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À l'international Féministes tant qu'il le faudra

Le droit à l’IVG en péril aux États-Unis

photo: pexels

Le départ de Donald Trump de la Maison Blanche n’aura pas suffit à endiguer la poussée conservatrice du pays. Les lois anti-avortement se multiplient dans les différents Etats américains, jusqu’à donner des idées à la plus haute juridiction du pays, la Cour Suprême. Les juges qui la composent pourraient réviser la loi Roe VS Wade de 1973 qui inscrit l’avortement légal jusqu’à 24 semaines de grossesse dans la Constitution.

Vers une suppression du droit à l’avortement ? 

Réviser la Constitution n’est pas un acte banal, cela remet en cause une décision historique pour la liberté des femmes. En 1973, l’arrêt Roe VS Wade promet aux femmes une possibilité d’avorter jusqu’à 24 semaines de grossesse. Mais les États-Unis semblent à présent revenir sur leurs pas à la suite d’un projet de loi du Mississippi.  Cet État du Sud souhaite interdire l’avortement au-delà de 15 semaines de grossesse, une loi que les juges de la Cour Suprême pourraient faire passer à l’échelle du pays. Certains États n’ont pas attendu cette décision pour passer à l’acte. Selon France Info, pas moins de 1840 mesures de limitation de la contraception ou de l’avortement ont été introduites depuis le début de l’année aux États-Unis, dans 46 États sur les 50 que compte le pays. La Floride a réduit le délai pour l’avortement de 24 à 14 semaines. Au Texas, l’IVG est à présent interdit dès que les battements du cœur de l’embryon sont perceptibles, environ quatre semaines après la fécondation. L’Idaho engage des poursuites civiles contre les médecins pratiquant l’avortement. La liste est encore longue et pourrait s’allonger davantage si la Cour Suprême décide de réviser ce droit. Vingt États supplémentaires seraient susceptibles de criminaliser ou d’interdire l’avortement.  Pourtant, dans les pays avec un accès au soin, les avortements ont tendance à avoir lieu assez tôt. La majorité des avortements réalisés dans le monde ont lieu dans les 12 premières semaines (90% dans les pays à revenu élevé , les ⅔ ayant lieu avant 9 semaines de grossesse).

carte : Radio-Canada affichant les restrictions du droit à l’IVG. La carte date de 2016, depuis certains États ont renforcé leur politique anti-IVG


L’héritage Donald Trump

La décision de la Cour Suprême est encore plus redoutée que six juges sur neuf sont conservateurs. Un déséquilibre en partie dû aux choix de Trump. L’ancien président des États-Unis a conduit trois juges conservateurs à la plus haute juridiction du pays. Symbole du recul du droit à l’avortement, Trump choisissait Amy Coney Barrett pour remplacer l’icône féministe, Ruth Bader Ginsburg. La protégée de Trump s’oppose diamétralement à sa prédécesseure, une femme reconnue pour ses positions en faveur de l’indépendance et de l’avortement. Sa remplaçante est au contraire connue pour ses positions religieuses traditionalistes et son opposition à l’avortement. Amy Coney Barrett est membre de la communauté religieuse “People of Praise” dont un article du Guardian affirme que les femmes y sont considérées comme soumises à leur mari. Pour compléter le tableau, Niel Gorsuch avait également été sélectionné par l’ancien président américain. Ce juge conservateur de 55 ans se positionne en faveur de la peine de mort ainsi que des valeurs de la famille et de la religion. En 2013, il tranche en faveur de l’entreprise Hobby Lobby, opposée au remboursement de pilules du lendemain. Troisième choix et pas des moindres, Brett Kavanaugh, homme aux positions conservatrices affichées : catholique traditionaliste, ouvertement anti-avortement et pro armes à feu. Il est également accusé d’au moins quatre agressions sexuelles, notamment par d’anciennes camarades d’étude.  Le système américain est ainsi fait que ces choix d’hier peuvent impacter la vie des femmes de demain. Restreindre, criminaliser ou interdire l’avortement aurait de graves conséquences sur la santé des femmes, et sur leurs libertés.

Riposte féministe

Aux Etats-Unis, les lobbies anti-avortement et les mouvements “pro-life” envahissent la société et mènent leur propagande, même dans la tête des plus jeunes. L’Église est l’une des instances majeures dans la lutte contre l’avortement. En 2019, elle finance le film “Unplanned”, un manifeste contre l’IVG inspiré de faits réels. Le scénario met en scène une femme du Planning Familial aux opinions féministes. Cette dernière retourne sa veste après sa rencontre avec un couple anti-avortement, elle décide alors de mener un combat contre le Planning Familial et l’IVG. Lors de sa semaine de sortie, le film se hisse au top 10 des meilleures entrées avant d’être interdit au moins de 17 ans et rejeté par certaines chaînes de télévision. Mais la propagande anti-avortement gangrène aussi l’État, notamment sous l’ère Trump. En janvier 2017, la “March for life”, grand rendez-vous des militants anti-IVG, prend un autre tournant. Le vice-président de Donald Trump, Mike Pence, s’y rend en personne et déclare : « La vie est en train de gagner ».

Vidéo de Bloomberg QuickTake sur la Women’s March pour protester contre les lois anti-avortement

La réponse féministe ne s’est pas faite attendre face à la poussée conservatrice du pays. En octobre 2021, de multiples manifestations dénonçant la loi promulguée au Texas ont lieu dans plusieurs États. Dans plus de 600 villes du pays, des femmes de toutes les générations revendiquent le droit à disposer de leur corps, le droit d’avoir le choix. Les féministes dénoncent la situation déjà critique du pays où certaines femmes sont contraintes de changer d’État afin d’avorter. Les lois anti-avortement affectent d’autant plus les femmes précaires pour qui ce droit est très coûteux. Amnesty International condamne également les “déserts” en terme de cliniques d’avortement, la plupart des habitants vivant à plus de 160 kilomètres d’un tel service. L’organisation déplore le fait que les États-Unis aient “le taux de mortalité maternelle le plus élevé de tous les pays développés”. La situation est déjà critique. Réviser le droit à l’IVG ne permettra pas de diminuer le nombre d’avortement mais rendra simplement sa pratique plus dangereuse. Au-delà de l’aspect médical, cette loi est le symbole même du patriarcat. Une minorité de personnes, notamment des hommes, décident à la place des femmes sur des sujets qui les concernent. Cela semble surréaliste qu’en 2022, des femmes doivent toujours se battre pour avoir le choix, pour disposer librement de leur corps, pour avoir des droits fondamentaux. Les États-Unis sont à présent à un carrefour entre une société conservatrice où le patriarcat fait la loi et une société féministe, où chaque être humain a accès à ses droits fondamentaux.

photo :pexels

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Out of the closet Podcasts

[Portraits de vie] : AJL : être journaliste et LGBTI+

Puisque la représentation et le poids des mots comptent, Behind The Society a contacté Mathieu Brancourt, membre de l’Association des Journalistes LGBTI (AJL). Créée en 2013, l’AJL veille au respect et à la représentation des personnes LGBTI dans les médias. Au micro de BTS, Mathieu évoque le contexte de création de l’association, les missions de cette dernière et le rôle des journalistes dans le traitement des questions LGBTI.

Dans les années 70, Harvey Milk, le célèbre militant gay disait : « Come out, wherever you are ! » (sortez du placard, où que vous soyez). Cette phrase a été reprise dans une tribune du Monde, publiée en 2013, qui demandait aux LGBTI+ ayant accès aux médias de faire leur coming-out. Quelques semaines plus tôt se se créait l’association des journalistes LGBT (AJL). Avec pour objectif d’aider les médias et journalistes à traiter les questions LGBT, d’opérer une veille sur le traitement de ces sujets par les rédactions et de contribuer à la visibilité des personnes LGBT dans l’espace public, l’association rassemble aujourd’hui plus d’une centaine de membres. Mais à l’époque du mariage pour tous, l’homophobie décomplexée qui s’exposait tous les jours dans les médias, rendait difficile un coming-out, en particulier pour les journalistes. Nous avons donc rencontré le journaliste Mathieu Brancourt, membre de l’AJL depuis fin 2013, pour lui demander comment la situation avait évolué depuis et pourquoi s’affirmer journaliste et LGBT est essentiel aujourd’hui.

