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À votre santé ! Enfants d'aujourd'hui, adultes de demain

💦 Don de sperme : un peu de vous pour aider à donner la vie

La loi permet aujourd’hui à toutes les femmes (enfin presque… la loi exclue toujours les femmes transgenres) de bénéficier d’un don de spermatozoïdes, qu’elles soient en couple avec un homme, une femme ou célibataire. Cette avancée égalitaire majeure se heurte à un problème de taille : les hommes donneurs restent toujours très rares en France. Ils n’étaient que 317 en 2019, ce qui cause un sérieux retard dans les consultations : pour le Centre d’Étude et de Conservation des Oeufs et du Sperme humains (CECOS) de Lille, l’attente est passée de 2 à 5 mois pour une simple consultation.

Avant même le passage de la loi PMA pour (presque…) toutes, des militants gays et bis ont signés une tribune dans le HuffPost : Don de sperme et PMA : pour des gamètes dans leur vie. Celle-ci invitait tous les gays et bis à donner leur sperme “en solidarité avec [leurs] sœurs lesbiennes et célibataires”. La tribune publiée par Mathieu Brancourt, journaliste et militant gay, membre de l’Association des journalistes LGBTI+ (AJL), rassure les nombreux inquiets d’une possible pénurie de sperme : “nous sommes nombreux, nous sommes partout et du sperme, nous en avons à partager, gracieusement.” En effet, qu’avons-nous à perdre à donner quelques heures de notre temps, et un peu de notre semence, afin de permettre à des personnes de procréer ? Cette tribune appelle les gays et bis à donner leur sperme en guise de solidarité avec la communauté LGBTIQ+. Mais, même les hétéros devraient se sentir concernés : en France, 10 % des couples n’arrivent pas à avoir d’enfants deux ans après leurs premières tentatives. Les raisons de l’infertilité sont multiples, mais une chose est sûre : c’est qu’elle touche durablement et profondément les couples qui y sont exposé. Alors, bis, hétéros, gays ou autres : lancez-vous et donnez votre sperme.

Le processus de don

Pour y avoir personnellement contribué, le processus de don de spermatozoïdes est assez simple. Il suffit de contacter le CECOS le plus proche de chez vous et de prendre un premier rendez-vous. Ce rendez-vous sera l’occasion de vous expliquer le parcours de don et de répondre à toutes vos questions. Si vous êtes d’accord, vous signerez un document de consentement au don et un rendez-vous avec un.e psychologue vous sera proposé. Celui-ci est obligatoire pour les personnes n’ayant pas d’enfants afin de connaître leurs motivations au don et sur ce qu’il implique.

La seconde étape est le bilan de santé médical et génétique, afin de fournir des spermatozoïdes sûrs et sains aux futurs parents. Ce bilan consiste en une prise de sang, un premier recueil et un questionnaire génétique pour vérifier que les potentiels futurs enfants ne bénéficieront pas des maladies génétiques de votre famille. Le premier recueil servira à vérifier que votre sperme est sain, apte à être congelé et sans risque de transmission d’une maladie génétique. Il sera aussi utilisé pour déterminer le nombre de recueils nécessaires afin d’avoir la quantité de spermatozoïdes recherchée.

Campagne des CECOS promouvant le don de spermatozoïdes et de gamètes, 2021.

Le recueil, entre gêne et Dorcel

Le premier recueil peut être perçu comme un moment gênant pour les donneurs. Se masturber dans un hôpital n’implique pas les mêmes choses que chez soi. Heuresement, le personnel a l’habitude et est là pour nous mettre en confiance. Le CECOS de Lille possède plusieurs salles de prélèvement, contenant chacune un siège, un urinoir, un lavabo et un écran pouvant diffuser des films pornographiques. Ces écrans et ces films sont d’ailleurs le fruit d’un don de l’entreprise Marc Dorcel. Cela implique que le porno est ainsi très hétéronormé (et vieillissant), n’hésitez donc pas à emmener avec vous des ressources qui vous stimuleront.

Ces salles de recueil sont isolées phoniquement et sont disponibles pendant le temps qu’il vous faut. Il arrive que cela soit assez stressant la première fois, mais il n’y a pas d’obligation de recueil.

