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À l'international Vidéos : Les Corres'Erasmus

Lancement des vidéos : les Corres’Erasmus

Les corres’Erasmus, c’est le nouveau projet de Behind The Society. Maxence et Manon, toutes deux étudiantes en journalisme et cette année en Erasmus. L’une en Estonie et l’autre en Angleterre, elles vont décrypter toutes les deux semaines, une thématique du point de vue de leurs pays d’accueil respectifs. 

RETRANSCRIPTION DE LA VIDÉO DE LANCEMENT

Je m’appelle Manon, je suis en Erasmus en Angleterre. Et moi, c’est Maxence, je suis en Erasmus, en Estonie. 

Jingle

Nous sommes toutes les deux actuellement dans nos pays respectifs, dans le cadre de nos études en science politique – parcours journalisme à l’Académie de l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille. On a décidé de lancer ce concept pour valoriser notre mobilité d’études tout en vous faisant découvrir des pays, cultures et thématiques qui reflétaient bien l’Angleterre et l’Estonie. 

Alors le concept ?

1 vidéo toutes les deux semaines, le dimanche à 18h pour vous décrypter un sujet sociétal, politique ou culturel du point de vue de l’Angleterre et de l’Estonie. Et oui, parce que ce qu’on trouve intéressant, c’est que ces deux pays sont assez différents mais aussi similaires sur de nombreux points de vue. 

L’ANGLETERRE

Je vais commencer par l’Angleterre, ce pays à seulement 42 km à vol d’oiseau des côtes françaises. D’ailleurs, si on continue de parler chiffre, il faut savoir que l’Angleterre concentre à lui seul, plus de 85% de la population entière du Royaume-Uni, avec près de 56 millions d’habitants. Le Royaume-Uni qui d’ailleurs, pour rappel, rassemble 4 pays : l’Angleterre, le Pays de Galles, l’Écosse et l’Irlande du Nord. 

Le pays fait ainsi partie d’une des dernières monarchies constitutionnelles d’Europe, bien que le rôle d’Élizabeth II, qui est au pouvoir depuis 70 ans, reste assez symbolique et cérémonial. Le système politique britannique est en effet un peu atypique avec une monarque qui dispose de faibles pouvoirs et de deux chambres : la chambre des lords et la chambre des communes. Pour la première, il s’agit, comme son nom l’indique, de nobles lords, qui ne sont, pour la plupart, pas élus et ne disposent pas de durée mandat. Au contraire, la chambre des communes est constituée de députés élus démocratiquement et provenant des 4 pays du Royaume-Uni (Angleterre, Pays de Galles, Écosse et Irlande du Nord). Le leader du parti politique majoritaire à la chambre des communes devient ensuite premier ministre, actuellement c’est donc le conservateur Boris Johnson qui occupe le poste.  

Par ailleurs, ce n’est pas que au niveau du politique que le Royaume-Uni aime bien se différencier. Ainsi, il faut partie de la très courte liste des 3 seuls pays au monde à ne pas avoir de constitution à proprement parlé. Le pays n’a jamais non plus voulu rentrer dans la zone euro et a toujours décidé de conserver sa propre monnaie, la livre anglaise. Même du côté de la sécurité routière, le Royaume-Uni fait encore différement puisque c’est l’un des seuls pays au monde à rouler à gauche. De même du côté des règles sanitaires concernant le covid puisque le Royaume-Uni a décidé de lancer sa campagne de vaccination contre le covid bien avant ses voisins européens pour au final supprimer depuis des mois quasiment toutes règles sanitaires. 

Comparé à l’Estonie, l’Angleterre a une histoire beaucoup plus connue du fait de sa proximité géographique avec la France, mais aussi parce que l’hexagone fait partie d’une grande part du passé de l’Angleterre. Et oui, même si les deux pays étaient de grands alliés pendant les deux guerres mondiales, cela n’a pas toujours été le cas. Le ministre des affaires étrangères britanniques a, lui-même admis lors d’un discours en 2018, que l’histoire franco-britannique a connu “comme nous le savons tous, disons-le avec diplomatie…, ses hauts et ses bas”. 

