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La bombe EACOP, face exposée d’un système bancaire meurtrier

Camouflée derrière son « plan climat », TotalEnergies s’étend et pille sur son passage les droits humains et de l’environnement. En Ouganda et en Tanzanie, ses projets dévastateurs dont l’oléoduc Eacop reposent sur le soutien de plusieurs banques. Un rappel nécessaire que l’argent une fois placé ne dort pas. Souvent, il tue.

© Sandra Imbault

TotalEnergies, le géant tentaculaire des hydrocarbures, est présent dans plus de 130 pays. Il consacre 70 % de ses investissements aux énergies fossiles, et engrange des bénéfices pharamineux chaque année (14 milliards d’euros en 2021). Ses nouveaux projets en collaboration avec la China National Offshore Oil Corporation s’ancrent en Ouganda et en Tanzanie, dans l’est de l’Afrique. Le premier projet, « Tilenga », consiste à exploiter l’or noir d’un lac ougandais. Le second, Eacop, mettra en œuvre l’acheminement du pétrole ainsi extrait via le futur plus grand oléoduc du monde, 1443 kilomètres de long, jusqu’en Tanzanie.

Ravager le vivant

Le gazoduc passera par des réserves protégées, et menace ainsi d’extinction de nombreuses espèces déjà en danger. Les deux plus grandes réserves d’eau douce d’Afrique de l’Est seront vraisemblablement contaminées, quand bien même la vie de plus de 40 millions de personnes en dépend. A n’en pas douter, Eacop fera trinquer les coupes de champagne dans le confortable bureau de Patrick Pouyanné (PDG de TotalEnergies). En même temps, il piétinera le vivant à tous les niveaux. A son terme, le projet émettra 34 millions de tonnes équivalent CO2 par an, soit six fois le total des émissions de l’Ouganda.

Ce projet colossal a besoin de financements. Pour cela, Total compte sur de nombreuses banques qui investissent dans cette entreprise l’argent confié par leurs client·e·s. En choisissant d’investir ou de financer des projets, les banques dessinent à grand trait notre modèle de société et son avenir dans un monde aux ressources limitées. D’après un rapport d’Oxfam France de 2020, l’empreinte carbone des grandes banques françaises représente près de huit fois les émissions de gaz à effet de serre de la France entière. Elles sont les premières financeuses européennes des énergies fossiles. Ainsi, au rythme actuel, ces banques nous mènent vers un réchauffement à +4°C d’ici à 2100, bien loin de l’objectif d’1,5°C fixé par le dernier rapport du GIEC. Les plus mauvaises élèves sont la BNP Paribas, la Société Générale et le Crédit Agricole.

Le pouvoir décisif des banques

Ce pouvoir, néanmoins, peut et doit être utilisé à des fins éthiques. Les banques portent la responsabilité des projets dans lesquels elles injectent notre argent. Concernant Eacop, de nombreuses banques se sont engagées à ne pas financer l’infrastructure. Quant aux investisseurs de Total, c’est-à-dire le Crédit Agricole, Amundi, BNP Paribas et Axa, ils sont complices. TotalEnergies consultera ses actionnaires lors de son Assemblée générale le 25 mai 2022. Aux banques de contester et sanctionner ses stratégies expansionnistes dévastatrices. La responsabilité leur incombe de voter contre la gigantesque entreprise de greenwashing appelée « plan climat », contre le renouvellement du mandat des trois membres du conseil d’administration de Total, et pour des mesures d’ampleur en faveur du climat. Sans le soutien de ses investisseurs, Total ne peut mener à bien son expansion. La responsabilité sociale et environnementale des banques a le pouvoir de paralyser les entreprises qui ne sont rien sans leurs actionnaires.

A l’aune des impacts environnementaux dévastateurs des banques, la responsabilité touche donc aux institutions qui exploitent notre argent à dessein pervers, mais aussi à nous, citoyen·ne·s, qui plaçons notre argent dans leurs mains. Entendons-nous bien : ces groupes multilmilliardaires usent du greenwashing pour maquiller leurs intentions, et notre vulnérabilité face à ces pratiques n’est pas blâmable. Toutes les banques françaises se sont engagées publiquement à respecter l’Accord de Paris depuis la COP 21 (2015), et la plupart d’entre elles proposent des Livrets de Développement Durable et Solidaire (LDDS). Derrière ces effets d’annonce et des techniques marketing aveuglantes se trame un cruel manque de transparence vis-à-vis des client·e·s qui restent pour la grande majorité ignorant·e·s de l’emploi que ces groupes font de leurs propres deniers.

Prendre conscience de notre responsabilité

La campagne de sensibilisation notamment menée par StopEacop a permis de lever un infime pan de cette dangereuse et malhonnête opacité. En tant que citoyen·ne, il nous revient de placer notre argent en connaissance de cause. Il est par exemple possible d’estimer l’empreinte carbone de son compte bancaire en téléchargeant gratuitement l’application Rift. En indiquant sa/ses banques et les différents placements qui y sont faits, l’application donne à voir l’empreinte environnementale de l’argent prêté ainsi que ce qu’il finance.

Prenons un exemple fictif. J’ai sur mon compte courant 1500€ au Crédit Agricole, et ai 20 000€ sur un livret A à la Société Générale. Selon l’application, mon épargne est répartie comme suit : 36 % pour les PME, 26 % pour les logements sociaux, 12 % pour les titres financiers et 11 % pour la dette publique. Rift m’indique que mon argent ainsi placé engendre 11 835 kg de CO2 par an, soit près de 9 vols Paris-New York. L’application m’informe également que mon épargne finance TotalEnergies, et plus globalement le secteur sensible de l’exploitation minière et des métaux. Cet outil, à défaut des banques elles-mêmes, contribue à apporter de la transparence à un système bancaire pour le moins discret quand il s’agit d’être honnête.

Agir pour une économie citoyenne, éthique et solidaire

Toutefois, nous ne sommes pas condamné·e·s à subir et constater les dégâts de notre malheureux financement. Plusieurs banques éthiques ont vu le jour ces dernières décennies, à la marge des grands groupes connus de tous·tes. C’est le cas de la Nef, une coopérative bancaire créée en 1988 et qui utilise l’argent déposé par les épargnants pour financer des projets écologiques, sociaux, et culturels. Et puisqu’il s’agit de miser sur la transparence, un registre permet à toute la clientèle de vérifier la liste des projets soutenus. Par ailleurs, il est possible soit de toucher les intérêts de l’épargne, soit de les verser à une association (là encore, en toute transparence). D’autres initiatives proposent des épargnes éthiques mais aussi un compte courant, comme le Crédit Coopératif.

Notre argent, quoiqu’il puisse sembler bien abstrait sous forme d’un nombre sur une application, se matérialise donc bien dans la réalité globale que nous vivons tous·tes à des degrés différents. L’exemple des projets Eacop et Tilenga est criant, mais ne forme que la pointe émergée de l’iceberg. A nous de nous informer et de transformer notre manière de concevoir notre rôle dans l’économie dévastatrice qu’alimentent les grandes banques. Faire le choix de l’éthique, c’est promouvoir une économie citoyenne et donc nos droits humains, par-delà les frontières. C’est façonner une société respectueuse du vivant. C’est capitaliser sur l’avenir de la planète et donc le nôtre. Aux banques d’utiliser leur pouvoir dans le bon sens. A l’État de réguler ce secteur effréné dans sa course au profit, en implémentant des réglementations contraignantes et en cessant de se contenter d’annonces cosmétiques et d’un volontarisme ostentatoire.