Donner pour donner la vie

Une fois les prélèvements nécessaires effectués, une nouvelle prise de sang vous sera proposée afin de valider le don comme sûr et distribuable. Votre geste aidera jusqu’à dix couples à procréer (ce chiffre est propre à la France, pour éviter tout risque de consanguinité des générations futures).

Le don de vos spermatozoïdes permet à des personnes qui sont dans l’impossibilité de procréer, de le faire. Vous avez vous-même la chance d’avoir la possibilité de procréer, alors que vous souhaitez l’utiliser ou non, donner un peu de vous permettra à des femmes et des hommes de donner la vie. Comme pour le don du sang, il y a une pénurie de donneurs. Votre don changera la vie de plusieurs personnes, alors au lieu que ça finisse sur votre ventre ou dans un mouchoir (ou ailleurs), venez le faire dans une éprouvette.


Le CECOS Lille est situé dans l’Hôpital Albert Calmette, Boulevard du Professeur Jules Leclercq à Lille. ☎️ 03 20 44 66 33

💡 Vous pouvez retrouver ces informations ici, et si vous n’osez pas les appeler, vous pouvez toujours cliquer sur « Intéressé par le don ou en savoir plus ? » afin de donner vos coordonnées pour que le CECOS vous contacte.

Evann Hislers

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Behind The Arras Film Festival : Sébastien, projectionniste

Pour le deuxième épisode de la série Behind The Arras Film Festival, nous sommes allés à la rencontre des petites mains du festival qui réunit chaque année spectateurs.trices, acteurs.trices, réalisateurs.trices à Arras.

Portait d’un projectionniste

Sébastien Aubert est projectionniste au Arras Film Festival, il a accepté de répondre aux questions de Behind The Society.

Dans la vie de tous les jours, Sébastien Aubert est projectionniste dans une salle de cinéma municipale en Normandie. Il vient pour la première fois au AFF en remplacement d’un collègue. Ce n’est pas son premier festival, il a l’habitude d’en recevoir dans sa salle et de participer à quelques-uns comme celui de Gérardmer ou La Roche-sur-Yon.

Pour lui, le Festival du Film d’Arras est une bonne expérience, « les gens du Nord sont exceptionnels et ici on se sent vraiment au même niveau que les autres personnels, il n’y a pas de hiérarchie » ajoute-t-il.

Zoom sur le travail d’un projectionniste

Le travail de Sébastien n’est pas que de lancer des films, comme on pourrait le croire. Les projectionnistes doivent assurer une véritable surveillance tout au long de la projection. Il doit aussi régler les éventuels problèmes de matériel et gérer la logistique des films. Après une projection, les films doivent être rendus aux régisseurs. Il doit également gérer les stocks des serveurs dans chacune des salles, car ils n’ont pas une capacité de stockage infinie (et les fichiers contenant les films pèsent très lourd).

Vous ne le saviez sans doute pas, mais les fichiers numériques envoyés aux cinémas ne sont pas lisibles directement. Les distributeurs chiffrent les films afin d’éviter le piratage et la modification des images avant projection. Le DCP (Digital Cinema Package) qui contient tous les fichiers informatiques d’un film (les images, sons, sous-titres…), doit être décrypté à l’aide d’une KDM (Key Delivery Message), envoyée par le distributeur. Celle-ci permettra d’exploiter les fichiers dans une version précise, dans une salle précise et pour une durée précise. S’occuper des KDM est l’un des (nombreux) rôles du projectionniste.

À la question, quel est le film que vous avez préféré au festival, Sébastien nous répond qu’il n’en a pas vraiment : « à 99 % du temps, je ne vois que des passages ». Selon lui, le projectionniste est comme un « maître-nageur », il doit veiller à ce que tout se passe bien, mais ne prend jamais vraiment part à l’expérience. De plus, les cabines de projection n’offrent pas tout le temps une vue exceptionnelle sur l’écran et les systèmes de sonorisation ne sont parfois composés que d’une enceinte, histoire de voir (ou plutôt d’entendre) que tout fonctionne bien.

