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[Portrait de vie] Accompagner à la périnatalité loin des préjugés

Un nouvel épisode de podcast a vu le jour ! Dans ce premier épisode de Portrait de vie par Loïs Hamard, le micro est tendu à Marion Calmel pour parler de son travail : être doula. Pour cette série de podcasts sur le monde des enfants, de la parentalité & de l’éducation, l’enjeu est de donner à la parole à celleux qui participe à la création des citoyen.ne.s de demain. Accompagnatrice à la périnatalité, de l’envie d’un enfant aux premières années de vie de celui-ci, Marion accompagne les parents dans cette expérience de vie qui nécessite parfois de l’aide (& c’est ok).

Retranscription écrite d’un podcast disponible sur les plateformes d’écoute.

Loïs Hamard : Bonjour à toutes & à tous, ici Loïs Hamard, je vous retrouve dans mon premier Portrait de vie. & pour celui-ci, j’ai choisi de tendre mon micro à Marion Calmel à qui je vais bientôt donner la parole. Mais avant cela, laissez-moi vous expliquer ce qui vous attend. Pour ces podcasts Portrait de vie, j’ai choisi de vous concocter quelques épisodes autour de la parentalité, de l’éducation, des enfants. Je retrouve donc Marion pour ce premier épisode, bienvenue à toi, & pour commencer tout en douceur, est-ce que tu peux te présenter, me dire qui tu es, me parler de ton parcours, de ta vie, de ce que tu fais au quotidien, de ce qui t’a amené dans ta personnalité à être à mon micro aujourd’hui ?

Marion Calmel – Doulayaga : Merci Loïs de m’inviter. Alors je suis Marion, doula en Ariège. Je suis mariée avec Maëva. Nous avons un enfant qui a 20 mois. Au tout début, j’ai commencé à me former comme travailleuse sociale : donc j’ai travaillé avec des grands enfants, des plus jeunes enfants & puis… & ensuite j’ai été coordinatrice d’un café associatif adapté aux enfants. & puis ce travail-là m’a mené à devenir assistante maternelle pour n’être plus qu’avec des enfants tous les jours. Donc avec Maëva on a accueilli des jeunes enfants pendant 2 ans chez nous. & puis ensuite on a déménagé en Ariège, on s’est mariées toutes les deux, on a trouvé un donneur pour concevoir notre bébé… Donc je suis doula depuis 2019, en Ariège & en visio.

Loïs Hamard : Tu as dit que tu étais doula, est-ce que tu peux me dire en quoi consiste ton métier, ce que tu fais au quotidien ?

Marion Calmel : Alors, doula, pour commencer : j’accompagne les parents ou futurs-parents du désir d’enfant jusqu’à la fin de la petite enfance donc en gros les 3 ans autour de la naissance d’un bébé. Donc 3 ans avant & 3 ans après. & puis les parents font à moi quand ils en sentent le besoin dans cette sphère-là des 6 années périnatales. Donc je les accompagne en proposant des séances qui est avant tout un lieu & un espace & un temps d’écoute bienveillant. & puis de conseil s’il y a besoin où je partage mes connaissances sur la physiologie du bébé, de la naissance. & puis en post-natal, je suis aussi là pour être un soutien émotionnel dans cet intense bouleversement de ce moment de vie tout particulier qu’est l’accueil d’un bébé. Je suis là aussi pour les secours d’un point de vue logistique, organisationnel : je peux leur apporter des repas, je peux communiquer avec leurs familles s’il y a besoin d’un relai… C’est ça, en gros, mon métier. Donc j’accompagne les parents & les petits bébés.

Transition sonore.

Loïs Hamard : Marion, je t’ai connu il y a de ça une paire de mois via ton compte Instagram, dont les storys sont un peu constituées comme un journal de bord de ta vie de maman & de profesionnelle & tes posts comme de la pédagogie & de la vulgarisation de termes & de principes fondamentaux. Est-ce que tu peux m’expliquer comment tu en es venu à créer ce compte & à partager ta vie de professionnelle de la maternité ? Quelle était la démarche, quel était le but concrètement de ce compte Instagram ?

