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[Portrait de vie] Soan, TransParent pas Invisible

Etre trans. Etre parent. Etre TransParent. Cela ne veut pas forcément dire être Invisible. C’est ce que pense, milite & répète Soan, un homme transgenre, pépa d’une fille de 3 ans. Pour ce deuxième portrait de vie de la série sur les différentes parentalités, modes d’éducation, parcours de naissance : Loïs Hamard donne le micro à Soan aka @soan_t_informe pour qu’il nous parle de son vécu & de son quotidien en tant que père transgenre.

Retranscription écrite d’un podcast disponible sur les plateformes d’écoute.

Loïs Hamard : Bonjour à toutes & à tous, ici Loïs Hamard, je vous retrouve dans mon second Portrait de vie. & pour celui-ci, j’ai choisi de tendre mon micro à Soan à qui je vais bientôt donner la parole. Mais avant cela, laissez-moi vous rappeler dans quoi vous vous êtes embarqué.e.s. Pour ces podcasts Portrait de vie, j’ai choisi de vous concocter quelques épisodes autour de la parentalité, de l’éducation, des enfants. Vous pouvez donc retrouver mon premier épisode avec Marion Calmel aka Doulayaga, un portrait de vie d’une doula, celle qui accompagne à la périnatalité loin des préjugés. Quant à aujourd’hui, je retrouve Soan pour ce second épisode, bienvenu à toi, & pour commencer tout en douceur, est-ce que tu peux te présenter, me dire qui tu es, me parler de ton parcours, de ta vie, de ce qui t’a amené dans ton identité à être à mon micro aujourd’hui ?

Soan : Bonjour Loïs & merci beaucoup de me donner la parole sur ton podcast. Moi c’est Soan. J’ai 29 ans. Je suis un homme trans hormoné depuis 7 mois. & je suis pépa solo d’une enfant de 3 ans.

Loïs Hamard : Tu es parent. Tu es trans. Tu es trans parent. Comment ça se passe de ton côté, la reconnaissance en tant que parent trans : que ce soit les papiers à l’école, les démarches légales, médicales avec ta fille ou encore tout simplement les moments de socialisation avec les autres groupes de parents ? Est-ce que tu es reconnu légalement, officiellement, socialement, médicalement, comme le père de ton enfant ?

Soan : Déjà faut savoir que ma fille est en école maternelle. Elle a fait sa rentrée en septembre de l’année dernière & que déjà suite à ça j’ai du expliquer à l’administration & à la mairie que j’étais un homme trans, que effectivement sur le livret de famille, les extraits de naissance je suis reconnu comme étant la maman de cette dernière mais que je ne suis pas une femme. C’est toujours un peu délicat : ton enfant t’appelle maman devant tout le monde & en face de toi tu vois un homme. Sachant qu’en plus je commençais à peine ma transition, je ne savais pas trop comment j’allais changer durant l’année scolaire donc je trouvais ça vraiment très important. Egalement je ne voulais pas me faire mégenrer. Ce qu’il se passe c’est qu’on se retrouve très vite face à des problématiques de l’administration française. Du genre, à un moment donné je n’avais pas reçu des factures à payer & je contacte la mairie & à la mairie elles me disent : « ah oui effectivement on cherche à joindre votre femme. » Moi je lui réponds : « non non, euh, c’est bien moi. » Donc là elle me dit « non mais nous on cherche la mère » avec mon deadname. Je suis là dit « non mais c’est moi, je m’appelle Soan & je suis bien reconnu comme étant la maman… » & là y’a un gros blanc & elle me dit : « j’ai pas compris. » « Bah en fait, je suis un homme transgenre, je suis reconnu comme sa mère mais je suis bien… je suis bien son parent. » A un moment donné on se rend compte de l’absurdité des choses & du fait que l’administration n’est absolument pas formée & sensibilisée sur… sur les personnes transgenres. Ca nous pose problème ce manque de représentation parce qu’il faut qu’on s’explique, il faut qu’on prouve. Moi, tous les jours avec ma fille je me balade avec un extrait de naissance & ma carte d’identité, tout ce qui peut faire foi que avant je n’étais pas Soan & que je suis bien son parent, au cas où il y aurait un problème, que ce soit du point de vue médical, d’un point de vue social. Du coup officiellement je suis toujours reconnu comme étant la maman sur le livret de famille & partout, parce que je n’ai pas fait mon changement d’état civil, donc je suis encore avec un sexe F sur ma carte d’identité. Socialement je suis perçu comme étant un homme, comme étant un papa en fait. Ca pose vraiment des trucs très très drôles. Des fois à l’école y’a tous les parents qui sont à côté, on voit bien que je suis un homme, surtout que la le port du masque n’étant plus obligatoire, & là ma fille débarque en me regardant & elle me fait : « maman ! » Les gens se retournent, me regardent, ne comprennent pas. Faut quand même se rendre compte aussi que ce n’est pas forcément… euh féminin d’être une maman. On peut être un homme, dans un couple gay par exemple, & se faire appeler maman. Ou être dans un couple lesbien & être appelée papa. Ce n’est que des mots, faut arrêter de mettre des genres forcément sur ces mots-là.

Loïs Hamard : En dehors d’être reconnu ou non en tant que père par le “reste du monde” disons, comment ça se passe pour la filiation avec ta fille ? Car tu l’as porté mais est-ce que tu peux me parler de ton parcours administratif pour être reconnu en tant que parent ?

Soan : J’ai porté mon enfant, donc je l’ai porté bien avant ma transition, bien avant même que je ne comprenne que bah j’étais un homme. Du coup bah comme dans toutes procédures, quand on accouche, on est directement reconnu.e en tant que mère, si on est reconnu.e en tant que femme. Si je veux être reconnu comme le père de ma fille, je m’engage sur des procédures juridiques interminables & transphobes. Y’a aucune loi en fait. La problématique en France c’est que soit tu accouches & tu es une femme, donc tu es reconnu.e en tant que mère, soit tu fais une reconnaissance comme étant le père & tu es un homme. Mais alors les bails entre, il n’y en a pas. Au niveau de la filiation, ça fait quand même longtemps hein que les hommes trans portent des enfants, c’est-à-dire qu’il y a quand même aux Etats-Unis Thomas Beatty qui a porté un enfant avec un CEC homme. Je trouve ça violent en fait. Porter un enfant en étant un homme & devoir passer devant des juges, devoir possiblement adopter son propre enfant qui sort de son corps, c’est violent. Je ne comprends pas non plus pourquoi est-ce qu’en France on n’a pas le droit d’être défini.e dans notre parentalité en fonction de notre genre. On s’en fout que ce soit moi qui l’ai porté, moi qui l’ai procréé avec du sperme. Je ne vois pas ce que ça change par contre nous ça a des grosses répercussions dans nos vies, parce que c’est un outing permanent & c’est violent. Je subis beaucoup de transphobie mais je crois que la transphobie la plus horrible que je vis dans ma vie c’est les gens qui vont dire que je ne suis pas un homme parce que j’ai porté ma fille… « les hommes en général en fait ne peuvent pas porter d’enfant. » Déjà c’est un parcours du combattant en tant que personne trans binaire d’avoir une reconnaissance dans son genre & dans sa parentalité alors pour des personnes non-binaires qui n’existent pas d’un point de vue administratif en France, c’est d’autant plus compliqué. Je pense quand même que les livrets de famille devraient arrêter cette mention de père/mère mais qu’il devrait être noté parent 1/parent 2. Ou alors dans la volonté de certaines personnes à la rigueur mais dans les couples homosexuels ça fait quand même un moment qu’ils ont des livrets de famille avec Parent 1/Parent 2, ça règle le problème. Il n’y a pas d’outing en fait, d’un point de vue visuel immédiat.

Transition sonore.

Loïs Hamard : Soan, je t’ai contacté pour faire ton portrait de vie. Le portrait de vie d’un homme, d’un père, d’un parent trans. & j’aimerai qu’on parle, si tu es d’accord, de la place de ta transition dans ta vie, vis-à-vis de tes relations personnelles & notamment familiales ou encore avec l’autre père de ta fille.

Soan : Donc je dirais que dans un premier temps au niveau de la transition & de la manière dont le vit ma fille : je dirais que c’est un long fleuve tranquille. La seule problématique je rencontre avec elle à l’heure actuelle, qui n’est pas forcément un problème hein, c’est le fait qu’elle a du mal à se détacher du mot maman. C’est connoté tout le temps, on vit dans une société très hétérosexualisée donc un enfant ça a forcément un papa & une maman. Donc petit à petit elle comprendra que moi ça me met peut-être mal à l’aise & surtout moi ça me out. Mais ça je lui laisse le temps, ce n’est pas un problème. Moi au début je pensais vraiment, par exmeple le changement qui la traumatiserait (rires) pour dire à quel point on n’est tellement pas renseigné.e.s sur les impacts des transitions sur nos enfants. Je pense que ça aurait été mon odeur corporelle. On attache souvent quelque chose d’important à l’odeur corporelle entre le parent & son enfant. Je me suis dit mon odeur corporelle va changer, ça va peut-être la déstabiliser. Pff pas du tout. La voix c’est pareil, c’est juste que je ne peux plus lui chanter les chansons de la même manière (rires). C’est plutôt drôle qunad je… quand j’avais les grosses périodes de mue. Tout le reste elle s’en fiche. Elle adore voir mes petits poils qui poussent. On parle aussi de l’anatomie, des changements. C’est bien parce que du coup ça permet de lui expliquer un petit plus sa propre anatomie. Au niveau d’une autre partie de ma famille donc mon père, ma soeur… ils sont dans le déni en fait. Je ne dirai pas en fait qu’ils sont contre mais ils ne sont pas forcément pour. Mais je leur laisse le temps d’avaler un peu tout ça. Je comprends que ce ne soit pas facile & en même temps il faut se rendre compte qu’on ne fait pas des enfants pour soi & que les enfants font leurs propres choix dans la vie & que si on n’est pas capable d’accepter, d’accompagner avec bienveillance son enfant dans tout, c’est qu’on n’est pas forcément très bienveillant. Quant à l’autre père de ma fille, ça a été très compliqué pour lui sur le moment. Il avait très peur, ce que j’entends. Il s’est posé beaucoup de questions. Alors de suite il a voulu que notre fille aille voir un psy mais j’ai très vite mit le holà en lui disant que je suis désolé mais qu’être trans ce n’est pas une maladie & dire que notre fille allait mal le vivre c’est forcément faire passer ma transition comme quelque chose de négatif. Moi ça me mettait très très mal à l’aise. Je ne dirai pas qu’il a accueilli ma transition avec la plus grande des bienveillances du monde même si c’est quelqu’un qui est ouvert d’esprit je pense que ça lui a mit une sacré claque & de toutes façons je dois voir avec lui pour beaucoup de papiers administratifs pour mon CEC puisque malheureusement en France, même quand on est séparés, quand on a un enfant, il faut gérer avec l’autre parent pour toute modification sur un extrait de naissance ou un livret de famille. Je n’ai pas forcément une très bonne relation avec lui, j’ai une relation d’adultes, de personnes qui se sont séparés il y a à peu près deux ans.

Loïs Hamard : Merci d’avoir partagé avec nous le parcours de transition sociale & relationnelle que tu as vécu. J’ai une question de vocabulaire pour toi. Est-ce que tu peux me parler du principe de transparentalité & de transernité, m’expliquer ce que c’est, comme tu te positionnes à ce propos ?