Malgré tout, il aimerait beaucoup visionner l’animé Belle, du réalisateur japonais Mamoru Hosoda, qui a également réalisé Les enfants loups en 2014. Le film raconte la vie de Suzu, adolescente timide, qui se transforme dans le monde virtuel en « U », une chanteuse avec plus de 5 milliards d’abonnés.

Bande-annonce du film Belle de Mamoru Hosoda, sortie au cinéma le 29 décembre 2021.

Evann Hislers

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Behind The Arras Film Festival : Auxane, bénévole

Pour le premier épisode de la série Behind The Arras Film Festival, nous sommes allés à la rencontre des petites mains du festival qui réunit chaque année spectateurs.trices, acteurs.trices, réalisateurs.trices à Arras.

Portrait d’une bénévole

Auxane Bruni a 23 ans, depuis 2 ans elle est bénévole au Arras Film Festival. Elle a accepté, entre deux séances, de répondre à nos questions.

Auxane habite à Arras depuis 5 ans, elle passait devant ce grand chapiteau sur la Grand-Place d’Arras sans se poser trop de questions. Et un jour, accompagnée d’amis, elle y est rentrée. C’est là que cette étudiante en arts du spectacle a commencé à donner de son temps pour l’organisation du festival. Depuis 2019, pendant une dizaine de jours, elle participe à l’accueil des spectateurs, au placement dans les salles, aux débats pendant les séances et à tout ce qui touche à l’organisation. Elle est un véritable « couteau suisse« , qui « court partout entre les deux cinémas », le Megarama et le Casino, qui projettent les films du festival.


Amatrice de cinéma depuis l’enfance, passion transmise par son père, elle voit le festival comme un bon moyen de visionner des films et d’avants-premières gratuitement. « En plus, ici on voit des films qu’on ne voit pas partout » ajout-elle. Le festival a d’ailleurs été principalement créé pour faire découvrir et mettre en valeur les divers talents cinématographiques européen.

Elle insiste aussi sur l’expérience humaine incroyable qu’est le festival tant au niveau des rencontres avec les spectateurs qu’avec les autres bénévoles. Pour elle qui se prédestine au métier de coiffeuse ou maquilleuse dans les spectacles vivants, le festival est aussi une opportunité de rencontrer des personnes proche de son secteur.

Que vous soyez disponible quelques heures par jour entre deux cours, une journée complète ou pendant toute la durée du festival, vous pouvez proposer votre aide ! Plus d’infos sur le site du festival.

À la question, quel est le film que vous avez préféré au festival, Auxane nous donne deux titres : le documentaire Animal de Cyril Dion et le film d’animation Où est Anne Frank ! de Ari Folman.

Ces deux films m’ont mis une claque.

Auxane Bruni, bénévole au AFF.

Le film de Cyril Dion était un électrochoc, encore plus que son premier film Demain. « Ce film remet en cause tout ce que l’on pense, et en même temps, il propose des solutions » ajoute-t-elle. Le film était suivi d’une rencontre avec Cyril Dion et l’un des participants au documentaire, le jeune Vipulan Puvaneswaran qui a particulièrement marqué Auxane : « il a une conscience écologique extraordinaire, c’est vraiment ce qui m’a le plus marqué » remarque-t-elle, « ce film me donne envie de faire plus de choses pour le climat« .

Bande-annonce du film Animal de Cyril Dion, sortie au cinéma le 1er décembre.

Le second film, Où est Anne Frank ! d’Ari Folman est une adaptation du Journal d’Anne Frank. Kitty, son amie imaginaire, à qui était dédié le journal, a pris vie dans l’Europe d’aujourd’hui. Kitty se lance donc à la recherche d’Anne accompagnée de son ami Peter qui vient en aide aux réfugiés. Elle se retrouve donc dans notre Europe d’aujourd’hui, et tentera de redonner au message d’Anne Frank sens, vie et espoir. Auxane a apprécié ce film, car il met en parallèle une situation historique et la situation migratoire d’aujourd’hui. Ces films pour elle sont puissant et révélateur de notre époque. Elle les conseille à toutes et à tous.

