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Féministes tant qu'il le faudra L'île de Lille

Savoir écouter, c’est déjà aider

Durant le premier confinement en mars 2020, le quotidien de millions de Français.e.s a basculé et les habitudes de chacun.e ont été modifiées. Mais les violences faites aux femmes, elles, ne se sont jamais arrêtées. Selon l’ONU, en France, les signalements ont augmenté de 30% pendant cette période. Face à cette situation, différentes associations décident de mettre en place des points d’écoute dans les centres commerciaux pour donner un soutien à ces femmes qui ne savent pas vers qui se tourner ni même si elles ont le droit de sortir de chez elles. 

Face à l’affluence que connaît le lieu, le point d’écoute Nina et Simon.e.s à Villeneuve-d’Ascq  est pérennisé et a reçu plus de 1900 personnes depuis sa création. Rencontre avec Guillemette Stevens, une des intervenantes, sexologue et conseillère conjugale de formation. 

Présentation du point d’écoute Nina et Simon.e.s

Le point d’écoute est financé par la direction régionale aux droits des femmes et dépend de la préfecture de région. Les personnes qui y travaillent sont soit des salarié.e.s soit des bénévoles, à plein temps ou à temps variable. Plusieurs professionnel.le.s se trouvent donc sur place : conseillers.ères conjugalles.aux, psychologues, juristes, travailleurs.euses socialles.aux, des bénévoles expert.e.s. 

L’accueil, l’écoute et l’orientation sont donc l’essence de ce lieu. À l’intérieur, des posters de Nina Simone et de Simone Veil en référence au nom du point d’écoute. Mais aussi des fauteuils, des livres et films féministes et surtout un endroit caché par des tissus afin que toutes les personnes souhaitant se confier puissent le faire en se sentant à l’aise. C’est l’un des points fondamentaux pour les intervenant.e.s : créer un endroit sans jugement, à l’abri des regards et bienveillant. 

Focus sur celles et ceux qui se rendent au point d’écoute

Les profils des personnes sexisées victimes de violences qui s’y rendent sont très variés, certain.e.s viennent après plusieurs années de violences, d’autres sont en plein milieu de la procédure et viennent pour des conseils, d’autres encore viennent dès le début. Mais la plupart de ces personnes sexisées sont déjà passées plusieurs fois devant le lieu avant de prendre la décision d’entrer et de venir parler. Le point d’écoute accueille aussi des personnes en questionnement sur leur identité de genre ou leur sexualité. Le nom du lieu étant écrit en écriture inclusive, les hommes aussi peuvent venir parler, qu’ils soient cisgenres, transgenres ou non binaires. 

Selon Guillemette, ces personnes sexisées qui entrent au point d’écoute ont choisi de parler de leur situation et n’ont donc pas trop de mal à se confier. Les intervenant.e.s exercent l’écoute active ce qui permet à ces personnes de prendre conscience qu’elles sont victimes de violences. Les personnes sexisées minimisent souvent ce qui leur arrive, cela est notamment dû aux violences psychologiques qu’elles ont subies. Passée cette étape, elles sont orientées vers des associations (pouvant être les associations partenaires) qui s’adaptent à leurs besoins : relogement, réinsertion professionnelle, mise en contact avec la justice etc. Mais le plus important est de toujours avancer selon le rythme de la personne. 

L’important rôle des associations face à un budget national médiocre face aux inégalités

Toutes ces actions menées par les différentes associations prennent d’autant plus de sens que le budget alloué au Ministère des droits des femmes dans le cadre du programme « Égalité entre les femmes et les hommes » n’était que de 27 millions d’euros, soit 0,0066% du budget global en 2016 selon le Haut conseil à l’égalité. 

Le rôle des associations est donc central en France, notamment pour les personnes sexisées victimes de violences physiques et sexuelles. Guillemette regrette que ce soit les associations qui fassent le travail de l’État. Le point d’écoute Nina et Simon.e.s bénéficie gratuitement de sa cellule mais les associations ont des budgets inégaux.

Quelles sont les autres alternatives ?

Selon Guillemette, certains comptes Instagram ou chaîne Youtube font également avancer les choses en postant des contenus militants, les médias deviennent également de plus en plus sensibles à ces questions. Mais cela ne semble pas être une solution durable puisque c’est tout un changement de mentalité qui est à opérer afin de stopper les violences faites aux personnes sexisées et d’observer une réelle égalité entre les genres.

Pour Guillemette il n’y a pas de secret, la solution se trouve dans l’éducation. La mise en place effective de la loi de 2001 qui impose d’avoir au moins trois fois par an, du CP à la terminale, des séances dédiées à la vie affective et sexuelle permettrait déjà d’opérer une avancée dans les mentalités. Si cela était fait, des notions comme le consentement, l’égalité et le respect s’installeraient plus tôt dans les esprits. 

Malgré un certain découragement, une note d’espoir

La situation est parfois décourageante pour les intervant.e.s, si certains pensent que le féminisme n’a plus son utilité en France, il faut rappeler que 90 femmes sont mortes d’un féminicide depuis le début de l’année, que 93 000 femmes sont victimes de viol ou de tentative de viol par an  et que 32% des femmes ont déjà subi du harcèlement sexuel au travail (NousToutes). Les actualités récentes comme les restrictions à l’avortement au Texas ou encore la situation des femmes Afghanes nous rappellent que les droits des femmes sont constamment menacés.

Comme le disait Simone de Beauvoir : «  N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique, ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question ». 

Mais Guillemette remarque tout de même une certaine évolution dans les mentalités, elle qui a mené des actions dans les écoles auparavant, constate qu’il y a dix ans les jeunes filles avaient totalement intégré le patriarcat et trouvaient cela normal d’être jugées quant à leurs tenues ou de se faire insulter gratuitement. Elle remarque que cela est beaucoup moins le cas aujourd’hui, notamment après Me Too. 

Merci à Guillemette Stevens pour son temps et sa bienveillance ainsi qu’à toutes les associations présentes au point d’écoute Nina et Simon.e.s qui ont mis en place un endroit sûr, chaleureux et surtout utile.

Pour aller plus loin…

Numéro 3919

Toutes les informations concernant le point d’écoute Nina et Simon.e.s : https://www.villeneuvedascq.fr/point-daccueil-et-decoute-nina-et-simones

Site de l’association Solfa, une des associations partenaires : https://www.solfa.fr

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Gouverner selon la masculinité hégémonique, quand le patriarcat s’invite en politique

Homme, masculinité et pouvoir sont étroitement liés. Dans les milieux militaire, politiques et même religieux : comment les femmes peuvent s’imposer à l’heure où les codes masculinistes régissent la sphère politique ? Quel autre mode de gouvernance, moins vertical pourrait amener à une vraie réponse aux besoins de la société actuelle ?

La masculinité hégémonique : origine et répercussions

La masculinité hégémonique est définie par Raewyn Connell dans son ouvrage d’étude des masculinités Masculinities. Cette sociologue du milieu des années 80 y théorise quatre formes de masculinités : complice, subordonnée, marginalisée et celle qui nous intéresse aujourd’hui, hégémonique. Dans une culture genrée où masculinité et féminité sont opposés, est considérée comme hégémonique l’homme qui incarne tous les traits positifs des normes masculines, il est fort, riche, puissant mais aussi incroyablement beau et séduisant, sans oublier loyal et dévoué.

Mati Gonzalez, Raewyn Connell, Tatiana Pineros et Simon Uribe lors d’une conférence « La communauté trans, ses défis et ses revers », Carolina Chavez Caballero, avril 2018, Flickr

Dans le monde politique, cela s’exprime par la domination de codes que beaucoup pensent neutres, alors qu’ils sont en réalité profondément genrés. 

Les hommes politiques ont pour coutume de s’exprimer avec une voix forte, empiéter voire couper la parole de leurs concurrent.e.s pendant les débats. L’image du politicien est très contrôlée, la prise de parole et les relations affichées sont soigneusement réfléchies, tout ce qui transparaît vise à correspondre aux codes de ce que la société exige pour exercer un pouvoir légitime. Le désir de domination et la sureté de soi sont loin d’être dissimulés, au contraire ils sont vus comme de véritables atouts et mis en avant, allant parfois même jusqu’à écraser les féministes et les minorités pour se donner du crédit.

De même, l’incertitude est vue comme un aveu de faiblesse, la fierté de ne jamais avoir tort l’emporte sur les excuses publiques lors d’une erreur. Prendre le temps de la réflexion ou de consulter des avis extérieurs donne un sentiment de fragilité dans la décision finale, et c’est sa crédibilité qui en pâtirait. Or le pouvoir se doit d’être à l’image de la masculinité qu’il incarne : fort et sûr de lui.  

La figure la plus emblématique du leadership de domination se retrouve largement dans les gouvernements populistes, avec Viktor Orban en Hongrie, Jair Bolsonaro au Brésil et bien évidemment Donald Trump, anciennement président des Etats-Unis. Trump, l’homme politique campé sur ses positions, qui refuse la remise en question, qui nie et repousse critiques et accusations.

Il est l’incarnation parfaite du pouvoir de domination induit par la masculinité hégémonique : écrasant les droits des femmes et des minorités pendant tout son mandat. Agissements passés inaperçus car Trump s’oppose à la Chine, Trump renvoie les mexicains chez eux, Trump fait prospérer l’économie américaine. L’ancien président a dans son camp les citoyens se sentant « strangers in their own land », selon le sociologue américain Arlie Russell Hochschild. Il explique un sentiment partagé par une majorité de citoyen.ne.s américain.ne.s immigré.e.s de l’Europe, qui ont le sentiment d’être dépassé.e.s dans l’accès aux ressources, emplois, éducation, médiatisation et postes de pouvoir par les immigrant.e.s et les minorités qui, progressivement, deviennent majoritaires dans le pays.

Cependant pour les Etats-Unis, l’arrivée du duo Kamala Harris et du président Joe Biden marque peut-être le début d’un pouvoir moins inflexible.

