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La bombe EACOP, face exposée d’un système bancaire meurtrier

Camouflée derrière son « plan climat », TotalEnergies s’étend et pille sur son passage les droits humains et de l’environnement. En Ouganda et en Tanzanie, ses projets dévastateurs dont l’oléoduc Eacop reposent sur le soutien de plusieurs banques. Un rappel nécessaire que l’argent une fois placé ne dort pas. Souvent, il tue.

© Sandra Imbault

TotalEnergies, le géant tentaculaire des hydrocarbures, est présent dans plus de 130 pays. Il consacre 70 % de ses investissements aux énergies fossiles, et engrange des bénéfices pharamineux chaque année (14 milliards d’euros en 2021). Ses nouveaux projets en collaboration avec la China National Offshore Oil Corporation s’ancrent en Ouganda et en Tanzanie, dans l’est de l’Afrique. Le premier projet, « Tilenga », consiste à exploiter l’or noir d’un lac ougandais. Le second, Eacop, mettra en œuvre l’acheminement du pétrole ainsi extrait via le futur plus grand oléoduc du monde, 1443 kilomètres de long, jusqu’en Tanzanie.

Ravager le vivant

Le gazoduc passera par des réserves protégées, et menace ainsi d’extinction de nombreuses espèces déjà en danger. Les deux plus grandes réserves d’eau douce d’Afrique de l’Est seront vraisemblablement contaminées, quand bien même la vie de plus de 40 millions de personnes en dépend. A n’en pas douter, Eacop fera trinquer les coupes de champagne dans le confortable bureau de Patrick Pouyanné (PDG de TotalEnergies). En même temps, il piétinera le vivant à tous les niveaux. A son terme, le projet émettra 34 millions de tonnes équivalent CO2 par an, soit six fois le total des émissions de l’Ouganda.

Ce projet colossal a besoin de financements. Pour cela, Total compte sur de nombreuses banques qui investissent dans cette entreprise l’argent confié par leurs client·e·s. En choisissant d’investir ou de financer des projets, les banques dessinent à grand trait notre modèle de société et son avenir dans un monde aux ressources limitées. D’après un rapport d’Oxfam France de 2020, l’empreinte carbone des grandes banques françaises représente près de huit fois les émissions de gaz à effet de serre de la France entière. Elles sont les premières financeuses européennes des énergies fossiles. Ainsi, au rythme actuel, ces banques nous mènent vers un réchauffement à +4°C d’ici à 2100, bien loin de l’objectif d’1,5°C fixé par le dernier rapport du GIEC. Les plus mauvaises élèves sont la BNP Paribas, la Société Générale et le Crédit Agricole.

Le pouvoir décisif des banques

Ce pouvoir, néanmoins, peut et doit être utilisé à des fins éthiques. Les banques portent la responsabilité des projets dans lesquels elles injectent notre argent. Concernant Eacop, de nombreuses banques se sont engagées à ne pas financer l’infrastructure. Quant aux investisseurs de Total, c’est-à-dire le Crédit Agricole, Amundi, BNP Paribas et Axa, ils sont complices. TotalEnergies consultera ses actionnaires lors de son Assemblée générale le 25 mai 2022. Aux banques de contester et sanctionner ses stratégies expansionnistes dévastatrices. La responsabilité leur incombe de voter contre la gigantesque entreprise de greenwashing appelée « plan climat », contre le renouvellement du mandat des trois membres du conseil d’administration de Total, et pour des mesures d’ampleur en faveur du climat. Sans le soutien de ses investisseurs, Total ne peut mener à bien son expansion. La responsabilité sociale et environnementale des banques a le pouvoir de paralyser les entreprises qui ne sont rien sans leurs actionnaires.

A l’aune des impacts environnementaux dévastateurs des banques, la responsabilité touche donc aux institutions qui exploitent notre argent à dessein pervers, mais aussi à nous, citoyen·ne·s, qui plaçons notre argent dans leurs mains. Entendons-nous bien : ces groupes multilmilliardaires usent du greenwashing pour maquiller leurs intentions, et notre vulnérabilité face à ces pratiques n’est pas blâmable. Toutes les banques françaises se sont engagées publiquement à respecter l’Accord de Paris depuis la COP 21 (2015), et la plupart d’entre elles proposent des Livrets de Développement Durable et Solidaire (LDDS). Derrière ces effets d’annonce et des techniques marketing aveuglantes se trame un cruel manque de transparence vis-à-vis des client·e·s qui restent pour la grande majorité ignorant·e·s de l’emploi que ces groupes font de leurs propres deniers.

Prendre conscience de notre responsabilité

La campagne de sensibilisation notamment menée par StopEacop a permis de lever un infime pan de cette dangereuse et malhonnête opacité. En tant que citoyen·ne, il nous revient de placer notre argent en connaissance de cause. Il est par exemple possible d’estimer l’empreinte carbone de son compte bancaire en téléchargeant gratuitement l’application Rift. En indiquant sa/ses banques et les différents placements qui y sont faits, l’application donne à voir l’empreinte environnementale de l’argent prêté ainsi que ce qu’il finance.

Prenons un exemple fictif. J’ai sur mon compte courant 1500€ au Crédit Agricole, et ai 20 000€ sur un livret A à la Société Générale. Selon l’application, mon épargne est répartie comme suit : 36 % pour les PME, 26 % pour les logements sociaux, 12 % pour les titres financiers et 11 % pour la dette publique. Rift m’indique que mon argent ainsi placé engendre 11 835 kg de CO2 par an, soit près de 9 vols Paris-New York. L’application m’informe également que mon épargne finance TotalEnergies, et plus globalement le secteur sensible de l’exploitation minière et des métaux. Cet outil, à défaut des banques elles-mêmes, contribue à apporter de la transparence à un système bancaire pour le moins discret quand il s’agit d’être honnête.

