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Quatrième épisode de « Trouble Fête » : les TCA

Clara – créatrice du podcast : Chers auditeurs, chères auditrices, je suis très heureuse et un peu angoissée il faut bien l’admettre de vous retrouver dans ce 4ème épisode du podcast estival de « Behind The Society », Trouble Fête. Pourquoi ? Eh bien parce qu’on va se pencher sur les Troubles du Comportement Alimentaire et que c’est une problématique qui a une place particulière pour moi. Et avant de vous en dire plus, permettez-moi de vous présenter les quatre personnes qui interviendront dans cet épisode. On aura avec nous Florence Houssin qui a pris la décision de se consacrer uniquement à la nutrition après 25 ans de médecine générale et qui a réalisé plusieurs formations sur le sujet, notamment en 2021, année durant laquelle elle a validé un diplôme universitaire sur les TCA. Il y aura également Noluen, 25 ans, qui a été atteinte d’hyperphagie boulimique pendant plusieurs années et Joanie Godin, autrice du livre « Moi j’mange » dans lequel elle raconte le parcours d’une adolescente obsédée par la nourriture. Enfin, le dernier invité est quelqu’un que je connais bien, très bien même dans la mesure où il s’agit de mon petit frère, Florian. Je vous arrête tout de suite : lui ne souffre d’aucun trouble du comportement alimentaire mais c’est un proche de quelqu’un qui a été atteinte d’anorexie boulimie pendant plusieurs années et pour qui la boulimie vomitive est encore présente aujourd’hui. Ce quelqu’un, c’est moi, Clara, créatrice de ce podcast. J’ai hésité quant à la posture à adopter dans cet épisode mais il me semble que mon parcours peut servir d’autres personnes que moi et que les réflexions de Florian peuvent se révéler pertinentes si vous êtes vous aussi proche d’une personne atteinte d’un TCA. Ces trois lettres, elles vont être souvent employées au cours de l’épisode : on parle de Troubles du Comportement Alimentaire lorsqu’une relation inhabituelle à la nourriture associée à une souffrance psychique s’installe durablement et qu’il y a des conséquences pour la santé. Florence Houssin nous en dit plus.

Florence Houssin : Si je me réfère à la classification de psychiatrie (donc le DSM5 le dernier ; c’est un manuel de statistiques et de développement des troubles mentaux), il y a donc trois pathologies essentielles : l’anorexie, la boulimie et ce qu’on appelle l’hyperphagie boulimique, le BED (parce que c’est les initiales anglaises). Voilà, ça c’est les trois principales et la plupart des gens sont dans une de ces catégories. Y a une dernière sous-classe qui est un peu les troubles non spécifiques.

Clara : La plus connue des pathologies que Florence Houssin vient d’évoquer, c’est probablement l’anorexie même si l’image que l’on s’en fait est très éloignée de la réalité. En effet, la pensée commune l’associe presque exclusivement à une maigreur extrême alors que c’est loin d’être le seul critère ou même un critère suffisant à un quelconque diagnostique. Dans cet épisode, on va plutôt se concentrer sur la boulimie et l’hyperphagie boulimique puisque c’est du côté de l’addiction alimentaire que j’ai envie de creuser. Et avant d’aller plus loin, je veux savoir si elle est reconnue scientifiquement.

Florence Houssin : Quand on se réconforte avec de l’alimentation, notamment sucrée ou grasse, on élève le taux de dopamine dans le cerveau, donc l’hormone du plaisir et on s’y habitue en fait. Donc pour retrouver ce même plaisir, il faut augmenter tout le temps la quantité, progressivement. Donc on peut dire qu’il y a une forme d’addiction par rapport à ça.

Clara : Mais pour l’instant en tout cas, ça ne fait pas consensus que les TCA comme l’hyperphagie ou la boulimie soient une addiction à la nourriture ? Le terme addiction, il est…

Florence Houssin : Il est de plus en plus évoqué : on pense qu’on arrivera à le démontrer de façon plus claire parce qu’il y a d’autres choses qui interviennent qui tendent à penser que y a une forme d’addiction, oui (les endorphines qu’on sécrète par exemple).

Clara : Ayant moi-même expérimenté des centaines de crises de boulimie au cours de ma vie, j’ai la quasi certitude que l’addiction est caractérisée, ne serait-ce que par le seuil de tolérance qui augmente sans cesse, la perte de contrôle au moment où le besoin surgit et puis, la honte qui l’accompagne, évidemment. Mais on aura l’occasion de revenir sur ces critères plus tard. Avant, je vais laisser la parole à Joanie Godin, une autrice canadienne âgée de 38 ans qui a écrit l’histoire de Billie, 15 ans, une habituée des régimes que l’on va suivre pendant plusieurs mois au fil de ses crises et de la prise de conscience de sa maladie, l’hyperphagie boulimique. Joanie met le doigt avec beaucoup de justesse sur la complexité de développer un TCA pour un être humain qui doit manger pour survivre. Je vous laisse écouter : vous allez comprendre.

Joanie Godin : Elle, sa dépendance, c’est la nourriture. Et la plupart des dépendances, mettons l’alcool, la drogue, des choses comme ça, on peut arrêter complètement tandis que quand on est dépendant de la nourriture, on ne peut pas. Je donne toujours l’exemple que c’est comme si on disait à un cocaïnomane « oui y a pas de problème, tu vas arrêter mais tu vas quand même prendre de la coke trois fois par jour ». Donc c’est un trouble qui est différent dans ce sens-là.

Clara : En l’écoutant, je pense à toutes ces fois où j’ai rêvé que l’alimentation soit sous forme de pilules sans goût pour ne plus avoir à me confronter à ce problème. L’abstinence, c’est un concept inaccessible dans le cadre d’un TCA et il faut utiliser d’autres moyens pour s’en sortir. On va écouter l’histoire de Noluen qui a elle aussi souffert d’hyperphagie. Oh et pour celles et ceux qui ne connaissent pas les termes, pas d’inquiétude, la définition exacte arrive vite…

Noluen : Donc je m’appelle Noluen, j’ai 25 ans et je suis nutritionniste spécialisée dans la prise en charge des TCA. Moi, ça a toujours été très conflictuel avec mes parents à la maison donc les repas c’était toujours des moments de très grande tension donc c’était loin d’être agréable et même quand ils étaient pas là, j’étais toujours angoissée à l’idée de manger de la nourriture quand j’étais toute seule. Quand je rentrais du collège, je me disais « oh ce que je mange, c’est trop sucré », j’avais déjà beaucoup de peur par rapport à mon alimentation. Comme je m’infligeais aussi énormément de sport, je me mettais beaucoup la pression et forcément, le contenu qu’il y avait dans mon assiette allait aussi avec toute cette notion de contrôle et j’avais peur de perdre le contrôle de par mon alimentation quoi…

Clara : Retenez bien ce mot : contrôle. On l’associe facilement à l’anorexie mais il est également central dans l’hyperphagie boulimique et dans la boulimie puisque les crises de boulimie sont souvent la conséquence d’un hypercontrôle sur l’alimentation qui a duré trop longtemps ou qui a été beaucoup trop stricte. Bon, évidemment, il serait réducteur de croire que les TCA ne sont dus qu’à ça mais il faut reconnaitre que le besoin de surveiller son assiette est un terrain propice à une alimentation qui risque de se révéler de plus en plus troublée… La preuve :

Clara : Souvent, les TCA vont apparaître après un régime…

Florence Houssin : Oui, souvent ça commence par ça. On se dit « si je perdais un ou deux kilos, ça serait pas mal du coup je commence un régime » et souvent ça marche plutôt bien au début, on est content sauf qu’au bout d’un moment, on ne peut plus continuer à maigrir. Et là, on se dit « zut, qu’est-ce qui se passe ? » et on craque. On engage une lutte contre soi-même et ça s’appelle la restriction cognitive tout ça.

