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À votre santé !

Cinquième épisode de « Trouble Fête » : le tabac

Clara – créatrice du podcast : Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans le podcast estival de Behind The Society que vous devez commencer à connaître maintenant puisque c’est déjà le cinquième épisode de la saison.

Jingle

Et il ne vous aura peut-être échappé que ça aurait dû être le sixième épisode aujourd’hui mais que nous nous sommes permis de prendre une petite pause impromptue la semaine dernière pour des raisons logistiques. On est désolé si vous avez attendu en vain la sortie du podcast, n’hésitez pas à nous suivre sur notre page Instagram Behind The Society pour avoir toutes les informations de dernière minute et éviter d’actualiser Spotify toutes les minutes en vous noyant dans le désespoir. Je rigole, cette scène est une pure invention de mon cerveau parce qu’un dimanche à 15h, on a toutes et tous beaucoup mieux à faire. La sieste par exemple. Ou bien boire un café en se grillant une clope. Admirez cette subtile transition : eh oui, on va parler de la clope aujourd’hui, ce petit objet auquel on est confronté au quotidien, que ce soit à l’arrêt de bus, dans un bar ou tout simplement en marchant dans la rue. Car les non-fumeurs ont beau avoir gagné une première bataille en 1976 grâce à la loi Veil, ils restent pourtant aujourd’hui exposés au tabac tous les jours. En même temps, comment peut-il en être autrement quand on sait que quasiment un Français sur trois fume, au moins occasionnellement ? On va se pencher ensemble sur cette addiction si banale dont est forcément atteinte au moins une personne que vous connaissez. Pour ce faire, on va d’abord écouter le témoignage de Paulo. Paulo, c’est quelqu’un que j’ai rencontré il y a trois ans à Paris par l’intermédiaire d’une amie, Nanou, qui se trouve être sa copine : c’était tous les deux des fumeurs très réguliers et je les voyais rarement sans une clope à la main. Alors, début juillet, quand je suis allée passer une semaine chez eux et que j’ai appris que Paulo avait arrêté de fumer depuis un an et demi, ça m’a fait tout drôle. J’étais sur le balcon, avec Nanou et ma clope et je me suis dit qu’il fallait absolument que je propose à Paulo de témoigner dans ce podcast. Ce que j’ai fait. Et, devinez quoi ? Il a accepté.

Paul : Je m’appelle Paulo, j’ai 30 ans. Qui je suis ? Je suis comédien sur le papier, diplômé comédien tout ça tout ça mais là, je suis en l’occurrence surveillant dans un collège à Besançon.

Clara : Est-ce que tu te souviens de ta première clope ?

Paul : Putain… La première clope ? Euh… Alors, je sais pas si c’est la première mais c’est une qui m’a marquée. C’était au skate-park à Besançon, j’ai un pote qui a sorti des blondes et qui m’a dit : « tiens vas-y goûte », j’ai dit « ok » et j’ai trouvé ça dégueulasse (rires) j’ai trouvé ça ignoble, je me suis dit « mais comment on peut consommer un truc pareil, c’est juste infâme ?! », j’avais l’impression d’avoir un rat crevé dans la bouche, j’avais l’impression que je pouvais plus respirer, je toussais, j’avais le goût sur la langue encore une heure après (fin en tout cas ressenti c’était peut-être pas vrai)

Clara : Et t’avais quel âge ?

Paul : Et j’avais… quinze ans je crois. 14/15 ans.

Clara : Donc du coup 15 ans première clope ?

Paul : Ouais

Clara : Et comment tu passes de « c’est dégueulasse j’ai un rat mort au fond de la gorge » à « vas-y je suis fumeur très régulier » ?

Paul : Bah le groupe d’amis, l’intégration, la mode… Le « ça fume autour de moi et c’est cool ». La cigarette, c’était cool quand j’étais jeune (éclat de rire). Aujourd’hui, on dit beaucoup plus que la clope c’est de la merde et je le vois au collège : les élèves qui ont l’âge auquel j’ai commencé la clope, ils sont là à dire « oh non la cigarette c’est dégueulasse ça pue » alors que moi on disait : « la cigarette, c’est cool. C’est les mecs cools qui fument. C’est les nanas cools, c’est ceux qui en ont rien à foutre de la vie, c’est les rebelles quoi… »

Clara : C’est vrai que le discours est en train de changer. Du haut de mes 21 petites années et de mon statut de fumeuse, je le constate aussi. A part avoir une légitimité pour faire un break quand je taffe grâce à cette fameuse pause clope institutionalisée en France, il y a peu d’avantage social à fumer. Les regards réprobateurs sont en train de devenir une réaction normale face à quelqu’un qui s’allume une cigarette et l’époque à laquelle Gainsbourg fumait son paquet de gitanes sur le plateau télé semble bien loin. Alain Titeca est addictologue : il exerce aujourd’hui en cabinet libéral dans le Nord, pas très loin de Lille et il a accepté de me recevoir pour répondre à mes questions sur le tabac.

Alain Titeca : J’étais responsable d’un point écoute jeune pendant dix/douze ans et ensuite j’ai travaillé pendant une dizaine d’années pour « Drogue Alcool Tabac Infos Service ».

Clara : En 2022, comment on tombe dans la clope ? Je veux dire, avec tous les discours de prévention qu’on entend, avec le prix des paquets qui s’envole, comment ça se fait que les jeunes se mettent malgré tout à fumer ?

Alain Titeca : Moi je dirais que le côté relationnel de la cigarette est très important : en général, on commence à fumer avec des copains, pour faire comme les autres, pour s’intégrer à un groupe et ça permet aussi d’asseoir une certaine confiance en soi, une certaine prestance.

Clara : Si je n’avais pas expérimenté sa réponse, elle m’aurait probablement censée un peu absurde. Mais je n’ai aucune originalité et si j’ai commencé à me niquer les poumons en toute connaissance de cause, ce n’est ni plus ni moins que pour assouvir mon besoin d’appartenance à un groupe. Alors forcément sur le moment, on ne le vit pas comme ça. Mais quand j’ai tiré sur ma première clope en soirée et que j’en ai repris une à la soirée d’après malgré le goût immonde, je sais très bien que ce n’est pas le produit en lui-même qui m’intéressait. C’est l’aisance sociale qu’il procurait. Et puis, la possibilité d’avoir des conversations dehors, au calme, en petit groupe et que ce soit tout à fait légitime pour le reste de la société. Ça, oui, c’était attirant. Et c’est comme ça que je me suis retrouvée à acheter un paquet alors que personne de ma famille ne fume et que sur le papier, je n’étais vraiment pas prédisposée à payer pour ensevelir mes poumons de goudron. Baptiste a le même âge que moi et, contrairement à Paulo, il fume toujours.

Baptiste : Alors je m’appelle Baptiste, j’ai 21 ans. Alors ça a commencé en seconde (du coup j’avais 14 ans) mais je suis vraiment devenu un fumeur très régulier à partir de mes 16/17 ans. Mes parents fumaient. Ils ont arrêté quand j’ai commencé à fumer (à peu près en même temps en fait) et ils ont repris récemment.