Léna Lebouteiller

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Le droit à l’IVG en péril aux États-Unis

photo: pexels

Le départ de Donald Trump de la Maison Blanche n’aura pas suffit à endiguer la poussée conservatrice du pays. Les lois anti-avortement se multiplient dans les différents Etats américains, jusqu’à donner des idées à la plus haute juridiction du pays, la Cour Suprême. Les juges qui la composent pourraient réviser la loi Roe VS Wade de 1973 qui inscrit l’avortement légal jusqu’à 24 semaines de grossesse dans la Constitution.

Vers une suppression du droit à l’avortement ? 

Réviser la Constitution n’est pas un acte banal, cela remet en cause une décision historique pour la liberté des femmes. En 1973, l’arrêt Roe VS Wade promet aux femmes une possibilité d’avorter jusqu’à 24 semaines de grossesse. Mais les États-Unis semblent à présent revenir sur leurs pas à la suite d’un projet de loi du Mississippi.  Cet État du Sud souhaite interdire l’avortement au-delà de 15 semaines de grossesse, une loi que les juges de la Cour Suprême pourraient faire passer à l’échelle du pays. Certains États n’ont pas attendu cette décision pour passer à l’acte. Selon France Info, pas moins de 1840 mesures de limitation de la contraception ou de l’avortement ont été introduites depuis le début de l’année aux États-Unis, dans 46 États sur les 50 que compte le pays. La Floride a réduit le délai pour l’avortement de 24 à 14 semaines. Au Texas, l’IVG est à présent interdit dès que les battements du cœur de l’embryon sont perceptibles, environ quatre semaines après la fécondation. L’Idaho engage des poursuites civiles contre les médecins pratiquant l’avortement. La liste est encore longue et pourrait s’allonger davantage si la Cour Suprême décide de réviser ce droit. Vingt États supplémentaires seraient susceptibles de criminaliser ou d’interdire l’avortement.  Pourtant, dans les pays avec un accès au soin, les avortements ont tendance à avoir lieu assez tôt. La majorité des avortements réalisés dans le monde ont lieu dans les 12 premières semaines (90% dans les pays à revenu élevé , les ⅔ ayant lieu avant 9 semaines de grossesse).

carte : Radio-Canada affichant les restrictions du droit à l’IVG. La carte date de 2016, depuis certains États ont renforcé leur politique anti-IVG


L’héritage Donald Trump

La décision de la Cour Suprême est encore plus redoutée que six juges sur neuf sont conservateurs. Un déséquilibre en partie dû aux choix de Trump. L’ancien président des États-Unis a conduit trois juges conservateurs à la plus haute juridiction du pays. Symbole du recul du droit à l’avortement, Trump choisissait Amy Coney Barrett pour remplacer l’icône féministe, Ruth Bader Ginsburg. La protégée de Trump s’oppose diamétralement à sa prédécesseure, une femme reconnue pour ses positions en faveur de l’indépendance et de l’avortement. Sa remplaçante est au contraire connue pour ses positions religieuses traditionalistes et son opposition à l’avortement. Amy Coney Barrett est membre de la communauté religieuse “People of Praise” dont un article du Guardian affirme que les femmes y sont considérées comme soumises à leur mari. Pour compléter le tableau, Niel Gorsuch avait également été sélectionné par l’ancien président américain. Ce juge conservateur de 55 ans se positionne en faveur de la peine de mort ainsi que des valeurs de la famille et de la religion. En 2013, il tranche en faveur de l’entreprise Hobby Lobby, opposée au remboursement de pilules du lendemain. Troisième choix et pas des moindres, Brett Kavanaugh, homme aux positions conservatrices affichées : catholique traditionaliste, ouvertement anti-avortement et pro armes à feu. Il est également accusé d’au moins quatre agressions sexuelles, notamment par d’anciennes camarades d’étude.  Le système américain est ainsi fait que ces choix d’hier peuvent impacter la vie des femmes de demain. Restreindre, criminaliser ou interdire l’avortement aurait de graves conséquences sur la santé des femmes, et sur leurs libertés.

Riposte féministe

Aux Etats-Unis, les lobbies anti-avortement et les mouvements “pro-life” envahissent la société et mènent leur propagande, même dans la tête des plus jeunes. L’Église est l’une des instances majeures dans la lutte contre l’avortement. En 2019, elle finance le film “Unplanned”, un manifeste contre l’IVG inspiré de faits réels. Le scénario met en scène une femme du Planning Familial aux opinions féministes. Cette dernière retourne sa veste après sa rencontre avec un couple anti-avortement, elle décide alors de mener un combat contre le Planning Familial et l’IVG. Lors de sa semaine de sortie, le film se hisse au top 10 des meilleures entrées avant d’être interdit au moins de 17 ans et rejeté par certaines chaînes de télévision. Mais la propagande anti-avortement gangrène aussi l’État, notamment sous l’ère Trump. En janvier 2017, la “March for life”, grand rendez-vous des militants anti-IVG, prend un autre tournant. Le vice-président de Donald Trump, Mike Pence, s’y rend en personne et déclare : « La vie est en train de gagner ».

Vidéo de Bloomberg QuickTake sur la Women’s March pour protester contre les lois anti-avortement

La réponse féministe ne s’est pas faite attendre face à la poussée conservatrice du pays. En octobre 2021, de multiples manifestations dénonçant la loi promulguée au Texas ont lieu dans plusieurs États. Dans plus de 600 villes du pays, des femmes de toutes les générations revendiquent le droit à disposer de leur corps, le droit d’avoir le choix. Les féministes dénoncent la situation déjà critique du pays où certaines femmes sont contraintes de changer d’État afin d’avorter. Les lois anti-avortement affectent d’autant plus les femmes précaires pour qui ce droit est très coûteux. Amnesty International condamne également les “déserts” en terme de cliniques d’avortement, la plupart des habitants vivant à plus de 160 kilomètres d’un tel service. L’organisation déplore le fait que les États-Unis aient “le taux de mortalité maternelle le plus élevé de tous les pays développés”. La situation est déjà critique. Réviser le droit à l’IVG ne permettra pas de diminuer le nombre d’avortement mais rendra simplement sa pratique plus dangereuse. Au-delà de l’aspect médical, cette loi est le symbole même du patriarcat. Une minorité de personnes, notamment des hommes, décident à la place des femmes sur des sujets qui les concernent. Cela semble surréaliste qu’en 2022, des femmes doivent toujours se battre pour avoir le choix, pour disposer librement de leur corps, pour avoir des droits fondamentaux. Les États-Unis sont à présent à un carrefour entre une société conservatrice où le patriarcat fait la loi et une société féministe, où chaque être humain a accès à ses droits fondamentaux.

photo :pexels

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[Portraits de vie] UKRAINE: témoignage d’Iryna, étudiante Ukrainienne

Yrina est étudiante en Estonie, mais elle est originaire d’Ukraine. Elle fait son master en Estonie, le plus au Nord des trois pays baltes, elle y vit, elle y passe la plupart de son temps, mais son cœur lui, est en Ukraine. Et encore plus en ce moment…

Jour 9 de la guerre. Vladimir Poutine, qui a décidé de mener une offensive contre l’Ukraine dans la nuit du 23 au 24 février, n’est pas prêt de faire retour en arrière. Forte de 200 000 hommes mobilisés, l’armée du Kremlin ne cesse d’avancer dans le pays. En ce vendredi matin, les troupes russes ont pris le contrôle de la centrale nucléaire de Zoporijia, après l’avoir bombardée. L’opération militaire russe qui devait se limiter à cibler des sites militaires se transforme finalement en une tentative d’invasion totale du pays.

A l’heure où la guerre entre l’Ukraine et la Russie se joue aussi sur le terrain numérique, par la diffusion de fake news et de propagande pro-russe de la part du Kremlin, il est plus important que jamais de donner la parole à celles et ceux, qui subissent le conflit de plein fouet.