La France et l’Angleterre n’ont cessé d’être rivaux tout au long des siècles. À titre d’exemple, c’est contre le royaume d’Angleterre que la France s’est opposée au 14ème siècle pendant la guerre de 100 ans, qui a, en plus, en réalité duré 116 ans. Mais l’histoire entre la France et l’Angleterre n’a cessé d’être fuis-moi je te suis, suis-moi je te fuis. En effet, par trois fois les deux pays ont failli être réunis en une seule nation. En 1956, la France a même failli faire partie du commonwealth britannique, ce qui aurait fait d’Elizabeth II la souveraine de notre république. 

Les liens entre la France et l’Angleterre sont donc complexes depuis des siècles et ne se sont pas simplifiés avec les crises migratoires et le Brexit. Et oui car vous ne l’aurez surement pas manqué, le Royaume-Uni est sorti de l’Union Européenne. Après une saga remplie de rebondissements, le feuilleton du Brexit s’est achevé le 31 décembre 2020, mais j’aurais l’occasion d’en reparler plus précisément dans un épisode spécial sur le sujet.  

Malgré tout, les deux pays restent intrinsèquement liés. Par exemple et pour l’anecdote, encore aujourd’hui les parlementaires britanniques prononcent “La Reine le veut” en français dès qu’une loi a été adoptée par la monarque, règle qui date de la conquête normande de l’Angleterre en 1066. 

L’ESTONIE

L’Estonie est un pays balte, le plus au Nord des trois. Le pays est aussi grand que les Pays-Bas, avec une population d’1,3 million d’habitants. Il est parfois considéré comme un pays Nordique en raison des racines linguistiques et génétiques qui l’apparentent à la Finlande (d’ailleurs il préfère être considéré comme un pays Nordique qu’un pays Balte). 

Politiquement, l’Estonie est une démocratie parlementaire, autrement dit, l’institution principale est le Parlement, dont les représentants sont élus par les citoyens. 

La présidente actuelle, Kersti Kalijulaid est la première femme à accéder à ce poste en 2016. Et la fonction de Première ministre est occupée par Kaja Kallas depuis 2021. L’Estonie est devenu le premier pays au monde à avoir deux femmes à la tête de son gouvernement. 

Côté historique, les choses sont un peu plus sombres. L’Estonie a longtemps été colonisée. Pendant près de 700 ans, les populations germaniques contrôlent l’Estonie. En parallèle, les puissances voisines : la Suède, le Danemark, l’Empire russe. luttent pour le contrôle du territoire, considéré comme une porte sur l’Europe. L’Estonie réussit à obtenir son indépendance en 1920 face à la Russie bolchévique, mais 1940 voit arriver l’invasion de l’Estonie par l’Union soviétique, puis par l’Allemagne nazie. En 1944, la Russie soviétique reprend le contrôle de l’Estonie et y impose un régime communiste. Jusqu’en 1990, le pays est une république socialiste dont le régime autoritaire mène à la colère populaire. Cette colère populaire a un nom, c’est la révolution chantante pacifique qui a débuté en 1987, et permis de restaurer l’indépendance de l’Estonie le 20 août 1991. A ce sujet je vous conseille le film The Singing Revolution. 

Ce passé de colonisation se retrouve dans l’Estonie actuelle. Les communistes n’ont pas droit aux libertés d’expression et de rassemblement, et ne disposent d’aucun droit politique. 

Les Russes représentent aujourd’hui la minorité la plus importante et la plus ancienne du pays, ils représentent 30% de la population totale. Il y a eu une forte immigration lors de la révolution de 1917, mais surtout pendant l’après seconde guerre mondiale. Ces générations parlent russe, mais les jeunes nés après les années 90 sont plus susceptibles de parler estonien.

La barrière de la langue et l’entre soi des Russes fait d’eux une communauté renfermée. Ils ont peu de contacts avec les Estoniens, mais ces derniers ne cherchent pas non plus à les fréquenter. Des lois discriminatoires régissent le pays. On ne peut avoir la nationalité que par la naissance ou la naturalisation. Les étrangers, eux, doivent avoir 15 ans, résider en Estonie depuis 5 ans, connaître la langue (d’un niveau nécessaire pour la vie quotidienne), connaître la Constitution, avoir un revenu permanent et être loyal à l’Etat estonien sous serment. Autant de prérequis qui laissent de nombreuses personnes, majoritairement russes, sans nationalité. Et cette absence de citoyenneté pose de nombreux problèmes, non seulement au niveau du sentiment d’aliénation sociale, mais aussi sur la vie quotidienne. Je reviendrai plus en détails sur ce sujet lors d’une vidéo sur les minorités ethniques.

