Guégnard dans Le sentiment de discrimination des descendants d’immigrés : reflet d’une orientation contrariée et d’un chômage persistant, Agora débats/jeunesses 2012/2 (N° 61), pages 7 à 20 : « Les jeunes issus de l’immigration ont des orientations scolaires contraintes plus fréquentes. La sélection s’effectue dès la fin de la classe de troisième : la moitié des jeunes issus de l’immigration se dirigent vers une seconde générale ou technologique, pour 62 % des élèves français d’origine. Parmi les élèves affectés en filière professionnelle, 16 % déclarent une orientation non conforme à leur premier vœu, avec toutefois des écarts importants selon le pays d’origine. Le décalage est particulièrement élevé pour les jeunes originaires d’Afrique subsaharienne, de Turquie et du Maghreb : 25 % pour 12 % des jeunes issus du Portugal et 8 % des élèves français d’origine. […] Ils témoignent des revers rencontrés dans le système éducatif, d’une orientation souvent non conforme à leur premier vœu. » De ce fait, on se rend compte qu’il est difficile pour les enfants racisés appartenant aux classes populaires d’accéder à leurs ambitions et, quand ils y arrivent, ils ressentent souvent un sentiment « d’illégitimité ».

De nombreux ouvrages retracent les parcours de ces jeunes issus des quartiers populaires qui ont, grâce à leurs études, pu gravir les échelons de la société et accéder à une position supérieure à celle de leurs milieux d’origine. On peut penser spécifiquement au livre de Nesrine Slaoui, Illégitimes, dans lequel elle retrace son parcours. Issue d’une famille modeste et d’origine maghrébine, la journaliste se trouve à l’intersection des variables de classe et de race. En effectuant à ses études à Sciences Po, Nesrine Slaoui s’est souvent posé la question de sa « légitimité » à appartenir à ce nouveau monde élitiste dont elle ne connaissait rien. La jeune femme explique que ce sentiment s’est imposé à elle à partir du moment où elle a décidé de poursuivre une voie à laquelle elle ne se sentait pas initialement « destinée », étant donné son appartenance à un milieu populaire et sa non-maîtrise de la culture dominante bourgeoise. Cette culture dominante efface les « autres » cultures, considérées donc comme illégitimes. A cet égard, Nesrine Slaoui cite à titre d’exemple dans son interview de France info paru le 9 février 2021 son bilinguisme : elle parle français et arabe, mais, dans la culture dominante, cela n’est pas considéré comme un atout, les langues « légitimes » à maîtriser étant souvent l’anglais, l’allemand, etc.

Autre point intéressant, Nesrine Slaoui écrit : « J’éprouve une gratitude infinie pour l’école de la république, tout en refusant d’être une preuve de son efficacité ». En effet, elle explique que son cas individuel ne doit pas être tourné en faveur de l’existence de la méritocratie, et que son parcours repose davantage sur certains privilèges qu’elle a pu avoir (comme le fait d’être fille unique), que par sa seule volonté.

En effet, les cas comme ceux de Nesrine Slaoui sont souvent réutilisés pour prouver la réussite de l’efficacité des politiques d’égalité des chances mises en place au sein de l’éducation. Mais en réalité, si certains parviennent à gravir les échelons, leur expérience au sein de ces études supérieures dites « élitistes » trahissent les différences entre eux et leurs camarades plus privilégiés. Sentiment d’illégitimité comme on a pu le voir avec Nesrine Slaoui, mais aussi expérience de racisme, subie dans des milieux majoritairement blancs.