Agir pour une économie citoyenne, éthique et solidaire

Toutefois, nous ne sommes pas condamné·e·s à subir et constater les dégâts de notre malheureux financement. Plusieurs banques éthiques ont vu le jour ces dernières décennies, à la marge des grands groupes connus de tous·tes. C’est le cas de la Nef, une coopérative bancaire créée en 1988 et qui utilise l’argent déposé par les épargnants pour financer des projets écologiques, sociaux, et culturels. Et puisqu’il s’agit de miser sur la transparence, un registre permet à toute la clientèle de vérifier la liste des projets soutenus. Par ailleurs, il est possible soit de toucher les intérêts de l’épargne, soit de les verser à une association (là encore, en toute transparence). D’autres initiatives proposent des épargnes éthiques mais aussi un compte courant, comme le Crédit Coopératif.

Notre argent, quoiqu’il puisse sembler bien abstrait sous forme d’un nombre sur une application, se matérialise donc bien dans la réalité globale que nous vivons tous·tes à des degrés différents. L’exemple des projets Eacop et Tilenga est criant, mais ne forme que la pointe émergée de l’iceberg. A nous de nous informer et de transformer notre manière de concevoir notre rôle dans l’économie dévastatrice qu’alimentent les grandes banques. Faire le choix de l’éthique, c’est promouvoir une économie citoyenne et donc nos droits humains, par-delà les frontières. C’est façonner une société respectueuse du vivant. C’est capitaliser sur l’avenir de la planète et donc le nôtre. Aux banques d’utiliser leur pouvoir dans le bon sens. A l’État de réguler ce secteur effréné dans sa course au profit, en implémentant des réglementations contraignantes et en cessant de se contenter d’annonces cosmétiques et d’un volontarisme ostentatoire.

Léna Lebouteiller

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L’Inévitable Rébellion : réponse d’Extinction Rébellion face à l’inaction sociale et climatique.

« Quand voter ne suffit plus, la rébellion est inévitable. » Le slogan, relayé par le compte Instagram du mouvement a attiré 1500 rebel.les de toute la France le 16 avril pour planter un camp au pied de l’arche de Saint-Denis, en plein cœur de la capitale. Pendant trois jours, les militants se sont approprié la rue en autogestion, se laissant rêver à un autre monde.

Besoin de renforts à Sucre ! Conférence à Farine dans 15 minutes ! N’hésitez pas à aller ravitailler Miel ! Au pied de l’arc de triomphe Saint-Denis, les militant.es fourmillent d’un point de blocage à l’autre : sucre, farine, miel et cannelle. Chacun possède ses instruments de blocage, qui ont permis d’isoler la zone. Les bras enfilés dans des tubes bétonnés à des poubelles colorées, les bloqueureuses en premières ligne forment des « marguerites. » Derrière, certain.es militant.es sont accroché.es à des pianos, les grimpeureuses perché.es sur des infrastructures en hauteur. Les rôles ne manquent pas pour qui veut se rendre utile. Juste à côté se trouvent les médiateurices et les contacts police, chargé.es de dialoguer avec les passant.es et les autorités. Au milieu, les méditantes : assis.es sur l’asphalte, iels méditent face à face avec les CRS. Puis viennent les anges-gardien, qui ravitaillent les bloqueureuses, et les équipes techniques qui installent le coin cuisine, les toilettes sèches et descendent le reste du matériel.

Le « beacon » est une structure « d’artivisme », une méthode de blocage qui fait la fierté de XR. ©Anaëlle Charlier

Une opération bien huilée

Tout s’est passé très vite : rendez-vous à 7h50, déploiement à 9h, on bloque, on tient l’occupation autant qu’on peut. On guette la police, on se tient prêt à résister. Beaucoup en sont conscient.es : ce qu’iels font là, c’est de la désobéissance civile. Iels risquent une amende et l’emprisonnement. Pourtant, au cœur de l’action, l’ambiance est sereine, presque festive : « Il y a peu de risques qu’iels viennent nous déloger, on est pacifistes, les gens sont avec nous et on a la force du groupe pour se donner du courage », confie une militante venue de Bordeaux spécialement pour l’Inévitable Rébellion. C’est ainsi que le mouvement Extinction Rébellion, mondialement connu pour ses actions de désobéissance civile a baptisé cet évènement. L’objectif : alarmer la population et les gouvernements sur l’urgence climatique et sociale.

« Il nous reste 3 ans, c’est un fait, moi je veux pouvoir dire à mes enfants que quand il fallait agir, je suis allé manifester, j’ai changé de métier et je suis devenu aussi écolo que j’ai pu. »

Militant d’XR, père de famille

Les motivations des rebel.les présent.es sont multiples : « il nous reste 3 ans, c’est un fait, moi je veux pouvoir dire à mes enfants que quand il fallait agir, je suis allé manifester, j’ai changé de métier et je suis devenu aussi écolo que j’ai pu » affirme un père de famille. Pour d’autres, se rassembler prouve que l’on est pas tout.e seul.e pour faire face à ce qui semble insurmontable. « La majorité des inscriptions, elles sont arrivées après le résultat du premier tour » explique Isa, responsable de la cuisine « on s’attendait à 600 personnes, finalement on est le double, ça va être plus compliqué à nourrir mais ça fait plaisir d’être là, de lutter toustes ensembles. » Pour nourrir tous ses rebel.les, l’équipe cuisine peut aussi compter sur les dons.