Autre conséquence du passé : la culture du silence. Si tu parles à un Estonien, il va te répondre de manière générale, mais ne va pas rentrer dans les détails, il n’y a pas ce souci de meubler les silences. C’est un peuple très renfermé sur lui-même. Cette culture du silence est aussi liée à la relation entre les Estoniens et la nature, comme un lien païen. 

J’ai beaucoup parlé du passé de l’Estonie, mais en réalité l’Estonie n’aime pas être qualifiée d’ex-pays de l’URSS. Parce qu’il est vrai qu’elle s’est plutôt très bien intégrée parmi les pays capitalistes Occidentaux. L’Estonie est désormais l’une des économies les plus libérales d’Europe du Nord. Le gouvernement a profité du facteur russe pour imposer des réformes économiques radicales. Les gens étaient tellement contents d’être sortis de l’occupation russe, qu’ils acceptaient tout. Les quelques oppositions n’étaient pas entendues.

En seulement 30 ans, l’Estonie a entrepris une transformation radicale. Elle appartient au premier groupe des pays dont le niveau de développement humain est le plus élevé. L’Estonie est entrée dans l’Union Européenne et dans l’OTAN en 2004. Le régime communiste a beaucoup ralenti le développement de l’Estonie, qui a pris énormément de retard par rapport à ses voisins non occupés. Mais en 30 ans, l’Estonie est devenue le pionnier du numérique en profitant de son secteur informatique développé. Pour vous donner quelques exemples, Skype est né en Estonie ; 99% des impôts et ordonnances sont numériques ; on peut faire ses papiers d’identité uniquement sur Internet ; inscrire son enfant à l’école en ligne ; et même voter en ligne ! Là aussi, une vidéo plus détaillée sortira sur ce sujet.

Et voilà !

Voilà pour la présentation de nos pays d’accueil respectifs. On espère que nos résumés vous auront aidé à en connaître davantage sur les deux pays qui seront au cœur de nos vidéos. On le rappelle, toutes les deux semaines nous décrypterons un sujet du point de vue de chacun des deux pays. En espérant que cette vidéo vous a plu, et on vous dit à bientôt 🙂

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Féministes tant qu'il le faudra Podcasts

[Portraits de vie] Quand l’associatif vient endiguer les violences sexistes et sexuelles

Le 1er janvier 2022, alors que la plupart des Français se réveillaient du nouvel an, 3 femmes étaient déjà mortes sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint. L’année dernière, en 2021, l’hexagone a enregistré 113 féminicides. On estime ainsi qu’en France, une femme est tuée tous les 2 ou 3 jours sous les coups de son conjoint ou ex-conjoint. Les confinements successifs entre 2020 et 2021 n’ont fait que renforcer la problématique. En un an, la ligne d’écoute nationale du 3919 a ainsi enregistré une hausse de plus de 70% des appels pris en charge. Dans la large majorité, ces appels concernent des cas de violences conjugales et dans 86% des cas, les femmes appellent pour la première fois le numéro d’aide. La situation est donc particulièrement alarmante mais le mouvement #metoo, balancetonporc, l’affaire Weinstein ou encore l’action importante des associations permet de faciliter la libération de la parole et de l’écoute. Un sujet qui s’invite également dans la campagne présidentielle, tant la situation nécessite l’intervention urgente des pouvoirs publics. Pourtant en attendant, c’est principalement sur les associations, comme Nous Toutes, que repose tout le système. 

Blandine Cuvillier est coordinatrice du collectif Nous Toutes à Lille, l’une des principales associations qui lutte contre les violences sexistes et sexuelles. 

Quand l’associatif vient endiguer les violences sexistes et sexuelles, un podcast réalisé par Manon Hilaire.

Intervenant :

Blandine Cuvillier : coordinatrice du collectif Nous Toutes de Lille

Retranscription écrite du podcast

Jingle d’introduction « Behind the society : le podcast »

Manon, animatrice

Le 1er janvier 2022, alors que la plupart des Français se réveillaient du nouvel an, 3 femmes étaient déjà mortes sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint. L’année dernière, en 2021, l’hexagone a enregistré 113 féminicides. On estime ainsi qu’en France, une femme est tuée tous les 2 ou 3 jours sous les coups de son conjoint ou ex-conjoint. 

