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Aux urnes citoyen.ne.s L'île de Lille

À Lille, ambiance festive dans le cortège du premier mai

À l’occasion de la fête du travail, jour commémoratif des luttes pour les droits des travailleurs et des travailleuses, plus de 2000 personnes se sont retrouvé.es ce matin à porte des postes, bravant l’absence de transports en commun. Le cortège rassemblant syndicats, partis politiques et travailleureuses a ensuite prit le chemin de Wazemmes accompagné tout en musique, discours et slogan.

C’était le rendez-vous incontournable de l’après-présidentielle, les Lillois.es sont très clair.es : la lutte continue. Pour l’Union Populaire, la manifestation prend la couleur du « troisième tour » tant attendu : les élections législatives qui auront lieu en juin prochain. « Puisque en plus ça rime, mettons Mélenchon à Matignon » scande Ugo Bernalicis, député LFI du Nord. À ses côtés, Adrien Quatennens avec qui il a mené la manifestation de l’Union Populaire. Les deux députés n’ont pas manqué d’exprimer leur désaccord avec le président fraîchement réélu, Emmanuel Macron.

Pour nous, la retraite, c’est toujours à 60 ans !

Adrien Quatennens, député France Insoumise de la première circonscription du Nord.
Adrien Quatennens ©Alice Gosselin

L’âge du départ à la retraite reste la principale revendication clamée par les manifestant.es, au même titre que l’augmentation des salaires.

La manifestation s’est déroulée à grand renfort de slogans, mais toujours dans le calme. En s’y promenant un peu, on croise toutes les générations, celleux qui sont déjà à la retraite n’hésitent pas à descendre dans la rue pour soutenir la jeunesse, qui elle aussi a largement mobilisé grâce aux syndicats étudiants comme la FSE et l’UNEF et les partis politiques, le NPA et la JC. Enfants, parents et manifestant.es ont aussi pu profiter de l’Internationale reprise par la fanfare « La brigade des tubes ».

La brigade des tubes ©Anaëlle Charlier

La manifestation s’est finalement dispersée dans le calme à Wazemmes. Contrairement à sa cousine parisienne, elle n’a pas été perturbée par l’intervention de casseurs ni d’altercation avec la police.

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Phoque la pollution

L’Inévitable Rébellion : réponse d’Extinction Rébellion face à l’inaction sociale et climatique.

« Quand voter ne suffit plus, la rébellion est inévitable. » Le slogan, relayé par le compte Instagram du mouvement a attiré 1500 rebel.les de toute la France le 16 avril pour planter un camp au pied de l’arche de Saint-Denis, en plein cœur de la capitale. Pendant trois jours, les militants se sont approprié la rue en autogestion, se laissant rêver à un autre monde.

Besoin de renforts à Sucre ! Conférence à Farine dans 15 minutes ! N’hésitez pas à aller ravitailler Miel ! Au pied de l’arc de triomphe Saint-Denis, les militant.es fourmillent d’un point de blocage à l’autre : sucre, farine, miel et cannelle. Chacun possède ses instruments de blocage, qui ont permis d’isoler la zone. Les bras enfilés dans des tubes bétonnés à des poubelles colorées, les bloqueureuses en premières ligne forment des « marguerites. » Derrière, certain.es militant.es sont accroché.es à des pianos, les grimpeureuses perché.es sur des infrastructures en hauteur. Les rôles ne manquent pas pour qui veut se rendre utile. Juste à côté se trouvent les médiateurices et les contacts police, chargé.es de dialoguer avec les passant.es et les autorités. Au milieu, les méditantes : assis.es sur l’asphalte, iels méditent face à face avec les CRS. Puis viennent les anges-gardien, qui ravitaillent les bloqueureuses, et les équipes techniques qui installent le coin cuisine, les toilettes sèches et descendent le reste du matériel.

Le « beacon » est une structure « d’artivisme », une méthode de blocage qui fait la fierté de XR. ©Anaëlle Charlier

Une opération bien huilée

Tout s’est passé très vite : rendez-vous à 7h50, déploiement à 9h, on bloque, on tient l’occupation autant qu’on peut. On guette la police, on se tient prêt à résister. Beaucoup en sont conscient.es : ce qu’iels font là, c’est de la désobéissance civile. Iels risquent une amende et l’emprisonnement. Pourtant, au cœur de l’action, l’ambiance est sereine, presque festive : « Il y a peu de risques qu’iels viennent nous déloger, on est pacifistes, les gens sont avec nous et on a la force du groupe pour se donner du courage », confie une militante venue de Bordeaux spécialement pour l’Inévitable Rébellion. C’est ainsi que le mouvement Extinction Rébellion, mondialement connu pour ses actions de désobéissance civile a baptisé cet évènement. L’objectif : alarmer la population et les gouvernements sur l’urgence climatique et sociale.

