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La bombe EACOP, face exposée d’un système bancaire meurtrier

Camouflée derrière son « plan climat », TotalEnergies s’étend et pille sur son passage les droits humains et de l’environnement. En Ouganda et en Tanzanie, ses projets dévastateurs dont l’oléoduc Eacop reposent sur le soutien de plusieurs banques. Un rappel nécessaire que l’argent une fois placé ne dort pas. Souvent, il tue.

© Sandra Imbault

TotalEnergies, le géant tentaculaire des hydrocarbures, est présent dans plus de 130 pays. Il consacre 70 % de ses investissements aux énergies fossiles, et engrange des bénéfices pharamineux chaque année (14 milliards d’euros en 2021). Ses nouveaux projets en collaboration avec la China National Offshore Oil Corporation s’ancrent en Ouganda et en Tanzanie, dans l’est de l’Afrique. Le premier projet, « Tilenga », consiste à exploiter l’or noir d’un lac ougandais. Le second, Eacop, mettra en œuvre l’acheminement du pétrole ainsi extrait via le futur plus grand oléoduc du monde, 1443 kilomètres de long, jusqu’en Tanzanie.

Ravager le vivant

Le gazoduc passera par des réserves protégées, et menace ainsi d’extinction de nombreuses espèces déjà en danger. Les deux plus grandes réserves d’eau douce d’Afrique de l’Est seront vraisemblablement contaminées, quand bien même la vie de plus de 40 millions de personnes en dépend. A n’en pas douter, Eacop fera trinquer les coupes de champagne dans le confortable bureau de Patrick Pouyanné (PDG de TotalEnergies). En même temps, il piétinera le vivant à tous les niveaux. A son terme, le projet émettra 34 millions de tonnes équivalent CO2 par an, soit six fois le total des émissions de l’Ouganda.

Ce projet colossal a besoin de financements. Pour cela, Total compte sur de nombreuses banques qui investissent dans cette entreprise l’argent confié par leurs client·e·s. En choisissant d’investir ou de financer des projets, les banques dessinent à grand trait notre modèle de société et son avenir dans un monde aux ressources limitées. D’après un rapport d’Oxfam France de 2020, l’empreinte carbone des grandes banques françaises représente près de huit fois les émissions de gaz à effet de serre de la France entière. Elles sont les premières financeuses européennes des énergies fossiles. Ainsi, au rythme actuel, ces banques nous mènent vers un réchauffement à +4°C d’ici à 2100, bien loin de l’objectif d’1,5°C fixé par le dernier rapport du GIEC. Les plus mauvaises élèves sont la BNP Paribas, la Société Générale et le Crédit Agricole.

Le pouvoir décisif des banques

Ce pouvoir, néanmoins, peut et doit être utilisé à des fins éthiques. Les banques portent la responsabilité des projets dans lesquels elles injectent notre argent. Concernant Eacop, de nombreuses banques se sont engagées à ne pas financer l’infrastructure. Quant aux investisseurs de Total, c’est-à-dire le Crédit Agricole, Amundi, BNP Paribas et Axa, ils sont complices. TotalEnergies consultera ses actionnaires lors de son Assemblée générale le 25 mai 2022. Aux banques de contester et sanctionner ses stratégies expansionnistes dévastatrices. La responsabilité leur incombe de voter contre la gigantesque entreprise de greenwashing appelée « plan climat », contre le renouvellement du mandat des trois membres du conseil d’administration de Total, et pour des mesures d’ampleur en faveur du climat. Sans le soutien de ses investisseurs, Total ne peut mener à bien son expansion. La responsabilité sociale et environnementale des banques a le pouvoir de paralyser les entreprises qui ne sont rien sans leurs actionnaires.

A l’aune des impacts environnementaux dévastateurs des banques, la responsabilité touche donc aux institutions qui exploitent notre argent à dessein pervers, mais aussi à nous, citoyen·ne·s, qui plaçons notre argent dans leurs mains. Entendons-nous bien : ces groupes multilmilliardaires usent du greenwashing pour maquiller leurs intentions, et notre vulnérabilité face à ces pratiques n’est pas blâmable. Toutes les banques françaises se sont engagées publiquement à respecter l’Accord de Paris depuis la COP 21 (2015), et la plupart d’entre elles proposent des Livrets de Développement Durable et Solidaire (LDDS). Derrière ces effets d’annonce et des techniques marketing aveuglantes se trame un cruel manque de transparence vis-à-vis des client·e·s qui restent pour la grande majorité ignorant·e·s de l’emploi que ces groupes font de leurs propres deniers.