Il ne s’agit pas ici de présenter les régimes dits populistes comme étant les seuls marqués par le sexisme : en France, déjà pendant sa campagne électorale, Emmanuel Macron annonçait « j’exercerais un pouvoir jupitérien » sans se cacher. Les postes les plus importants du gouvernement sont occupés par des hommes, majoritairement issus des mêmes écoles et des mêmes milieux sociaux.

L’influence de la masculinité est présente dans toutes les formes de pouvoir, du plus populiste au plus démocratique, en passant bien sur par le plus autoritaire. Ainsi, on en retrouve les codes dans toutes les couches de la société, elle-même patriarcale.


« J’exercerais un pouvoir jupitérien »

Emmanuel Macron

Les conséquences sur la place des femmes en politique.

Ce pouvoir fortement viriliste se répercute indéniablement sur la place des femmes et des minorités dans l’espace politique, symbole du pouvoir par excellence. Hors des normes et éloigné.e.s des codes de la masculinité hégémonique, iels sont contraint.e.s de se plier à ces-dits codes. S’affirmer est d’autant plus difficile qu’iels sont plus susceptibles d’être victimes de l’agressivité du milieu : se faire couper la parole, ne pas être écouté.e, ne pas être pris.e au sérieux.

La pression déjà très forte dans ce milieu est décuplée : iels se doivent d’être irréprochables et inattaquables pour être légitimes de gouverner. Pour arriver au même niveau de responsabilité, une personne issue d’une minorité raciale, de genre ou d’orientation sexuelle devra redoubler d’effort et ne jamais cesser de faire ses preuves. Efforts qui ne sont pas demandés à un homme blanc cisgenre qui entre d’office dans les normes patriarcales.

Pour en revenir au problème de la parité évoquée plus tôt, il est en lien avec un manque de mixité dans les institutions, la scène politique étant composée de profils tous très similaires, qui s’entretiennent dans une bulle.

Pourquoi le système serait remis en question dans un milieu où il convient à tous ?

Il serait logique de penser que l’écartement d’autres profils du pouvoir se fait dans le but de maintenir les privilèges, et c’est sans doute en partie vrai. On peut prendre pour exemple la manière dont sont pointées du doigt les réseaux de femmes et de minorités tentant de s’allier pour se donner du poids et être entendus, quand les réseaux masculins sont la normalité pour toustes. Pourtant, cet entre-soi est loin d’être bénéfique, même pour ceux qui en font partie. Ceux qui seraient tenté.e.s d’en sortir, de proposer autre chose et de relâcher une forme de pression induite par ce système de domination se retrouvent écrasé.e.s et n’ose pas forcément se lever contre ses semblables.

Ce système se révèle particulièrement injuste et cloisonné.

Une autre gouvernance est-elle possible ?

Marie-Cécile Naves, chercheuse associée au Centre de Recherches interdisciplinaires de Paris présente dans La démocratie féministe : réinventer le pouvoir un autre mode de gouvernance, qui quitterait le mode horizontal que l’on connaît actuellement. Elle explique qu’il ne pourrait qu’être bénéfique que d’écouter les minorités toujours laissées de côté, pour comprendre et répondre aux besoins de notre société : elle constate que 80% des déplacé.e.s dans le monde sont des femmes, qui représentent aussi 2/3 des personnes en dessous du seuil de pauvreté. Pourtant, elles sont encore souvent écartées des débats dont elles sont les premières concernées.

En invitant les personnes touchées, les militant.e.s, les scientifiques et plus largement chaque citoyen.ne à apporter sa pierre à l’édifice, on établirait un pouvoir basé sur la collaboration, la communication et la prise en compte des avis et idées de chacun.e. Il est pour cela nécessaire d’élargir l’espace de pur débat politique, aujourd’hui très occupé par les polémiques. Elle suggère aussi de s’inspirer de la politique du care, de l’anglais soin, attention ou encore sollicitude : cela permettrait d’amener un aspect plus éthique dans la politique, en favorisant le relationnel pour lutter contre l’isolement et l’individualisme. Il serait alors possible de lutter contre la méconnaissance de certains enjeux majeurs.

Concrètement, à l’échelle d’une entreprise les cadres et haut.e.s-placé.e.s seraient chargé.e.s de consulter de manière décomplexée et sans menaces de représailles toustes les employé.e.s en leur demandant un rapport honnête de leur ressenti face à l’exercice du pouvoir dans l’entreprise.

Le pouvoir de demain se veut plus coopératif, respectueux de la science, imaginatif, inclusif et non violent : il peut sembler utopiste de penser que seul le dialogue peut gouverner, mais de plus en plus de nouvelles influences arrivent à faire entendre leurs voix, auprès de la société et parfois directement face aux politiques à l’image de la sportive Megan Rapinoe, la militante écologiste Greta Thunberg ou encore la chanteuse Angèle. Il incombera aux jeunes, qui selon Marie-Cécile Naves représentent un espoir important, de poursuivre dans cette direction.

Le but est avant tout de se recentrer sur un pouvoir collectif, chacun.e devant se sentir légitime de s’exprimer sur la construction d’un avenir qui nous concerne toustes.

Sources :  

Politiques du care | Cairn.info

Podcast, Les couilles sur la table, La politique d’homme à homme, 14 janvier 2021

Raewyn Connell, Masculinités. Enjeux sociaux de l’hégémonie (openedition.org)

Photo mise en avant : Paola Breizh, Patriarcat Paris 20ème, 23 mai 2020, Flickr

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#SciencesPorcs : La culture du viol touche tous les milieux, l’élite de Sciences Po n’y déroge pas.

Voilà quelques jours que les témoignages affluent, que le paysage médiatique est repeint des accusations d’aggressions sexuelles de la part de ceux qui forment « l’élite de notre nation. » Dans la lignée de #MeTooInceste & #MeTooGay , la société commence doucement à défaire davantage ses œillères & découvre l’ampleur des violences sexistes & sexuelles qui règnent en toute impunité dans les IEP si prestigieux de notre chère république.

Content Warning : Cet article aborde plusieurs témoignages de violences reçues au sein des IEP, il est question de viol, d’agressions & d’une impunité extrême. Ce contenu peut être difficile à lire, protégez-vous.

Tout a commencé le 23 janvier du côté de Sciences Po Bordeaux. Un témoignage fait l’effet d’une bombe, de là s’ensuit une pluie de récits qui ne cesseront de déferler jusqu’à ameuter les élèves des IEP de la France entière.

Du côté de Toulouse aussi, ça s’agite. Ce sont les mots de Juliette, 20 ans, qui font du remue-ménage. Elle poste sur le groupe Facebook des étudiant.e.s de Sciences Po Toulouse une « lettre ouverte à celleux qui le voudront, pour que plus jamais cela n’arrive. » Juliette y accuse son violeur, elle s’adresse à lui & mets des mots sur la nuit qu’il lui a fait subir. Elle y incrimine aussi l’administration de l’iep, celle qui a son rôle à jouer dans le viol qu’elle a subit de part sa non-réaction totale mais aussi via la formation à l’impunité & à la domination masculine qui est dispensée à « l’élite de la nation. »

Retour sur l’institut qui forme des agresseurs en masse avec l’idée qu’ils s’en sortiront toujours.

La préparation aux concours : une prépa à l’enfer

Avant même de passer les portes du grand institut pour la première fois, de nombreuses personnes sont les victimes des violences patriarcales intériorisées & enseignées à Sciences Po.

Angèle* n’avait que 17 ans quand elle essayait de mettre toutes les chances de son côté pour réaliser son rêve d’intégrer un IEP. A ces moments-là, lors de longues & éprouvantes périodes de préparation qui isole les étudiant.e.s dans la recherche de la perfection pour avoir une chance d’avoir sa place sur les bancs de l’élite, des agresseurs sciencespistes profitent des jeunes ambitieux.euses en toute impunité.

« Il s’était proposé de m’aider pour le concours. Je suis allé chez lui pour réviser. Il a tenté de me violer. Je me suis enfuie de chez lui en courant, seule, dans le noir à 1 heure du matin, sans téléphone. »

Angèle*, 17 ans au moment des faits

Quoi de mieux pour les violeurs de l’institution que de s’attaquer à de jeunes étudiant.e.s tout juste sorti.e.s du lycée & plein.e.s de projets pour s’assurer une immunité qui ne pourra être rompue par une victime bâillonnée par la loi du silence qui règne.

L’omerta s’impose naturellement : comment imaginer pouvoir se faire une place dans un tel monde de requin alors que l’on accuse l’un d’entre eux ? Ce serait se tirer une balle dans le pied, tout le monde en a conscience dans les rangs de Sciences Po.

Sa carrière face à ses traumatismes, c’est le duel que les victimes des sciencespistes doivent mener. Angèle* en a fait les frais quand elle en est venue à espérer de toutes ces forces ne pas être prise à Sciences Po Lille – l’école qu’elle voulait le plus – pour ne pas avoir à croiser tous les jours son violeur en sachant que « personne ne pourrait rien faire pour [la] protéger. »

L’intégration à Sciences Po : une vie bizutée

Dans le cycle de vie à Sciences Po, aucune étape n’est blanche comme neige face aux accusations de violences. Ancienne étudiante à Sciences Po Toulouse, Nathalie* dénonce des phases d’intégration qui ne sont que de grands festivals de violences banalisée.

« Quand il fallait départager les équipes c’était « tout le monde à poil » et les filles on comptait double. »

Nathalie*, étudiante à Sciences Po Toulouse entre 2011 & 2014.

Le bizutage, c’est la porte ouverte à toutes les agressions sans qu’elles ne soient ne serait-ce qu’abordées dans le futur. Alors les étudiants en profitent pour faire vivre la misère à ces jeunes qui viennent à peine de rentrer dans l’école de leurs rêves.

« On nous forçait à manger du cassoulet sur le torse des garçon. […] Des filles ont dû manger du yaourt sur le caleçon de certains garçons. »

Nathalie*, étudiante à Sciences Po Toulouse entre 2011 & 2014.

L’humiliation publique pour « souder les troupes », c’est la méthode archaïque qui est utilisée à Sciences Po pour l’intégration de ces 1A, & tout cela au profit de ces 2A, 3A etc. Les séances de lavage des voitures des aînés en maillot de bain devant tout le monde sont monnaie courante, le spectacle est publique.

