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Enfants d'aujourd'hui, adultes de demain

Baby Madison : un symbole de la protection infantile

Mason Ewing est une personnalité internationale, capable à la fois de concevoir des scénarios cinématographiques de renom tout en lançant sa propre marque de vêtement. Non-voyant depuis qu’il est enfant, ses productions débordantes de créativité suscitent d’autant plus l’admiration. Durant un échange dans son appartement de Meaux – lieu de villégiature de nombreuses célébrités – c’est le Mason altruiste et militant que nous voyons transparaître. C’est le visage d’un homme – et avant tout d’un enfant touché par la maltraitance infantile – qui souhaite utiliser sa posture d’influence pour lutter contre ce fléau.

9 juin 2022, 14H. C’est dans son logement de Meaux – dans lequel tout a commencé pour lui – que je retrouve Mason ainsi que ses comédiens. Dans ce lieu resplendissent les objets qui constituent l’univers de Mason Ewing, comme les T-shirts de la Mason Ewing Corp – l’entreprise dont il est le PDG – ou encore mille et un objets qui apparaîtront dans ses prochains films. Puis, à peine sorti de sa précédente interview, Mason est très clair sur la nature de notre entretien : “je ne veux pas que l’on parle de moi, je veux toucher un public plus jeune et donc parler de la jeunesse”

La maltraitance infantile : un triste état des lieux

Si Mason est aussi sensible à la jeunesse, c’est parce qu’il souhaite défendre une cause plus universelle et pourtant cruciale : la maltraitance infantile. D’après un rapport récent de l’UNICEF datant de 2017 « Un visage familier : la violence dans la vie des enfants et des adolescents », trois quarts des enfants âgés de 2 à 4 ans à travers le monde sont victimes d’agressions psychologiques et/ou de punitions physiques au sein même de leur foyer, ce qui correspond à environ 300 millions d’enfants. Les violences sexuelles à l’adolescence touchent aussi de plus en plus de jeunes femmes : d’après ce même rapport, environ 15 millions d’adolescentes âgées de 15 à 19 ans auraient subi des rapports ou autres actes sexuels forcés au cours de leur vie. 

“Quand j’étais petit, mon oncle et ma tante me mettaient du piment dans les yeux (…) puis j’ai perdu la vue alors que je commençais à fuguer”.

Mason Ewing, PDG de la Mason Ewing Corp

La sensibilisation à cette problématique devient donc indispensable, car ces actes de maltraitance peuvent laisser de lourdes séquelles chez l’enfant, qui a un risque de reproduire ce même schéma de maltraitance à l’âge adulte. C’est dans cette voie que Mason a décidé de s’engager, en essayant de sensibiliser tous les enfants, dès leur plus jeune âge, à la bienveillance et à la non-violence. 

Baby Madison : égérie de la tolérance et de l’inclusion

Mason Ewing posant avec Claude Sabbah durant le Madison Day © Mason Ewing Corp – 16 Juin 2022

Baby Madison est un personnage fictif créé par Mason Ewing aux États-Unis en 2005. Ce nourrisson de 11 mois – mi-ange, mi-humain – est présent dans les nombreux visuels et produits dérivés de l’entreprise. Il s’adresse avant toute chose aux enfants. Mais Baby Madison n’est pas qu’un personnage de fiction pour Mason, celui d’un enfant à qui il arrive pléthore de mésaventures, à l’image de Dora L’exploratrice. Il est avant tout une figure universelle. Baby Madison, c’est Mason, mais c’est aussi chacun.e de nous !

« Ce bébé, il accompagne chaque enfant dans sa propre histoire et son propre développement »

Mason Ewing

La peau du bébé est métissée afin de représenter à la fois les personnes de couleur de peau noire et blanche ; ses yeux sont bleus à l’image des civilisations nord-européennes mais à la fois bridés pour que se sentent également concernées les personnes d’origine asiatique. Tous les critères pouvant susciter une discrimination et donc une exclusion sont pris en compte afin de rendre ce bébé perceptible par tou.te.s. Ainsi, au-delà de la couleur de peau, la physionomie du bébé a été réfléchie stratégiquement : « On ne voulait ni d’un bébé en surpoids ni d’un bébé trop maigre afin de ne pas entrer dans des polémiques de santé physique qui divisent plus qu’autre chose ». En bref, Baby Madison est une figure politique dans sa conception : il prône un message symbolique, celui du respect de tous les enfants, quelle que soit leur couleur de peau, leur situation familiale, leur appartenance religieuse, leur apparence physique…

Pour que le message soit efficace et le public correctement visé, Baby Madison multiplie ses apparitions, des comics strips aux jeux vidéos en passant par les dessins animés. Le bébé devient, en quelque sorte, un pilier de l’éducation de l’enfant. Mais, cette éducation dépend beaucoup des parents, et c’est pour cela que la holding souhaite étendre la figure du bébé à un public plus large que celui de la jeunesse.

« C’est un bébé qui doit être au cœur des pratiques culturelles des enfants ».

Mason Ewing

Les jeunes parents sont aussi concernés avec la sortie très récente du premier autocollant pour jeunes conducteur.trice.s : « Le bébé à bord est censé inciter à la bienveillance et la prudence des jeunes conducteur.trice.s et des autres usager.ère.s ». En visant la jeunesse, Mason souhaite donc aussi s’adresser à celleux qui sont censé.e.s la protéger et lui apporter les bases fondamentales à la construction de son identité et son avenir. 