Soan : Moi je vois ça comme deux cercles. Il y a un grand cercle qui s’appelle la transparentalité & un plus petit, qui est dedans, qui s’appelle la transernité. Donc la transernité ça peut être avoir une grossesse sans être une femme, féconder avec du sperme donc sans être un homme. C’est un mot qui désigne autant un lien biologique que juridique pour un parent transgenre ou non-binaire. Alors que la transparentalité, donc c’est vraiment ce qui englobe le tout, c’est le fait d’être un parent en dehors des normes cisgenres sociétales. La transparentalité en gros ça comprend les parents transgenres non-binaires, les parents d’enfants transgenres & les partenaires : tout ce qui va être en lien avec une personne transgenre dans le prisme familial. Je trouve ça important d’accueillir tout le monde dans ce cercle parce qu’une transition, un coming-out ou une personne transgenre ça impacte sur toute une dynamique d’éducation qui va forcément prendre un nouveau tournent. Je pense aussi que c’est important d’utiliser ces mots-là parce qu’il y a des personnes non-binaires qui sont parents & ces personnes-là n’ont pas forcément envie de dire qu’elles ont un rapport paternel ou un rapport maternel. Je le reprends très très régulièrement parce que je le trouve très très joli & je l’utilise même pour moi-même parce que je me ressens ni dans la paternité, ni dans la maternité. Ca ne m’intéresse pas d’être représenté sur une paternité comme on en entend à l’heure actuelle. C’est des papas qui… qui ne sont même pas capables de dire quand était le dernier vaccin de leur enfant, quel poids fait leur enfant & tout. Je ne me représente pas du tout là-dedans. Je me représente bien en tant que… un père. Sans avoir ce rapport de paternité. Pour ce qui est de la parentalité ça c’est un mot que j’utilise très très régulièrement qui me parle beaucoup. J’ai une phrase que j’ai très souvent en manif, c’est un jeu de mot : « Transparent mais pas invisible » donc comme la transparentalité.

Transition sonore.

Loïs Hamard : Soan, je t’ai connu il y a de ça une paire de mois via ton compte Instagram, dont les storys sont un peu constituées comme un journal de bord à l’image du suivi de ton traitement & tes posts comme de la pédagogie & de la vulgarisation de termes & de principes fondamentaux. Est-ce que tu peux m’expliquer comment tu en es venu à créer ce compte & à partager ta vie de père transgenre à visage découvert ? Quelle était la démarche, quel était le but ?

Soan : Cette histoire a commencé en janvier 2021 quand j’ai commencé à poser des mots sur le fait que je n’étais pas une personne cisgenre. A ce moment-là j’étais plus dans la case de la non-binarité parce que… je savais que j’étais pas une meuf cis mais je ne savais pas que j’étais un mec. C’était facile du coup d’être dans cette case-là. J’ai voulu vraiment explorer le spectre & j’ai commencé à en parler à ma fille de tout ça & j’ai commencé à faire des recherches sur comment expliquer à ma fille, expliquer aux enfants une transition, quel est l’impact sur ces enfants de la transition. Parce que moi j’avais vraiment très peu d’affirmer que j’étais un mec déjà. Ca m’angoissait par rapport à elle en fait. J’étais persuadé que ça se passerait mal. Parce que le manque de représentations bien sûr. & en fait à force de chercher je me suis rendu compte que déjà y’avait des personnes trans qui étaient parents mais la plupart avaient fait leur transition avant ou alors les enfants étaient grands. Je ne trouvas rien fondamentalement avec des enfants de l’âge de ma fille. Donc je me suis dit « tiens, eh bah… & si j’écrivais ? » Donc bah j’ai ouvert mon compte & j’ai commencé à écrire sur ma transparentalité & sur comment ma fille le vivait. J’ai vu que petit à petit les gens ça leur plaisait donc j’ai commencé à de plus en plus explorer des détails, à parler de choses bien précises. Donc je suis suivi par beaucoup de personnes cisgenres mais également une très grosse partie de la communauté transgenre & non-binaire. Dans la partie des personnes cisgenres, il y en a beaucoup qui sont là bah… pour déconstruire tout ça. Je suis suivi par beaucoup de profesionnel.le.s du milieu médical, des sage-femmes, des maïeuticiens, des doulas, des gynécologues, des kinés. Je suis également suivi du coup par des personnes trans & dans les personnes trans je reçois beaucoup de messages qui me touchent beaucoup du genre « j’avais pas envie d’avoir d’enfant parce que je ne savais pas que c’était possible mais depuis que je suis ton compte je me rends… je m’aperçois que c’est possible, que j’ai envie d’avoir un enfant. » Faut savoir quand même que depuis… que ça ne fait que depuis 2017 que la stérilisation des personnes trans n’est plus obligatoire… pour qu’on… pour qu’on change notre CEC, notre changement à l’état civil. C’est frais. Donc toutes les personnes qui ont fait leur CEC avant, c’était obligatoire pour elleux d’avoir fait soit une hystérectomie soit une orchiectomie, sans préservation de gamètes & tout hein bien sûr. Mon compte Instagram il ne parle pas que de ça hein, je parle aussi de transidentités de manière globale, de comment je vis ma transidentité dans la sphère publique. Egalement bah pour pallier à ce que manque de représentations je suis en train d’écrire un livre donc qui va parler de transidentités sous le prisme de la parentalité. Comme ça y’aura l’outil d’un livre pour les personnes qui voudront le lire. Donc c’est en cours d’écriture, je ne sais pas du tout quand est-ce que ça sortira parce que ce n’est pas mon métier.

Loïs Hamard : Pour conclure ce portrait de vie, Soan, je te propose un espace d’expression libre si jamais tu as un mot à faire passer, un élément que tu souhaites faire parvenir à nos auditeurs.trices pour ce mot de la fin ?

Soan : Moi déjà bah je te remercie encore bah de m’avoir donné la parole sur ton podcast. Ce qui est important à l’heure actuelle en France, les combats qui sont importants à mener, c’est que les personnes trans aient accès à la PMA & que ça serait bien de revoir la filiation en France. Qu’on arrive aussi à dégenrer en fait, toute la représentation qu’on a de la parentalité. J’aimerai aussi dire à toutes les personnes qui écouteront ce podcast qu’iels sont légitimes à avoir des enfants si iels en ont envie. Vos enfants ne vont pas souffrir de vos transitions, de vos coming-out parce que les enfants ont besoin d’amour & ont besoin de sécurité. Si vous êtes malheureux dans votre genre actuel, dans votre corps, votre enfant va forcément le ressentir & vous allez donner une image à votre enfant qui n’est pas ce que vous avez envie de refléter. En fait leur expliquer & leur parler de transidentité ne va pas les corrompre. Moi j’ai été éduquée dans une famille catholique, cis, hétérosexuelle, j’en ai souffert énormément. Ca ne m’a pas empêché (rires), à 28 ans, de faire un coming-out mec trans & d’être gay. Ca ne sert à rien de mettre un voile sur nous, c’est mentir à nos enfants. Leur en parler, c’est mettre des mots. Je fais le lien avec la sexualité : ce n’est pas parce qu’on parle de sexualité à ses enfants que forcément ça va ouvrir la porte à toutes les défiances, en fait. Déjà, je ne vois pas en quoi il y a des déviances dans la sexualité mais ça c’est un autre problème. Justement en fait, parler de sexualité jeune à ses enfants c’est lui offrir pour plus tard les outils de la bienveillance & du respect. Si vous parlez de personnes trans & de personnes de la communauté LGBTQIA+ à vos enfants, c’est leur permettre de se rendre compte que c’est normal. Nous effacer comme ça, ça ne nous effacera pas de la planète. Donc ça ne sert à rien. Je voulais juste vous rappeler que… vous, mes adelphes, les personnes trans, celleux qui veulent des enfants plus tard, vous avez le droit, vous êtes légitimes, vous pouvez le faire, personne ne viendra vous le reprocher & vos enfants je suis sûr que ça ira. Je veux aussi dire à tous les parents qui ont des enfants transgenres : c’est ok, ce sont des enfants mais ils le savent si ils ne sont pas biens dans leur genre & ne remettez pas en question leurs émotions & leurs ressentis parce que ce sont des enfants. Arrêtons de les infantiliser. Il faut écouter les personnes trans, respecter leurs ressentis & surtout les accompagner dans la bienveillance.

Loïs Hamard : Merci à toi Soan pour ce mot de la fin mais aussi pour toute l’interview que tu m’as accordée pour ce portrait de vie. C’était Loïs Hamard pour les portraits de vie de Behind The Society : en attendant le prochain, retrouvez dès à présent le premier épisode avec la doula Marion Calmel aka Doulayaga, qui accompagne à la périnatalité loin des préjugés. Merci à vous & à bientôt pour un prochain épisode des portraits de vie.

Jingle de fin

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[Portrait de vie] Accompagner à la périnatalité loin des préjugés

Un nouvel épisode de podcast a vu le jour ! Dans ce premier épisode de Portrait de vie par Loïs Hamard, le micro est tendu à Marion Calmel pour parler de son travail : être doula. Pour cette série de podcasts sur le monde des enfants, de la parentalité & de l’éducation, l’enjeu est de donner à la parole à celleux qui participe à la création des citoyen.ne.s de demain. Accompagnatrice à la périnatalité, de l’envie d’un enfant aux premières années de vie de celui-ci, Marion accompagne les parents dans cette expérience de vie qui nécessite parfois de l’aide (& c’est ok).

Retranscription écrite d’un podcast disponible sur les plateformes d’écoute.

Loïs Hamard : Bonjour à toutes & à tous, ici Loïs Hamard, je vous retrouve dans mon premier Portrait de vie. & pour celui-ci, j’ai choisi de tendre mon micro à Marion Calmel à qui je vais bientôt donner la parole. Mais avant cela, laissez-moi vous expliquer ce qui vous attend. Pour ces podcasts Portrait de vie, j’ai choisi de vous concocter quelques épisodes autour de la parentalité, de l’éducation, des enfants. Je retrouve donc Marion pour ce premier épisode, bienvenue à toi, & pour commencer tout en douceur, est-ce que tu peux te présenter, me dire qui tu es, me parler de ton parcours, de ta vie, de ce que tu fais au quotidien, de ce qui t’a amené dans ta personnalité à être à mon micro aujourd’hui ?

Marion Calmel – Doulayaga : Merci Loïs de m’inviter. Alors je suis Marion, doula en Ariège. Je suis mariée avec Maëva. Nous avons un enfant qui a 20 mois. Au tout début, j’ai commencé à me former comme travailleuse sociale : donc j’ai travaillé avec des grands enfants, des plus jeunes enfants & puis… & ensuite j’ai été coordinatrice d’un café associatif adapté aux enfants. & puis ce travail-là m’a mené à devenir assistante maternelle pour n’être plus qu’avec des enfants tous les jours. Donc avec Maëva on a accueilli des jeunes enfants pendant 2 ans chez nous. & puis ensuite on a déménagé en Ariège, on s’est mariées toutes les deux, on a trouvé un donneur pour concevoir notre bébé… Donc je suis doula depuis 2019, en Ariège & en visio.

Loïs Hamard : Tu as dit que tu étais doula, est-ce que tu peux me dire en quoi consiste ton métier, ce que tu fais au quotidien ?