Clara : Et bim, le cercle vicieux est enclenché. Pour vous raconter un peu ma vie, c’est exactement ce qui s’est passé pour moi : j’avais 17 ans, envie de perdre 5 kilos pour une raison qui échappe à la rationalité car mon corps était dans les standards à ce moment-là et le jour où j’ai atteint le chiffre tant désiré sur la balance, ce n’est pas de la satisfaction que j’ai ressentie mais une sorte de fierté un peu malsaine qui me chuchotait que ce n’était pas assez. Alors, j’ai continué sauf que la perte de poids s’est vite accompagnée de pulsions incontrôlables : j’ai alors dit welcome aux crises de boulimie et au revoir à mon dégoût du vomi. Ma chance, ça a été de sortir du déni au bout de pas trop longtemps. Fin, surtout quand je compare mon vécu à celui de Joanie Godin…

Joanie Godin : Moi, quand j’ai découvert que j’avais ce trouble-là, j’avais 26 ou 27 ans et puis ça faisait dix ans, même plus que ça, depuis que j’étais enfant que j’étais obsédée par la nourriture, par mon poids, par tout ce qui était en lien avec la nourriture dans le fond et je me suis toujours dit que si j’avais été diagnostiquée plus tôt, ça aurait complètement changé le cours de ma vie. Je n’aurais pas passé toutes ces années-là à ne pas comprendre ce qui se passait avec moi. Je disais souvent la blague que j’étais une boulimique amnésique qui oubliait de se faire vomir parce que c’est ça l’hyperphagie : c’est la même chose que la boulimie donc c’est des épisodes de rage de nourriture entre autres mais sans la purge qui vient par la suite. Je savais pas que c’était un trouble du comportement alimentaire moi, je pensais juste que j’avais pas de volonté.

Clara : Je crois que c’est le moment de demander à Florence Houssin la définition d’hyperphagie boulimique et de crise de boulimie, histoire que l’on soit tous d’accord avec la définition des termes.

Florence Houssin : On va commencer par l’hyperphagie boulimique parce que dedans, il y a la description d’une crise de boulimie. Il y a deux caractéristiques dans une crise de boulimie, c’est : absorption dans un temps limité d’une grande quantité de nourriture et sentiment de perte de contrôle sur le comportement alimentaire pendant la crise. Ça, les gens le disent d’eux-mêmes : ils n’ont plus aucun contrôle sur ce qu’ils mangent. Des gens qui mangent sans faim. F-a-i-m et f-i-n. Et aussi c’est mangé seul parce qu’ils sont très gênés. Dans tous les troubles, il y a de la honte finalement. Au début, pas forcément mais après, oui. La définition aussi, c’est au moins une crise par semaine pendant trois mois. Ça, ça a évolué : l’avant-dernier classement, c’était moins souvent que ça. Et dans l’hyperphagie boulimique, ils n’ont pas de comportement compensatoire.

Clara : Pas de comportement compensatoire, certes, mais beaucoup de honte quand même. Je demande à Joanie comment elle a surpassé cette honte au point d’exposer son histoire sur la place publique car Billie a beau être un personnage, sa créatrice assume parfaitement qu’elle est en grande partie autobiographique.  

Joanie Godin : J’ai commencé à en parler, ça a été quand même assez long.. ; Et puis en fait, la raison de pourquoi j’ai commencé à en parler, c’est avant d’écrire le livre, j’étais tombée sur un article de journal qui parlait de ça, je crois que c’était un témoignage et ça disait (je crois) que c’était 4 ou 5% de la population qui en souffrait et je me suis dit « mais non c’est sûr que c’est beaucoup plus que ça parce que juste dans mon entourage, je vois des comportements et je pense que c’est des tendances claires d’hyperphagie. Des amies qui me disaient qu’elles s’arrêtaient en chemin de la maison avant d’aller souper pour se gaver au Macdo en cachette dans la voiture ». Je me disais « ok, cette personne-là aussi souffre de ça mais elle ne le sait pas ». J’ai fait un statut Facebook avec cet article-là en disant « moi je n’en parle jamais mais j’ai découvert que je souffre de ce trouble alimentaire-là et je me suis dit que c’est un article hyper intéressant parce que peut-être que des gens vont se reconnaître là-dedans. » Mais moi c’était juste une publication que j’ai même hésitée à faire ; c’était pas de la honte mais avouer qu’on a un trouble alimentaire sur la place publique, c’est pas évident. Et c’est le lendemain que j’avais un courriel de la maison d’édition (parce que j’avais déjà publié un livre chez eux) où ils me demandaient d’écrire ce livre-là.

Clara : Dans « Moi, j’mange », Joanie Godin a écrit : « « WOW ! C’est moi ou tu as vraiment maigri pendant l’été ? » Je me désole intérieurement de ne pas être celle à qui on pose cette question. Visiblement, une autre fille a réussi là où, moi, j’ai échoué plus d’une fois ». Ici, elle met le doigt sur le rapport au corps. Bon, je ne vais pas faire comme si c’était un scoop hein, pas besoin d’être un génie pour deviner qu’il est corrélé avec le TCA dans la majorité des cas. Je demande à Noluen quel regard elle avait sur son physique à l’adolescence.

Noluen : Je lui en ai toujours beaucoup voulu en fait : je détestais mon bourrelet au ventre alors que je faisais du 34 et qu’aujourd’hui je fais du 42 et que ça me pose plus de problème donc je pense que j’étais vraiment… Et puis je me trouvais trop voutée, j’étais pas assez droite, mes épaules étaient pas comme je voulais, c’était pas assez féminin, j’avais vraiment tout une liste de choses que j’aimais pas et je me disais « si je suis grosse, je ne vaudrais plus rien. » ça ne valait plus le coup d’être en vie si j’étais grosse quoi…

Clara : Les mots sont forts, presque inaudibles pour quelqu’un qui n’a pas vécu la maladie mais je sais à quel point la maladie peut les faire paraître réels. Dans un bouquin qui s’appelle « Beauté Fatale » et que je vous conseille vivement, Mona Chollet écrit « Être obsédée par son poids, enchaîner les régimes, se voir plus grosse que l’on n’est, s’interdire certains aliments, révérer la minceur est un comportement féminin banal. On peut donc présumer que les accidents individuels, les dysfonctionnements psychiques ou familiaux ne sont pas les causes premières de l’anorexie, mais des éléments déclencheurs qui privent certaines femmes de leurs défenses face à des représentations et des attentes sociales subies par toutes, les faisant basculer dans la pathologie. » Je demande alors à Noluen de me parler un peu de son frère et de sa sœur. Après m’avoir confiée que cette dernière avait également été atteinte d’hyperphagie boulimique dans le passé, elle me fait part de ses réflexions sur le prisme du genre quant à la question de l’alimentation.