Retranscription écrite du podcast

Jingle d’introduction « Behind the society : le podcast »

Maxence, animatrice:

Yrina est étudiante en Estonie, mais elle est originaire d’Ukraine. Elle fait son master en Estonie, le plus au Nord des trois pays baltes, elle y vit, elle y passe la plupart de son temps, mais son cœur lui, est en Ukraine. Et encore plus en ce moment…

Jour 9 de la guerre. Vladimir Poutine, qui a décidé de mener une offensive contre l’Ukraine dans la nuit du 23 au 24 février, n’est pas prêt de faire retour en arrière. Forte de 200 000 hommes mobilisés, l’armée du Kremlin ne cesse d’avancer dans le pays. En ce vendredi matin, les troupes russes ont pris le contrôle de la centrale nucléaire de Zoporijia, après l’avoir bombardée. L’opération militaire russe qui devait se limiter à cibler des sites militaires se transforme finalement en une tentative d’invasion totale du pays.

A l’heure où la guerre entre l’Ukraine et la Russie se joue aussi sur le terrain numérique, par la diffusion de fake news et de propagande pro-russe de la part du Kremlin, il est plus important que jamais de donner la parole à celles et ceux, qui subissent le conflit de plein fouet.

Depuis l’Estonie, Yrina assiste, impuissante, à l’invasion de son pays, et à la mise en danger constante de sa famille et ses ami.e.s. Pour Behind the society, elle témoigne et nous livre son ressenti sur cette guerre.

UKRAINE : témoignage d’Iryna, étudiante ukrainienne. Un podcast réalisé par Maxence Grunfogel et Manon Hilaire.

Iryna- traduction en français de Manon:

Bonjour, je m’appelle Iryna Horpynenko, mais je me fais appeler habituellement Rina, ce qui est un nom estonien, j’essaye de m’intégrer un peu. 

Je viens d’Ukraine et quand les gens me demandent où est ce que je vis exactement, j’essaye d’expliquer que je viens d’une petite ville dont ils vont probablement oublier le nom. La ville se trouve à 200km à peu près de la frontière russe. 

En Estonie, je fais un Master qui est appelé éducation, innovation et leadership. 

Maxence:

L’invasion de l’Ukraine par la Russie a été justifiée par Vladimir Poutine dans ce discours que l’on vient d’entendre. Il ne reconnaît pas la légitimité de l’Ukraine, accusant son gouvernement d’être des oligarques voulant l’argent du peuple, il parle du pays comme d’un foyer de terroristes, une menace nucléaire. Il va même jusqu’à qualifier l’opération militaire russe de dénazification de l’Ukraine. La rhétorique de Vladimir Poutine est très forte, il cherche à justifier l’invasion russe en diffusant de fausses informations. Iryna le sait, et a décidé, dès le premier jour de la guerre, de militer à son échelle en allant manifester, et informant les gens sur ses réseaux sociaux.

La journée du 24 février était très importante pour les Estoniens et Estoniennes puisque le pays fêtait son indépendance de 1918. Mais des manifestations parallèles pour soutenir l’Ukraine ont été organisées la même journée.

Iryna- traduction en français de Manon:

Comme vous le savez, il y avait le jour de l’indépendance de l’Estonie le 24 février, et au départ, je voulais me joindre à cet évènement mais quand j’ai appris pour l’invasion de mon pays par la Russie, j’ai décidé de rejoindre le rassemblement devant l’ambassade Russe pour soutenir l’Ukraine. En réalité, j’y ai passé toute la journée. Après ça, j’ai vu que la Russie partageait plein de fausses informations, à propos de ce qu’il se passait dans mon pays. Parce que, au milieu de toutes les news, il y avait aussi beaucoup de fake news que les médias russes essayaient de partager. Des personnes ont donc commencé à paniquer et voulaient tout simplement quitter leur ville et même le pays. Après avoir essayé de communiquer avec ma famille, mes amis, mes parents, j’ai décidé que je voulais faire plus. J’ai donc rejoint l’une des réunions zoom que l’Organisation étudiante pour l’Ukraine avait planifié. Après ça, je suis devenue membre de cette organisation. 

Maxence:

Comment t’es tu sentie quand tu as appris que Vladimir Poutine décidait d’envahir ton pays. Comment as-tu réagi, d’abord à la menace qui pesait sur ton pays, puis au début de la guerre en Ukraine ?

Iryna- traduction en français de Manon:

Quand j’ai appris que Poutine avait déclaré la guerre à l’Ukraine, la première chose que j’ai fait a été d’appeler ma mère pour savoir à quel point la situation était terrible. En réalité, la guerre a démarré il y a 8 ans, lors de l’annexion de la Crimée donc honnêtement on s’habitue. On s’habitue à vivre dans la peur constante du pire scénario, d’une guerre qui arriverait. Et c’est pour ça que je suis très sceptique et que j’essaye de rester critique quand je lis les news, car la plupart des journaux, essayent d’attirer l’attention au lieu d’informer les gens à propos de ce qu’il se passe réellement dans mon pays. Et quand il est question des informations concernant l’invasion russe, je ne croyais simplement pas que c’était en train d’arriver et j’ai donc appelé ma mère. Quand j’ai réalisé qu’il y avait une véritable invasion dans mon pays, j’ai commencé à regarder les news 24h/24 pour réunir des informations car la ville dans laquelle mes parents vivent et habitent toujours était totalement occupée par les troupes russes. Je ne pouvais pas appeler ma mère parce qu’elle se déplaçait vers un autre endroit et la connexion internet ne marchait plus. Après ça, j’ai donc commencé à partager des informations, des informations pertinentes, sur ma page Instagram parce que la plupart des gens ne comprenaient pas ce qui était réellement en train de se passer. 

Pour parler de la menace de Poutine, je ne crois pas en sa puissance. En réalité, il parle beaucoup, mais on ne peut pas lui faire confiance parce qu’il ment aux russes, aux ukrainiens, et en fait au monde entier. 

Maxence:

Tu as de la famille et des ami.e.s en Ukraine, as-tu pu les contacter ? Comment est leur vie, depuis que la guerre a commencé ?

Iryna- traduction en français de Manon:

Le même jour où cette terrible guerre est arrivée, j’ai appris le nombre d’heures qu’il y avait en une semaine. Vous saviez le nombre de heures qu’il y a par semaine ? Je ne savais pas avant que cette guerre commence. Il y a 168 heures, cent soixante-huit. C’est énorme.

Toute ma famille est dans le nord du pays, qui est occupé. La plupart de mes amis habitent à Kiev. Certains ont essayé de se déplacer vers l’Ouest du pays, et le reste voulaient rentrer à la maison et retrouver leur famille, mais ils n’ont pas pu. Tous les ponts étaient détruits et ils se retrouvaient donc à être physiquement bloqués, sans pouvoir bouger. Toute ma famille et mes amis vivent dans la peur constante depuis les 7 jours qui viennent de passer. Heureusement, ils ont de la nourriture et de l’eau, mais je ne sais pas pour combien de temps parce qu’ils sont coupés du monde et je ne sais pas comment ils pourront avoir de la nourriture et faire des courses. 

Maxence:

La guerre en Ukraine n’est pas un événement soudain que l’on ne pouvait pas prédire de la part du dirigeant russe. Déjà en 2014, la Russie annexait illégalement la Crimée. La Crimée est une péninsule située au sud de l’Ukraine, qui est désormais rattachée à la Russie, après les événements de février et mars 2014.