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Phoque la pollution

L’Inévitable Rébellion : réponse d’Extinction Rébellion face à l’inaction sociale et climatique.

« Quand voter ne suffit plus, la rébellion est inévitable. » Le slogan, relayé par le compte Instagram du mouvement a attiré 1500 rebel.les de toute la France le 16 avril pour planter un camp au pied de l’arche de Saint-Denis, en plein cœur de la capitale. Pendant trois jours, les militants se sont approprié la rue en autogestion, se laissant rêver à un autre monde.

Besoin de renforts à Sucre ! Conférence à Farine dans 15 minutes ! N’hésitez pas à aller ravitailler Miel ! Au pied de l’arc de triomphe Saint-Denis, les militant.es fourmillent d’un point de blocage à l’autre : sucre, farine, miel et cannelle. Chacun possède ses instruments de blocage, qui ont permis d’isoler la zone. Les bras enfilés dans des tubes bétonnés à des poubelles colorées, les bloqueureuses en premières ligne forment des « marguerites. » Derrière, certain.es militant.es sont accroché.es à des pianos, les grimpeureuses perché.es sur des infrastructures en hauteur. Les rôles ne manquent pas pour qui veut se rendre utile. Juste à côté se trouvent les médiateurices et les contacts police, chargé.es de dialoguer avec les passant.es et les autorités. Au milieu, les méditantes : assis.es sur l’asphalte, iels méditent face à face avec les CRS. Puis viennent les anges-gardien, qui ravitaillent les bloqueureuses, et les équipes techniques qui installent le coin cuisine, les toilettes sèches et descendent le reste du matériel.

Le « beacon » est une structure « d’artivisme », une méthode de blocage qui fait la fierté de XR. ©Anaëlle Charlier

Une opération bien huilée

Tout s’est passé très vite : rendez-vous à 7h50, déploiement à 9h, on bloque, on tient l’occupation autant qu’on peut. On guette la police, on se tient prêt à résister. Beaucoup en sont conscient.es : ce qu’iels font là, c’est de la désobéissance civile. Iels risquent une amende et l’emprisonnement. Pourtant, au cœur de l’action, l’ambiance est sereine, presque festive : « Il y a peu de risques qu’iels viennent nous déloger, on est pacifistes, les gens sont avec nous et on a la force du groupe pour se donner du courage », confie une militante venue de Bordeaux spécialement pour l’Inévitable Rébellion. C’est ainsi que le mouvement Extinction Rébellion, mondialement connu pour ses actions de désobéissance civile a baptisé cet évènement. L’objectif : alarmer la population et les gouvernements sur l’urgence climatique et sociale.

« Il nous reste 3 ans, c’est un fait, moi je veux pouvoir dire à mes enfants que quand il fallait agir, je suis allé manifester, j’ai changé de métier et je suis devenu aussi écolo que j’ai pu. »

Militant d’XR, père de famille

Les motivations des rebel.les présent.es sont multiples : « il nous reste 3 ans, c’est un fait, moi je veux pouvoir dire à mes enfants que quand il fallait agir, je suis allé manifester, j’ai changé de métier et je suis devenu aussi écolo que j’ai pu » affirme un père de famille. Pour d’autres, se rassembler prouve que l’on est pas tout.e seul.e pour faire face à ce qui semble insurmontable. « La majorité des inscriptions, elles sont arrivées après le résultat du premier tour » explique Isa, responsable de la cuisine « on s’attendait à 600 personnes, finalement on est le double, ça va être plus compliqué à nourrir mais ça fait plaisir d’être là, de lutter toustes ensembles. » Pour nourrir tous ses rebel.les, l’équipe cuisine peut aussi compter sur les dons.

Une vie paisible, en autogestion

Sur le lieu de l’action, tout est prévu pour mener une vie sereine : les street-médics veillent à la bonne santé de toustes, les bulles régénératrice et dodo sont à disposition de qui a besoin de souffler et la cuisine est au petit soin avec des repas copieux et fait maison. Petit plus pour les parents : un espace « enfants » a été installé au cœur de l’occupation, choyant la relève avec des activités manuelles. Une borne à incendie a été tapissée de verdure par leurs soins et arbore désormais fièrement le sigle sablier et l’acronyme « XR » (Extinction Rébellion). Ailleurs, des militant.es flânent, d’autres lisent dans des hamacs, certain.es dessinent, par endroit on tracte, plus loin on colle, on tag. Des tags tous effaçables, car le mouvement prohibe toute forme de détérioration forte.

Les « red rebels » sont une autre forme « d’artivisme ». Iels défilent dans le camp avec lenteur chaque soir. ©Anaëlle Charlier

Certain.es, plus échaudé.es s’organisent pour bloquer le Mac do et le KFC de la rue. Le but : faire fermer les enseignes. Pour décider d’une telle action, il a fallu en discuter lors de l’Assemblée Populaire qui se réunit tous les matins. Chacun.e est invité.e à s’y exprimer et à donner son avis. Finalement, il y a « prise de température » pour trancher. Mains en l’air si on est d’accord, au milieu ou en bas si c’est moyennement ou pas du tout et on croise les bras si c’est une opposition ferme. Chez XR, c’est le consensus de groupe qui prime. « Nous ce qu’on réclame, c’est un système qui redonne le pouvoir au peuple, avec des assemblées populaires plus localisé.es. Un système qui agit pour le climat et pour les droits sociaux. » explique Neptune, sous couverture de son pseudo. Regard complice avec sa voisine, les deux rigolent et ajoutent « on sait jamais si on donne notre vrai prénom ou pas, mais bon j’imagine que maintenant que tout est lancé, c’est tranquille. » En effet, les moyens policiers déployés autour de l’occupation ont disparu dès le samedi après-midi, laissant prospérer la bulle d’autogestion installée en plein Paris.

Anaëlle Charlier

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Enfants d'aujourd'hui, adultes de demain Out of the closet Podcasts

[Portrait de vie] Soan, TransParent pas Invisible

Etre trans. Etre parent. Etre TransParent. Cela ne veut pas forcément dire être Invisible. C’est ce que pense, milite & répète Soan, un homme transgenre, pépa d’une fille de 3 ans. Pour ce deuxième portrait de vie de la série sur les différentes parentalités, modes d’éducation, parcours de naissance : Loïs Hamard donne le micro à Soan aka @soan_t_informe pour qu’il nous parle de son vécu & de son quotidien en tant que père transgenre.

Retranscription écrite d’un podcast disponible sur les plateformes d’écoute.

Loïs Hamard : Bonjour à toutes & à tous, ici Loïs Hamard, je vous retrouve dans mon second Portrait de vie. & pour celui-ci, j’ai choisi de tendre mon micro à Soan à qui je vais bientôt donner la parole. Mais avant cela, laissez-moi vous rappeler dans quoi vous vous êtes embarqué.e.s. Pour ces podcasts Portrait de vie, j’ai choisi de vous concocter quelques épisodes autour de la parentalité, de l’éducation, des enfants. Vous pouvez donc retrouver mon premier épisode avec Marion Calmel aka Doulayaga, un portrait de vie d’une doula, celle qui accompagne à la périnatalité loin des préjugés. Quant à aujourd’hui, je retrouve Soan pour ce second épisode, bienvenu à toi, & pour commencer tout en douceur, est-ce que tu peux te présenter, me dire qui tu es, me parler de ton parcours, de ta vie, de ce qui t’a amené dans ton identité à être à mon micro aujourd’hui ?

Soan : Bonjour Loïs & merci beaucoup de me donner la parole sur ton podcast. Moi c’est Soan. J’ai 29 ans. Je suis un homme trans hormoné depuis 7 mois. & je suis pépa solo d’une enfant de 3 ans.