Prendre conscience de notre responsabilité

La campagne de sensibilisation notamment menée par StopEacop a permis de lever un infime pan de cette dangereuse et malhonnête opacité. En tant que citoyen·ne, il nous revient de placer notre argent en connaissance de cause. Il est par exemple possible d’estimer l’empreinte carbone de son compte bancaire en téléchargeant gratuitement l’application Rift. En indiquant sa/ses banques et les différents placements qui y sont faits, l’application donne à voir l’empreinte environnementale de l’argent prêté ainsi que ce qu’il finance.

Prenons un exemple fictif. J’ai sur mon compte courant 1500€ au Crédit Agricole, et ai 20 000€ sur un livret A à la Société Générale. Selon l’application, mon épargne est répartie comme suit : 36 % pour les PME, 26 % pour les logements sociaux, 12 % pour les titres financiers et 11 % pour la dette publique. Rift m’indique que mon argent ainsi placé engendre 11 835 kg de CO2 par an, soit près de 9 vols Paris-New York. L’application m’informe également que mon épargne finance TotalEnergies, et plus globalement le secteur sensible de l’exploitation minière et des métaux. Cet outil, à défaut des banques elles-mêmes, contribue à apporter de la transparence à un système bancaire pour le moins discret quand il s’agit d’être honnête.

Agir pour une économie citoyenne, éthique et solidaire

Toutefois, nous ne sommes pas condamné·e·s à subir et constater les dégâts de notre malheureux financement. Plusieurs banques éthiques ont vu le jour ces dernières décennies, à la marge des grands groupes connus de tous·tes. C’est le cas de la Nef, une coopérative bancaire créée en 1988 et qui utilise l’argent déposé par les épargnants pour financer des projets écologiques, sociaux, et culturels. Et puisqu’il s’agit de miser sur la transparence, un registre permet à toute la clientèle de vérifier la liste des projets soutenus. Par ailleurs, il est possible soit de toucher les intérêts de l’épargne, soit de les verser à une association (là encore, en toute transparence). D’autres initiatives proposent des épargnes éthiques mais aussi un compte courant, comme le Crédit Coopératif.

Notre argent, quoiqu’il puisse sembler bien abstrait sous forme d’un nombre sur une application, se matérialise donc bien dans la réalité globale que nous vivons tous·tes à des degrés différents. L’exemple des projets Eacop et Tilenga est criant, mais ne forme que la pointe émergée de l’iceberg. A nous de nous informer et de transformer notre manière de concevoir notre rôle dans l’économie dévastatrice qu’alimentent les grandes banques. Faire le choix de l’éthique, c’est promouvoir une économie citoyenne et donc nos droits humains, par-delà les frontières. C’est façonner une société respectueuse du vivant. C’est capitaliser sur l’avenir de la planète et donc le nôtre. Aux banques d’utiliser leur pouvoir dans le bon sens. A l’État de réguler ce secteur effréné dans sa course au profit, en implémentant des réglementations contraignantes et en cessant de se contenter d’annonces cosmétiques et d’un volontarisme ostentatoire.

Léna Lebouteiller

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Barbaque : une comédie romantique qui a du mordant

Une comédie romantique qui a du mordant. Si vous êtes anémique, Barbaque est le film parfait pour vous car je vous garantis que vous ferez le plein de viande rouge.

Un film qui m’était destiné

Pour placer le contexte, j’aimerai me présenter. Je suis étudiante, apprentie journaliste, écolo et surtout végétarienne depuis bientôt deux ans. Je milite chaque jour pour une cause que j’aime et que je trouve juste. Vous vous doutez bien que j’ai bondi de mon siège quand j’ai vu pour la première fois la bande annonce non censurée de Barbaque. Ce film sorti le 27 novembre 2021 réalisé par Fabrice Eboué met en scène un couple de boucher joués par Fabrice Eboué et Marina Foïs. Jusque-là, pas de soucis, mais ça se complique. Les deux personnages vivent une période difficile ; le business tourne lentement et un froid s’installe entre eux. Pour couronner le tout, un groupe de végans militants extrémistes viennent détruire leur commerce. Une chose en entrainant une autre, le boucher tue l’un des militants et le transforme en produit de boucherie. Sa femme vend par accident un morceau de végan et les client.e.s adorent ! Pour faire court, le couple se met à chasser les végans de la région, ont un succès fou à la boucherie, et ravivent la flamme dans leur couple.