Une vie paisible, en autogestion

Sur le lieu de l’action, tout est prévu pour mener une vie sereine : les street-médics veillent à la bonne santé de toustes, les bulles régénératrice et dodo sont à disposition de qui a besoin de souffler et la cuisine est au petit soin avec des repas copieux et fait maison. Petit plus pour les parents : un espace « enfants » a été installé au cœur de l’occupation, choyant la relève avec des activités manuelles. Une borne à incendie a été tapissée de verdure par leurs soins et arbore désormais fièrement le sigle sablier et l’acronyme « XR » (Extinction Rébellion). Ailleurs, des militant.es flânent, d’autres lisent dans des hamacs, certain.es dessinent, par endroit on tracte, plus loin on colle, on tag. Des tags tous effaçables, car le mouvement prohibe toute forme de détérioration forte.

Les « red rebels » sont une autre forme « d’artivisme ». Iels défilent dans le camp avec lenteur chaque soir. ©Anaëlle Charlier

Certain.es, plus échaudé.es s’organisent pour bloquer le Mac do et le KFC de la rue. Le but : faire fermer les enseignes. Pour décider d’une telle action, il a fallu en discuter lors de l’Assemblée Populaire qui se réunit tous les matins. Chacun.e est invité.e à s’y exprimer et à donner son avis. Finalement, il y a « prise de température » pour trancher. Mains en l’air si on est d’accord, au milieu ou en bas si c’est moyennement ou pas du tout et on croise les bras si c’est une opposition ferme. Chez XR, c’est le consensus de groupe qui prime. « Nous ce qu’on réclame, c’est un système qui redonne le pouvoir au peuple, avec des assemblées populaires plus localisé.es. Un système qui agit pour le climat et pour les droits sociaux. » explique Neptune, sous couverture de son pseudo. Regard complice avec sa voisine, les deux rigolent et ajoutent « on sait jamais si on donne notre vrai prénom ou pas, mais bon j’imagine que maintenant que tout est lancé, c’est tranquille. » En effet, les moyens policiers déployés autour de l’occupation ont disparu dès le samedi après-midi, laissant prospérer la bulle d’autogestion installée en plein Paris.

Anaëlle Charlier

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Un cinquième limite planétaire dépassée

Cette année 2022 commence avec l’apparition d’une nouvelle morose. Un groupe de scientifiques a publié une mise à jour de la théorie concernant les limites de la planète. Leur conclusion : nous avons largement dépassé la limite de notre planète en termes de pollution par substances nouvelles.

Ce 18 janvier 2022, une équipe de quatorze chercheur.se.s de toutes les nationalités a vu paraitre leur étude sur la cinquième limite de notre planète dans la revue Environmental Science & Technology. Ils quantifient dans ce papier la pollution émise par les novel entities, substances nouvelles, c’est-à-dire tous les produits chimiques manufacturés.

La planète et ses neuf limites

Le schéma suivant, traduit par Vert, permet de mieux comprendre les enjeux de cette étude.

Le graphique représente neuf limites planétaires. Certaines sont simples, comme l’utilisation d’eau douce, qui quantifie l’eau douce qu’il nous reste ou bien l’acidification des océans. D’autres sont plus complexes et requiert des calculs scientifiques plus longs et compliqués. A ce jour, nous avons donc largement dépassé les limites de notre planète en termes d’extinction des espèces (intégrité de la biosphère) et de pollution par des substances nouvelles.

Que signifie dépasser la limite ?

Dépasser une limite planétaire veut dire que l’impact est tellement important sur la composition de la planète, notamment géologiquement, que cela peut altérer définitivement l’intégrité du système terrien. Les répercussions ne sont pas immédiates, mais sont envisagées sur le long terme et sont invisibles de notre point de vue. Elles n’en restent pas moins importantes.

Comme le montre le graphique, nous avons fortement dépassé la limite de la pollution par substances nouvelles. Nous n’avons pas dépassé cette limite ce 18 janvier, mais les chercheurs sur le projet ont seulement réussi à calculer cette limite récemment et ont publié le résultat ce 18 janvier. Il reste deux autres limites, en gris sur le graphique, à quantifier.

D’où vient cette théorie ? Le concept des limites planétaires, plus exactement the planetary boundary concept, est créé en 2009. Son but est de définir des limites environnementales dans lesquelles l’humanité peut agir sans se soucier des conséquences sur le système planétaire. Ce concept ne cesse d’évoluer à mesure que de nouvelles limites sont quantifiés et que les anciennes sont mises à jour. Pour les plus motivés, le papier d’origine est à retrouver en libre accès ici.

Le défi qu’ont rencontré l’équipe de scientifiques sur le projet est la définition des termes. Ils ont dû définir précisément ce qu’est une « nouvelle entité »

Les « novel entities »

Les enjeux dans cette étude étaient tout d’abord de calculer la quantité de entités nouvelles, de fixer un seuil pour la limite mais surtout de définir exactement ce que constituent les entités nouvelles.

Définition générale des entités nouvelles

Nouvelles substances, nouvelles formes de substances déjà existantes et formes vivantes modifiés.

La définition proposée contient donc les substances créées par l’homme et qui n’apparaissent pas naturellement sur la planète mais aussi les éléments naturels utilisés par l’homme pour ses activités.

Ainsi, ils comprennent dans ce terme les plastiques, pesticides, produits chimiques industriels, produits chimiques dans les produits de consommation, antibiotiques et produits pharmaceutiques. En tout, il existerait environ 350 000 types différents de ces entités nouvelles.

Pour en savoir plus, retrouvez le papier original en anglais Outside the Safe Operating Space of Planetary Boundary for Novel Entities.

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[Critique] Quand la Chine s’éveille verte…

Nathalie Bastianelli, autrice et spécialiste de la question du développement durable en Chine a publié son livre Quand la Chine s’éveille verte le 1er octobre 2021. Afin de nuancer et de déconstruire vos préjugés sur ce pays connu pour être le premier pollueur au monde, BTS vous invite à écouter ce podcast qui donne de l’espoir aux jeunes générations pour les jours à venir…

Ce podcast est bien sûr à retrouver, en format audio, sur l’ensemble de vos plateformes d’écoute habituelles : Spotify, Deezer, Apple Podcast et bien sûr, Google Podcast !