Noluen : Mon frère bah, il était sportif de haut niveau donc il a toujours eu besoin de la nourriture mais j’ai l’impression qu’il avait moins de blocages par rapport à ça. Mon frère a toujours été autorisé à manger : comme c’était un homme bah il avait besoin de calories, lui il se dépensait, il en faisait toujours plus que nous… A effort égal, il en avait toujours besoin de plus. Et puis même par mon métier, j’ai jamais eu de patients hommes. Donc je pense que c’est un problème sociétal, plus largement.

Clara : Et ce n’est pas Joanie Godin qui va prétendre le contraire… Ecoutez sa réponse quand je la lance sur le sujet.

Clara : Mais quand même, on est dans une société où on a une injonction permanente sur notre poids et les remarques du style « oh tu as perdu du poids, ça te va super bien », elles sont hyper banalisées. Comment toi tu as l’impression que ce culte de la minceur a influencé l’apparition de ton hyperphagie dans ta vie ?

Joanie Godin : C’est sûr que les magazines, l’adolescence, les films à la télé ne montrent que des filles belles et minces. Et puis dans ma carrière, moi j’ai été journaliste et on m’a carrément dit que si je voulais faire de la télé, moi je devais perdre du poids. Et à ce moment-là, mon trouble n’était pas réglé et je venais en plus d’en perdre vraiment beaucoup et cette simple phrase-là, alors que je ne voulais même pas faire de la télévision (j’étais en journalisme pour faire de l’écrit), ça a déclenché une crise chez moi énorme et j’ai repris plusieurs kilos par la suite… La personne qui me l’a dit elle-même, c’était un homme et il avait lui-même un surplus de poids. Mais dans ce milieu-là, les hommes ont le droit d’être gros et pas les femmes.

Clara : Je brûle d’envie de m’étendre sur la question mais il y a encore beaucoup à aborder alors je vais juste relayer les propos de la spécialiste de ce podcast sur le sujet.

Clara : Dans mon imaginaire à moi et ce qui est plutôt dans la pensée majoritaire, c’est que c’est plutôt des femmes qui ont des TCA ?

Florence Houssin : ça, oui. On peut le chiffrer : 90% des femmes.

Clara : Y compris dans la boulimie et l’hyperphagie ?

Florence Houssin : Dans tout, oui.

Clara : Est-ce que ce serait pas aussi dû au fait que les hommes ont plus de mal à consulter ?

Florence Houssin : Non, on pense que c’est plutôt dû à l’image du corps mince qui est tellement vu partout que les femmes sont plus sensibles à ça que les hommes.

Clara : C’est clair que quand on lit que plus d’une femme sur deux en France a déjà fait un régime, on ne peut pas nier que la société a fait du poids une question centrale pour la gent féminine. Attention hein, je ne prétends pas que les hommes ne souffrent pas de TCA : j’en ai rencontré, plusieurs, et je crois que l’éducation qu’on leur a donné qui les incite à considérer le fait de demander de l’aide comme de la faiblesse doit leur compliquer la tâche, encore plus qu’à nous les femmes. Messieurs, ne vous sentez donc pas exclus de ce podcast : il me semblait simplement essentiel de rappeler à quel point les injonctions sur le corps des femmes jouaient un rôle dans l’apparition des TCA. On va embrayer sur la voix de mon petit frère à qui je demande comment il a vécu mon entrée dans la maladie, s’il a perçu les changements. Juste, pour donner du contexte : on n’habitait déjà plus ensemble à ce moment-là depuis un an.

Florian : Bah à 13 ans, TCA c’est pas quelque chose que tu connais particulièrement… Donc tu sens bien qu’il y a quelque chose qui est bizarre, qui ne va pas mais tu peux pas mettre le mot TCA dessus. Et c’est à partir du moment où tu m’as expliqué ce que c’était que… Fin j’ai eu besoin de ton explication quoi !

Clara : Et est-ce qu’avant que je ne te le dise, tu avais vu des trucs étranges au niveau de mon alimentation ou de mes changements physiques ou autre ?

Florian : Bah tu te protèges pas mal… En plus, comme tu es une personne assez renfermée là-dessus… Fin quand ça va pas, tu ne vas pas… surtout quand j’avais treize ans, tu ne venais pas m’en parler et j’étais très très loin de tout ça. Donc bon, je laissais couler et puis au bout d’un moment tu m’en as parlé et bah…

Clara : Tu te souviens de comment je te l’ai dit ?

Florian : Tu m’as juste expliqué ce qu’il en était.

Clara : Ok. Et j’ai dit les mots anorexie et boulimie ou pas ?

Florian : Oui, tu as dû les dire. Mais tu les as dits vite (rires)

Clara : Quatre ans plus tard, je ne m’y attarde toujours pas mais ce ne sont plus des tabous. Ils font partie de mon vocabulaire et je les mobilise sans problème quand on me pose des questions ou que je me sens d’en parler à quelqu’un. Il n’empêche : j’ai l’impression que toute ma vie, le terme « boulimie » restera rattaché à un truc un peu sale, un peu tabou, un mot que ma voix prononcera toujours un peu plus bas que le reste de la phrase. Un mot dans lequel j’ai l’impression de me complaire parfois, que je brandis pour justifier mon mal-être et pour ne pas avoir à creuser ses causes plus profondes. D’ailleurs, ça me fait penser au fait que Florence Houssin ne l’a pas encore défini : on va tout de suite remédier à ça !

Florence Houssin : La boulimie nerveuse, c’est des crises récurrentes et il y a des comportements compensatoires associés. Ça, c’est la grosse différence. Donc c’est des gens qui mangent beaucoup et qui après vont se faire vomir, ou prendre des diurétiques, ou des laxatifs, ou faire des jeûnes ou s’investir à fond dans le sport. Et l’estime de soi, elle est souvent très influencée par la forme corporelle ou par le poids. Ce sont des gens qui se définissent en qualité par rapport à ce qu’ils sont au niveau de leur apparence ou de leurs poids.

Il y a deux types d’anorexie mentale : la restrictive et celle dont on parlait, la boulimie avec des purges, des laxatifs ou autres… Voilà.

Clara : Moi, il y a quatre ans, j’étais atteinte d’anorexie boulimie. Aujourd’hui, mon poids est retourné à la normale, ma vie sociale n’est plus beaucoup parasitée par mon rapport à l’alimentation mais les crises de boulimie sont toujours présentes et même parfois quotidiennes selon la période. J’ai mis du temps à saisir les subtilités de langage et à les employer car, même en les expérimentant, les mots semblent souvent un peu trop étroits. Je demande à Noluen si ça a aussi été son cas.