« Il nous reste 3 ans, c’est un fait, moi je veux pouvoir dire à mes enfants que quand il fallait agir, je suis allé manifester, j’ai changé de métier et je suis devenu aussi écolo que j’ai pu. »

Militant d’XR, père de famille

Les motivations des rebel.les présent.es sont multiples : « il nous reste 3 ans, c’est un fait, moi je veux pouvoir dire à mes enfants que quand il fallait agir, je suis allé manifester, j’ai changé de métier et je suis devenu aussi écolo que j’ai pu » affirme un père de famille. Pour d’autres, se rassembler prouve que l’on est pas tout.e seul.e pour faire face à ce qui semble insurmontable. « La majorité des inscriptions, elles sont arrivées après le résultat du premier tour » explique Isa, responsable de la cuisine « on s’attendait à 600 personnes, finalement on est le double, ça va être plus compliqué à nourrir mais ça fait plaisir d’être là, de lutter toustes ensembles. » Pour nourrir tous ses rebel.les, l’équipe cuisine peut aussi compter sur les dons.

Une vie paisible, en autogestion

Sur le lieu de l’action, tout est prévu pour mener une vie sereine : les street-médics veillent à la bonne santé de toustes, les bulles régénératrice et dodo sont à disposition de qui a besoin de souffler et la cuisine est au petit soin avec des repas copieux et fait maison. Petit plus pour les parents : un espace « enfants » a été installé au cœur de l’occupation, choyant la relève avec des activités manuelles. Une borne à incendie a été tapissée de verdure par leurs soins et arbore désormais fièrement le sigle sablier et l’acronyme « XR » (Extinction Rébellion). Ailleurs, des militant.es flânent, d’autres lisent dans des hamacs, certain.es dessinent, par endroit on tracte, plus loin on colle, on tag. Des tags tous effaçables, car le mouvement prohibe toute forme de détérioration forte.

Les « red rebels » sont une autre forme « d’artivisme ». Iels défilent dans le camp avec lenteur chaque soir. ©Anaëlle Charlier

Certain.es, plus échaudé.es s’organisent pour bloquer le Mac do et le KFC de la rue. Le but : faire fermer les enseignes. Pour décider d’une telle action, il a fallu en discuter lors de l’Assemblée Populaire qui se réunit tous les matins. Chacun.e est invité.e à s’y exprimer et à donner son avis. Finalement, il y a « prise de température » pour trancher. Mains en l’air si on est d’accord, au milieu ou en bas si c’est moyennement ou pas du tout et on croise les bras si c’est une opposition ferme. Chez XR, c’est le consensus de groupe qui prime. « Nous ce qu’on réclame, c’est un système qui redonne le pouvoir au peuple, avec des assemblées populaires plus localisé.es. Un système qui agit pour le climat et pour les droits sociaux. » explique Neptune, sous couverture de son pseudo. Regard complice avec sa voisine, les deux rigolent et ajoutent « on sait jamais si on donne notre vrai prénom ou pas, mais bon j’imagine que maintenant que tout est lancé, c’est tranquille. » En effet, les moyens policiers déployés autour de l’occupation ont disparu dès le samedi après-midi, laissant prospérer la bulle d’autogestion installée en plein Paris.

Anaëlle Charlier

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Aux urnes citoyen.ne.s

Penser la démocratie : pouvons-nous interdire les sondages électoraux ?

À cinq jours des présidentielles, toujours sans alliance à gauche, ses électeurices se déchirent. Tantôt séduit.e.s à l’idée de soutenir le ou la candidat.e le plus en adéquation avec leurs opinions, tantôt par la possibilité de retrouver un gouvernement de gauche avec la candidature de Jean-Luc Mélenchon, vu comme le seul candidat capable de peser démocratiquement. Posture qu’il doit en partie aux sondages d’opinion qui le placent en troisième position, juste derrière la candidate d’extrême-droite Marine le Pen. Ironiquement, cette place provoque une mobilisation, avec le hashtag #CeSeraMélenchon, encourageant les électeurices à « forcer » le rassemblement des voix derrière le candidat, qui monte drastiquement dans les sondages (+4% en 15j selon l’IFOP). Cette portée des sondages soulève plusieurs questions : les sondages d’opinion influencent-ils les votes des Français ? Leur interdiction est-elle envisageable ?

Voter en son âme et conscience ?

Si les classements annoncés par les sondages d’opinion se sont jusqu’ici souvent vérifiés, comme en 2017, il faut garder en tête que leur vocation n’est pas de prédire le résultat des élections, mais bien de donner une idée de la répartition politique des français.es. De plus, pour éviter une possible influence ou perturbation à l’approche du scrutin la France interdit, depuis 2002, leur diffusion la veille et le jour-même de l’élection.

L’exemple de J-L Mélenchon est significatif : les sondages peuvent encourager les partisan.e.s d’un.e candidat.e ou d’une branche politique à se mobiliser pour leur candidat.e si iel est en retard, ou si les intentions de votes semblent redonner espoir. D’un autre côté, les partisan.e.s d’un.e candidat.e avec beaucoup d’avance pourraient se reposer sur leurs lauriers, celleux dont le ou la candidat.e subit un retard irrattrapable pourraient être découragés de voter, ou changer leur vote pour un.e candidat.e ayant plus de chance d’être élu.e afin de ne pas voter « inutilement. » Il est indéniable que l’intention de vote mesurée par les sondages est une information prise en compte par les électeurices avant de déposer leur bulletin dans l’urne.

