Catégories
À votre santé ! Podcasts

Lancement de Trouble fête, le podcast estival sur les addictions

« Aujourd’hui, c’est pas plus d’un joint par jour. »

« Moi, j’étais habituée à boire tout le long de la journée et à me mettre des cuites tous les soirs. »

« Je n’en ai jamais vraiment parlé aux personnes que j’ai fréquentées. »

« J’étais totalement conscient que j’étais un déchet. Des fois, je me douchais pas pendant plusieurs jours d’affilée et j’étais là en mode : mais qu’est-ce que je suis en train de devenir ? c’est pas du tout ça que j’avais imaginé en fait… »

« Les gens s’en amusaient déjà. Parce que l’alcool est tellement banalisé que c’est rigolo quelqu’un qui a une flasque d’alcool dans son sac. »

« Et là, actuellement, ça fait cinq ans que je consomme de la cocaïne régulièrement. Tous les jours. »

« Au début, c’était une crise à 17h en rentrant du travail. Après, je me levais le matin, je commençais ma journée par une crise, je pouvais en faire six par jour… »

« Je crois que l’hypothèse un peu des psychanalystes, c’est quand même toujours que notre monde extérieur reflète notre monde intérieur. »

  • « Moi, maintenant, je me drogue à l’euphorie.
  • Et ça veut dire quoi ?
  • Le truc auquel je suis le plus addict maintenant, c’est vraiment ma propre euphorie. »

 « Le podcast qui laisse parler les addictions, c’est tous les dimanches, à 15h, sur Behind the Society » – JINGLE

Tapis musical

Créatrice du podcast – Clara : 

« Au matin j’avais le regard si perdu et la contenance si morte, que ceux que j’ai rencontrés ne m’ont peut-être pas vu. »

Ça, c’est ce qu’a dit Rimbaud. Et moi, ce que j’ajoute, c’est que personnellement, je veux le voir. Le matin, le soir, et la nuit. Lui, tous les autres, et moi-même. Je veux creuser la vacuité qu’il y a au fond de nos yeux à nous, à nous dont la fuite s’est révélée à un moment aussi nécessaire que meurtrière. 

Être dépendant dans une société qui valorise constamment la liberté, c’est une double peine. C’est être prisonnier de son, voire de ses addictions mais aussi du jugement que les autres portent sur elle. 

C’est avoir croqué dans une solution miracle qui a apaisé, intensifié, anesthésié peut-être, bref, qui a fait ses preuves, presque trop d’ailleurs. Parce qu’un jour, les preuves sont si solides qu’elles en deviennent vitales. 

Et ce jour-là, on se lève et on se dit : mais bordel, comment le sentiment de fuite initial si délicieux, si incroyable a pu se transforme en forteresse dont les murs ne cessent de s’élever ? 

Alors, le sentiment de captivité est atroce mais sa puissance n’égale pas celle de l’addiction. (Effet sur la voix)

Fin du tapis musical 

Je ne sais pas si ce que je vous raconte a une réalité pour vous mais ce dont je suis à peu près sûre, c’est qu’elle en a une pour quelqu’un que vous connaissez. Aujourd’hui, si je lance cette série de podcasts, c’est parce qu’à l’âge de vingt et un an, j’ai réalisé qu’autour de moi, très peu de gens n’ont jamais expérimenté la sensation d’être accroc, et donc, inévitablement, le sentiment de manque. 