Noluen : Ils sont entrés assez tôt dans ma vie puisque de par mon métier de nutritionniste, j’avais l’habitude de les employer mais comme je ne les avais jamais expérimentés, ça n’avait pas du tout la même connotation et je les ai vraiment intégrés quand j’ai expérimenté l’hyperphagie il y a trois ans, quand j’ai commencé à sentir une perte de contrôle qui m’a fait très très peur où je me suis dit « y a un problème et c’est un gros problème. »

En fait, j’étais nutritionniste à l’hôpital depuis la fin de mon diplôme en 2017 et en 2018, je rentre de l’étranger et je développe une maladie chronique du foi qui s’appelle la candidose digestive et le médecin me préconise de ne pas manger de sucre ajoutée, pas trop de féculents non plus, pas de produits laitiers, pas de gluten, pas d’alcool et là ça m’a complètement détraquée en fait. En plus, c’était dans une période où j’étais très stressée et je commençais à prendre du poids et je me suis vue grossir et en fait, j’avais toujours réussi à maintenir ce 36/38 dans ma vie et là, je voyais que je commençais vraiment à grossir alors qu’en plus j’avais des restrictions et là, ça m’a fait paniquer et j’ai pété un câble (rires)

Clara : Quand elle dit « péter un câble », j’entends « faire des crises ». Alors je lui demande comment ça se passait concrètement.

Noluen : J’habitais à Rouen à ce moment-là, j’étais dans mon appartement et j’avais super faim (j’avais enlevé les féculents de mon alimentation) et je me disais « faut que je mange autre chose à la place des féculents » et du coup, je mangeais 12 yahourts, plein de viande, plein de protéines… ça devenait complètement anarchique quoi ! Comme j’ai toujours été dans le contrôle, ça m’a posée vraiment un problème de fierté quoi. En plus j’étais nutritionniste et j’avais un problème avec l’alimentation quoi… Donc ça faisait une sorte de non-sens dans ma tête donc c’était impossible pour moi de me l’avouer vraiment. Je sentais que ça n’allait pas mais j’ai mis je pense trois/quatre ans avant de légitimer ma détresse par rapport à ça.

Clara : Aaaah la légitimité… Vaste sujet mais on peut quand même voir ici que le syndrome d’imposteur impacte jusqu’à la santé physique et mentale et que faut vraiment qu’on apprenne collectivement à lui foutre un gros coup de pied au cul. Mais au-delà de l’illégitimité, je devine une autre émotion. Est-ce qu’elle a ressenti de la honte ?

Noluen : Oui, énormément en fait. Enormément de honte et puis, pour moi, ça faisait vraiment une connotation de grosse, de manque de volonté, de dégoût en fait… Parce qu’autant je trouvais qu’être accroc au travail, au sport, aux voyages, c’était stylé mais être accroc à la nourriture, ça avait vraiment… c’était trop péjoratif pour que je puisse me dire « oui je suis accroc à la nourriture ».

Clara : Je comprends. Je comprends parce qu’il n’y a rien de glamour à manger quatre kilos de bouffe, à avoir le ventre enflé, les larmes aux yeux et, dans mon cas, à foncer dans les toilettes se vider. On se hait de ce qu’on assimile à un manque de volonté dans ces moments-là et le regard de l’autre est insupportable. J’en parle avec mon frère.

Clara : Est-ce que tu as capté à quel point j’avais honte ?

Florian : Ah oui. Tu comprends très vite.

Clara : Et comment t’as capté ça ?

Florian : Bah je te connais. Je suis ton frère.

Clara : Je t’ai dit clairement « j’ai honte » ?

Florian : Bah non !!! Clara… Tu te connais quand même ?

Clara : (rires) Mais alors comment tu l’as vu ?

Florian : Tu passais vite sur les mots. Par exemple, anorexie et boulimie, tu ne les as pas prononcés… Fin tu n’as pas dit « anorexie Florian », tu as très vite expliqué et tu étais très factuelle et pas beaucoup dans l’émotionnel. 

Clara : Je sais pas si tu te souviens, pendant le confinement (celui qu’on a passé ensemble – le 1er du coup), c’est le moment où je me suis retrouvée de nouveau confrontée à la vie en groupe (puisque j’habitais seule depuis deux ans) et là, je me suis retrouvée en famille de nouveau. On était dans une petite maison et je pense que c’est là où tu as dû m’entendre vomir plusieurs fois et même, j’ai déjà fait une crise de boulimie devant toi il me semble…

Florian : Oui, plusieurs fois même.

Clara : Comment toi tu l’as vécu ? Moi je me souviens que c’était terrible la première fois que c’est arrivé et j’avais ma sœur et toi qui me disiez « on s’en fout »…

Florian : Ah mais moi pour le coup, je m’en foutais, vraiment. C’était peut-être terrible pour toi, fin ça avait l’air vu ton rapport avec la nourriture mais moi… Parce que tu vois, moi, dans ma chambre, je peux me faire un paquet de lions en une heure quoi…

Clara : J’ai toujours envié le rapport de mon frère à l’alimentation. D’abord parce qu’il mange ce qu’il veut et ne prend pas un gramme. Ensuite parce que c’est d’une simplicité enfantine pour lui. Il peut manger quatre glaces et puis rien pendant deux repas. C’est un non-sujet : il n’a juste pas faim ensuite. Bref, il s’autorégule et écoute son corps. Le graal pour moi, qui cherche encore mes repères dans l’assiette. Pour revenir à cette histoire de crises de boulimie, je voudrais quand même insister sur le décalage que créé notre cerveau entre ce qui se passe réellement et ce qu’on ressent au fond de soi. La première fois que je suis tombée nez à nez avec ma sœur alors que je mangeais, je me suis sentie comme une meuf énorme qui ne valait rien. J’ai bondi sous la table. Un réflexe débile qui a dédramatisé le truc parce qu’après avoir senti les larmes monter, on a toutes les deux éclaté de rire devant l’absurdité de la situation. Elle s’est installée en face de moi et m’a dit que je pouvais manger devant elle, qu’elle s’en foutait que je défonce trois paquets de princes et que j’aille vomir après, que c’était pas grave. Et que d’ailleurs, elle se prendrait bien un truc à grignoter aussi. Vous ne pouvez pas savoir à quel point ça m’a fait du bien cet épisode. Malheureusement, pour Joanie, il n’a pas été possible d’atteindre ce degré d’intimité avec sa famille. Même après la sortie de son roman…

Joanie Godin : Le poids, l’obsession des régimes, de la nourriture, ça fait partie de ma famille aussi. Et puis, en toute honnêteté, mon père n’a pas voulu lire ce livre-là. Il m’a dit « je vais attendre le prochain ». Parce que dans le fond, il avait lu juste une scène, celle où mon personnage se fait dire par sa grand-mère qu’elle est grosse, parce que ça moi ça m’est arrivé j’ai juste changé l’ordre (c’était pas ma grand-mère, quelqu’un d’autre de la famille) et cette scène-là, tout est vrai dans ce qui est écrit puis je l’ai juste faite lire à mon père et il a pas été capable de lire le reste. C’est quelque chose encore tabou…

Clara : C’est quelque chose que je conçois très bien même si vous pouvez croire le contraire dans la mesure où j’en parle librement devant un micro avec mon frère. Mais j’ai beau être capable de faire ça aujourd’hui et lui aussi, il n’en reste pas moins que c’est un sujet complexe et qu’on n’en parle pas entre le fromage et le dessert dans ma famille. Avec Florian en plus, il y a un truc sur lequel ça coince. C’est qu’il ne peut pas s’empêcher d’assimiler le fait que je continue à faire des crises de boulimie au bout de quatre ans à un manque de volonté. Je vous laisse écouter un bout de notre discussion sur le sujet.