Clara : Je me demande bien comment je réagirais en tant que maman si je découvrais que mon fils ou ma fille commence à fumer alors que je viens tout juste d’arrêter et qu’en même temps, j’ai fumé devant eux pendant toute leur enfance. Je demande à Alain Titeca comment se positionner en tant que parent, dans l’idéal.

Alain Titeca : C’est une bonne question. Tout dépend du lien entre le parent et l’ado, surtout que l’adolescence est une période un peu complexe où l’ado est en opposition franche avec ses parents et ce qui lui a été proposé jusqu’alors. Recadrer les choses, expliquer, donner l’information. Déjà je pense que c’est une bonne base. Et amener l’ado à donner du sens à sa consommation : est-ce que c’est source de plaisir pour lui, est-ce que c’est juste pour faire comme les autres, est-ce que c’est par opposition… Encore une fois, ça c’est l’idéal. Après, c’est vraiment du cas par cas.

Clara : Je crois que c’est le moment opportun pour le questionner sur le principe du PAEJ dans lequel il a travaillé. Je me dis que ça peut être une option en cas de situation un peu inextricable, à la fois du côté des ados mais aussi, du côté des parents.

Alain Titeca : C’est un lieu d’accueil pour les jeunes usagers de produits et leur entourage (les parents notamment), c’est très accès sur la prévention (en tout cas à l’époque c’était comme ça dans le point écoute jeune dont j’étais responsable dans le secteur de la Pévèle). Je faisais notamment du travail de rue : j’allais à la rencontre de jeunes dans la rue pour discuter, créer du lien et j’ai accompagné beaucoup de parents aussi. De mémoire, les demandes de parents concernaient plutôt l’usage de cannabis qui commençait à se répandre à cette période.

Clara : Je l’interroge alors sur l’autre expérience professionnelle qu’il a exercé pendant des années : celui de responsable du numéro « Drogues Alcool Tabac Infos Service ». Le 0800 23 13 13, décrit comme une ligne gratuite et anonyme depuis un poste fixe entre 8h00 et 2h00 du matin tous les jours est aujourd’hui nommé « Drogues Info Service » tout court mais vous pouvez tout à fait appeler pour parler du tabac. J’ai souvent vu passer ce genre de numéros (d’ailleurs, à chaque fois que je fume, je constate sur mon paquet les quatre mêmes petits chiffres 3989 qui correspondent à Tabac Info Service) mais je ne sais pas du tout comment se passe concrètement un coup de fil. Je propose à Alain Titeca de nous expliquer.

Alain Titeca : Alors le temps d’anamnèse, le recueil d’informations sur le patient, ses consommations, son mode de vie, ce temps d’anamnèse permet notamment d’évaluer la dépendance (physique, physiologique et psychologique) au produit et à partir de ce « diagnostic », on propose des éléments de réponse, de solution à l’appelant et on l’oriente vers une structure en addictologie. Les consultations téléphoniques duraient entre un quart d’heure et une heure.

Clara : Bon à savoir si jamais vous avez besoin d’infos ou de quelqu’un pour parler de votre consommation. Revenons maintenant à Baptiste : il va nous parler de son entrée dans le monde du tabac qui s’est passée de la même manière que celle de son frère.

Baptiste : Ils fument aussi et ils sont entrés dans le tabac à peu près de la même manière que moi ; c’est-à-dire que moi j’ai commencé avant de savoir que mon grand frère fumait et on est rentré tous les deux de la même façon dans le tabac (comme beaucoup même si on n’en parle finalement pas beaucoup), c’est-à-dire qu’une bonne partie des fumeurs rentre dans le monde du tabac par le monde des stupéfiants en fait. Pour ma part, j’étais un antitabac et ça s’est petit à petit délié par un abatage de portes en fait, à savoir que j’ai d’abord fumé sur un joint, puis sur un autre, puis un jour y avait pas de joints alors j’ai pris un cigarillo, puis un jour y avait pas de cigarillo alors j’ai pris une clope et puis voilà, j’étais habitué, j’ai pas détesté ça, j’ai pris l’habitude de le faire, j’ai commencé à gratter à droite à gauche puis à la fin, on me dit : « arrête de gratter, achète ton paquet » et c’est comme ça que tu tombes dedans.

Clara : Personne n’est original dans ce podcast et c’est à l’image de la société : on bascule tous dans la clope plus ou moins de la même manière. Par contre, un point intéressant dans ce que vient de raconter Baptiste, c’est le fait qu’il ait été antitabac. Je lui demande ce qu’il veut dire par là et comment ça se manifestait.

Baptiste : Moi je voyais mes parents qui fumaient et quand j’étais petit, y avait un truc qui me terrifiait, c’était la mort. Comme beaucoup de petits, tu me diras mais moi, l’idée de me dire « mes parents vont mourir », c’était fou… alors déjà l’idée qu’ils meurent bon mais si en plus ils fument, ils vont mourir encore plus vite, non !!

Clara : Une réflexion plutôt logique finalement que doit largement partager Marianne Wéry. Marianne Wéry, c’est la 4ème intervenante dans ce podcast et elle a beaucoup à dire à propos du tabac puisque c’est ce produit qui lui a enlevé sa maman. Elle raconte cette histoire dans un livre sorti en 2019 qui s’intitule « Fumer à tout prix, maman je t’en supplie, arrête de fumer ». Aujourd’hui, elle est autrice, éditrice mais aussi conférencière. Je la laisse vous en dire plus.

Marianne Wéry : Alors je m’appelle Marianne Wéry, je suis belge et donc je suis non fumeuse et je suis la fille d’une maman fumeuse.

Donc maman a été diagnostiquée BPCO (donc bronchopneumopathie chronique obstructive) c’est-à-dire vulgairement parlant la bronchite chronique. Elle a reçu ce diagnostic comme étant quelque chose de fantastique. C’est surprenant mais elle n’a retenu que trois mots : ce n’est pas un cancer. Et à partir de ce moment-là, le pneumologue aurait pu lui donner n’importe quel nom, à partir du moment où il n’y avait pas de cancer, pour elle, c’était gagné. Et donc, quand il a commencé à expliquer la maladie, je me suis dit « c’est pas possible, on entend pas le même discours, elle est joviale et moi, plus il parle, plus je suis inquiète ». Bref, on sort de là, elle sur un petit nuage « t’as entendu, j’ai pas de cancer ! » et moi « mais tu n’as pas entendu ce qu’il t’a dit ? » et rien à faire, ça percutait pas. Et à certain moment, elle a fait ce qu’on appelle une carbonarcose. C’est-à-dire qu’elle s’est asphyxiée par sa propre respiration. C’est une obstruction des voies respiratoires à cause des sécrétions qui viennent tapisser les tuyauteries (vulgairement parlant). Donc ça veut dire que le diamètre des voies respiratoires est rétréci, ce qui veut dire que quand on inspire, c’est l’oxygène qui vient dans l’organisme pour aller nourrir tous les organes y compris le cerveau le cœur et tous les autres et lorsque l’on expire, on expire le mauvais air. Alors, quand les voies respiratoires sont rétrécies, ça veut dire qu’il n’y a pas assez d’oxygène qui rentre dans le corps et que le mauvais air ne ressort pas non plus en quantité suffisante et il reste à l’intérieur. Donc le patient s’asphyxie progressivement par sa propre respiration jusqu’à tomber dans le coma et ensuite, c’est la mort. Et c’est ce qu’on appelle la carbonarcose.