Loïs Hamard : Tu es parent. Tu es trans. Tu es trans parent. Comment ça se passe de ton côté, la reconnaissance en tant que parent trans : que ce soit les papiers à l’école, les démarches légales, médicales avec ta fille ou encore tout simplement les moments de socialisation avec les autres groupes de parents ? Est-ce que tu es reconnu légalement, officiellement, socialement, médicalement, comme le père de ton enfant ?

Soan : Déjà faut savoir que ma fille est en école maternelle. Elle a fait sa rentrée en septembre de l’année dernière & que déjà suite à ça j’ai du expliquer à l’administration & à la mairie que j’étais un homme trans, que effectivement sur le livret de famille, les extraits de naissance je suis reconnu comme étant la maman de cette dernière mais que je ne suis pas une femme. C’est toujours un peu délicat : ton enfant t’appelle maman devant tout le monde & en face de toi tu vois un homme. Sachant qu’en plus je commençais à peine ma transition, je ne savais pas trop comment j’allais changer durant l’année scolaire donc je trouvais ça vraiment très important. Egalement je ne voulais pas me faire mégenrer. Ce qu’il se passe c’est qu’on se retrouve très vite face à des problématiques de l’administration française. Du genre, à un moment donné je n’avais pas reçu des factures à payer & je contacte la mairie & à la mairie elles me disent : « ah oui effectivement on cherche à joindre votre femme. » Moi je lui réponds : « non non, euh, c’est bien moi. » Donc là elle me dit « non mais nous on cherche la mère » avec mon deadname. Je suis là dit « non mais c’est moi, je m’appelle Soan & je suis bien reconnu comme étant la maman… » & là y’a un gros blanc & elle me dit : « j’ai pas compris. » « Bah en fait, je suis un homme transgenre, je suis reconnu comme sa mère mais je suis bien… je suis bien son parent. » A un moment donné on se rend compte de l’absurdité des choses & du fait que l’administration n’est absolument pas formée & sensibilisée sur… sur les personnes transgenres. Ca nous pose problème ce manque de représentation parce qu’il faut qu’on s’explique, il faut qu’on prouve. Moi, tous les jours avec ma fille je me balade avec un extrait de naissance & ma carte d’identité, tout ce qui peut faire foi que avant je n’étais pas Soan & que je suis bien son parent, au cas où il y aurait un problème, que ce soit du point de vue médical, d’un point de vue social. Du coup officiellement je suis toujours reconnu comme étant la maman sur le livret de famille & partout, parce que je n’ai pas fait mon changement d’état civil, donc je suis encore avec un sexe F sur ma carte d’identité. Socialement je suis perçu comme étant un homme, comme étant un papa en fait. Ca pose vraiment des trucs très très drôles. Des fois à l’école y’a tous les parents qui sont à côté, on voit bien que je suis un homme, surtout que la le port du masque n’étant plus obligatoire, & là ma fille débarque en me regardant & elle me fait : « maman ! » Les gens se retournent, me regardent, ne comprennent pas. Faut quand même se rendre compte aussi que ce n’est pas forcément… euh féminin d’être une maman. On peut être un homme, dans un couple gay par exemple, & se faire appeler maman. Ou être dans un couple lesbien & être appelée papa. Ce n’est que des mots, faut arrêter de mettre des genres forcément sur ces mots-là.

Loïs Hamard : En dehors d’être reconnu ou non en tant que père par le “reste du monde” disons, comment ça se passe pour la filiation avec ta fille ? Car tu l’as porté mais est-ce que tu peux me parler de ton parcours administratif pour être reconnu en tant que parent ?

Soan : J’ai porté mon enfant, donc je l’ai porté bien avant ma transition, bien avant même que je ne comprenne que bah j’étais un homme. Du coup bah comme dans toutes procédures, quand on accouche, on est directement reconnu.e en tant que mère, si on est reconnu.e en tant que femme. Si je veux être reconnu comme le père de ma fille, je m’engage sur des procédures juridiques interminables & transphobes. Y’a aucune loi en fait. La problématique en France c’est que soit tu accouches & tu es une femme, donc tu es reconnu.e en tant que mère, soit tu fais une reconnaissance comme étant le père & tu es un homme. Mais alors les bails entre, il n’y en a pas. Au niveau de la filiation, ça fait quand même longtemps hein que les hommes trans portent des enfants, c’est-à-dire qu’il y a quand même aux Etats-Unis Thomas Beatty qui a porté un enfant avec un CEC homme. Je trouve ça violent en fait. Porter un enfant en étant un homme & devoir passer devant des juges, devoir possiblement adopter son propre enfant qui sort de son corps, c’est violent. Je ne comprends pas non plus pourquoi est-ce qu’en France on n’a pas le droit d’être défini.e dans notre parentalité en fonction de notre genre. On s’en fout que ce soit moi qui l’ai porté, moi qui l’ai procréé avec du sperme. Je ne vois pas ce que ça change par contre nous ça a des grosses répercussions dans nos vies, parce que c’est un outing permanent & c’est violent. Je subis beaucoup de transphobie mais je crois que la transphobie la plus horrible que je vis dans ma vie c’est les gens qui vont dire que je ne suis pas un homme parce que j’ai porté ma fille… « les hommes en général en fait ne peuvent pas porter d’enfant. » Déjà c’est un parcours du combattant en tant que personne trans binaire d’avoir une reconnaissance dans son genre & dans sa parentalité alors pour des personnes non-binaires qui n’existent pas d’un point de vue administratif en France, c’est d’autant plus compliqué. Je pense quand même que les livrets de famille devraient arrêter cette mention de père/mère mais qu’il devrait être noté parent 1/parent 2. Ou alors dans la volonté de certaines personnes à la rigueur mais dans les couples homosexuels ça fait quand même un moment qu’ils ont des livrets de famille avec Parent 1/Parent 2, ça règle le problème. Il n’y a pas d’outing en fait, d’un point de vue visuel immédiat.

Transition sonore.

Loïs Hamard : Soan, je t’ai contacté pour faire ton portrait de vie. Le portrait de vie d’un homme, d’un père, d’un parent trans. & j’aimerai qu’on parle, si tu es d’accord, de la place de ta transition dans ta vie, vis-à-vis de tes relations personnelles & notamment familiales ou encore avec l’autre père de ta fille.

Soan : Donc je dirais que dans un premier temps au niveau de la transition & de la manière dont le vit ma fille : je dirais que c’est un long fleuve tranquille. La seule problématique je rencontre avec elle à l’heure actuelle, qui n’est pas forcément un problème hein, c’est le fait qu’elle a du mal à se détacher du mot maman. C’est connoté tout le temps, on vit dans une société très hétérosexualisée donc un enfant ça a forcément un papa & une maman. Donc petit à petit elle comprendra que moi ça me met peut-être mal à l’aise & surtout moi ça me out. Mais ça je lui laisse le temps, ce n’est pas un problème. Moi au début je pensais vraiment, par exmeple le changement qui la traumatiserait (rires) pour dire à quel point on n’est tellement pas renseigné.e.s sur les impacts des transitions sur nos enfants. Je pense que ça aurait été mon odeur corporelle. On attache souvent quelque chose d’important à l’odeur corporelle entre le parent & son enfant. Je me suis dit mon odeur corporelle va changer, ça va peut-être la déstabiliser. Pff pas du tout. La voix c’est pareil, c’est juste que je ne peux plus lui chanter les chansons de la même manière (rires). C’est plutôt drôle qunad je… quand j’avais les grosses périodes de mue. Tout le reste elle s’en fiche. Elle adore voir mes petits poils qui poussent. On parle aussi de l’anatomie, des changements. C’est bien parce que du coup ça permet de lui expliquer un petit plus sa propre anatomie. Au niveau d’une autre partie de ma famille donc mon père, ma soeur… ils sont dans le déni en fait. Je ne dirai pas en fait qu’ils sont contre mais ils ne sont pas forcément pour. Mais je leur laisse le temps d’avaler un peu tout ça. Je comprends que ce ne soit pas facile & en même temps il faut se rendre compte qu’on ne fait pas des enfants pour soi & que les enfants font leurs propres choix dans la vie & que si on n’est pas capable d’accepter, d’accompagner avec bienveillance son enfant dans tout, c’est qu’on n’est pas forcément très bienveillant. Quant à l’autre père de ma fille, ça a été très compliqué pour lui sur le moment. Il avait très peur, ce que j’entends. Il s’est posé beaucoup de questions. Alors de suite il a voulu que notre fille aille voir un psy mais j’ai très vite mit le holà en lui disant que je suis désolé mais qu’être trans ce n’est pas une maladie & dire que notre fille allait mal le vivre c’est forcément faire passer ma transition comme quelque chose de négatif. Moi ça me mettait très très mal à l’aise. Je ne dirai pas qu’il a accueilli ma transition avec la plus grande des bienveillances du monde même si c’est quelqu’un qui est ouvert d’esprit je pense que ça lui a mit une sacré claque & de toutes façons je dois voir avec lui pour beaucoup de papiers administratifs pour mon CEC puisque malheureusement en France, même quand on est séparés, quand on a un enfant, il faut gérer avec l’autre parent pour toute modification sur un extrait de naissance ou un livret de famille. Je n’ai pas forcément une très bonne relation avec lui, j’ai une relation d’adultes, de personnes qui se sont séparés il y a à peu près deux ans.