Florian : En tant que proche, on se pose tous des questions de « ah ouais, c’est où notre place dans cette merde quoi ? » Je comprends toujours pas que la volonté ne suffise pas quoi. C’est quelque chose que je ne capte toujours pas. Moi, je te dis, le seul positionnement que je prends et que je veux avoir, c’est celui du « je suis contre ça ».

Clara : mais ça veut dire quoi t’es contre ? T’as personne sur cette Terre qui est pour que quelqu’un qu’il aime se fasse vomir !…

Florian : Oui mais tout le monde ne te l’exprime pas. Y en a qui qui ont peur, qui vont se dire « oh non, faut pas l’aborder, faut en parler… » Moi, mon rapport est assez cru. C’est « c’est de la merde et même si c’est chaud, ça peut être compliqué mais faut lui dire casse-toi à ce truc ».

Clara : On est au cœur du sujet là. A l’endroit précis où Florian entend « fatalité » quand je dis « maladie » et où il voit un choix là où je vois une servitude. Il y a des fois, je suis très en colère contre lui et je lui en veux d’avoir ce positionnement. J’ai envie de me justifier et de lui dire que bordel, on ne subit pas des vomissements quotidiens par manque de motivation, que c’est pas une question de discipline et que vraiment, c’est injuste de me faire miroiter ça. Et puis, d’autres fois, ça me fait curieusement du bien de ne pas être pathologisée et qu’on ne prenne pas de pincettes avec moi. Des fois, je me dis qu’il a raison, que je me complais dans ce TCA malgré la souffrance qu’il occasionne et que je dois me bouger. Mais au risque de le décevoir, je crois qu’il se trompe en pensant que la volonté suffit. Elle fait partie du package mais je suis convaincue que s’il n’y avait que ça, ça ferait bien longtemps que tout ça ne serait plus dans ma vie. Alors voilà Flo : même si je suis en off et que t’es plus devant moi, je veux que tu saches que toute la détermination du monde ne suffira pas à me faire arrêter définitivement les crises. Va falloir autre chose parce qu’un TCA, c’est une question de survie. Dans les addictions comme le reste, c’est une question de coût/bénéfice pour le cerveau : et si on reste dans une addiction, c’est qu’elle rapporte plus qu’elle ne coûte. Même si c’est insupportable par moment et incompréhensible pour l’extérieur.

Florence Houssin : Alors pour les boulimies et les hyperphagies, c’est un moyen de survie, ça, c’est clair. En fait, ils se nourrissent pour se remplir parce qu’il y a un vide en eux en général, ça se passe comme ça. Ils voient pas d’autres solutions en tout cas pour survivre.

Clara : Mais il a quand même une sanction derrière : par exemple, dans le cadre de la boulimie, c’est de se purger et dans le cadre de l’hyperphagie, c’est de…

Florence Houssin : De grossir clairement.

Clara : Oui et puis même, j’imagine que la sensation après avoir mangé doit être douloureuse, le ventre enflé etc…

Florence Houssin : Bien sûr !

Clara : Mais ils y reviennent quand même.

Florence Houssin : Oui, ils y reviennent et ce qui est important surtout, c’est que cette souffrance, c’est surtout manger seul, avoir honte et la culpabilité énorme qu’ils ont après avoir fait ça.

Clara : Je voudrais aussi aborder la question des relations amoureuses et c’est avec Noluen que je vais le faire.

Noluen : Je me disais toujours : « est-ce que je dois le dire à la personne, est-ce que la personne peut le deviner ? » Quand j’étais au resto, je me disais « mince, elle va savoir que j’en ai un, est-ce que ça va diminuer ma valeur ? » J’en n’ai jamais vraiment parlé aux personnes que j’ai fréquentées mais c’est vrai que c’est pas parce que j’en n’ai pas parlé que ça n’occupait pas une énorme place dans mon esprit quoi.

Clara : Pour ma part, ça a longtemps été un tabou et ça a cessé de l’être le jour où j’ai compris que je ne me définissais pas par ça, que c’était juste une composante du présent et que j’ai réussi à ne pas le faire peser sur le garçon avec qui j’étais à l’époque sans pour autant en faire un secret. Comment j’ai fait ça ? En m’exposant et en prenant le risque d’être rejetée. Et puis aussi, en surpassant ma peur d’être incomprise. Joanie aborde justement cette question quand elle me parle d’une amie.

Joanie Godin : A un certain moment de ma vie, j’ai perdu énormément, je crois que c’était 90 livres donc 40 et quelques kilos et puis j’en ai repris un peu, en écrivant ce livre-là justement. Ça m’a remis dans ces souvenirs-là et puis j’essayais de lui expliquer et j’étais là : « mais tu ne peux pas comprendre ! Tu es mince, tu l’as toujours été, tu manges ce que tu veux et ça n’a aucune influence ! » Elle ne comprenait pas jusqu’à ce qu’elle lise un chapitre (j’avais amené le livre) et puis elle m’a regardé et elle m’a dit « ok je savais pas qu’il se passait tout ça dans ta tête… Là, je comprends un peu mieux.»

Clara : J’espère que toutes les personnes qui souffrent de TCA n’auront pas besoin de sortir un livre pour être comprises et qu’avec de la communication, le lien pourra se recréer. Je prétends pas que c’est facile : aucun humain ne partage la même réalité et l’écart est d’autant plus visible dans le cas d’une maladie mentale. Mais j’ose espérer que ce genre de podcasts aide à franchir le pas et à comprendre mieux l’autre. D’ailleurs, un truc à avoir en tête aussi dans le cadre des crises de boulimie, c’est le seuil de tolérance qui augmente. La quantité ne cesse de croître et la fréquence aussi, comme pour n’importe quelle addiction au fond…

Noluen : Ah bah c’est ça, au début, c’était une crise à 17h en rentrant du travail, après, je me levais le matin, je commençais ma journée par une crise et je pouvais en faire six par jour quoi… Au début, oui, je les compensais et après j’ai vraiment eu un déclic par rapport à la compensation et j’ai arrêté et là par contre, j’ai vraiment grossi quoi… Je me les suis autorisées et là, j’ai lâché.

Clara : Tu compensais comment avant ?

Noluen : Je faisais beaucoup de sport, je faisais de la musculation, du basket, du triathlon avec athlétisme, natation, vélo… Dans ma tête, je n’avais pas l’impression de compenser mais en fait, je compensais carrément quoi (rires)

Florence Houssin : Alors les différents comportements compensatoires… Le plus fréquent, c’est les vomissements évidemment avec toutes les conséquences au niveau des dents et des refluxs que ça peut engendrer, vous savez, ça brûle les muqueuses, et puis ça fait tomber l’émail des dents donc les dentistes, ça, ils le repèrent. Ensuite, il y a les laxatifs, ça c’est très courant aussi, les diurétiques moins parce qu’on ne peut pas les acheter sans ordonnance (donc les médecins sont assez prudents là-dessus et ne prescrivent pas un diurétique à quelqu’un qui n’en a pas besoin) et les jeûnes, ça c’est très à la mode aussi et le sport intensif. Ça, je le vois chez les jeunes, beaucoup. Des filles qui arrivent à bien contrôler leurs poids en allant courir trois fois par jour.