Les citoyen.ne.s subiraient la pression du « vote utile » : soit l’action de voter pour un ou une candidat.e susceptible d’être élu.e, à défaut de voter pour un petit parti parfois plus en adéquation avec leurs idées. En effet, ce choix reviendrait à « gâcher sa voix », car en aucun cas cela ne pourrait faire basculer l’issue du vote. Une dynamique de vote insufflée par les résultats des sondages : ce serait le plus lourd argument pour leur interdiction.

Le mythe du vote utile

La grande oubliée des sondages de cette présidentielle, c’est l’abstention qui l’emporterait à plus de 30%, devant Emmanuel Macron. Abstention apportée par la lassitude des français.e.s, le désintérêt généré par des élections qui « de toute façon n’y changeront rien. »  Abstention nourrie par l’impression de voter inutilement car les petits partis « n’ont aucune chance. » Abstention confortée par les sondages, qui annoncent une élection « déjà jouée d’avance. » Face à l’abstention, une solution semble toute trouvée : si les sondages étouffent les opinions et l’intérêt des gens pour les élections, alors il suffit de les supprimer.

Pour cause, la suppression des sondages ferait s’envoler l’injonction au « vote utile », puisque personne ne saurait quel.le candidat.e se rapproche le plus de l’Elysée. Une dynamique susceptible de redonner espoir à nombre d’abstentionnistes qui pourraient voter pour un « petit » parti sans se soucier de l’impact de leur voix. La suppression des sondages électoraux entraînerait aussi celle du pessimisme ambiant, impossible d’affirmer que tout est joué d’avance, puisque personne n’en saurait rien. Le temps consacré aux spéculations sur le résultat des élections pourrait être redistribué dans la présentation des programmes, dans les débats : un vrai gain pour la démocratie.

Crédit : Flickr, https://flic.kr/p/Ud5cmC

Les avantages semblent alléchants, mais les contre-arguments ne manquent pas. Si la campagne se joue à l’aveugle, impossible de mettre en place le fameux « cordon sanitaire » et de faire barrage à l’extrême droite tant redoutée par la démocratie serait en tête si cette dernière gagne en popularité. Si le vote stratégique disparaissait, ce ne serait pas le cas des rumeurs ou autres fuites de sondages internes, voire illégaux qui pourraient être utilisés par les partis pour en tirer avantage. Le gros risque, si l’on interdit les sondages, serait de les voir réalisés et publiés par des institutions peu fiables, ou dans le meilleur des cas, des pays frontaliers. auquel cas la loi serait vaine. Dans les faits, interdire la diffusion des sondages pourrait se révéler peu efficace.

Légalement, cette interdiction serait aussi difficilement applicable, car même si le statut juridique défini par la loi de 2016 des sondages est flou, ces derniers restent considérés comme de l’information. Les interdire poserait problème vis-à-vis de la liberté d’expression. Difficile alors de décider de la marche à suivre. Devrions-nous allonger encore le temps d’interdiction de publication des sondages, au risque de perdre de l’information ? Ou au contraire, les encourager en insistant sur la transparence de leurs processus de fabrication ? Comment redonner confiance en notre système électoral, pour que les sondages n’aient plus l’air d’annoncer que tout est joué d’avance ?

Anaëlle Charlier

*Rolling à retrouver : Présidentielle 2022 – IFOP

Présidentielle : quelles règles pour les sondages d’opinion ? | Vie publique.fr (vie-publique.fr)

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Féministes tant qu'il le faudra

Feminism is for everybody: homage à bell hooks

Autrice, professeur et activiste bell hooks était devenue l’icône de l’intersectionnalité*. Ses travaux ont énormément contribué au féminisme, à la lutte contre le racisme et la lutte des classes. Elle nous a quitté.e.s. à seulement 69 ans ce 15 décembre. Sa disparition attriste celleux qui la connaissaient, mais bell hooks laisse derrière elle un héritage sans pareil et pour cela, nous ne pouvons que lui dire merci.

bell hooks en 2009, Wikipédia

Une intellectuelle engagée

Un nom de plume tiré de sa grand-mère, dénué de majuscules. Ne prêtez pas attention à comment je m’appelle, qui je suis et d’où je viens : écoutez plutôt ce que j’ai à vous dire. bell hooks a grandi dans une famille afro-américaine modeste, entourée de six frères et sœurs. Son père est concierge, et sa mère femme au foyer. Selon les mœurs de l’époque, c’est aussi le destin qui lui est réservé. Mais très tôt, elle le refuse, se crée une nouvelle identité et poursuit son cursus scolaire. Elle devient professeure d’anglais et maîtresse de conférences à l’Université de Californie du Sud.

Elle occupe par la suite les postes de professeure d’études africaines et afro-américaines, et d’anglais à l’université de Yale, maîtresse assistante d’études féminines et de littérature américaine à Oberlin dans l’Ohio et se fait remarquer avec un discours de remise des diplômes lors de son passage à la Southwestern University en 2002. Elle y parle d’oppressions, de violences, cautionnées par le gouvernement et réprimande les élèves qui y participe. Un discours largement hué, même si une partie des élèves lui ont témoigné leur soutien.