Les confinements successifs entre 2020 et 2021 n’ont fait que renforcer la problématique. En un an, la ligne d’écoute nationale du 3919 a ainsi enregistré une hausse de plus de 70% des appels pris en charge. Dans la large majorité, ces appels concernent des cas de violences conjugales et dans 86% des cas, les femmes appellent pour la première fois le numéro d’aide. La situation est donc particulièrement alarmante mais le mouvement #metoo, balancetonporc, l’affaire Weinstein ou encore l’action importante des associations permet de faciliter la libération de la parole et de l’écoute. Un sujet qui s’invite également dans la campagne présidentielle, tant la situation nécessite l’intervention urgente des pouvoirs publics. Pourtant en attendant, c’est principalement sur les associations, comme Nous Toutes, que repose tout le système. Blandine Cuvillier est coordinatrice du collectif Nous Toutes à Lille, l’une des principales associations qui lutte contre les violences sexistes et sexuelles. 

Quand l’associatif vient endiguer les violences sexistes et sexuelles, un podcast réalisé par Manon Hilaire.

Blandine Cuvillier : 

Je suis Blandine Cuvillier, j’ai 26 ans et je suis membre du collectif Nous Toutes à Lille. Nous Toutes est une organisation horizontale, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de présidente ni rien et j’occupe le poste de coordinatrice du collectif Nous Toutes de Lille. 

J’ai commencé à militer au sein d’association en 2015, j’avais plus de temps libre vu que je sortais de ma première année de médecine. J’ai eu le concours et je suis rentrée en kiné. On a créé l’association « Lille sans relou » où j’étais vice-présidente en charge de la sensibilisation dans les espaces publiques et semi-publiques. J’ai besoin d’avoir du sens et faire des choses dans ma vie qui sont pour moi chargée de sens, donc j’ai rapidement été aux marches Nous Toutes et en septembre 2020, j’ai intégré le collectif Nous Toutes de Lille. Rapidement j’ai participé à l’organisation des manifs en 2019, et j’ai organisé celle de 2021 sur Lille.

Nous Toutes c’est vraiment un collectif qui a pour but d’élever le niveau de sensibilité et de connaissances de la société face aux violences sexistes et sexuelles. On a du coup souvent des évènements ponctuels, comme l’organisation de la marche, même si ce n’est pas ponctuel vu qu’on met 3 mois à l’organiser, mais tout un tas de petites choses comme ça. Sinon de plus en plus, on essaye de se structurer et de pérenniser des actions à l’année donc on va se lancer dans l’organisation de formations dans les collèges et lycées. Je donne aussi une formation sur l’histoire des violences sexistes et sexuelles, donc éventuellement des petits débats et conférences sur ces sujets-là. Et puis on va souvent, fin ça arrive, qu’on organise des collages, des réunions entre nous, … En général c’est moi qui organise les réunions où on va se rencontrer et on va discuter de tout ça. Mais là c’est bien il y a de plus en plus de militants qui se motivent au sein de Nous Toutes donc ça fait vraiment très plaisir à voir et je pense que ça laisse espérer de belles choses pour l’avenir de Nous Toutes. 

Transition musicale

Manon :

Le 5 janvier 2022, Nous Toutes annonçait vouloir se désolidariser du collectif « Féminicides par conjoint ou par ex » qui établissait un décompte quotidien du nombre de féminicides. Pendant 4 ans, Nous Toutes relayait ainsi ces chiffres, permettant de médiatiser la cause. Cependant, le collectif ne prenait en compte que les féminicides conjugaux, n’englobant donc pas entièrement la définition de l’ONU qui indique qu’un féminicide est « le meurtre d’une femme et/ou d’une fille du fait d’être une femme ou une fille, ou d’être perçue comme telle ». De plus, le collectif était aussi dans la tourmente car accusé de propos transphobes et de ne pas inclure les femmes trans dans leur décompte. Vous avez donc annoncé dans la foulée, que vous alliez vous-même établir le décompte. Comment allez-vous le réaliser ? Et en quoi cela vous impacte-il ? 