Avant de visionner le film et n’ayant eu que le synopsis comme écrit au-dessus, j’étais très réticente. J’avais peur que le film représente très mal la communauté végan et normalise les violences faites aux membres de cette communauté.

Un bon film français comme on les aime

Mes peurs à propos du film ont disparu dès que le film a commencé. En effet, le film est tellement lourd et potache qu’il est impossible de le prendre au sérieux. Fabrice Eboué atteint un niveau de second degré et d’humour noir rarement vu. Les personnages sont des gens très simples d’esprit et délivrent parfois des blagues transphobes et sexistes.

Le film est effectivement une comédie. La maladresse des personnages entraine des rires et les spectateurs rient bruyamment. J’ai moi-même craqué et je me suis détendue, me laissant porter par l’humour noir du film et décidant de ne pas trop prendre le film au sérieux.

Fabrice Eboué disperse pleins de clin œil à travers le film. Christophe Hondelatte joue lui-même dans les émissions type « Faites entrer l’accusé » que regardent Sophie tard le soir. Un petit clin œil que les plus concentrés d’entre vous remarquerons, tous les personnages présentés dans l’émission ont un nom composé de deux prénoms comme nos deux personnages principaux : Sophie et Vincent Pascal, et un surnom cliché : « Les bouchers de Melan », « L’équarisseur de Brest », …

Une esquisse de discussion

Malgré tous ses défauts, le film présente tout de même une discussion, comme l’a annoncé Fabrice Eboué lors de son interview à Quotidien le 18 octobre 2021. Evidemment, les personnages ne deviennent pas végan à la fin du film, bien qu’on pourrait avancer l’argument tiré par les cheveux que manger des humains implique qu’ils ne soutiennent plus l’industrie de la viande.

L’échange qui s’effectue est entre les deux personnages principaux, Vincent et Sophie, et leurs amis Marc et Stéphanie qui eux possèdent une chaine de boucheries. Vincent et Sophie se font humilier au début du film par leurs amis car ceux-ci ont un succès fous et étalent leur richesse, vendant de la viande pas chère et dans des quantités industrielles. Mais ne vaux-t-il mieux pas acheter sa viande chez un petit boucher, qui connait des producteurs et se fournit en local ?

Quand leur boucherie gagne en popularité et qu’ils regagnent bien leur vie, Vincent et Sophie, désormais plus confiants grace à leur succès avouent à leur amis ce qu’ils pensent vraiment d’eux : leur viande est de mauvaise qualité, bourrée de produits chimiques et d’OGM.

Une vision cliché des personnes végans

Malgré les bonnes références qui font sourire et une réelle problématique concernant la consommation de viande, le film reste fondé sur des clichés, présentant une images des personnes végan sursimplifiée. N’oublions pas que Fabrice Eboué est humoriste et que ce n’est pas son premier galop. On peut retrouver sur YouTube son premier sketch sur les végan, qui pose les bases de Barbaque. Le comédien joue sur des clichés mais le public à l’air d’aimer ça. Il parle d’antispécisme et déclare que si les hommes et les animaux sont égaux, cela signifie qu’il a les mêmes capacités qu’une huitre, puis imite une huitre pendant quelques secondes qui m’ont parues des heures. Il joue sur les extrêmes pour faire rire, comme dans Barbaque.

Si Barbaque a éveillé votre curiosité sur le sujet, je vous conseille alors de mener vos propres recherches sur les sujets du véganisme et de antispécisme.

Tous les végans ne sont pas militants extrémistes, tous ne sont pas antispécistes. On peut être végan, végétalien, végétarien ou pesco-végétarien pour de nombreuses raisons. Le véganisme et l’antispécisme se ressemblent et ont un gros terrain d’entente, mais ne sont pas identique.

Pour en savoir plus sur antispécisme :

https://behind-the-society.fr/2021/11/01/antispecisme-veganisme-associations-et-parti-politique-comment-sorganise-le-mouvement-de-liberation-animale-en-2021/

Très peu d’entre-eux sont aussi lourds que Lucas, le gendre de Vincent et Sophie, qui est particulièrement énervant. Il avance des arguments clairement écrit spécialement pour le film. Par exemple, il refuse le vin car selon lui, des milliers de petits insectes sont écrasés avec le raisin. Alors oui, le vin végan existe, mais pas pour cette raison, et il ne m’a fallu qu’une petite recherche pour le savoir. Le vin n’est pas végan car, lors de la vinification, les viticulteurs « collent » le vin avec de la colle de poisson ou du blanc d’œuf. Evidemment, Lucas n’est qu’un personnage mais il représente mal la communauté, et bien heureusement !