Bande-annonce du film Où est Anne Frank ! d’Ari Folman, sorti au cinéma le 9 juillet 2021.

Evann Hislers

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Aux urnes citoyen.ne.s À votre santé !

Comment les réseaux sociaux piratent votre cerveau ?

Une poignée de personnes, la plupart des hommes blancs qui ont entre 25 et 35 ans, contrôlent la façon dont des milliards de personnes utilisent leur temps. Cela peut paraître fou, et pourtant, c’est bien la vérité. À la Silicon Valley, en Californie, des centaines de personnes sont payées pour vous rendre addict.

En 2002, le docteur en sciences sociales Brian Jeffrey Fogg publie Using Computers to Change What We Think and Do, que l’on peut traduire littéralement par Utiliser les ordinateurs pour changer ce que l’on pense et ce que l’on fait. Dans son livre, il pose les bases d’une nouvelle science, la captologie, qui est la science de l’informatique et des technologies numériques comme outil d’influence ou de persuasion des individus (Wikipédia). Autrement dit, c’est la science qui vous rend accro.

Aujourd’hui, les pirates de l’attention comme les appellent Lorraine de Foucher dans un article du Monde, utilisent les faiblesses psychologiques pour nous faire changer d’avis et rester le plus longtemps possible sur les médias sociaux. Heuresement, des employés de la Big Tech s’insurgent contre ces pratiques, qui détruisent notre capacité à nous concentrer. Tristan Harris, un ancien employé de Google ira même jusqu’à envoyer une présentation à tous ses collègues, dans le but de leur expliquer à quel point ils jouent un rôle important. Je m’appuierai donc sur sa présentation, A call To Minimize Distraction & Respect Users’ Attention, pour expliquer les procédés les plus couramment utilisés pour nous rendre accro.

Les mauvaises prévisions

Tristan Harris commence sa présentation par les mauvaises prévisions. On ne parle pas ici de la météo, mais des intitulés, pour la plupart mensongers, utilisés par les grandes entreprises de la Silicon Valley.

Quand on reçoit une notification X vous a tagué dans un post, la question qu’on se pose avant de cliquer sur la notification (même si en vérité, on ne réfléchit pas bien longtemps…) c’est : Est-ce que j’ai envie de voir cette photo ? alors que la bonne question serait plutôt : Est-ce que j’ai vraiment envie d’interrompre ce que je suis en train de faire et passer les 20 prochaines minutes de ma vie à scroller mon fil Insta ?

Quand on partage une vidéo sur Facebook, est-ce que l’on clique sur Partagez la vidéo ou Faire perdre 10 minutes à X amis ?

Quand on clique sur l’une des recommandations YouTube, celles juste à droite de la vidéo qu’on regarde, est-ce que l’on clique sur une vidéo suggérée ou sur une vidéo qui nous feras coucher à 3 heures du mat’ ?

Évidemment, les médias sociaux y perdraient à être plus honnête.

Les récompenses imprévisibles

Les machines à sous sont les jeux qui rapportent le plus aux casinos. Et pour cause, les récompenses imprévisibles sont les plus addictives et les plus difficiles à stopper. Pourquoi ? Car on ne sait jamais quand nous allons gagner. Et c’est cela qui nous motive à rafraichir sans cesse notre boîte mail ou à regarder toutes les 3 minutes notre téléphone quand on attend une réponse de notre crush. On cherche ce petit shoot de dopamine, l’hormone du bonheur, de la motivation et de l’addiction.

L’exemple le plus flagrant et le plus présent est sans doute le feed ou le fil d’actualités. Il fonctionne lui aussi sur le même principe qu’une machine à sous. Quand vous jouez et que vous gagnez, vous recevez un shoot de dopamine. Vous associez cette action au plaisir et continuer à jouer. Le feed, c’est le même principe. Vous scrollez et tombez sur une publication qui provoque chez vous une émotion (positive ou négative). Vous recevez un shoot de dopamine. Et cela vous motive à scroller, pour recevoir un nouveau shoot. Et la boucle est bouclée.