Intervenant.e.s :

Nathalie Bastianelli, autrice de Quand la Chine s’éveille verte

Retranscription écrite du podcast

Jingle d’introduction « Behind The Society : le podcast »

Musique de lancement

Benjamin, animateur : Bonjour à toutes et à tous, bienvenue dans ce podcast qui va, aujourd’hui, porter sur la situation écologique en Chine.

Clémentine, animatrice : Alors que le président de la Chine ne s’est pas rendu à Glasgow lors de la conférence mondiale sur le climat, nous avons appris qu’à Pékin, les habitants subissaient les effets de la pollution due aux émissions de gaz à effet de serre. Effectivement, la ville de Pékin a dû prendre la décision de fermer ses cours de récréation vendredi 5 novembre à cause du niveau beaucoup trop élevé de pollution atmosphérique de la ville. Début novembre, la capitale chinoise était recouverte d’un épais brouillard. Selon la météo nationale, la visibilité était réduite à 200 mètres par endroits. Un phénomène qui a une fois de plus touché tout le nord de la Chine.

Benjamin, animateur : Pour faire écho à ces actualités, nous nous sommes intéressés au livre de Nathalie Bastianelli s’intitulant “Quand la Chine s’éveille verte…” publié le 1er octobre 2021 à  l’édition de L’aube. De façon inédite, cette auteure témoigne de l’engagement des citoyens chinois pour la planète. Très inquiets pour leur santé et celle de leurs  enfants, des Chinois de la société civile se sont mis à  développer « une conscience verte » de plus en plus affirmée. Dans cet ouvrage, Nathalie Bastianelli raconte leurs parcours et les décisions politiques qui les accompagnent. Si la Chine verdit, cela impacte le mode de vie  de 1,4 milliard de personnes. Autrement dit, si elle réussit  sa mue écologique, les effets d’échelle seront tels que cela  donne un espoir nouveau pour l’avenir de notre planète.  Ce livre offre un point de vue inédit sur la contribution des Chinois à la relève du défi écologique mondial.

Clémentine, animatrice : Nous l’avons rencontrée lors de sa séance de dédicace au Garage, 34 boulevard Carnot à Lille le mardi 23 novembre et nous lui avons posé les questions suivantes afin d’en découvrir plus sur la naissance de l’écologie en Chine connu pour être le premier pollueur au monde.

Fin de la musique de lancement

Benjamin : Est-ce que vous pouvez vous présenter et nous expliquer comment vous avez eu l’idée d’écrire ce livre ?

Nathalie B. : Oui alors, comme je le raconte dans le livre, j’ai créé une ONG qui s’appelle « We Belong To Change » , et chaque année, j’organise un événement éponyme à Pékin ou Shanghaï qui invite des pionniers du monde entier, et de Chine pour moitié, à présenter leurs innovations, leur nouvelle vision du monde de demain, et on diffusait ça en direct sur les réseaux sociaux. L’idée, c’était de me dire « toutes les marques internationales regardent ce marché comme un marché prioritaire « (…) je me suis dit que si on arrive à sensibiliser les jeunes générations entre autres à consommer moins et mieux, vu le monde, ça peut avoir de l’impact. C’est comme ça que je me suis décidée à faire cet événement en Chine.

Benjamin : Vous abordez dans votre livre différentes jeunes figures qui luttent pour l’écologie et le changement des modes de consommation chinois. Nous avons notamment retenu le portrait assez marquant que vous faites de la “Greta Thunberg chinoise” : pouvez-vous nous présenter brièvement l’histoire de cette jeune fille et ses manières d’agir au nom de la planète ? 

Nathalie B. : Oui, alors, Howey vient d’une ville de province de Guilin, et elle a été très sensibilisée par l’action de Greta Thunberg. Elle a décidé de faire la même chose donc de faire la grève tous les vendredis, elle refusait de se scolariser et elle se mettait devant la mairie locale sauf qu’on est en Chine et c’est interdit de manifester, de faire une action comme ça qui va à l’encontre du gouvernement. Donc, elle n’a pas vraiment réussi à fédérer parce que voilà, ses amis ou d’autres personnes sensibilisées se disaient que ce n’était pas le meilleur moyen de faire avancer la cause. Mais, elle, elle n’a pas baissé les bras ! Au début, c’était très compliqué pour elle parce que ses parents étaient très inquiets voire voulaient lui interdire de continuer à manifester. Elle a pas lâché, donc elle a pas été rescolarisée et elle a commencé à voyager dans toute la Chine donc dans les grandes villes ou dans les régions inondées pour sensibiliser les paysans (…) à leur expliquer que voilà, une des raisons des inondations, même si elles ont toujours existé, mais l’accélération de ces inondations, c’était dû au réchauffement climatique. Donc, elle essaie de sensibiliser un maximum. Et, elle est soutenue par Greta Thunberg, d’ailleurs elles sont en contact et là elle était en Europe (…) à la COP26 pour essayer de participer à sa manière (…) de se reconnecter aux Occidentaux et apprendre d’eux pour avoir une action plus efficace dans son pays.

Benjamin : Comment le gouvernement chinois incite sa population, ou plutôt l’encourage, à participer à des actions écologiques ?