Clara : Jusque-là, je la suis, d’autant que j’ai lu son livre dont vous retrouverez le lien en notes de ce podcast. Je sais donc ce qui se passe après cette carbonarcose mais j’imagine que ce n’est pas votre cas. Marianne Wéry va donc vous raconter comment la BPCO a fini par emporter sa maman.

Marianne Wéry : La BPCO est une maladie silencieuse, sournoise et mortelle, c’est-à-dire qu’elle fait son petit bonhomme de chemin et ça ne se ressent pas et ça ne se voit pas. Donc elle est passée du stade 1 au stade 3 sans que personne ne s’en rende compte. A un moment, le pneumologue lui dit : « madame à partir de maintenant, la cigarette, c’est tolérance zéro ». Parce que c’est une maladie incurable, il n’y a pas de médicament, on ne sait pas en guérir et ce qui est perdu est perdu mais la bonne nouvelle, et c’est ce qu’il a dit, c’est que c’est une maladie qui est stabilisable. Ça veut dire quoi ? ça veut dire que ce qui est perdu bah on l’oublie mais si on arrête de fumer (parce que c’est la seule solution), on n’en meurt pas. On stabilise l’état dans lequel on se trouve. Et quand le médecin lui a dit : « madame à partir de maintenant, la cigarette, c’est tolérance zéro », elle l’a regardé droit dans les yeux et elle lui a dit « non docteur, je n’arrêterai pas de fumer ». Tout, mon attitude, de dire « maman je t’en supplie, arrête, si tu continues tu vas en mourir. Tu ne préfères pas vivre avec nous plus longtemps ? Tu préfères continuer à fumer et raccourcir ta vie ? » Elle m’a répondu : « Marianne, dans la vie, il faut être acteur de sa vie et spectateur de celle des autres. J’ai toute ma tête : je prends mes décisions pour moi. »

Dans ma petite tête, ça a été : « je ne vais plus l’embêter. Je vais plutôt profiter du temps qu’il nous reste ensemble et le passer à lui prouver que je l’aime et je me dépêtrerai plus tard avec mes questions. On verra ». Et donc par amour, je l’ai laissée partir.

Un an et demi après son décès, dans ma tête c’était l’explosion, c’était l’enfer. Je ne pouvais plus vivre. J’étais hantée par une question : pourquoi a-t-elle préféré sa cigarette à sa fille ? Et c’était une obsession, c’était vraiment une obsession. Alors je me suis dit : la seule solution, c’est d’écrire tout ce qu’il y a dans ma tête. Et je me suis relue. Et là, ça a été la révélation parce qu’en me relisant, je me suis rendu compte qu’elle était victime d’une addiction et que mener un combat contre une addiction, c’est mener un combat contre soi-même et que c’est un combat qu’elle n’a pas voulu mener. Mais moi, personnellement, je n’en étais nullement responsable. Et à partir de ce moment-là, j’ai pu recommencer à vivre.

Clara : Après un récit aussi poignant, il n’y a rien à dire. Mais comme mon job consiste à poser des questions, j’en place quand même une.

Marianne Wéry : Pourquoi ce titre-là ? Fumer à tout prix parce que c’était le point de vue de maman et je t’en supplie arrête de fumer, parce que c’était ma position.

Clara : Plus tard, elle va nous raconter l’impact de son témoignage chez les lecteurs. Et je crois qu’il est dû à cette double perspective qu’elle a réussi à créer : les non-fumeurs peuvent s’identifier à Marianne et les fumeurs peuvent s’identifier à sa mère. Il n’y a pas de méchant et pas de gentil dans son livre, il y a juste beaucoup d’amour qui compense l’incompréhension qu’elles ressentent face au positionnement de l’une et de l’autre. Tout est une question de perspective dans la vie. La réponse de Paulo à la question « tu as réalisé quand que tu étais fumeur ? » le prouve.

Paul : Je pense qu’on me posait pas la question comme ça. On me disait pas « t’es fumeur ? » On me disait « tu fumes ? » Et c’est pas du tout la même chose. Jamais je me suis dit que j’étais fumeur, par contre, je fumais des cigarettes, tu vois ce que je veux dire ? Y a cette nuance-là alors que clairement, j’ai été fumeur. Mais vu que je l’exprimais pas comme ça, je le pensais pas comme ça. C’est juste que « bah nan je fume des clopes de temps en temps etc ».

Clara : ça, c’est ce que le cerveau lui racontait à l’époque. Mais je lui demande un truc factuel : le nombre approximatif de clopes qu’il fumait par jour.

Paul : Ouais c’est compliqué. En vrai, je peux donner un ordre d’idées. Si je parle en blondes (parce que j’ai commencé par des blondes et ensuite j’ai pris des roulées), je pense que j’étais à un paquet par jour. Quand j’ai commencé vraiment à assumer et à m’en battre les couilles, ouais, j’étais à un paquet par jour. Au lycée, j’étais à un paquet par jour.

Clara : Au-delà de la quantité, Baptiste soulève un autre facteur qui est, selon lui, la preuve indéniable qu’on est fumeur. Il m’explique à partir de quand il s’est considéré ainsi.

Baptiste : A partir du moment où il y a eu des clopes ritualisées. A savoir, tu descends du bus le matin, tu fumes une clope. Tu rentres en cours, tu… Fin faut savoir que moi, dans mon lycée, on n’avait pas le droit de sortir du bâtiment à cause du plan Vigipirate. Du coup, on restait dans l’enceinte du lycée toute la journée et on pouvait pas fumer. Mais t’as ces clopes rituelles-là : celle du matin et celle du soir et rien que ça, le fait d’avoir des rituels dans la cigarette, c’est vraiment ce qui te pousse le plus à l’addiction je crois. Tout le monde va te parler de la clope d’après manger, la clope du matin, toutes ces clopes ritualisées sont celles qui t’enferment le plus dans l’addiction. Moi, par exemple, je sais que si je veux arrêter de fumer du jour au lendemain, les clopes que j’aurais énormément de mal à supprimer, c’est celles au bar avec un verre ou celle après manger le midi.

Clara : C’est vrai que la cigarette, c’est une habitude très ancrée qui ponctue le quotidien d’une personne qui fume. Un peu comme le café après le déjeuner ou comme le réflexe d’actualiser Instagram dès qu’il y a un moment d’ennui. C’est d’ailleurs par là qu’Alain Titeca commence avec un patient qui lui exprime son souhait d’arrêter de fumer.

Alain Titeca : Moi j’ai tendance à proposer à mes patients d’éliminer toutes les cigarettes réflexes et de fumer en conscience du coup, dans un premier temps, de privilégier la notion de plaisir. Au final, pour un gros fumeur (un gros fumeur, c’est 10 à 20 cigarettes par jour), sur cet ensemble de clopes, y en a quand même une grande partie qui est réflexe.

Clara : Un autre truc qu’on nous demande de nous demander pour à peu près n’importe quelle addiction au moment où on veut arrêter, c’est ce qu’elle nous permet de fuir. Alors, même si Baptiste n’a aucune envie d’arrêter de fumer à l’heure où je lui parle, je lui pose quand même la question.