Marion Calmel : Alors ce compte du coup qui s’appelle Doulayaga, au tout début il s’appelait, en 2017, « Dans les yeux de nos enfants ». J’ai commencé à créer un blog avec un peu de ressources pédagogiques & j’ai prit plaisir à partager là-dessus & à valoriser ce métier qui est vraiment peu reconnu. Depuis janvier, c’est Doulayaga parce qu’en fait c’était le nom de ma formation pour doula. Mon contenu actuel en fait c’est vraiment au fil de mes pratiques de doula & de mes formations en fait où quand je me forme, quand je lis sur la périnatalité (& j’adore ça, parce que je suis passionnée sur le sujet). Mais à chaque fois en fait, ce n’est pas adapté aux parents queer du tout. & ça me manque, & j’ai besoin de ce contenu-là, j’ai besoin qu’il existe (rires), donc je le fais pour moi & puis pour les autres.

Loïs Hamard : T’en parles très justement de ce besoin d’inclusivité & à travers ton compte Instagram ça se voit : de part ton vécu ou alors des photos & histoires extérieures, tu partages des représentations familiales différentes de ce qu’on appelle “la norme”, comprenez : les familles hétérocisgenres. Est-ce que tu peux me parler de l’importance que ça a pour toi de partager de tels modèles dits alternatifs ou différents dans la société française actuelle ? 

Marion Calmel : Bah je crois que la chance qu’on a dans cette ère moderne avec les réseaux sociaux c’est de pouvoir rendre visible ce qui, pour le moment, ne l’est pas. En fait, y’a pleins de choses. Rien que sur l’allaitement en fait : le fait de voir des parents qui allaitent leur bébé mais dans la sphère publique on nous demande de nous cacher, on nous demande de ranger nos seins, on nous demande d’allaiter aux toilettes… & puis en fait il faut cacher nos bébés, il ne faut pas les entendre, il ne faut pas qu’ils crient, il ne faut pas qu’ils pleurent. Pareil pendant la grossesse, & puis le désir d’enfant & puis le premier trimestre… En fait c’est le sujet de la périnatalité est comme « Chut ! Taisez-vous ! » (rires) Du coup il y a déjà ça mais pour les parents queer, encore plus du coup. C’est comme un entonnoir d’invisibilité & plus on creuse, & moins on nous voit donc euh bah j’espère que sur mon compte, les parents qui ne peuvent pas s’identifier sur d’autres comptes & puis même dans la sphère publique & en lisant des livres &… je vois qu’il y en a quand même de plus en plus dans les albums jeunesse. Ca y est on commence à avoir des représentations différentes & qui du coup bah moi me ressemble & ça me fait du bien donc c’est tout ça. Je pense que ça me tient à cœur parce que j’ai besoin de ça & puis en fait je pense que ça vient avant tout de mon… mon militantisme féministe & intersectionnel. Parce que bien sûr je parle des discriminations subies par les personnes queer mais en fait je parle de ça principalement parce que ça me concerne mais c’est aussi pour les personnes grosses, pour les personnes racisées, y’a… y’a… enfin bref… (rires)

Loïs Hamard : & justement, tu parles du fait que c’est lié à ton vécu, à ton militantisme, à ton féminisme & à ton identité tout simplement, comment toi ça se traduit dans ton travail, dans la manière d’accompagner les familles, dans la manière de former aussi, d’inclure ces thématiques-là ?

Marion Calmel : En Ariège, j’accompagne surtout des parents cishétéros & puis en visio des parents queer. Quand je m’adresse aux parents, je commence en me présentant & en donnant mon pronom même si au début y’a des « qu’est-ce qu’elle veut dire par là ? » Dans mon vocabulaire, dans mon lexique, je vais demander en fait aux parents « est-ce que ça vous va, pour que tu puisses te sentir… t’identifier à ce que je vais dire, quels termes t’as envie que j’utilise ? » Parce que en fait, j’en sais rien moi de si les parents sont queer ou pas. Je pars du principe que j’en sais rien & que j’ai besoin que tous les parents soient reconnus & que… qu’ils puissent se sentir entendus & en confiance avec moi. C’est la base de notre relation & de mon travail en fait. Si les parents n’ont pas confiance, je ne peux pas les accompagner dans ce moment si intense. Si ils ne comprennent pas trop ce que je dis, je vois les sourcils qui se froncent mais c’est pas grave, j’aurai pu commencer à semer des petites graines éducatives sur le sujet & puis ensuite c’est ça je vais parler de personnes qui enfantent, je vais parler de la place des partenaires… & puis dans ma formation aussi, ce sont ces termes-là que j’utilise.