Blandine Cuvillier : 

On a décidé qu’on ne pouvait tout simplement plus relayer cela car ça ne faisait pas partie de nos valeurs. Ça faisait un petit moment qu’on espérait trouver un autre décompte qui prenait également en compte les féminicides de personnes trans. Du coup ça juste a accéléré notre décision. Après je ne suis pas au sein du collectif national donc je ne pourrais pas dire comment ça va être fait mais je pense que ça va être fait comme le faisait Féminicides par conjoint et par ex, c’est-à-dire on va monter une équipe de personnes qui vont se charger de faire ça, répertorier les féminicides. 

Transition musicale

Blandine Cuvillier : 

Tous les ans, le gouvernement publie le nombre de féminicides qu’il y a eu 3 ou 4 ans avant, et d’ailleurs il faut bien noter que quasiment à chaque fois on a eu le même décompte entre les associations qui ont fait le décompte 4 ans avant et le décompte du ministère d’après les compte-rendu, ce qui montre que notre décompte est fiable.

Je pense que ne pas avoir de chiffres c’est ne pas citer, ne pas avoir de place et c’est ne pas dénoncer un problème. Donc je pense qu’il serait vraiment nécessaire que le gouvernement visibilise ces chiffres et s’en empare vraiment. Je pense vraiment que faire le décompte des féminicides qu’il y a depuis le début d’année est primordial car ça permet vraiment d’élever les consciences et ça montrerait que l’État et le gouvernement français s’engage personnellement. Après j’entends qu’ils ont du mal à savoir tant qu’il n’y a pas eu de décisions de justice mais les faits sont là, on a quasiment les mêmes chiffres donc il pourrait dire : c’est un décompte provisoire qui est amené à évoluer en fonction des enquêtes judiciaires. 

Manon :

La décision de suspendre le relai du décompte des féminicides par féminicides par conjoint ou ex, a été fait car ils étaient accusés de transphobie. Pourtant, Nous Toutes a également été accusé de transphobie et de manque d’inclusion, avec le point majeur de ces scandales, la manifestation annuelle de Nous Toutes qui a été organisée à la même date que le jour du souvenir trans en honneur aux victimes trans, le 20 novembre 2021. Nous Toutes s’est défendu en indiquant qu’ils avaient eu l’accord des associations trans, mais tout de même comment expliquer le revirement de politique concernant ce sujet ? 

Blandine Cuvillier : 

Je ne parlerais pas de revirements en fait, je pense que le tort que Nous Toutes a pu avoir c’est de ne pas avoir assez pris en compte la problématique spécifique des violences faites aux trans. Mais je pense que c’est en ça qu’on fait des efforts et qu’on fait attention, et qu’on peut avoir l’impression qu’il y a un revirement, mais on n’a jamais tenu de propos transphobes, en tout cas de ce que je connais, il n’y a pas eu de messages ou de post transphobes qui ont été faits. Quand on nous a dit, « attention vous n’êtes pas assez inclusives » on a dit : ok on va faire des efforts et là on a fait des efforts. On a vraiment essayé de faire un max et ça fait plaisir de voir que c’est vu aujourd’hui comme une évolution et que le regard sur le collectif change parce qu’en fait Nous Toutes c’est un collectif qui lutte et qui a toujours lutté contre les violences sexistes et sexuelles faites à toutes les femmes. Peut-être qu’on ne le précisait pas assez donc je comprends qu’il y a pu avoir de la mésentente et je suis vraiment profondément désolée d’ailleurs s’il y a des personnes qui ont pu être blessées à cause de ça mais ça n’a jamais été l’intention d’être violent parce que je pense que pour avancer il faut se soutenir en fait. Il faut qu’on se soutienne toutes, dans la lutte contre toutes les violences parce que si on se soutient, on s’élève chacune les unes les autres, on se pousse vers le haut et c’est comme ça qu’on fait avancer quelque chose. 

Manon :

Sur un sujet plus politique, Emmanuel Macron a caractérisé et répété à de très nombreuses reprises que la lutte contre les violences faites aux femmes était la grande cause de son quinquennat. Et pourtant, dès le 1er jour de l’année 2022, on dénombrait déjà 3 féminicides. Donc face aux grands discours, on remarque bien que la réalité sur le terrain, elle est tout autre. Quelles sont vos attentes en termes de politiques publique sur le sujet ? 