Autrice de textes fondateurs de la pensée afro-féministe

Son enfance de femme racisée pauvre est une source de son inspiration et de ses réflexions : à l’école elle connaît la ségrégation raciale, puis l’intégration dans un établissement où tout le monde -ou presque- est blanc. Elle est l’autrice de près d’une trentaine d’ouvrages, dont Ain-t I a Woman ? Black Women and Feminism en 1981, qui est l’un de ses plus renommés. Elle y aborde le sexisme, mais surtout la condition des femmes noires. Elle y porte la voix des femmes noires maltraitées par les médias, l’éducation et la suprématie blanche. Elle y dénonce le capitalisme, le patriarcat et le racisme, elle y croise les luttes et se fait ainsi précurseuse de l’intersectionnalité.

Son deuxième essai s’intitule Feminist Theory : From Margin to Center. Il est publié en 1984. Un essai considéré lui aussi, et à juste titre, comme fondateur de la pensée afro-féministe. Il aborde plus précisément la marginalisation, l’invisibilisation des femmes noires dans la société américaine, des femmes qui sont aussi totalement exclues des grandes théories féministes déjà existantes. Elle s’efforce d’y expliquer l’incapacité du féminisme de s’adresser à toutes les femmes, et y dénonce l’ethnocentrisme blanc et bourgeois.

« Nous devons constamment critiquer la culture patriarcale impérialiste suprématiste blanche, car elle est normalisée par les médias de masse et rendue non problématique »

bell hooks

Une pensée qui a marqué les esprits

bell hooks, c’est un nouveau féminisme, un féminisme racisé, populaire qui veut parler à toustes. Un féminisme qui parle aussi d’amour, avec des romans de jeunesse mettant la communauté à l’honneur, communauté capable selon elle de dépasser la race, la classe et le genre. Pour son travail, bell hooks a reçu bon nombre de récompenses et de nominations, parmi lesquelles The American Book Awards en 1991 et le prix de l’écrivain du Lila Wallace Readr’s Digest Fund en 1994.

bell hooks, c’est l’icône féministe d’une génération, un vrai modèle militant. La pensée militante ne serait pas la même sans son travail, le féminisme, les luttes raciale et ouvrière lui doivent beaucoup. Elle a changé des milliers de vies, a incontestablement marqué la mienne. Merci.

*intersectionnalité : notion sociologique et politique pour désigner une personne victime de plusieurs discriminations, dominations et/ou stratifications dans la société.

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L'île de Lille Out of the closet

[Photoreportage] Transgender Day of Remembrance [20/11/2021]

Le 20 novembre de chaque année nous rappelle que les personnes transgenres ne sont pas en sécurité dans notre société. Le Transgender Day of Remembrance (la journée du souvenir transgenre en français) commémore tous les ans, dans le monde entier, les personnes transgenres qui ne sont plus de ce monde à cause de la transphobie. Suicide, assassinat, viol, les personnes transgenres sont constamment agressées par & dans notre société transphobe. C’est la transphobie d’Etat qui tuent chaque année toujours plus de personnes transgenres. C’est la transphobie médicale qui pèsent dans la mort de nos adelphes. En cette année la plus meurtrière, environ 200 personnes se sont retrouvé.e.s Place de la république (Lille) pour commémorer le décès des 375 adelphes dont nous déplorons le suicide ou l’assassinat en cette année 2021.

En hommage à nos mort.e.s, l’Etat a fermé les yeux.

Prise de parole faite pendant le rassemblement.

Anaëlle Charlier a photographié pour vous ce moment intime, poignant et bouleversant. Ces quelques photos illustrent un hommage, mais aussi le point de départ d’une lutte pour nos adelphes trans qui ne fait que commencer.

Texte de Loïs Hamard & Evann Hislers

Photos de Anaëlle Charlier

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Ani’maux

Antispécisme, véganisme, associations et parti politique : comment s’organise le mouvement de libération animale en 2021 ?

Les animaux ont, dans la société actuelle, un statut d’objet, de ressource à utiliser. Ils se retrouvent matière première de notre alimentation, de nos cosmétiques, de notre garde-robe et de nos loisirs. L’exploitation dont ils sont victimes peut paraître justifiée, voire nécessaire pour certain.e.s. Pour d’autres, cette condition est inacceptable et se doit d’être changée : cette pensée est le point de départ du mouvement de libération animale.

Photo par Riponne-Lausanne, Flickr.

Antispécisme késako ?

Petite histoire de la pensée animaliste

Le terme spécisme est apparu pour la première fois en 1970 dans une opération de tractage contre l’expérimentation animale en laboratoire par le groupe d’Oxford. Peter Singer est penseur et philosophe utilitariste, il reprend et précise ce terme. C’est lors d’un débat face à un ami végétarien qu’il fut confronté au problème de limiter l’égalité entre les membres de l’espèce humaine. Sans réponse sur le moment, il entame par la suite une réflexion qui le pousse à devenir végétarien. Puis, en 1973, il publie « Animal Liberation », où il expose les bases théoriques et modernes du mouvement animaliste. Parmi les précurseurs et penseurs principaux ayant contribué à la popularisation de l’antispécisme, on trouve aussi Tom Reagan, auteur de « The case for Animal Rights », ouvrage dans lequel il développe, les principales revendications de l’émancipation animale et qui a servi de base au militantisme animal.