Loïs Hamard : Merci d’avoir partagé avec nous le parcours de transition sociale & relationnelle que tu as vécu. J’ai une question de vocabulaire pour toi. Est-ce que tu peux me parler du principe de transparentalité & de transernité, m’expliquer ce que c’est, comme tu te positionnes à ce propos ?

Soan : Moi je vois ça comme deux cercles. Il y a un grand cercle qui s’appelle la transparentalité & un plus petit, qui est dedans, qui s’appelle la transernité. Donc la transernité ça peut être avoir une grossesse sans être une femme, féconder avec du sperme donc sans être un homme. C’est un mot qui désigne autant un lien biologique que juridique pour un parent transgenre ou non-binaire. Alors que la transparentalité, donc c’est vraiment ce qui englobe le tout, c’est le fait d’être un parent en dehors des normes cisgenres sociétales. La transparentalité en gros ça comprend les parents transgenres non-binaires, les parents d’enfants transgenres & les partenaires : tout ce qui va être en lien avec une personne transgenre dans le prisme familial. Je trouve ça important d’accueillir tout le monde dans ce cercle parce qu’une transition, un coming-out ou une personne transgenre ça impacte sur toute une dynamique d’éducation qui va forcément prendre un nouveau tournent. Je pense aussi que c’est important d’utiliser ces mots-là parce qu’il y a des personnes non-binaires qui sont parents & ces personnes-là n’ont pas forcément envie de dire qu’elles ont un rapport paternel ou un rapport maternel. Je le reprends très très régulièrement parce que je le trouve très très joli & je l’utilise même pour moi-même parce que je me ressens ni dans la paternité, ni dans la maternité. Ca ne m’intéresse pas d’être représenté sur une paternité comme on en entend à l’heure actuelle. C’est des papas qui… qui ne sont même pas capables de dire quand était le dernier vaccin de leur enfant, quel poids fait leur enfant & tout. Je ne me représente pas du tout là-dedans. Je me représente bien en tant que… un père. Sans avoir ce rapport de paternité. Pour ce qui est de la parentalité ça c’est un mot que j’utilise très très régulièrement qui me parle beaucoup. J’ai une phrase que j’ai très souvent en manif, c’est un jeu de mot : « Transparent mais pas invisible » donc comme la transparentalité.

Transition sonore.

Loïs Hamard : Soan, je t’ai connu il y a de ça une paire de mois via ton compte Instagram, dont les storys sont un peu constituées comme un journal de bord à l’image du suivi de ton traitement & tes posts comme de la pédagogie & de la vulgarisation de termes & de principes fondamentaux. Est-ce que tu peux m’expliquer comment tu en es venu à créer ce compte & à partager ta vie de père transgenre à visage découvert ? Quelle était la démarche, quel était le but ?

Soan : Cette histoire a commencé en janvier 2021 quand j’ai commencé à poser des mots sur le fait que je n’étais pas une personne cisgenre. A ce moment-là j’étais plus dans la case de la non-binarité parce que… je savais que j’étais pas une meuf cis mais je ne savais pas que j’étais un mec. C’était facile du coup d’être dans cette case-là. J’ai voulu vraiment explorer le spectre & j’ai commencé à en parler à ma fille de tout ça & j’ai commencé à faire des recherches sur comment expliquer à ma fille, expliquer aux enfants une transition, quel est l’impact sur ces enfants de la transition. Parce que moi j’avais vraiment très peu d’affirmer que j’étais un mec déjà. Ca m’angoissait par rapport à elle en fait. J’étais persuadé que ça se passerait mal. Parce que le manque de représentations bien sûr. & en fait à force de chercher je me suis rendu compte que déjà y’avait des personnes trans qui étaient parents mais la plupart avaient fait leur transition avant ou alors les enfants étaient grands. Je ne trouvas rien fondamentalement avec des enfants de l’âge de ma fille. Donc je me suis dit « tiens, eh bah… & si j’écrivais ? » Donc bah j’ai ouvert mon compte & j’ai commencé à écrire sur ma transparentalité & sur comment ma fille le vivait. J’ai vu que petit à petit les gens ça leur plaisait donc j’ai commencé à de plus en plus explorer des détails, à parler de choses bien précises. Donc je suis suivi par beaucoup de personnes cisgenres mais également une très grosse partie de la communauté transgenre & non-binaire. Dans la partie des personnes cisgenres, il y en a beaucoup qui sont là bah… pour déconstruire tout ça. Je suis suivi par beaucoup de profesionnel.le.s du milieu médical, des sage-femmes, des maïeuticiens, des doulas, des gynécologues, des kinés. Je suis également suivi du coup par des personnes trans & dans les personnes trans je reçois beaucoup de messages qui me touchent beaucoup du genre « j’avais pas envie d’avoir d’enfant parce que je ne savais pas que c’était possible mais depuis que je suis ton compte je me rends… je m’aperçois que c’est possible, que j’ai envie d’avoir un enfant. » Faut savoir quand même que depuis… que ça ne fait que depuis 2017 que la stérilisation des personnes trans n’est plus obligatoire… pour qu’on… pour qu’on change notre CEC, notre changement à l’état civil. C’est frais. Donc toutes les personnes qui ont fait leur CEC avant, c’était obligatoire pour elleux d’avoir fait soit une hystérectomie soit une orchiectomie, sans préservation de gamètes & tout hein bien sûr. Mon compte Instagram il ne parle pas que de ça hein, je parle aussi de transidentités de manière globale, de comment je vis ma transidentité dans la sphère publique. Egalement bah pour pallier à ce que manque de représentations je suis en train d’écrire un livre donc qui va parler de transidentités sous le prisme de la parentalité. Comme ça y’aura l’outil d’un livre pour les personnes qui voudront le lire. Donc c’est en cours d’écriture, je ne sais pas du tout quand est-ce que ça sortira parce que ce n’est pas mon métier.

Loïs Hamard : Pour conclure ce portrait de vie, Soan, je te propose un espace d’expression libre si jamais tu as un mot à faire passer, un élément que tu souhaites faire parvenir à nos auditeurs.trices pour ce mot de la fin ?