Nathalie B. : Alors, tout d’abord, ce projet pharaonique de reboiser tout le Nord de la Chine (…) pour lutter contre l’avancée du désert de Gobi, c’est d’abord une décision gouvernementale qui avait été prise par Den-Xiaoping en 1978, et qui va durer jusqu’à 2050. Autant vous dire que cette décision a été prise au plus niveau et que l’objectif est de planter des milliards d’arbres pour arriver à freiner l’avancée du désert. Mais c’est vrai que des ONG viennent régulièrement aider et que les fermiers qui, avant, avaient de l’élevage (…) bah avec le réchauffement et le désert qui a envahi le village, eh bien ils participent à replanter des arbres, et de temps en temps, il y a même l’armée chinoise qui vient donner un coup de main qui vient à coup de renfort pour accélérer le process. Il y a effectivement une application dont je parle dans mon livre qui a été lancée par le groupe financier du groupe Ali Baba, et qui apprend aux internautes à avoir une vie au quotidien moins carbonnée. Au fur et à mesure qu’ils y arrivent, eh bien ils gagnent des points et quand ils ont atteint autant de points, un arbre virtuel pousse, non seulement virtuellement, mais Ali Baba s’engage aussi à le planter dans le désert de Gobi. Cela a participé à planter des millions d’arbres. Et c’est de cette manière que les citoyens participent au reboisement de la Chine.

Clémentine : C’est intéressant, vous parlez justement de l’impact des réseaux sociaux sur les citoyens et leur manière d’agir. Et, dans votre livre, vous parlez aussi de ce phénomène, mais auprès des Milleniums, une population qui se situe dans une tranche d’âge allant de 15 à 34 ans, une génération qui a un bon niveau de vie et qui consomme de façon importante. Est-ce que cette génération, justement, présente des figures, des stars, qui sensibilisent les jeunes à la question environnementale ?

Nathalie B. : Il y a une ONG avec qui j’ai fait un partenariat effectivement, et qui est dirigée par Maid Mey, pour inciter les jeunes générations à proposer des initiatives. Elle en a fait un concours, et c’est parti viral parce qu’ils (ndlr les citoyens) se sont pris au jeu. Donc, l’idée c’est de montrer comment, dans leur quotidien, ils prennent des initiatives le plus efficacement possible, donc là il y a eu une émulation qui s’est créée. C’est une campagne qui a eu énormément de succès. Il y a un autre organisme, organisme de nutrition en Chine, qui a lancé toute une campagne média à la TV avec des célébrités pour appeler la population à manger moins de viande, et justement à consommer plus de légumes. Donc ce sont des chanteurs, des acteurs très connus qui ont lancé toute une campagne. Donc voilà, les ONG, pour arriver à être efficaces, s’appuient beaucoup sur les célébrités (…) les célébrités jouent très bien le jeu.

Clémentine : Sur le plan scolaire, est-ce que les programmes régis de ce fait par l’Etat sensibilisent également les jeunes à la question de l’urgence climatique ?

Nathalie B. : Depuis des années, ça a été intégré dans les programmes que ça aille de la primaire aux universités. Maintenant, toutes les écoles enseignent la protection de l’environnement, ça fait depuis quelques années que ça a été mis en place.

Clémence : Dans votre livre, vous parlez du tri sélectif et du gaspillage alimentaire sanctionné par le gouvernement chinois. Est-ce que c’est le cas dans tous les établissements, publics comme privés ?

Nathalie B. : Ah oui, vous savez quand une mesure est lancée en Chine, elle s’applique à tous les établissements. En Chine continentale, c’est vraiment quelque chose qui est demandé de manière assez importante depuis Pékin. Je ne sais pas dans quelle mesure c’est pris au sérieux ou pas, mais je pense que les Chinois sont assez désireux de participer à de telles campagnes car je pense qu’une partie comprend très bien que c’est important de lutter contre le gaspillage alimentaire. Aussi, sur le zéro déchet, les chinois se sont inspirés de ce qui avait été fait à San Fransisco. Ils ont pris 10 villes pilotes, et pendant des mois, ils ont fait des tests et puis maintenant, ils essaient de le développer au niveau de 150 villes, 250 villes, 350 villes pour atteindre à telle date l’ensemble des villes chinoises à se transformer en villes zéro déchets. Ils récupèrent aussi les déchets humides, qui sont chez nous le compost, pour en faire de la biomasse. Donc ça ce sont des choses qui se développent très très vite, et que l’on pourrait faire aussi en Europe mais que l’on ne voit pas apparaître, et ça je trouve que ça fait aussi partie des bonnes mesures qui sont prises et qui seraient utiles dans tous les pays.

Benjamin : Vous expliquez que, contrairement à la France, la population chinoise, de par l’autoritarisme du régime, est plus habituée à coopérer avec le régime plutôt que de lui faire face. Pour autant, depuis l’Airpocalypse, des formes de révolte, notamment chez les plus jeunes générations qui sentent leur avenir menacé, osent faire face au gouvernement chinois en les prenant comme responsables. Pensez-vous que la prise de conscience de l’urgence climatique de la part des citoyens chinois est liée à un régime moins autoritaire ?

Nathalie B. : Oui j’entends beaucoup cette remarque comme quoi du fait du régime autoritaire, la Chine va plus vite au niveau de l’environnement. On voit que quand on a une démocratie comme la France, on ne nous impose pas grand-chose concernant nos modes de vie, et donc ça ne bouge pas très vite. Est-ce qu’on doit pour autant avoir un régime moins autoritaire ? Non je pense qu’on doit simplement prendre conscience que ce modèle capitaliste a échoué et que l’on ne peut plus continuer à consommer autant, à proposer autant d’offres et qu’il faut aller vers une consommation un peu plus sobre. D’autant plus que cette consommation à outrance rend les gens malheureux et c’est ce qu’on réalise dans les pays occidentaux. Je ne pense pas qu’on ait besoin d’un régime plus autoritaire, après ça c’est mon point de vue personnel. Oui, son modèle politique fait que, lorsqu’elle prend des mesures, c’est appliqué assez rapidement, ça c’est sûr.

Benjamin : Au-delà de l’Airpocalypse, la COVID a aussi eu des impacts importants sur les manières de consommer et de concevoir le Bonheur. Pensez-vous que le confinement a servi également d’électrochoc à la population chinoise  ?