« On nous a fait peur & on nous a fait comprendre que cette violence-là était normale. »

Nathalie*, étudiante à Sciences Po Toulouse entre 2011 & 2014.

L’intégration se clôture en apothéose avec le « tribunal », « auquel on passait pour tout et n’importe quoi ». Les apprentis juges se font un malin plaisir de détruire publiquement une bonne fois pour toutes les 1A.

« Une fille qui avait eu des rapports sexuels intimes avec différents garçons de notre promo a été humiliée & agressée devant tout le monde, elle a été traité de salope et a du manger du cassoulet sur les fesses d’un garçon. »

Nathalie*, étudiante à Sciences Po Toulouse entre 2011 & 2014.

Tout cela se passe dans le silence le plus total & surtout & avant tout avec la complicité de l’administration majoritairement composée d’ancien.ne.s étudiant.e.s à Sciences Po. Iels ne peuvent donc pas dire ne pas avoir connaissance ni conscience de toute la violence de ces intégrations qui constituent un rite de passages dans ces écoles de prestige.

L’administration de Sciences Po Toulouse est complice du bizutage parce que chaque année on fait croire aux premières années qu’il y a aura un test d’anglais, & c’est ça qui marque le début du bizutage.

Nathalie*, étudiante à Sciences Po Toulouse entre 2011 & 2014.

Gala d’hiver : les violeurs n’ont pas froid aux yeux

Des centaines de témoignages font référence à ces soirées, à ces galas, à ces week-ends & à ces cérémonies. Se fier au GHB ou offrir assez de verres à sa victime pour la mettre dans un été d’ébriété : les sciencespistes ne manquent pas de « méthodes » pour détruire des vies.

Etudiante à Sciences Po Lille, Zoé Faucher témoigne d’une tentative de viol subit il y a deux ans, par un camarade de promo lors du gala d’hiver. Ces soirées réputées de l’élite de la nation, qui empestent l’alcool, les paillettes & l’argent, c’est le climat parfait pour les violeurs sciencespistes.

Elise*, étudiante à Sciences Po Toulouse, a été agressée sexuellement par un de ses « amis » les plus proches pendant son sommeil, chez elle, après une soirée, alors qu’elle n’était qu’en première année.

Je suis aujourd’hui en Master, et malgré le temps, je ne suis toujours pas en paix avec moi-même et avec cette histoire.

Elise*, agressée sexuellement par un « ami » alors qu’elle était en 1A.

Science Po Toulouse est rongé jusqu’à l’os, Marion* en témoigne avec force. Après une soirée arrosée, son agresseur s’invite chez elle, ne voulant pas partir il s’impose pour la nuit, & reste sur ses positions le lendemain. Après des heures à lui demander de partir, de la laisser tranquille, lui expliquant qu’elle avait des choses à faire, il n’a pas bougé d’un poil. Marion* est à bout, de plus en plus mal à l’aise, oppressée dans son propre chez elle.

« Je me dis que le seul moyen pour qu’il parte, c’est que je couche avec lui. Il m’a fait mal, c’est horrible, je n’en avait pas envie j’étais dégoûtée je voulais pleurer mais je voulais par-dessus tout qu’il parte et me laisse tranquille. »

Marion*, étudiante à Sciences Po Toulouse, victime de viol.

Miroir, mon beau miroir, dis-moi quand est-ce que la société va croire les victimes

« Il a nié en bloc en disant que c’était ma parole contre la sienne »

Angèle*, 17 ans au moment des faits.

Pourquoi est-ce plus facile de croire à de fausses accusations plutôt qu’à un viol ? Notre société patriarcale en est la réponse.

Remettre les paroles des victimes en question est une spécialité française & tout comme pour le reste, « l’élite de la nation » n’échappe pas à ces biais dominants.

Bien au contraire, le #SciencesPorcs démontre avec force l’inaction des administrations & de l’institution face à des affaires qui se comptent en centaines par campus.

« J’ai essayé de parler à l’administration mais on m’a dit que ce n’était pas dans les locaux de Sciences Po, donc ils ne pouvaient rien faire. »

Zoé Faucher, victime de tentative de viol, Sciences Po Lille, 2018.

« Quand j’ai osé parler, l’administration m’a envoyé un courrier des mois plus tard afin de m’expliquer qu’au regard de l’éloignement des faits, du bon comportement global de ces élèves durant leur scolarité & bien il n’y aurait aucune décision de prise, c’est-à-dire que la personne qui m’a frappé est aujourd’hui diplômée de l’école, moi non. »

Nathalie*, étudiante à Sciences Po Toulouse de 2011 à 2014.

La culture du viol à Sciences Po, c’est aussi une culture du silence, une omerta qui pousse les élèves à se retrancher sur elleux-mêmes sans jamais en parler.

Briser cette omerta ces derniers jours avec ce # c’est aussi briser le cercle du clivage de Sciences Po qui entraine la victime à se remettre en question elle plutôt que son agresseur, parce que toute la société & l’institution ont ancré le fait que c’était de sa faute en remettant le poids de l’accusation souvent sur l’état d’ébriété de la victime.

J’ai mit du temps à capter que c’était grave en fait, j’essayais de ma convaincre que c’était ok et que ça allait passer. Et avec toutes les histoires qui tournent autour des mecs dégelasses qui sont pas sanctionnés, je me suis pas du tout tourné vers [l’administration et la justice] en priorité.

Elise*, violée par un « ami » alors qu’elle était en 1A.

Cachez ce violeur que je ne saurai voir

Ne pas réagir face à des accusations de violences au sein de son établissement est une chose, transférer l’accusé sur un autre campus pour qu’il puisse jouir de sa scolarité en toute tranquillité, loin des accusations, en est une autre.

On sait tou.te.s à quel point les groupes de gars sont protégés, surtout qu’ils sont toujours là alors que ce n’est pas la première fois qu’ils sont accusés.

Marion*, étudiante à Sciences Po Toulouse, victime de viol.

A Paris, ce « système » bien opaque de transferts entre campus est presque monnaie courante. Au fur & à mesure que les témoignages affluent, une tendance se dessine : le campus de Reims, c’est celui de la deuxième chance.

A Lille, Zoé Faucher n’a pas échappé à ces magouilles internes de la part de l’institut. Plutôt que de lui apporter une réponse & un soutien convenable dans l’épreuve qu’elle traversait, la direction de Sciences Po Lille a préféré transférer S.L, l’homme qui a tenté de la violer, à Science Po Lyon.

« Ils ont l’habitude de faire des transferts pour bouger le problème afin de nous faire taire. »

Zoé Faucher, victime de tentative de viol, Sciences Po Lille, 2018

Alors que presque 700 kilomètres séparent les deux instituts, Zoé ne peut se résigner à penser que c’est fini, parce que la problématique reste la même : « qu’il soit à Lille, à Lyon ou ailleurs, il peut faire du mal, le transférer ne rend service à personne.« 

Quel avenir pour l’institution Sciences Politiques ?

Le monde des grandes écoles & leurs élèves a été bousculé par cette vague de témoignages qui émanent de l’intérieur, & alors que Frédéric Mion, directeur de Sciences Po Paris, a présenté sa démission ce mardi 9 février dans l’après-midi alors qu’elle était réclamée depuis plusieurs semaines du fait de son implication dans l’affaire Olivier Duhamel, les victimes en demandent plus, elle veulent du changement.

« Ca fait partie du processus d’apprentissage dans ces écoles, on est traité.e.s comme des merdes, violer c’est normal, agresser c’est normal, insulter c’est normal & toi tu dois prendre tout ça & te taire parce que tu n’as pas de soutien »

Nathalie*, étudiante à Sciences Po Toulouse entre 2011 & 2014

Alors que la plateforme Parcoursup accueille désormais les formations des IEP, le mouvement social autour du #SciencesPorcs agite les esprits, tant des élèves de terminale qui rêve de ces IEP que des étudiant.e.s qui doivent se préparer à faire leurs choix de Master prochainement.

C’est quelque chose dont on ne nous parle pas quand on postule à l’IEP, c’est quelque chose qui est indiqué nul part et moi j’aimerai qu’avec ces témoignages on fasse prendre consciences à tou.te.s celleux qui veulent venir à Sciences Po qu’iels seront crus, accompagnés, plus jamais seuls dans tout ça.

Zoé Faucher, victime de tentative de viol, Sciences Po Lille, 2018

L’initiative & l’engagement étudiant via des associations doit prendre le pas, le rythme de s’inclure davantage sur des problèmes de fonds, sur un travail en amont des violences. Pour Zoé Faucher, membre de l’association Bon Chic Bon Genre (Sciences Po Lille), il est primordial de continuer à accompagner & soutenir les victimes, mais il est aussi temps de fonctionner plus largement, notamment en tant qu’étudiant.e.s plus expérimenté.e.s, plus âgé.e.s, qui pevent ainsi s’investir & se mettre aux côtés des plus jeunes.

Finalement, l’introspection. On ne parle pas là d’une charte de genre ni d’une commission sur l’égalité : ça a déjà été fait & c’est « assez éloigné de ce qu’il se passe réellement » selon Zoé Faucher.

« Ce qu’il faut, c’est que l’administration arrête de se placer en tant qu’institution attaquée, décriée, méprisée, oppressée comme une victime, parce qu’elle ne l’est absolument pas, elle n’est pas victime, il ne faut pas inverser les rôles. »

Zoé Faucher, victime de tentative de viol, Sciences Po Lille, 2018

Les réactions au mouvement né du #SciencesPorcs n’auront pas fait l’unanimité, c’est le peu de le dire. Alors que Sciences po Paris a publié un premier communiqué de presse en fin de journée mardi 9 février, d’autres ne devraient pas tarader à pleuvoir, mais c’est bien loin des attentes.

Encore & toujours du côté des mêmes villes, c’est l’intervention de Sciences Po Toulouse sur Instagram qui déçoit d’une part & énerve d’un autre.