Pour un bref rappel historique, en 1991 après la chute de l’URSS, la Crimée obtient le statut de République autonome de Crimée, au sein de l’Ukraine indépendante. En 2014, une crise diplomatique internationale éclate. Cette crise fait suite à l’Euromaïden, nom donné aux manifestations pro-européennes de 2013 en Ukraine puisque le gouvernement ukrainien avait refusé de signer un accord d’association avec l’Union Européenne. Cette décision s’était soldée par la démission du président Viktor Ianoukovytvh, remplacé par Oleksandr Tourtchynov. La Russie ne considérait cependant pas ce nouveau gouvernement comme légitime. Des troupes pro-russes sont par la suite décelées dans la péninsule de Crimée, et des troupes de l’armée fédérale russe sont détectées près de la frontière ukrainienne. L’invasion de la Crimée conduit à la déclaration d’indépendance de la République de Crimée le 11 mars 2014. Une semaine plus tard la Russie déclare que la République de Crimée, ainsi que la ville de Sébastopol qui ne fait pas partie de la Crimée, deviennent deux nouveaux sujets de la fédération de Russie. La scène internationale, particulièrement les Etats-Unis, l’Union Européenne et l’ONU, ont condamné cette déclaration.

Yrina, tu as vécu en Ukraine depuis 2014, tu as connu l’annexion de la Crimée. Comment toi et ta famille l’avaient vécue ? Qu’est-ce qui a changé, après ça, pour les Ukrainiens ?

Iryna- traduction en français de Manon:

Pour moi, l’annexion de la Crimée était très douloureuse. Quand j’étais enfant, je suis allée visiter à de nombreuses reprises cette zone avec ma mère et mes sœurs. Parce que la Crimée est une superbe fusion entre les montagnes et la mer. Tu peux t’y rendre pour tout type de repos, comme du repos actif. Tu peux y aller pour faire de la randonnée ou au contraire aller à la plage, te reposer et ne rien faire. Tous les Ukrainiens adorent ce territoire. Donc après l’annexion, la Nation entière s’est séparée en deux. Parce que les Ukrainiens qui ont décidé de rester en Crimée et d’y vivre sont devenus des sortes de zombies. Et quand Poutine nous a envahi, et que nos parents ou amis ont prévenu ces gens qui vivent en Crimée à propos de la situation, ils ne croyaient pas que Poutine nous avait envahi. Ils ont subi un lavage de cerveau complet. Et il est impossible de les persuader. Quand on va les voir, en pleurant, expliquant la situation, ils ne nous croient pas. Et c’est là le pouvoir des réseaux sociaux que Poutine a imposé sur eux. 

Maxence:

Volodymyr Zelensky est devenu le symbole dans le monde entier de la résistance face à la Russie, mais il était assez peu connu avant ça. On le connaît comme un ancien humoriste, qui s’est érigé à la tête de l’Ukraine, et désormais chef de guerre. Pour revenir sur sa carrière, il a été humoriste, et a tenu un rôle dans la série la plus célèbre de la télévision nationale. Il remporte l’équivalent ukrainien de Danse avec les stars en 2006. Mais c’est en 2015 que sa carrière va être propulsée, puisqu’il obtient le rôle principal de la série Le Serviteur du peuple. Il joue un professeur d’histoire qui se retrouve malgré lui Président de la République, et dénonce la corruption des élites. Mais la fiction se mêle à la réalité, et donne à l’acteur de véritables ambitions politiques. Il se présente à la présidentielle de 2019, face au président sortant Oleksander. Finalement, Volodymyr Zelensky pulvérise les scores avec plus de 73% des voix au second tour. Désormais, le président a troqué son costume d’homme politique pour un treillis kaki, et est perçu par le monde entier comme héros national. Les Ukrainiens et Ukrainiennes saluent le fait que le président soit resté a Kyiv malgré les combats, puisqu’en comparaison à l’ancien président Ianoukovytch, ce dernier avait fui vers la Russie lors des manifestations pro-européennes de 2014.

Yrina, qu’est-ce que toi tu penses de Volodymyr Zelensky, et de sa politique envers la Russie ?

Iryna- traduction en français de Manon:

Je pense que Zelenski est le meilleur président ukrainien jusqu’à présent. J’ai voté pour lui aux dernières élections et je me rappelle même de ce jour parce que je venais d’avoir 18 ans et je pouvais enfin voter.  Je suis venue voter et j’ai mis le bulletin avec son nom dans l’urne, sans aucune hésitation. Mais je me rappelle que beaucoup de personnes étaient inquiètes, se demandant qui il était ? Juste un comique sans expérience politique ? Sa candidature en 2018 était initialement perçue par beaucoup comme une blague. Son parti politique s’appelle le serviteur du peuple. Ce n’est pas quelque chose de politique, n’est-ce pas ? Mais il a gagné, en promettant de combattre la corruption et de ramener la paix dans l’est du pays. Et maintenant, Zelenski a soudainement émergé en tant que leader mondial. Le soutien total est venu. Je crois qu’après que la Russie ait commencé son invasion, tous les Ukrainiens ont tenu tous leurs espoirs auprès de Zelenski. Il a joué un rôle unificateur et inspirant. Il dirige et repousse Poutine et son armée. Et pour tout ça, je le respecte et l’admire sincèrement. En parlant de la politique de Zelenski par rapport à la Russie, il fait bien les choses. Pour protéger l’Ukraine, il a officiellement engagé une action en justice contre la fédération russe. De plus, il a officiellement fait la demande à ce que l’Ukraine soit un membre de l’UE. Je pense que c’est vraiment une bonne chose que le président ne soit pas perdu dans ces temps troublés, et continue de vouloir protéger l’Ukraine au niveau international. 

Maxence:

Les Occidentaux multiplient les sanctions économiques contre la Russie. D’un côté les gouvernements nationaux prennent des sanctions, et de l’autre les organisations internationales organisent les retraits en cascade des entreprises privées. Par exemple, 7 banques russes, ainsi que des établissements biélorusses, doivent être bannies du système Swift. L’Union Européenne suspend également les activités de diffusion des médias d’Etat russes Sputnik et Russia Today. Après l’espace aérien, l’accès à la mer pourrait être lui aussi restreint. Les avoirs de Vladimir Poutine et du ministre des affaires étrangères de la Fédération de Russie Sergueï Lavrov, sont gelés. Le G7 qui rassemble les sept pays les plus riches de la planète se sont également réunis avec leur collègue ukrainien pour étudier de nouvelles pistes de représailles qui seront annoncées dans les prochains jours. Les Occidentaux ont également envoyé de nombreux équipements militaires, et d’importantes sommes d’argent à l’Ukraine. De nombreuses manifestations pro-Ukraine se sont également déroulées dans de nombreux pays.

Que penses-tu de ces réactions internationales ?

Iryna- traduction en français de Manon:

Nous ne faisons pas partie de l’Union Européenne ou de l’OTAN mais le monde entier nous soutient. Honnêtement, j’étais très étonnée quand j’ai vu le nombre de sanctions, et sévères en plus, qui ont été prises contre la Russie et la Biélorussie. L’Union Européenne est juste une organisation économique qui ne peut pas aider beaucoup plus qu’en donnant l’argent dont on a besoin. Je voudrais personnellement remercier tous ceux qui ont protesté contre la Russie, pour nous, pour la paix. 

Maxence:

Les manifestations en Estonie ont réuni un nombre de personnes sans précédent. C’est un pays qui ne descend que très rarement dans la rue, mais en ces temps de guerre, la population estonienne soutient plus que jamais l’Ukraine. L’Université de Tallinn, la capitale, a par exemple fondé un club d’étudiants pour soutenir l’Ukraine. Ils collectent de nombreuses denrées, vêtements et produits de première nécessité pour les envoyer en Ukraine et aux frontières de la Pologne par exemple, où de nombreux réfugiés débarquent chaque jour.