L’antispécisme en réponse au spécisme

Savoir comment est né le spécisme, c’est bien, comprendre ce que cela représente, c’est mieux. Le spécisme, c’est tout un schéma de pensée et d’arguments ayant pour but de justifier l’exploitation animale telle que nous la connaissons aujourd’hui. C’est l’utilisation de procédés qui ne seraient jamais tolérés s’ils étaient appliqués à l’être humain.

Par exemple, on trouve normal que des animaux soient mis au monde dans le but d’être engraissés, abattus puis mangés, cela est même utilisé comme argument : « ils sont nés pour être mangés ». La souffrance des animaux est minimisée, quel militant ne s’est jamais retrouvé face au fameux : « les animaux sont abattus avec respect » ?

En quelques mots, la pensée spéciste instaure un classement de valeur entre les espèces, plaçant l’être humain au sommet, et les autres espèces animales selon l’utilité que l’humanité leur trouve. Souvent, on aime les juger en fonction de leur intelligence (évidemment comparée à la nôtre). Ce raisonnement s’efforce de démontrer l’illégitimité des animaux à accéder à des droits fondamentaux semblables à ceux que nous possédons. Pire, leur existence est conditionnée par l’utilité que nous en tirons : « tu penses vraiment qu’il y aura encore des vaches si on arrête de les élever ? » est un autre exemple d’argument en faveur de cette exploitation de masse. Il est à noter que ces paliers de considération varient aussi entre les espèces animales, les espèces domestiques comme les chiens ou les chats faisant l’objet de plus de considération que les animaux d’élevage, cochons, poules ou vaches.

En philosophie morale, domaine de Peter Singer et de Tom Reagan le spécisme est une problématique relevant de l’éthique, que Peter Singer définit comme « la discrimination arbitraire, injustifiable et de ce fait injuste, opérée sur le critère de l’espèce de l’individu ».

Par définition, le mouvement qui s’oppose à cette exploitation systémique se nomme l’antispécisme.

« La thèse antispéciste est celle-ci : les intérêts égaux sont égaux. L’égalité qu’elle défend, c’est l’affirmation selon laquelle lorsque deux êtres sont porteurs d’intérêts de même grandeur, de même importance, alors les dits intérêts sont aussi importants l’un que l’autre, aussi grands, indépendamment de toute autre caractéristique possédée par ces êtres, de leur couleur de peau comme de leur intelligence»

– David Olivier, Les Cahiers antispécistes, numéro 0, septembre 1991

Le mouvement de libération animale comporte des courants plus ou moins radicaux dont les plus connus sont le welfarisme et l’abolitionnisme (ce dernier étant relatif au droit des animaux, à bien différencier de l’abolitionnisme concernant l’esclavage). Le plus populaire auprès des Français.e.s, le welfarisme (welfare = bien être) porte son intérêt au bien être des animaux, cherchant plus à améliorer leur condition d’exploitation que d’y mettre fin. Bien qu’il s’inscrive dans la lutte pour les droits des animaux, le welfarisme est considéré comme spéciste. En effet ce courant de pensée ne remet pas en cause le système actuel et l’exploitation animale, n’evisage pas de l’abolir mais seulement à revaloriser le bien-être des animaux.

L’abolitionnisme est une autre branche du mouvement animal, dont Gary L. Francione est l’inventeur dans la fin des années 90, c’est un concept qu’il définit à travers un livre nommé « Rain Without Thunder » en 1996. L’abolitionnisme est considéré comme plus radical que le welfarisme car il s’oppose totalement à l’exploitation animale : ce mouvement milite pour son interdiction pure et simple. Allant au-delà de l’amélioration du bien-être, les abolitionnistes réclament une véritable considération pour la vie et les droits des animaux. On distingue aussi les abolitionisme réformistes, qui acceptent de passer par une période de transition, avec des avancées progressives, des abolitionistes fondamentaux, qui sont déterminés à mettre fin à l’exploitation dès aujourd’hui.

Photo par Olivier Gollain, Flickr.

Militer pour les animaux ?

Une prise de conscience individuelle

En prenant conscience des injustices, rare sont celles et ceux qui se contentent de constater. La prise de conscience conduit forcément à une remise en question de ses propres pratiques, puis de celles du système entier. La première étape est bien souvent de changer son régime alimentaire, en devenant pesco-végétarien (suppression de la viande), végétarien (ni viande ni poisson), végétalien (pas de viande, de poisson, d’œufs de lait ni de miel) ou encore végan (pas de produits d’origine animale dans le quotidien, que ce soit nourriture, vêtements, cosmétiques…). En France, on recense en moyenne 5% de végétariens : mais ces dernières années, l’offre ainsi que la vente de produits végétariens et végan ont bondi, avec +24% de ventes en 2018 (Le Figaro). Ces données montrent que le régime flexitarien est de plus en plus populaire, en effet 20% des Français tentent de réduire leur consommation de viande au quotidien. Ces régimes sont largement répandus chez les jeunes, on estime qu’environ 25% des végétariens, végétaliens et végans ont entre 18 et 34 ans (selon une enquête de CREDOC pour FranceAgriMer et l’OCHA).