Pour finir cet article sur une note positive, j’aimerai pointer une blague simple mais efficace qui m’a énormément plu, délivrée par Marina Foïs lorsqu’elle dine dans un restaurant végan. Pourquoi le menu propose-t-il des plats nommés comme des plats carnés : Kebab de pois chiche, steak de lentilles ou bacon de carottes, alors qu’on ne verra jamais des bouchers vendre des aubergines de boeuf ou des salades de porc ?

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Antispécisme, véganisme, associations et parti politique : comment s’organise le mouvement de libération animale en 2021 ?

Les animaux ont, dans la société actuelle, un statut d’objet, de ressource à utiliser. Ils se retrouvent matière première de notre alimentation, de nos cosmétiques, de notre garde-robe et de nos loisirs. L’exploitation dont ils sont victimes peut paraître justifiée, voire nécessaire pour certain.e.s. Pour d’autres, cette condition est inacceptable et se doit d’être changée : cette pensée est le point de départ du mouvement de libération animale.

Photo par Riponne-Lausanne, Flickr.

Antispécisme késako ?

Petite histoire de la pensée animaliste

Le terme spécisme est apparu pour la première fois en 1970 dans une opération de tractage contre l’expérimentation animale en laboratoire par le groupe d’Oxford. Peter Singer est penseur et philosophe utilitariste, il reprend et précise ce terme. C’est lors d’un débat face à un ami végétarien qu’il fut confronté au problème de limiter l’égalité entre les membres de l’espèce humaine. Sans réponse sur le moment, il entame par la suite une réflexion qui le pousse à devenir végétarien. Puis, en 1973, il publie « Animal Liberation », où il expose les bases théoriques et modernes du mouvement animaliste. Parmi les précurseurs et penseurs principaux ayant contribué à la popularisation de l’antispécisme, on trouve aussi Tom Reagan, auteur de « The case for Animal Rights », ouvrage dans lequel il développe, les principales revendications de l’émancipation animale et qui a servi de base au militantisme animal.

L’antispécisme en réponse au spécisme

Savoir comment est né le spécisme, c’est bien, comprendre ce que cela représente, c’est mieux. Le spécisme, c’est tout un schéma de pensée et d’arguments ayant pour but de justifier l’exploitation animale telle que nous la connaissons aujourd’hui. C’est l’utilisation de procédés qui ne seraient jamais tolérés s’ils étaient appliqués à l’être humain.

Par exemple, on trouve normal que des animaux soient mis au monde dans le but d’être engraissés, abattus puis mangés, cela est même utilisé comme argument : « ils sont nés pour être mangés ». La souffrance des animaux est minimisée, quel militant ne s’est jamais retrouvé face au fameux : « les animaux sont abattus avec respect » ?

En quelques mots, la pensée spéciste instaure un classement de valeur entre les espèces, plaçant l’être humain au sommet, et les autres espèces animales selon l’utilité que l’humanité leur trouve. Souvent, on aime les juger en fonction de leur intelligence (évidemment comparée à la nôtre). Ce raisonnement s’efforce de démontrer l’illégitimité des animaux à accéder à des droits fondamentaux semblables à ceux que nous possédons. Pire, leur existence est conditionnée par l’utilité que nous en tirons : « tu penses vraiment qu’il y aura encore des vaches si on arrête de les élever ? » est un autre exemple d’argument en faveur de cette exploitation de masse. Il est à noter que ces paliers de considération varient aussi entre les espèces animales, les espèces domestiques comme les chiens ou les chats faisant l’objet de plus de considération que les animaux d’élevage, cochons, poules ou vaches.

En philosophie morale, domaine de Peter Singer et de Tom Reagan le spécisme est une problématique relevant de l’éthique, que Peter Singer définit comme « la discrimination arbitraire, injustifiable et de ce fait injuste, opérée sur le critère de l’espèce de l’individu ».

Par définition, le mouvement qui s’oppose à cette exploitation systémique se nomme l’antispécisme.