Quand je vois les accusations de diffamation je me dis « mais vous n’avez pas honte de ce que vous racontez ? Les victimes parlent, elles racontent enfin ce qu’elles ont vécu & vous leur lâchez à la gueule le fait d’être diffamatoire ! »

Zoé Faucher, victime de tentative de viol, Sciences Po Lille, 2018

Sciences Po Bordeaux ne sauve pas le navire de son côté : le choix du silence a été fait de leur part, iels ont préféré la modération des commentaires – ou plutôt la suppression de tous ceux qui ne leur plaisaient pas – pour ne pas entacher leur joli post de promotion pour les portes ouvertes.

Racisme & sexisme : intersectionnalité des oppressions à Sciences Po

La majorité des témoignages est à propos de violences sexistes & sexuelles, mais certains autres comme celui d’Anaïs* crient le racisme ambiant de ces écoles auto-proclamées progressistes alors qu’elles se résument à un panel de schémas de domination.

Ancienne étudiante de Sciences Po Bordeaux, Anaïs* a subit le racisme en tout genre que ces écoles fermées peuvent couver. Au racisme comme au sexisme, l’administration ne fournit pas de réponse satisfaisante.

Lorsque je rapporte des propos négationnistes et racistes qu’on m’a balancé à la figure, l’administration répond : « Vous savez, il faut composer avec les opinions de tout le monde, même si on n’est pas d’accord. »

Anaïs*, ancienne étudiante de Sciences Po Grenoble.

La liberté d’opinion a bon dos, ou comment justifier ses biais racistes & oppressants par une défense précaire & criante d’un parti prit politique qui ne saurait être accepté dans une école qui devrait former l’élite de la nation.

Le climat de l’IEP fait très peur et n’incite pas à parler. […] Les sciencespistes attaquent les victimes à base de « on ne peut plus rien dire. »

Marion*, étudiante à Sciences Po Toulouse, victime de viol.

Elle préfère laisser couler les affaires, masquer les accusations, éloigner un petit peu les agresseurs & laisser périr les victimes.

*Les prénoms ont été modifiés pour garantir l’anonymat des victimes

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Féministes tant qu'il le faudra

2020 : bilan d’une année historique pour 5 militant.e.s féministes

Si l’on vous demande de nous parler de l’année 2020, beaucoup d’entre vous évoquerez la crise sanitaire, la Covid-19 qui est rentrée dans nos vies. À Behind The Society, on préfère parler de l’année 2020 sous un autre angle, sous une vision militante, avec un œil engagé. Retour sur une année 2020 historique pour les luttes féministes. Rencontre avec Noé, Shanley MC, Farah*, Chloé Madesta & Tay Calenda.

Impunité des violences sexistes & sexuelles : une spécialité à la française

L’année 2020 a commencé en grande pompe : alors que la cérémonie des Césars avait déjà fait du bruit en 2019 lors de l’annonce des nominé.e.s, elle en a fait davantage le 28 février, le soir de la cérémonie. Tay Calenda, photographe italienne vivant à Paris, n’a pas loupé une miette de cette soirée. Elle n’était pas dans la salle Pleyel, mais dehors, aux côtés des militantxes du collectif Collages Féminicides Paris présentxes pour dénoncer la glorification du réalisateur Roman Polanski pour son film J’accuse alors qu’il est accusé à douze reprises de viols ou agressions sexuelles.

On sentait la colère de la foule composée de femmes et de minorités de genre. Iels n’ont pas eu peur de s’attaquer aux barrières qui protégeaient le red carpet, à rester et à crier leur colère. J’ai senti une vraie unité.

Tay Calenda , photographe, à propos de l’action du 28/02 autour de la salle Pleyel.

Il faut croire que l’impunité dont profite Roman Polanski, le réalisateur à la douzaine de victimes, est une spécialité française. C’est ce que l’on pourrait penser face à la nomination de Gérard Darmanin au ministère de l’intérieur & d’Eric Dupont-Moretti au ministère de la justice.

Nommer un violeur comme premier flic de France, c’est dur de faire plus clair comme bras d’honneur à toutes les victimes. C’est du même acabit que si Macron avait craché personnellement au visage de toutes les victimes de violences, d’agressions sexuelles et de viols.

Farah*, colleuse à Lille, à propos du remaniement ministériel.

À lire : La claque, par Caroline de Haas sur Mediapart

Chloé Madesta, ancien.ne colleuxse à Paris déplore le remaniement ministériel & les hommes qui ont été promus :

Le fait que Dupont-Moretti soit à la justice est extrêmement problématique : on est sur un avocat qui est le défenseur historique des auteurs de féminicides, il s’est moqué du harcèlement de rue, il se moque des violences sexuelles en permanence, il fait preuve d’une misogynie intolérable à pleins d’égards.

Chloé Madesta, activiste intersectionnel.le à propos du remaniement ministériel

L’homme qui viol est le même qui réalise, qui dirige, qui chante, qui préside, qui enseigne, qui écrit. Comment est-ce encore possible que des accusations pour violences ne stoppent pas l’ambition d’un homme ? Au contraire, elle en est épargnée, mise à l’abri, séparée & chérie.

C’est un énorme backlash au sens de réponse à toutes les mobilisations & toute la ferveur féministe, c’est comme un retour de bâton & de ligne qui est assez cohérent avec la ligne de Macron qui est un projet de durcissement de la répression & de répression des libertés fondamentales.

Chloé Madesta, activiste féministe à propos du remaniement ministériel.

Pour Tay, il est évident « qu’on n’a pas mal d’autres agresseurs qui nous dirigent », cela fait une raison de plus pour « atteindre des postes de pouvoir pour faire changer profondément le système ». C’est la seule & ultime solution : monter dans la société, & changer tout ça, ne surtout pas reprendre la même pour ne pas recommencer, mais bien pour changer.

« Au demeurant, [Gérard Darmanin] est un excellent ministre du budget. » Ces paroles sont irréalistes, les entendre au micro de FranceInfo le 12 juin dernier de la bouche de Nicoles Belloubet, alors ministre de la justice, est encore plus douloureux pour les victimes de violences sexuelles. Dédouaner un homme accusé de viol par son travail de qualité, c’est ce Nicoles Belloubet a fait. Aux paroles sexistes, une riposte féministe : c’est l’action que plusieurs collectifs français ont menée en scandant « au demeurant, mon violeur est un très bon [insérez un mot le qualifiant]. »

À lire : Le plus dur, c’est l’impunité, par Caroline de Haas sur Mediapart

C’est assez parlant que les seuls cas de pédocriminalité dont on parle ce soient des personnes très médiatisées comme Polanski, Matzneff etc alors que lorsque l’on parle de pédocriminalité – & d’inceste – ce sont vraiment des histoires qui sont vécues par des millions de personnes en France dans l’ombre. On est sur 2 à 3 enfants par classe de 30 victimes de pédocriminalité en France aujourd’hui.

Chloé Madesta, activiste, à propos de l’ampleur de la pédocriminalité en France.

À lire : Inceste : « Dire « non » au père est encore très difficile », par Cécile Daumas

L’année 2020 a marqué les esprits de par les nombreuses révélations qu’elle a accueilli, notamment dans le milieu du sport avec le témoignage de Sarah Abitbol dans Un si long silence duquel en a découlé des centaines, des milliers.

Dans la lignée du témoignage de Sarah Abitbol qui accuse son ancien entraîneur de viol lorsqu’elle avait 15 ans, mais aussi des accusations menées contre Roman Polanski, la France s’est emparée du sujet de la pédocriminalité & de ses victimes.

La pédocriminalité est terriblement banalisée puisqu’à chaque fois on essaye de dédouaner ces grands personnages médiatiques au prétexte de leur génie artistique, de leur position médiatique etc. C’est un exemple flamboyant d’à quel point la pédocriminalité est un sujet qui n’est pas investi ni politisé dans nos sociétés.

Chloé Madesta, activiste, à propos de l’impunité des pédocriminels.

À suivre : @deconstruction.pedocriminalité sur Instagram

Confinements & crise sanitaire : un contexte favorable aux violences

C’était inattendu, mais ça a déterminé toute notre année 2020. L’épidémie de coronavirus a impacté notre quotidien, elle l’a bouleversé, elle n’a pas eu un impact que sur l’économie du pays ou la pollution de l’air, elle a aussi marqué les schémas de violences systémiques.

Ce sont les femmes, les minorités de genre & les enfants qui ont pâti de la situation, enferméxes avec leur agresseur.

Farah*, colleuse lilloise, à propos des violences intrafamiliales pendant le confinement.

Alors que la pollution française s’est retrouvée confinée pendant plusieurs semaines, que les écoles ont fermées leurs portes & que le télétravail s’est démocratisé, les familles se sont retrouvées entre elles, pour le meilleur & pour le pire, sans qu’une quelconque solution soit ne serait-ce que discutée & encore moins mise en place pour faire face aux violences conjugales & intrafamiliales.

Le numéro vert pour les agresseurs qui était ouvert à davantage d’heure que le numéro pour les victimes de violences c’était le point final d’un gouvernement qui n’en a rien à foutre des violences sexistes intrafamiliales.

Noé, colleureuse, quant aux moyens dédiés aux victimes de violences pendant le confinement.

À lire : Un rapport montre la nette augmentation des violences intrafamiliales pendant le confinement par Mathieu Dejean, sur les Inrockuptibles

Le peu de fois où nous pouvions sortir de chez nous, les violences sexistes & sexuelles continuaient à nous suivre : le harcèlement de rue a flambé pendant le premier confinement grâce aux rues désertes dont profitaient les agresseurs pour agir en toute impunité face à une victime d’autant plus vulnérable & sans grandes chances d’obtenir de l’aide extérieure.

Il y avait des témoignages qui s’accumulaient sur les réseaux sociaux de personnes qui disaient « mais, vous avez remarqué que quand on sort les hommes sont en chasse ? », dès qu’ils voient une femme dans la rue on se fait harceler, tu avais toujours des hommes qui chassaient.

Shanley MC, militante féministe à propos du harcèlement de rue pendant le confinement.

