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Aux urnes citoyen.ne.s

Édito pour un sursaut démocratique

Depuis quelques années en France, il apparaît très clairement que la démocratie se porte de plus en plus mal. Si parler de dictature serait hyperboliser la situation actuelle, nous ne pouvons cependant plus affirmer que la France applique le modèle acquis lors de la révolution de 1789. Depuis un certain temps, elle glisse dangereusement vers les dérives autoritaires et liberticides, en témoigne sa chute dans l’indice démocratique dû aux nombreuses mesures prises contre la liberté de la presse, d’expression et d’opinion.
La France est aujourd’hui au rang des “failed democracy”, une démocratie défaillante, en péril, et ayant entamée sa route vers de biens sombres destinées. Mais ce statut ne devrait pas nous désespérer, loin de là, et au contraire nous appeler à une mobilisation sans relâche et sans précédent pour sauver notre démocratie, si précieuse mais si fragile.
Aujourd’hui et dans 15 jours, les Françaises et les Français seront donc appelés à se déplacer aux urnes. Pour décider qui, parmi la douzaine de candidats et candidates, détiendra pendant 5 ans le pouvoir de faire sombrer la démocratie encore plus, ou au contraire, lui donner un peu d’air, un nouveau souffle. 

Loin de moi l’idée que cette élection et que toute élection en général puisse marquer le salut de tout un peuple, contrairement aux prétentions de certains candidats. Aujourd’hui, nous ne décidons pas le cœur joyeux en qui nous plaçons tous nos espoirs, mais bien qui sera notre adversaire pour les 5 prochaines années.
Et même si, comme nous le montre l’histoire, tout changement ne peut venir que du peuple pour le peuple, il est évident que ce changement sera reçu et réprimé avec une intensité et des méthodes différentes en fonction de qui détient le pouvoir.
Si le pouvoir de porter la revendication, de la mettre en lumière et de faire pression sur l’autorité est sans équivoque celui du peuple, le pouvoir de décision revient au final toujours à l’Etat. Et ledit Etat, en fonction de son dirigeant, sera plus ou moins à même d’accepter les revendications populaires, ou au contraire de les réprimer dans le sang.
En ce sens, Oui, le pouvoir de décider quel chemin va prendre notre démocratie sera entre les mains de celui ou celle qui sera choisi à l’issue de ces élections.

Mais ces élections ont été corrompues, subtilisées par des personnages aux intentions malfaisantes et haineuses. Alors que la population, et tout particulièrement les jeunes générations, futures occupantes de cette terre, portent une envie d’écologie, de justice sociale, d’égalité et d’équité, les thèmes abordés tout au long de la campagne n’ont été que ceux d’une branche haineuse et indigne de toute représentation.
L’extrême droite a su ramener à elle les quelques débats, trop peu nombreux, pour imposer sa vision pestilentielle et ségrégationniste du monde, bénéficiant d’une banalisation affligeante de ses propos racistes, antisémites et islamophobes, intolérables il y a encore 10 ans.
Face à cela, elle a même bénéficié d’une presque absence de critiques et de mise en garde : tolérée voire imitée par une droite “républicaine” et “modérée”, moquée et ignorée par une gauche institutionnelle n’osant pas la réelle dénonciation.

Cette même gauche institutionnelle semble avoir perdu toutes ses racines.
Le terme de “socialiste”, autrefois fort et plein de sens, a été défiguré et vidée de son âme travailliste pour servir une idéologie modérée et accepter les pactes avec la droite non extrême. L’embrassement du libéralisme économique est acté, et même les arguments sociétaux qui subsistaient encore commencent à eux aussi disparaître pour attirer une population plus « mesurée », et souhaitant avant tout protéger ces illusions de privilège plutôt que d’accepter un réel changement.
L’écologie a également perdu toute sa gloire et sa force d’antan. Oublié le tiers-mondisme et l’activisme de René Dumont, l’écologie est désormais une affaire d’urbains voulant “sauver la planète” depuis leurs tours d’ivoire, sans se préoccuper des spécificités populaires et rurales, souvent incompatibles avec les rêves de monde sans voiture et de capitalisme vert. Quand même les questions de décentralisation et de décroissance n’intéressent plus les partis, l’écologie altermondialiste des années 70 ressemble en effet à une utopie.
Quant à la gauche qui s’apparente le plus à celle historique : ni libérale, ni révolutionnaire, elle se retrouve aujourd’hui plongée dans une crise d’identité la relayant au rang de “vote utile” plus que de conviction. Elle défend la justice sociale et l’égalité pour certains, mais pas pour tout le monde ; se présente comme l’alliée des quartiers et des classes populaires, mais le fait sans ces mêmes quartiers et classe, avec un cœur militant moyen/moyen-sup; elle se veut accueillante envers les réfugiés, tout en souhaitant faire de la France une puissance forte et indépendante, penchant de plus en plus dans des biais isolationnistes bannissant l’internationalisme d’autrefois.
Cette gauche a perdu son tempérament de résistante, à lissé son image pour se rendre plus agréable, plus présidentiable. Le but n’est plus la rupture vers un nouveau système, mais l’adoucissement de celui actuel.

Mais face à ce manque d’entrain et de passion, le péril fasciste est lui toujours plus fort, toujours plus présent dans l’espace public et médiatique, toujours plus proche du pouvoir et des institutions. Il est devenu capital de faire barrage, de dire non au retour des temps les plus sombres de l’humanité, autant dans les urnes que dans la rue.
Cet édito n’est donc pas un appel à voter pour tel ou tel candidat. Ce choix est individuel et doit le rester, tout vote pour la démocratie est un bon vote, qu’il soit utile ou de convictions, la stigmatisation sur ce sujet est déjà bien trop présente en ce moment. Il est un appel à la conscience, conscience que le futur ne se joue qu’à un fil et que le basculement va probablement dépendre du visage qui s’affichera sur la télé de millions de Françaises et Français dimanche soir, dans deux semaines. Mais pas seulement. Dans 15 jours, la France aura une nouvelle présidente ou un nouveau président, mais également un nouvel adversaire pour 5 ans. Si cette élection va peut-être marquer un basculement dans notre histoire, nous, le peuple seront les seul·e·s en mesure de lutter contre ce basculement et de défendre nos valeurs et convictions. La démocratie ne s’arrête pas à un bulletin de vote, elle dure toute l’année.
Cet édito est donc un appel à un sursaut démocratique général, un sursaut populaire, un sursaut humain. Aujourd’hui et dans 2 semaines, nous irons choisir notre adversaire pour 5 ans, faisons en sorte de ne pas le ménager par la suite et de nous battre pour nos droits et notre dignité, quelle que soit l’issue de ce vote. Battons nous, battons nous pour que ce sursaut démocratique se pérennise et devienne une révolution des peuples, une vague inarrêtable.

Sans l’autorité d’un seul,
Il y aurait la lumière,
Il y aurait la vérité,
Il y aurait la justice.
L’autorité d’un seul,
C’est un crime.
Ce que nous voulons, c’est
L’autorité de tous.

Louise Michel

Alice Gosselin, étudiante journaliste et militante.

Par Alice Gosselin

Journaliste étudiante et photographe indépendante, je couvre divers évènement et sujets avec un accent sur les mouvements sociaux et politiques.

Etudiantes à l'université de Lille 2 en L1 Science Politique et à l'académie ESJ Lille

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