Les formes sont diverses et on va avoir l’occasion de les explorer lors des semaines à venir mais l’explication est souvent la même : on a cru que l’addiction nous sauverait au début. Ou du moins, on a cru qu’elle était une solution viable. Sauf que voilà, le temps passe et le contrôle aussi : 

Tapis musical

D’une clope occasionnelle en soirée, on passe à un paquet par jour. D’un verre de vin à table avec ses parents, on est obligé de se trimballer avec une bouteille d’eau remplie de vodka dans son sac. D’une taff sur un joint pour voir ce que ça faisait, on se retrouve incapable de dormir sans bédodo. D’une partie de playstation le dimanche avec son frère, on se surprend soudain à être collé huit heures par jour à son ordi sans réussir à fermer sa partie de World of Warcraft. (Bruitage cliquer sur la souris)

La liste est longue et si ces exemples peuvent vous sembler caricaturaux, ils illustrent au moins un phénomène, qui fait partie des 11 critères fixés par les instances internationales de santé mentale et répertoriés dans un manuel, le (DSM). Il s’agit de l’augmentation de la tolérance au produit addictif, c’est-à-dire le fameux « toujours plus », souvent à l’origine de la spirale infernale. Si vous voulez connaitre les dix autres, je vous laisse regarder sur le site drog.gouv.fr dont je vous mets le lien en note de ce podcast. Ça peut être intéressant pour situer une potentielle dépendance si on a des doutes. 

Bruitage claviers

Mais ne paniquez pas : ce sera le seul conseil de ma part dans ce podcast car je n’ai aucune légitimité, en vérité, à vous orienter vers quoi que ce soit (ce que je viens pourtant de faire, du haut de mon statut de meuf un peu trop sûre d’elle, je vous demande donc pardon pour cet emballement qui ne se reproduira pas !) 

En effet, la suite va être nettement plus fiable puisque chaque épisode bénéficiera de la présence d’un.e professionnel dont l’entretien sera mis en parallèle avec un témoignage d’une personne qui a vécu ou qui est en train de vivre la problématique qu’iel évoque. 

Il y aura en plus, à chaque fois, une troisième personne qui apportera encore un point de vue supplémentaire sur l’addiction en question : il s’agira tantôt d’un proche d’une personne malade (car, rappelons-le, les addictions sont des maladies), tantôt d’un auteur ou d’une autrice de livres sur la question, qui aura expérimenté de très près ce sur quoi iel écrit.

Bref, vous l’aurez compris : c’est la première et la seule fois de ce podcast que vous entendrez uniquement ma voix. Les semaines à venir, je me contenterai d’essayer de comprendre et puis de faire des liens entre les intervenants pour donner le maximum d’impact à leurs mots.   

Alors, si l’aventure vous tente, laissez-moi vous dévoiler le programme qui vous attend. 

Tapis musical

On commencera la semaine prochaine par l’alcool puis on enchaînera avec les jeux vidéo. Le 17 juillet, c’est le cannabis qui sera sur le devant de la scène. Les Troubles du Comportement Alimentaires (TCA pour les intimes) seront mis à l’honneur la semaine suivante. Puis, le tabac fera évidemment lui aussi l’objet d’un épisode le 31 juillet. Ce sera ensuite au tour de la cocaïne et du crack d’être décortiqués et juste après, à celui des médicaments psychotropes. On terminera le 21 août par un épisode sur l’addiction au sexe et on clôturera la saison le 28 août.

Si vous avez compté, cela fait donc huit épisodes qui arrivent très bientôt sur Behind The Society, tous les dimanches à 15h, aux mois de juillet et d’août. (Clignements)

Alors, je sais, il n’existe pas uniquement huit addictions et cette liste n’a rien d’exhaustif : mais vous le savez aussi bien que moi, choisir, c’est renoncer et c’est ce que j’ai été contrainte de faire pour doser la qualité et la quantité, bien malgré moi.

Ah oui et si ce podcast risque de jouer les trouble-fêtes (rapport au titre !), laissez-moi vous faire la promesse qu’il ne tombera jamais, jamais au grand jamais, dans l’écueil de la moralisation. Moi, mon but, c’est de donner la parole à des personnes qui savent ce dont elles parlent et d’assimiler leurs chemins de pensée pour essayer de vous les retranscrire au mieux. Parce que l’opacité, c’est jamais un concept qui m’a vraiment plu (je crois d’ailleurs que ça ne plaît pas à grand monde) et c’est précisément la raison qui me pousse à vous proposer des clés de compréhension sur ce sujet si vaste et si complexe que sont les addictions.