La fiction : de nombreuses vertus

Si Mason s’adresse à la jeunesse, c’est aussi pour l’inciter à rêver. Pour Mason, rêver ce n’est donc pas seulement s’évader mais aussi mieux se connaître soi-même afin d’être pleinement épanoui. Rêver n’est donc pas seulement une activité d’enfant mais une habitude que nous devons tou.te.s prendre, car cela nous maintient dans une forme de sérénité nécessaire pour vivre en harmonie avec soi-même et son entourage. Pour clôturer, Mason repose les bases de sa lutte : « Un bébé ne ment pas, ne juge pas, il aime tout le monde ». 

« C’est important qu’un enfant puisse avoir accès à la fiction, puisse se référer à des symboles car cela lui permet de construire ses propres rêves, ses propres ambitions »

Mason Ewing

Pour le moment, c’est en tout cas un pari réussi pour Mason et son bébé ! Après s’être fait connaître auprès d’influenceur.euse.s lors du Madison Day le 16 juin dernier – un événement qui convie des personnalités à découvrir et soutenir la figure du bébé – Baby Madison prépare ses valises pour les USA où de nombreux projets l’attendent dès le mois de septembre. L’objectif du périple reste le même : continuer à se battre pour le bien-être des enfants !

Benjamin MOINDROT

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Aux urnes citoyen.ne.s Podcasts

[Critique] Ouistreham : entre précarité et réflexion sur le journalisme

Ouistreham est sorti en salle le 12 janvier 2022. Le film, réalisé par Emmanuelle Carrère, est une restranscription fidèle du livre de Florence Aubenas, Le Quai de Ouistreham, publié le 25 février 2010. Entre peinture poignante de la précarité chez les agent.e.s de nettoyage, et réflexions sous-jacentes sur le journalisme d’investigation et notre société inégalitaire, Emmanuelle Carrère ne pourra pas vous laisser indifférent à la sortie des salles obscures. Cette critique de Ouistreham est bien sûr à retrouver sur toutes nos plateformes d’écoute en continu, telles que Deezer ou Spotify.

Retranscription écrite du podcast

Jingle d’introduction : « Behind The Society : le podcast »

Chers auditeurs et chères auditrices, 

Oui, vous qui ne ratez aucun podcasts de Behind The Society, apprêtez-vous à sortir vos kleenex, car aujourd’hui, nous aborderons une problématique sociale et économique qui n’a rien de bien joyeuse, mais que Emmanuel Carrère, le réalisateur du film Ouistreham, a su retranscrire avec brio et réalisme sur le grand écran : la PRÉCARITÉ ! 

En effet, si vous avez déjà eu l’occasion de lire Le Quai de Ouistreham, un livre de Florence Aubenas, le film vous sera sûrement plus familier car il est une adaptation assez fidèle du livre de cette journaliste et écrivaine française, connue surtout pour avoir été pris en otage en Irak pendant 5 mois dans le cadre d’une mission de grand reporter de guerre. 

Pour tous et toutes les autres, ou même celles et ceux qui n’auraient jamais entendu parler de ce film, pas d’inquiétude, je vous propose de suite un petit synopsis. Ouistreham retrace l’histoire d’une écrivaine, Marianne Winckler, qui cherche à s’immiscer anonymement dans le quotidien d’agents et d’agentes de nettoyage afin d’écrire un livre sur le travail précaire. Après avoir déménagé près de Caen, elle se met alors à travailler, sans cesse ! Du nettoyage des sanitaires de camping aux chambres du ferry, elle prend alors conscience de la difficulté physique du métier mais aussi de la fragilité économique de ces travailleurs et travailleuses qui se tuent dans l’ombre pour satisfaire notre confort quotidien. Entre un travail méthodologique très subtil, croisant investigation journalistique et observation participante, Emmanuel Carrère parvient à décrire avec un réalisme poignant la précarité de ces personnes sans oublier leur réelle cohésion et dévotion pour un métier encore peu valorisé.

Première partie : précarité et solidarité font la paire chez la ménagère (transition)

Le premier élément qui choque n’importe quel spectateur ou spectatrice qui aurait vu le film, c’est le traitement de ces employés du précaire. Considéré.e.s comme de véritables marchandises, ces travailleurs et travailleuses subissent de plein fouet les problèmes structurels qui rythment notre marché du travail depuis des années : taux de chômage record qui stagne autour des 8 %, manque cruel d’offres d’emplois face à une demande accrue. Bref, cela contraint les recruteurs et recruteuses à instaurer une mise en concurrence perverse entre les candidats et candidates, où décrocher un poste chez Pôle Emploi devient aussi sélectif que d’entrer à HEC. Dans son livre, Florence Aubenas parle d’une technique de “profilage” consistant à éloigner les individus inactifs ou, dit plus brutalement, “le fond de la casserole”. Et, quel joyeux festin ! L’Etat met à profit toute cette “armée de réserve” qu’il a à sa disposition afin que les recettes lui rapportent toujours plus que cela ne lui coûte. Mais les joyeusetés de la déshumanisation s’accélèrent une fois en poste : les employé.e.s doivent consentir à “se rendre invisible” selon F. Aubenas. Marianne Winckler le comprend très vite lorsqu’elle ose se confronter verbalement aux inspectrices qui critiquent son nettoyage approximatif du bungalow. La position du patron est pire encore : commercial aguerri, il est très heureux de faire la promo de sa boîte à Marianne durant un salon de recrutement, mais on ne le verra plus jamais durant le reste du film si ce n’est pour aller réprimander ses salarié.e.s. . 