Blandine Cuvillier : 

Je pense que je peux dire que j’attends des actions concrètes, de base, mais au-delà en fait, c’est dingue de devoir en être là, de se dire que moi ce que j’attends de Mr Macron c’est de la décence. Ça suffit de dire que c’est sa grande politique, sa grande cause alors qu’il ne fait rien en fait. Il utilise la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, et instrumentalise les victimes à des causes politiques, à des fins électorales. J’attends de la décence en fait de la part de cet homme, qui va parler d’homme à homme avec un homme qui est accusé de viol, et qui d’ailleurs l’a nommé dans le top 5. De la part de Macron j’attends de la décence, rien de plus de lui. 

De la part des autres, j’attends des actions concrètes, parce qu’il y a des choses concrètes qui ont déjà été mises en place ailleurs. Je pense notamment à l’Espagne ou aux pays scandinaves. Il y a des choses qui ont fonctionné, on a du recul sur ces choses-là. Donc c’est-à-dire qu’on ne peut pas nous dire « on ne sait pas quoi faire » ou « on n’a pas l’argent ». En fait, c’est un problème de budget ? La lutte contre les violences sexistes et sexuelles est moins importante qu’un budget ? C’est complétement insensé. La cour des comptes a dit qu’il fallait mettre sur la table 1 milliard pour lutter efficacement contre les violences sexistes et sexuelles. Je pense que c’est pour lutter objectivement contre ces violences aujourd’hui, mais aussi demain et après-demain.  Et donc il y a plein de choses qui peuvent être mises en place, tant en termes de moyens, ouverture de centres ou foyers pour des femmes seules, pour des femmes qui fuient leur conjoint violent qui a été sorti du foyer, car ça devrait être la norme, pour des bracelets anti-rapprochement, des groupes de paroles, accompagnements physiologiques et juridiques des femmes victimes mais aussi une formation des professionnels et des personnels impliqués dans les parcours des personnes victimes de violence. Je pense aux personnels enseignants que ce soit à l’école maternelle, primaire, collège, lycée et même faculté qui côtoient des enfants qui sont victimes. Je pense aussi notamment aux professionnels de santé. Moi en tant que professionnel de santé je pense qu’on a des lacunes vraiment inadmissibles dans la détection et prise en charge de ces violences. C’est aussi les magistrats, les députés et les ministres aussi. 

Il y a des choses vraiment concrètes à faire pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles. Le problème, ce n’est pas de les faire, c’est de vouloir les faire et vouloir s’investir dans cette lutte et aller plus loin que les paroles. 

Manon :

Comme vous l’avez mentionné tout à l’heure, l’Espagne par exemple est un pays à la pointe en termes de lutte contre les violences physiques ou sexuelles. Mais alors, comment expliquer que la France soit tant en retard sur le sujet ? 

Blandine Cuvillier : 

Je sais que, par exemple, en Espagne ils étaient très en retard après la dictature de Franco et du coup comme ils étaient en retard sur les autres, ils ont décidé de mettre un grand coup dans tout ça et ils ont mis beaucoup d’argent sur la table d’un coup. Et c’est pour ça qu’aujourd’hui ils sont aussi en avance sur les violences sexistes et sexuelles. Ils étaient en retard et d’un coup ils ont décidé d’avancer et donc c’est possible. Et maintenant c’est nous qui sommes en retard. 

Pourquoi on est en retard ? Parce qu’on a toujours pensé que c’était un problème qui était privé et qui n’était pas un problème de société. Ce n’est que depuis #Metoo et la libération de la parole qu’on se rend compte que c’est un problème de société, un problème qui va bien plus loin que l’interaction simple entre deux individus. Mais pour autant ça reste une spécificité française, que je n’explique pas vraiment. Pourquoi est-ce qu’on a autant décrié Weinstein et autant parlé, et c’est une très bonne chose, alors que pour Luc Besson par exemple, il y a très peu de connaissances vis-à-vis des accusations qui sont faites à son encontre ? 

Je pense quand même qu’il y a une spécificité française, d’ailleurs pour y répondre il y a le livre « culture du viol à la française » de Valérie Rey-Robert.  Je sais que ça avait beaucoup éclairé. 

C’est une volonté de fermer les yeux pour éviter de voir le problème en fait. 

Jingle de fin : « c’était Behind the society : le podcast, une série d’épisodes à retrouver sur Deezer, Spotify, Apple Podcasts et Google Podcasts. »

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