Avec la pandémie & pendant le confinement, ce sont des odes à la minceur qui ont fleuris partout dans notre société. La peur du relâchement liée à l’isolement, d’enfouir ses émotions dans la nourriture, de passer des heures dans le canapé sans rien à faire & les stéréotypes du laisser-aller sans coiffeurs.euses ni salle de sport ont alimentés une grossophobie déjà bien installée dans la société française.

Pendant des semaines, on a vu des lives instagram de séances de sport, des publicités pour des régimes & des personnalités qui appelaient à prendre soin de nous, de préparer notre corps pour l’été, tant de comportements qui n’ont fait que renforcer la grossophobie ambiante de cette situation anxiogène.

On voit toujours les mêmes corps à la télé, sur les mannequins, c’est toujours des mannequins qui font du 34. Si ton corps ne ressemble pas à ceux-là, tu te sens mal, alors que voir des corps d’autres personnes qui ont des bourrelets, des vergetures, qui font du 42, ça fait du bien parce qu’on se dit « ok la norme ce n’est pas le 34 », c’est juste que tous les corps sont beaux.

Noé, colleureuse, à propos de la visibilité des corps diversifiés.

Le confinement, il a aussi mit pause sur des mouvements de luttes entiers, reposés sur la réappropriation de la rue : les collages. Loin d’être en panne d’idées, les féministes ont fait preuve d’ingéniosité & ont fait naître un mouvement virtuel. À défaut de coller dans la rue, sur le chemin du supermarché ou de l’école, les collages se sont invités sur les monuments & les ponts grâce à des images personnalisés.

Le monde numérique : chat noir des combats féministes

Les hommes n’ayant plus la rue pour nous faire du mal, ils utilisent les réseaux sociaux comme arme de domination.

Shanley MC, militante féministe à propos du sexisme pendant le confinement.

Avec le confinement, l’isolement dans le domicile familial, l’arrêt des cours & le manque de distractions, d’occupations & de relations sociales, nous avons toustes augmenté considérablement notre temps passé sur les écrans à la recherche d’un passe-temps, d’un échappatoire : les réseaux sociaux ont largement répondus à cette attente. Que ce soit pour occuper une journée sans qu’aucun cours ne soit prévu sur Zoom ou alors pour échanger avec des proches sans lesquel.le.s nous vivons, les réseaux sociaux ont été pris d’assaut pendant le confinement.

Si les réseaux sociaux & l’espace du cyber a pu être approprié pour le travail, créer de nouveaux liens sociaux etc, ça a aussi été un espace où logiquement les cyberviolences ont explosées.

Shanley MC, militante féministe, co-créatrice de l’association StopFisha.

La flambée d’utilisation des réseaux sociaux n’a pas épargné les victimes des schémas d’oppressions, elle n’a fait que les torturer un peu plus, notamment avec les comptes fisha. Shanley, co-fondatrice de l’association Stop Fisha qui vise à lutter contre ces comptes & à accompagner le victimes – autant émotionnellement que juridiquement – nous explique ce que sont ces comptes, ce qu’ils font.

« Un compte fisha, c’est l’incarnation du sexisme » : alors que beaucoup parlent de revenge porn, Shanley n’est pas en accord avec ce terme problématique, elle « préfère parler de diffusion d’images intimes sans le consentement, et encore, [elle] trouve que ça ne souligne pas la violence de l’agression.« 

C’est une agression méconnue, banalisée, voire même justifiée, & le terme de revenge porn veut tout dire, il signifie « se venger de quelque chose, de quelqu’un.e », comme si c’était la personne qui l’avait provoqué et qui en est coupable à l’origine alors que non !

Shanley MC, co-fondatrice de l’association StopFisha à propos du terme revenge porn.

Le problème va plus loin que cela, ce ne sont pas que des images intimes, des « nudes » qui ont été envoyées puis diffusées, c’est « aussi de la pédopornographie, il y avait des femmes à qui on retirait leur voile et on les affichait sur ces comptes-là, il y avait aussi beaucoup de mysoginoire, c’était un bordel sans nom !« 

Les comptes fishas ont explosé au point où il y en avait un par région, par ville, il y avait fisha du Havre, fisha du 95, fisha Lille & c’est même allé jusqu’en Belgique, c’était l’enfer.

Shanley MC, militante féministe, co-créatrice de l’association StopFisha.

L’ampleur des comptes fishas était hallucinante, des raids de signalements étaient organisés par les militantxes pour faire supprimer ces groupes, ces comptes aux milliers d’abonné.e.s qui diffusaient les noms, les adresses, les numéros de téléphone de leurs victimes pour en faire des paria, pour mener des campagnes de harcèlement à leur encontre, dans le but de détruire sa réputation au lycée ou d’envoyer ses photos intimes aux proches de la victime.

La vie cyber est très marginalisée, ce qui se passe dessus est tellement déligitimé, je pense que c’est pour ça qu’il y a eu une non-réaction totale. C’est aussi parce que ça concerne les femmes & que les réseaux sociaux sont complètement complices des violences exercées à l’encontre des femmes sur leurs plateformes.

Shanley MC, militante féministe, co-créatrice de l’association StopFisha.

Dans le cadre des actions menées par StopFisha, Shanley & ses adelphes ont eu un rendez-vous avec Cédric O, chargé du numérique, mais force est de constater que « la réponse fut assez faible. » Les moyens n’ont pas été débloqués, & leurs revendications n’ont pas obtenus de consolation alors qu’elles sont urgentes, vitales pour les victimes. « On avait plusieurs revendications dont le fait d’augmenter les effectifs de Pharos – la police du numérique – mais ils ne nous ont jamais écoutés là-dessus.« 

Se retrouver & se réapproprier la rue : l’art des collages

Les collages, ces messages qui ont émergés en août 2019, un soir dans Paris, & qui ont fait le tour du monde depuis, avec des centaines de villes françaises qui collent & une vingtaine de pays du monde qui ont rejoint le mouvement.

Le fait d’être un groupe qui déambule dans les rues avec la même haine pour le patriarcat, le capitalisme et tout ce qui en découle, ça donne un sentiment d’invincibilité.

Farah*, colleuse lilloise.

Les collages, ces messages qui sont nés avec la volonté de dénoncer les féminicides & qui sont aujourd’hui les porteurs des luttes intersectionnelles de différents mouvements : ça va du personnel hospitalier aux personnes de la communauté lgbt+.

Le fait de coller est hyper cathartique, souvent la frustration et la colère prennent trop de place, alors je transmets ces émotions dans les slogans, le pinceau, la peinture et les grands coups de brosse sur les murs.

Farah*, colleuse lilloise.

Les collages, c’est l’arme de réappropriation que des centaines de personnes utilisent, il est question de se réapproprier la rue, celle qui est si souvent minée pour les personnes sexisées, celle où l’on ne se sent pas en sécurité, celle où l’on est agressé.e.s.

Avant de passer de « l’autre côté » j’étais en mode fangirl de ces personnes qui bravent la loi avec leur seau et leurs brosses en main pour que des personnes se sentent plus fortes et moins seules quand elles marchent dans la rue.

Farah*, colleuse lilloise.

Féminicides : toujours plus d’appels à l’aide mais toujours aussi peu de moyens

Si on n’avait toujours pas compris que le gouvernement faisait passer ses intérêts capitalistes avant nos vies & notre sécurité, au moins maintenant c’est clair.

Farah*, colleuse lilloise à propos du manque de moyen alloué aux victimes de violences.

« 98 féminicides conjugaux », c’est le tragique décompte de l’année 2020. À cela s’y ajoute les 11 travailleurs.euses du sexes & les 2 personnes transgenres tuées.

112 vies ont été arrachées, 112 familles ont été traumatisés par ces meurtres.

112, c’est le chiffre que l’on retiendra de l’année 2020, c’est un chiffre qui aurait pu être moindre, si les moyens avaient été données, si les cris avaient été entendus, si les plaintes avaient été prises.

On ne peut tout simplement pas mettre fin à ces violences sans argent, nous c’est tout ce qu’on attend : c’est de l’argent, c’est des moyens financiers et pas des réunions politiques de communication comme des grenelles et des tables rondes parce qu’on en a assez fait, maintenant ce qu’on veut c’est de l’argent.

Chloé Madesta, activiste, quant au manque de moyens pour lutter contre les féminicides.

À lire : «Féminicides, mécanique d’un crime annoncé», par Caroline de Haas sur Mediapart

Utilisons les collages pour faire honneur, pour rendre hommage, pour se remémorer les victimes & réclamer les moyens nécessaires pour faire en sorte qu’il n’y en ait pas d’autres.

À la mémoire des 112 victimes de l’année 2020, le collectif Collages Féminicides Paris s’est réuni au 44 rue Bouvier dans le 11ème arrondissement de Paris pour coller en leurs noms. Au même titre que la session qui avait été organisé au même endroit, à la fin du mois d’août 2020, en mémoire des victimes de féminicides depuis un an, soit depuis le début du mouvement parisien.

On est en train de courir un marathon, il faut savoir quand foncer et quand ralentir, et réaliser que le but ne va pas être atteint tout de suite ou facilement.

Tay Calenda, photographe militante, à propos de la lutte contre les féminicides.

À regarder : Mémorial des victimes du patriarcat, par Judic Perrot & le collectif Collages Féminicides Paris

Le grenelle n’a rien donné, les promesses n’ont pas été tenues, la « grande cause du quinquennat » a été enterrée, les positions du gouvernements ont été claires : l’année 2020 aura au moins eu ce mérite de clarifier (si cela était encore nécessaire) le positionnement du gouvernement français face aux violences sexistes & sexuelles.

Ce gouvernement ne nous aidera pas, j’en suis intimement convaincue, nous ne sommes pas la priorité du quinquennat. Je pense que le positionnement de nos ministres aujourd’hui incarne parfaitement bien la violence que nous subissons.

Shanley MC, militante féministe, co-créatrice de l’association StopFisha.

À lire : Dans les affaires de féminicides, les alertes négligées par les forces de l’ordre, par Nicolas Chapuis, Lorraine de Foucher, Jérémie Lamothe et Frédéric Potet pour Le Monde.