Baptiste : Si je dois fuir quelque chose, ce serait quand même l’ennui. Parce que bah justement, quand je me dis « pourquoi pas arrêter » bah oui mais quand t’es à l’arrêt de bus et que t’as cinq minutes à attendre, t’as toujours cette clope et tu te dis « ah bah oui elle est bienvenue celle-là. »

Clara : La phobie du vide, je crois que c’est un problème sociétal qui va bien au-delà de Baptiste. Tout comme le sentiment de stress constant, au point qu’il en devient la norme. D’ailleurs, c’est le deuxième truc auquel pense Baptiste quand il pense à ce que ses clopes lui permettent de fuir.

Baptiste : Le fait de fumer une clope en situation de stress, ça va me permettre de me recentrer. Comme si c’était un abri, une maison, un endroit familier. Ouais, c’est super intéressant de le voir comme ça.

Clara : Pour moi aussi, les cigarettes sont une zone de confort miniature que je peux trimballer partout et qui me permettent de me sentir en terrain connu où que je sois. Je demande à Alain Titeca de nous expliquer à quoi est dû ce réflexe de fumer quand on se sent angoissé.

Clara : Est-ce que la nicotine a vraiment un effet apaisant ? Pourquoi y a ce besoin de fumer en période de stress ?

Alain Titeca : La nicotine est plutôt un stimulant : ça va plutôt faire monter le stress sauf que dans les usages, et c’est paradoxal, on a tendance à se précipiter sur un paquet de clopes en cas de tension. Mais c’est vraiment une question d’usage.

Clara : En fait, cette histoire de stress, c’est un peu le serpent qui se mord la queue. C’est un peu long à expliquer mais je vous laisse le lien de plusieurs articles scientifiques sur le sujet en notes de ce podcast si ça vous intéresse. On va poursuivre avec la question du couple. Marianne Wéry me racontait en off qu’elle n’avait fumé qu’un petit mois, à l’adolescence et que le fait de rencontrer un garçon qui lui avait dit qu’elle avait une haleine de bouc avait suffi à lui faire lâcher la clope, qu’elle n’aimait de toute façon pas tellement. J’observe de mon côté que les couples sont la plupart du temps raccords sur la cigarette ou finissent par le devenir. Pas tout le temps hein, mais dans la majorité des cas, c’est ce que je constate. J’essaie de vérifier ma théorie absolument pas scientifique sur Paulo.

Clara : Est-ce que dans toutes les relations de couple que tu as eues, la meuf fumait aussi ?

Paul : Wow alors attends… (rires) Oh la vache… Euh non non non non…

Clara : Il en a trouvé une, il est content (rires)

Paul : Ouais c’est ça (rires) Effectivement, il y en a une qui ne fumait pas et ça ne lui posait pas de problème que je fume et ça ne me posait pas de problème à moi qu’elle ne fume pas. J’estimais que chacun fait ce qu’il veut.

Clara : Un positionnement plutôt très sain dans n’importe quelle relation de couple. Après, ayant moi-même été en couple avec des non-fumeurs, je dois quand même avouer que ce n’était pas un non-sujet total entre nous. Peut-être aussi à cause de la question du tabagisme passif dont Marianne Wéry nous parle plus en détails…

Marianne Wéry : Ce qui est nocif, ce n’est pas le tabac en lui-même, c’est sa combustion. Et donc je leur explique qu’il y a trois types de fumée : la primaire, la secondaire et la tertiaire. Alors là, ils sont très surpris et c’est comme ça que j’en viens au tabagisme actif et au tabagisme passif. Pare que le tabagisme actif bah c’est le fumeur, c’est lui qui fume. Le tabagisme passif, c’est celui qui ne fume pas mais qui respire quand même la fumée. Et donc, dans ces trois types de fumée, la fumée primaire, c’est la fumée que le fumeur va inspirer de sa cigarette. Ça, le non-fumeur ne la respire pas mais c’est la seule. Parce que la secondaire et la tertiaire, il y est exposé. La secondaire, c’est laquelle ? C’est celle que le fumeur va recracher (ça celui d’a côté, il la respire) et il y a aussi celle qui s’échappe du bout incandescent de la cigarette qui est très nocive. Les tabacologues ont expliqué que le bout incandescent de la cigarette, lorsque le fumeur tire dessus, atteint une température de 800 degrés tandis que lorsque la cigarette se consomme toute seule, ce n’est pas à 800 degrés (je crois que c’est 500 ou quelque chose comme ça) et c’est ce qu’on appelle une combustion incomplète. Et c’est comme ça que les particules sont les plus nocives dans la fumée. Et puis j’explique aussi la fumée tertiaire, qui sont, là, des petites particules qui se déposent un peu partout sur la peau, sur les vêtements, sur les tissus, sur les sols… Et ça, tout le monde y est exposé.

Clara : Eh bien, que de bonnes nouvelles dans ce podcast… Bon, je crois qu’on y arrive, doucement mais sûrement : après avoir entendu tout ça, les raisons pour arrêter ne manquent pas. Il faudrait être vraiment bête pour continuer à fumer en sachant ce qu’on risque et ce qu’on fait risquer aux gens qu’on aime (je le dis avec un poil d’ironie dans la mesure où je fume encore et que je suis bien placée pour savoir que l’information seule ne suffit pas). Bref, ma bêtise ne m’empêche pas d’avoir déjà considéré l’arrêt comme une option dans ma vie mais je n’ai jamais franchi le pas par peur de ne pas réussir et de réaliser que je suis vraiment accroc et donc, vraiment dans la merde (encore une argumentation débile, je cumule décidément). Mais si Paulo a droit à toute mon admiration pour être abstinent depuis 18 mois, je veux néanmoins savoir si il en est à son premier coup d’essai. Juste pour déculpabiliser la future Clara qui essaiera d’arrêter et n’y arrivera peut-être pas du premier coup.

Clara : T’avais déjà essayé d’arrêter de fumer ou pas avant ?

Paul : Ouais, deux fois. J’avais arrêté quand j’avais une petite vingtaine d’années, 21 ans, dans ces eaux-là, et j’avais arrêté d’un coup, pareil, ça duré un mois. J’ai pas tenu. Je me trouvais moche, je trouvais que j’avais une sale gueule, je me regardais dans la glace, je trouvais que j’avais des cernes, c’est bizarre hein mais je trouvais que j’étais… J’arrivais pas à dormir, je me sentais fatigué et du coup, j’ai vite repris. Et après, j’avais essayé une autre fois, non deux autres fois en fait, mais j’avais pallié avec l’utilisation de la cigarette électronique mais ça avait pas du tout marché en fait parce qu’au final, oui j’arrêtais le tabac mais je n’arrêtais pas de fumer. Je fumais toujours, juste sur la cigarette électronique. Et ça me plaisait pas, ça me faisait chier, j’aimais pas ça, j’aimais pas le goût. Donc quitte à fumer, autant fumer un truc que t’aimes, tu vois le truc ?