Tapis musical 

Sur ce, je vous donne rendez-vous ce dimanche à 15h pétante sur votre appli de podcasts préférée : d’ici là, prenez soin de vous et n’hésitez pas à partager ce prélude de manière à ce qu’un maximum de personnes ait connaissance de « Trouble fête », le podcast estival de Behind The Society !

Jingle 

Notes du podcast : 

https://www.drogues.gouv.fr/comprendre/l-essentiel-sur-les-addictions/qu-est-ce-qu-une-addiction

Musiques utilisées (libres de droit) :

Catégories
Féministes tant qu'il le faudra Podcasts

[Portrait de vie] Quand le Gras devient politique : une lutte contre la grossophobie systémique

Boréale est une femme grosse. Non ce n’est pas un gros mot, et ni un adjectif péjoratif. Moquées, emblèmes pratiques de la mauvaise santé et stéréotypées, les personnes grosses subissent, quotidiennement, ce qu’on appelle la grossophobie. A l’embauche c’est un patron qui estime que tu es grosse et donc forcément pas dynamique. Chez le médecin, le diagnostic est foireux car on estime que tout est lié à ton poids. C’est aussi ne pas pouvoir s’habiller car concrètement, si tu fais plus d’une taille 44, le monde de la mode ne te considère pas.

Tout cela, c’est de la grossophobie, et c’est ce que Gras Politique tente de combattre. Le Gras est politique. Et elles l’ont compris. Ces femmes sont grosses et militantes, pour un monde plus juste et inclusif. Gras Politique, c’est une association féministe et queer qui lutte contre la grossophobie systémique. Parce que le Gras est politique.

Retranscription écrite du podcast

Jingle d’introduction « Behind the society : le podcast »

Maxence, animatrice:

Boréale est une femme grosse. Non ce n’est pas un gros mot, et ni un adjectif péjoratif. Moquées, emblèmes pratiques de la mauvaise santé et stéréotypées, les personnes grosses subissent, quotidiennement, ce qu’on appelle la grossophobie. A l’embauche c’est un patron qui estime que tu es grosse et donc forcément pas dynamique. Chez le médecin, le diagnostic est foireux car on estime que tout est lié à ton poids. C’est aussi ne pas pouvoir s’habiller car concrètement, si tu fais plus d’une taille 44, le monde de la mode ne te considère pas.

Le Gras est politique. Et elles l’ont compris. Ces femmes sont grosses et militantes, pour un monde plus juste et inclusif. Gras Politique, c’est une association féministe et queer qui lutte contre la grossophobie systémique. Le Gras est politique. En France, les départements qui comptent le plus de personnes grosses sont aussi les départements les plus pauvres. A l’école, 63% des enfants gros et grosses risquent d’être victimes de harcèlement. La grossophobie est aussi une discrimination genrée, les femmes et les jeunes filles en pâtissent le plus. Chez les jeunes filles, l’âge moyen du premier régime est de huit ans. Huit ans. Dès le plus jeune âge on nous fait des remarques sur notre corps, dès l’enfance on nous apprend à lier le fait d’être gros ou grosse à quelque chose de négatif, voire d’horrible. Quelque chose qu’il ne faudrait surtout pas devenir. Cette discrimination genrée, on la retrouve aussi à l’embauche puisqu’une étude a démontré qu’à compétences égales, une candidate en surpoids a six fois moins de chance d’être embauchée qu’une femme mince. La grossophobie médicale mène aussi à un abandon de soins chez les personnes grosses qui n’osent plus se rendre chez un médecin car elles y ont été maltraitées. Le parcours de parentalité se révèle aussi être un calvaire. Les centres de PMA refusent les personnes aux IMC supérieurs à 30. Et les personnes transgenres, pour une opération, subissent des chantages à l’amaigrissement.