Marion Calmel : Alors, doula, pour commencer : j’accompagne les parents ou futurs-parents du désir d’enfant jusqu’à la fin de la petite enfance donc en gros les 3 ans autour de la naissance d’un bébé. Donc 3 ans avant & 3 ans après. & puis les parents font à moi quand ils en sentent le besoin dans cette sphère-là des 6 années périnatales. Donc je les accompagne en proposant des séances qui est avant tout un lieu & un espace & un temps d’écoute bienveillant. & puis de conseil s’il y a besoin où je partage mes connaissances sur la physiologie du bébé, de la naissance. & puis en post-natal, je suis aussi là pour être un soutien émotionnel dans cet intense bouleversement de ce moment de vie tout particulier qu’est l’accueil d’un bébé. Je suis là aussi pour les secours d’un point de vue logistique, organisationnel : je peux leur apporter des repas, je peux communiquer avec leurs familles s’il y a besoin d’un relai… C’est ça, en gros, mon métier. Donc j’accompagne les parents & les petits bébés.

Transition sonore.

Loïs Hamard : Marion, je t’ai connu il y a de ça une paire de mois via ton compte Instagram, dont les storys sont un peu constituées comme un journal de bord de ta vie de maman & de profesionnelle & tes posts comme de la pédagogie & de la vulgarisation de termes & de principes fondamentaux. Est-ce que tu peux m’expliquer comment tu en es venu à créer ce compte & à partager ta vie de professionnelle de la maternité ? Quelle était la démarche, quel était le but concrètement de ce compte Instagram ?

Marion Calmel : Alors ce compte du coup qui s’appelle Doulayaga, au tout début il s’appelait, en 2017, « Dans les yeux de nos enfants ». J’ai commencé à créer un blog avec un peu de ressources pédagogiques & j’ai prit plaisir à partager là-dessus & à valoriser ce métier qui est vraiment peu reconnu. Depuis janvier, c’est Doulayaga parce qu’en fait c’était le nom de ma formation pour doula. Mon contenu actuel en fait c’est vraiment au fil de mes pratiques de doula & de mes formations en fait où quand je me forme, quand je lis sur la périnatalité (& j’adore ça, parce que je suis passionnée sur le sujet). Mais à chaque fois en fait, ce n’est pas adapté aux parents queer du tout. & ça me manque, & j’ai besoin de ce contenu-là, j’ai besoin qu’il existe (rires), donc je le fais pour moi & puis pour les autres.

Loïs Hamard : T’en parles très justement de ce besoin d’inclusivité & à travers ton compte Instagram ça se voit : de part ton vécu ou alors des photos & histoires extérieures, tu partages des représentations familiales différentes de ce qu’on appelle “la norme”, comprenez : les familles hétérocisgenres. Est-ce que tu peux me parler de l’importance que ça a pour toi de partager de tels modèles dits alternatifs ou différents dans la société française actuelle ? 

Marion Calmel : Bah je crois que la chance qu’on a dans cette ère moderne avec les réseaux sociaux c’est de pouvoir rendre visible ce qui, pour le moment, ne l’est pas. En fait, y’a pleins de choses. Rien que sur l’allaitement en fait : le fait de voir des parents qui allaitent leur bébé mais dans la sphère publique on nous demande de nous cacher, on nous demande de ranger nos seins, on nous demande d’allaiter aux toilettes… & puis en fait il faut cacher nos bébés, il ne faut pas les entendre, il ne faut pas qu’ils crient, il ne faut pas qu’ils pleurent. Pareil pendant la grossesse, & puis le désir d’enfant & puis le premier trimestre… En fait c’est le sujet de la périnatalité est comme « Chut ! Taisez-vous ! » (rires) Du coup il y a déjà ça mais pour les parents queer, encore plus du coup. C’est comme un entonnoir d’invisibilité & plus on creuse, & moins on nous voit donc euh bah j’espère que sur mon compte, les parents qui ne peuvent pas s’identifier sur d’autres comptes & puis même dans la sphère publique & en lisant des livres &… je vois qu’il y en a quand même de plus en plus dans les albums jeunesse. Ca y est on commence à avoir des représentations différentes & qui du coup bah moi me ressemble & ça me fait du bien donc c’est tout ça. Je pense que ça me tient à cœur parce que j’ai besoin de ça & puis en fait je pense que ça vient avant tout de mon… mon militantisme féministe & intersectionnel. Parce que bien sûr je parle des discriminations subies par les personnes queer mais en fait je parle de ça principalement parce que ça me concerne mais c’est aussi pour les personnes grosses, pour les personnes racisées, y’a… y’a… enfin bref… (rires)

Loïs Hamard : & justement, tu parles du fait que c’est lié à ton vécu, à ton militantisme, à ton féminisme & à ton identité tout simplement, comment toi ça se traduit dans ton travail, dans la manière d’accompagner les familles, dans la manière de former aussi, d’inclure ces thématiques-là ?

Marion Calmel : En Ariège, j’accompagne surtout des parents cishétéros & puis en visio des parents queer. Quand je m’adresse aux parents, je commence en me présentant & en donnant mon pronom même si au début y’a des « qu’est-ce qu’elle veut dire par là ? » Dans mon vocabulaire, dans mon lexique, je vais demander en fait aux parents « est-ce que ça vous va, pour que tu puisses te sentir… t’identifier à ce que je vais dire, quels termes t’as envie que j’utilise ? » Parce que en fait, j’en sais rien moi de si les parents sont queer ou pas. Je pars du principe que j’en sais rien & que j’ai besoin que tous les parents soient reconnus & que… qu’ils puissent se sentir entendus & en confiance avec moi. C’est la base de notre relation & de mon travail en fait. Si les parents n’ont pas confiance, je ne peux pas les accompagner dans ce moment si intense. Si ils ne comprennent pas trop ce que je dis, je vois les sourcils qui se froncent mais c’est pas grave, j’aurai pu commencer à semer des petites graines éducatives sur le sujet & puis ensuite c’est ça je vais parler de personnes qui enfantent, je vais parler de la place des partenaires… & puis dans ma formation aussi, ce sont ces termes-là que j’utilise.

Loïs Hamard : Pour toi comment c’est important aussi d’avoir une représentation ? Là tu dis que en visio tu suis principalement des parents queers, euh… comment ça nait tu penses ce besoin d’avoir des profesionnel.le.s qui nous reconnaissent, qui connaissent nos problématiques & qui puissent être plus sensibilisé.e.s à ce qu’on vit ? En quoi c’est important d’avoir des gens de la communauté ou alors juste des gens qui sont sensibilisé.e.s à tout ça ?

Marion Calmel : La périnatalité, la gynécologie, ça fait vraiment partie de l’intime cette période-là de la vie, donc on est vulnérable. Pendant la grossesse, c’est un tel chamboulement, qu’on peut se sentir vulnérables, pendant une naissance pareil & en post-partum x 1 000. Si on se sent pas biens & s’il faut ré-expliquer « bah tu sais, moi, en fait, je suis non-binaire » & puis que la personne en face elle est là « co-quoi ? (rires) » Mais, on ne peut pas se sentir libres d’être vulnérable aux côtés de cette personne qu’on choisit pour nous accompagner. Je pense aussi que c’est pour ça que je veux être encore plus & encore plus visible sur les réseaux parce que je veux que si les personnes cherchent une doula, en tous les cas la doula que je suis, ils puissent me trouver. C’est difficile de se sentir en confiance & du coup j’ai envie aussi… on n’a pas à éduquer les personnes sur juste qui on est.

Transition sonore.

Loïs Hamard : En sus de parler des différents modèles familiaux, tu abordes aussi la manière de donner naissance, notamment en lien avec la construction actuelle de l’institution de naissance, est-ce que tu peux m’en dire davantage sur ces modes d’accouchements différents de celui qu’on connaît habituellement en structure hospitalière avec la péridurale etc ?

Marion Calmel : Je crois que c’est aussi la similutude de toutes les doulas c’est qu’on est formées à la physiologie de la naissance. C’est-à-dire que dans nos tripes on a la conviction que toutes les personnes peuvent enfanter par elles-mêmes. Déjà, rien que ça, ça déconstruit beaucoup de choses. Evidemment c’est sans nier la science & toutes les avancées & tout ce que ça permet mais… & je le répète à tous les accompagnements : je ne suis pas contre la péridurale, je veux que tu saches pourquoi la péridurale existe, à quoi elle sert & ce qu’il se passe dans le corps quand on en prend ou pas. C’est tellement différent de la présentation « je perds les eaux, vite vite on court à la maternité, vite vite (rires) on nous dit poussez » & puis éventuellement entre temps y’a un long temps d’attente où on voit bah le couple qui attend sagement dans sa chambre sans faire de bruit & sans bouger. Le patriarcat médical est venu prendre & voler ce moment-là qui est si intense que ce moment d’accueil de son bébé & de le faire naître. Il y a pleins de possibilités pour enfanter : on peut choisir d’aller en structure d’hôpital, de niveau 1, 2, 3, on peut choisir d’aller en plateau technique, donc c’est une salle qui est géré par des sages-femmes libérales & puis on peut aussi choisir une maison de naissance qui est du coup en dehors de l’hôpital donc quand même à côté. & puis on peut choisir d’enfanter chez soi, accompagné.e par un.e profesionnel.le de santé ou enfanter chez soi librement, sans personne, en pleine autonomie, comme ce que j’ai choisi de faire avec ma compagne. Je crois que mon travail consiste à ne plus entendre « ah, si j’avais su », moi je veux que les personnes sachent.

Loïs Hamard : C’est extrêmement beau ce que tu dis & est-ce que tu penses que là en 2022 les institutions changent, les mentalités changent, la manière « conventionnelle » d’enfanter change avec ces différentes structures qui existent, avec les différents métiers comme les doulas qui peuvent accompagner de plus en plus ? Est-ce que de moins en moins de personnes disent « ah, si j’avais su » ?

Marion Calmel : J’espère. Je crois qu’il se passe un truc, ou en tous les cas que les personnes qui choisissent d’enfanter autrement & qui choisisse un autre accompagnement, un autre post-partum que ailleurs tout le monde chez soi très vite & puis de galérer, de préparer à manger pour tout le monde, ça aussi c’est en train de changer je crois, j’espère. En fait je pense que les personnes qui choisissent ça sont de plus en plus visibles & encore une fois que la visibilité je crois que ça fait partie de la clef… C’est bah… juste de pouvoir s’identifier, de pouvoir di-discuter avec des personnes qui suivent ce chemin vers lequel on se sent appelé.e.s, j’espère.

Loïs Hamard : & du coup, en contraste avec tout ça, est-ce que tu penses qu’il y a encore des choses à changer, je pense que oui, mais comme quoi ? A tes yeux, voilà, la baguette magique du monde de la périnatalité, pour toi, tu l’utiliserais pour faire quoi, pour changer quoi ? Que ce soit les mentalités, la société, les structures, les manières d’enfanter ou autre.

Marion Calmel : Oui y’a encore beaucoup beaucoup beaucoup beaucoup à faire déjà les violences obstétricales & gynécologiques existent beaucoup, & trop. La majorité des personnes qui donnent naissance, donnent naissance en structure hospitalière mais je ne crois pas que ce soit la structure hospitalière qui soit le problème. Je crois que c’est le patriarcat médical qui est dans ces structures, le manque de moyens… là en ce moment & depuis un moment le fait de revendiquer, pour le coup c’est encore très binaire & cis-normé mais une femme, une sage-femme : une personne qui enfante & une personne qui accompagne. Comment est-ce qu’on veut redonner le pouvoir aux personnes qui sont en train de donner naissance quand c’est plus simple de leur donner une péridurale & qu’on ne peut pas accompagner une personne qui donne naissance avec ses hormones & qui est en train de le faire & qui y arrive super bien. N’empêche qu’elle a besoin d’être accompagnée, elle a besoin d’être soutenue. Il manque des sous, il manque des gens pour accompagner ces personnes : il y a encore beaucoup beaucoup à faire. (rires) & puis aussi sur la reconnaissance dans doulas : mon métier n’existe pas, il n’y a aucune reconnaissance. Qui veut peut se dire doula. CE que je dis quand je forme des doulas : à court-terme, je visualise des doulas partout, pour tout le monde, pour tous les cors de métier. Je visualise des doulas pour accompagner les IVG à l’hôpital, je visualise des doulas partout. & à long terme je visualise qu’il n’y ait plus de doulas parce que la transmission aura été faite & puis, & que il n’y aura plus besoin & que ça fera parti de l’humanité que de se soutenir & d’accompagner les personnes qui sont dans cette période périnatale.

