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[Portrait de vie] Harcèlement scolaire : le combat de Louise après le suicide de sa sœur

Louise a perdu sa sœur des suites du harcèlement scolaire. En 2018 alors qu’elle habite à Singapour, elle reçoit un appel de sa famille lui annonçant que sa petite sœur Liane s’est suicidée. Pour Louise, c’est l’incompréhension totale. Parce que ce qu’il y a de plus problématique avec le harcèlement scolaire, c’est qu’il est souvent invisible. Louise rentre alors en urgence en France, et trouve, dans l’appartement de sa petite sœur à Toulouse, un journal intime. A l’intérieur, Liane y décrit ses 7 années de harcèlement scolaire qu’elle a subi de la 6ème à la Terminale, et qui l’ont poussées à mettre fin à ses jours. Liane était alors études supérieures, elle réussissait à l’école, s’épanouissait dans le patinage artistique, avait l’air totalement heureuse, mais voilà, les années de harcèlement scolaire qu’elle a subies ont laissé des traces. Des traces indélébiles mais pourtant invisibles aux yeux de ses proches.

En recueillant le journal intime de sa sœur, Louise se lance alors dans une enquête de plusieurs années. Puis, avec l’aide d’étudiant.e.s, de psychologues et autres professionnel.le.s de santé, elle se lance dans l’écriture d’un roman policier basé sur les témoignages du journal intime. La Fille de Cristal est un livre de sensibilisation, contenant des pages du journal intime de Liane dans lequel la jeune fille raconte son calvaire. Le livre vise à aider les proches de victimes et potentielles victimes à détecter le mécanisme du harcèlement scolaire, les pensées et la logique d’un ou d’une élève qui vit le harcèlement. Pour que cela ne se reproduise pas, pour être capable d’identifier les signes. Ce livre, c’est libérer le chagrin d’une famille qui a perdu un enfant avec l’espoir de sauver d’autres vies de victimes du harcèlement scolaire, en laissant le témoignage de Liane dans un livre, comme une empreinte indélébile.

Retranscription écrite du podcast

Jingle d’introduction « Behind the society : le podcast »

Maxence, animatrice:

Louise a perdu sa sœur des suites du harcèlement scolaire. En 2018 alors qu’elle habite à Singapour, elle reçoit un appel de sa famille lui annonçant que sa petite sœur Liane s’est suicidée. Pour Louise, c’est l’incompréhension totale. Parce que ce qu’il y a de plus problématique avec le harcèlement scolaire, c’est qu’il est souvent invisible. Louise rentre alors en urgence en France, et trouve, dans l’appartement de sa petite sœur à Toulouse, un journal intime. A l’intérieur, Liane y décrit ses 7 années de harcèlement scolaire qu’elle a subi de la 6ème à la Terminale, et qui l’ont poussées à mettre fin à ses jours. Liane était en études supérieures, elle réussissait à l’école, s’épanouissait dans le patinage artistique, avait l’air totalement heureuse, mais voilà, les années de harcèlement scolaire qu’elle a subies ont laissé des traces. Des traces indélébiles mais pourtant invisibles aux yeux de ses proches.

En recueillant le journal intime de sa sœur, Louise se lance alors dans une enquête de plusieurs années. Puis, avec l’aide d’étudiant.e.s, de psychologues et autres professionnel.le.s de santé, elle se lance dans l’écriture d’un roman policier basé sur les témoignages du journal intime. La Fille de Cristal est un livre de sensibilisation, contenant des pages du journal intime de Liane dans lequel la jeune fille raconte son calvaire. Le livre vise à aider les proches de victimes et potentielles victimes à détecter le mécanisme du harcèlement scolaire, les pensées et la logique d’un ou d’une élève qui vit le harcèlement. Pour que cela ne se reproduise pas, pour être capable d’identifier les signes. Ce livre, c’est libérer le chagrin d’une famille qui a perdu un enfant avec l’espoir de sauver d’autres vies de victimes du harcèlement scolaire, en laissant le témoignage de Liane dans un livre, comme une empreinte indélébile.

Après avoir publié le livre, Louise continue de militer sur Instagram pour sensibiliser au harcèlement scolaire. Au micro de Behind the society, elle raconte son histoire, son enquête, et son militantisme.

Harcèlement scolaire : le combat de Louise après le suicide de sa sœur, un podcast réalisé par Maxence Grunfogel.