Dès le recrutement, la fragilité économique se transforme donc en fragilité psychologique des travailleurs et travailleuses, qui subissent des pressions constantes. Et pour cause : rater la formation initiale, c’est ne pas décrocher le certificat de formation, unique sésame ouvrant la porte des sanitaires du bungalow que Marianne Winckler aura par la suite le plaisir d’aller récurer de fond en comble. Ajoutez à cela la difficulté du travail aux heures atypiques, et la messe est dite ! Marianne sent progressivement les courbatures apparaître, mais aussi son rythme biologique se déphaser à mesure qu’elle se lève à cinq heures pour aller travailler. Chaque déplacement supplémentaire  en voiture est un effort insurmontable. 

Le temps, justement, est le grand ennemi des employés. Dans le film, la collègue de Marianne se plaint ainsi de cet écoulement infini du temps.  “Je n’ai pas l’habitude de faire ça […] je n’ai pas le temps de dormir » dit-elle avec lassitude alors que les deux femmes font une pause sur une plage normande. Mais, il est aussi habilement manipulé par les supérieurs hiérarchiques. “Comme seul le temps passé à bord [du ferry] est payé, on perd deux heures pour en gagner une”, déclare ainsi Florence Aubenas dans son livre. 

Alors, dans ces conditions, comment tenir, comment ne pas se pendre à la porte des sanitaires, mieux encore, comment ne pas se jeter du ferry ? Eh bien, la réponse se trouve dans la force du collectif : c’est en se serrant les coudes, en alimentant le seul lien social qu’on a le temps de tisser dans cette vie de folie que l’on peut se sauver de l’abandon ! 

Et comme dans tout groupe, il y a un chef ou une cheffe qui rend cette solidarité active. C’est la responsable de l’équipe sur le ferry qui va, par exemple, orchestrer le pot de départ d’une collègue, qui “pour un poste de vendeuse à la Brioche Dorée, ne pouvait pas refuser”. Derrière la difficulté de leur métier, on voit alors des femmes et des hommes rire ensemble mais aussi pleurer. Mais, cette solidarité peut aussi prendre la forme d’un lien inter-individuel. Marianne Winckler et sa collègue entretiennent ainsi une forte “solidarité féminine” et feront, telles des amies d’enfance, les “mille coups” ensemble.

Deuxième partie : Et si l’on parlait des coulisses ? (transition)

Mais, à présent, c’est l’heure de saluer le travail d’Emmanuel Carrère, qui n’a pas voulu créer un film qui allait faire du buzz, mais un film empruntant à la sociologie et au journalisme pour faire voir une réalité brutale, mais juste. 

D’abord, les plans, les décors mais aussi le jeu des personnages nous rapprochent presque d’un documentaire d’investigation. La ville de Caen y est très bien dépeinte, et les natifs et natives de la capitale normande pourront y reconnaître des lieux emblématiques, tels que que le port de Caen-Ouistreham où se trouve le ferry qui part pour l’Angleterre, la librairie où Marianne vend son livre, ou encore l’appartement situé dans une tour HLM de la banlieue caennaise où vit sa collègue de travail avec ses deux enfants. Premier constat face à tous ces lieux : ils sont la symbolique d’un “choc des milieux”. Marianne Winkler, alias Florence, passe de son petit confort parisien à la précarité reflétée par les lieux de vie des employé.e.s mais aussi les lieux qu’elle fréquente dans le cadre de ses missions professionnelles.

Mais, le film décrit aussi avec précision le travail et les qualités d’un journaliste “undercover”, dont l’identité ne sera jamais réellement révélée. On découvre alors un tout nouveau personnage dès l’entretien chez Pôle Emploi, l’idéal-type de tout recruteur, ou toute recruteuse en intérim : flexible, adaptable, sans attaches familiales, prêt ou prête à être exploité.e voire sous-payé.e. 

Mais la sociologie est aussi reine dans ce film : avant d’écrire son livre, Marianne Winckler utilise des méthodes proches de celles de l’observation participante pour accumuler du contenu efficacement. En immersion le matin, Marianne reporte ensuite des notes sur un petit calepin dès son retour, l’après-midi, dans son studio étudiant meublé.  Marianne ne cherche pas seulement à recueillir des informations auprès des travailleurs et travailleuses, elle cherche aussi elle-même à décrire le plus objectivement possible ce qu’elle ressent, à mettre des mots sur cette insécurité économique, cet épuisement physique et mental constant. 

Le génie d’Emmanuelle Carrère n’est pas tant dans sa capacité de nous dépeindre avec une justesse remarquable la réalité économique, il réside aussi dans toutes les séries d’interrogations qu’il laisse sous-entendre. 

D’une part, le réalisateur nous laisse perplexe sur l’efficacité du journalisme d’investigation. Lorsque Florence est repérée par des collègues de notoriété dans le ferry pour l’Angleterre, la relation qu’elle a, depuis le début de son immersion, entretenue avec ses deux autres collègues, part en lambeau. Tout ce mensonge déguisé, pilier de la stratégie d’infiltration, est alors dévoilé au grand jour, et ne peut que nous rendre interrogateurs et interrogatrices du journalisme d’investigation et de ses limites. Est-ce vraiment moral de prendre la place de chômeurs et chômeuses “jusqu’à décrocher un CDI” afin de répondre à un devoir de vérité ? À la fois, c’est sûrement une nécessité si l’on veut en retirer une certaine vérité, mais cela peut avoir des conséquences psychologiques dévastatrices sur les sujets concernés. 