Transition sonore.

Loïs Hamard : Pour conclure ce portrait de vie, Marion, je te propose un espace d’expression libre si jamais tu as un mot à faire passer, un élément que tu souhaites faire parvenir à nos auditeurs.trices pour ce mot de la fin ?.

Marion Calmel : J’aime bien les mots de la fin. J’ai envie de dire… à tous les parents qui ont envie de devenir parents & qui ne le sont pas encore : leur bébé est en chemin. J’ai envie de dire aux parents qui vont bientôt accueillir leur bébé que leur corps est prêt pour enfanter & que leur bébé sait naître. J’ai envie de dire aux parents qui sont en plein post-partum que ce sont des vagues & que ça passe. Je le sais que c’est intense & je sais que c’est dur & je sais aussi qu’ils sont en train de traverser ça à merveille. & puis j’ai aussi envie de dire à tous les enfants qui sont là & qui sont accompagné.e.s par leurs parents de la façon la plus inclusive, la plus… j’ai envie de dire militante mais en tous les cas avec beaucoup de douceur. A tous ces enfants qui deviendront des adultes que je les aime & qu’ils vont réussir dans ce monde tout bizarre qu’on leur laisse. & je ne sais pas trop ce que ce monde-là va devenir.

Loïs Hamard : Merci à toi Marion pour ce mot de la fin mais aussi pour toute l’interview que tu m’as accordé pour ce portrait de vie. Si vous avez envie de prolonger le sujet des violences obstétricales & gynécologiques dont nous avons parlé tout à l’heure, je vous invite à retrouver le podcast de Maxence fait à cette occasion en novembre dernier. Merci à vous & à bientôt pour un prochain épisode des portraits de vie, c’était BTS.

Jingle de fin : C’était Behind The Society : le podcast. Une série d’épisodes à retrouver sur Deezer, Spotify, Apple Podcasts & Google Podcasts.

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Vérité pour Toufik, à bas le mensonge policier

Dans l’après-midi du samedi 26 février, 200 personnes se sont réunies à la sortie du métro Wazemmes. Le mot d’ordre : “Vérité pour Toufik !” C’était un jeune homme de 23 ans, originaire d’Algérie & vivant à Lille, démuni de papiers & de logement. Le 23 août 2020, au commissariat de Wazemmes, Toufik meurt soudainement. Depuis 18 mois, sa famille est sans nouvelle des circonstances de sa mort. Retour sur un rassemblement pacifique qui quémande la vérité.

Toufik, on n’oublie pas, on pardonne pas

Slogan scandé lors de la manifestation

Notamment lancée par le collectif Justice & Vérité pour Toufik & le comité des Sans Papiers 59, la manifestation de ce samedi a prit naissance à la sortie du métro Wazemmes, à 15 heures. Petit à petit, les manifestant.e.s se regroupent & se lancent dans le parcours de la manifestation vers 15h30, à travers les quartiers Wazemmes, Gambetta & Sébastopol.

En tête de cortège, une banderole blanche & des portraits de Toufik mènent la marche & scandent les slogans avec émotion. “Mensonge policier, on veut la vérité”, “pas de justice, pas de paix” ou encore “à bas l’Etat, les flics & les frontières” raisonnent dans les rues lilloises. Tout au long du parcours, plusieurs individus distribuent aux passant.e.s des tracts explicatifs. Le but ?  Sensibiliser les lillois.e.s à l’affaire Toufik, pour honorer sa mémoire & obtenir la vérité.

Dossier vide, où est l’IGPN ?

Pour comprendre l’origine du rassemblement de ce samedi, il faut remonter à la nuit du 22 au 23 août 2020, il y a dix-huit mois. Ce soir-là, Toufik est en garde à vue au commissariat de Wazemmes. Il y décédera quelques heures plus tard.

Informée du décès, la famille n’est pas pour autant au courant des causes & des circonstances de sa mort. Après le dépôt d’une plainte & avec l’aide d’un avocat, les découvertes s’enchaînent. L’IGPN, autrement appelée la police des polices, a réalisé une enquête sur le décès de Toufik. Cependant, dans le dossier de cette enquête, il n’y aucune vidéo issue de la garde à vue ni aucune audition des policiers, que ce soit ceux à l’origine de l’arrestation de Toufik ou ceux qui étaient présents pendant sa garde à vue. Quant à l’expertise médicale, il n’y a pas non plus d’audition du médecin de permanence ou encore de compte-rendu expliquant les circonstances de sa mort.

La police assassine, la justice s’incline.

Slogan scandé lors de la manifestation.

Ce manque cruel de preuves, d’investigations & d’éléments permettant de comprendre comment un jeune homme de 23 ans a pu décéder en garde à vue sans que cela ne fasse bouger qui que ce soit pose bien des questions. Le collectif Justice & Vérité pour Toufik généralise le problème : ce qu’il s’est passé n’est pas un événement isolé. A leurs yeux, cela “met en évidence la violence infligée lors des gardes à vues en France.” Combiné à cela, il semblerait que les institutions ayant autorité auprès des organisations policières ne répondent pas à l’appel de la protection des citoyen.ne.s. C’est en tous les cas ce que dénoncent les comités à la recherche de la vérité pour Toufik : “l’IGPN s’est montrée plus soucieuse de protéger les policiers que de rendre compte de la vérité.” Le parfum d’un certain degré de complicité grâce à une enquête bâclée prône donc au-dessus de cette affaire. 

Toute personne en garde à vue est potentiellement en danger.

Propos présents dans le trac information « Vérité pour Toufik »

Une famille sans réponses

Accompagnés par un avocat, les proches de Toufik ne cessent de faire de leur possible pour obtenir la vérité. Après avoir découvert le néant que représentait l’enquête de l’IGPN, la famille souhaite désormais un accès total aux vidéos mais aussi des auditions sérieusement menées de “tous les policiers ayant joué un rôle dans le drame qui a conduit à la mort de Toufik.” Avec cela, le comité Justice & Vérité pour Toufik rejoint la famille pour demander une enquête complète cette fois-ci, & “non à la décharge de la police.

Article de Loïs Hamard

Photos de Alice Gosselin

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[Critique] La vraie famille : les familles d’accueils au cinéma

Jingle d’introduction

Vous évitez le moindre coup de fil de votre tante qui raconte ses déboirs amoureux ? Vous vous remettez encore du dernier repas de famille barbant chez mamie & papi ? Ou alors vous subissez quotidiennement les blagues bœufs de tonton raciste sur le groupe Whatsapp de la famille ? Rassurez-vous, vous n’êtes pas les seul.e.s à vous plaindre de votre famille. Cette famille biologique que vous n’avez pas choisi. Vous êtes né.e.s dedans & puis c’est tout. Être né.e dans un environnement familial stable avec des bases sociales, émotionnelles & financières n’est pas le cas de tout le monde. Dans ce podcast, il est justement question de ces enfants au parcours de vie chaotique avant même de savoir parler ou marcher. Après avoir parlé des enfants placés dans des foyers de l’Aide Sociale à l’Enfance dans mon dernier podcast publié le 12 janvier 2022, il est temps pour moi d’aborder la vie des enfants placés dans des familles d’accueil. 

Critique : La vraie famille, les familles d’accueil au cinéma : un podcast animé & réalisé par Loïs Hamard.

Transition sonore

Mon introduction vous a peut-être fait sourire par sa vérité générale, mais elle n’en dit pas énormément sur le film dont je vais vous parler aujourd’hui. Rentrons dans le vif du sujet : en novembre dernier, au Arras Film Festival, j’ai pu profiter d’une projection presse qui a tiré des larmes à plus d’un journaliste présent dans la salle. La vraie famille, un film de Fabien Gorgeart. Avant de vous mettre les larmes aux yeux, encore faudrait-il savoir de quoi on va parler.

Écoutons dès à présent la bande annonce, par la distribution Le pacte.

Bande-annonce

Après vous avoir mis l’eau à la bouche avant les larmes aux yeux, vous avez donc compris que ce film suit Simon, un petit garçon placé. Non pas dans un foyer, mais dans une famille d’accueil. Autrement appelées assistants familiaux, la famille d’accueil de Simon est une famille traditionnelle vue de l’extérieur : une maman, un papa, deux adorables frères & soeurs à qui s’ajoute Simon, un presque frère.

A l’œuvre dans ce mélodrame familial de ce début d’année 2022, on retrouve Mélanie Thierry qui incarne avec justesse & sensibilité, Anna, l’assistante familiale, comprenez “la maman de coeur” de Simon. A ses côtés, Lyes Salem dans le rôle de Brice, son compagnon & père de leurs deux enfants. & d’un tout autre côté, Félix Moati qui endosse le rôle de Eddy, le père biologique de Simon, un homme brisé par la mort de sa femme. Avec un tel casting, Fabien Gorgeart réalise son deuxième long-métrage.

Veillez cependant à ne pas retenir que les têtes d’affiches de ce film : l’important est de se concentrer sur son histoire, sur ce qu’il raconte & l’univers bien réel qu’il nous fait découvrir. 

Cinq ans auparavant, Simon arrive dans la famille d’Anna : le monde de l’enfance est bien différent du monde du travail, il n’y a là aucune durée déterminée à son placement. Pendant ces années, des liens se créent, une vie de famille se construit, parsemée des rendez-vous chez l’Aide Sociale à l’Enfance & des permanences de journée entre père & fils biologiques. Ce petit équilibre est chamboulé durant un de ces rendez-vous où Eddy fait part d’une envie inattendue : il veut récupérer son fils. A partir de là commence une levée de boucliers : comment un petit garçon toujours habitué à vivre dans sa famille d’accueil peut vivre le début d’une nouvelle vie chez son père ? Comment un homme que le deuil a empêché d’être père va apprendre à vivre avec un jeune garçon ? Mais surtout, comment Anna & sa famille vont vivre cette séparation qu’ils & elles ne pensaient plus arriver ?

Entre apprentissage de la paternité, séparation avec la famille d’accueil & deuil d’un fils de cœur, le film La vraie famille nous plonge dans un raz-de-marée d’émotions.

Transition sonore

Ce film n’est pourtant pas à savourer qu’avec le cœur : notre cerveau s’invite à la projection pour réfléchir à quelques sujets importants que soulève cette histoire. Comment faire un film sur les enfants placés sans parler des difficultés de ces placements ? Comment mettre en scène une famille d’accueil sans montrer leur quotidien ? Impossible me direz-vous. Alors il est aussi impossible pour moi de faire ce podcast sans vous en parler rien qu’un tout petit peu. Mettons de côté deux minutes les décors magnifiques & le jeu d’acteur d’une justesse incroyable pour se pencher sur les réalités du terrain que l’histoire de Simon révèle.

Avant même de parler du retour de Simon chez son père, Fabien Gorgeart dresse le portrait d’une vie harmonieuse dans cette famille d’accueil. Elle est pourtant compliquée à gérer sur bien des aspects. Simon est sous la responsabilité d’Anna & bien qu’il vive au même rythme que ses enfants biologiques, il ne peut pas faire les mêmes activités. Perçues comme dangereuses, ces activités dont Simon est uniquement spectateur, comme c’est le cas pour l’accrobranche, révèlent un traitement inégalitaire entre les enfants d’une même famille. Les mots de l’enfant sont alors criants de vérité : « je ne peux jamais faire de trucs drôles.”