Des associations, se regrouper

Avant concentrée sur les animaux de compagnie, ce qui était par ailleurs spéciste, la libération animale s’élargie à toutes les violences, contre tous les animaux. Évidemment le but n’est pas d’établir la valeur de la vie animale comme équivalente à celle d’un humain, mais de s’attaquer directement au principe de valeur de la vie, le but de l’antispécisme étant de faire reconnaître les droits des êtres scient comme nécessaires. L’antispécisme considère que les êtres scient sont légitimes de posséder et de vivre leur vie en pleine liberté. Depuis la fin du 20e siècle on assiste à la création d’une foule d’associations antispécistes, avec un spectre de radicalité très large allant de la plus welfariste à la plus abolitionniste. Parmi les plus célèbres, on compte la ligue française des droits de l’animal, l’association L214 (, 269 life (2015) ou encore Vegan Impact.    

L’association L214, en référence à l’article du code rural traitant du caractère sensible des animaux est nationalement connue pour ses actions chocs visant à combattre l’élevage intensif. L’association alimente aussi un blog visant à sensibiliser la population à la cause animale, mode d’action semblable à celui de l’association Végan Impact. Cette dernière organise en grande majorité des actions de sensibilisation : vidéo-sensibilisation dans le métro parisien, happening pour la journée mondiale du véganisme, contre le broyage des poussins, contre les zoos… Afin d’atteindre les foules et inciter au véganisme. Les deux associations se veulent très pédagogues et publient ainsi des recettes, des guides pratique et des articles pour accompagner celleux qui le souhaitent dans une transition vers le véganisme.

L’association 269 life elle prend son origine dans le matricule d’un veau sauvé de l’abattoir, et mène des actions qualifiées de plus radicales s’appuyant sur l’abolitionnisme fondamental, en n’hésitant pas à choquer le public. Enfin, basée dans plusieurs pays l’association PETA (People for the Ethical Animal Treatment) regroupe les « gens pour un traitement éthique des animaux ». C’est en quelque sorte « la » référence mondiale en termes de droit des animaux et de veganisme, avec notamment un label apposé sur les produit certifiés cruetly free, sans cruauté animale. Vous l’aurez compris, les associations sont le socle de la mobilisation, il en existe une multitude et chacune possède ses propres manières de militer.

Photo par Anaëlle Charlier

Personnalités, une influence forte

Le mouvement prend de l’ampleur en France, et de plus en plus, les personnalités publiques s’investissent. Parmi elles, le journaliste et homme politique Aymeric Caron, auteur de No steak sorti en 2013 et de Antispéciste : réconcilier l’humain, l’animal, la nature et fondateur du parti REV (rassemblement des écologistes pour le vivant). Il porte le discours antispéciste dans des émissions télé comme Fort Boyard, où il représente l’association L214, lors de conférences de presse (à l’Assemblée nationale notamment) et se positionne lors de débats politique, comme celle de la mise en place d’une alternative végétale obligatoire dans les cantines scolaires.

Plus récemment, c’est le journaliste et militant Hugo Clément qui secoue l’opinion public avec la sortie d’une vidéo issue d’un abattoir où sont tués des chevaux de courses en 2018, puis en 2019 avec la sortie de l’enquête « La face cachée des nuggets » avec l’appui de Direct Action Everywhere France, révélant la réalité des élevages intensifs de volailles. D’autres vidéos du même genre seront produites, dans les élevages intensifs de cochons notamment. Il est aussi très actif sur les réseaux sociaux, où il sensibilise et encourage ses followers à participer à des cagnottes et à signer des pétitions. Il est aussi à l’initiative de la pétition en faveur de la création d’un référendum pour les droits des animaux.

Côtés artistes, la chanteuse Kreezy R, autrice de chansons engagées telles que « j’mange pas de cadavre » ou « je vais craquer », très connue sur les réseaux sociaux pour ses coups de gueules et ses actions de sauvetage est l’incarnation d’un engagement corps et âme pour la cause animale. Dans ses chansons, tantôt parodiques, comiques ou parfois plus dramatique sont l’incarnation d’un monde décalé qui lui est propre et qu’elle utilise à la perfection pour faire passer ses messages.

De plus en plus, la question animale s’invite dans les débats politiques. En 2016, on assiste même à la fondation d’un parti dont le programme se base largement sur la lutte animale : le parti animaliste (PA). Le parti est fondé et dirigé par 7 personnes, parmi lesquelles se trouve la candidate du parti aux élections présidentielles prochaines, Hélène Thouy. Le parti se présente pour la première fois aux élections législatives en 2017, sans spécialement viser des élus mais surtout pour communiquer leurs revendications. Il s’en sort quand même avec 1% des suffrages exprimés (64 000 voix). Les principales mesures défendues par le parti sont l’abolition de la corrida, des combats de coqs ainsi que la création d’une charte des droits des animaux. Bien sûr, il réclame aussi l’amélioration des conditions d’élevage, en réclamant par exemple l’interdiction de la production de fourrure, du gavage, du déplumage à vif et du broyage des poussins mâles.