Tout cela, c’est de la grossophobie, et c’est ce que Gras Politique tente de combattre. Boréale est militante au collectif. Elle a toujours été grosse, mais a pris conscience que les moqueries perpétuelles devaient cesser, quand elle a commencé à s’intéresser au féminisme et à Gras Politique. Au micro de Behind the society, elle nous raconte son militantisme, et le calvaire que vivent les personnes grosses dans un monde où la norme de minceur règne.

Quand le Gras devient politique : une lutte contre la grossophobie systémique, un podcast réalisé par Maxence Grunfogel.

Boréale:

Moi je m’appelle Boréale, je suis chargée de projets culturels. Disons que j’ai toujours été grosse depuis que je suis petite. J’ai toujours subi des discriminations, des moqueries liées à mon apparence physique, à mon poids. Et je me rendais pas forcément compte que c’était pas normal quand j’étais plus jeune. Et à partir du moment où je me suis tournée vers le féminisme grâce à une amie qui a commencé à m’offrir des livres, je me suis rendue compte que même ce que je vivais en tant que personne grosse c’était pas normal non plus, et que je devais pas avoir à subir ce genre de choses. Au départ, j’ai juste commencé à lire des blogs de femmes grosses qui parlaient de leur quotidien, de leurs galères par exemple juste à s’habiller. Et rien que par ce biais, ça a commencé à me faire réfléchir sur le fait que je n’étais pas seule à vivre ce genre de difficultés au quotidien, qu’en fait il y avait peut-être quelque chose de pas normal là-dessous. Et au fur à mesure de mon questionnement, de mes recherches, j’ai fini par découvrir Gras Politique. J’ai commencé à les suivre, j’ai lu leurs livres, j’ai regardé ce qu’iels postaient sur leur site Internet. Et en fait ça a été vraiment une révélation, j’ai trouvé ça tellement clair. Et un partage de vécu surtout, qui fait qu’on ne se sent pas seule, il y a vraiment des gens qui veulent combattre ce genre de choses, c’est vraiment ça, c’est essentiel ce genre de choses. Ça alliait les luttes féministes, queer avec les luttes grossophobie tout en prenant en compte toutes les problématiques liées aux discriminations que ce soit pour les personnes racisées, les personnes handis etc. Et je me suis dit « j’ai besoin de ça, je me tourne vers ça » et je suis rentrée dans l’équipe et finalement je me suis vraiment retrouvée dedans. Ça montre aussi une vie qui nous semble pas forcément envisageable, enfin moi tout ça je l’envisageais même pas, c’était même pas des questions que je me posais, c’était : « Je suis grosse, ma vie va se passer comme ça », et il n’y a pas vraiment d’autre chemin de vie possible, on n’a pas de représentation etc. Et en fait faire communauté finalement ça a ouvert un champ de possible impressionnant. Et m’engager ça m’a permis d’apprendre beaucoup de choses, en présence de personnes très cultivées, très impliquées dans le militantisme depuis des années, c’est quelque chose de très riche et ça m’a aussi apporté un côté sociabilisation dans le sens où dans mon entourage proche de base, j’ai pas forcément de personnes grosses qui partagent les mêmes vécus que moi. Et du coup là, ça m’a permis d’avoir une communauté vers qui me tourner, et qui comprendra tout de suite les problèmes. Et on n’a pas besoin de justifier ce qu’on a vécu en disant « mais si, ça ça a été douloureux pour moi parce que », non on a juste à dire « là j’ai vécu ça » et tout de suite on est compris.

Mon plus grand espoir c’est qu’un jour les enfants gros ou grosses n’aient pas à vivre ce que tous les adultes gros ou grosses ont vécu. C’est aussi pour ça que je milite, l’avenir. Parce que moi finalement, maintenant à l’heure actuelle j’ai la force d’encaisser ce genre de choses. J’ai envie d’améliorer le quotidien pour celleux qui viennent après.

Maxence:

Est-ce que tu pourrais nous définir la grossophobie ?