Au-delà des activités qu’il pratique ou non pour sa sécurité, Fabien Gorgeart laisse une grande place dans son film aux traditions familiales. En effet, durant son placement dans la famille d’Anna, Simon n’est pas totalement coupée de sa famille biologique : sans parler des permanences de journée, sa famille continue à avoir un impact dans son quotidien comme c’est le cas avec la religion. Entre messe du dimanche & de Noël ou encore prière quotidienne, cet aspect de la vie de Simon représente un grand enjeu du placement des enfants : quelle place pour les traditions familiales d’origine ? 

Transition sonore

Après avoir dressé le portrait d’un quotidien mi-harmonieux & mi-chaotique en famille d’accueil, Fabien Gorgeart laisse la place au nœud de ce film : le retour de Simon auprès de son père biologique. La réputation de l’Aide Sociale à l’Enfance d’être d’une longueur exceptionnelle lors de ses procédures fait exception quand il s’agit de bouleverser ainsi le quotidien d’une famille d’accueil qui a trouvé son équilibre. Ainsi, presque du jour au lendemain, se succèdent les droits de sortie & d’hébergement à la journée, pour un week-end puis pour les vacances. Sans aucune consultation de Anna, l’assistante familiale, quant à la demande de retour en famille, les mesures se mettent en place avec des parents pas rassurés & des enfants pas prêts. Ce processus de réadaptation à la famille est déchirant tant pour Simon que pour Anna & ses enfants, les répliques le disent d’elles-mêmes : « on ne peut pas tout lui enlever du jour au lendemain. » L’impression pour Simon d’appartenir à deux familles distinctes est d’un déchirement constant & demande des sacrifices permanents, notamment pour la célébration des fêtes ou pour l’organisation des vacances. On se retrouve finalement devant une garde partagée entre deux familles qui se disputent la vie d’un enfant. Ce n’est pourtant pas lui qui choisira mais bien l’administration de l’Aide Sociale à l’Enfance, sans cohérence aucune avec la réalité du terrain.

Transition sonore

Au cours du processus de retour en famille d’origine, l’enfant est ballotté au gré des décisions juridiques. Quant à elle, la famille d’accueil est ramenée à son rôle initial : accueillir un enfant pendant une durée indéterminée & participer à son développement sans pour autant n’y mettre aucun affect. C’est ainsi que Fabien Gorgeart met en lumière le fossé qui existe entre travail & affect. Comment ne pas créer d’affect quand un enfant est placé pendant 5 ans dans une même famille ? Comment éviter que les sentiments n’empiètent sur le travail quand un petit être compte sur vous pour construire les bases de son existence ? Comment dissocier travail & affect lorsque les familles d’accueils sont la seule réalité qu’un enfant connaît ? Est-ce qu’il faut restreindre le temps d’un enfant dans une famille d’accueil ? Est-ce qu’il faut créer des CDD façon famille d’accueil & ainsi fragiliser davantage le peu de représentation familiale qu’ont ces enfants ? Est-ce qu’il faut mettre en place une échelle d’affect plus ou moins acceptable en tant que famille d’accueil & déplacer l’enfant quand la limite est atteinte ?

La réalité est là : quand un enfant est placé dans une famille d’accueil, tout le monde s’attache, au-delà du travail, ce sont des émotions, des sentiments. Le départ d’un enfant accueilli est ainsi perçu comme un adieu injuste. L’arrivée d’autres enfants placés est ressentie comme un remplacement déloyal du précédent. Il s’agit de délaisser cet affect, d’accepter de revoir ce placement comme une situation temporaire, & se joindre à l’objectif commun : le retour de l’enfant dans son foyer d’origine.

Être assistant familial est un travail demandant une implication hors-norme : celle de soi mais aussi de tous les membres de son foyer. Le film La vraie famille le montre par lui-même : les enfants de la famille sont aussi impliqués dans le rôle de famille d’accueil, jusqu’à parfois considérer qu’ils sont la famille de l’enfant accueilli. Sa vraie famille.

Jingle de fin

C’était Loïs Hamard, pour la critique de La vraie famille, un film de Fabien Gorgeart à retrouver dès ce mercredi 16 février 2022 en salle. Rendez-vous pour 1 heure & 42 minutes d’émotions. De quoi passer un bon moment & sortir de la salle plein de réflexions sur le schéma familial conventionnel & l’avenir des enfants placés en familles d’accueil.

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[Critique] Placés : l’Aide Sociale à l’Enfance au cinéma

Placés est le premier long métrage du réalisateur Nessim Chikhaoui, connu pour être le scénariste des Tuches. Sorti en salle ce mercredi 12 janvier 2022, une centaine de personnes a pu le découvrir en avant-première, un vendredi soir de décembre à Lille. Behind The Society s’est glissé dans la salle pour vous, c’est la critique de Placés, par Loïs Hamard.

Retranscription écrite du podcast

Jingle d’introduction « Behind the society : le podcast »

Placés est le premier long métrage du réalisateur Nessim Chikhaoui, connu pour être le scénariste des Tuches. Sorti en salle ce mercredi 12 janvier 2022, une centaine de personnes a pu le découvrir en avant-première, un vendredi soir de décembre à Lille. Behind The Society s’est glissé dans la salle pour vous, c’est la critique de Placés, par Loïs Hamard.

Transition musicale

Avant de parler en profondeur du film, retour sur son fil conducteur, son histoire maitresse. On retrouve Elias, joué par Shaïn Boumedine, un jeune homme qui a mis toutes les chances de son côté pour passer le concours de Sciences Po. Le jour J, le malencontreux oubli de sa carte d’identité lui refermera les portes de l’école avant même qu’elles ne se soient ouvertes à lui. Pour retenter le concours, il doit attendre la prochaine session, soit un an plus tard. En attendant, il cherche un travail. & c’est grâce à son pote Adama, appelé Pascal Le Grand Frère, qu’il atterrit dans la Maison d’enfants à caractère social.

Bande-annonce de Placés

Cette maison d’enfants accueille un groupe de 7 jeunes de 14 à 17 ans qui ont été placés par un ou une juge. Ou alors par l’aide sociale à l’enfance suite à une ordonnance de placement provisoire. Un milieu au jargon bien spécifique que met en lumière le film avec les abréviations MECS, OPP, ASE ou encore les appellations comme sortie sèche ou contrat jeune majeur. Tout ça, c’est le vocabulaire quotidien du milieu de la protection de l’enfance que nous propose de découvrir Nessim Chikhaoui.

Bien plus que simplement découvrir un vocabulaire, ce sont des vécus, des parcours de vie que l’on appréhende. Grâce à Elias, on est plongé.e.s dans le quotidien de Sonia, Dany, Emma ou encore François, toutes & tous jeunes placés dans cette maison peu conventionnelle.


& en plus de nous faire découvrir la réalité de ces jeunes, c’est la réalité des
éducateurs & éducatrices qui est mise en lumière. De Corinne, l’intendante à Marc, le directeur en passant par Mathilde, Cécile & Michelle, les collègues d’Elias, Nessim Chikhaoui met en image ce qu’il a lui-même connu en tant qu’éducateur. Tout n’est pas rose dans la vie des éducs, entre les gardes de nuit & de week-end, les jours de fêtes travaillés & le salaire méprisable en passant par le désarroi face aux situations des jeunes toutes plus alarmantes les unes que les autres. Tout cela, c’est le contexte fragile relatif à la profession des éducateurs & éducatrices, ce personnel de l’ombre dans le milieu de l’enfance. Les devoirs, les fringues, les amours, les emmerdes, les parties de foot & les Noël parsemés d’espoir, de fugues, de déception & de colère, la vie au foyer c’est la vie d’adulte pour les enfants cabossés en plus difficile. Les répliques d’Elias & de Mathilde parlent d’elles-mêmes sur la relation entre éducs & jeunes : “on vous voit plus que nos familles on fait des horaires pourris, on a un salaire de merde & tu crois vraiment que c’est qu’un taff ?” A l’image du Noël en maison d’enfant, ce taf c’est du 24h sur 24, sans la prétention d’être une famille de substitution, les éducs tentent l’instauration d’un peu de normalité. Nessim Chikhaoui ne voulait pas se tenir à la part sombre de la réalité de la vie en foyer : il a fait ce film avec la volonté de raconter les plus belles années de sa vie, celles durant lesquelles il était éduc en maison d’enfant. Lors de l’avant-première à Lille, il se confie à la salle : “j’en avais marre de voir des documentaires hyper glauques, hyper durs. Alors certes c’est la réalité & faut pas se la cacher mais moi je voulais montrer l’autre lumière, l’autre face que j’ai vécu.” Son film, il veut en faire un outil pédagogique aux différentes missions : mettre en lumière le cône d’ombre de la profession, l’organisation d’un système bien spécial mais aussi le visage des jeunes & surtout la réalité des sorties sèches.

A la sortie de l’avant-première ce vendredi soir de décembre à Lille, des jeunes de foyers sont secoués, venus en groupe avec leurs éducs découvrir un film qui parlent d’eux. Pour beaucoup, les larmes ont coulé. Pour d’autres, plus réservés, ce n’est pas allé jusque là mais ils & elles sont touchés au cœur : ce film c’est leur réalité montrée au grand public, c’est la représentation de leurs conneries, de leurs souffrances, de leurs peurs, de leurs galères. Durant la discussion avec l’équipe du film que permet l’avant-première, la reconnaissance, la fierté des jeunes & des éducs se faisait ressentir dans la salle : ils & elles avaient un film auquel s’accrocher, auquel s’identifier, dans les bons comme dans les mauvais moments.

Transition musicale

C’était la critique de Placés, un film de Nessim Chickaoui, au cinéma dès ce
mercredi 12 janvier 2022 qui vous dresse le portrait d’une génération sacrifiée, celles de petits avec des problèmes qui sont sous une mesure de protection de l’enfance comme il en existe 340 000 en France.

Jingle de fin « c’était Behind the society : le podcast, une série d’épisodes à retrouver sur Deezer, Spotify, Apple Podcasts et Google Podcasts. »

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TDS en danger : retour sur la Journée Mondiale de Lutte

Alors que les fêtes de fin d’année approchent, la lutte pour les droits des Travailleurs.euses Du Sexe ne prend pas de vacances. Retour sur la journée mondiale de lutte du vendredi 17 décembre 2021 & sur le rassemblement organisé à Lille.

Ce vendredi, à 17 heures, une cinquantaine de personnes s’est réunie sur la Place de la République. L’objectif ? Marquer la journée mondiale de lutte contre les violences faites aux personnes travailleuses du sexe par un rassemblement.

Allié.e.s & travailleurs.euses du sexe, plusieurs interventions ont été écoutées afin de donner la parole aux travailleurs.euses du sexe, anonymes ou non, sur leur vécu & leurs conditions de travail marquées par les obstacles de la putophobie.

Behind The Society vous fait revivre le rassemblement avec un photoreportage à deux appareils photos.

Photos de Loïs Hamard & Alice Gosselin

Texte de Loïs Hamard

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Behind The...

Behind The Arras Film Festival : lycéen.ne.s de Bully-les-Mines

Pour le dernier épisode de la série Behind The Arras Film Festival, nous sommes allés à la rencontre des petites mains du festival qui réunit chaque année spectateurs.trices, acteurs.trices, réalisateurs.trices à Arras.