La révolte des jeunes générations : une relève qui veut du mal aux systèmes d’oppressions

#Lundi14Septembre #LiberationDu14 #BalanceTonBahut #GardeTonVoile ces mouvements ont marqués la rentrée scolaire de septembre 2020. Une quinzaine de jour après le retour en classe, les revendications sont données : il n’est jamais trop tôt pour dire stop au sexisme, & ces lycéen.ne.s, ces étudiant.e.s, l’ont très bien compris.

Dénoncer les règlements sexistes des établissements scolaires, dénoncer la sexualisation des élèves sexisées, dénoncer la culture du viol présente dans la société, dénoncer le patriarcat & toute sa construction. Là est l’objectif de ces mouvements qui ont raisonnés dans tout le pays & au-delà des frontières, notamment au Québec.

C’est hyper important d’écouter plus jeunes que soi, de leur donner beaucoup de force, de les soutenir, c’est tout l’enjeu du sexisme qui y tient, ses racines sont à l’école, elles tiennent dans la socialisation, dans les constructions sociales, tout se passe par l’école, c’est hyper important qu’on agisse sur ce terrain-là.

Shanley MC, militante féministe, co-créatrice de l’association StopFisha.

Certain.e.s crient au ridicule, d’autres à la manipulation, mais ces mouvements précurseurs qui émergent de plus en plus tôt relèvent uniquement de la responsabilité de notre société patriarcale qui ne peut qu’être dénoncée au vu des dominations qui rongent les principes fondamentaux de l’égalité.

Il y a une politisation très jeune des personnes touchées par le sexisme, je trouve ça formidable, c’est peut-être le résultat de toutes les mobilisations antérieures qu’il y a eu sur ces sujets-là qui ont permit de politiser des personnes plus jeunes.

Chloé Madesta, activiste féministe à propos de la politisation des plus jeunes.

Selon Chloé Madesta, les réseaux sociaux ont aussi leur rôle à jouer dans cette politisation des jeunes, le fait d’avoir ainsi accès à du contenu pédagogique & militant (comme iel en produit sur son compte) « ça aide à une politisation plus rapide. »

Dans le milieu féministe, le milieu militant, on a du mal à tendre la main aux plus jeunes, il y a beaucoup d’infantilisation, il y a beaucoup de “ouais mais tu ne connais pas le milieu militant donc tu ne peux pas forcément rentrer” ou alors faut en apprendre les codes ou alors “t’es pas encore prêt.e”

Shanley MC, militante féministe à propos de l’infantilisation dans les milieux féministes.

Intersectionnalité & inclusion : le mouvement féministe en proie à l’évolution

Durant l’année 2020, c’est aussi le mouvement féministe en lui-même qui a changé, qui a évolué, qui a grandi.

L’intersectionnalité, la diversité, l’inclusion, la visibilité, la déconstruction, ces termes sont aujourd’hui monnaie courante dans les milieux militants, ils appellent à une ouverture & à une définition plus grande de nos luttes.

Parmi ces évolutions questionnées, adoptées & vécues par le féminisme, la question du genre est prédominante. L’inclusion des minorités de genre, des personnes transgenres & des personnes non-binaires est primordiale à la vie d’un féminisme intersectionnel, Noé nous en parle : « il y a plus de visibilité non-binaire, ce n’est clairement pas assez mais ça fait du bien de voir qu’on nous prend enfin en compte dans les milieux féministes.« 

On devrait rendre le milieu militant féministe plus sain, plus bienveillant, parce qu’en attendant ça s’entre ronge mais on a besoin de cet espace là pour s’émanciper & se libérer.

Shanley MC, militante féministe à propos du milieu féministe.

L’enjeu qui prend du temps à être saisi, qui l’est un peu trop doucement & sûrement, c’est la convergence des luttes. Psychophobie, validisme, handiphobie, racisme, transphobie, homophobie, putophobie & bien d’autres encore, peinent à être inclus & défendus par les militantxes de nos jours.

Chloé Madesta parle d’abord de la pédocriminalité, qui reste un des sujets « pas assez investi par les groupes féministes, pas assez interrogé dans les réflexions que l’on mène sur les violences sexuelles parce qu’elles touchent bien sûr les personnes sexisées mais aussi et avant tout les enfants. » L’omission, le rangement sous le tapis de ces vécus, c’est ce qui est dénoncé par Chloé mais aussi par d’autres victimes de pédocriminalité qui ressentent un militantisme à demi-mesure lorsque cela concerne les enfants.

Au début de l’été, un tournant politique a été prit par plusieurs collectifs militants pour les droits des personnes queers, travailleurs.euses du sexe, personnes racisées – entre autres – en organisant une pride alors que l’annuelle pride parisienne avait été reportée à novembre (puis annulée) en raison de l’épidémie.

L’idée était d’organiser une contre pride qui permettait de visibiliser des groupes sociaux qui normalement ne le sont pas – ou en tous cas noyés par l’aspect festif et très blanc/bourgeois des prides habituelles – c’est-à-dire de visibiliser les personnes racisées, les personnes travailleuses du sexe etc.

Chloé Madesta, activiste féministe, à propos de la pride « nos fiertés sont politiques »

Entre performativité & pureté militante, le milieu féministe mérite d’avoir ses bonnes résolutions. Chloé Madesta les ferait tenir à une intersectionnalité naturelle & réelle envers les minorités (travailleurs.euses du sexe, personnes racisées, grosses, handis, neuroatypiques etc).

Il faudrait qu’on arrive vraiment à avoir une approche qui ne soit pas performative de nos soutiens à ces groupes-là mais qu’on les intègre vraiment dans nos luttes, qu’il y ait une réflexion profonde et une déconstruction réelle sur leurs revendications spécifiques

Chloé Madesta, activiste, à propos de la performativité des luttes.

Du point de vue de Tay Calenda, photographe du mouvement féministe & d’autres mouvements sociaux, la tendance est à la « pureté militante« , ce qui rend « le mouvement dogmatique et empêche les vrais échanges & les vraies réflexions. » Cette injonction à la pureté militante qui tire vers une « logique sectaire« , Tay veut s’en débarrasser.

Face à nous on a un système qui compte sur nos divisions pour nous garder impuissant.e.s, il faut qu’on s’en rende compte pour s’en libérer. Il faudrait apprendre à remettre en questions certaines méthodes de militer néfastes au profit d’une plus grande cohésion.

Tay Calenda, photographe, à propos de la pureté militante.

*le prénom a été modifié pour garantir l’anonymat de la colleuse

Crédits photos : Tay Calenda – @tay_calenda sur Instagram

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Sportive : une place rare dans un monde d’hommes

En ce 24 janvier, journée internationale du sport féminin, nous posons notre loupe sur le monde des sportives. Compétitions moins diffusées, sportives moins payées, sous-représentation dans les compétitions mixtes, sexualisation des sportives, violences sexistes & sexuelles, c’est le lot des athlètes féminines dans notre monde actuel. À l’occasion de cette journée, Behind The Society se penche sur la place de ces femmes dans un monde dominé & dirigé par des hommes. Ce qui est d’autant plus le cas dans le monde du football que nous avons analysé grâce à notre rencontre avec Marine Pattyn, footballeuse depuis dix ans.

Football féminin VS Équipe féminine de football

Pour certain.e.s, la nuance est moindre, il s’agit de jouer sur les mots, tandis que pour d’autres, c’est l’illustration des discriminations sexistes.

« Le fait de dire football féminin ça sous-entend que le football c’est pour les garçons, que le football que font les femmes c’est une sous-discipline. »

Marine, 18 ans, attaquante à Hénin-Beaumont (R1)

Les propos de Marine sont justes, ils résonnent & expriment tout le poids qu’ont les mots. Le fait de parler de football féminin, c’est d’admettre qu’il existe un football masculin, que ce sont deux sports différents selon le sexe de celui ou celle qui court après le ballon.

Footballeuse depuis dix ans, Marine est attaquante à Hénin-Beaumont. Le sexisme, elle le voit dès les mots qu’on emploi pour parler de sa discipline.

« L’appellation football féminin c’est réduire notre sport à une autre discipline moins importante que le football que font les hommes. »

Marine, 18 ans, attaquante à Hénin-Beaumont (R1)

Réduire l’exploit physique à sa condition de femme, c’est ce que fait la société en permanence. Les gestes peuvent être beaux, la technique peut être parfaite, la tactique peut être élaborée, les frappes peuvent être dirigées à la perfection, cela n’en restera pas moins réalisé par une femme, c’est ce que la société retiendra : « elle a de la force pour une femme », « elle court bien vite pour une femme », « elle laisse passer beaucoup de buts aujourd’hui, elle a ses règles ? »

Parité & mixité : des clefs d’égalité entre binarité des genres, stéréotypes sexistes & ode à l’union ?

Les Jeux Olympiques 2024 représentent la première compétition mondiale qui respecte la parité : 10 500 athlètes qualifié.e.s parmi lesquel.le.s il y a autant de femmes que d’hommes.

Les mentalités évoluent, c’est ce que les grand.e.s à la tête du monde du sport nous font passer comme message : la parité aux JO, c’est le résultat d’une évolution des pensées sur l’égalité entre les femmes & les hommes, c’est la porte d’entrée aux discussions pour rendre cette parité universelle, que ce soit dans le monde du sport, dans le monde politique ou ailleurs.

Avancer sur l’égalité entre les femmes & les hommes est une chose, défaire la binarité des genres de notre société en est une autre. Dans le sport comme partout ailleurs : les femmes & les hommes sont séparé.e.s, on est soit dans une case, soit dans l’autre, il n’est pas question d’en sortir, il n’est pas envisageable de créer une troisième équipe. Les mentalités évoluent, c’est un fait, la parité – imposée ou non – en est une preuve, mais où est donc l’égalité pour les personnes qui sont bien loin de cette binarité ?