Soan : Moi déjà bah je te remercie encore bah de m’avoir donné la parole sur ton podcast. Ce qui est important à l’heure actuelle en France, les combats qui sont importants à mener, c’est que les personnes trans aient accès à la PMA & que ça serait bien de revoir la filiation en France. Qu’on arrive aussi à dégenrer en fait, toute la représentation qu’on a de la parentalité. J’aimerai aussi dire à toutes les personnes qui écouteront ce podcast qu’iels sont légitimes à avoir des enfants si iels en ont envie. Vos enfants ne vont pas souffrir de vos transitions, de vos coming-out parce que les enfants ont besoin d’amour & ont besoin de sécurité. Si vous êtes malheureux dans votre genre actuel, dans votre corps, votre enfant va forcément le ressentir & vous allez donner une image à votre enfant qui n’est pas ce que vous avez envie de refléter. En fait leur expliquer & leur parler de transidentité ne va pas les corrompre. Moi j’ai été éduquée dans une famille catholique, cis, hétérosexuelle, j’en ai souffert énormément. Ca ne m’a pas empêché (rires), à 28 ans, de faire un coming-out mec trans & d’être gay. Ca ne sert à rien de mettre un voile sur nous, c’est mentir à nos enfants. Leur en parler, c’est mettre des mots. Je fais le lien avec la sexualité : ce n’est pas parce qu’on parle de sexualité à ses enfants que forcément ça va ouvrir la porte à toutes les défiances, en fait. Déjà, je ne vois pas en quoi il y a des déviances dans la sexualité mais ça c’est un autre problème. Justement en fait, parler de sexualité jeune à ses enfants c’est lui offrir pour plus tard les outils de la bienveillance & du respect. Si vous parlez de personnes trans & de personnes de la communauté LGBTQIA+ à vos enfants, c’est leur permettre de se rendre compte que c’est normal. Nous effacer comme ça, ça ne nous effacera pas de la planète. Donc ça ne sert à rien. Je voulais juste vous rappeler que… vous, mes adelphes, les personnes trans, celleux qui veulent des enfants plus tard, vous avez le droit, vous êtes légitimes, vous pouvez le faire, personne ne viendra vous le reprocher & vos enfants je suis sûr que ça ira. Je veux aussi dire à tous les parents qui ont des enfants transgenres : c’est ok, ce sont des enfants mais ils le savent si ils ne sont pas biens dans leur genre & ne remettez pas en question leurs émotions & leurs ressentis parce que ce sont des enfants. Arrêtons de les infantiliser. Il faut écouter les personnes trans, respecter leurs ressentis & surtout les accompagner dans la bienveillance.

Loïs Hamard : Merci à toi Soan pour ce mot de la fin mais aussi pour toute l’interview que tu m’as accordée pour ce portrait de vie. C’était Loïs Hamard pour les portraits de vie de Behind The Society : en attendant le prochain, retrouvez dès à présent le premier épisode avec la doula Marion Calmel aka Doulayaga, qui accompagne à la périnatalité loin des préjugés. Merci à vous & à bientôt pour un prochain épisode des portraits de vie.

Jingle de fin

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Aux urnes citoyen.ne.s

Édito pour un sursaut démocratique

Depuis quelques années en France, il apparaît très clairement que la démocratie se porte de plus en plus mal. Si parler de dictature serait hyperboliser la situation actuelle, nous ne pouvons cependant plus affirmer que la France applique le modèle acquis lors de la révolution de 1789. Depuis un certain temps, elle glisse dangereusement vers les dérives autoritaires et liberticides, en témoigne sa chute dans l’indice démocratique dû aux nombreuses mesures prises contre la liberté de la presse, d’expression et d’opinion.
La France est aujourd’hui au rang des “failed democracy”, une démocratie défaillante, en péril, et ayant entamée sa route vers de biens sombres destinées. Mais ce statut ne devrait pas nous désespérer, loin de là, et au contraire nous appeler à une mobilisation sans relâche et sans précédent pour sauver notre démocratie, si précieuse mais si fragile.
Aujourd’hui et dans 15 jours, les Françaises et les Français seront donc appelés à se déplacer aux urnes. Pour décider qui, parmi la douzaine de candidats et candidates, détiendra pendant 5 ans le pouvoir de faire sombrer la démocratie encore plus, ou au contraire, lui donner un peu d’air, un nouveau souffle. 

Loin de moi l’idée que cette élection et que toute élection en général puisse marquer le salut de tout un peuple, contrairement aux prétentions de certains candidats. Aujourd’hui, nous ne décidons pas le cœur joyeux en qui nous plaçons tous nos espoirs, mais bien qui sera notre adversaire pour les 5 prochaines années.
Et même si, comme nous le montre l’histoire, tout changement ne peut venir que du peuple pour le peuple, il est évident que ce changement sera reçu et réprimé avec une intensité et des méthodes différentes en fonction de qui détient le pouvoir.
Si le pouvoir de porter la revendication, de la mettre en lumière et de faire pression sur l’autorité est sans équivoque celui du peuple, le pouvoir de décision revient au final toujours à l’Etat. Et ledit Etat, en fonction de son dirigeant, sera plus ou moins à même d’accepter les revendications populaires, ou au contraire de les réprimer dans le sang.
En ce sens, Oui, le pouvoir de décider quel chemin va prendre notre démocratie sera entre les mains de celui ou celle qui sera choisi à l’issue de ces élections.

Mais ces élections ont été corrompues, subtilisées par des personnages aux intentions malfaisantes et haineuses. Alors que la population, et tout particulièrement les jeunes générations, futures occupantes de cette terre, portent une envie d’écologie, de justice sociale, d’égalité et d’équité, les thèmes abordés tout au long de la campagne n’ont été que ceux d’une branche haineuse et indigne de toute représentation.
L’extrême droite a su ramener à elle les quelques débats, trop peu nombreux, pour imposer sa vision pestilentielle et ségrégationniste du monde, bénéficiant d’une banalisation affligeante de ses propos racistes, antisémites et islamophobes, intolérables il y a encore 10 ans.
Face à cela, elle a même bénéficié d’une presque absence de critiques et de mise en garde : tolérée voire imitée par une droite “républicaine” et “modérée”, moquée et ignorée par une gauche institutionnelle n’osant pas la réelle dénonciation.

Cette même gauche institutionnelle semble avoir perdu toutes ses racines.
Le terme de “socialiste”, autrefois fort et plein de sens, a été défiguré et vidée de son âme travailliste pour servir une idéologie modérée et accepter les pactes avec la droite non extrême. L’embrassement du libéralisme économique est acté, et même les arguments sociétaux qui subsistaient encore commencent à eux aussi disparaître pour attirer une population plus « mesurée », et souhaitant avant tout protéger ces illusions de privilège plutôt que d’accepter un réel changement.
L’écologie a également perdu toute sa gloire et sa force d’antan. Oublié le tiers-mondisme et l’activisme de René Dumont, l’écologie est désormais une affaire d’urbains voulant “sauver la planète” depuis leurs tours d’ivoire, sans se préoccuper des spécificités populaires et rurales, souvent incompatibles avec les rêves de monde sans voiture et de capitalisme vert. Quand même les questions de décentralisation et de décroissance n’intéressent plus les partis, l’écologie altermondialiste des années 70 ressemble en effet à une utopie.
Quant à la gauche qui s’apparente le plus à celle historique : ni libérale, ni révolutionnaire, elle se retrouve aujourd’hui plongée dans une crise d’identité la relayant au rang de “vote utile” plus que de conviction. Elle défend la justice sociale et l’égalité pour certains, mais pas pour tout le monde ; se présente comme l’alliée des quartiers et des classes populaires, mais le fait sans ces mêmes quartiers et classe, avec un cœur militant moyen/moyen-sup; elle se veut accueillante envers les réfugiés, tout en souhaitant faire de la France une puissance forte et indépendante, penchant de plus en plus dans des biais isolationnistes bannissant l’internationalisme d’autrefois.
Cette gauche a perdu son tempérament de résistante, à lissé son image pour se rendre plus agréable, plus présidentiable. Le but n’est plus la rupture vers un nouveau système, mais l’adoucissement de celui actuel.