Iryna- traduction en français de Manon:

En ce moment, je lis les news avec des larmes dans les yeux. Au début, c’étaient des larmes de souffrance et de peur. Maintenant, ce sont des larmes de justice, d’admiration et d’unité. Le monde entier soutient l’Ukraine et particulièrement l’Estonie. Pendant les manifestations qui ont eu lieu le 26 février, 30 000 personnes sont descendues dans la rue pour soutenir la population ukrainienne et s’opposer à cette guerre agressive que la Russie a lancé contre l’Ukraine. Je pense que c’est dû au fait que les deux pays ont fait partie de l’Union Soviétique. Ils ont donc tous conscience de savoir à quel point c’est difficile et douloureux d’accéder à l’indépendance. Et je pense que c’est pour ça que l’Estonie nous soutient autant. Et je tiens à dire merci, de tout mon cœur.

Maxence:

De votre côté, auditeurs et auditrices, n’hésitez pas à vous informer au maximum sur ce qu’il se passe en Ukraine, en suivant notamment le travail des journalistes sur place, pour éviter la désinformation. Pour aider les civils ukrainiens, de nombreuses associations œuvrent sur le terrain auprès des civils. Pour chacune d’entre elles, des dons financiers sont possibles sur Internet, mais les antennes locales accueillent aussi des donations matérielles. Vous trouverez une liste de ces associations dans l’article de diffusion.

Jingle de fin « c’était Behind the society : le podcast, une série d’épisodes à retrouver sur Deezer, Spotify, Apple Podcasts et Google Podcasts. »

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Ukraine: récit d’une guerre d’aujourd’hui

Tout d’abord un peu d’histoire

Le 8 décembre 1991, l’accord de Minsk, signé entre la Russie, l’Ukraine et la Biélorussie acte la dissolution de l’URSS.
L’Ukraine obtient alors son indépendance si convoitée: de nombreuses révoltes avaient eu lieu par le passé contre l’absolutisme soviétique, et en 1991, 90% de la population ukrainienne votent l’indépendance de leur pays lors d’un référendum d’auto-détermination.

3 ans plus tard, le 5 décembre 1994, l’Ukraine signe le mémorandum de Budapest sur les garanties de sécurité: l’armée ukrainienne abandonne la possession de son arsenal nucléaire en échange de la garantie des Etats-Unis, du Royaume-Uni et de la Russie à respecter l’intégrité de son territoire: la souveraineté de l’Ukraine est actée.

En novembre 2013, la population Ukrainienne, alors fortement pro-europe proteste contre son président, lui pro-Russe: Viktor Ianoukovitch; c’est « l’Euromaiden ».
Face aux résistances du gouvernement, une révolution éclate alors en février 2014, et le président, destitué, s’enfuit en Russie.

En réponse à cette révolte, Vladimir Poutine lance une intervention en Crimée, qui sera annexée en mars.

Après 20 ans d’intégrité territoriale, l’indépendance de l’Ukraine est bafouée une première fois par le régime fasciste de Vladimir Poutine.
Cette annexion s’intègre en réalité dans un contexte plus large: une politique impérialiste et expansionniste du gouvernement Poutinien, déjà coupable de l’annexion de l’Ossétie en 2008.
La fin des combats sera finalement annoncée en début de 2015 avec les accords de Minsk et la capitulation de l’Ukraine sur ses territoires Criméen.

Fort de ses nouvelles possessions en Crimée, la Russie de Vladimir Poutine va, pendant 8 ans, alimenter des mouvements séparatistes dans la région du Donbass, dans l’est de l’Ukraine. Ces mouvements contestent le pouvoir légitime et démocratique des présidents Porochenko (entre 2014 et 2019) puis Zelenski (à partir de 2019), et causeront la mort de près de 15.000 personnes entre 2014 et aujourd’hui.

En octobre 2021, l’armée russe déploie plus de 100.000 soldats à la frontière Russo-Ukrainienne, menaçant l’invasion du territoire Ukrainiens. Des tentatives d’apaisement diplomatique sont alors menées par les pays occidentaux, pour éviter une invasion de l’Ukraine par l’armée Russe.

Malheureusement, ces tentatives de négociations seront un échec, et le 21 février 2022, la Russie reconnaît l’indépendance des régions ukrainiennes de Donetsk et Lougansk, s’attirant les sanctions économiques de l’occident. 3 jours plus tard, Vladimir Poutine lance l’invasion de l’Ukraine.

Quelles sont les motivations de la Russie ?

Pour justifier son intervention militaire en Ukraine, le Kremlin à avancé différentes explications plus ou moins crédibles.
Tout d’abord, Poutine a évoqué l’idée de libérer la province du Donbass de l’emprise Ukrainienne, notamment en procédant à une “dénazification” de la région. Cependant, aucune formation néo-nazi considérable ,n’existe en Ukraine, dont le paysage politique est dominé par un centre-droit libéral. De plus, il est aujourd’hui connu que les mouvements indépendantistes dans le Donbass sont en grande partie composés de mercenaires payés par la Russie.

De même qu’en 2014, la raison du rapprochement entre l’Ukraine et l’Union Européenne fait également partie des motifs invoqués par Vladimir Poutine. Mais ces arguments ne sont pas non plus valables: malgré un sentiment pro-européen fort en Ukraine et une volonté d’intégrer l’Union ainsi que l’OTAN, la France et l’Allemagne s’y sont toujours fermement opposés, rendant peu probable un réel rapprochement.

Les réelles motivations de la Russie sont donc purement impérialistes.
En effet, la politique menée par le Président Vladimir Poutine s’apparente à une politique néo-fasciste, politique dont l’une des principales composantes est un impérialisme expansif.
La Russie est d’autant plus marquée, voire encore aujourd’hui traumatisée par la chute de L’URSS, ayant pulvérisé la puissance Russe. Il n’y a donc aujourd’hui rien d’étonnant à voir aujourd’hui un réel souhait de regain de puissance, une nostalgie de l’absolutisme perdu, incarné par Vladimir Poutine.
L’Ukraine n’est donc qu’un territoire de plus à conquérir pour le Kremlin, après la Crimée et l’Ossétie, en plus de lui offrir une zone de sûreté entre elle et les frontières européennes.
On peut alors craindre une réelle menace dans les années à venir pour la Pologne ou les pays Baltes, semblant également dans le viseur de l’Ogre Russe, ayant déjà mainmise sur la Biélorussie à travers le gouvernement fantoche de Loukachenko.

Les populations sont en danger.

Pour la population Ukrainienne, un enfer interminable

Les vraies victimes de cette guerre, ce sont elles et eux. Ces femmes, ces enfants, dont la maison est détruite, la vie réduite en miettes, et le mari, le père, le frère ou le fils, parti combattre au front sans garantie de retour.

Ce sont les riches et les puissants qui se font la guerre, mais la population qui en paye le prix.

Les témoignages de citoyen·ne·s ukrainien·ne·s qui nous arrivent décrivent tous l’horreur de cette guerre.
Les familles forcées à fuir, à se cacher dans le métro de Kiev pour échapper aux bombardements, ou forcées à couper toute lumière la nuit par peur d’être repéré par les militaires russes.
Beaucoup fuient, ou tout du moins, essayent de fuir.

C’est là qu’on assiste à des scènes de racisme horrible et décomplexé.
Des milices empèches les ukrainien·ne·s noir·e·s de monter dans les trains quittant le pays, en leur disant d’attendre: d’attendre que toutes les personnes blanches se soient échappée avant d’être elleux mêmes sauvés.
De même à la frontière Polonaise, les mêmes discriminations sont appliquées, et les personnes noires se font refuser le passage.
Une hiérarchie des vies très claire est établie: les enfants blancs > les femmes blanches > les personnes noires.