« Il ne faut pas faire de distinction entre les filles & les garçons, il faut montrer qu’on peut très bien jouer ensemble, qu’une fille peut aussi bien jouer qu’un garçon. »

Marine, 18 ans, attaquante à Hénin-Beaumont (R1)

Fusionner les équipes, abattre la catégorisation des athlètes selon leur sexe, organiser des évènements ensemble, c’est là l’enjeu de la mixité : c’est de pouvoir avancer dans l’égalité à tel point que les barrières construites socialement entre les sexes depuis l’enfance soient abattues. Pourtant, entre celleux qui pensent que les femmes courent moins vite & que les hommes ont plus de puissance, que les femmes sont des chochottes & que les hommes sont plus techniques, il y a un réel pas à faire pour déconstruire ce sexisme ordinaire, cette rhétorique des stéréotypes de genre qui envahissent le monde du sport.

Le football féminin n’existe pas, tout comme il n’existe pas de football masculin, & ainsi de suite pour tous les autres sports possibles & imaginables. Comme chaque individu, certaines femmes & certains hommes ont des capacités différentes, mais leur sexe n’y est pour rien.

Ouvrir la porte du sport aux femmes : la dernière priorité d’une société sexiste conditionnée aux micro-agressions

Combien de petites filles ont été jugées parce qu’elle voulait jouer au ballon rond plutôt que d’enfiler un tutu ? Combien de petites filles ont entendu « ce n’est pas un sport pour une jolie petite comme toi » lorsqu’elles ont demandé à faire du football ? Autant de petites filles à qui l’on a apprit que c’était un sport de garçons, qu’elles allaient se faire mal, que la danse c’était plus beau.

« On ne voulait pas me faire la passe, on ne voulait pas jouer avec moi, je rigolais moins avec eux parce que j’étais une fille. »

Marine, 18 ans, attaquante à Hénin-Beaumont (R1)

Quand bien même une fille arrive à se hisser sur le terrain, encore faut-il réussir à contrer les remarques sexistes. Peu importe l’âge, c’est l’isolement qui domine l’arrivée dans le monde du football, Marine raconte, elle qui a commencé dans un petit club familial où l’équipe féminine n’existait pas encore.

« Quand tu arrives au city et que tu es une fille parmi pleins de garçons, ils se disent mais « elle fait quoi là celle-là » ! »

Marine, 18 ans, attaquante à Hénin-Beaumont (R1)

Ces micros-aggressions sont intériorisées, elles sont quotidiennes, banales, tellement répandues que ça en devient normal de les vivre : les filles sont considérées comme nulles, toisées dès qu’elles arrivent sur un terrain, moquées & infantilisées à la moindre erreur, proies des paternalistes présents dans le milieu.

Visibilité, rémunération, reconnaissance, audition… des écarts monstrueux entre les équipes féminines & masculines

Tous les clubs ne possèdent pas d’équipes féminines, semblables aux déserts médicaux on peut en trouver à l’encontre des sportives. Enfants, les sportives pratiquent avec les sportifs, mais leur professionnalisation & leur avenir est compromis : les compétitions à destination des sportives sont plus rares, moins diffusées, les postes peuvent se faire rares, bien plus complexe à atteindre que pour les sportifs. Cette différence cruciale & déterminante dans la vie des sportives, Marine Pattyn nous en parle via le prisme du football : c’est un tourbillon, une spirale, un chien qui se mort la queue.

« Il n’y a pas de différence entre le fait d’être une fille qui fait du football & le fait d’être un garçon qui fait du football : les deux ont autant travaillé, les deux ont autant de mérite. C’est pas normal qu’il y ait autant d’écart de salaires ! »

Marine, 18 ans, attaquante à Hénin-Beaumont (R1)

Gâtée d’une petite diffusion par rapport aux équipes masculines, les équipes féminines engendrent moins de revenus donc héritent d’un salaire moins élevé – sans compter la taxe rose & les inégalités salariales déjà présentes partout dans la société – elles sont là davantage ancrées : un transfert à 200 millions d’euros pour un grand footballeur c’est normal, une aussi grosse somme pour une footballeuse c’est impensable.

Violences sexistes & sexuelles : des traumatismes qui n’échappent pas au monde du sport

« Ça fait peur, on se dit que ça leur est arrivé comme ça pourrait nous arriver à nous aussi, ça fait peur parce qu’on n’est pas forcément en sécurité alors qu’on n’a rien fait. »

Marine, 18 ans, attaquante à Hénin-Beaumont (R1)

Une jeune footballeuse lyonnaise dénonce anonymement en 2019 Yoan D., l’entraîneur des U16, pour harcèlement sexuel ; la footballeuse Hope Solo accuse Sepp Blatter d’agression sexuelle en 2013 ; Sarah Abitbol dénonce Gilles Beyer, son ancien entraîneur pour plusieurs viols dans son livre Un si long silence (Stock, 2020), Christophe Millet est lui accusé de plusieurs agressions sexuelles sur quatre nageuses de haut niveau à la fin des années 1980.

Ces victimes qui prennent la parole, qui dénoncent, qui se battent, ce sont quelques-unes parmi des milliers d’autres, qui ont dénoncé leurs agresseurs ou qui vivent encore sous leur emprise. Le monde du sport n’est pas immunisé, il n’empêche en rien les agresseurs de sévir. L’omerta qui subsiste dans notre société autour des violences sexistes & sexuelles ne fait que protéger davantage les agresseurs face à des personnes en danger que personne n’écoute.

« Ça joue sur l’impression de sécurité de beaucoup de joueuses, de sportives. »

Marine, 18 ans, attaquante à Hénin-Beaumont (R1)

Ce n’est pas un fléau, c’est la réalité. La réalité de ces vies ôtées majoritairement par une personne ayant autorité. Chaque victime, chaque accusation est différente, mais dans ce monde du sport si hiérarchisé, si réputé & exigeant, les schémas d’abus de pouvoirs se multiplient. Une grande partie des accusations portées – peu importe la discipline – concerne un homme disposant d’une certaine autorité, d’un statut reconnu, qui lui permet de faire argument d’autorité le plus facilement possible sur de jeunes femmes, souvent des adolescentes, des sportives prometteuses repérées, formées, parfois éloignées de leur entourage via des parcours de sport-études ou de formation de haut niveau. Ces schémas de violence, si présents dans le monde du sport, il représente la domination masculine par excellence de par un mélange entre abus d’autorité & dépendance affective & professionnelle.

« Ça pourrait m’arriver, nous arriver à n’importe quel moment aussi, il n’y a rien qui nous protège de ça. Il faut toujours se méfier & encore plus dans ce milieu-là mais ce n’est pas normal ! »

Marine, 18 ans, attaquante à Hénin-Beaumont (R1)

L’espoir, c’est ce qui tient Marine, celui selon lequel les évolutions que connaissent la société depuis plusieurs années se poursuivent, qu’elles prennent davantage de place & aient plus de répercussions pour faire changer les choses en profondeur & sur la durée.

« Il faut que les mentalités changent, que les gens arrêtent d’avoir ces préjugés comme quoi les filles sont moins fortes que les garçons au football. »

Marine, 18 ans, attaquante à Hénin-Beaumont (R1)

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Féministes tant qu'il le faudra

Violences sexistes & sexuelles : quelle réponse de la part de la justice française ?

Warning : Cet article aborde le traitement judiciaire des violences sexistes & sexuelles. Certains éléments peuvent te heurter, te rappeler des traumatismes. Veille à ta sécurité & dirige-toi vers des professionnel.le.s en cas de détresse.

Viols, féminicides, agressions sexuelles, harcèlement de rue, injures sexistes, mariage forcé, violences conjugales, harcèlement sexuel au travail, outrage à l’avortement, violences obstétricales & gynécologiques, séquestration, humiliation : tout cela, ce sont des violences faites aux fxmmes, des violences sexistes & sexuelles. Elles sont ancrées dans la société, elles sont le résultat du schéma de domination sexiste, elles sont en faveur de la domination patriarcale & elles sont surtout omniprésentes.

Ce samedi 21 novembre 2020, le collectif Nous Toutes appelle à la mobilisation en marge de la journée internationale de l’élimination de la violence à l’égard des femmes du 25 novembre prochain. L’idée initiale du collectif NousToutes pour cette occasion ? Manifester devant les commissariats, gendarmeries & tribunaux. Pourtant, du fait du reconfirment, ce n’est pas possible. Ainsi, c’est une mobilisation numérique qui est organisée aujourd’hui. Retrouvez toutes les informations de cette journée de manifestation numérique ici.

À l’occasion de cette journée de mobilisation féministe & de la journée internationale qui arrive le 25 novembre, Loïs est revenu, pour Behind The Society, sur le traitement judiciaire de ces violences sexistes & sexuelles.

Violences sexistes & sexuelles : quelle réponse de la part de la justice française ? Enquête.

Avant de comprendre comment la loi française se positionne face à ces violences & comment agit-elle, voyons d’abord comment les textes de lois français reconnaissent & définissent les termes “violences sexistes” & “violences sexuelles ».

Le terme « violences sexistes » est introuvable dans les textes français. La mention qui s’en rapproche le plus ? Elle se trouve dans le code du travail, via la déclaration d’”agissement sexiste” qui est défini comme « tout agissement lié au sexe d’une personne, ayant pour objet ou pour effet de porter atteinte à sa dignité ou de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant». D’un autre côté, le code pénal s’exprime en qualifiant d’”outrage sexiste” le fait “d’imposer à toute personne tout propos ou comportement à connotation sexuelle ou sexiste qui : soit porte atteinte à sa dignité en raison de son caractère dégradant ou humiliant ; soit crée à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante.”

Les violences sexuelles, quant à elles, sont mentionnées de différentes manières selon la violence concernée (agressions, viols etc) mais une définition globale fait foi : “les violences sexuelles portent atteinte aux droits fondamentaux de la personne notamment à son intégrité physique et psychologique. Elles sont l’expression de la volonté de pouvoir de l’auteur qui veut assujettir la victime.”

Les violences sexuelles sont nommées, mais comment sont-elles traitées par la loi française ?

Les violences sexuelles, ce sont des agressions, du harcèlement, des viols. Ces violences sont quotidiennes, que ce soit chez soi, au travail, à l’école, dans la rue, dans les transports, chaque jour des victimes sont à déclarer. 

250 femmes sont victimes de viol ou de tentative de viol chaque jour

Ce nombre ne cesse de grandir d’années en années, pourtant, rares sont les victimes qui arrivent à voir un jour leur violeur être jugé. Comment la loi française agit en cas de viol ? Qu’est-ce qu’elle entend par « viol » ? Comment elle le considère ?