Clara : Ah bah pour voir le truc, je vois le truc. Le jour où je m’essaierai à la cigarette électronique n’est pas encore prêt d’arriver, précisément pour les raisons que Paulo vient d’évoquer. Pour Baptiste aussi, la CE n’a pas fait de miracles… Il le mentionne quand il parle de sa tentative d’arrêt qui fût brève.

Baptiste : J’ai déjà essayé, oui.  J’étais passé à la cigarette électronique et justement, j’ai échoué en deux semaines parce qu’au bout de deux semaines, je me rendais compte qu’à chaque fois que j’allais prendre un verre avec des potes, je leur grattais des clopes et au bout de quelque temps, ils m’ont dit « Baptiste, t’arrives pas à arrêter de fumer, rachète un paquet ! », j’ai fait « oui, je vais racheter un paquet. »

Clara : Marianne Wéry ne s’est pas contentée de publier un livre, elle a aussi créé une conférence qui s’appelle « Le tabagisme, en sortir : pourquoi et comment ? » dans laquelle elle parle du tabagisme mais aussi de la chicha et surtout, et c’est ce qui nous intéresse là, de la cigarette électronique. Elle a développé le sujet avec moi alors que je lui parlais de son fils, fumeur lui aussi.

Marianne Wéry : Il y a une paire de mois, il m’a dit : « maman, que penses-tu de la cigarette électronique par rapport à la cigarette normale ? » J’ai buggé. Il me regarde, et il me dit : « j’ai l’impression de te demander de choisir entre la peste et le choléra ! » (rires) Alors après, je lui ai dit : « Bon écoute, je vais t’expliquer ce que je dis dans mes conférences. » Parce que ma conférence a été validée par un médecin, par des tabacologues et donc, je lui ai parlé des cigarettes électroniques à cartouche et à liquide déjà. Faire un peu la différence. Celle où on peut doser la nicotine qu’on met dedans (puisque c’est ça qui rend addict) et en fait, la cigarette électronique, elle est conseillée par les tabacologues mais uniquement dans le but d’arrêter de fumer. Donc c’est un moyen d’arrêter de fumer, au même titre que les patchs, que les gommes ou les choses comme ça mais sur un temps très court, c’est-à-dire max un an et demi. Avec un liquide et non pas des cartouches parce que la cigarette électronique à cartouche, dedans, il y a des sels nicotiniques qui font le même effet que la nicotine dans une cigarette. La nicotine est une drogue hein, une drogue dure. Elle est classée par l’OMS troisième dans l’ordre de classement des drogues dures après la cocaïne et l’héroïne. Et c’est la drogue la plus rapide au monde parce qu’il ne lui faut que sept secondes pour atteindre le cerveau. Et dans les cigarettes électroniques à cartouche, donc celles qui contiennent des sels nicotiniques, bah les sels font les mêmes effets que dans une cigarette avec du tabac : le sel nicotinique agit aussi sur le cerveau en sept secondes. Donc, eux, ils privilégient la cigarette électronique à liquide dans laquelle on peut doser cette quantité de nicotine pour justement oser progressivement pour arriver à zéro pour cent de nicotine.

Clara : La CE est donc une option pour certains. Mais il n’y a pas de méthode universelle : pour Paulo, et je lui tire mon chapeau, ça a été radical. Du jour au lendemain, sans diminution progressive. Juste l’activation du mode « con borné ».

Paul : Moi, ma solution, ça a été d’arrêter complètement sans substituts. Aucune aide, juste « mets-toi en mode con et ciao ». C’était le 23 février 2021 et période pas très cool etc… Même là, je fais pas de sport mais quand je fumais, bah je sentais que ça n’allait pas en fait, je sentais que je me ratatinais un petit peu, 29 ans (je suis encore tout jeune hein) mais pas sportif pour un sous et puis fumeur hein, bon fumeur, pas un truc de fou mais fumeur quand même et qui kiffe ça. Et je sentais des fois que j’avais des douleurs aux poumons, des choses comme ça et je commençais à me ratatiner genre vieux chacal quoi, un truc… je commençais à me voûter, j’étais un peu blanc, pas top. Je commençais à le ressentir. Et puis, un soir, mon père m’appelle en pleurs pour me dire que mon grand grand frère a un cancer etc tut ça tout ça, alors pas des poumons, de la prostate et, bon c’est pas un déclic mais je me suis dit : « ok, en fait, les cancers, on sait que c’est facilité par la merde qu’on peut ingérer, que ce soit la bouffe, l’alcool ou ces trucs-là et puis, forcément, le tabac qui déglingue ton corps ». Et ça arrive aux autres, oui, mais quand ça arrive à ton frangin, forcément, ça te touche. Du coup, je me suis dit « vas-y, tu sais quoi, un cancer, ça peut te tomber sur la gueule, tu n’es pas plus à l’abri qu’un autre alors arrête. Mets en stand by. » Je ne dis pas que j’arrêterai toute ma vie hein, je dis que pour le moment, je me sens bien d’avoir arrêté.

Clara : Et moi, je dis juste que je suis très admirative et un peu envieuse de sa volonté à toute épreuve. Mais je dis aussi que tout le monde n’est pas comme Paulo et qu’il existe plein d’options pour que ce soit moins brutal. Alain Titeca m’a donné son point de vue sur le sujet.

Alain Titeca : Les substituts nicotiniques, il y a les patchs, les sprays. Je pense que les sprays sont un bon allié pour à la fois combler le manque physiologique et la dépendance psychologique. Parce qu’il y a le geste qui est très important. Moi, je pense que l’essentiel (et ça c’est valable pour toutes les addictions), l’essentiel est que chaque personne trouve sa propre voie pour décrocher. Il faut que ça vienne d’elle, que ce soit une construction personnelle.

Clara : Et vous, quel accompagnement proposez-vous ? Quels outils mettez-vous à la disposition de vos patients ?

Alain Titeca : La respiration consciente, c’est le cœur du travail. Et puis, ce qu’on appelle en sophrologie des « futurisations ». Ce sont des visualisations qu’on propose en sophro à des sportifs de haut niveau pour préparer les compétitions, aux étudiants qui préparent des examens (le permis de conduire par exemple, ça marche bien aussi). L’idée, c’est d’évoquer l’évènement délicat (en l’occurrence l’arrêt de la consommation de tabac ici) et de se projeter après en situation de réussite. Ça, cette technique, elle permet de booster la confiance. Ce qui fait que ces outils peuvent fonctionner, c’est la pratique, la répétition au quotidien.

Clara : Là, on parle de sophrologie, d’autres m’ont parlé d’hypnose… Bref, il existe plein de méthodes dites « douces » pour se défaire du tabac. Pour Paulo donc, ça a été à la dure. Et s’il a tenu et qu’il tient toujours, c’est non seulement grâce à sa volonté en béton mais aussi à sa fierté…

Paul : J’ai pris ma clope, j’ai regardé ma copine et j’ai dit : « regarde Nanou, ça, c’est la dernière que je fume. » Et elle m’a dit un vieux « Ouais ok » (éclat de rire) Et j’avais pas fini mon paquet hein.. J’ai tèj mon paquet et j’ai plus jamais retouché une clope depuis parce que je me suis mis en mode con, en mode con borné, j’ai décidé un truc, en plus mis au défi par ce fameux « ok » balancé un peu…

Clara : Meilleur truc qu’elle pouvait dire pour que tu tiennes finalement ! Te connaissant… (rires)

Paul : C’est ça, c’est ça !