Mais cela n’est pas mieux en France et dans tout l’occident en général.
Ce racisme décomplexé s’invite sur les plateaux télés et les radios soutenant l’establishment: sur BFMTV, un journaliste hiérarchise les vies des réfugiés ukrainiens au-dessus de celles des syriens ou des afghan, sous prétexte qu’iels “nous ressemblent”. Toujours sur BFM, un éditorialiste estime pour les mêmes motifs que l’Ukraine nécessite un “geste humanitaire immédiat”, contrairement aux pays non européens dans des situations comparables. Sur Europe 1, le député Modem (parti de l’alliance gouvernementale majoritaire à l’assemblée) Jean-Louis Bourlanges parle d’une “immigration de grande qualité”. Le plateau états-unien de CBS va même jusqu’à qualifier l’Ukraine de “pays civilisé”, “comparé à la Syrie ou l’Afghanistan”.

C’est un racisme décomplexé auquel on assiste, et duquel sont victimes les réfugiés. De plus, comme d’habitude, ce sont les femmes et les minorités de genre qui se retrouvent en première ligne de ces puanteurs: les termes “ukrainian girl”, “ukrainian porn” ou “war porn” sont en top trend sur les sites pronographiques et sur google en général. (Ces constats n’ont bien sûr pas vocation à servir un argumentaire abolitionniste/swerfs, mais mettent en lumière un réel intérêt morbide dont sont actuellement victimes les femmes et minorités de genres ukrainiennes)

Face à une situation désastreuse et une gestion de crise hautement problématique, il devient donc nécessaire d’intervenir pour venir en aide aux populations.

Comment venir en aide aux ukrainien·ne·s ?

Chacun·ne·s à notre échelle et à nos moyens, nous avons la possibilité de nous mobiliser pour venir en aide au peuple ukrainien, même de façon symbolique, la représentation compte.


Sur les réseaux sociaux:

  • Faire attention aux images et posts que l’on diffuse, ne pas diffuser de fausses informations ou des images chocs et crues qui pourraient nuire à l’honneur des personnes représentées et à la sensibilité des personnes qui regardent.
  • Penser à contextualiser ce que l’on diffuse, se renseigner et expliquer le contexte dans lequel une photo à été prise par exemple. Ne pas tomber dans le sensationnalisme est primordial.
  • Favoriser la diffusion de sources primaires (contenus et médias locaux) et de médias indépendants (en créditant à chaque fois).
  • Ne pas donner de visibilité à des personnalités qui souhaitent juste capitaliser sur le conflit en affichant un pseudo-humanisme clientéliste.
  • Faire attention à ne pas relayer de contenus hiérarchisant les vies, comme mentionné plus haut.
  • S’intéresser à la vision et la sensibilité de toustes: les grands médias ne visibilisent pas les plus précaires, à vous de leur donner de la voix!


En dehors des réseaux sociaux:

  • Participer aux manifestations.
  • Se tenir au courant de l’actualité et renseigner ses proches.
  • Donner de son temps à des associations d’aides aux réfugiés.

En apportant une aide financière:

  • Faire attention à qui organise la cagnotte ou la collecte de fond: malheureusement, certaines personnes mal intentionnées vont tenter de profiter de cette crise pour mener des arnaques (par exemple, paypal n’est pas disponible en Ukraine, une cagnotte organisée sur paypal est donc plus que douteuse).
  • Favoriser donc des dons à des associations et des œuvres connues dans leur engagement, et dont on est sûres que les collectes iront réellement pour les ukrainien·ne·s. En voici une courte liste à titre d’exemple:
    Razom, qui soutient les ukrainien·ne·s depuis 2014.
    La Banque Nationale d’Ukraine, qui organise une collecte de fonds pour soutenir les troupes ukrainiennes.
    L’UNHCR, géré par les Nations unies.
    Amnesty International, qui lutte pour un retour à la paix et l’aide aux prisonniers politiques.
    Singa France, qui participe à l’accueil des réfugiés en france et à leur intégration.

Retour sur la manifestation du 26 février à Lille

A l’initiative de plusieurs collectifs de ressortissants ukrainiens, un rassemblement de soutien au peuple ukrainien a été organisé ce samedi 26 février sur la place de la république à Lille.
L’évènement à été un temps forts pour la visibilité des souffrances auquel fait face actuellement le peuple ukrainien, de nombreuses prises de paroles de ressortissant·e·s, d’étudiants ukrainien en france et notamment d’Etienne Mourmant, consul honoraire d’Ukraine à Lille ont pu exprimer leur ressenti de la situation, revendiquer des mesures que le gouvernement devrait prendre et appeler à la mobilisation.

La rassemblement, pacifique et convivial s’est déroulé dans le calme, avec la présence de personnalités politiques et publiques en bordure, notamment Fabien Roussel et Sandrine Rousseau.
Seule la fin de l’évènement a été perturbée par la présence de militants anti-vax (visiblement pro-poutines au vu de leur propos) ayant pris à parti et agressé des personnes présentes leur demandant de veiller au calme par respect pour la situation actuelle.

La situation en Ukraine continue d’évoluer, et semble avoir atteint son paroxysme hier, avec la menace du président Vladimir Poutine d’envisager l’usage de l’arme nucléaire. Des pourparlers ont étés entamé aujourd’hui, et l’on espère que cette crise pourra s’apaiser aussi vite qu’elle a commencé.
Behind the Society vous tiendra au courant des avancées de la crise ukrainienne, et nos pensées vont directement aux victimes de cette guerre.

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À l'international Vidéos : Les Corres'Erasmus

Lancement des vidéos : les Corres’Erasmus

Les corres’Erasmus, c’est le nouveau projet de Behind The Society. Maxence et Manon, toutes deux étudiantes en journalisme et cette année en Erasmus. L’une en Estonie et l’autre en Angleterre, elles vont décrypter toutes les deux semaines, une thématique du point de vue de leurs pays d’accueil respectifs. 

RETRANSCRIPTION DE LA VIDÉO DE LANCEMENT

Je m’appelle Manon, je suis en Erasmus en Angleterre. Et moi, c’est Maxence, je suis en Erasmus, en Estonie. 

Jingle

Nous sommes toutes les deux actuellement dans nos pays respectifs, dans le cadre de nos études en science politique – parcours journalisme à l’Académie de l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille. On a décidé de lancer ce concept pour valoriser notre mobilité d’études tout en vous faisant découvrir des pays, cultures et thématiques qui reflétaient bien l’Angleterre et l’Estonie. 

Alors le concept ?

1 vidéo toutes les deux semaines, le dimanche à 18h pour vous décrypter un sujet sociétal, politique ou culturel du point de vue de l’Angleterre et de l’Estonie. Et oui, parce que ce qu’on trouve intéressant, c’est que ces deux pays sont assez différents mais aussi similaires sur de nombreux points de vue. 

L’ANGLETERRE

Je vais commencer par l’Angleterre, ce pays à seulement 42 km à vol d’oiseau des côtes françaises. D’ailleurs, si on continue de parler chiffre, il faut savoir que l’Angleterre concentre à lui seul, plus de 85% de la population entière du Royaume-Uni, avec près de 56 millions d’habitants. Le Royaume-Uni qui d’ailleurs, pour rappel, rassemble 4 pays : l’Angleterre, le Pays de Galles, l’Écosse et l’Irlande du Nord. 

Le pays fait ainsi partie d’une des dernières monarchies constitutionnelles d’Europe, bien que le rôle d’Élizabeth II, qui est au pouvoir depuis 70 ans, reste assez symbolique et cérémonial. Le système politique britannique est en effet un peu atypique avec une monarque qui dispose de faibles pouvoirs et de deux chambres : la chambre des lords et la chambre des communes. Pour la première, il s’agit, comme son nom l’indique, de nobles lords, qui ne sont, pour la plupart, pas élus et ne disposent pas de durée mandat. Au contraire, la chambre des communes est constituée de députés élus démocratiquement et provenant des 4 pays du Royaume-Uni (Angleterre, Pays de Galles, Écosse et Irlande du Nord). Le leader du parti politique majoritaire à la chambre des communes devient ensuite premier ministre, actuellement c’est donc le conservateur Boris Johnson qui occupe le poste.  