Portrait de lycéen.ne.s

Iels ont entre 16 & 19 ans, lycéen.ne.s à Bully-les-Mines, iels sont aux côtés des spectateurs.trices pendant toute la durée du festival. Iels ont accepté.e.s, entre deux séances, de répondre à nos questions.

Iels s’appellent Honorine, Sofia, Kilian ou encore Clara, ces lycéen.ne.s des classes de première & de terminale d’Accueil Relations Clients & Usagers (ARCU) s’exercent à leur futur métier lors du Arras Film Festival.

Accueil des spectateurs.trices, contrôle des billets ou encore des pass sanitaires, guide file, responsable du placement ou du comptage des spectateurs.trices, les lycéen.ne.s occupent les postes un à un durant le festival.

Laure Nicolle, leur professeure de lettres-histoire les accompagne quotidiennement, fière d’être à l’origine du partenariat créé en 2015 entre le lycée & le festival. Une organisation bien rodée est la recette de la réussite de cette collaboration, « on se complète très bien entre les élèves du lycée et les bénévoles adultes » souligne la professeure.

Monsieur le maire d’Arras, Frédéric LETURQUE, a rencontré les élèves de terminales.

Dans ce métier d’accueil, l’apparence est primordiale, les lycéen.ne.s le savent. Pour se préparer à ce festival, iels ont bénéficié d’intervention sur l’importance de la tenue & de la mise en beauté : « on a fait venir une esthéticienne pour leur expliquer comment se maquiller » explique Laure Nicolle. Le costard est aussi de mise, autant au festival qu’au lycée lors d’une journée où iels doivent venir apprêté.e.s.

Les recommandations des lycéen.ne.s

Entre deux tenue de postes, les lycéen.ne.s ont l’opportunité d’assister à des projections. Certain.e.s d’entre elleux repartiront ainsi dimanche avec des étoiles plein les yeux comme Honorine qui a eu la chance de prendre la pause avec Nadège Beausson-Diagne, récemment à l’affiche de Chère Léa, un film de Jérôme Bonnell que Farid, en classe de première aussi, a adoré.

Honorine a rencontré Nadège Beausson-Diagne au Arras Film Festival.

Les lycéennes de terminales Estelle, Clara & Sofia quant à elles, retiennent le film de Pascal Eboué, On est fait pour s’entendre qui sortira en salle le 17 novembre 2021.

Bande-annonce du film On est fait pour s’entendre de Pascal Eboué, sortie au cinéma le 17 novembre.

Loïs Hamard

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L'île de Lille Out of the closet

Marquer son vécu à l’encre indélébile : le tatouage comme outil de réappropriation de son corps dans la communauté transgenre

Durant le week-end du 10 au 12 septembre 2021, Lille Grand Palais a accueilli l’International Lille Tattoo Convention. Après plusieurs reports dus à l’épidémie de COVID-19, tatoueurs.euses & tatoué.e.s se sont retrouvé.e.s pendant trois jours autour de l’art de l’encre indélébile. À cette occasion, Behind The Society s’est interrogé sur la place du tatouage dans la communauté transgenre. Rencontre avec Lexie, Maël & Hugo.

Le tatouage, c’est appréhender son corps, apprendre à le connaître autrement, dessiner & écrire sur sa peau au grès de ses envies. Des milliers de personnes ont leurs peaux marquées à l’indélébile, & parmi elles : des personnes transgenres. Behind The Society en a rencontré quelques-un.e.s

Premiers pas dans sa transidentité & découverte des tatouages

Lexie Agresti, femme transgenre, militante & écrivaine* pour la visibilité & les droits des personnes transgenres s’est confié sur son rapport au tatouage. Baignée dans ce monde grâce à sa grande sœur pour qui le tatouage est une vocation, Lexie a sauté le pas à ses 18 ans.

J’ai prit conscience de ma transidentité sans oser en parler : j’ai vu le tatouage comme un espace qui me permettait d’exprimer & d’affirmer mon identité sans faire de coming-out parce que j’étais pas prête, j’avais peur.

Lexie Agresti, femme transgenre tatouée, militante & écrivaine

Ses premiers pas dans sa transidentité, Lexie les a fait à travers les tatouages. Pas encore prête à faire son coming-out, elle a vu cet art comme un outil permettant de découvrir sa féminité. & pour cause, le choix des motifs n’était pas anodin : ils « parlaient de genre, évoquaient la fluidité, le changement » sans pour autant être explicite aux yeux de tou.te.s « c’était hyper intime, ce n’était qu’à moi. »

Pour Lexie, historienne de formation, l’art & son histoire a été une mine de possibilité. Elle a notamment puisé dedans pour adopter des motifs codifiés telle que la femme libellule : symbole de l’hybride & la métamorphose. Lexie a ainsi expérimenté sa féminité (telles que définies par les codes sociaux) à travers ses tatouages : lui permettant d’expérimenter, de se projeter, de marquer qu’elle allait vers un changement « même si je ne savais pas comment, comment en parler, comment faire. »

C’était rassurant d’encrer sur moi le changement, il faisait partie de moi, il ne me faisait pas peur.

Lexie Agresti, femme transgenre tatouée, militante & écrivaine

Maël, non-binaire & orthophoniste, rejoint Lexie sur sa vision de cet art : il s’agit de « graver un message, un symbole » & pas n’importe lesquels. Après quelques tatouages, Maël encre des motifs en lien avec sa non-binarité, certains se réfèrent « à [sa] transition, au fait qu'[il ne soit] pas cisgenre. » C’est comme ça qu’il voit cet art : encrer des étapes marquantes de sa vie, ce n’était pas envisageable de ne rien avoir en lien avec sa non-binarité.

Être non-binaire me permet de voir la société et le monde sous un certain angle, c’est hyper important pour moi. Ils ont donc une place primordiale dans ma transition.

Maël, non-binaire, orthophoniste.

Le tatouage comme arme de marginalisation

Encore très critiqué, le tatouage peut être vu comme un symbole de rébellion & d’immaturité tandis que leurs propriétaires sont jugés comme pas sérieux.euses, pas fiables. Cette image populaire du tatouage, certaines personnes transgenres en jouent, se l’approprient.

Jouer avec les tatouages, avec les codes de la société, repousser les barrières, c’était aussi un enjeu pour Lexie : il s’agissait de « choisir les endroits qui ne sont socialement pas les plus acceptés, ceux qui cassent les codes. »

On mise sur des endroits tabous, visibles, qui ne sont pas les plus raisonnables. L’emplacement symbolise la marginalité, nous permet de mettre de la distance, donner un aspect intimidant.

Lexie Agresti, femme transgenre, militante & écrivaine

Se faire tatouer, notamment des messages politiques, des motifs en lien avec son vécu de personne transgenre, c’est symbolique en soit. Le faire sur des endroits visibles, aux yeux de la société, c’est une arme, c’est un outil quotidien de sensibilisation, de vulgarisation des vécus des personnes transgenres.

Le deuil dans la communauté transgenre : le tatouage comme outil de reconstruction

Le deuil, la perte d’un.e adelphe, le suicide, les meurtres haineux, c’est un triste quotidien dans la communauté transgenre. La transphobie d’état, médicale, législative, les barrières administratives, scolaires & le harcèlement quotidien : c’est une habitude pour les personnes transgenres, être en danger pour le simple fait d’exister.

Dans cette société hostile à leur existence, les personnes transgenres sont constamment confronté.e.s au deuil. Lexie panse les plaies du deuil de ses adelphes notamment par le tatouage. C’est utiliser notre corps comme une toile blanche sur laquelle on écrit ce que l’on a vécu, & dans le cadre du deuil, c’est se réapproprier des faits que la société nous enlève, des adelphes qui nous sont arrachés.

Les tatouages ont un côté politique, c’est intimement lié à un parcours de vie. Dans le cadre du deuil, c’est un symbole de colère, de résilience.

Lexie Agresti, femme transgenre, militante & écrivaine

Contre-culture & création d’une esthétique queer

Dans l’adoption d’un tatouage, le choix du motif est un grand moment, une étape. Lorsque la discussion tourne autour des motifs avec Lexie, elle évoque des similarités dans la communauté transgenre. Non pas par influence mais plutôt par choix de motifs liés « à leurs identités, à leurs parcours, aux choses qui ne sont liés qu’au vécu des personnes transgenres. » Le symbole de la diversité de genre, la formule chimique de la testostérone ou de l’oestrogène, le drapeau transgenre ou non-binaire, ce sont des motifs propres au vécu commun d’une communauté : « on a développé des motifs de tatouages qui appartiennent au vécu des personnes transgenres. »

Ces rassemblements autour de motifs communs, Lexie en parle comme la création d’une contre-culture : « on est rattaché.e.s au tatouage parce que c’est le symbole d’une contre-culture d’une communauté qui est considérée comme à l’encontre de la société. »

Le tatouage est un outil de réappropriation de son corps mais aussi de fédération, d’appartenance à une communauté, ce qui peut notamment avoir un grand rôle pour la construction des personnes transgenres qui n’ont pas accès aux lieux de sociabilité trans, aux évènements communautaires.

Quand on n’a pas accès à la communauté, à des groupes de paroles, à des événements etc, le tatouage c’est finalement se rattacher à une culture parce qu’on a ce besoin d’appartenance, de point de ralliement dans la communauté.

Lexie Agresti, femme transgenre, militante & écrivaine

Transpoète & poète trans : l’histoire de Hugo Amour avec le tatouage

Poète, écrivain & artiste amoureux, Hugo Amour a vécu le tatouage comme une révélation. La révélation de son corps, de son identité, de son âme. Il s’agit de « sentir sa peau, agir sur elle », finalement on se révèle à soi-même. La question de la révélation est ici d’autant plus profonde qu’elle entre en considération avec un travail de quête : quête de soi, de son corps, de son identité.

Le tatouage c’est une archéologie de nos existences, on creuse, ce sont nos traces personnelles, individuelles, intimes. C’est le reflet de notre personne qui était déjà présent sur nous & que nous grattons avec les tatouages.

Hugo Amour, poète, écrivain & artiste amoureux.

Un travail d’archéologie, de recherches, c’est ainsi que Hugo ressent les tatouages. A l’image de vestiges que l’on dépoussière, les tatouages racontent un vécu, une histoire, des sentiments, qui se révèlent à la surface de la peau.

Dans ce travail d’historien de sa propre existence, Hugo accueille les tatouages comme une explication. Garçon transgenre mais aussi ancien enfant maltraité & incesté, il était question, en grandissant, de comprendre qui il était.

Les mots c’est mon corps, les tatouages c’est mettre des contours à mon enveloppe, donner de la senteur, de la consistance à ce corps pour le découvrir, sentir que j’existe.

Hugo Amour, poète, écrivain & artiste amoureux.

Au carrefour de sa vie d’artiste, de garçon transgenre & de survivant de maltraitance, Hugo Amour entretient une relation multiple avec les tatouages. A l’image de nos gribouillages d’enfant sur les bras des ami.e.s à l’école, les tatouages sont aussi une manière d’utiliser sa peau tel un carnet. C’est utiliser le plus simple appareil dont Hugo peut disposer pour marquer ses poèmes.

*Une histoire de genres, guide pour comprendre & défendre les transidentités de Lexie Agresti, éditions Marabout, 19,90€ disponible ici

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À votre santé !

#TuSaisQueTuEsHandiQuand : un # pour visibiliser la diversité des manifestations du handicap

Lancé sur Twitter ce dimanche midi pour visibiliser la multitude d’handicaps & leurs manifestations, ce # comptabilise déjà des centaines de tweets & s’est placé dans les Tendances Twitter pour la catégorie France.