Mais face à ce manque d’entrain et de passion, le péril fasciste est lui toujours plus fort, toujours plus présent dans l’espace public et médiatique, toujours plus proche du pouvoir et des institutions. Il est devenu capital de faire barrage, de dire non au retour des temps les plus sombres de l’humanité, autant dans les urnes que dans la rue.
Cet édito n’est donc pas un appel à voter pour tel ou tel candidat. Ce choix est individuel et doit le rester, tout vote pour la démocratie est un bon vote, qu’il soit utile ou de convictions, la stigmatisation sur ce sujet est déjà bien trop présente en ce moment. Il est un appel à la conscience, conscience que le futur ne se joue qu’à un fil et que le basculement va probablement dépendre du visage qui s’affichera sur la télé de millions de Françaises et Français dimanche soir, dans deux semaines. Mais pas seulement. Dans 15 jours, la France aura une nouvelle présidente ou un nouveau président, mais également un nouvel adversaire pour 5 ans. Si cette élection va peut-être marquer un basculement dans notre histoire, nous, le peuple seront les seul·e·s en mesure de lutter contre ce basculement et de défendre nos valeurs et convictions. La démocratie ne s’arrête pas à un bulletin de vote, elle dure toute l’année.
Cet édito est donc un appel à un sursaut démocratique général, un sursaut populaire, un sursaut humain. Aujourd’hui et dans 2 semaines, nous irons choisir notre adversaire pour 5 ans, faisons en sorte de ne pas le ménager par la suite et de nous battre pour nos droits et notre dignité, quelle que soit l’issue de ce vote. Battons nous, battons nous pour que ce sursaut démocratique se pérennise et devienne une révolution des peuples, une vague inarrêtable.

Sans l’autorité d’un seul,
Il y aurait la lumière,
Il y aurait la vérité,
Il y aurait la justice.
L’autorité d’un seul,
C’est un crime.
Ce que nous voulons, c’est
L’autorité de tous.

Louise Michel

Alice Gosselin, étudiante journaliste et militante.

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Enfants d'aujourd'hui, adultes de demain Podcasts

[Portrait de vie] Accompagner à la périnatalité loin des préjugés

Un nouvel épisode de podcast a vu le jour ! Dans ce premier épisode de Portrait de vie par Loïs Hamard, le micro est tendu à Marion Calmel pour parler de son travail : être doula. Pour cette série de podcasts sur le monde des enfants, de la parentalité & de l’éducation, l’enjeu est de donner à la parole à celleux qui participe à la création des citoyen.ne.s de demain. Accompagnatrice à la périnatalité, de l’envie d’un enfant aux premières années de vie de celui-ci, Marion accompagne les parents dans cette expérience de vie qui nécessite parfois de l’aide (& c’est ok).

Retranscription écrite d’un podcast disponible sur les plateformes d’écoute.

Loïs Hamard : Bonjour à toutes & à tous, ici Loïs Hamard, je vous retrouve dans mon premier Portrait de vie. & pour celui-ci, j’ai choisi de tendre mon micro à Marion Calmel à qui je vais bientôt donner la parole. Mais avant cela, laissez-moi vous expliquer ce qui vous attend. Pour ces podcasts Portrait de vie, j’ai choisi de vous concocter quelques épisodes autour de la parentalité, de l’éducation, des enfants. Je retrouve donc Marion pour ce premier épisode, bienvenue à toi, & pour commencer tout en douceur, est-ce que tu peux te présenter, me dire qui tu es, me parler de ton parcours, de ta vie, de ce que tu fais au quotidien, de ce qui t’a amené dans ta personnalité à être à mon micro aujourd’hui ?

Marion Calmel – Doulayaga : Merci Loïs de m’inviter. Alors je suis Marion, doula en Ariège. Je suis mariée avec Maëva. Nous avons un enfant qui a 20 mois. Au tout début, j’ai commencé à me former comme travailleuse sociale : donc j’ai travaillé avec des grands enfants, des plus jeunes enfants & puis… & ensuite j’ai été coordinatrice d’un café associatif adapté aux enfants. & puis ce travail-là m’a mené à devenir assistante maternelle pour n’être plus qu’avec des enfants tous les jours. Donc avec Maëva on a accueilli des jeunes enfants pendant 2 ans chez nous. & puis ensuite on a déménagé en Ariège, on s’est mariées toutes les deux, on a trouvé un donneur pour concevoir notre bébé… Donc je suis doula depuis 2019, en Ariège & en visio.

Loïs Hamard : Tu as dit que tu étais doula, est-ce que tu peux me dire en quoi consiste ton métier, ce que tu fais au quotidien ?

Marion Calmel : Alors, doula, pour commencer : j’accompagne les parents ou futurs-parents du désir d’enfant jusqu’à la fin de la petite enfance donc en gros les 3 ans autour de la naissance d’un bébé. Donc 3 ans avant & 3 ans après. & puis les parents font à moi quand ils en sentent le besoin dans cette sphère-là des 6 années périnatales. Donc je les accompagne en proposant des séances qui est avant tout un lieu & un espace & un temps d’écoute bienveillant. & puis de conseil s’il y a besoin où je partage mes connaissances sur la physiologie du bébé, de la naissance. & puis en post-natal, je suis aussi là pour être un soutien émotionnel dans cet intense bouleversement de ce moment de vie tout particulier qu’est l’accueil d’un bébé. Je suis là aussi pour les secours d’un point de vue logistique, organisationnel : je peux leur apporter des repas, je peux communiquer avec leurs familles s’il y a besoin d’un relai… C’est ça, en gros, mon métier. Donc j’accompagne les parents & les petits bébés.

Transition sonore.

Loïs Hamard : Marion, je t’ai connu il y a de ça une paire de mois via ton compte Instagram, dont les storys sont un peu constituées comme un journal de bord de ta vie de maman & de profesionnelle & tes posts comme de la pédagogie & de la vulgarisation de termes & de principes fondamentaux. Est-ce que tu peux m’expliquer comment tu en es venu à créer ce compte & à partager ta vie de professionnelle de la maternité ? Quelle était la démarche, quel était le but concrètement de ce compte Instagram ?

Marion Calmel : Alors ce compte du coup qui s’appelle Doulayaga, au tout début il s’appelait, en 2017, « Dans les yeux de nos enfants ». J’ai commencé à créer un blog avec un peu de ressources pédagogiques & j’ai prit plaisir à partager là-dessus & à valoriser ce métier qui est vraiment peu reconnu. Depuis janvier, c’est Doulayaga parce qu’en fait c’était le nom de ma formation pour doula. Mon contenu actuel en fait c’est vraiment au fil de mes pratiques de doula & de mes formations en fait où quand je me forme, quand je lis sur la périnatalité (& j’adore ça, parce que je suis passionnée sur le sujet). Mais à chaque fois en fait, ce n’est pas adapté aux parents queer du tout. & ça me manque, & j’ai besoin de ce contenu-là, j’ai besoin qu’il existe (rires), donc je le fais pour moi & puis pour les autres.

Loïs Hamard : T’en parles très justement de ce besoin d’inclusivité & à travers ton compte Instagram ça se voit : de part ton vécu ou alors des photos & histoires extérieures, tu partages des représentations familiales différentes de ce qu’on appelle “la norme”, comprenez : les familles hétérocisgenres. Est-ce que tu peux me parler de l’importance que ça a pour toi de partager de tels modèles dits alternatifs ou différents dans la société française actuelle ? 

Marion Calmel : Bah je crois que la chance qu’on a dans cette ère moderne avec les réseaux sociaux c’est de pouvoir rendre visible ce qui, pour le moment, ne l’est pas. En fait, y’a pleins de choses. Rien que sur l’allaitement en fait : le fait de voir des parents qui allaitent leur bébé mais dans la sphère publique on nous demande de nous cacher, on nous demande de ranger nos seins, on nous demande d’allaiter aux toilettes… & puis en fait il faut cacher nos bébés, il ne faut pas les entendre, il ne faut pas qu’ils crient, il ne faut pas qu’ils pleurent. Pareil pendant la grossesse, & puis le désir d’enfant & puis le premier trimestre… En fait c’est le sujet de la périnatalité est comme « Chut ! Taisez-vous ! » (rires) Du coup il y a déjà ça mais pour les parents queer, encore plus du coup. C’est comme un entonnoir d’invisibilité & plus on creuse, & moins on nous voit donc euh bah j’espère que sur mon compte, les parents qui ne peuvent pas s’identifier sur d’autres comptes & puis même dans la sphère publique & en lisant des livres &… je vois qu’il y en a quand même de plus en plus dans les albums jeunesse. Ca y est on commence à avoir des représentations différentes & qui du coup bah moi me ressemble & ça me fait du bien donc c’est tout ça. Je pense que ça me tient à cœur parce que j’ai besoin de ça & puis en fait je pense que ça vient avant tout de mon… mon militantisme féministe & intersectionnel. Parce que bien sûr je parle des discriminations subies par les personnes queer mais en fait je parle de ça principalement parce que ça me concerne mais c’est aussi pour les personnes grosses, pour les personnes racisées, y’a… y’a… enfin bref… (rires)

Loïs Hamard : & justement, tu parles du fait que c’est lié à ton vécu, à ton militantisme, à ton féminisme & à ton identité tout simplement, comment toi ça se traduit dans ton travail, dans la manière d’accompagner les familles, dans la manière de former aussi, d’inclure ces thématiques-là ?