Par ailleurs, ce n’est pas que au niveau du politique que le Royaume-Uni aime bien se différencier. Ainsi, il faut partie de la très courte liste des 3 seuls pays au monde à ne pas avoir de constitution à proprement parlé. Le pays n’a jamais non plus voulu rentrer dans la zone euro et a toujours décidé de conserver sa propre monnaie, la livre anglaise. Même du côté de la sécurité routière, le Royaume-Uni fait encore différement puisque c’est l’un des seuls pays au monde à rouler à gauche. De même du côté des règles sanitaires concernant le covid puisque le Royaume-Uni a décidé de lancer sa campagne de vaccination contre le covid bien avant ses voisins européens pour au final supprimer depuis des mois quasiment toutes règles sanitaires. 

Comparé à l’Estonie, l’Angleterre a une histoire beaucoup plus connue du fait de sa proximité géographique avec la France, mais aussi parce que l’hexagone fait partie d’une grande part du passé de l’Angleterre. Et oui, même si les deux pays étaient de grands alliés pendant les deux guerres mondiales, cela n’a pas toujours été le cas. Le ministre des affaires étrangères britanniques a, lui-même admis lors d’un discours en 2018, que l’histoire franco-britannique a connu “comme nous le savons tous, disons-le avec diplomatie…, ses hauts et ses bas”. 

La France et l’Angleterre n’ont cessé d’être rivaux tout au long des siècles. À titre d’exemple, c’est contre le royaume d’Angleterre que la France s’est opposée au 14ème siècle pendant la guerre de 100 ans, qui a, en plus, en réalité duré 116 ans. Mais l’histoire entre la France et l’Angleterre n’a cessé d’être fuis-moi je te suis, suis-moi je te fuis. En effet, par trois fois les deux pays ont failli être réunis en une seule nation. En 1956, la France a même failli faire partie du commonwealth britannique, ce qui aurait fait d’Elizabeth II la souveraine de notre république. 

Les liens entre la France et l’Angleterre sont donc complexes depuis des siècles et ne se sont pas simplifiés avec les crises migratoires et le Brexit. Et oui car vous ne l’aurez surement pas manqué, le Royaume-Uni est sorti de l’Union Européenne. Après une saga remplie de rebondissements, le feuilleton du Brexit s’est achevé le 31 décembre 2020, mais j’aurais l’occasion d’en reparler plus précisément dans un épisode spécial sur le sujet.  

Malgré tout, les deux pays restent intrinsèquement liés. Par exemple et pour l’anecdote, encore aujourd’hui les parlementaires britanniques prononcent “La Reine le veut” en français dès qu’une loi a été adoptée par la monarque, règle qui date de la conquête normande de l’Angleterre en 1066. 

L’ESTONIE

L’Estonie est un pays balte, le plus au Nord des trois. Le pays est aussi grand que les Pays-Bas, avec une population d’1,3 million d’habitants. Il est parfois considéré comme un pays Nordique en raison des racines linguistiques et génétiques qui l’apparentent à la Finlande (d’ailleurs il préfère être considéré comme un pays Nordique qu’un pays Balte). 

Politiquement, l’Estonie est une démocratie parlementaire, autrement dit, l’institution principale est le Parlement, dont les représentants sont élus par les citoyens. 

La présidente actuelle, Kersti Kalijulaid est la première femme à accéder à ce poste en 2016. Et la fonction de Première ministre est occupée par Kaja Kallas depuis 2021. L’Estonie est devenu le premier pays au monde à avoir deux femmes à la tête de son gouvernement. 

Côté historique, les choses sont un peu plus sombres. L’Estonie a longtemps été colonisée. Pendant près de 700 ans, les populations germaniques contrôlent l’Estonie. En parallèle, les puissances voisines : la Suède, le Danemark, l’Empire russe. luttent pour le contrôle du territoire, considéré comme une porte sur l’Europe. L’Estonie réussit à obtenir son indépendance en 1920 face à la Russie bolchévique, mais 1940 voit arriver l’invasion de l’Estonie par l’Union soviétique, puis par l’Allemagne nazie. En 1944, la Russie soviétique reprend le contrôle de l’Estonie et y impose un régime communiste. Jusqu’en 1990, le pays est une république socialiste dont le régime autoritaire mène à la colère populaire. Cette colère populaire a un nom, c’est la révolution chantante pacifique qui a débuté en 1987, et permis de restaurer l’indépendance de l’Estonie le 20 août 1991. A ce sujet je vous conseille le film The Singing Revolution. 

Ce passé de colonisation se retrouve dans l’Estonie actuelle. Les communistes n’ont pas droit aux libertés d’expression et de rassemblement, et ne disposent d’aucun droit politique. 

Les Russes représentent aujourd’hui la minorité la plus importante et la plus ancienne du pays, ils représentent 30% de la population totale. Il y a eu une forte immigration lors de la révolution de 1917, mais surtout pendant l’après seconde guerre mondiale. Ces générations parlent russe, mais les jeunes nés après les années 90 sont plus susceptibles de parler estonien.

La barrière de la langue et l’entre soi des Russes fait d’eux une communauté renfermée. Ils ont peu de contacts avec les Estoniens, mais ces derniers ne cherchent pas non plus à les fréquenter. Des lois discriminatoires régissent le pays. On ne peut avoir la nationalité que par la naissance ou la naturalisation. Les étrangers, eux, doivent avoir 15 ans, résider en Estonie depuis 5 ans, connaître la langue (d’un niveau nécessaire pour la vie quotidienne), connaître la Constitution, avoir un revenu permanent et être loyal à l’Etat estonien sous serment. Autant de prérequis qui laissent de nombreuses personnes, majoritairement russes, sans nationalité. Et cette absence de citoyenneté pose de nombreux problèmes, non seulement au niveau du sentiment d’aliénation sociale, mais aussi sur la vie quotidienne. Je reviendrai plus en détails sur ce sujet lors d’une vidéo sur les minorités ethniques.

Autre conséquence du passé : la culture du silence. Si tu parles à un Estonien, il va te répondre de manière générale, mais ne va pas rentrer dans les détails, il n’y a pas ce souci de meubler les silences. C’est un peuple très renfermé sur lui-même. Cette culture du silence est aussi liée à la relation entre les Estoniens et la nature, comme un lien païen. 

J’ai beaucoup parlé du passé de l’Estonie, mais en réalité l’Estonie n’aime pas être qualifiée d’ex-pays de l’URSS. Parce qu’il est vrai qu’elle s’est plutôt très bien intégrée parmi les pays capitalistes Occidentaux. L’Estonie est désormais l’une des économies les plus libérales d’Europe du Nord. Le gouvernement a profité du facteur russe pour imposer des réformes économiques radicales. Les gens étaient tellement contents d’être sortis de l’occupation russe, qu’ils acceptaient tout. Les quelques oppositions n’étaient pas entendues.

En seulement 30 ans, l’Estonie a entrepris une transformation radicale. Elle appartient au premier groupe des pays dont le niveau de développement humain est le plus élevé. L’Estonie est entrée dans l’Union Européenne et dans l’OTAN en 2004. Le régime communiste a beaucoup ralenti le développement de l’Estonie, qui a pris énormément de retard par rapport à ses voisins non occupés. Mais en 30 ans, l’Estonie est devenue le pionnier du numérique en profitant de son secteur informatique développé. Pour vous donner quelques exemples, Skype est né en Estonie ; 99% des impôts et ordonnances sont numériques ; on peut faire ses papiers d’identité uniquement sur Internet ; inscrire son enfant à l’école en ligne ; et même voter en ligne ! Là aussi, une vidéo plus détaillée sortira sur ce sujet.