« La thèse antispéciste est celle-ci : les intérêts égaux sont égaux. L’égalité qu’elle défend, c’est l’affirmation selon laquelle lorsque deux êtres sont porteurs d’intérêts de même grandeur, de même importance, alors les dits intérêts sont aussi importants l’un que l’autre, aussi grands, indépendamment de toute autre caractéristique possédée par ces êtres, de leur couleur de peau comme de leur intelligence»

– David Olivier, Les Cahiers antispécistes, numéro 0, septembre 1991

Le mouvement de libération animale comporte des courants plus ou moins radicaux dont les plus connus sont le welfarisme et l’abolitionnisme (ce dernier étant relatif au droit des animaux, à bien différencier de l’abolitionnisme concernant l’esclavage). Le plus populaire auprès des Français.e.s, le welfarisme (welfare = bien être) porte son intérêt au bien être des animaux, cherchant plus à améliorer leur condition d’exploitation que d’y mettre fin. Bien qu’il s’inscrive dans la lutte pour les droits des animaux, le welfarisme est considéré comme spéciste. En effet ce courant de pensée ne remet pas en cause le système actuel et l’exploitation animale, n’evisage pas de l’abolir mais seulement à revaloriser le bien-être des animaux.

L’abolitionnisme est une autre branche du mouvement animal, dont Gary L. Francione est l’inventeur dans la fin des années 90, c’est un concept qu’il définit à travers un livre nommé « Rain Without Thunder » en 1996. L’abolitionnisme est considéré comme plus radical que le welfarisme car il s’oppose totalement à l’exploitation animale : ce mouvement milite pour son interdiction pure et simple. Allant au-delà de l’amélioration du bien-être, les abolitionnistes réclament une véritable considération pour la vie et les droits des animaux. On distingue aussi les abolitionisme réformistes, qui acceptent de passer par une période de transition, avec des avancées progressives, des abolitionistes fondamentaux, qui sont déterminés à mettre fin à l’exploitation dès aujourd’hui.

Photo par Olivier Gollain, Flickr.

Militer pour les animaux ?

Une prise de conscience individuelle

En prenant conscience des injustices, rare sont celles et ceux qui se contentent de constater. La prise de conscience conduit forcément à une remise en question de ses propres pratiques, puis de celles du système entier. La première étape est bien souvent de changer son régime alimentaire, en devenant pesco-végétarien (suppression de la viande), végétarien (ni viande ni poisson), végétalien (pas de viande, de poisson, d’œufs de lait ni de miel) ou encore végan (pas de produits d’origine animale dans le quotidien, que ce soit nourriture, vêtements, cosmétiques…). En France, on recense en moyenne 5% de végétariens : mais ces dernières années, l’offre ainsi que la vente de produits végétariens et végan ont bondi, avec +24% de ventes en 2018 (Le Figaro). Ces données montrent que le régime flexitarien est de plus en plus populaire, en effet 20% des Français tentent de réduire leur consommation de viande au quotidien. Ces régimes sont largement répandus chez les jeunes, on estime qu’environ 25% des végétariens, végétaliens et végans ont entre 18 et 34 ans (selon une enquête de CREDOC pour FranceAgriMer et l’OCHA).

Des associations, se regrouper

Avant concentrée sur les animaux de compagnie, ce qui était par ailleurs spéciste, la libération animale s’élargie à toutes les violences, contre tous les animaux. Évidemment le but n’est pas d’établir la valeur de la vie animale comme équivalente à celle d’un humain, mais de s’attaquer directement au principe de valeur de la vie, le but de l’antispécisme étant de faire reconnaître les droits des êtres scient comme nécessaires. L’antispécisme considère que les êtres scient sont légitimes de posséder et de vivre leur vie en pleine liberté. Depuis la fin du 20e siècle on assiste à la création d’une foule d’associations antispécistes, avec un spectre de radicalité très large allant de la plus welfariste à la plus abolitionniste. Parmi les plus célèbres, on compte la ligue française des droits de l’animal, l’association L214 (, 269 life (2015) ou encore Vegan Impact.    

L’association L214, en référence à l’article du code rural traitant du caractère sensible des animaux est nationalement connue pour ses actions chocs visant à combattre l’élevage intensif. L’association alimente aussi un blog visant à sensibiliser la population à la cause animale, mode d’action semblable à celui de l’association Végan Impact. Cette dernière organise en grande majorité des actions de sensibilisation : vidéo-sensibilisation dans le métro parisien, happening pour la journée mondiale du véganisme, contre le broyage des poussins, contre les zoos… Afin d’atteindre les foules et inciter au véganisme. Les deux associations se veulent très pédagogues et publient ainsi des recettes, des guides pratique et des articles pour accompagner celleux qui le souhaitent dans une transition vers le véganisme.