La peur de rater quelque chose, le FOMO

En 1996, le docteur Dan Herman est le premier à utiliser le terme FOMO pour Fear Of Missing Out, la peur de rater quelque chose. Aujourd’hui, le FOMO est un syndrome courant : plus de 69 % des millennials disent l’avoir déjà expérimenté. Le FOMO, c’est ce que l’on peut ressentir quand on voit, sur Instagram, nos amis faire la fête sans nous. C’est aussi ce qu’on ressent quand on n’a plus de réseau et que l’on a vraiment peur de rater une info hyper importante (alors qu’en réalité, il ne se passe rien). Le FOMO est donc évidemment très lié au développement des réseaux sociaux, qui nous connectent toutes et tous, 24 h / 24, 7 jours sur 7, pour le meilleur, et pour le pire.

Vidéo humoristique sur le FOMO de la chaîne YouTube américaine CollegeHumor.

L’échelle FOMO par Przybylski et ses collègues (2013) propose de noter de 1 à 5, allant de pas du tout d’accord à tout à fait d’accord ces items. Plus le score est élevé, plus vous êtes atteint du syndrome FOMO.

  1. J’ai peur que les autres aient plus d’expériences plus gratifiantes que les miennes.
  2. J’ai peur que mes amis aient plus d’expériences plus gratifiantes que les miennes.
  3. Je deviens anxieux quand je trouve que mes amis s’amusent sans moi.
  4. Je deviens anxieux quand je ne sais pas ce que font mes amis.
  5. C’est important pour moi de comprendre les blagues de mes amis.
  6. Parfois, je me demande si je ne passe pas trop de temps à me demander ce qu’il se passe.
  7. Cela me dérange de rater une opportunité de voir mes amis.
  8. Quand je passe de bons moments, c’est important pour moi de les partager en ligne.
  9. Quand je rate quelque chose qui été planifié avec les autres, cela me dérange.
  10. Quand je vais en vacances, je continue de regarder ce que font mes amis.

Przybylski et ses collègues ont observé que, plus le score FOMO est élevé, plus les probabilités de regarder son téléphone au volant, d’être distrait en cours ou d’être moins satisfait dans la vie sont élevées. L’étude montre aussi que le FOMO se produit généralement plus chez des personnes qui ont un manque de confiance en soi.

Les médias sociaux utilisent donc le FOMO : par le biais des sons de notifications, des témoins lumineux sur votre écran ou tout simplement celui-ci qui s’allume. Votre téléphone tente d’attirer votre attention par tous les moyens possibles. C’est ce qui rend le FOMO encore plus inévitable.

Paroles de repentis

Sean Parker, ami de Mark Zuckerberg et ancien président de l’entreprise, a dévoilé lors d’une conférence comment Facebook consomme votre temps et de votre attention. Votre cerveau « envoie des petits shoots de dopamine quand quelqu’un like votre post, photo ou commentaire. Cela vous pousse à produire plus de contenus et vous entraîne dans un cercle de validation sociale ». Cependant, la recherche de validation sociale est normale : nous cherchons à être évalué par autrui, ce qui nous permet de valider ou non, l’estime que l’on a de soi. Sauf que les réseaux sociaux le font de manière instantanée et systématique, à travers le nombre de likes, d’amis ou de vues. Ce qui ne fait pas que des heureux.ses… Chamath Palihapitiya, l’ancien vice-président de Facebook ajoute que « les cercles de validation sociale, induits par la dopamine, détruisent le fonctionnement de notre société ». Il ajoute : « à cause de vos comportements, vous êtes programmé inconsciemment. C’était accidentel, mais maintenant, c’est à vous de décider combien de votre intelligence vous avez envie de perdre. » Et pour terminer, Palihapitiya dit ne plus utiliser « cette merde » qu’est Facebook. Pour terminer, Justin Rosenstein, co-créateur du bouton Like, s’est également repenti. Il a déclaré trouver ce bouton « dangereux » et collabore désormais avec le Centre pour une technologie humaine (Center for Humane Technology), co-créé par Tristan Harris, qui rassemble des anciens de la Big Tech autour du projet de créer une technologie plus humaine.