Pourtant, certaines critiques à l’encontre du terme sociologique « racisé » s’inquiète de la surmédiatisation de la notion de race et craignent une disparition de la notion de classe sociale, comme s’en est inquiété Manuel Valls dans un entretien à Valeurs Actuelles le 17 juin 2020 : « La lutte des classes disparaît au profit de l’affrontement de la guerre entre ‘races’», explique-t-il. « Cette guerre est terrible car elle essentialise en fonction de la couleur de peau. » Mais, plutôt que d’effacer la notion de classe sociale, la tentative de renouveau dans les sciences sociales de certains auteurs tentent d’articuler les diverses dimensions porteuses d’inégalités s’articulent les unes avec les autres. C’est le concept d’intersectionnalité. Ainsi, il ne s’agit pas d’invisibiliser les discriminations subies par les élèves dans les milieux populaires, mais de proposer plusieurs grilles de lecture. Par conséquent, il existe des discriminations traversant toutes les strates de la société, même au sein des classes aisées.

 Les élèves racisés qui appartiennent aux classes sociales supérieures et qui en maîtrisent les codes peuvent également subir le racisme dans leurs études, ce qui influence leur parcours scolaire.

Dans les études supérieures, et encore plus dans les milieux dits « élitistes » (médecine, droit, écoles…), la proportion d’élèves de classes populaires est faible, celle d’élèves « non-blancs » également. On observe sur les bancs de ces écoles une majorité d’étudiants issus de milieux privilégiés et blancs. Mais, malgré l’origine sociale qui détermine en partie la réussite scolaire, il existe en fait de nombreux cas de « réussite improbable », comme l’explique le sociologue Bernard Lahire dans Les raisons de l’improbable, Les formes populaires de la « réussite » à l’école élémentaire. Si on se penche de plus près sur les statistiques, on se rend compte qu’il y a énormément de cas de “réussite improbable”, l’origine sociale ne faisant pas tout. D’autres acteurs rentrent en jeu pour expliquer les parcours de réussite scolaire des enfants issus des classes populaires et de l’immigration, comme l’influence de personnes extérieures au milieu familiale (une figure d’autorité rassurante et encourageante, comme un professeur, un ami, etc).

Que ce soit dans le monde du commerce, du management, du journalisme, du droit, les expériences des étudiants ayant subi du racisme sont nombreuses, et trop peu prises au sérieux par les institutions.

La suite et fin de cet article est le témoignage d’un étudiant ayant subi des expériences de racisme dans le cadre de ses études, qui montre que le racisme ordinaire est présent dans les études dites « élitistes » et traverse toutes les strates de la société.

Le cas de Hector montre que, malgré l’appartenance à un milieu plutôt favorisé, le racisme reste présent dans le monde scolaire élitiste auquel il a pourtant toujours appartenu.

Hector, 21 ans, a fréquenté un lycée privé puis a intégré après le baccalauréat une école de Management. Au lycée, il explique que certains de ses camarades s’amusaient à l’appeler « le négrillon ». « Dans les écoles privées, certaines personnes sont tellement à l’aise avec leur milieu social qu’ils pensent qu’ils peuvent tout se permettre, dit-il. Comme certains ne disent rien quand on les appelle comme ça, ils pensent qu’un cas particulier leur donne le droit d’appeler tout le monde comme ça. Les Noirs qui se retrouvent dans les écoles privées se retrouvent en minorité. Sur 3000 élèves, on était 7 Noirs, donc ça ne te met pas à l’aise, on finit par aller vers les gens qui nous ressemblent. C’est aussi ce qui se passe à l’école de Management. Personne ne se connaît, tout le monde arrive de partout, alors on va vers ceux qui nous ressemblent parce qu’on se sent plus à l’aise, on partage les mêmes vécus, les mêmes valeurs, et la même cause surtout. Comme on est en groupe, on se rend compte des regards sur nous. Par exemple dans une fête, quand on arrive, les gens se disent « Oh y’a les Noirs qui arrivent ». Ça donne l’impression de pas être accepté. Au sein des professeurs aussi, il y en a certains qui ne se rendent pas compte qu’ils ne nous adressent pas la parole de la même manière qu’aux autres. Certains se sentent agressés dès qu’on leur pose des questions, ou s’intéressent moins à toi, que tu travailles ou travailles pas ça leur importe peu, il y a moins de suivi. On a toujours l’impression qu’on doit prouver quelque chose en plus, pour être vu, être pris à notre juste valeur. Même si j’ai le même diplôme que les autres, que j’appartiens au même milieu social, il faut faire sa place d’une manière différente des autres. C’est un monde de Blanc, et plus je grandis, moins je me sens intégré. »

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Qui se préoccupe des migrant.e.s?