Boréale:

La grossophobie c’est l’ensemble des discriminations, des oppressions que les personnes grosses subissent dans leur vie quotidienne, que ce soit dans le cadre du travail, dans le cadre familial, à l’école, aussi dans le cadre de la santé. Ça touche vraiment tous les domaines de la vie publique, de la vie privée. Ça se répercute vraiment partout.

Maxence:

Tu dis avoir subi et continuer de subir de la grossophobie, comment ça se manifeste ?

Boréale:

Du coup ça s’est déjà manifesté par des moqueries, beaucoup notamment à l’école. En fait c’est pas forcément un processus conscient, mais il est de commune mesure qu’on a le droit de se moquer des personnes grosses. Parce que c’est comme ça qu’elles vont changer, qu’elles vont rentrer dans le moule, qu’elles vont maigrir. Il faut leur faire prendre conscience qu’elles sont grosses. Après, j’ai pas vraiment de preuve à l’appui mais au niveau de ma recherche d’emploi, j’ai eu beaucoup de mal à trouver des emplois. Et en fait il y a une étude qui a été menée par Jean-François Amadieu qui disait qu’une femme grosse avait six fois moins de chances de trouver un emploi qu’une femme mince. Sans avoir de preuve, pour moi ça s’est senti car des clichés sont associés aux personnes grosses, notamment le fait qu’une personne grosse va pas être dynamique, va pas être productive, va avoir beaucoup de problèmes de santé. Et du coup il y a plein de recruteurs qui vont se dire « non je ne vais pas l’embaucher parce qu’il ou elle est gros.se ». Par exemple aussi un domaine tout bateau, c’est l’accès aux habits où finalement le choix est très limité. Alors aujourd’hui un peu moins qu’avant je pense, mais ça reste très fastidieux de s’habiller. La majorité des marques s’arrêtent à la taille 46-48. Pour les marques qui vont jusqu’à la taille 68 il doit exister 3 magasins en ligne, seulement. Quand on peut pas s’habiller, c’est compliqué de sortir de chez soi. Je pense que les gens s’arrêtent vraiment à l’enveloppe physique, que ce soit par les vêtements, par notre morphologie, notre couleur de peau…tout ce que notre physique renvoie. Et quand tu t’habilles pas « comme il faudrait être habillé » je pense que tu peux être mal vu.e et il y a des personnes qui sont totalement désociabilisées à cause de ce genre de choses. On pourrait se dire « oh la la s’habiller à la mode c’est pas très important », mais le problème c’est pas juste s’habiller à la mode, le problème c’est s’habiller tout court. C’est qu’on est dans un monde aujourd’hui où on peut pas sortir tout nu, c’est interdit par la loi, donc en fait que des personnes n’aient pas accès à l’habillement c’est quelque chose de grave.

Au niveau de la grossophobie médicale j’en ai subi un petit peu, et ce genre de violences qu’on peut subir en tant que personnes grosses, ça peut nous éloigner de l’accès à la santé. Il y a des personnes grosses qui ne se soignent plus, soit parce qu’elles sont en errance médicale parce qu’on renvoie tous leurs symptômes à leur poids donc « ah bah oui si vous entendez plus de l’oreille droite c’est parce que vous êtes gros.se », des choses qui n’ont aucun lien. Et tu te dis « mais est-ce que vous ne pouvez pas allez chercher plus loin, et même si ça a un lien est-ce que vous pouvez pas essayer de me soigner en fait ? » Il y a des personnes qui ont des douleurs qui ne sont pas prises en compte sous prétexte qu’elles sont grosses et que la réponse à tous leurs problèmes ce serait de perdre du poids. On peut pas imposer ça à tout va. Les régimes, qu’on prescrit à tout le monde, tout le temps, c’est plus de 95% d’échec. Ça on n’en parle pas. A l’heure actuelle, il y a des dispositifs de soins qui ne sont pas adaptés aux personnes grosses. Il y a des scanners, des IRM où certaines personnes grosses ne peuvent pas passer ce genre d’examens puisqu’il n’y a pas de machines adaptées.