Ensuite, le film dresse des parallèles avec des faits d’actualité plus que cruciaux ! Après tout, si sa collègue coupe les ponts avec Marianne, c’est peut-être parce qu’elle était journaliste, qu’elle au moins, avait réussi à élever son niveau de vie ? Emmanuel Carrère parvient avec brio à mettre sur le devant de la scène la question de la résurgence des inégalités économiques et sociales, rendant l’espoir d’un vivre-ensemble de plus en plus incertain. Non, l’amour et l’amitié ne semblent pas transcender des rapports de classes de plus en plus clivés. 

Transition musicale

En mot de la fin, je ne saurais mieux vous recommander que d’aller visionner Ouistreham d’Emmanuelle Carrère dans les salles obscures, diffusé depuis le 12 janvier 2022. Vous n’en ressortirez que mieux éclairés sur la complexité de notre monde, et de son système économique et social. Pour celles et ceux qui préfèrent lire à la bougie comme dans le bon vieux temps, il est aussi toujours possible de se procurer Le Quai de Ouistreham, un livre de Florence Aubenas, dans les bacs depuis le 25 février 2010. 

Jingle de fin

C’était Benjamin Moindrot pour la critique de Ouistreham, un contenu audio que vous pouvez retrouver comme habituellement sur toutes les plateformes d’écoute en continu (Deezer, Spotify…). 

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Ecoles fermées : retour sur la manifestation lilloise du 13 janvier

77500 manifestant.e.s dans la France entière, 1500 à Lille. Ce jeudi 13 janvier marque la seconde journée de grève historique dans le monde de l’éducation, après une première mobilisation massive en 2019, à peine l’épidémie de COVID-19 engagée. Pourquoi tant de personnes, provenant de tous les niveaux de la hiérarchie (inspecteur.ice.s, professeur.es, directeur.ice.s…) ont répondu à cet appel ? Comment expliquer ce mécontentement commun aux quatre coins de l’Hexagone et comment y répondre ? Behind The Society est allé à la rencontre du personnel enseignant afin de mieux comprendre leurs revendications.

Une manifestation historique

Sous le soleil hivernal de Lille, de nombreux.ses manifestant.e.s se sont réuni.e.s ce jeudi après-midi, place de Paris. Dans cette foule se distinguent les grands drapeaux rouges de la CGT (Confédération Générale du Travail), des banderoles FSU (Fédération Syndicale Unitaire), ou encore des gilets oranges portés par les syndiqué.e.s de la CFDT (Confédération Française Démocratique du Travail). Les syndicats enseignants sont nombreux, presque tous présents, et c’est bien la première fois. La mobilisation est inédite “avec plus de 75 % des enseignant.e.s du primaire en grève, et une école sur deux fermée à Paris”, d’après les syndicats. Dans toute la France, 77 500 personnes se sont rassemblées pour manifester contre la politique sanitaire du gouvernement. 

A Lille, près de 1 500 personnes étaient présentes. En plus des syndicats, professeurs.oresses d’écoles élémentaires, de collège et de lycée, tant du public que du privé, directeur.ice.s, infirmier.e.s, étudiant.e.s, et parents d’élèves sont venus, parfois accompagné.e.s de leurs enfants. A bout de bras, deux petites filles brandissent une pancarte sur laquelle on peut lire “On veut faire classe à notre aise avec Monsieur.P”. Elleux aussi sont touché.e.s de plein fouet par cette gestion « déplorable » de la crise, contraint à se tester plusieurs fois par semaine, à alterner entre période d’isolement et retour à l’école pour une durée toujours incertaine. Alors ce jeudi, peu de personnes ont manqué à l’appel : « Il y a même des inspecteur.trice.s dans la manif », indique le directeur d’un collège de la région. « C’est significatif, car d’habitude, la hiérarchie reste en dehors des manifestations ». Toutes les branches du métier sont présentes et cette mobilisation “historique” est le symbole d’un épuisement commun et d’une profonde colère contre le gouvernement et le ministre de l’éducation, Jean-Michel Blanquer.

« Pour nous, c’est la première manifestation ». Ces trois enseignantes en école élémentaire n’ont pas l’habitude des grands rassemblements, mais là « c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ». Pour ce professeur de mathématiques au lycée, c’est la même chose : « En 30 ans de carrière, je n’ai manifesté que deux fois ». Cet après-midi, iels n’ont pas hésité une seule seconde à venir défiler côte à côte pour dire leur “ras-le-bol” face à l’arrogance et au mépris du gouvernement.

Des professeur.e.s passionné.e.s mais peu armé.e.s

Depuis la rentrée de janvier, le protocole sanitaire mit en place dans les écoles a été modifié trois fois. Des changements pas toujours simples à suivre et à appliquer pour les enseignant.e.s, d’autant plus que la communication avec le gouvernement semble rompue. Les nouvelles règles sanitaires, iels les apprennent via les médias et les réseaux sociaux avant d’en prendre connaissance par la hiérarchie interne. « On ne reçoit rien dans nos boîtes mails » déplore la directrice d’une école élémentaire de Lille. Pour elle et pour bien d’autres, endosser cette double casquette de directrice et de « traceur covid » est épuisant, empiète sur leur vie privée, et donne le sentiment amer de ne plus se consacrer pleinement à leur métier.