On lit le nombre de morts et les statistiques inquiétantes, on voit les images choquantes des corps jonchant la plage mais on entend peu le parcours des migrant.es.  Les événements dramatiques s’enchaînent mais les migrant.e.s sont toujours perçu.e.s comme des outils politiques, des éléments perturbateurs, des personnes insignifiantes. Les mort.e.s font la une des journaux pendant quelques temps mais la situation reste la même.  On ne sait pas qui sont les migrant.e.s, on ne sait pas ce qu’iels vivent. Ce qu’on sait en revanche c’est que leurs conditions de vie sont déplorables mais semblent passer à la trappe. Quand l’ignorance règne,  le rôle des associations reste primordial pour lever le silence concernant la situation migratoire.   

Des migrant.es pris.e.s au piège d’un stratagème géopolitique 

L’Europe avait décidé de prendre des mesures de sanctions visant le régime biélorusse de Loukachenko après la violente répression qu’avaient subi les citoyen.ne.s qui manifestaient contre sa réélection. En guise de contestation de ces mesures correctives, le gouvernement biélorusse utilise la détresse des migrant.e.s comme une arme politique. Afin de mettre la pression sur les régimes occidentaux, des migrant.e.s sont attiré.e.s par Minsk via des prix plus bas que la moyenne comprenant les frais de dossier, de scolarité et d’hébergement. Des visas leur ont également été confiés par la Biélorussie qui comptait ainsi acheminer les migrant.e.s vers les frontières polonaises. Selon des sources de France 24, les forces de sécurité biélorusses auraient même indiqué des points de passage aux migrant.e.s.

Twitter Le Monde

https://www.lemonde.fr/international/article/2021/11/10/pologne-bielorussie-quelle-est-cette-crise-migratoire-a-la-frontiere_6101634_3210.html

La société Semantic Visions affirme dans un rapport que des annonces promettant des voyages vers la Biélorussie ainsi que des passages clandestins envahissaient les pages Facebook des utilisateurs, notamment des Kurdes irakiens. Quand ces milliers de migrant.e.s arrivent en Biélorussie après avoir fuit la guerre, iels se retrouvent pourtant confronté.e.s de nouveau à la violence, dans une guerre qui n’est pas la leur. Après de nombreuses maltraitances et humiliations, les migrant.e.s sont reconduit.e.s vers les frontières polonaises où l’accueil n’est pas plus chaleureux.

Les gardes frontières polonais.e.s refusent le passage des migrant.e.s qui se retrouvent ainsibloqué.e.s dans la forêt alors que les températures sont négatives sur le territoire. Alors, qu’iels ne peuvent pas rebrousser chemin, leurs droits sont bafoués et leur humanité reniée. Le long de la frontière, ces migrant.e.s vivent dans le froid et la faim tout en subissant la violence des autorités polonaises : gaz lacrymogènes, canons à eau, violences physiques et morales. Les conséquences sont terribles, selon des groupes caritatifs, au moins onze migrant.e.s sont mort.e.s de part et d’autre de la frontière depuis l’été. 

 “Si on avait su que ça serait passé comme ça : la situation, le froid, les maladies, les gaz lacrymogènes… On ne serait pas venus”

Témoignage d’un père de famille pour France 24

Les différents témoignages expriment la colère des migrant.e.s à qui on a promis une vie meilleure et qui se retrouvent au milieu d’un stratagème géopolitique qui ne les concernent pas. Une nouvelle fois, les intérêts privés des États passent avant les droits humains et la dignité de toustes. 