Maxence:

Tu es désormais militante au sein du collectif Gras Politique. L’association sensibilise, beaucoup, à travers la traduction d’articles initialement écrits en anglais, via son festival aussi, le Très Gros Festival qui met à l’honneur des personnes grosses et talentueuses. Il y a aussi eu l’opération PasMaRenaissance qui alerte sur les dangers de la chirurgie dite de l’obésité qui consiste à enlever les deux tiers de l’estomac. Vous vous opposiez à l’émission Opération Renaissance présentée par Karine Lemarchand qui visait à suivre des personnes grosses voulant « renaître » via cette chirurgie. Gras Politique porte des missions symboliques, y’en a-t-il d’autres ?

Boréale:

Nos volontés c’est d’essayer de réduire la grossophobie, voire si possible de la faire disparaître, tout simplement en sensibilisant les gens. Donc par exemple on va faire des interventions en milieu scolaire, auprès de collectivités territoriales, d’entreprises. On va sortir aussi des brochures sur différents thèmes. Les dernières qu’on a sorties c’est la grossophobie en milieu scolaire : comment ça peut se présenter et comment être mieux vigilant.e face à ça. On a sorti une brochure qui s’adressait aux soignant.e.s sur comment mieux prendre en charge les personnes grosses puisqu’il y a des personnes qui sont grossophobes plus par ignorance, par méconnaissance. En fac de médecine par exemple, la prise en charge des personnes grosses c’est pas quelque chose qui est vraiment mentionné. Du coup Gras Politique ça va être ça, ça va être aussi des choses destinées aux personnes grosses. Donc des cours de ce qu’on appelle Yogras, ce sont des cours de yoga adaptés aux personnes grosses. Puisque l’accès au sport est quelque chose de compliqué encore à l’heure actuelle soit parce que les méthodes ne sont pas adaptées, soit parce que le matériel n’est pas adapté, soit parce que les coups sont trop élevés. On propose aussi des groupes de parole sur différents thèmes pour que les personnes grosses aient des espaces de libre parole, en toute bienveillance et en toute compréhension. Après il y a un aspect médical, pratico-pratique. Par exemple la liste de soignant.e.s safe. Sur recommandations de personnes grosses on met en place une liste pour recommander des soignant.e.s qui ont bien pris en charge, qui ont bien entendu et écouté une personne grosse, qui n’ont pas juste limiter ses problèmes à son poids. Ca peut rassurer, faciliter l’accès aux soins.

Transition musicale

Maxence:

Tu penses qu’on peut parler de propagande de la minceur, avec les couvertures des magazines, le monde de la mode de manière générale qui promeut toujours les mêmes types de corps ?

Boréale:

Propagande je sais pas trop, mais en tout cas injonction à la minceur ça c’est sûr. On est dans un monde qui nous pousse tout le temps à essayer d’atteindre un idéal imposé par la société. Un idéal qui n’est pas forcément réaliste en plus parce que généralement sur les magazines, dans les médias, les femmes minces qu’on nous montre elles font du 34-36-38 alors qu’une étude avait été menée sur la taille moyenne des Françaises, et elles font du 42 en moyenne. Effectivement il y a une injonction à toujours plus maigrir, à être à son top, le top imposé par la société. Ça se voit quand l’été arrive, on entend partout qu’il faut préparer son summer body. Notamment pour les femmes, parce que c’est quand même les femmes et les minorités qui subissent principalement ce genre d’injonction à devoir ressembler à tout prix à UNE image. Et c’est dangereux parce que ça peut créer des troubles du comportement alimentaire, des complexes aussi. Moi longtemps j’ai eu l’impression de ne pas me sentir normale parce que je ressemblais pas à tous les gens qui étaient autour de moi, pas à ce qu’on nous montrait dans les médias etc alors qu’en plus la représentation ça a une force incroyable. Je pense que la représentation joue énormément dans la construction des enfants. Quand j’étais petite la représentation des personnes grosses dans les séries, dans les films, dans les livres c’était inexistant. Alors si, quand ça existait c’était pour se moquer, et du coup tu te dis « bah oui c’est normal qu’on se moque de moi ».