“Tous les jours, il faut dénombrer les absent.e.s et être en capacité de les tracer (…) et à côté on me demande de continuer à enseigner dans de bonnes conditions (…) je réponds que c’est juste impossible”

Une enseignante lilloise

Travailler dans de telles conditions, c’est aussi faire l’expérience d’une forme d’abandon de la part du gouvernement. D’abord par le manque de moyens mis en place pour aider les écoles dans cette lutte contre l’épidémie : pas de masques fournis et pas d’aide pour les systèmes d’aération dans les classes. L’achat des capteurs de CO2 a été confié par Jean-Michel Blanquer aux collectivités territoriales. Ces capteurs, nécessaires pour lutter contre le virus, sont cependant bien trop chers pour beaucoup d’entre eux. Selon Maël Guiziou, conseiller départemental du Nord pour Europe Ecologie Les Verts et professeur : “l’achat de ces capteurs est bel et bien de la responsabilité du gouvernement et la donner  aux collectivités, c’est s’en dédouaner. »

L’abandon, c’est aussi envoyer seul.e.s les professeur.e.s au front. Depuis le début de la pandémie « on nous envoie travailler, mais personne ne nous rassure ou nous assure qu’on ne prend pas de risques » affirme François Philippe, professeur et parent d’élève. Le virus est partout et circule à une vitesse inédite, d’autant plus depuis l’apparition du variant Omicron. Les écoles sont des lieux de forte propagation, mais les fermer n’est à ce jour pas une option pour le gouvernement. Pour Stéphanie Maréchal, membre du syndicat CGT Educ-Action, “si les écoles ferment, l’économie ne peut plus tenir debout”. Le choix de garder les écoles ouvertes serait avant tout économique du côté du gouvernement. Mais cette envie est aussi celle de beaucoup d’enseignant.e.s. Professeur.e.s, élèves et parents se souviennent des difficultés entraînées par le confinement et le distanciel, des disparités et inégalités qu’a pu engendrer la fermeture des établissements scolaires. Selon François Philippe “notre boulot, c’est d’accueillir les enfants”. Encore faut-il que cet accueil puisse se faire dans de bonnes conditions…

« Si les écoles ferment, l’économie ne peut plus tenir debout »

Stéphanie Maréchal, membre du syndicat CGT Educ-Action
Tou.te.s négatif.ve.s au Covid mais positif.ve.s au mépris.
Les infirmières scolaires en mode « survie ».
Les protocoles incessants venants du virus Blanquer dénoncés.
Les manifestant.e.s sont écolos : recyclage des tests en pancarte.
Une attestation sur l’honneur criante de vérité.
A la tête du cortège, une multitude de syndicats côte à côte.

La COVID-19 : une simple « goutte d’eau »

Si la majorité des manifestant.e.s rassemblé.e.s dénotent une dégradation de leurs conditions d’enseignement depuis le début de la pandémie, iels tiennent aussi à préciser que cette crise n’est que l’expression d’un mécontentement plus profond, un “ras-le-bol” de longue date. Une professeure, en outre membre du FSU (Fédération Syndicale Unitaire), nous l’a bien fait comprendre : “Toutes les crises sont révélatrices de fissures internes, clairement antérieures à la pandémie”.

Le premier point qui ressort, c’est un sentiment : celui du mépris. Les syndicats ne font pas le poids dans les négociations face au Ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, comme nous le précise Stéphanie Maréchal, membre de CGT Educ-Action : “en général, c’est Blanquer qui envoyait directement deux ou trois délégué.e.s – toujours les mêmes – pour annoncer les mesures et pas vraiment en discuter (…) finalement, les syndicats n’ont jamais été vraiment invités à remettre en question les mesures prises à l’Elysée”. Pour d’autres protestant.e.s, ce mépris passe par des promesses non tenues, un sentiment de trahison avec, en ligne de mire, Jean-Michel Blanquer : “Pour moi, le souci ce n’est pas le gouvernement, c’est Blanquer !” déclare avec amertume un enseignant venu tout droit du Pas-De-Calais. Il dénonce également, à l’image du personnel soignant, le peu de reconnaissance accordé au corps professoral : “depuis le début de la crise en 2019, je n’ai obtenu qu’une prime de 150 euros (…) soit bien moins que ce qui était annoncé initialement par le Ministre”. 

Mais, ce “ras-le-bol” est avant tout systémique : manque d’investissements dans le matériel, pénurie d’enseignant.e.s.… . En somme, le gouvernement peine à intervenir pour redynamiser l’Education Nationale. A Roubaix, le manque de personnel.le.s a été largement relayé par la presse locale : France 3 Nord-Pas-De-Calais déclarait alors, en décembre dernier, qu’il manquerait “124 enseignant.e.s” pour assurer à bien les conditions d’apprentissage à Roubaix. Plus largement, le problème s’est aggravé avec la crise sanitaire : “certains professeurs sont malades, d’autres sont dépêchés à Roubaix pour remplacer au mieux ces postes vacants (…) cela laisse peu de temps pour la vie de famille” déclare Stéphanie Maréchal. Résultat des courses ? Les élèves sont les premières victimes, et la “rupture d’égalité” du confinement ne s’est pas atténuée lors du retour dans les classes. 

“Toutes les crises sont révélatrices de fissures internes, clairement antérieures à la pandémie”

Une enseignante du Nord-Pas-De-Calais, membre du FSU

Non à la gabegie, oui aux solutions !

Alors que l’Education Nationale semble être submergée par “la crise de trop”, il est encore temps d’agir selon certain.e.s manifestant.e.s. Se plaçant dans la peau du Ministre de l’Education durant quelques instants, certain.e.s ont évoqué la possibilité d’un “suivi plus individualisé” des élèves, une solution idéale pour pallier les contraintes sanitaires actuelles, mais qui exige naturellement “plus de moyens humains et financiers”. D’autres, quant à eux, désirent une simplification du protocole sanitaire et une diminution du nombre de tests, afin de remettre au centre des priorités le bien-être des élèves : “Avant, c’était simple : l’élève était positif, il restait 7 jours chez lui (…) à présent avec Omicron, recevoir sans cesse des goupillons dans le nez, je comprends que ce soit dur pour des enfants d’un si jeune âge”, déplore un directeur d’école membre du S2DE, nouveau syndicat uniquement composé de chef.fe.s d’établissements. Certains partis politiques présents, tels que La France Insoumise ou Europe Ecologie Les Verts, ont aussi pu prendre part aux négociations, en insistant sur l’enjeu crucial des prochaines présidentielles en matière d’éducation. En résonance avec la ligne de son parti politique, Mael Guiziou, conseiller départemental du Nord pour EELV, appelle ainsi à la démission de Jean-Michel Blanquer au profit de Yannick Jadot à la tête du parti. 