Quel avenir en perspective ?

Heuresement, des personnes se battent pour créer une technologie plus humaine. Le Centre pour une technologie humaine est soutenu par des centaines d’employés de la Big Tech, dont Chris Hughes, un des co-fondateurs de Facebook, Evan Sharp, le cofondateur de Pinterest ou encore John Zimmer, président de Lyft. Ce centre tente de rassembler les technologues, les politiques et les citoyens, pour créer une technologie plus humaine, réellement au service de l’homme et qui soutiendrait notre bien-être.

Des entreprises essayent également de construire une technologie plus sûre. C’est le cas de Potential, entreprise basée à Berlin, qui devrait d’ici à quelques mois mettre à disposition une application permettant de mieux gérer son temps sur son smartphone. Pour leur communication, ils ont essayé d’imaginer à quoi pourrait ressembler un iOS humain.

Et voilà à quoi il pourrait ressembler :

Sur l’App Store, vous pourriez voir les entreprises qui utilisent vos faiblesses psychologiques. Vous pourriez désactiver les fonctions les plus chronophages comme l’autoplay, les fils d’actualité infinis (en les transformant en pages) ou encore recevoir vos notifications à un horaire précis. Vous pourriez aussi décider de déverrouiller Twitter après avoir marché 5000 pas. En bref, avec cet OS, vous auriez le choix.

L’équipe de Potential termine par un message non sans espoir à Apple :

Des changements pareils pourraient améliorer la vie de millions de personnes – les aider à être plus concentré, à mieux dormir, à être plus heureux, et à mener une vie avec plus de sens. C’est le moment de remettre les entreprises basées sur l’addiction à leur place. Vous pouvez le faire, peut-être mieux que n’importe quelle entité dans ce monde. Le ferez-vous ?

L’équipe de Potential

Evann Hislers

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Aux urnes citoyen.ne.s

L’action directe et l’infiltration des institutions pour raviver la gauche ?

Passé par l’ENS Paris-Saclay et l’EHESS, le philosophe et sociologue Geoffroy de Lagasnerie est professeur à l’École Nationale Supérieure d’Arts de Paris-Cergy (ENSAPC). Dans son dernier livre Sortir de notre impuissance politique, publié en août, il s’intéresse aux moyens de redonner de la force à la gauche qui ne cesse, selon lui, de stagner voire de régresser.

L’action directe

Geoffroy de Lagasnerie fait un constat : les formes de luttes traditionnelles de la gauche ne cessent de montrer leur inefficacité. Une des principales réflexions du livre est de penser en terme d’efficacité : manifs, pétitions, occupations, ces formes de mobilisation sont-elles réellement efficaces ? Pour l’auteur, non.

D’abord parce que toutes les mobilisations récentes de la gauche sont en réaction à des décisions, des projets étatiques, etc. La gauche se mobilise toujours contre quelque chose : manifestation contre la Loi Travail, manifestation contre la réforme des retraites… Le problème de manifester contre, par exemple, la loi Travail, implique le fait que c’était en quelque sorte mieux avant, et si l’on « gagne », on appelle cela une victoire. De Lagasnerie préfère parler d’une non-défaite, car on n’a ni progressé, ni régressé. Le mouvement LGBTI+ américain l’a bien compris dans les années 70, c’est lui qui a imposé à l’État, les militant.e.s n’ont pas attendu. La gauche a besoin d’imposer ses combats, et non d’attendre l’État pour le faire.

L’auteur fait aussi une différence entre s’exprimer et agir. Pour lui, manifester, pétitionner, c’est s’exprimer, et non pas agir. S’exprimer c’est afficher son mécontentement, souvent face à des actions gouvernementales, alors qu’agir c’est obliger l’État à s’exprimer sur le sujet (et non le contraire), c’est produire quelque chose. Selon lui, on doit privilégier les formes « agissantes et pro-actives » aux formes « expressives-réactives ».