Marion Calmel : En Ariège, j’accompagne surtout des parents cishétéros & puis en visio des parents queer. Quand je m’adresse aux parents, je commence en me présentant & en donnant mon pronom même si au début y’a des « qu’est-ce qu’elle veut dire par là ? » Dans mon vocabulaire, dans mon lexique, je vais demander en fait aux parents « est-ce que ça vous va, pour que tu puisses te sentir… t’identifier à ce que je vais dire, quels termes t’as envie que j’utilise ? » Parce que en fait, j’en sais rien moi de si les parents sont queer ou pas. Je pars du principe que j’en sais rien & que j’ai besoin que tous les parents soient reconnus & que… qu’ils puissent se sentir entendus & en confiance avec moi. C’est la base de notre relation & de mon travail en fait. Si les parents n’ont pas confiance, je ne peux pas les accompagner dans ce moment si intense. Si ils ne comprennent pas trop ce que je dis, je vois les sourcils qui se froncent mais c’est pas grave, j’aurai pu commencer à semer des petites graines éducatives sur le sujet & puis ensuite c’est ça je vais parler de personnes qui enfantent, je vais parler de la place des partenaires… & puis dans ma formation aussi, ce sont ces termes-là que j’utilise.

Loïs Hamard : Pour toi comment c’est important aussi d’avoir une représentation ? Là tu dis que en visio tu suis principalement des parents queers, euh… comment ça nait tu penses ce besoin d’avoir des profesionnel.le.s qui nous reconnaissent, qui connaissent nos problématiques & qui puissent être plus sensibilisé.e.s à ce qu’on vit ? En quoi c’est important d’avoir des gens de la communauté ou alors juste des gens qui sont sensibilisé.e.s à tout ça ?

Marion Calmel : La périnatalité, la gynécologie, ça fait vraiment partie de l’intime cette période-là de la vie, donc on est vulnérable. Pendant la grossesse, c’est un tel chamboulement, qu’on peut se sentir vulnérables, pendant une naissance pareil & en post-partum x 1 000. Si on se sent pas biens & s’il faut ré-expliquer « bah tu sais, moi, en fait, je suis non-binaire » & puis que la personne en face elle est là « co-quoi ? (rires) » Mais, on ne peut pas se sentir libres d’être vulnérable aux côtés de cette personne qu’on choisit pour nous accompagner. Je pense aussi que c’est pour ça que je veux être encore plus & encore plus visible sur les réseaux parce que je veux que si les personnes cherchent une doula, en tous les cas la doula que je suis, ils puissent me trouver. C’est difficile de se sentir en confiance & du coup j’ai envie aussi… on n’a pas à éduquer les personnes sur juste qui on est.

Transition sonore.

Loïs Hamard : En sus de parler des différents modèles familiaux, tu abordes aussi la manière de donner naissance, notamment en lien avec la construction actuelle de l’institution de naissance, est-ce que tu peux m’en dire davantage sur ces modes d’accouchements différents de celui qu’on connaît habituellement en structure hospitalière avec la péridurale etc ?

Marion Calmel : Je crois que c’est aussi la similutude de toutes les doulas c’est qu’on est formées à la physiologie de la naissance. C’est-à-dire que dans nos tripes on a la conviction que toutes les personnes peuvent enfanter par elles-mêmes. Déjà, rien que ça, ça déconstruit beaucoup de choses. Evidemment c’est sans nier la science & toutes les avancées & tout ce que ça permet mais… & je le répète à tous les accompagnements : je ne suis pas contre la péridurale, je veux que tu saches pourquoi la péridurale existe, à quoi elle sert & ce qu’il se passe dans le corps quand on en prend ou pas. C’est tellement différent de la présentation « je perds les eaux, vite vite on court à la maternité, vite vite (rires) on nous dit poussez » & puis éventuellement entre temps y’a un long temps d’attente où on voit bah le couple qui attend sagement dans sa chambre sans faire de bruit & sans bouger. Le patriarcat médical est venu prendre & voler ce moment-là qui est si intense que ce moment d’accueil de son bébé & de le faire naître. Il y a pleins de possibilités pour enfanter : on peut choisir d’aller en structure d’hôpital, de niveau 1, 2, 3, on peut choisir d’aller en plateau technique, donc c’est une salle qui est géré par des sages-femmes libérales & puis on peut aussi choisir une maison de naissance qui est du coup en dehors de l’hôpital donc quand même à côté. & puis on peut choisir d’enfanter chez soi, accompagné.e par un.e profesionnel.le de santé ou enfanter chez soi librement, sans personne, en pleine autonomie, comme ce que j’ai choisi de faire avec ma compagne. Je crois que mon travail consiste à ne plus entendre « ah, si j’avais su », moi je veux que les personnes sachent.

Loïs Hamard : C’est extrêmement beau ce que tu dis & est-ce que tu penses que là en 2022 les institutions changent, les mentalités changent, la manière « conventionnelle » d’enfanter change avec ces différentes structures qui existent, avec les différents métiers comme les doulas qui peuvent accompagner de plus en plus ? Est-ce que de moins en moins de personnes disent « ah, si j’avais su » ?

Marion Calmel : J’espère. Je crois qu’il se passe un truc, ou en tous les cas que les personnes qui choisissent d’enfanter autrement & qui choisisse un autre accompagnement, un autre post-partum que ailleurs tout le monde chez soi très vite & puis de galérer, de préparer à manger pour tout le monde, ça aussi c’est en train de changer je crois, j’espère. En fait je pense que les personnes qui choisissent ça sont de plus en plus visibles & encore une fois que la visibilité je crois que ça fait partie de la clef… C’est bah… juste de pouvoir s’identifier, de pouvoir di-discuter avec des personnes qui suivent ce chemin vers lequel on se sent appelé.e.s, j’espère.

Loïs Hamard : & du coup, en contraste avec tout ça, est-ce que tu penses qu’il y a encore des choses à changer, je pense que oui, mais comme quoi ? A tes yeux, voilà, la baguette magique du monde de la périnatalité, pour toi, tu l’utiliserais pour faire quoi, pour changer quoi ? Que ce soit les mentalités, la société, les structures, les manières d’enfanter ou autre.

Marion Calmel : Oui y’a encore beaucoup beaucoup beaucoup beaucoup à faire déjà les violences obstétricales & gynécologiques existent beaucoup, & trop. La majorité des personnes qui donnent naissance, donnent naissance en structure hospitalière mais je ne crois pas que ce soit la structure hospitalière qui soit le problème. Je crois que c’est le patriarcat médical qui est dans ces structures, le manque de moyens… là en ce moment & depuis un moment le fait de revendiquer, pour le coup c’est encore très binaire & cis-normé mais une femme, une sage-femme : une personne qui enfante & une personne qui accompagne. Comment est-ce qu’on veut redonner le pouvoir aux personnes qui sont en train de donner naissance quand c’est plus simple de leur donner une péridurale & qu’on ne peut pas accompagner une personne qui donne naissance avec ses hormones & qui est en train de le faire & qui y arrive super bien. N’empêche qu’elle a besoin d’être accompagnée, elle a besoin d’être soutenue. Il manque des sous, il manque des gens pour accompagner ces personnes : il y a encore beaucoup beaucoup à faire. (rires) & puis aussi sur la reconnaissance dans doulas : mon métier n’existe pas, il n’y a aucune reconnaissance. Qui veut peut se dire doula. CE que je dis quand je forme des doulas : à court-terme, je visualise des doulas partout, pour tout le monde, pour tous les cors de métier. Je visualise des doulas pour accompagner les IVG à l’hôpital, je visualise des doulas partout. & à long terme je visualise qu’il n’y ait plus de doulas parce que la transmission aura été faite & puis, & que il n’y aura plus besoin & que ça fera parti de l’humanité que de se soutenir & d’accompagner les personnes qui sont dans cette période périnatale.