Clara : En off, avec Paulo, on a beaucoup parlé d’addictions. Et il a un discours sur le sujet que je trouve très intéressant car il semble lui-même y être imperméable, quel que soit le produit. C’est pour ça que quand je lui demande si il pense avoir été addict à la clope, sa réponse ne m’étonne qu’à moitié.

Paul : Je pense pas que j’étais addict à la clope parce que je me suis toujours dit que je pouvais arrêter comme ça d’un coup d’un seul et que ça roulerait. Et d’ailleurs c’est ce qu’il s’est passé. Je dis pas que ça a été facile hein mais je dis que ça a roulé. Et d’ailleurs, quoi que ce soit. Tout : tout ce que j’aime (je joue beaucoup aux jeux vidéo, tout ça tout ça) et je sais que si je me mets en mode « eh bien j’arrête », bah j’arrête. Je suis pas accroc malade, je suis passionné. Je suis consommateur intensif mais pas accroc, pas addict, pas la maladie de l’addiction quoi.

Clara : Un autre truc que je veux aborder, c’est le fait que Nanou (sa copine donc) continue à fumer. Quand je suis arrivée et que j’ai appris que Paulo avait arrêté, je lui ai demandé si ça le dérangeait qu’on fume devant lui. Et non, il m’a dit que pas du tout. C’est là que j’ai réalisé à quel point le fait que la personne avec qui on habite continue à fumer quand nous, on ne peut plus, bah ça doit finir par vacciner de la tentation. Mais avant d’atteindre ce stade, j’imagine qu’avoir des clopes sous le nez toute la journée et l’odeur du tabac froid ne doit pas aider à tenir son engagement. Je lui demande comment il a vécu tout ça.

Paul : Oui, ça a été super dur. Y a des moments où j’étais là en train de craquer : j’ai eu des accès de colère vivre, de violence, à taper sur la table, parce que ça me démange, à cogner le mur parce qu’elle était là, que je sentais l’odeur et tout ça mais j’ai jamais imposé quoi que ce soit en fait. Au contraire, c’est elle qui m’a dit, quand elle sentait que c’était ok, que j’allais y aller et pas en démordre, elle a dit « bon moi je vais descendre, fin tu veux que je me mette à la fenêtre ou que je descende ? » Traduction : je sors dans la rue et je descends pour fumer ma cigarette quoi.. Et je lui ai dit « Non, hors de question. C’est mon combat, mon choix à moi. Toi, tu fais le choix de continuer de fumer eh ben tu fumes, t’es chez toi, tu fumes à côté de moi ». Et comme ça, je me suis dit aussi, à la dure, toujours en mode « où est-ce que je peux aller à la dure, dans la torture, le sadomasochisme tout ça tout ça », je serais d’autant plus fier et je suis d’autant plus fier aujourd’hui parce que j’ai tenu. Et aussi, parce que je pensais à plus tard. Je me disais « confronte-toi quotidiennement à cette odeur-là sans pouvoir fumer et habitue-toi à la supporter parce que si jamais tu fais ce truc que je trouve pas très bien au final de t’écarter de tous les fumeurs, de pas aller aux pauses clopes, de te retrouver tout seul à l’intérieur quand tous tes potes sont dehors, pour te préserver et te protéger d’une quelconque rechute, bah en fait ça va me faire chier. Je vais sentir l’odeur de la cigarette et je vais avoir envie de fumer à chaque fois parce que je suis pas assez confronté au truc ! » Là, le fait qu’il y ait des fumeurs et d’aller avec eux aux pauses clopes sans fumer, bah je m’habitue.

Clara : Et aujourd’hui, ça t’évoque quoi l’odeur du tabac ?

Paul : C’est une odeur que j’aime bien, qui m’a accompagné quinze ans et ça me manque un peu hein… mais c’est pas grave, c’est pas une maladie que d’avoir envie. Fin le « oh la la j’ai envie d’une cigarette etc », je passe outre assez facilement maintenant mais c’est vrai que l’odeur de la clope, je me dis tout de suite « je m’en craquerais bien une quand même ! »

Clara : Je me demande si ça passe un jour ce truc, cette envie. J’entends qu’elle devienne supportable et presque douce au fil du temps mais j’espère que la neutralité vis-à-vis de la clope est atteignable pour un ancien fumeur, même si ça me paraît un poil utopique une fois formulée. Maintenant, je voudrais creuser la sensation de manque et c’est Baptiste qui me décrit ce qu’il ressent quand il veut fumer et qu’il ne peut pas pour une raison ou une autre.

Baptiste : C’est très étrange : c’est une sensation de manque très clairement qui te prend au niveau de la gorge et tu te dis « ouais il manque un truc ». Et après, dans les périodes où tu es forcé d’arrêter longtemps (imaginons une rhinopharyngite), t’as plus d’apports en nicotine, tu ressens une certaine irritabilité. Un peu comme quand tu as bu beaucoup trop de café mais en beaucoup moins énergique. Ton corps ne veut plus trop répondre, comme si tu manquais de magnésium. En plus, ce qui est terrible quand tu rentres en sevrage, c’est que c’est pas léger comme addiction. C’est très fort, tu es en manque, ton corps le demande de toutes ses forces. C’est en ça que moi j’ai peur de jamais réussir à arrêter, j’espère en avoir la volonté suffisante un jour mais tant que tu n’as pas la volonté au plus profond de toi d’arrêter, c’est impossible d’arrêter.

Clara : Mais même quand on a la volonté suffisante et qu’on arrive à arrêter, ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de dommages collatéraux dans l’histoire. Et par dommages collatéraux, j’entends compensation sur autre chose. Je laisse Paulo vous expliquer comment ça s’est passé pour lui.

Paul : oui, j’ai reporté à mon grand étonnement sur la bouffe. J’ai commencé à bouffer des quantités astronomiques de bouffe, c’était incroyable : mes repas ne ressemblaient à rien, je bouffais pour trois. Moi, la phrase que j’ai souvent eue après avoir arrêté la clope, c’est qu’il me manquait du fun. Je me faisais chier. Pour m’occuper aussi je fumais… Et là, je n’avais plus de clopes et ce que je disais souvent à Nanou, c’était « il me faut une autre drogue, autre chose pour remplacer celle-là. » Parce que celle-là me plaisait. C’était pas par joie que j’ai arrêter de fumer. Je me suis simplement dit que ça serait peut-être mieux. Mais moi, ma clope, c’est ma pote hein. Je l’aime vraiment beaucoup tu vois ? Mais voilà, je suis dans une période de ma vie, je sais pas combien de temps ça va durer et peut-être que ce sera définitif mais en tout cas, j’ai arrêté et par rapport à ce que tu me disais, ouais, la bouffe.

Clara : Bon maintenant qu’on a entendu Paulo nous raconter son histoire et que tous les fumeurs qui veulent arrêter mais qui rechutent sans cesse l’envient énormément, on va revenir à Marianne Wéry pour comprendre quels ingrédients il faut pour qu’un arrêt fonctionne. Pour ça, il faut d’abord que vous sachiez ce qu’il s’est passé après l’écriture de son livre. En gros, elle a tenu à le faire lire au pneumologue qui suivait sa maman, pas du tout dans l’optique d’une publication mais juste pour avoir son avis dessus. Et voilà ce qui s’est passé ensuite.