La volonté de saon créateurice, Hely Ventura ? C’est de briser les clichés sur le handicap selon lesquels « il n’existe que les handicaps moteurs, & que tou.te.s les handicapé.e.s sont en fauteuil roulant » parce que cette stigmatisation invisibilise la diversité des handicaps.

Infantilisation & instrumentalisation des douleurs

Des centaines de personnes témoignent de leur vécu, que ce soit face aux personnes valides, aux administrations, aux relations familiales ou amicales, mais aussi vis-à-vis du milieu médical.

L’auto-diagnostique, qui consiste à comprendre par soi-même de quelle pathologie nous souffrons, est très importante aujourd’hui dans la communauté handi. Cette pratique n’est pas anodine, elle s’inscrit dans un schéma où les ressentis des patient.e.s, notamment celleux issu.e.s de minorité, jeunes &/ou qui ont des troubles psychiques, sont minimisés & banalisés. Le mauvais traitement de leurs troubles de santé peut avoir des conséquences dramatiques, tant du point de vue physique que psychique.

Pourtant, tout le système de notre société l’alimente de part l’infantilisation constante qui pèse sur les malades non-reconnus par les instances. L’important est ici de se rendre compte du poids que l’écoute de son propre corps joue dans un diagnostique.

« Il est temps de montrer que y’a pas uniquement besoin de personnes diplômées pour savoir qu’on est handicapé.e.s »

Hely Ventura, malade chronique, à l’origine du #TuSaisQueTuEsHandiQuand

AAH & MDPH : des procédures toujours plus invalidantes

Cela fait des mois que la communauté handi réclame la désolidarisation des revenus du.de la conjoint.e pour le traitement de l’Allocation aux Adultes Handicapées pour lutter contre la précarisation institutionnalisée des femmes & des minorités de genre handicapées.

Désolidarisation des revenus du conjoint pour le paiement de l’Allocation aux Adultes Handicapés (AAH)

Encore faut-il avoir le droit de percevoir l’AAH, encore faut-il être reconnu.e comme une personne handicapée. Pour cela, il faut passer par les fameux dossiers de la Maison Départementale des Personnes Handicapées. Des mois, des années peuvent passer avant d’obtenir une réponse à ces dossiers que seules les personnes handicapées (& leurs aidant.e.s) remplissent mais qui font preuve d’une inaccessibilité remarquable.

Etudes & handicap : un choix à faire dans notre société validiste

Notre société n’est pas pensée pour les personnes handicapées, elle l’est selon des normes validistes, c’est cela qui rend la vie des personnes handicapées compliquée, pas leurs handicaps.

« En terminale je n’ai pas pu suivre une partie des cours car le bâtiment n’était pas entièrement accessible. »

Sacha, militant.e handi

Les études n’échappent pas à cette construction validiste qui remplissent la vie des handicapées d’obstacles. Hely m’a parlé de sa tentative de suivre des études en psychologie, qui n’a pas abouti du fait du système universitaire qui n’est absolument pas conçu pour permettre un avenir aux personnes handicapées.

« J’ai demandé des aménagements d’études mais iels n’ont accepté que celles qui demandaient le moins de moyens, d’efforts & de temps de leur part. »

Hely Ventura, malade chronique, à l’origine du #TuSaisQueTuEsHandiQuand

Il en va de même pour Sacha, militant.e handi, notamment pour le Syndrome d’Ehlers Danlos, qui a suivi « à peu près 2 trimestres de cours » sur l’entièreté de ses années lycées, sans parler du harcèlement constant de ses camarades.

C’est à cette double peine de l’exclusion sociale & du quotidien inaccessible que s’attendent les élèves handicapé.e.s pour qui rien n’est pensé, encore moins dans l’Education Nationale qui pense, comme le reste de la société, que les problèmes de santé ce ne sont pas pour les enfants.

C’est donc à ça que les personnes handicapées doivent s’attendre lorsqu’elles veulent faire des études : à ce qu’on leur refuse des adaptations vitales, au dépend de leur avenir, car c’est trop de temps, d’efforts, de permettre l’accessibilité à tou.te.s à des sphères de notre société qui n’ont pas été pensées pour elleux.

Covid-19 & handicap : le réveil des valides

Avec la pandémie que nous vivons depuis un an, la santé mentale & physique a prit davantage de place dans les discussions publiques. Une constatation qui n’est pas à fêter sur tous les points.

« Les valides écoutent les handicapé.e.s qu’une fois que ça les concerne, que des valides deviennent handicapé.e.s, mais iels ne nous écoutent pas avant. »

Hely Ventura, malade chronique, à l’origine du #TuSaisQueTuEsHandiQuand

Le principe même de parler des handicaps uniquement selon le prisme des personnes touchées par le coronavirus « il ne touche que les aîné.e.s & les handicapé.e.s » est un problème. Cette phrase que nous entendons à tord & à travers pour rassurer sur l’ampleur de la pandémie traduit des biais profondément validistes selon lesquels, étant donné que les personnes valides ne sont pas touchées, alors ce n’est pas grave.

« La vérité c’est que si je choppe le Covid-19, en fait je crève. »

Hely Ventura, malade chronique, à l’origine du #TuSaisQueTuEsHandiQuand

Des milliers de gens meurent, parmi laquelle une majorité sont malades, ont des comorbidités, mais cela ne compte que très peu dans notre société, étant donné que ça ne touche pas les personnes valides. Pourtant, la vie des personnes handicapées compte, elle est importante, & elle ne doit pas se substituer à la vie des personnes valides.

Un # communautaire pour se soutenir

« Au-delà d’augmenter notre visibilité, le # permet de mieux se soutenir les un.e.s. »

Sacha, militant.e handi

Ce # est là pour les personnes handis, créé par les personnes handis, alimentés par les personnes handis, & relayé uniquement par des personnes handis, parce qu’en dehors de la communauté, il n’est pas politiquement correct de relayer des tweets-témoignages d’un vécu qui met toute la société en cause.

« Les personnes handicapées parlent & ce n’est pas facile parce qu’on a les trolls en permanence, mais on espère qu’en parlant on va débloquer le système, mais faut pas que ça nous détruise avant. »

Hely Ventura, malade chronique, à l’origine du #TuSaisQueTuEsHandiQuand

@ personnes handis, vous avez un message de Hely Ventura : « vous n’êtres pas seul.e.s, votre voix est importante, votre voix compte & votre voix peut changer le monde. »

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Féministes tant qu'il le faudra

#SciencesPorcs : La culture du viol touche tous les milieux, l’élite de Sciences Po n’y déroge pas.

Voilà quelques jours que les témoignages affluent, que le paysage médiatique est repeint des accusations d’aggressions sexuelles de la part de ceux qui forment « l’élite de notre nation. » Dans la lignée de #MeTooInceste & #MeTooGay , la société commence doucement à défaire davantage ses œillères & découvre l’ampleur des violences sexistes & sexuelles qui règnent en toute impunité dans les IEP si prestigieux de notre chère république.

Content Warning : Cet article aborde plusieurs témoignages de violences reçues au sein des IEP, il est question de viol, d’agressions & d’une impunité extrême. Ce contenu peut être difficile à lire, protégez-vous.

Tout a commencé le 23 janvier du côté de Sciences Po Bordeaux. Un témoignage fait l’effet d’une bombe, de là s’ensuit une pluie de récits qui ne cesseront de déferler jusqu’à ameuter les élèves des IEP de la France entière.

Du côté de Toulouse aussi, ça s’agite. Ce sont les mots de Juliette, 20 ans, qui font du remue-ménage. Elle poste sur le groupe Facebook des étudiant.e.s de Sciences Po Toulouse une « lettre ouverte à celleux qui le voudront, pour que plus jamais cela n’arrive. » Juliette y accuse son violeur, elle s’adresse à lui & mets des mots sur la nuit qu’il lui a fait subir. Elle y incrimine aussi l’administration de l’iep, celle qui a son rôle à jouer dans le viol qu’elle a subit de part sa non-réaction totale mais aussi via la formation à l’impunité & à la domination masculine qui est dispensée à « l’élite de la nation. »

Retour sur l’institut qui forme des agresseurs en masse avec l’idée qu’ils s’en sortiront toujours.

La préparation aux concours : une prépa à l’enfer

Avant même de passer les portes du grand institut pour la première fois, de nombreuses personnes sont les victimes des violences patriarcales intériorisées & enseignées à Sciences Po.

Angèle* n’avait que 17 ans quand elle essayait de mettre toutes les chances de son côté pour réaliser son rêve d’intégrer un IEP. A ces moments-là, lors de longues & éprouvantes périodes de préparation qui isole les étudiant.e.s dans la recherche de la perfection pour avoir une chance d’avoir sa place sur les bancs de l’élite, des agresseurs sciencespistes profitent des jeunes ambitieux.euses en toute impunité.

« Il s’était proposé de m’aider pour le concours. Je suis allé chez lui pour réviser. Il a tenté de me violer. Je me suis enfuie de chez lui en courant, seule, dans le noir à 1 heure du matin, sans téléphone. »

Angèle*, 17 ans au moment des faits

Quoi de mieux pour les violeurs de l’institution que de s’attaquer à de jeunes étudiant.e.s tout juste sorti.e.s du lycée & plein.e.s de projets pour s’assurer une immunité qui ne pourra être rompue par une victime bâillonnée par la loi du silence qui règne.

L’omerta s’impose naturellement : comment imaginer pouvoir se faire une place dans un tel monde de requin alors que l’on accuse l’un d’entre eux ? Ce serait se tirer une balle dans le pied, tout le monde en a conscience dans les rangs de Sciences Po.

Sa carrière face à ses traumatismes, c’est le duel que les victimes des sciencespistes doivent mener. Angèle* en a fait les frais quand elle en est venue à espérer de toutes ces forces ne pas être prise à Sciences Po Lille – l’école qu’elle voulait le plus – pour ne pas avoir à croiser tous les jours son violeur en sachant que « personne ne pourrait rien faire pour [la] protéger. »

L’intégration à Sciences Po : une vie bizutée

Dans le cycle de vie à Sciences Po, aucune étape n’est blanche comme neige face aux accusations de violences. Ancienne étudiante à Sciences Po Toulouse, Nathalie* dénonce des phases d’intégration qui ne sont que de grands festivals de violences banalisée.

« Quand il fallait départager les équipes c’était « tout le monde à poil » et les filles on comptait double. »

Nathalie*, étudiante à Sciences Po Toulouse entre 2011 & 2014.

Le bizutage, c’est la porte ouverte à toutes les agressions sans qu’elles ne soient ne serait-ce qu’abordées dans le futur. Alors les étudiants en profitent pour faire vivre la misère à ces jeunes qui viennent à peine de rentrer dans l’école de leurs rêves.

« On nous forçait à manger du cassoulet sur le torse des garçon. […] Des filles ont dû manger du yaourt sur le caleçon de certains garçons. »

Nathalie*, étudiante à Sciences Po Toulouse entre 2011 & 2014.

L’humiliation publique pour « souder les troupes », c’est la méthode archaïque qui est utilisée à Sciences Po pour l’intégration de ces 1A, & tout cela au profit de ces 2A, 3A etc. Les séances de lavage des voitures des aînés en maillot de bain devant tout le monde sont monnaie courante, le spectacle est publique.

« On nous a fait peur & on nous a fait comprendre que cette violence-là était normale. »

Nathalie*, étudiante à Sciences Po Toulouse entre 2011 & 2014.

L’intégration se clôture en apothéose avec le « tribunal », « auquel on passait pour tout et n’importe quoi ». Les apprentis juges se font un malin plaisir de détruire publiquement une bonne fois pour toutes les 1A.