Pour autant, il semble que le fait de se rassembler en si grand nombre aux quatre coins de l’Hexagone ait suffit à interpeller le Ministre de l’Education, qui a de suite cherché à calmer le jeu. Après 3 heures de longues négociations avec les principaux syndicats enseignants ce jeudi 13 janvier, le Premier Ministre a déclaré avoir saisi “les tenants et les aboutissants” de ce mécontentement général. Au programme, le ministère prévoit donc un renforcement des effectifs d’enseignants, qui seront soutenus par “3300 contractuel.le.s” jusqu’à la fin de l’année, mais également la livraison rapide de 5 millions de masques FFP2 dans les classes de maternelle. En revanche, le protocole sanitaire actuel reste inchangé et les épreuves de spécialité en première et terminale de mars seront maintenues. Reste à savoir si ces mesures seront efficaces sur le long terme…

Article de Lou Ecalle & Benjamin Moindrot

Photoreportage de Loïs Hamard

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Phoque la pollution Podcasts

[Critique] Quand la Chine s’éveille verte…

Nathalie Bastianelli, autrice et spécialiste de la question du développement durable en Chine a publié son livre Quand la Chine s’éveille verte le 1er octobre 2021. Afin de nuancer et de déconstruire vos préjugés sur ce pays connu pour être le premier pollueur au monde, BTS vous invite à écouter ce podcast qui donne de l’espoir aux jeunes générations pour les jours à venir…

Ce podcast est bien sûr à retrouver, en format audio, sur l’ensemble de vos plateformes d’écoute habituelles : Spotify, Deezer, Apple Podcast et bien sûr, Google Podcast !

Intervenant.e.s :

Nathalie Bastianelli, autrice de Quand la Chine s’éveille verte

Retranscription écrite du podcast

Jingle d’introduction « Behind The Society : le podcast »

Musique de lancement

Benjamin, animateur : Bonjour à toutes et à tous, bienvenue dans ce podcast qui va, aujourd’hui, porter sur la situation écologique en Chine.

Clémentine, animatrice : Alors que le président de la Chine ne s’est pas rendu à Glasgow lors de la conférence mondiale sur le climat, nous avons appris qu’à Pékin, les habitants subissaient les effets de la pollution due aux émissions de gaz à effet de serre. Effectivement, la ville de Pékin a dû prendre la décision de fermer ses cours de récréation vendredi 5 novembre à cause du niveau beaucoup trop élevé de pollution atmosphérique de la ville. Début novembre, la capitale chinoise était recouverte d’un épais brouillard. Selon la météo nationale, la visibilité était réduite à 200 mètres par endroits. Un phénomène qui a une fois de plus touché tout le nord de la Chine.

Benjamin, animateur : Pour faire écho à ces actualités, nous nous sommes intéressés au livre de Nathalie Bastianelli s’intitulant “Quand la Chine s’éveille verte…” publié le 1er octobre 2021 à  l’édition de L’aube. De façon inédite, cette auteure témoigne de l’engagement des citoyens chinois pour la planète. Très inquiets pour leur santé et celle de leurs  enfants, des Chinois de la société civile se sont mis à  développer « une conscience verte » de plus en plus affirmée. Dans cet ouvrage, Nathalie Bastianelli raconte leurs parcours et les décisions politiques qui les accompagnent. Si la Chine verdit, cela impacte le mode de vie  de 1,4 milliard de personnes. Autrement dit, si elle réussit  sa mue écologique, les effets d’échelle seront tels que cela  donne un espoir nouveau pour l’avenir de notre planète.  Ce livre offre un point de vue inédit sur la contribution des Chinois à la relève du défi écologique mondial.

Clémentine, animatrice : Nous l’avons rencontrée lors de sa séance de dédicace au Garage, 34 boulevard Carnot à Lille le mardi 23 novembre et nous lui avons posé les questions suivantes afin d’en découvrir plus sur la naissance de l’écologie en Chine connu pour être le premier pollueur au monde.

Fin de la musique de lancement

Benjamin : Est-ce que vous pouvez vous présenter et nous expliquer comment vous avez eu l’idée d’écrire ce livre ?

Nathalie B. : Oui alors, comme je le raconte dans le livre, j’ai créé une ONG qui s’appelle « We Belong To Change » , et chaque année, j’organise un événement éponyme à Pékin ou Shanghaï qui invite des pionniers du monde entier, et de Chine pour moitié, à présenter leurs innovations, leur nouvelle vision du monde de demain, et on diffusait ça en direct sur les réseaux sociaux. L’idée, c’était de me dire « toutes les marques internationales regardent ce marché comme un marché prioritaire « (…) je me suis dit que si on arrive à sensibiliser les jeunes générations entre autres à consommer moins et mieux, vu le monde, ça peut avoir de l’impact. C’est comme ça que je me suis décidée à faire cet événement en Chine.