Loïs Hamard : Pour toi comment c’est important aussi d’avoir une représentation ? Là tu dis que en visio tu suis principalement des parents queers, euh… comment ça nait tu penses ce besoin d’avoir des profesionnel.le.s qui nous reconnaissent, qui connaissent nos problématiques & qui puissent être plus sensibilisé.e.s à ce qu’on vit ? En quoi c’est important d’avoir des gens de la communauté ou alors juste des gens qui sont sensibilisé.e.s à tout ça ?

Marion Calmel : La périnatalité, la gynécologie, ça fait vraiment partie de l’intime cette période-là de la vie, donc on est vulnérable. Pendant la grossesse, c’est un tel chamboulement, qu’on peut se sentir vulnérables, pendant une naissance pareil & en post-partum x 1 000. Si on se sent pas biens & s’il faut ré-expliquer « bah tu sais, moi, en fait, je suis non-binaire » & puis que la personne en face elle est là « co-quoi ? (rires) » Mais, on ne peut pas se sentir libres d’être vulnérable aux côtés de cette personne qu’on choisit pour nous accompagner. Je pense aussi que c’est pour ça que je veux être encore plus & encore plus visible sur les réseaux parce que je veux que si les personnes cherchent une doula, en tous les cas la doula que je suis, ils puissent me trouver. C’est difficile de se sentir en confiance & du coup j’ai envie aussi… on n’a pas à éduquer les personnes sur juste qui on est.

Transition sonore.

Loïs Hamard : En sus de parler des différents modèles familiaux, tu abordes aussi la manière de donner naissance, notamment en lien avec la construction actuelle de l’institution de naissance, est-ce que tu peux m’en dire davantage sur ces modes d’accouchements différents de celui qu’on connaît habituellement en structure hospitalière avec la péridurale etc ?

Marion Calmel : Je crois que c’est aussi la similutude de toutes les doulas c’est qu’on est formées à la physiologie de la naissance. C’est-à-dire que dans nos tripes on a la conviction que toutes les personnes peuvent enfanter par elles-mêmes. Déjà, rien que ça, ça déconstruit beaucoup de choses. Evidemment c’est sans nier la science & toutes les avancées & tout ce que ça permet mais… & je le répète à tous les accompagnements : je ne suis pas contre la péridurale, je veux que tu saches pourquoi la péridurale existe, à quoi elle sert & ce qu’il se passe dans le corps quand on en prend ou pas. C’est tellement différent de la présentation « je perds les eaux, vite vite on court à la maternité, vite vite (rires) on nous dit poussez » & puis éventuellement entre temps y’a un long temps d’attente où on voit bah le couple qui attend sagement dans sa chambre sans faire de bruit & sans bouger. Le patriarcat médical est venu prendre & voler ce moment-là qui est si intense que ce moment d’accueil de son bébé & de le faire naître. Il y a pleins de possibilités pour enfanter : on peut choisir d’aller en structure d’hôpital, de niveau 1, 2, 3, on peut choisir d’aller en plateau technique, donc c’est une salle qui est géré par des sages-femmes libérales & puis on peut aussi choisir une maison de naissance qui est du coup en dehors de l’hôpital donc quand même à côté. & puis on peut choisir d’enfanter chez soi, accompagné.e par un.e profesionnel.le de santé ou enfanter chez soi librement, sans personne, en pleine autonomie, comme ce que j’ai choisi de faire avec ma compagne. Je crois que mon travail consiste à ne plus entendre « ah, si j’avais su », moi je veux que les personnes sachent.

Loïs Hamard : C’est extrêmement beau ce que tu dis & est-ce que tu penses que là en 2022 les institutions changent, les mentalités changent, la manière « conventionnelle » d’enfanter change avec ces différentes structures qui existent, avec les différents métiers comme les doulas qui peuvent accompagner de plus en plus ? Est-ce que de moins en moins de personnes disent « ah, si j’avais su » ?

Marion Calmel : J’espère. Je crois qu’il se passe un truc, ou en tous les cas que les personnes qui choisissent d’enfanter autrement & qui choisisse un autre accompagnement, un autre post-partum que ailleurs tout le monde chez soi très vite & puis de galérer, de préparer à manger pour tout le monde, ça aussi c’est en train de changer je crois, j’espère. En fait je pense que les personnes qui choisissent ça sont de plus en plus visibles & encore une fois que la visibilité je crois que ça fait partie de la clef… C’est bah… juste de pouvoir s’identifier, de pouvoir di-discuter avec des personnes qui suivent ce chemin vers lequel on se sent appelé.e.s, j’espère.