En clair, il faut pratiquer l’action directe. On peut parler d’action directe quand un individu ou un groupe agit par lui-même, sans intermédiaire, afin d’exercer un rapport de force pour changer une situation. L’action directe peut prendre de nombreuses formes, de Lagasnerie en cite quelques-unes dans une interview donnée au média Alohanews : le navire de sauvetage de SOS Méditerranée qui a sauvé 30 000 personnes, l’agriculteur Cédric Herrou qui a aidé plus de 150 migrants à passer la frontière franco-italienne ou encore l’association antispéciste 269 Libération Animale qui sauvent des animaux des abattoirs. Toutes ces actions ont une signification, un impact médiatique et embrayent parfois une action politique.

Pour de Lagasnerie, la question de la légalité ou non de l’action ne se pose pas vraiment. Ce qui est illégal n’est pas forcément mauvais et ce qui est légal n’est pas forcément bon. De plus, si les femmes et hommes de pouvoir ont le droit de « s’affranchir de la Loi pour leurs propres objectifs, il n’y a aucune raison que nous ne puissions en faire de même ».

L’infiltration

L’auto-exclusion des institutions favorise la conservation du monde.

Geoffroy de Lagasnerie, Sortir de notre impuissance politique

Geoffroy de Lagasnerie explore dans son livre l’infiltration des institutions par la gauche comme une arme lente, mais extrêmement puissante. Au lieu de critiquer sans cesse les institutions et de s’en éloigner, ne faudrait-il pas mieux les infiltrer pour « conquérir les positions de pouvoir » et les changer de l’intérieur ? Le célèbre groupe de réflexion, la Société du Mont-Pèlerin, a fait un long travail d’infiltration et a répandu le néolibéralisme dans le monde entier grâce à ses membres qui étaient économistes, intellectuels ou journalistes. 

Les institutions ne doivent plus être laissées à la droite, la gauche doit les investir et les changer de l’intérieur, même la Police. De Lagasnerie rappelle l’infiltration de compagnies de CRS par le Parti Communiste, et la rébellion de deux compagnies marseillaises dirigées par d’anciens résistants lors des grandes grèves de 1947 en France.

Dans son livre, l’auteur réfléchit aussi sur la guérilla juridique, la conquête du pouvoir politique et la nécessité pour la gauche de se réinscrire dans le quotidien des Français.e.s, de retrouver « cette relation à la vie« .

Sortir de notre impuissance politique de Geoffroy de Lagasnerie, Éditions Fayard, 5 €.

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La répression envers les usager.e.s de drogues sert-elle à quelque chose ?

Début septembre, Gérald Darmanin a rendu visite aux Lillois.e.s pour annoncer l’accentuation de la répression envers les usager.e.s de drogues alors que les acteurs les côtoyant rejettent fermement cette politique.

Fraîchement débarqué à la Gare Lille-Flandres début septembre, Darmanin assiste à la verbalisation d’un consommateur de cannabis. La priorité selon lui, c’est la lutte contre les stupéfiants qui constitue « une grande mesure de santé publique », un « combat très fort contre le crime organisé et une lutte contre l’insécurité du quotidien« . Il ajoute : « En pénalisant les consommateurs, c’est l’objet de l’amende que nous avons mise en place depuis le 1er septembre, à la demande du Premier ministre.« 

De nombreuses organisations sont en désaccord avec cette nouvelle amende forfaitaire de 200 € pour usage de drogues. En particulier les associations de réduction des risques (RdR : « prévenir la transmission des infections, la mortalité par surdose et les dommages sociaux et psychologiques« ), qui côtoient chaque jour les personnes concernées. 

Avant les années 60, la consommation de drogue était plutôt limitée aux milieux artistiques et scientifiques, mais elle finit par se démocratiser et engendre la mise en place d’une réglementation internationale sur ce sujet.

La première sera la Convention unique sur les stupéfiants de 1961, celle-ci créera une liste de substances interdites afin de limiter leur production et leur vente. Une dizaine d’années plus tard, la Convention sur les substances psychotropes ajoutera d’autres substances synthétiques à la liste. Celle de 1988, la Convention de Vienne, ajoutera également de nouvelles substances et abordera les problèmes liés au trafic et à la production de drogue.