Marianne Wéry : Il m’a dit « faut en faire un livre ». Je lui ai dit « ça n’intéressera personne, c’est mon histoire, c’est l’histoire de ma maman, comment voulez-vous que ça intéresse les gens ? » Et il m’a dit : « si une seule personne pouvait avoir le déclic d’arrêter de fumer en lisant votre histoire, vous sauveriez une vie. » Parce que dans l’arrêt du tabac, il faut trois choses : un déclic, une méthode et la volonté. La volonté, vous ne pouvez rien y faire : ça c’est le fumeur. La méthode, il n’y en a pas de bonne, pas de mauvaise. Dans le déclic, là, vous pouvez y être. Et là, je l’ai regardé et je lui ai dit « ok, on va le faire. »

Au jour d’aujourd’hui, j’ai 28 personnes qui sont revenues vers moi me dire que j’avais été le déclic pour elles dans le processus d’arrêt.

Clara : En l’écoutant parler de ce déclic, je sais pas pourquoi, j’ai l’image sur mon paquet de cigarettes qui me vient en tête. Vous savez, ces photos horribles avec des slogans hyper culpabilisant ? Je crois que les gens qui les ont conçues l’ont fait dans l’espoir que ce soit un déclic. Perso, j’y suis imperméable. Je demande à Paulo si c’est aussi son cas, quel rapport il avait avec ces images.

Paul : Bah ça ne me faisait rien en fait. Ça ne me faisait rien. En tout cas, ça ne me faisait pas arrêter, ça ne me faisait pas réfléchir. Parce que je savais qu’il y avait des risques mais comme d’habitude, les risques ça tombe que sur les autres et jamais sur soi, c’est bien connu donc je m’inquiétais pas pour moi à ce niveau-là.

Clara : je me demande ce qui fait qu’on finit par s’inquiéter pour soi au point de renoncer à la cigarette. Et ce qui fait que Marianne Wéry a pu avoir une telle influence sur des fumeurs. Un point qui me semble déjà essentiel, c’est qu’elle n’est pas dans la moralisation.

Marianne Wéry : La première chose que je dis quand je donne une conférence, c’est que j’ai beaucoup de respect pour les fumeurs. Je ne tiens pas à donner des leçons de moral. Moi je veux simplement que les gens réfléchissent. Après, ils en tirent les conclusions qu’ils veulent.

Clara : Elle me raconte quelques minutes plus tard les conclusions qu’en a tirées une jeune fille lors d’une de ses conférences.

Marianne Wéry : C’était dans un auditoire. Forcément, j’étais en lumière et les élèves étaient dans la pénombre. Je voyais quelqu’un qui s’agitait devant mais forcément, je ne voyais rien alors je me disais « peut-être que cet étudiant doit passer aux toilettes ou peut-être que ça l’énerve, que ça ne lui plaît pas ». Et dès que la lumière s’est allumée, cette jeune fille s’est levée, a pris les deux paquets de cigarettes dans son sac, les a posés devant moi sur la table et m’a dit : « madame, plus vous parlez, plus je suis malade d’avoir ça dans mon sac. C’est terminé, j’arrête de fumer à partir de maintenant. » Le professeur qui m’avait invitée pleurait : c’était hyper touchant.

Clara : Jusque-là, on a plutôt invoqué la santé ou des raisons qui relèvent de l’émotionnel vis-à-vis du tabac. Je voudrais faire une courte parenthèse sur son impact sur l’environnement. Quelques chiffres déjà qui, comme tous les chiffres n’évoqueront pas grand-chose comme réaction pour le cerveau de plus que « oh merde c’est grave ». Mais avec un peu de chance, ça vous donnera envie de vous renseigner davantage, par exemple en visionnant « Demain » de Cyril Dion. Premier chiffre : chaque année 200 000 hectares de forêt qui sont ainsi détruits pour la seule production de cigarettes. Deuxième chiffre : la nature met environ 12 ans à éliminer un mégot. Et le dernier : quasiment 150 000 mégots de cigarettes sont directement jetés au sol chaque seconde dans le monde. Je demande à Baptiste s’il compte dans ce chiffre, cent cinquante mille.

Baptiste : Moi, en fait, tous les étés, je bosse sur la plage sur la côte et j’en ai marre que les gens jettent leurs mégots partout, sur le sable, pourquoi tu les jettes sur le sable, c’est beau une plage ! Surtout qu’il y a des poubelles partout… Du coup ça m’a vacciné de jeter les mégots par terre, des fois, je les mets dans ma poche, je les oublie, ma poche va puer le tabac mais c’est pas grave, j’ai pas mis mon mégot par terre.

Clara : Bon, c’est au moins ça de pris dirons-nous. Moi, je sais que c’est un truc qui me fait vriller, les mégots au sol. Je veux dire : qu’on se nique les poumons, soit, c’est notre choix. A ceci près qu’on impose le tabagisme passif aux autres mais bref. Par contre, qu’on défonce la planète par flemme de marcher vingt mètres, j’ai un peu plus de mal à comprendre. C’était la minute « sermon », on peut maintenant passez à la fameuse question qui est le signe qu’on approche de la fin, à savoir : qu’est-ce que le tabac t’a apporté ?

Paul : Alors ce que la clope m’a apporté, je dirais que c’est une plus grande confiance en moi au niveau social parce que grâce à la clope, je me suis senti un peu plus intégré. J’ai pas eu beaucoup de potes, d’amis, et j’étais un peu le souffre-douleur au collège (un peu, carrément) et j’ai l’impression que la cigarette a donné une image un peu plus mature de moi. Et c’est peut-être une connerie ce que je vais dire, d’ailleurs c’est certainement complètement faux, mais peut-être que les gens autour de moi se sont dit peut-être que j’étais un peu plus… respectable.

Clara : Ecoutons maintenant la réponse de Baptiste à la même question : vous allez voir qu’il y a de légères similitudes…

Baptiste : Je dirais pas que ça m’a apporté un statut social mais l’idée d’un statut social dans ma tête en fait. J’étais quelqu’un qui avait du mal à aller vers les autres quand j’étais petit ? Je me sentais pas à l’aise de m’intégrer de force dans un groupe. La clope, ça m’a apporté cette flexibilité, le fait d’aller voir n’importe qui parce que quand tu apprends à gratter des clopes, bah tu peux tout faire. De ce fait, ça m’a apporté d’une part cette capacité à dialoguer avec beaucoup de monde parce que dans les pauses clopes, tu rencontres toujours des gens (et justement, dans ce pauses clopes, j’ai rencontré des gens formidables) donc ça m’a apporté une très grande richesse, de très bons amis que je n’aurai peut-être pas rencontré dans d’autres circonstances.

Clara : On passe maintenant aux trucs que le tabac a pris à Baptiste.