Clara : Quand on pense boulimie, on pense vomi. Alors qu’on vient de voir qu’il existe plein de manières de compenser. En toute transparence, je n’ai jamais eu recours à autre chose hormis le sport. Et je ne sais pas comment j’aurais survécu à toutes les crises que j’ai faites sans la possibilité de rembobiner à travers le vomissement derrière. Alors je me permets de demander à Noluen si elle aussi, elle a déjà pensé à ce moyen de se purger parce que je veux comprendre pourquoi certaines basculent dans l’hyperphagie boulimique et d’autres dans la boulimie vomitive.

Noluen : j’avais essayé une fois mais comme j’ai jamais réussi, je me suis dit que non. Et puis, je voyais bien que c’était pas la solution en fait. Je me suis dit : « non, ça ne marche pas et c’est pas comme ça que je veux que ça se passe… »

Clara : Je comprends et je crois que son corps peut la remercier chaleureusement de cet éclair de lucidité. Oh d’ailleurs, petite parenthèse pour toutes celles et tous ceux qui se font vomir. Supplémentez vous en potassium. C’est le conseil de chaque médecin et psychiatre qu’il m’a été donné de voir car le plus gros risque pour les boulimiques, c’est une crise cardiaque induite par une carence en potassium. Ceci dit, on va encore rester quelques minutes sur ce sujet avec mon frère à qui j’ai posé une question que je ne lui avais jamais posé : est-ce que ça le dégoûtait de m’entendre vomir après un repas ou après une crise ?

Florian : Non, j’ai jamais été dégoûté. Juste, je me disais que tu devais bien douiller parce que c’est vraiment dégueulasse au niveau personnel je parle : ça fait mal, c’est pas agréable, c’est vraiment une sensation que moi je déteste et je me dis : « ça quotidiennement, ça doit vraiment faire souffrir quoi. »

Clara : Oui, c’est pas le meilleur moment de la vie…

Florian : Non, c’est pas le meilleur moment de la vie. Donc non, j’ai compati mais j’ai jamais eu de dégoût ni même de pitié. Juste je me dis que je suis désolé. Et oui, je compatis…

Clara : Maintenant, on va passer à un moment de notre conversation un peu touchy que j’ai décidé de garder parce que y a plein d’éléments qui me semblent intéressants dedans.

Clara : Tu as rencontré d’autres gens que moi qui ont des TCA ?

Florian : Oui. Fin des gens qui le disent.

Clara : Parce que pour toi, une personne peut dire « j’ai tel TCA » et ne pas le vivre ?

Florian : Oui.

Clara : Mais alors pourquoi elle dirait qu’elle a un TCA ou qu’il a un TCA ?

Florian : Je vais me faire des ennemis (rires)

Clara : Parfait du coup je garde (rires)

Florian : Non, t’es pas obligée de garder ça…

Clara : Non, mais je pense que c’est intéressant. Tu vas parler d’attirer l’attention, non ?

Florian : Ouais.

Clara : T’as pensé ça pour moi à un moment ? Quand je te l’ai dit ? Que c’était pas vrai ?

Florian : Non non. Parce qu’à treize ans… Fin si, juste j’avais besoin de concret avant de me dure que vraiment…

Clara : Oui, tu avais besoin de vérifier que vraiment j’étais mal, que je vomissais, que vraiment je perdais du poids et que la nourriture était vraiment galère ?

Florian : Ouais !

Clara : Et le fait d’avoir une sœur qui a été là-dedans et qui l’est encore par certains aspects, ça a changé ton positionnement vis-à-vis d’eux ou d’elles ?

Florian : Oui, clairement.

Clara : Dans le sens où tu avais l’impression de mieux les comprendre ?

Florian : Non un peu l’inverse justement. Etant donné que je sais ce que c’est, voir la manière dont ils en parlent, je me dis que c’est pas vrai… Y a des choses dont ils parlent avec une telle légèreté que je me dis « non ». L’ayant vu vivre, ils ne peuvent pas le vivre de cette manière. Ou je me dis « c’est pas un trouble psychologique alors. » Parce que psychologiquement, tu ne peux pas être aussi à l’aise avec ça. Après, je suis jamais catégorique là-dessus. Chacun a son rapport aux choses. Mais j’ai l’impression qu’il y a quand même une mode de la souffrance un peu… On a besoin de souffrir pour être intéressant dans cette société.

Clara : Je ne sais pas ce que vous pensez de ce qui vient d’être dit. A titre personnel, ça m’évoque plein de choses, surtout ces deux dernières phrases mais j’ai peur de trop digresser. Alors, je vais me contenter d’y songer dans mon coin et je vais vous encourager à faire de même. Mais avant, on va revenir avec Noluen sur un ingrédient principal des TCA : le contrôle.

Noluen : Eh bien je consultais une diététicienne qui je savait pas elle-même que j’étais déjà nutritionniste (rires) et j’écrivais sur une feuille tous les aliments (légumes, produits sucrés, sodas) et en face, je devais noter toutes mes croyances. Donc je disais « le sucre, ça fait grossir », « le gras, ça fait du cholestérol », « le sel, c’est pas bon pour le cœur » et je mettais en face de chaque aliment tout ce qui me dérangeait. Et c’est là que j’ai pris conscience de l’ampleur de mes restrictions. Parce que j’avais mes restrictions en tant que nutritionniste parce qu’il fallait que mon alimentation soit équilibrée, par rapport à la candidose parce que j’avais encore la notion que les féculents c’était mauvais pour la santé comme l’alcool et le gluten, comme j’avais été sportive de haut niveau et que là je ne l’étais plus, je me disais encore que les féculents faisaient grossir, j’étais beaucoup attachée à l’écologie et à l’éthique donc un MacDo, c’était pas possible pour moi… Je pensais pas que j’avais autant de freins en fait à manger librement.

Clara : Pour le coup, moi, ça a été bien moins insidieux que ça puisque je vivais seule, comptais chaque calorie, avais bien plus d’ingrédients interdits qu’autorisés et que les moments que je passais en famille ne dérogeaient pas à la règle…

Clara : J’ai passé deux ans à ne rien manger de ce que vous prépariez.

Florian : Oui, c’était hors de question ! Y a eu ces épisodes-là où effectivement, c’était source de tensions, pour les parents surtout. Si on te proposait un dessert, tu pouvais péter un câble sur ça, y avait des petits détails anodins pour nous mais pas pour toi.

Clara : C’est tout le problème d’un TCA : le cerveau est tellement mindfuck que n’importe quel sujet en lien avec l’alimentation prend des proportions énormes et incompréhensibles pour qui n’est pas dedans. Je demande à Florence Houssin comment un parent peut réagir si il découvre que son enfant refuse de manger lors des repas, se fait vomir, fait une crise ou tout autre comportement inquiétant.