Vous l’aurez compris, les revendications fusent, les militantismes se démultiplient et les personnes engagées sont de plus en plus nombreuses. D’ici quelques années, les antispécistes espèrent une amélioration notable pour la condition animale, même si toustes ne s’accordent pas encore sur la manière de l’obtenir.

« Un tel succès ne sera possible que grâce à un mouvement organisé comparable aux mouvements qui ont lancé les grandes révolutions intra humaines de l’histoire : ce n’est qu’alors que dans la vie des animaux non humains seront concrétisés des changements significatifs. Nous travaillons pour développer ce mouvement, et pour rapprocher ainsi ce jour où l’oppression des humains sur les autres êtres sensibles aura été éliminée à la racine. »

Les Cahier antispéciste numéro 4, « Libération animale : de quoi s’agit-il ? » juillet 1992, La Rédaction du collectif lyonnais pour la libération animale

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Féministes tant qu'il le faudra

Gouverner selon la masculinité hégémonique, quand le patriarcat s’invite en politique

Homme, masculinité et pouvoir sont étroitement liés. Dans les milieux militaire, politiques et même religieux : comment les femmes peuvent s’imposer à l’heure où les codes masculinistes régissent la sphère politique ? Quel autre mode de gouvernance, moins vertical pourrait amener à une vraie réponse aux besoins de la société actuelle ?

La masculinité hégémonique : origine et répercussions

La masculinité hégémonique est définie par Raewyn Connell dans son ouvrage d’étude des masculinités Masculinities. Cette sociologue du milieu des années 80 y théorise quatre formes de masculinités : complice, subordonnée, marginalisée et celle qui nous intéresse aujourd’hui, hégémonique. Dans une culture genrée où masculinité et féminité sont opposés, est considérée comme hégémonique l’homme qui incarne tous les traits positifs des normes masculines, il est fort, riche, puissant mais aussi incroyablement beau et séduisant, sans oublier loyal et dévoué.

Mati Gonzalez, Raewyn Connell, Tatiana Pineros et Simon Uribe lors d’une conférence « La communauté trans, ses défis et ses revers », Carolina Chavez Caballero, avril 2018, Flickr

Dans le monde politique, cela s’exprime par la domination de codes que beaucoup pensent neutres, alors qu’ils sont en réalité profondément genrés. 

Les hommes politiques ont pour coutume de s’exprimer avec une voix forte, empiéter voire couper la parole de leurs concurrent.e.s pendant les débats. L’image du politicien est très contrôlée, la prise de parole et les relations affichées sont soigneusement réfléchies, tout ce qui transparaît vise à correspondre aux codes de ce que la société exige pour exercer un pouvoir légitime. Le désir de domination et la sureté de soi sont loin d’être dissimulés, au contraire ils sont vus comme de véritables atouts et mis en avant, allant parfois même jusqu’à écraser les féministes et les minorités pour se donner du crédit.

De même, l’incertitude est vue comme un aveu de faiblesse, la fierté de ne jamais avoir tort l’emporte sur les excuses publiques lors d’une erreur. Prendre le temps de la réflexion ou de consulter des avis extérieurs donne un sentiment de fragilité dans la décision finale, et c’est sa crédibilité qui en pâtirait. Or le pouvoir se doit d’être à l’image de la masculinité qu’il incarne : fort et sûr de lui.  

La figure la plus emblématique du leadership de domination se retrouve largement dans les gouvernements populistes, avec Viktor Orban en Hongrie, Jair Bolsonaro au Brésil et bien évidemment Donald Trump, anciennement président des Etats-Unis. Trump, l’homme politique campé sur ses positions, qui refuse la remise en question, qui nie et repousse critiques et accusations.

Il est l’incarnation parfaite du pouvoir de domination induit par la masculinité hégémonique : écrasant les droits des femmes et des minorités pendant tout son mandat. Agissements passés inaperçus car Trump s’oppose à la Chine, Trump renvoie les mexicains chez eux, Trump fait prospérer l’économie américaine. L’ancien président a dans son camp les citoyens se sentant « strangers in their own land », selon le sociologue américain Arlie Russell Hochschild. Il explique un sentiment partagé par une majorité de citoyen.ne.s américain.ne.s immigré.e.s de l’Europe, qui ont le sentiment d’être dépassé.e.s dans l’accès aux ressources, emplois, éducation, médiatisation et postes de pouvoir par les immigrant.e.s et les minorités qui, progressivement, deviennent majoritaires dans le pays.

Cependant pour les Etats-Unis, l’arrivée du duo Kamala Harris et du président Joe Biden marque peut-être le début d’un pouvoir moins inflexible.

Il ne s’agit pas ici de présenter les régimes dits populistes comme étant les seuls marqués par le sexisme : en France, déjà pendant sa campagne électorale, Emmanuel Macron annonçait « j’exercerais un pouvoir jupitérien » sans se cacher. Les postes les plus importants du gouvernement sont occupés par des hommes, majoritairement issus des mêmes écoles et des mêmes milieux sociaux.