« Une fille qui avait eu des rapports sexuels intimes avec différents garçons de notre promo a été humiliée & agressée devant tout le monde, elle a été traité de salope et a du manger du cassoulet sur les fesses d’un garçon. »

Nathalie*, étudiante à Sciences Po Toulouse entre 2011 & 2014.

Tout cela se passe dans le silence le plus total & surtout & avant tout avec la complicité de l’administration majoritairement composée d’ancien.ne.s étudiant.e.s à Sciences Po. Iels ne peuvent donc pas dire ne pas avoir connaissance ni conscience de toute la violence de ces intégrations qui constituent un rite de passages dans ces écoles de prestige.

L’administration de Sciences Po Toulouse est complice du bizutage parce que chaque année on fait croire aux premières années qu’il y a aura un test d’anglais, & c’est ça qui marque le début du bizutage.

Nathalie*, étudiante à Sciences Po Toulouse entre 2011 & 2014.

Gala d’hiver : les violeurs n’ont pas froid aux yeux

Des centaines de témoignages font référence à ces soirées, à ces galas, à ces week-ends & à ces cérémonies. Se fier au GHB ou offrir assez de verres à sa victime pour la mettre dans un été d’ébriété : les sciencespistes ne manquent pas de « méthodes » pour détruire des vies.

Etudiante à Sciences Po Lille, Zoé Faucher témoigne d’une tentative de viol subit il y a deux ans, par un camarade de promo lors du gala d’hiver. Ces soirées réputées de l’élite de la nation, qui empestent l’alcool, les paillettes & l’argent, c’est le climat parfait pour les violeurs sciencespistes.

Elise*, étudiante à Sciences Po Toulouse, a été agressée sexuellement par un de ses « amis » les plus proches pendant son sommeil, chez elle, après une soirée, alors qu’elle n’était qu’en première année.

Je suis aujourd’hui en Master, et malgré le temps, je ne suis toujours pas en paix avec moi-même et avec cette histoire.

Elise*, agressée sexuellement par un « ami » alors qu’elle était en 1A.

Science Po Toulouse est rongé jusqu’à l’os, Marion* en témoigne avec force. Après une soirée arrosée, son agresseur s’invite chez elle, ne voulant pas partir il s’impose pour la nuit, & reste sur ses positions le lendemain. Après des heures à lui demander de partir, de la laisser tranquille, lui expliquant qu’elle avait des choses à faire, il n’a pas bougé d’un poil. Marion* est à bout, de plus en plus mal à l’aise, oppressée dans son propre chez elle.

« Je me dis que le seul moyen pour qu’il parte, c’est que je couche avec lui. Il m’a fait mal, c’est horrible, je n’en avait pas envie j’étais dégoûtée je voulais pleurer mais je voulais par-dessus tout qu’il parte et me laisse tranquille. »

Marion*, étudiante à Sciences Po Toulouse, victime de viol.

Miroir, mon beau miroir, dis-moi quand est-ce que la société va croire les victimes

« Il a nié en bloc en disant que c’était ma parole contre la sienne »

Angèle*, 17 ans au moment des faits.

Pourquoi est-ce plus facile de croire à de fausses accusations plutôt qu’à un viol ? Notre société patriarcale en est la réponse.

Remettre les paroles des victimes en question est une spécialité française & tout comme pour le reste, « l’élite de la nation » n’échappe pas à ces biais dominants.

Bien au contraire, le #SciencesPorcs démontre avec force l’inaction des administrations & de l’institution face à des affaires qui se comptent en centaines par campus.

« J’ai essayé de parler à l’administration mais on m’a dit que ce n’était pas dans les locaux de Sciences Po, donc ils ne pouvaient rien faire. »

Zoé Faucher, victime de tentative de viol, Sciences Po Lille, 2018.

« Quand j’ai osé parler, l’administration m’a envoyé un courrier des mois plus tard afin de m’expliquer qu’au regard de l’éloignement des faits, du bon comportement global de ces élèves durant leur scolarité & bien il n’y aurait aucune décision de prise, c’est-à-dire que la personne qui m’a frappé est aujourd’hui diplômée de l’école, moi non. »

Nathalie*, étudiante à Sciences Po Toulouse de 2011 à 2014.

La culture du viol à Sciences Po, c’est aussi une culture du silence, une omerta qui pousse les élèves à se retrancher sur elleux-mêmes sans jamais en parler.

Briser cette omerta ces derniers jours avec ce # c’est aussi briser le cercle du clivage de Sciences Po qui entraine la victime à se remettre en question elle plutôt que son agresseur, parce que toute la société & l’institution ont ancré le fait que c’était de sa faute en remettant le poids de l’accusation souvent sur l’état d’ébriété de la victime.

J’ai mit du temps à capter que c’était grave en fait, j’essayais de ma convaincre que c’était ok et que ça allait passer. Et avec toutes les histoires qui tournent autour des mecs dégelasses qui sont pas sanctionnés, je me suis pas du tout tourné vers [l’administration et la justice] en priorité.

Elise*, violée par un « ami » alors qu’elle était en 1A.

Cachez ce violeur que je ne saurai voir

Ne pas réagir face à des accusations de violences au sein de son établissement est une chose, transférer l’accusé sur un autre campus pour qu’il puisse jouir de sa scolarité en toute tranquillité, loin des accusations, en est une autre.

On sait tou.te.s à quel point les groupes de gars sont protégés, surtout qu’ils sont toujours là alors que ce n’est pas la première fois qu’ils sont accusés.

Marion*, étudiante à Sciences Po Toulouse, victime de viol.

A Paris, ce « système » bien opaque de transferts entre campus est presque monnaie courante. Au fur & à mesure que les témoignages affluent, une tendance se dessine : le campus de Reims, c’est celui de la deuxième chance.

A Lille, Zoé Faucher n’a pas échappé à ces magouilles internes de la part de l’institut. Plutôt que de lui apporter une réponse & un soutien convenable dans l’épreuve qu’elle traversait, la direction de Sciences Po Lille a préféré transférer S.L, l’homme qui a tenté de la violer, à Science Po Lyon.

« Ils ont l’habitude de faire des transferts pour bouger le problème afin de nous faire taire. »

Zoé Faucher, victime de tentative de viol, Sciences Po Lille, 2018

Alors que presque 700 kilomètres séparent les deux instituts, Zoé ne peut se résigner à penser que c’est fini, parce que la problématique reste la même : « qu’il soit à Lille, à Lyon ou ailleurs, il peut faire du mal, le transférer ne rend service à personne.« 

Quel avenir pour l’institution Sciences Politiques ?

Le monde des grandes écoles & leurs élèves a été bousculé par cette vague de témoignages qui émanent de l’intérieur, & alors que Frédéric Mion, directeur de Sciences Po Paris, a présenté sa démission ce mardi 9 février dans l’après-midi alors qu’elle était réclamée depuis plusieurs semaines du fait de son implication dans l’affaire Olivier Duhamel, les victimes en demandent plus, elle veulent du changement.

« Ca fait partie du processus d’apprentissage dans ces écoles, on est traité.e.s comme des merdes, violer c’est normal, agresser c’est normal, insulter c’est normal & toi tu dois prendre tout ça & te taire parce que tu n’as pas de soutien »

Nathalie*, étudiante à Sciences Po Toulouse entre 2011 & 2014

Alors que la plateforme Parcoursup accueille désormais les formations des IEP, le mouvement social autour du #SciencesPorcs agite les esprits, tant des élèves de terminale qui rêve de ces IEP que des étudiant.e.s qui doivent se préparer à faire leurs choix de Master prochainement.

C’est quelque chose dont on ne nous parle pas quand on postule à l’IEP, c’est quelque chose qui est indiqué nul part et moi j’aimerai qu’avec ces témoignages on fasse prendre consciences à tou.te.s celleux qui veulent venir à Sciences Po qu’iels seront crus, accompagnés, plus jamais seuls dans tout ça.

Zoé Faucher, victime de tentative de viol, Sciences Po Lille, 2018

L’initiative & l’engagement étudiant via des associations doit prendre le pas, le rythme de s’inclure davantage sur des problèmes de fonds, sur un travail en amont des violences. Pour Zoé Faucher, membre de l’association Bon Chic Bon Genre (Sciences Po Lille), il est primordial de continuer à accompagner & soutenir les victimes, mais il est aussi temps de fonctionner plus largement, notamment en tant qu’étudiant.e.s plus expérimenté.e.s, plus âgé.e.s, qui pevent ainsi s’investir & se mettre aux côtés des plus jeunes.

Finalement, l’introspection. On ne parle pas là d’une charte de genre ni d’une commission sur l’égalité : ça a déjà été fait & c’est « assez éloigné de ce qu’il se passe réellement » selon Zoé Faucher.

« Ce qu’il faut, c’est que l’administration arrête de se placer en tant qu’institution attaquée, décriée, méprisée, oppressée comme une victime, parce qu’elle ne l’est absolument pas, elle n’est pas victime, il ne faut pas inverser les rôles. »

Zoé Faucher, victime de tentative de viol, Sciences Po Lille, 2018

Les réactions au mouvement né du #SciencesPorcs n’auront pas fait l’unanimité, c’est le peu de le dire. Alors que Sciences po Paris a publié un premier communiqué de presse en fin de journée mardi 9 février, d’autres ne devraient pas tarader à pleuvoir, mais c’est bien loin des attentes.

Encore & toujours du côté des mêmes villes, c’est l’intervention de Sciences Po Toulouse sur Instagram qui déçoit d’une part & énerve d’un autre.

Quand je vois les accusations de diffamation je me dis « mais vous n’avez pas honte de ce que vous racontez ? Les victimes parlent, elles racontent enfin ce qu’elles ont vécu & vous leur lâchez à la gueule le fait d’être diffamatoire ! »

Zoé Faucher, victime de tentative de viol, Sciences Po Lille, 2018

Sciences Po Bordeaux ne sauve pas le navire de son côté : le choix du silence a été fait de leur part, iels ont préféré la modération des commentaires – ou plutôt la suppression de tous ceux qui ne leur plaisaient pas – pour ne pas entacher leur joli post de promotion pour les portes ouvertes.

Racisme & sexisme : intersectionnalité des oppressions à Sciences Po

La majorité des témoignages est à propos de violences sexistes & sexuelles, mais certains autres comme celui d’Anaïs* crient le racisme ambiant de ces écoles auto-proclamées progressistes alors qu’elles se résument à un panel de schémas de domination.

Ancienne étudiante de Sciences Po Bordeaux, Anaïs* a subit le racisme en tout genre que ces écoles fermées peuvent couver. Au racisme comme au sexisme, l’administration ne fournit pas de réponse satisfaisante.

Lorsque je rapporte des propos négationnistes et racistes qu’on m’a balancé à la figure, l’administration répond : « Vous savez, il faut composer avec les opinions de tout le monde, même si on n’est pas d’accord. »

Anaïs*, ancienne étudiante de Sciences Po Grenoble.

La liberté d’opinion a bon dos, ou comment justifier ses biais racistes & oppressants par une défense précaire & criante d’un parti prit politique qui ne saurait être accepté dans une école qui devrait former l’élite de la nation.

Le climat de l’IEP fait très peur et n’incite pas à parler. […] Les sciencespistes attaquent les victimes à base de « on ne peut plus rien dire. »

Marion*, étudiante à Sciences Po Toulouse, victime de viol.

Elle préfère laisser couler les affaires, masquer les accusations, éloigner un petit peu les agresseurs & laisser périr les victimes.

*Les prénoms ont été modifiés pour garantir l’anonymat des victimes