“Nous ne sommes que des pions”

Témoignage d’un migrant pour l’émission « C’est dans l’air »

Des naufrages qui s’accumulent 

Le 24 novembre dernier, c’était dans les grandes pages des journaux : vingt-sept migrant.e.s sont mort.e.s dans la Manche en tentant de rejoindre la Grande-Bretagne. Une trentaine de personnes se trouvaient sur ce canneau pneumatique, seulement deux personnes ont survécu au naufrage, le plus meurtrier sur cette route migratoire. Le plus meurtrier, mais pas le premier.

Charlotte Kwantes, la responsable d’Utopia56, déclare que plus de 300 migrant.e.s y sont mort.e.s depuis 1999. Si l’on en croit les chiffres, ce n’est pas près de s’arrêter là puisque les traversées continuent et sont plus que périlleuses. Au 20 novembre 2021, 31 500 migrant.e.s avaient quitté les côtes depuis le début de l’année et 7 800 migrant.e.s avaient été sauvé.e.s selon les dires du préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord, Philippe Dutrieux. Cette situation n’est pas spécifique à la traversée de la Manche. D’après l’Organisation Internationale pour l’Immigration, plus de 20 000 migrant.e.s sont mort.e.s en Méditarranée depuis 2014.

Twitter Libération

https://www.francetvinfo.fr/monde/europe/migrants/direct-migrants-morts-dans-la-manche-boris-johnson-convoque-une-reunion-de-crise_4857525.html

À chacun de ces naufrages, les unes des journaux émeuvent pendant une semaine puis tout reprend son cours. Les manipulations des passeurs.euses, les bateaux de fortune, les “camps” où les droits humains sont bafoués. Les condoléances ne suffisent plus face au nombre de mort.e.s qui s’accumulent au fil des années. S’il n’existe pas de vie humaine qui vaille plus qu’une autre, il est alors grand temps d’agir. 

« J’ai vu la mort de mes propres yeux. Ce qui s’est passé est un crime, ce n’est pas le destin ou la volonté de Dieu. C’est un crime commit par les deux pays »

Témoignage d’un jeune homme ayant survécu au naufrage pour Infomigrants.

Le rôle majeur des associations 

Face au nombre de naufrages, aux droits bafoués, aux violences morales et physiques, les associations ont un rôle majeur dans la défense des droits humains. Utopia56, La Cimade, & pleins d’autres associations luttent quotidiennement pour que les migrant.e.s, demandeurs.euses d’asile et réfugié.e.s bénéficient des droits qui leur sont dus. Distribution de vêtements et de nourriture, aide dans les démarches administratives, protection des droits… Autant d’actions difficiles à mettre en place quand les politiques semblent fermer les yeux face à ces problématiques.

Dans un contexte de pré-campagne présidentielle, les discours s’accumulent et le thème de l’immigration est central. Sous prétexte d’arguments sécuritaires, les migrant.e.s sont toujours décrit.e.s comme des éléments perturbateurs, des “voleurs.euses” d’emplois, des personnes dangereuses. Des propos peu surprenants si on se rappelle les évènements de novembre 2020 où la police française a démantelé un campement de migrant.e.s situé place de la République à Paris. Les policiers avaient eu recours à la force et s’étaient servi de gaz lacrymogènes.

Twitter Infos Françaises

https://www.liberation.fr/france/2020/11/23/a-paris-plusieurs-centaines-de-migrants-installent-des-tentes-place-de-la-republique_1806517/

Ce sont deux courants qui s’affrontent quant à la situation. D’un côté, celleux pour qui les migrant.e.s n’ont pas leur place en France et qui ne se privent pas d’user d’arguments xénophobes. De l’autre, celleux pour qui les droits humains sont primordiaux et ne s’arrêtent pas à la frontière. Dans tous les cas, la situation reste pour le moment bloquée entre les intérêts étatiques et les discours de haine. La question est de savoir combien de mort.e.s faudra-t-il pour que la situation évolue enfin ?