Nathalie B. : Comme en France en fait, il y a eu en Chine une réelle prise de conscience, et puis des réflexions. Alors, le confinement n’a pas duré longtemps en Chine : il n’a duré que deux mois, il n’a pas été remis en place sauf quand il y avait des cas dans certains endroits de Chine, mais en tout cas la Chine, dans sa globalité, n’a pas été reconfinée. Mais, je pense que ça s’est passé un peu partout dans le monde où les gens ont commencé à reposer la question du lien de l’Homme à la Nature, de l’impact de nos modes de consommation sur la biodiversité, sur le réchauffement climatique. Alors, vous, les jeunes, vous y êtes beaucoup plus sensibilisés, puisque vous êtes la première génération à avoir une épée Damoclès au-dessus de la tête. A votre âge, je n’ai pas connu ça, donc c’est vrai que je pense que ça a effectivement accéléré une prise de conscience, maintenant on espérait tous au sortir du confinement que cela aurait plus d’effets. Mais, moi, je trouve quand même qu’il y a vraiment des gens qui aspirent à changer leur mode de vie et qui le mettent en place concrètement. Je crois que ça a eu son effet et j’espère que ça va continuer à influencer, et je crois que ça a fait la même chose en Chine, oui.

Clémentine : Est-ce que vous pensez que l’on peut prendre en main la question de l’urgence climatique tout en restant focalisé sur la course aux profits comme c’est le cas en Chine aujourd’hui ?

Nathalie B. : Pour moi, c’est un total paradoxe dans tous les pays du monde que de continuer à parler de croissance, de ne pas lâcher un modèle qui abîme, et parallèlement à ça, d’aller vers un modèle beaucoup plus soft, vertueux. Alors, c’est vrai que l’énergie c’est un sujet très important. Mais voilà, le mode alimentaire on n’entend pas beaucoup les gouvernements appeler sa population à manger moins de viande. On voit bien que lorsque l’on essaie de mettre si ce n’est une journée par semaine en milieu scolaire sans viande en France, ça peut créer de la colère en milieu scolaire. Alors qu’en Chine, aller vers un régime moins carné, ça leur donne l’impression de faire attention à leur santé. Comme ils sont très touchés par les sources de pollution multidimensionnelles, ils essaient de faire attention.

Clémentine : Pour conclure, et d’après vous, quelle place peuvent jouer les nouvelles générations dans ce défi ?

Début musique de clôture

Nathalie B. : Bah, pour moi, c’est la clé ! C’est pour cela que j’essaye d’orienter mon forum sur les cibles des jeunes générations parce que c’est eux qui me donnent le plus d’espoir, chez qui je sens beaucoup plus de sensibilité et d’ouverture sur ces sujets par rapport à ces anciennes générations qui ont grandi avec une autre vision du monde. Donc, pour moi, que ce soit en Chine ou ailleurs, ce sont vraiment ces jeunes générations qui vont nous aider à réussir ce pari, espérons-le !

Fin musique de clôture

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Extinction Rebellion et Youth For Climate recouvrent Lille de pétrole

Malgré son passage à un nouveau logo arc-en-ciel, Total perd en popularité chaque jour. Plus de 200 organisation militante ont rejoint le Glasgow Agreement et agissent dans 54 pays, du 15 au 22 novembre 2021.

Gare au greenwashing : on nous prend totalement pour des cons

Avec son nouveau logo et son nouveau nom Total EnergieS, l’entreprise veux nous montrer qu’elle se diversifie et qu’elle n’investit plus seulement dans les énergies fossiles. Un exemple parfait de greenwashing.

Le green washing, ou en français l’éco blanchiment, consiste pour une entreprise à orienter ses actions marketing et sa communication vers un positionnement écologique. C’est le fait souvent, de grandes multinationales qui de par leurs activités polluent excessivement la nature et l’environnement. 

Selon greenwashing.fr

Cependant, le S de Energies semble superflu. En 2019, pour 1 baril d’énergie renouvelable, Total produit 447 barils d’énergie fossile. Et la multinationale n’est pas près d’arrêter. Entre 2026 et 2030, Total prévoit de réserver 80% des investissement à l’extraction de gaz et pétrole.

Pour savoir plus : https://glasgowagreement.net/en/collapse_total/

Une expérience sensorielle totale

Ce samedi, Extinction Rebellion Lille @xrlille, aidé par Youth For Climate Lille @youthforclimatelille, a décidé de s’attaquer à Total, en s’en prenant aux banques qui financent encore Total tout en connaissant sa passion pour les énergies fossiles.

Quelques chiffres : Le Crédit Agricole possède 9,7 milliards de dollars d’actifs dans la compagnie pétrolière. BNP Paribas et le Crédit Agricole ont investi respectivement 7,3 milliards et 6 milliards de dollars dans ses projets d’extraction.

Photo de la devanture du Crédit Agricole par Helene Decaestecker

Les quelques 60 militants divisés en groupe se sont donc répartis les différentes banques et ont traversé Lille de banque en banque, barbouillant les vitrines de faux pétrole et collant des affiches pour sensibiliser le public. Bien que le barbouillage et le collage ne dure que 5 minutes, certains passants s’arrêtent et posent des questions, preuve que l’action fonctionne.

Ils se sont ensuite tous rassemblé devant le Crédit Agricole rue de Béthune, pour le final. Ce dernier était sous forme d’une pièce de théâtre mettant en scène deux hommes d’affaires versant du pétrole sur deux jeunes femmes sans défense, et deux banquiers qui demandaient aux passants de venir les aider à investir dans les énergies fossiles. Très vite, une foule s’est rassemblée autour de la pièce et les lillois se sont intéressés au message.