Benjamin : Vous abordez dans votre livre différentes jeunes figures qui luttent pour l’écologie et le changement des modes de consommation chinois. Nous avons notamment retenu le portrait assez marquant que vous faites de la “Greta Thunberg chinoise” : pouvez-vous nous présenter brièvement l’histoire de cette jeune fille et ses manières d’agir au nom de la planète ? 

Nathalie B. : Oui, alors, Howey vient d’une ville de province de Guilin, et elle a été très sensibilisée par l’action de Greta Thunberg. Elle a décidé de faire la même chose donc de faire la grève tous les vendredis, elle refusait de se scolariser et elle se mettait devant la mairie locale sauf qu’on est en Chine et c’est interdit de manifester, de faire une action comme ça qui va à l’encontre du gouvernement. Donc, elle n’a pas vraiment réussi à fédérer parce que voilà, ses amis ou d’autres personnes sensibilisées se disaient que ce n’était pas le meilleur moyen de faire avancer la cause. Mais, elle, elle n’a pas baissé les bras ! Au début, c’était très compliqué pour elle parce que ses parents étaient très inquiets voire voulaient lui interdire de continuer à manifester. Elle a pas lâché, donc elle a pas été rescolarisée et elle a commencé à voyager dans toute la Chine donc dans les grandes villes ou dans les régions inondées pour sensibiliser les paysans (…) à leur expliquer que voilà, une des raisons des inondations, même si elles ont toujours existé, mais l’accélération de ces inondations, c’était dû au réchauffement climatique. Donc, elle essaie de sensibiliser un maximum. Et, elle est soutenue par Greta Thunberg, d’ailleurs elles sont en contact et là elle était en Europe (…) à la COP26 pour essayer de participer à sa manière (…) de se reconnecter aux Occidentaux et apprendre d’eux pour avoir une action plus efficace dans son pays.

Benjamin : Comment le gouvernement chinois incite sa population, ou plutôt l’encourage, à participer à des actions écologiques ?

Nathalie B. : Alors, tout d’abord, ce projet pharaonique de reboiser tout le Nord de la Chine (…) pour lutter contre l’avancée du désert de Gobi, c’est d’abord une décision gouvernementale qui avait été prise par Den-Xiaoping en 1978, et qui va durer jusqu’à 2050. Autant vous dire que cette décision a été prise au plus niveau et que l’objectif est de planter des milliards d’arbres pour arriver à freiner l’avancée du désert. Mais c’est vrai que des ONG viennent régulièrement aider et que les fermiers qui, avant, avaient de l’élevage (…) bah avec le réchauffement et le désert qui a envahi le village, eh bien ils participent à replanter des arbres, et de temps en temps, il y a même l’armée chinoise qui vient donner un coup de main qui vient à coup de renfort pour accélérer le process. Il y a effectivement une application dont je parle dans mon livre qui a été lancée par le groupe financier du groupe Ali Baba, et qui apprend aux internautes à avoir une vie au quotidien moins carbonnée. Au fur et à mesure qu’ils y arrivent, eh bien ils gagnent des points et quand ils ont atteint autant de points, un arbre virtuel pousse, non seulement virtuellement, mais Ali Baba s’engage aussi à le planter dans le désert de Gobi. Cela a participé à planter des millions d’arbres. Et c’est de cette manière que les citoyens participent au reboisement de la Chine.

Clémentine : C’est intéressant, vous parlez justement de l’impact des réseaux sociaux sur les citoyens et leur manière d’agir. Et, dans votre livre, vous parlez aussi de ce phénomène, mais auprès des Milleniums, une population qui se situe dans une tranche d’âge allant de 15 à 34 ans, une génération qui a un bon niveau de vie et qui consomme de façon importante. Est-ce que cette génération, justement, présente des figures, des stars, qui sensibilisent les jeunes à la question environnementale ?

Nathalie B. : Il y a une ONG avec qui j’ai fait un partenariat effectivement, et qui est dirigée par Maid Mey, pour inciter les jeunes générations à proposer des initiatives. Elle en a fait un concours, et c’est parti viral parce qu’ils (ndlr les citoyens) se sont pris au jeu. Donc, l’idée c’est de montrer comment, dans leur quotidien, ils prennent des initiatives le plus efficacement possible, donc là il y a eu une émulation qui s’est créée. C’est une campagne qui a eu énormément de succès. Il y a un autre organisme, organisme de nutrition en Chine, qui a lancé toute une campagne média à la TV avec des célébrités pour appeler la population à manger moins de viande, et justement à consommer plus de légumes. Donc ce sont des chanteurs, des acteurs très connus qui ont lancé toute une campagne. Donc voilà, les ONG, pour arriver à être efficaces, s’appuient beaucoup sur les célébrités (…) les célébrités jouent très bien le jeu.

Clémentine : Sur le plan scolaire, est-ce que les programmes régis de ce fait par l’Etat sensibilisent également les jeunes à la question de l’urgence climatique ?

Nathalie B. : Depuis des années, ça a été intégré dans les programmes que ça aille de la primaire aux universités. Maintenant, toutes les écoles enseignent la protection de l’environnement, ça fait depuis quelques années que ça a été mis en place.

Clémence : Dans votre livre, vous parlez du tri sélectif et du gaspillage alimentaire sanctionné par le gouvernement chinois. Est-ce que c’est le cas dans tous les établissements, publics comme privés ?