Malgré ces conventions et les efforts répressifs dans de nombreux pays, le monde sans drogue imaginé n’est pas possible. L’Assemblée extraordinaire des Nations unies en avril 2016 acte l’échec de cette politique du tout répressif. 

L’état perdant à tous les coups

Malgré l’échec du tout répressif au niveau sanitaire, on peut se demandant ce qu’il en est au niveau du rapport coût-efficacité. Et malheureusement, la France est perdante aussi. Le coût estimé de la répression est de 724 € par usager (alors qu’il n’est que de 80 € pour les dépenses sanitaires et préventives). Au total, c’est plus de 568 millions d’euros dépensés chaque année pour lutter contre le cannabis, dont 300 millions rien que pour les interpellations.

En dépit de ce lourd investissement d’argent public, la France est toujours le pays avec le plus haut taux d’expérimentation du cannabis en Europe : c’est plus de 41 % des personnes âgées de 15 à 64 ans qui ont déjà testés le cannabis au moins une fois dans leur vie. Ce taux est largement plus élevé que la moyenne européenne qui se situe aux alentours des 19 %. Il semble donc que les politiques répressives ne fonctionnent pas vraiment.

Si le problème n’était que le gaspillage d’argent public, on pourrait se dire : « un de plus, c’est pas grave » ! Mais derrière l’aspect économique, la répression accrue envers les usager.e.s de drogues (ou non) fragilise les rapports police-population.

Politique du chiffre et haine anti-flics

De septembre 2014 à août 2015, pour les infractions révélées par l’action des services de Police (contrairement aux infractions constatées comme les homicides, les cambriolages, les plaintes…), 121 794 concernent l’usage de stupéfiants sur les 229 741 qui constituent l’ensemble des infractions révélées. C’est-à-dire plus de 50 %.

Mais pourquoi la proportion des infractions à la législation sur les stupéfiants (ILS) représente une part non-négligeable des IRAS (Infractions révélées par l’action des services) ? Bénédicte Desforges, ancien flic, écrit sur son blog : « La police doit être en mesure de faire état de sa productivité. […] Au lieu de fabriquer la sécurité, la police fabrique des infractions et des délinquants ». De plus, les ILS « ont l’avantage de présenter un taux d’élucidation de 100 %« , elles gonflent donc le « chiffre global de la délinquance« .

Sous Sarkozy, les officiers et commissaires pouvaient même, sous réserve d’avoir atteints les objectifs, accéder à des primes entre 600 et 2421 € mensuels. Ils exerçaient donc une pression accrue sur les équipes de terrain. Aujourd’hui cette prime a disparue, mais les commissaires peuvent toucher une prime de performance. Début septembre, Darmanin a annoncé des exigences de “résultats quant à la mise en œuvre du dispositif des AFD”, ce qui déterre un peu plus la défunte politique du chiffre.

Dans un colloque de La France Insoumise, B. Desforges (également membre du collectif Police Contre la Prohibition, rassemblant des flics et gendarmes qui militent pour une réforme de la loi au niveau des stupéfiants), atteste que les flics contrôlent dans les cités en ayant pour prétexte les ILS. Ce type de contrôle se fait le plus souvent au faciès et dégrade encore plus les relations police-population dans les zones dites  »sensibles ». Les nombreux contrôles ne doivent sûrement pas participer à améliorer les relations entre les jeunes de cité et policiers.

Darmanin à côté de la plaque

Malgré tout cela, l’ancien maire de Tourcoing, Gérald Darmanin, imagine que pour la première fois en plus de soixante-dix ans, les politiques répressives envers les consommateurs vont afficher des résultats probants.

En donnant des amendes à proximité des lieux de deals, la police ne tue pas le trafic, elle le déplace. Si les usager.e.s ne peuvent plus venir aux points de deals, par peur de l’amende et de l’inscription au casier judiciaire, ce seront les points de deals qui se déplaceront. Il existe déjà des alternatives comme la livraison à domicile ou par voie postale. Si Darmanin ne veut pas que Uber Weed devienne la routine, il devra trouver des moyens répressifs plus sensés (si cela est possible), ou accepter que la répression n’est pas la solution.

Evann Hislers