Et voilà !

Voilà pour la présentation de nos pays d’accueil respectifs. On espère que nos résumés vous auront aidé à en connaître davantage sur les deux pays qui seront au cœur de nos vidéos. On le rappelle, toutes les deux semaines nous décrypterons un sujet du point de vue de chacun des deux pays. En espérant que cette vidéo vous a plu, et on vous dit à bientôt 🙂

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Aux urnes citoyen.ne.s À l'international Féministes tant qu'il le faudra

Retour 20 ans en arrière : application de la Charia, repli des troupes américaines… quelle est l’évolution du statut des femmes* en Afghanistan ?

15 août 2021 : les Talibans, fondamentalistes islamistes et salafistes, ont pris l’assaut de Kaboul, la capitale de l’Afghanistan. C’est la fin du régime d’Asrah Ghani, l’ancien président. Cela intervient presque 20 ans après la première prise du pouvoir par les Talibans. Ils se sont vus évincés du pouvoir en 2001 après l’intervention du l’armée américaine suite à leur aide fournie à Al-Qaïda. Depuis, les forces armées américaines n’avaient pas quitté le territoire. Ce 15 août marque la fin de l’ère américaine dans ce pays, par le retrait des troupes, qui avait permis des avancées sociales dans le pays, notamment sur la question du statut des femmes.

Le statut des femmes effacé et leurs droits oubliés lors du régime Taliban de 1996 à 2001.

En 1996, l’arrivée au pouvoir des « étudiants en religion » se traduit par l’application de la Charia. Cela implique une soumission totale des femmes : interdiction de poursuite d’études dans le secondaire, interdiction de travailler et interdiction de sortir sans être accompagnée par un homme de sa famille. Cette application de la Charia lors du premier régime s’est faite drastiquement : les femmes n’avaient pas le droit de recevoir d’éducation en dehors de la maison après leurs 8 ans.
Le statut des femmes s’est effacé progressivement. A la fin, il ne restait plus qu’un souvenir, un imaginaire collectif : elles n’étaient plus représentées dans aucun secteur d’activité, elles n’étudiaient plus. Le port du voile intégral, qui couvrait également les yeux, était obligatoire. Cela les effaçait même physiquement : on ne devinait plus leurs corps, elles n’étaient qu’un bout de tissus.

Le but de cette politique était d’annihiler le pouvoir des femmes, l’indépendance que ces dernières avaient conquis lors du régime communiste dans les années 70. C’était tout simplement un retour au Moyen-Age, où les femmes n’étaient représentées que par le statut de son père ou de son mari. Le régime appliqué était une « théocratie de terreur ».


Hormis leurs droits supprimés et leur image effacée, les dirigeants de l’Afghanistan n’hésitaient pas à pratiquer des flagellations, des exécutions, y compris des lapidations pour adultères, sur les places des grandes villes et dans les stades afghans. Les femmes étaient donc réduites au silence. Elles n’étaient considérées que comme la propriété des hommes de leur famille.

L’émergence de la puissance féminine lors de la présence américaine de 2001 à 2021.

L’année 2001 signe la fin de la doctrine Talibane en Afghanistan. Suite aux attentats du 11 septembre, les Etats-Unis déclarent la guerre à l’Afghanistan, encore sous l’autorité des anciens « étudiants en religion » et envahissent le pays. Cela marque la fin d’une période où les femmes sont considérés comme des objets et comme une propriété par les hommes.
On assiste à une émergence des femmes mais non sans mal : les opposants à la doctrine libéraliste, qui s’impose petit à petit notamment avec la présence américaine, assassinent des femmes journalistes, des étudiantes, des femmes médecins pour prouver leur mécontentement.

Site féministe qui rappelle l’histoire de Palwasha Tokki, journaliste Afghane: https://www.awid.org/fr/whrd/palwasha-tokhi


Au fur & à mesure du temps, les femmes deviennent indépendantes et leur statut se fait reconnaître. Elles ont accès à l’école et même à l’université. Elles retrouvent également le droit de travailler. Elles conquièrent des secteurs d’activité qui leur étaient interdits auparavant : elles sont désormais représentées dans les forces de l’ordre.
Sous la présidence de Ashraf Ghani, la docteure Arifa, chirurgienne afghane, allait être diplômée en tant que première chirurgienne cardiaque du pays. Cela était du jamais vu sous l’autorité des talibans. Aujourd’hui, la remise de diplôme de cette chirurgienne est remis en cause après quatorze années d’études suite au retour au pouvoir des Talibans.

Documentaire sur le parcours de deux femmes Afghanes sous l’autorité Américaine: http://www.film-documentaire.fr/4DACTION/w_fiche_film/21707_1

Le retour au pouvoir des Talibans : un écart entre les promesses et la réalité sur la question féminine.

La prise du pouvoir des Talibans le 15 août signifie le retour à l’application de la Charia et donc à la domination des femmes. Ce retour est une source d’inquiétude pour de nombreuses femmes qui se voient privées d’études, de travail ou tout simplement de vie décente.

La popstar Afghane Aryana Sayeed sensibilise sa communauté sur le sort réservé aux femmes avec l’arrivée au pouvoir des Talibans


Avant la prise du pouvoir et la fuite de l’ancien président, les Talibans affirmaient devant l’ONU qu’ils respecteraient les droits humains s’ils revenaient au pouvoir, en particulier ceux des femmes, mais en accord avec leurs valeurs islamiques.

Le 12 septembre dernier, le ministère de l’enseignement supérieur du nouveau régime déclarait également que les femmes qui souhaitent étudier à l’université pourront le faire en étant séparées de la gente masculine et en portant le voile. Le nouveau régime devaient donc être plus tolérant sur la question des droits des femmes.


Cependant, la réalité correspond difficilement aux promesses tenues par les Talibans : les femmes doivent abandonner leur travail et des adolescentes sont enlevées pour organiser des mariages forcés. Selon Reza Jafari, président de l’association Enfants d’Afghanistan et d’ailleurs, dans les villages, les Talibans enlèvent les adolescentes à partir de 12 ans et les femmes jusque 40 ans pour les forcer à se marier avec eux. Il y a également un retour de l’effacement de l’identité du genre féminin dans l’imaginaire collectif : les nouveaux dirigeants du pays effacent, dès leur arrivée au pouvoir, le visage des femmes sur les différentes affiches publicitaires, ils interdisent le célibat ce qui revient à reconsidérer les femmes comme étant la propriété des hommes. Différentes manifestations de femmes qui prônaient leurs droits se sont déroulées au mois de septembre mais elles ont été réprimées par les Talibans : des journalistes qui couvraient l’évènement ont même été agressés à coup de crosse par les dirigeants de l’Afghanistan.


Au niveau de l’éducation là aussi il y a un écart entre les promesses et la réalité. Alors que les Talibans affirmaient qu’ils laisseraient les femmes étudier, aujourd’hui les filles ont accès à l’école jusque 12 ans alors qu’elles représentent 40% des individus inscrits à l’école. Elles apprennent les valeurs et les principes de la Charia et sont séparées des garçons car la mixité est interdite dans l’Islam. Elles se retrouvent donc isolées et privées d’un réel enseignement qui seraient bénéfique pour elle et pour le pays qui est touché par une grave crise humanitaire, sociale et économique depuis le retour au pouvoir des Talibans.
On assiste donc a un retour aux années 90 qui remet en cause le statut des femmes et l’indépendance acquise durant les années sous mandat américain en leur interdisant toute sorte d’activités et d’éducation.

La popstar Afghane Sayeed milite sur son instagram pour le droit à l’éducation des jeunes filles en Afghanistan.