Florence Houssin : Je pense qu’il faut le laisser faire. Le laisser faire ce qu’il pense être bien pour lui : de toute façon, on ne pourra pas l’empêcher mais après, l’aider à prendre conscience que ce n’est pas normal.

Qui aller voir ? Bah y a plein de gens qui soignent ces pathologies, chacun avec leurs spécificités. On peut commencer par aller voir une diététicienne qui prend en charge les TCA et qui saura poser le diagnostic et orienter s’il faut vers des spécialistes. On a des psychologues aussi, beaucoup sont formés en TCA, des psychiatres parce que ça relève de la psychiatrie, des centres hospitaliers aussi et puis des gens comme moi ou des endocrino, des gens formés aux TCA…

Clara : On arrive doucement à la fin du podcast et donc, à l’endroit où on se trouve actuellement, Joanie, Noluen et moi. Pour mon cas, je vais d’abord laisser la parole à Florian.

Clara : Est-ce que tu as l’impression qu’actuellement quand on vit ensemble que j’ai des TCA ou pas ?  

Florian : Dans tes réactions, oui. Mais dans la vie, non. Fin dans tes positionnements par rapport aux choses. Par exemple, ce midi, sur le fait de reprendre des pâtes.

Clara : Pourquoi ?

Florian : Tu voulais reprendre des pâtes, t’étais toute timide à en reprendre, on était là « bah vas-y » et t’étais là « oh putain on a vu que je voulais reprendre des pâtes » et ça allait pas quoi . Fin, on sent que c’est toujours présent. Après, c’est atténué, ça se sent. Par exemple, on s’était fait un subway y a un peu moins de six mois et ça, c’était pas concevable avant, d’aller dans un fast-food.

Clara : Il a raison : j’ai évolué mais je ne suis pas encore tirée d’affaire. Disons que la boulimie vomitive qui fait toujours partie de ma vie est beaucoup moins enragée que l’anorexie boulimie que j’ai vécue par le passé. Mais je reste sur mes gardes et je continue à lutter parce que l’alimentation n’est pas encore un sujet chill pour moi. Mon corps, un peu plus en revanche. Certes, le poids reste un sujet de préoccupation mais pas d’obsession : je n’ai plus de balance chez moi depuis deux ans et je suis globalement ok avec mon physique. Je demande à Noluen ce qu’il en est pour elle.

Noluen : Aujourd’hui, je considère ça parti après, je trouve que j’ai encore pas mal de pensées euh… Par exemple, quand je grossis ou que j’ai mes règles et que je vais avoir le ventre gonflé, bah j’ai encore des pensées en disant « oulah, je suis énorme, on dirait une baleine etc ». Dans les vestiaires de sport, j’ai toujours des pensées parasites mais j’y accorde plus autant d’attention quoi.

Clara : De son côté, Joanie ne fait plus du tout de crises depuis plusieurs années.

Joanie Godin : Moi, ce qui l’a fait, c’est une combinaison de plusieurs choses, notamment de l’hypnothérapie et j’ai eu un petit chien en même temps. C’est comme si c’était un assistant émotionnel ce chien et puis l’hypnothérapie a permis au bout de plusieurs séances d’enlever cette espèce de dépendance parce que j’ai essayé quand même plusieurs psychologues, même une en TCA mais moi ça m’aidait pas et c’est très difficile de trouver la bonne personne pour ça…

Clara : Je crois qu’il n’y a pas vraiment de recette miracle à vrai dire et je serais bien hypocrite de prétendre le contraire alors que je me débats moi-même encore avec le truc. Pour Noluen, la clé, c’est le lâcher-prise.

Noluen : c’est ça, y a vraiment un moment où je me suis dit « c’est pas grave d’être grosse en fait ». Parce que j’ai tellement fixé sur cette idée de contrôler mon corps et tout qu’à un moment, je me suis dit : « en fait, faut prioriser : est-ce que c’est la relation à l’alimentation que tu veux sauver ou est-ce que c’est son corps et son apparence ? »

Bah maintenant, quand je sens que je mange beaucoup des grandes quantités, fin ce qui pouvait s’apparenter à une crise auparavant, je me dis plus « oh je fais une crise ». Par exemple, on va beaucoup manger à Noel et je vais me dire « c’est normal, c’est le côté social, ça me fait plaisir et je ne compenserai pas plus tard, ça me fait plaisir de manger en grande quantité avec ma famille, je profite et je ne vais pas culpabiliser ne fait. »

Ce qui m’a permis de m’en sortir, c’est de me détendre et de me dire « bon bah j’ai besoin de 300 euros pour faire mes crises eh bah je vais mettre de côté 300 euros pour pouvoir les faire », de vraiment autoriser le TCA même si c’est pas ce qu’on a envie d’expérimenter en ce moment, même si on rêve, je sais pas, d’une vie de couple et d’une maison à la campagne eh bien, c’est de se détendre dans cet inconfort si inconfortable.

Clara : Wow pour le coup, je n’en suis pas là. Mais je comprends la logique du truc. Plus je lutte contre une émotion, plus elle est violente. Plus je suis ok avec, plus elle diminue. C’est un peu le même mécanisme qu’elle décrit au fond…  Je demande à Joanie si son rapport à la nourriture demeure émotionnel, même si les crises ont disparu.

Joanie Godin : Je te dirais ça dépend des fois mais j’ai quand même réussi à détacher les émotions. Manger ses émotions, comme on dit, c’est sûr que ça en faisait un peu parti aussi parce que même si je déteste cette expression-là, les crises sont souvent déclenchées par une émotion. Ça, je réussis à ne pas manger. Si j’ai de la peine, si je dois pleurer, bah je pleure mais pas en mangeant un pot de Nutella cette fois-ci.

Clara : Un truc qui m’intéresse dans ce qu’elle vient de dire, c’est qu’elle déteste le terme « manger ses émotions ». ça m’intrigue. Je lui demande pourquoi.

Joanie Gordin : Parce que je trouve que c’est facile, et de dire à quelqu’un « tu manges tes émotions », c’est ne pas comprendre que non, cette personne ne mange pas nécessairement ses émotions mais qu’elle est incapable de ne pas manger. Je pense que ça banalise. Et puis quelqu’un qui se fait dire tout le temps qu’elle mange ses émotions, elle ne réalisera pas que c’est un trouble alimentaire. C’est comme si elle était pas assez forte pour ne pas manger. Y a plein de sous-entendus que je déteste dans cette expression-là. C’est comme une accusation « tu manges tes émotions » non, y a une raison derrière ça, la personne ne mange pas juste parce qu’elle veut oublier, c’est beaucoup plus profond que ça.

Clara : C’est évident et en même temps, il est indéniable qu’on vit dans une société où nourriture et émotions sont très reliées.

Florence Houssin : Y a des gens qui comprennent un jour que quand ils ont des émotions négatives, le fait de manger, ça les réconforte. Et ils commencent à faire ça. Et puis, au bout d’un moment, ils se rendent compte qu’il en faut plus pour être réconforté, ou y a plus autant de réconfort que ça, ou « oui je suis réconforté.e sur le coup mais pas sur la distance. Après quelques minutes ou une heure, je me dis que mince, j’aurais pas dû le manger » et clac, ils refont un régime, ils retournent en restriction cognitive et c’est reparti.