Baptiste : Le tabac, ça m’a pris du cardio, beaucoup de cardio (rires) Oh putain c’est terrible, dès que je fais du sport maintenant, je me rends compte. Et ça m’a pris de la thune aussi. Parce que quand même, si j’avais économisé tout ce que j’avais mis en clopes…

Clara : Ah bah c’est clair qu’on finance l’état : sur un paquet de dix balles, plus de 80% part directement dans ses caisses pour financer le budget de la sécurité sociale mais aussi la mutualité sociale agricole (MSA), les caisses d’allocations familiales (Cnaf) ou encore la couverture maladie universelle (CMU). Alors, qu’on ne vienne pas nous dire que les fumeurs ne participent pas à l’effort national hein… Bon, plus sérieusement, la question qui se pose une fois qu’on est tombé dedans, c’est est-ce qu’on regrette d’avoir tiré sur la première clope ? Qu’est-ce qu’on dirait à l’ado qu’on était qui s’est laissé tenter ? Voici la réponse Baptiste :

Baptiste : Je lui dirais « sois pas aussi con que moi ». Dans le sens où à 14 ans, tu te dis « non, je vais pas tomber accroc, c’était juste une fois ». Sauf que si, tu vas tomber accroc, c’est fait pour, c’est moléculaire, ton corps va en vouloir ! Je lui dirais de ne pas se croire plus fort que ce qu’il n’est vraiment, qu’il n’est pas au-dessus du reste.

Clara : Un truc qu’il faut avoir en tête, c’est qu’aujourd’hui, on a l’info et qu’il est à peu près clair dans l’esprit de n’importe quel jeune que le tabac est nocif pour la santé. Il y a cinquante ans, c’était loin d’être le cas. Je l’ai d’autant plus réalisé quand Marianne m’a raconté comment sa mère est entrée dans le monde de la cigarette.

Marianne Wéry : Donc en fait, elle a fumé sa première cigarette à l’âge de quatorze ans. Maman est née juste avant la guerre (en 37) et pendant la guerre, sa famille a eu très faim. Et lorsqu’après la guerre, on peut se permettre d’acheter des cigarettes, ça veut dire qu’on a récupéré suffisamment d’argent pour se permettre d’acheter ce qui n’est pas essentiel, si on peut se permettre d’acheter le superflu. Et donc, maman avait fait une bonne action et elle a reçu de ses parents en cadeau une cigarette. Donc elle n’a jamais associé l’aspect négatif au fait de fumer puisque pour elle, c’était une récompense. Donc tout est parti de là. Et puis, elle a bien aimé. Puis si vous regardez les films d’après-guerre eh bien, dans tous les films, ils fument hein. Donc où est l’aspect négatif ? Il n’y en a pas… Au contraire, ceux qui sont mal dans leurs peaux, qui veulent se donner un peu de contenance, ils fument pour se donner un genre ou des choses comme ça. En tout cas, c’est ce qu’on voit dans les films d’époque !

Clara : Et même encore aujourd’hui, la cigarette est glamourisée par le cinéma. Entre 2015 et 2019, 90,7% des films français comprennent au moins un événement, un objet ou un discours en rapport avec le tabac… « Plus vous allez voir quelqu’un fumer, plus votre système de récompense va avoir envie de reproduire le plaisir que vous voyez et que vous avez inscrit dans votre schéma de récompense », a d’ailleurs dit le délégué à la prévention de la Ligue contre le Cancer et c’est vrai : si il y a bien un moment où je savoure une clope, c’est quand je sors du ciné. Bref, on s’achemine vers la fin du podcast mais avant de le clôturer complètement, je vais laisser le dernier mot à Paulo à qui je vais d’abord poser la même question qu’à Baptiste : qu’est-ce que le tabac lui a enlevé ?

Paul : J’ai du mal à répondre à ça. Parce que comme je te l’ai dit, moi, la clope, c’est ma pote. Bien sûr que ça m’a pris de la thune au final mais j’ai jamais trouvé que c’était de la thune gâchée. Parce que j’aimais ça et que quand tu aimes quelque chose, je ne trouve pas ça con de dépenser de l’argent là-dedans. C’est bien, au contraire, pourquoi se priver, t’aimes ça ? T’aimes ça ! Donc vas-y, si t’as envie de payer pour ça, fais-le.

Clara : Je crois que Paulo n’est pas un grand adepte du concept de regrets. J’envie ce rapport là au monde et à la vie.  

Paulo : Je regrette pas du tout d’avoir été fumeur hein. J’aurais regretté d’avoir été fumeur si, à cause de ça, je serais tombé malade où je serais sur un lit d’hôpital à l’article de la mort ou à cause de ça, je sais pas moi, une maladie… Une sale maladie bien dégueulasse. Mais là, non, je ne regrette pas, pas du tout. Et me connaissant, je suis même pas sûr que j’aurais regretté si j’étais tombé malade. Je me serais dit : « c’est sur toi que ça tombe ». Voilà et c’est tout, point barre. Et c’est que ça devait me tomber dessus et bien fait pour ma gueule. Mais j’aurais pas regretté. J’ai kiffé mes cigarettes, chaque cigarette, à part la 1ère (rires) et la 2ème et la 3ème forcément, mais en tout cas, j’ai kiffé toutes mes clopes, c’est sûr.

Clara : Si j’ai décidé de clore le podcast par cet extrait, ce n’est pas tant pour encourager la clope que pour vous encourager à être ok avec vos choix, que ce soit ceux que vous avez faits dans le passé ou ceux que vous faites maintenant. Un des pires trucs pour se sentir mal, c’est de ne pas être aligné avec ses valeurs. Alors si vous avez envie de fumer, que vous savez pourquoi vous le faites et que la balance coût/bénéfice oscille en faveur de la clope, continuez. Je serais bien mal placée pour vous dire le contraire. Par contre, je crois qu’on se doit à nous-même de se renseigner pour pouvoir choisir en pleine conscience ce qu’on fait de notre consommation de tabac. La politique de l’autruche, c’est confortable mais accéder à l’info, c’est indissociable de la liberté. Alors, quand on sait que l’addiction est déjà une prison, inutile de dédoubler la cage en choisissant l’ignorance, non ? C’est en tout cas ce qui me pousse à vous proposer un podcast toutes les semaines cet été et à partir récolter des témoignages pour vous. Je tiens à remercier chaleureusement Paulo, Baptiste, Marianne Wéry et Alain Titeca pour leur confiance et le temps qu’ils m’ont consacré. J’espère que la quasi-heure que nous venons de passer ensemble aura été riche d’enseignements pour vous et je vous dis à la semaine prochaine, même jour, même heure, pour discuter de la cocaïne cette fois ! 

Prenez soin de vous !

Jingle

Notes du podcast :

Alain Titeca : https://www.alain-titeca-sexologue.com/

Marianne Wéry : https://www.facebook.com/Marianne-W%C3%A9ry-auteure-105122700306666/

Fumer à tout prix : Je t’en supplie, maman, arrête de fumer : https://www.amazon.fr/Fumer-tout-prix-supplie-arr%C3%AAte/dp/2930969040

Animal de Cyril Dion : https://www.animal-lefilm.com/

Rapport entre nicotine et stress :

Le stress est augmenté par la nicotine

https://www.maad-digital.fr/articles/le-double-jeu-de-la-nicotine-avec-lanxiete

Liens utiles :

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