Nathalie B. : Ah oui, vous savez quand une mesure est lancée en Chine, elle s’applique à tous les établissements. En Chine continentale, c’est vraiment quelque chose qui est demandé de manière assez importante depuis Pékin. Je ne sais pas dans quelle mesure c’est pris au sérieux ou pas, mais je pense que les Chinois sont assez désireux de participer à de telles campagnes car je pense qu’une partie comprend très bien que c’est important de lutter contre le gaspillage alimentaire. Aussi, sur le zéro déchet, les chinois se sont inspirés de ce qui avait été fait à San Fransisco. Ils ont pris 10 villes pilotes, et pendant des mois, ils ont fait des tests et puis maintenant, ils essaient de le développer au niveau de 150 villes, 250 villes, 350 villes pour atteindre à telle date l’ensemble des villes chinoises à se transformer en villes zéro déchets. Ils récupèrent aussi les déchets humides, qui sont chez nous le compost, pour en faire de la biomasse. Donc ça ce sont des choses qui se développent très très vite, et que l’on pourrait faire aussi en Europe mais que l’on ne voit pas apparaître, et ça je trouve que ça fait aussi partie des bonnes mesures qui sont prises et qui seraient utiles dans tous les pays.

Benjamin : Vous expliquez que, contrairement à la France, la population chinoise, de par l’autoritarisme du régime, est plus habituée à coopérer avec le régime plutôt que de lui faire face. Pour autant, depuis l’Airpocalypse, des formes de révolte, notamment chez les plus jeunes générations qui sentent leur avenir menacé, osent faire face au gouvernement chinois en les prenant comme responsables. Pensez-vous que la prise de conscience de l’urgence climatique de la part des citoyens chinois est liée à un régime moins autoritaire ?

Nathalie B. : Oui j’entends beaucoup cette remarque comme quoi du fait du régime autoritaire, la Chine va plus vite au niveau de l’environnement. On voit que quand on a une démocratie comme la France, on ne nous impose pas grand-chose concernant nos modes de vie, et donc ça ne bouge pas très vite. Est-ce qu’on doit pour autant avoir un régime moins autoritaire ? Non je pense qu’on doit simplement prendre conscience que ce modèle capitaliste a échoué et que l’on ne peut plus continuer à consommer autant, à proposer autant d’offres et qu’il faut aller vers une consommation un peu plus sobre. D’autant plus que cette consommation à outrance rend les gens malheureux et c’est ce qu’on réalise dans les pays occidentaux. Je ne pense pas qu’on ait besoin d’un régime plus autoritaire, après ça c’est mon point de vue personnel. Oui, son modèle politique fait que, lorsqu’elle prend des mesures, c’est appliqué assez rapidement, ça c’est sûr.

Benjamin : Au-delà de l’Airpocalypse, la COVID a aussi eu des impacts importants sur les manières de consommer et de concevoir le Bonheur. Pensez-vous que le confinement a servi également d’électrochoc à la population chinoise  ?

Nathalie B. : Comme en France en fait, il y a eu en Chine une réelle prise de conscience, et puis des réflexions. Alors, le confinement n’a pas duré longtemps en Chine : il n’a duré que deux mois, il n’a pas été remis en place sauf quand il y avait des cas dans certains endroits de Chine, mais en tout cas la Chine, dans sa globalité, n’a pas été reconfinée. Mais, je pense que ça s’est passé un peu partout dans le monde où les gens ont commencé à reposer la question du lien de l’Homme à la Nature, de l’impact de nos modes de consommation sur la biodiversité, sur le réchauffement climatique. Alors, vous, les jeunes, vous y êtes beaucoup plus sensibilisés, puisque vous êtes la première génération à avoir une épée Damoclès au-dessus de la tête. A votre âge, je n’ai pas connu ça, donc c’est vrai que je pense que ça a effectivement accéléré une prise de conscience, maintenant on espérait tous au sortir du confinement que cela aurait plus d’effets. Mais, moi, je trouve quand même qu’il y a vraiment des gens qui aspirent à changer leur mode de vie et qui le mettent en place concrètement. Je crois que ça a eu son effet et j’espère que ça va continuer à influencer, et je crois que ça a fait la même chose en Chine, oui.

Clémentine : Est-ce que vous pensez que l’on peut prendre en main la question de l’urgence climatique tout en restant focalisé sur la course aux profits comme c’est le cas en Chine aujourd’hui ?

Nathalie B. : Pour moi, c’est un total paradoxe dans tous les pays du monde que de continuer à parler de croissance, de ne pas lâcher un modèle qui abîme, et parallèlement à ça, d’aller vers un modèle beaucoup plus soft, vertueux. Alors, c’est vrai que l’énergie c’est un sujet très important. Mais voilà, le mode alimentaire on n’entend pas beaucoup les gouvernements appeler sa population à manger moins de viande. On voit bien que lorsque l’on essaie de mettre si ce n’est une journée par semaine en milieu scolaire sans viande en France, ça peut créer de la colère en milieu scolaire. Alors qu’en Chine, aller vers un régime moins carné, ça leur donne l’impression de faire attention à leur santé. Comme ils sont très touchés par les sources de pollution multidimensionnelles, ils essaient de faire attention.

Clémentine : Pour conclure, et d’après vous, quelle place peuvent jouer les nouvelles générations dans ce défi ?

Début musique de clôture

Nathalie B. : Bah, pour moi, c’est la clé ! C’est pour cela que j’essaye d’orienter mon forum sur les cibles des jeunes générations parce que c’est eux qui me donnent le plus d’espoir, chez qui je sens beaucoup plus de sensibilité et d’ouverture sur ces sujets par rapport à ces anciennes générations qui ont grandi avec une autre vision du monde. Donc, pour moi, que ce soit en Chine ou ailleurs, ce sont vraiment ces jeunes générations qui vont nous aider à réussir ce pari, espérons-le !

Fin musique de clôture