Clara : Et justement, ce principe de nourriture doudou, j’ai l’impression que c’est un truc sociétal : quand un enfant ne va pas bien, pour le consoler, on peut lui proposer un gâteau. Fin, je veux dire, on nous apprend déjà très jeune à régler nos problèmes avec la nourriture…

Clara : On va doucement s’acheminer vers la fin du podcast en insistant bien sur un point qu’on n’a pas trop creusé pour le moment : l’obsession et la place que ça prend dans le cerveau.

Noluen : Avant, quand on est dans un TCA fin je sais pas pour les autres personnes mais pour moi, c’était 100% de mon espace mental, y avait un peu de place pour mon boulot et mes potes mais c’était quand même une très grosse place…

Clara : Je trouve que cet extrait de ma conversation avec Joanie illustre très bien ce que Noluen décrit :

Clara : Dans ton livre, tu écris : « Il m’est même déjà arrivé de souhaiter attraper une grippe ou une gastro foudroyante, pour voir diminuer les chiffres sur mon pèse-personne. Disons que, quand il est question de poids, je suis capable des pires idées. » C’est des idées que t’as eues ça, à des moments ?

Joanie Godin : Absolument. Je me souviens de la grippe il y a quelques années ; j’étais déçue de pas l’avoir attrapé. Parce que j’avais un collègue qui l’avait eu, il était revenu en disant « oh mon dieu j’ai perdu une dizaine de kilos en deux semaines » et j’étais là « oh bah si je peux l’avoir c’est le fun » donc oui, j’ai souvent pensé à ces choses-là.

Clara : Pour ma part, je suis allée jusqu’à ne pas mettre de chauffage en plein hiver pour brûler davantage de calories donc bon, je crois que les pensées induites par les TCA n’ont pas vraiment de limites hein, et surement pas celle du rationnel… On est presque à la fin mais avant de vous quitter, je vais vous dévoiler cet échange avec Florian qui a mis le doigt sur un truc qui me semble essentiel à comprendre.

Clara : Y a deux ou trois ans, je t’avais promis que j’allais m’en sortir. Est-ce qu’aujourd’hui, tu crois que je vais m’en sortir ? Sincèrement ?

Florian : Sincèrement, oui. Mais ce qui est sûr, c’est que tu le remplaceras par autre chose.

Clara : Donc tu as l’impression que toute ma vie, je vais sauter d’addiction en addiction ?

Florian : Oui. Mais toutes les addictions ne sont pas mauvaises. Mais pour moi, tu as une vie qui a besoin d’être remplie. T’es un peu comme ça. Et puis même, tu as un parcours, que ce soit sur la plan scolaire, social, de vie fin ça a besoin de vivre, de…

Clara : D’intensité ?

Florian : Oui, exactement. D’intensité.

Clara : Et toi de l’extérieur tu as l’impression que les TCA comblent ce besoin d’intensité ?

Florian : Euh… Ce manque, parfois.

Clara : Il a raison. Entièrement raison. On dit que la boulimie et l’hyperphagie comblent le vide, et c’est vrai. Quand on est en mode tout ou rien, l’addiction, quelle qu’elle soit, est un levier nécessaire au quotidien. Le maître mot de la guérison donc : « nuance ». Et puis, un autre : « entourage. » Parce que oui, ça change tout d’avoir des proches qui sont là. D’ailleurs, quand j’ai demandé à mon frère ce qu’il dirait à la Clara d’il y a quatre ans qui est tombée dans l’anorexie boulimie, il m’a répondu ça.

Florian : Peut-être de se sentir moins seule avec les autres. De se dire « je suis pas normale. Y a les autres et y a moi. »

Clara : Je pense qu’à la fois, ça enferme dans la souffrance et en même temps, si on est parfaitement transparent, y a ce truc où on se dit « ah je suis unique »

Florian : Bah oui, ça fait du bien de se sentir différent

Clara : Et du coup, je pense que même dans la souffrance, y a l’égo qui prend le dessus de « moi je suis pas comme tout le monde ». Et en même temps, ça, c’est une cage. Parce que ce truc d’égo de « moi je souffre et les autres comprennent pas », déjà, c’est faux. C’est une illusion. Tout ce qu’on vit, des autres sont passés par là. Ouais, c’est de l’égo de se dire ça je pense. Et donc t’as raison. (Rires)

Clara : Bah oui hein, le jour où on comprend que notre vécu n’a rien d’exceptionnel et que des milliards de personnes sont passées par là avant nous et passeront par là après nous (sauf si on meurt avant du réchauffement climatique) (oups j’ai pas pu m’empêcher), on descend de son piédestal. L’intime est universel, quoique la société nous ait enseigné. Et la personne qui vous dit ça excelle pourtant dans l’art de la pudeur. Mais quand je vois ce que ça créé, la communication, la rencontre avec l’autre et la connexion, je me dis que c’est la seule issue pour s’en sortir. Il n’y a qu’à écouter Joanie Godin me faire part de ses retours sur son livre pour en être convaincu…

Joanie Godin : J’ai eu quelques témoignages dont un qui m’a fait pleurer parce que la personne m’a écrit que je venais de changer sa vie avec ce livre-là. J’en ai reçu quelques-uns et c’était pas mal toujours ça et puis je me souviens que quand j’ai eu ce témoignage-là, je me suis dit « ça valait la peine » même moi de replonger là-dedans, de faire des crises… Tu sais, ça a été difficile pour moi d’écrire ça mais l’objectif c’était, si je peux sauver une personne qui ne vivra pas tout ce que j’ai vécu en ne sachant pas durant toutes ces années-là, bah ça va être réussi.

Clara : Voilà qui me semble être une excellente conclusion à ce podcast extrêmement dense et un poil plus long que d’habitude. N’hésitez pas à aller consulter sa retranscription sur le site Behind The Society et à checker les notes du podcast si une référence vous a interpellé : il y aura tout dedans. Pour ma part, je remercie chaleureusement Joanie Godin, Florence Houssin, Noluen et Florian de s’être prêtés à l’exercice et j’espère de tout cœur que cet épisode vous aura apporté un petit quelque chose. On se retrouve la semaine prochaine, même jour, même heure pour parler de la cigarette. D’ici là, hydratez-vous ! Des bisous !

Notes du podcast :

« Moi j’mange » de Joanie Godin :

https://www.babelio.com/livres/Godin-Moi-jmange/928043

https://livre.fnac.com/a12041512/Joanie-Godin-Moi-j-mange

Activité professionnelle de Florence Houssin : https://www.doctolib.fr/nutritionniste/arras/florence-houssin

Site de Nolùen Berhault : https://berhaultnoluen9.wixsite.com/my-site-4

« Beauté fatale » de Mona Chollet : https://www.babelio.com/livres/Chollet-Beaute-fatale/337307

Effets sonores : https://www.musicscreen.be/musique-libre-de-droit/Catalogue/Les-Paul.html

https://lasonotheque.org/search?q=manger

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