Loïs Hamard : & du coup, en contraste avec tout ça, est-ce que tu penses qu’il y a encore des choses à changer, je pense que oui, mais comme quoi ? A tes yeux, voilà, la baguette magique du monde de la périnatalité, pour toi, tu l’utiliserais pour faire quoi, pour changer quoi ? Que ce soit les mentalités, la société, les structures, les manières d’enfanter ou autre.

Marion Calmel : Oui y’a encore beaucoup beaucoup beaucoup beaucoup à faire déjà les violences obstétricales & gynécologiques existent beaucoup, & trop. La majorité des personnes qui donnent naissance, donnent naissance en structure hospitalière mais je ne crois pas que ce soit la structure hospitalière qui soit le problème. Je crois que c’est le patriarcat médical qui est dans ces structures, le manque de moyens… là en ce moment & depuis un moment le fait de revendiquer, pour le coup c’est encore très binaire & cis-normé mais une femme, une sage-femme : une personne qui enfante & une personne qui accompagne. Comment est-ce qu’on veut redonner le pouvoir aux personnes qui sont en train de donner naissance quand c’est plus simple de leur donner une péridurale & qu’on ne peut pas accompagner une personne qui donne naissance avec ses hormones & qui est en train de le faire & qui y arrive super bien. N’empêche qu’elle a besoin d’être accompagnée, elle a besoin d’être soutenue. Il manque des sous, il manque des gens pour accompagner ces personnes : il y a encore beaucoup beaucoup à faire. (rires) & puis aussi sur la reconnaissance dans doulas : mon métier n’existe pas, il n’y a aucune reconnaissance. Qui veut peut se dire doula. CE que je dis quand je forme des doulas : à court-terme, je visualise des doulas partout, pour tout le monde, pour tous les cors de métier. Je visualise des doulas pour accompagner les IVG à l’hôpital, je visualise des doulas partout. & à long terme je visualise qu’il n’y ait plus de doulas parce que la transmission aura été faite & puis, & que il n’y aura plus besoin & que ça fera parti de l’humanité que de se soutenir & d’accompagner les personnes qui sont dans cette période périnatale.

Transition sonore.

Loïs Hamard : Pour conclure ce portrait de vie, Marion, je te propose un espace d’expression libre si jamais tu as un mot à faire passer, un élément que tu souhaites faire parvenir à nos auditeurs.trices pour ce mot de la fin ?.

Marion Calmel : J’aime bien les mots de la fin. J’ai envie de dire… à tous les parents qui ont envie de devenir parents & qui ne le sont pas encore : leur bébé est en chemin. J’ai envie de dire aux parents qui vont bientôt accueillir leur bébé que leur corps est prêt pour enfanter & que leur bébé sait naître. J’ai envie de dire aux parents qui sont en plein post-partum que ce sont des vagues & que ça passe. Je le sais que c’est intense & je sais que c’est dur & je sais aussi qu’ils sont en train de traverser ça à merveille. & puis j’ai aussi envie de dire à tous les enfants qui sont là & qui sont accompagné.e.s par leurs parents de la façon la plus inclusive, la plus… j’ai envie de dire militante mais en tous les cas avec beaucoup de douceur. A tous ces enfants qui deviendront des adultes que je les aime & qu’ils vont réussir dans ce monde tout bizarre qu’on leur laisse. & je ne sais pas trop ce que ce monde-là va devenir.

Loïs Hamard : Merci à toi Marion pour ce mot de la fin mais aussi pour toute l’interview que tu m’as accordé pour ce portrait de vie. Si vous avez envie de prolonger le sujet des violences obstétricales & gynécologiques dont nous avons parlé tout à l’heure, je vous invite à retrouver le podcast de Maxence fait à cette occasion en novembre dernier. Merci à vous & à bientôt pour un prochain épisode des portraits de vie, c’était BTS.

Jingle de fin : C’était Behind The Society : le podcast. Une série d’épisodes à retrouver sur Deezer, Spotify, Apple Podcasts & Google Podcasts.

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