Selon la loi française, un viol c’est “tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui ou sur la personne de l’auteur par violence, contrainte, menace ou surprise”. 

Malgré cette définition présente dans le code pénal, la justice n’est que peu active dans le traitement des viols. En France, seulement 10% des victimes de viol portent plainte, c’est 74% de ces plaintes qui sont classées sans suite. « Sans suite » ? C’est un tampon de l’administration judiciaire pour dire que le chemin est fini. C’est un tampon qui range gentiment votre dossier, mais pas le traumatisme que vous avez subit.

10% des plaintes aboutissent à un procès & seulement 1% des viols sont condamnés

Pour comprendre comment on en arrive à un tel décalage entre le nombre de viols, la part de plaintes & le taux final de condamnation, nous devons nous pencher sur deux aspects significatifs de la justice française. 

La prise en charge des plaintes : c’est par là que tout commence dans ce décalage faramineux. C’est un article du code de procédure pénale qui le dit : “les officiers et agents de police judiciaire sont tenus de recevoir les plaintes déposées par les victimes d’infractions à la loi pénale […]”. Le code déontologique de la police nationale & de la gendarmerie nationale impose quant à lui aux agents l’impartialité, l’aide aux victimes & la neutralité. Pourtant, de nombreux témoignages illustrent une autre réalité : les plaintes sont parfois critiquées de la part des agents, les victimes sont décrédibilisées, les faits remis en question, minimisés & parfois même justifiés.

L’instabilité judiciaire en matière de traitement des violences sexuelles, & notamment du viol, ne s’arrête pas là.

La correctionnalisation des faits : une spécialité à la française

Les viols, considérés comme des crimes, sont, dans 60 à 80% des cas, correctionnalisés. La correctionnalisation, c’est le fait d’”omettre un élément de l’infraction, permettant ainsi de qualifier une infraction de délit et non de crime.”. Ainsi, un viol est dénaturé en agression sexuelle afin de passer au tribunal correctionnel & non pas en cour d’assises. Cet acte judiciaire est un réel choc pour les victimes : processus de reconstruction chamboulé, acceptation de l’événement entravée, culpabilisation de la victime accrue & bien d’autres conséquences qui sont pourtant ignorées dans ces procédures inhumaines.

À découvrir : Quand le viol n’est plus un crime, Le Monde Diplomatique

Les violences conjugales : la grande cause du quinquennat laissée à l’abandon ?

En France, 1 femme sur 10 est victime de violences conjugales. Cette relation unilatérale, complètement ordonnée par un rapport de domination, fait chaque année des centaines de victimes. Dans un tel schéma relationnel, de nombreux types de violences peuvent faire pression sur la victime : que ce soit des violences administratives, économiques, psychologiques, physiques ou sexuelles. Elles ont toutes leur place dans le schéma de violences conjugales. 

En 2019, 151 femmes ont été tuées par leur conjoint ou leur ex-conjoint en France.

Alors que la prise de conscience est très difficile pour une femme lorsqu’elle est ancrée dans un schéma de violences conjugales, les procédures judiciaires en France le sont tout autant. La pression sociale joue énormément dans l’éloignement de la victime de son bourreau, mais lorsqu’elles y arrivent, encore faudrait-il qu’elles trouvent un accompagnement du corps judiciaire français moins instable.

Pour lutter contre ces féminicides de masse, Marlène Schiappa, Secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, a initiée un grenelle contre les violences conjugales en 2019. Suite à ces semaines de consultation, plusieurs mesures ont été annoncées.

D’une part, l’enjeu était de sécuriser le dépôt de plainte & ainsi favoriser les démarches judiciaires des victimes. Une grille d’évaluation des forces de l’ordre a ainsi été mise en place avec 23 questions permettant aux agents de comprendre la situation de la victime & ses besoins. La procédure judiciaire devra notamment se faire sans médiation, interdite par la convention d’Istanbul en cas de violence. 

Priorité N°1 : Écarter le danger, séparer l’auteur des violences de la victime.

Les armes utilisées par le gouvernement pour protéger les victimes sont diverses : l’ordonnance de protection étant la plus connue, elle précède la résidence séparée des époux qu’un juge aux affaires familiales peut décider.

Suite au grenelle, le gouvernement a notamment souhaité mettre les femmes à l’abri en dehors du domicile familial : c’est ainsi que 1000 places supplémentaires ont été créées dans des hébergements d’urgence.

Considérée comme “une double peine”, cette mesure est largement discutée car il revient ainsi à la victime de fuir alors que l’auteur des violences jouit de la sécurité de son domicile. 

Finalement, la loi française avance peu à peu dans l’encadrement des violences conjugales & des féminicides, pourtant, ce fléau continue & le système manque de moyens pour assurer la sécurité des victimes. Un appel urgent est notamment lancé concernant l’accueil des forces de l’ordre qui fait tâche dans les cas de féminicides : parmi 120 femmes tuées en 2018, un tiers avait déposé une plainte ou une main courante. 

Les violences sexistes & sexuelles à l’encontre des minorités sociales

Nous le savons, des femmes sont tuées, violentées, agressées, violées chaque jour en France. Le gouvernement lutte contre ces comportements via différents textes de lois qui sont actualisés, repensés, modifiés au fur & à mesure du temps pour répondre au mieux aux violences & un jour les décimer. Pourtant, dans cette grande lutte contre les violences sexistes & sexuelles, des grands oubliés hurlent, demandent reconnaissance & actions aux pouvoirs publics.

Les personnes racisées, les personnes transgenres, les personnes handicapées, les enfants, les personnes intersexuées, toutes élèvent la voix, toutes demandent d’être reconnues en tant que victime de ces violences systémiques, & par conséquent, toutes demandent qu’on les aide, qu’on pense à elleux lors de la rédaction d’une mesure. 

16% de la population auraient subie des violences sexuelles dans l’enfance

La loi française réagit : l’atteinte sexuelle sur mineur est classée comme un délit tandis que l’inceste est considéré comme un crime. Pour chacune de ces violences sexuelles, les enfants victimes ont un délai de prescription grâce auquel ils peuvent porter plainte plusieurs années après les effets. Ainsi, une démarche de protection des victimes mineurs est en place, cela notamment via un dispositif nommé “l’audition Mélanie” qui a pour but de recueillir de manière optimale les témoignages des enfants victimes de violences.

Au sein de notre société, les violences se poursuivent, s’intensifient : elle sont présentes dans toutes les sphères & à tous les niveaux de la société mais souvent invisibilisées. C’est notamment le cas pour les violences sexistes & sexuelles faites aux femmes handicapées. Ce n’est finalement que suite au grenelle de 2019 que les femmes handicapées ont été abordées publiquement sur ce sujet, pourtant, 80% des femmes handicapées ont déjà subi des violences dans leur vie, mais il n’y a que peu de choses qui sont faites pour elles.

Visibiliser les violences, aider les victimes : le rôle des pouvoirs publics

L’invisibilisation joue un grand rôle dans la lutte contre les violences, car elles sont cachées autant par les victimes que par les auteurs mais les pouvoirs publics sont là pour les visibiliser & aider les victimes.

Pourtant, les violences sexistes & sexuelles faites aux personnes transgenres & aux travailleuses du sexe sont encore dissimulées. Rien que par la définition de violences faites aux femmes que l’ONU a donné en 1993 : “toute acte de violence fondé sur l’appartenance au sexe féminin” invisibilise le sexisme dont les femmes transgenres sont victimes à cause de leur genre & non de leur sexe. De même que les morts des femmes transgenres & des travailleuses du sexe ne sont pas comptabilisées dans les féminicides, ce qui révèle d’une invisibilisation transmisogyne ancrée dans la société française.

La lutte contre les violences sexistes & sexuelles est en marche, & la loi française a un rôle dans ce combat.

La lutte contre les violences sexistes & sexuelles c’est bien plus que fêter la journée internationale des droits des femmes le 8 mars ou encore la journée internationale de sensibilisation le 25 novembre. Le combat pour les existences des femmes est à mener chaque jour : pour leur protection mais aussi la reconnaissance de celles qui sont tombées.

Aujourd’hui, des organismes, des associations, des collectifs, des bénévoles, des syndicats, des citoyen.ne.s interpellent : la situation en France est dramatique & rien n’arrange cela. 

Des mesures sont prises, des lois sont rédigées, un numéro vert ouvre mais dans tout ce processus il y a un grand vide de la part de la justice française & depuis des années ce sont les associations qui remplissent ce vide comme elles le peuvent. Elles prennent en charge une grande partie de l’assistance aux victimes : de la prise de conscience jusque parfois les procédures judiciaires en passant par l’exfiltration de la victime. Pourtant, ces associations n’ont aujourd’hui pas assez de moyens, elles ne sont que trop peu soutenues. C’est notamment une des grandes réclamations faites au moment du grenelle de 2019 mais qui n’a pas eu de suite favorable.

À découvrir : Le plus dur, c’est l’impunité, par Caroline De Haas

Ce grenelle n’a pas répondu aux sirènes d’alarmes lancées par des collectifs qui sont sur le terrain au quotidien. Aujourd’hui, est notamment réclamée une formation massive de tous les agents de police & des professionnel.le.s qui pourraient recevoir une victime de violences afin d’améliorer l’accueil des victimes. Les places en hébergements d’urgence sont elles aussi au cœur des discussions : il n’y en a pas assez & à cause de cela des victimes restent dans un foyer violent car elles n’ont pas d’autres solutions, pas d’autres solutions que de rester dans un foyer avec une personne violente qui peut la tuer.

Sans une prise de conscience massive & collective, les violences ne s’arrêteront pas.

Finalement, en France la loi est impliquée dans la lutte contre les violences sexistes & sexuelles mais sa place n’est pas encore à la hauteur de l’ampleur des violences. Les mouvements associatifs sont donc là pour essayer de palier à ce manque mais elles manquent aujourd’hui de moyens.

Loïs Hamard

Image : Collages Féminicides Paris