L’influence de la masculinité est présente dans toutes les formes de pouvoir, du plus populiste au plus démocratique, en passant bien sur par le plus autoritaire. Ainsi, on en retrouve les codes dans toutes les couches de la société, elle-même patriarcale.


« J’exercerais un pouvoir jupitérien »

Emmanuel Macron

Les conséquences sur la place des femmes en politique.

Ce pouvoir fortement viriliste se répercute indéniablement sur la place des femmes et des minorités dans l’espace politique, symbole du pouvoir par excellence. Hors des normes et éloigné.e.s des codes de la masculinité hégémonique, iels sont contraint.e.s de se plier à ces-dits codes. S’affirmer est d’autant plus difficile qu’iels sont plus susceptibles d’être victimes de l’agressivité du milieu : se faire couper la parole, ne pas être écouté.e, ne pas être pris.e au sérieux.

La pression déjà très forte dans ce milieu est décuplée : iels se doivent d’être irréprochables et inattaquables pour être légitimes de gouverner. Pour arriver au même niveau de responsabilité, une personne issue d’une minorité raciale, de genre ou d’orientation sexuelle devra redoubler d’effort et ne jamais cesser de faire ses preuves. Efforts qui ne sont pas demandés à un homme blanc cisgenre qui entre d’office dans les normes patriarcales.

Pour en revenir au problème de la parité évoquée plus tôt, il est en lien avec un manque de mixité dans les institutions, la scène politique étant composée de profils tous très similaires, qui s’entretiennent dans une bulle.

Pourquoi le système serait remis en question dans un milieu où il convient à tous ?

Il serait logique de penser que l’écartement d’autres profils du pouvoir se fait dans le but de maintenir les privilèges, et c’est sans doute en partie vrai. On peut prendre pour exemple la manière dont sont pointées du doigt les réseaux de femmes et de minorités tentant de s’allier pour se donner du poids et être entendus, quand les réseaux masculins sont la normalité pour toustes. Pourtant, cet entre-soi est loin d’être bénéfique, même pour ceux qui en font partie. Ceux qui seraient tenté.e.s d’en sortir, de proposer autre chose et de relâcher une forme de pression induite par ce système de domination se retrouvent écrasé.e.s et n’ose pas forcément se lever contre ses semblables.

Ce système se révèle particulièrement injuste et cloisonné.

Une autre gouvernance est-elle possible ?

Marie-Cécile Naves, chercheuse associée au Centre de Recherches interdisciplinaires de Paris présente dans La démocratie féministe : réinventer le pouvoir un autre mode de gouvernance, qui quitterait le mode horizontal que l’on connaît actuellement. Elle explique qu’il ne pourrait qu’être bénéfique que d’écouter les minorités toujours laissées de côté, pour comprendre et répondre aux besoins de notre société : elle constate que 80% des déplacé.e.s dans le monde sont des femmes, qui représentent aussi 2/3 des personnes en dessous du seuil de pauvreté. Pourtant, elles sont encore souvent écartées des débats dont elles sont les premières concernées.

En invitant les personnes touchées, les militant.e.s, les scientifiques et plus largement chaque citoyen.ne à apporter sa pierre à l’édifice, on établirait un pouvoir basé sur la collaboration, la communication et la prise en compte des avis et idées de chacun.e. Il est pour cela nécessaire d’élargir l’espace de pur débat politique, aujourd’hui très occupé par les polémiques. Elle suggère aussi de s’inspirer de la politique du care, de l’anglais soin, attention ou encore sollicitude : cela permettrait d’amener un aspect plus éthique dans la politique, en favorisant le relationnel pour lutter contre l’isolement et l’individualisme. Il serait alors possible de lutter contre la méconnaissance de certains enjeux majeurs.

Concrètement, à l’échelle d’une entreprise les cadres et haut.e.s-placé.e.s seraient chargé.e.s de consulter de manière décomplexée et sans menaces de représailles toustes les employé.e.s en leur demandant un rapport honnête de leur ressenti face à l’exercice du pouvoir dans l’entreprise.

Le pouvoir de demain se veut plus coopératif, respectueux de la science, imaginatif, inclusif et non violent : il peut sembler utopiste de penser que seul le dialogue peut gouverner, mais de plus en plus de nouvelles influences arrivent à faire entendre leurs voix, auprès de la société et parfois directement face aux politiques à l’image de la sportive Megan Rapinoe, la militante écologiste Greta Thunberg ou encore la chanteuse Angèle. Il incombera aux jeunes, qui selon Marie-Cécile Naves représentent un espoir important, de poursuivre dans cette direction.

Le but est avant tout de se recentrer sur un pouvoir collectif, chacun.e devant se sentir légitime de s’exprimer sur la construction d’un avenir qui nous concerne toustes.

Sources :  

Politiques du care | Cairn.info

Podcast, Les couilles sur la table, La politique d’homme à homme, 14 janvier 2021

Raewyn Connell, Masculinités. Enjeux sociaux de l’hégémonie (openedition.org)

Photo mise en avant : Paola Breizh, Patriarcat Paris 20ème, 23 mai 2020, Flickr