Le final constituait une expérience sensorielle totale. Pour la vue et l’odeurs, les fumigènes noirs donnaient l’impression d’être dans un nuage de pollution. Pour l’ouïe, deux militants se chargeaient de scander les revendications du Glasgow Agreement, et lorsque l’un deux criaient « Extinction », le reste des rebelles répondait « Rébellion ». Enfin, pour le goût, il y avait cette amertume de voir des passants rire au visage des activistes.

Heureusement, d’autres passants s’arrêtent et s’intéressent à la cause. La mission d’Extinction Rebellion est donc accomplie : peut-être ont-ils convaincu plusieurs lillois de changer de banque, peut-être ont-ils recruté de nouveaux rebelles. En tout cas, leur message est passé.

Pour résumer l’action, j’utiliserai cette citation :

Nous devons faire s’effondrer Total pour éviter un effondrement total.

The Glasgow Agreement

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Phoque la pollution

Boycotter le BlackFriday : entre privilège de classes & lutte pour l’environnement

Initialement prévu ce vendredi 27 novembre mais reporté au 4 décembre du fait du re-confinement national, le Black Friday version 2020 fait couler beaucoup d’encre. À l’approche de cette journée noire pour la carte bancaire, ça s’active dans les milieux militants pour dénoncer cet événement capitaliste au possible. Leur principal motif de colère ? La santé de notre chère planète dégradée en ce vendredi noir. Face à ces revendications, de nombreux.euses français.e.s sont mal à l’aise : la catastrophe environnementale que cette journée provoque n’est plus à prouver mais la nécessité de cet événement pour le porte-monnaie de nombres de consommateurs.trices non plus.

Sur-production, accroissement de la pollution, maltraitance des fabricant.e.s, il y a tant de raisons qui font du black friday une journée noire, & pas uniquement pour la carte bancaire. La principale lutte des militant.e.s lors du Black Friday ? La santé de notre chère planète.

Black Friday : journée noire pour les magasins & pour la planète

Surproduction & exploitation forcenée de l’environnement : ce sont les maîtres-mots du black friday. Durant cette journée de consommation extrême, l’industrie de la mode est la plus sollicitée. Cette fameuse industrie, la deuxième plus polluante au monde, celle qui est responsable de 20% de la pollution de l’eau mondiale, c’est cette industrie sur laquelle les consommateurs.trices se ruent lors du Black Friday.

Ne serait-ce que l’utilisation du vêtement pose problème : avec l’obsolescence esthétique imposée par l’industrie de la mode il y a plus de 4 millions de tonnes de déchets textiles chaque année dû en partie aux stocks importants d’invendus ou encore aux abandons prématurés des vêtements par les consommateurs.trices.

Le cycle de vie d’un vêtement par Comme un camion

Pourtant, bien avant de pouvoir le porter, un vêtement pollue déjà. Entre la culture du coton, la provenance de ses différentes matières premières, l’assemblage de celles-ci & l’acheminement en point de vente, un jean par exemple parcourt environ 6500 kilomètres & engendre l’empreinte carbone qui va avec.

« Tu tombes dans un engrenage parce que c’est ce genre de magasins où tout est fait pour te faire consommer & en fait la conscience écologique tu la laisses à l’entrer & tu la récupères à la sortie. »

Charlotte, étudiante précaire, concernant la conscience écologique dans les magasins de fast-fashion.

C’est ça la réalité de l’industrie de la mode. C’est le poids du capitalisme sur la survie de notre environnement. C’est la précarisation sociale & industrielle qui profite aux multinationales. C’est le profit des grandes enseignes au détriment de notre planète.

À découvrir : Pourquoi la mode est devenue une des industries les plus polluantes ? par Comme un camion

Black Friday : une organisation bien différente dans les diverses sphères de la société

À l’approche du black friday, chacun.e a son organisation pour se préparer à cette journée. Les commerçant.e.s préparent leurs stocks & prévoient leurs réductions tandis que les organisations écologiques s’activent pour visibiliser l’impact environnemental de ces-dites réductions. Du côté des consommateurs.trices, la tendance est partagée. Certain.e.s font une liste de ce qu’iels projettent d’acheter, d’autres lorgnent sur les réductions de la black week tandis que le reste se tient bien éloigné de cette journée : que ce soit par pur désintérêt ou par conviction politique.

Pour l’édition 2020 du black friday, Loïs s’est engouffré dans la fracture que cette journée suscite entre les milieux militants écologistes & les personnes précaires qui ont besoin de consommer ce jour-là précisément pour comprendre les enjeux de cette division sociétale.

« Les gens ne sont pas en capacité de faire de l’écologie. »

Charlotte, étudiante précaire, dénonce l’incapacité sociétale à être écolo’.

Militantisme anti-Black Friday : un mouvement écologiste mais classiste ?

Classisme : Le classisme est une discrimination fondée sur l’appartenance ou la non-appartenance à une classe sociale, souvent basée sur des critères économiques.

Étudiant.e.s, parents seul.e.s, famille modeste, travailleur.euse précaire, ou encore retraité.e.s, nombreuses sont les personnes qui ont besoin de consommer lors du black friday.

Parmi elleux, Loïs a échangé avec Charlotte, une jeune étudiante lilloise en situation de précarité pour qui la question de la consommation ne se pose pas lors du black friday. À contre-cœur & en faisant dos à ses convictions écologiques, elle a besoin de ces réductions & elle les utilisera lors du black friday.

« En fait le black friday chez nous ça a toujours été l’occasion d’acheter ce dont on a besoin en moins cher […] parce qu’on n’avait pas l’argent de pouvoir l’acheter sans remise. »

Charlotte, étudiante précaire, concernant son rapport au black-friday.