Maxence:

Alors, le body positive, parlons-en maintenant. C’est un mouvement qui est né sur les réseaux sociaux dans les années 2010. A la base, il trouve son origine en 1996 avec l’association The Body Positive lancé par deux Américaines Connie Sobczak et Elizabeth Scott suite au décès de la sœur de la première, qui souffrait de troubles alimentaires. Le mouvement a ensuite été repris et a été, en 2018, l’un des hashtags les plus populaires sur les réseaux sociaux. Donc le but, c’est l’acceptation et la reconnaissance de l’ensemble des corps, un mouvement qui se veut bienveillant et inclusif. Mais voilà, de nombreuses critiques ont surgi. D’abord, certains voient en lui un argument marketing. Mais l’autre critique peut-être plus importante, est celle qui dénonce une reprise du mouvement par des personnes au corps très normé. De nombreuses personnalités féministes disent s’être éloignées du mouvement, car elles ne se retrouvaient plus parmi les corps représentés. Pour toi Boréale, le Body Positive permet-t-il de lutter contre la grossophobie ?

Boréale:

Au début je pense que oui. Maintenant à l’heure actuelle le mouvement s’est un peu dépolitisé. Mais en tout cas je pense que c’est un bon levier d’accès au questionnement sur toutes les injonctions sur le corps, sur toutes les injonctions à rentrer dans le moule. Moi en tout cas, je suis rentrée dans la lutte anti-grossophobie un peu par le côte Body positive dans le sens où j’ai d’abord travaillé sur l’acceptation de moi, avant de travailler sur l’acceptation des gens en général. Oui c’est un point d’entrée aux luttes un peu plus politisées. Et surtout en fait aujourd’hui le mouvement Body positive c’est un mouvement qui a été vraiment beaucoup récupéré par des personnes qui sont dans les normes. Et en fait aujourd’hui majoritairement c’est quand même des femmes plutôt minces ou en tout cas disons 42-44 peut-être, qui ont la taille marquée, des hanches etc qui posent majoritairement sur ce hashtag. Ça commence à contribuer à imposer une nouvelle norme. Moi je pense qu’il faudrait juste ne pas imposer de norme.

Maxence:

Alors, il y a quand même des améliorations dans la diversité des corps représentés. Je pense notamment lors de la Fashion Week où on a pu voir des personnes qui sortaient des normes imposées depuis des années défiler, même si ça reste marginal c’est à souligner. Est-ce que toi, une amélioration en particulier t’as marquée ?

Boréale:

Moi ce qui m’a marquée c’est d’avoir de plus en plus de célébrités grosses qu’on voyait, qui sont pas forcément habillées comme des sacs. Je pense notamment à Lizzo, dans la musique, qu’on voit danser. Il y a 10-15 ans, des artistes grosses qui étaient aussi spectaculaires qu’elle, il n’y en avait pas. Et moi vraiment Lizzo c’est quelqu’un qui m’a marquée. Sur ses réseaux elle parle de tout ça, de la pression qu’elle peut avoir à maigrir. C’est pas juste une artiste qui fait de la musique. En plus je pense qu’elle a une certaine force de rester comme elle est puisque dans le système de la musique, du cinéma, on pousse les femmes à rentrer dans le moule mais encore plus que dans la société de manière générale. Effectivement on a de plus en plus de figures dans les médias qui montrent un exemple impossible, un chemin des possibles et c’est chouette à voir.

Jingle de fin « c’était Behind the society : le podcast, une série d’épisodes à retrouver sur Deezer, Spotify, Apple Podcasts et Google Podcasts. »

Liens utiles