L’association 269 life elle prend son origine dans le matricule d’un veau sauvé de l’abattoir, et mène des actions qualifiées de plus radicales s’appuyant sur l’abolitionnisme fondamental, en n’hésitant pas à choquer le public. Enfin, basée dans plusieurs pays l’association PETA (People for the Ethical Animal Treatment) regroupe les « gens pour un traitement éthique des animaux ». C’est en quelque sorte « la » référence mondiale en termes de droit des animaux et de veganisme, avec notamment un label apposé sur les produit certifiés cruetly free, sans cruauté animale. Vous l’aurez compris, les associations sont le socle de la mobilisation, il en existe une multitude et chacune possède ses propres manières de militer.

Photo par Anaëlle Charlier

Personnalités, une influence forte

Le mouvement prend de l’ampleur en France, et de plus en plus, les personnalités publiques s’investissent. Parmi elles, le journaliste et homme politique Aymeric Caron, auteur de No steak sorti en 2013 et de Antispéciste : réconcilier l’humain, l’animal, la nature et fondateur du parti REV (rassemblement des écologistes pour le vivant). Il porte le discours antispéciste dans des émissions télé comme Fort Boyard, où il représente l’association L214, lors de conférences de presse (à l’Assemblée nationale notamment) et se positionne lors de débats politique, comme celle de la mise en place d’une alternative végétale obligatoire dans les cantines scolaires.

Plus récemment, c’est le journaliste et militant Hugo Clément qui secoue l’opinion public avec la sortie d’une vidéo issue d’un abattoir où sont tués des chevaux de courses en 2018, puis en 2019 avec la sortie de l’enquête « La face cachée des nuggets » avec l’appui de Direct Action Everywhere France, révélant la réalité des élevages intensifs de volailles. D’autres vidéos du même genre seront produites, dans les élevages intensifs de cochons notamment. Il est aussi très actif sur les réseaux sociaux, où il sensibilise et encourage ses followers à participer à des cagnottes et à signer des pétitions. Il est aussi à l’initiative de la pétition en faveur de la création d’un référendum pour les droits des animaux.

Côtés artistes, la chanteuse Kreezy R, autrice de chansons engagées telles que « j’mange pas de cadavre » ou « je vais craquer », très connue sur les réseaux sociaux pour ses coups de gueules et ses actions de sauvetage est l’incarnation d’un engagement corps et âme pour la cause animale. Dans ses chansons, tantôt parodiques, comiques ou parfois plus dramatique sont l’incarnation d’un monde décalé qui lui est propre et qu’elle utilise à la perfection pour faire passer ses messages.

De plus en plus, la question animale s’invite dans les débats politiques. En 2016, on assiste même à la fondation d’un parti dont le programme se base largement sur la lutte animale : le parti animaliste (PA). Le parti est fondé et dirigé par 7 personnes, parmi lesquelles se trouve la candidate du parti aux élections présidentielles prochaines, Hélène Thouy. Le parti se présente pour la première fois aux élections législatives en 2017, sans spécialement viser des élus mais surtout pour communiquer leurs revendications. Il s’en sort quand même avec 1% des suffrages exprimés (64 000 voix). Les principales mesures défendues par le parti sont l’abolition de la corrida, des combats de coqs ainsi que la création d’une charte des droits des animaux. Bien sûr, il réclame aussi l’amélioration des conditions d’élevage, en réclamant par exemple l’interdiction de la production de fourrure, du gavage, du déplumage à vif et du broyage des poussins mâles.

Vous l’aurez compris, les revendications fusent, les militantismes se démultiplient et les personnes engagées sont de plus en plus nombreuses. D’ici quelques années, les antispécistes espèrent une amélioration notable pour la condition animale, même si toustes ne s’accordent pas encore sur la manière de l’obtenir.

« Un tel succès ne sera possible que grâce à un mouvement organisé comparable aux mouvements qui ont lancé les grandes révolutions intra humaines de l’histoire : ce n’est qu’alors que dans la vie des animaux non humains seront concrétisés des changements significatifs. Nous travaillons pour développer ce mouvement, et pour rapprocher ainsi ce jour où l’oppression des humains sur les autres êtres sensibles aura été éliminée à la racine. »

Les Cahier antispéciste numéro 4, « Libération animale : de quoi s’agit-il ? » juillet 1992, La Rédaction du collectif lyonnais pour la libération animale