Bien loin de ce rapport de compulsivité, d’achats d’influences & de fast-fashion, il faut se rendre compte que certain.e.s consommateurs.trices du black friday le sont par nécessité, par besoin. Charlotte nous a confié ce ressenti qui persiste dans son mode de consommation : elle n’a pas les moyens d’acheter tout ce qui lui est nécessaire tout au long de l’année (que ce soit vêtements, électroniques ou autres) alors lorsque le black friday arrive, c’est sa seule occasion (avec les soldes) de se procurer ces biens tout en ne finissant pas sur la paille.

Ça n’a jamais été synonyme d’achat superflu, parce que ce n’est pas comme ça que j’ai été élevé & puis tout simplement parce qu’on n’avait pas l’argent de faire des achats superflus

Charlotte, étudiante précaire, à propos des pratiques familiales lors du black friday.

À aucun moment Charlotte n’évoque la notion d’acheter pour le plaisir, il n’en est pas question, les moyens ne sont pas là & l’intérêt non plus.

Consommateur.trice du black friday : la culpabilisation des milieux militants

Une lutte qui oublie l’humain qu’il y a derrière lae militant.e, un système de militantisme indifférent & massif, une lutte qui oublie les causes personnelles du.de la militant.e, un système de militantisme culpabilisant. C’est de ça dont on veut parler lorsque l’on dit que le système militant écologiste est classiste.

« Comme dans tous les milieux militants, on oublie tous les autres problèmes que celui qui nous occupe. »

Charlotte, étudiante précaire, à propos des milieux militants écologistes

Ancienne éco-déléguée au lycée, Charlotte connaît bien cette pression militante, ce poids social qui tourne autour de la précarité. Ses mots sont bruts, dits rapidement & presque aussitôt gênés : « c’est clair que l’écologie c’est un truc de riche. »

Être militant.e écologiste n’est en soit pas une pratique avec des pré-requis financiers – faire de la pédagogie & sensibiliser étant plutôt à moindre coûts – mais appliquer & incarner ces revendications écologistes demandent bien plus de moyens – que ce soit pour l’alimentation végétarienne/vegan ou la consommation éthique qui a un coût.

Les revendications les plus courantes dans les milieux écologistes tournent souvent autour de ce point-là : la consommation éthique, que ce soit de saison, bio, d’origine France, etc. De même pour les vêtements qui doivent être confectionnés dans de bonnes conditions, avec des matières qui n’ont pas une énorme empreinte carbone & toujours origine France. C’est finalement la même chose avec les meubles que l’on ne doit pas acheter à des multinationales mais à des artisan.e.s locaux.ales pour encourager le savoir-faire français.

« J’aimerai beaucoup avoir une conscience écologique & pouvoir me dire que j’achète mes vêtements en friperie ou dans des magasins où ils sont faits en cotons bios, en France & tout mais je ne peux pas, je peux pas me permettre de mettre autant d’argent dans un pantalon, parce que je ne les ai pas tout simplement. »

Charlotte, étudiante précaire, concernant les modes de consommation éco-friendly.

Face à ces recommandations écologistes qui ressemblent d’avantage à des injonctions, Charlotte réagit simplement : « pour soutenir toutes ces causes-là il faut avoir de l’argent en fait. Sauf que l’argent je ne l’ai pas. »

C’est bien là tout le problème du manifeste écologique des mouvements qui ne regardent pas leurs propres membres : il est certes important de visibiliser, de politiser & de dénoncer les abus environnementaux & de lutter pour la sauvegarde de notre planète, mais il est aussi important de comprendre que chaque personne qui porte ce combat pour la planète n’a pas forcément les moyens pour appliquer à la lettre ce manifeste d’une vie totalement éco-friendly.

« On a conscience de cet impact, on fait au mieux. Avec des amis on se prête des vêtements, pour limiter l’envie d’en racheter, on fait les brocantes avec mon copain pour acheter de la seconde main… Mais la vérité c’est qu’au bout d’un moment on est fatigués de se priver. »

Charlotte, étudiante précaire, aborde le système D entre écologie & faibles revenus.

C’est au centre de ces dilemmes que les personnes précaires se trouvent, entre conscience écologique & dépendance de classe, entre survie économique dans notre monde capitaliste & engagement écologique pour la préservation de l’environnement.

C’est à celleux qui ont le plus de difficultés à joindre les deux bouts, c’est aux personnes les plus modestes que l’on demande de s’adapter, que l’on impose un changement. C’est sur les épaules de ces mêmes personnes en difficultés que la société met tout le sort de son environnement, sans pour autant incriminer les comportements de masses, les multinationales à retentissement gigantesque & les grand.e.s dirigeant.e.s qui pourraient changer les choses.

En quittant le foyer familial je me disais que j’allais pouvoir mener une vie plus responsable, j’avais une vision idéalisée de ce que pouvait être ma vie, alors je fais de mon mieux mais je sais que ça n’est pas assez, et c’est extrêmement décourageant.

Charlotte, étudiante précaire, emplie d’un désarroi entre conscience écologique & statut de classe.

Finalement, entre luttes de classes & luttes sociétales, il n’y a qu’une barrière qui empêche la corrélation de ces mouvements : la barrière non-négligeable de la considération de l’être humain individuel au-delà des revendications collectives. La barrière significative de la prise en compte de l’individu & de ses contraintes personnelles au-delà de ses convictions écologiques.

Ce sont les classes populaires, qui, une fois encore, prennent en pleine face le poids du changement, la responsabilité individuelle de la destruction d’un environnement collectif. C’est en continuant ainsi, à compter sur les changements individuels sans s’intéresser aux conditions de ceux-ci, que l’on condamne notre avenir.

Sans un changement massif, une politique réformiste, une nuance sociétale & un retournement de classes, nous ne pourrons pas espérer en finir avec ces événements qui divisent entre rêve & réalité, entre valeurs & labeur.

Loïs Hamard