Transition sonore.

Loïs Hamard : Pour conclure ce portrait de vie, Marion, je te propose un espace d’expression libre si jamais tu as un mot à faire passer, un élément que tu souhaites faire parvenir à nos auditeurs.trices pour ce mot de la fin ?.

Marion Calmel : J’aime bien les mots de la fin. J’ai envie de dire… à tous les parents qui ont envie de devenir parents & qui ne le sont pas encore : leur bébé est en chemin. J’ai envie de dire aux parents qui vont bientôt accueillir leur bébé que leur corps est prêt pour enfanter & que leur bébé sait naître. J’ai envie de dire aux parents qui sont en plein post-partum que ce sont des vagues & que ça passe. Je le sais que c’est intense & je sais que c’est dur & je sais aussi qu’ils sont en train de traverser ça à merveille. & puis j’ai aussi envie de dire à tous les enfants qui sont là & qui sont accompagné.e.s par leurs parents de la façon la plus inclusive, la plus… j’ai envie de dire militante mais en tous les cas avec beaucoup de douceur. A tous ces enfants qui deviendront des adultes que je les aime & qu’ils vont réussir dans ce monde tout bizarre qu’on leur laisse. & je ne sais pas trop ce que ce monde-là va devenir.

Loïs Hamard : Merci à toi Marion pour ce mot de la fin mais aussi pour toute l’interview que tu m’as accordé pour ce portrait de vie. Si vous avez envie de prolonger le sujet des violences obstétricales & gynécologiques dont nous avons parlé tout à l’heure, je vous invite à retrouver le podcast de Maxence fait à cette occasion en novembre dernier. Merci à vous & à bientôt pour un prochain épisode des portraits de vie, c’était BTS.

Jingle de fin : C’était Behind The Society : le podcast. Une série d’épisodes à retrouver sur Deezer, Spotify, Apple Podcasts & Google Podcasts.

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Aux urnes citoyen.ne.s

Penser la démocratie : pouvons-nous interdire les sondages électoraux ?

À cinq jours des présidentielles, toujours sans alliance à gauche, ses électeurices se déchirent. Tantôt séduit.e.s à l’idée de soutenir le ou la candidat.e le plus en adéquation avec leurs opinions, tantôt par la possibilité de retrouver un gouvernement de gauche avec la candidature de Jean-Luc Mélenchon, vu comme le seul candidat capable de peser démocratiquement. Posture qu’il doit en partie aux sondages d’opinion qui le placent en troisième position, juste derrière la candidate d’extrême-droite Marine le Pen. Ironiquement, cette place provoque une mobilisation, avec le hashtag #CeSeraMélenchon, encourageant les électeurices à « forcer » le rassemblement des voix derrière le candidat, qui monte drastiquement dans les sondages (+4% en 15j selon l’IFOP). Cette portée des sondages soulève plusieurs questions : les sondages d’opinion influencent-ils les votes des Français ? Leur interdiction est-elle envisageable ?

Voter en son âme et conscience ?

Si les classements annoncés par les sondages d’opinion se sont jusqu’ici souvent vérifiés, comme en 2017, il faut garder en tête que leur vocation n’est pas de prédire le résultat des élections, mais bien de donner une idée de la répartition politique des français.es. De plus, pour éviter une possible influence ou perturbation à l’approche du scrutin la France interdit, depuis 2002, leur diffusion la veille et le jour-même de l’élection.

L’exemple de J-L Mélenchon est significatif : les sondages peuvent encourager les partisan.e.s d’un.e candidat.e ou d’une branche politique à se mobiliser pour leur candidat.e si iel est en retard, ou si les intentions de votes semblent redonner espoir. D’un autre côté, les partisan.e.s d’un.e candidat.e avec beaucoup d’avance pourraient se reposer sur leurs lauriers, celleux dont le ou la candidat.e subit un retard irrattrapable pourraient être découragés de voter, ou changer leur vote pour un.e candidat.e ayant plus de chance d’être élu.e afin de ne pas voter « inutilement. » Il est indéniable que l’intention de vote mesurée par les sondages est une information prise en compte par les électeurices avant de déposer leur bulletin dans l’urne.

Les citoyen.ne.s subiraient la pression du « vote utile » : soit l’action de voter pour un ou une candidat.e susceptible d’être élu.e, à défaut de voter pour un petit parti parfois plus en adéquation avec leurs idées. En effet, ce choix reviendrait à « gâcher sa voix », car en aucun cas cela ne pourrait faire basculer l’issue du vote. Une dynamique de vote insufflée par les résultats des sondages : ce serait le plus lourd argument pour leur interdiction.

Le mythe du vote utile

La grande oubliée des sondages de cette présidentielle, c’est l’abstention qui l’emporterait à plus de 30%, devant Emmanuel Macron. Abstention apportée par la lassitude des français.e.s, le désintérêt généré par des élections qui « de toute façon n’y changeront rien. »  Abstention nourrie par l’impression de voter inutilement car les petits partis « n’ont aucune chance. » Abstention confortée par les sondages, qui annoncent une élection « déjà jouée d’avance. » Face à l’abstention, une solution semble toute trouvée : si les sondages étouffent les opinions et l’intérêt des gens pour les élections, alors il suffit de les supprimer.

Pour cause, la suppression des sondages ferait s’envoler l’injonction au « vote utile », puisque personne ne saurait quel.le candidat.e se rapproche le plus de l’Elysée. Une dynamique susceptible de redonner espoir à nombre d’abstentionnistes qui pourraient voter pour un « petit » parti sans se soucier de l’impact de leur voix. La suppression des sondages électoraux entraînerait aussi celle du pessimisme ambiant, impossible d’affirmer que tout est joué d’avance, puisque personne n’en saurait rien. Le temps consacré aux spéculations sur le résultat des élections pourrait être redistribué dans la présentation des programmes, dans les débats : un vrai gain pour la démocratie.

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Les avantages semblent alléchants, mais les contre-arguments ne manquent pas. Si la campagne se joue à l’aveugle, impossible de mettre en place le fameux « cordon sanitaire » et de faire barrage à l’extrême droite tant redoutée par la démocratie serait en tête si cette dernière gagne en popularité. Si le vote stratégique disparaissait, ce ne serait pas le cas des rumeurs ou autres fuites de sondages internes, voire illégaux qui pourraient être utilisés par les partis pour en tirer avantage. Le gros risque, si l’on interdit les sondages, serait de les voir réalisés et publiés par des institutions peu fiables, ou dans le meilleur des cas, des pays frontaliers. auquel cas la loi serait vaine. Dans les faits, interdire la diffusion des sondages pourrait se révéler peu efficace.

Légalement, cette interdiction serait aussi difficilement applicable, car même si le statut juridique défini par la loi de 2016 des sondages est flou, ces derniers restent considérés comme de l’information. Les interdire poserait problème vis-à-vis de la liberté d’expression. Difficile alors de décider de la marche à suivre. Devrions-nous allonger encore le temps d’interdiction de publication des sondages, au risque de perdre de l’information ? Ou au contraire, les encourager en insistant sur la transparence de leurs processus de fabrication ? Comment redonner confiance en notre système électoral, pour que les sondages n’aient plus l’air d’annoncer que tout est joué d’avance ?

Anaëlle Charlier

*Rolling à retrouver : Présidentielle 2022 – IFOP

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