Louise:

Je m’appelle Louise, moi j’étais expatriée à Singapour. J’y ai vécu assez longtemps parce que pour moi c’était ma première expérience en Asie, c’était assez magique quand on n’a jamais vécu à l’étranger d’arriver à Singapour, c’est une ville qui est très exotique, il y a beaucoup de choses à faire, beaucoup de mélange aussi, de différentes cultures et donc pendant que j’étais expatriée, je voyais forcément moins ma famille. Et un jour donc en pleine nuit je reçois un appel de mon père qui me dit « ta sœur s’est suicidée ». Et j’ai pas compris en fait, parce qu’elle allait très bien. Enfin moi je pensais qu’elle allait très bien, tout le monde pensait qu’elle allait très bien, il n’y avait jamais eu de signes en fait. C’est quelqu’un qui était très épanoui, qui faisait beaucoup de sport, en particulier du patinage artistique, qui avait des projets professionnels très avancés, elle venait de passer sa licence…Il n’y avait pas de raison en fait. C’était un grand mystère. Donc je reviens un peu en catastrophe en France, et là je découvre un journal intime dans son appartement. Et dans ce journal intime elle raconte son harcèlement scolaire. Mais pas quelques mois, elle avait vécu un harcèlement scolaire depuis la 6ème. Donc je sais pas si tu vois ce que ça fait de la 6ème à la Terminale c’est quand même très très long. Elle l’avait dénoncé à l’infirmerie, à ses profs, elle a même écrit au rectorat, elle était allée à la police porter plainte mais on s’était moqué d’elle. Elle a fait plein de démarches, mais personne n’en a jamais rien su, parce qu’il y a le secret médical, donc les personnes à qui elle en avait parlé ne pouvaient pas le répéter. Et elle avait l’air d’aller tellement bien que personne ne s’est douté de ce qu’il se passait.

Dans ce journal elle raconte son harcèlement scolaire et comment elle se sent, comment toutes ces moqueries répétées au quotidien ont finalement influencé sa personnalité, comment elle s’est senti blessée, ce qu’elle a essayé de faire. Surtout à la fin, à 18 ans quand le harcèlement scolaire se termine puisque chacun.e part en fonction des orientations, elle raconte comment elle s’est retrouvée blessée, avec des difficultés pour continuer et un besoin d’accompagnement. Cela m’a rappelé un peu les gens qui rentrent de la guerre. La guerre est terminée mais eux sont encore en plan, ils peuvent pas avancer et ils ont besoin d’aide. Sauf que j’avais pas compris qu’il y avait autant de jeunes dans cette situation, qui sont seul.e.s parce que souvent quand tu es étudiant.e tu es loin de ta famille. Et sans aide, iels peuvent parler à personne, personne ne comprend vraiment ce que le harcèlement scolaire c’est. On sait que ce sont des moqueries mais on sait pas à quel point c’est destructeur. Et donc après le harcèlement scolaire c’est vachement dur pour un.e jeune de se dire il y a 5 ans on s’est moqué de moi tous les jours et j’en souffre encore aujourd’hui. Quelqu’un qui n’a pas été formé, ne comprendra pas en fait.

Et donc voilà je trouve ce journal intime et c’est là que je découvre tout ça. Et je me dis que ce sont des écrits qu’il faut partager sinon ça va continuer. C’est là que j’ai découvert que c’est vraiment un tabou dans la société française le harcèlement scolaire, dans le sens où on croit encore, aujourd’hui en 2022, que les élèves qui subissent un harcèlement scolaire sont très renfermé.e.s, ne sortent pas, qui portent sur eux et elles le fait de subir un harcèlement alors que pas du tout. Ce sont souvent des jeunes qui ont l’air très épanoui.e.s, et qui souffrent à l’intérieur, parce qu’iels ne savent pas trop comment s’exprimer, n’osent pas le faire, parce que le harcèlement les a privé de la possibilité de s’exprimer. Et du coup j’essaye de sensibiliser sur ce sujet parce qu’il y a énormément de décès liés au harcèlement scolaire et énormément de personnes comme moi qui faisaient partie de la famille, qui voyaient la personne tous les jours qui n’avons pas vu. Parce que c’est vraiment invisible comme mécanisme, et du coup au moment où on se rend compte qu’il y avait un harcèlement scolaire, c’est trop tard.

Donc c’est un roman à deux voix. La moitié c’est elle qui parle avec ses mots, et moi ce que j’ai fait pour relier les textes c’est que j’ai raconté d’autres histoires. Je raconte comment j’ai découvert ces textes, comment j’essayais d’enquêter depuis Singapour, les rencontres avec la police, les documents des pompiers que j’ai pu retrouver, et puis après avec les ami.e.s. Et en menant l’enquête, je suis tombée sur beaucoup d’informations que j’avais pas soupçonnées, et du coup c’est vraiment un roman policier. Ce qui est assez différent de ce qui existe déjà puisqu’il y a beaucoup de romans-témoignages mais qui sont durs à lire, dans le sens où ce sont des victimes auxquelles il est arrivé des choses très dures, et quand tu le lis, c’est un peu une claque et c’est vachement difficile en tant que personne qui n’a jamais été concernée par le sujet de rentrer dans cet univers. Même si c’est important c’est assez difficile de s’y mettre. Et là je me suis dit, peut-être que si je partage des vrais documents, d’une vraie personne, et que je raconte une histoire policière que j’ai menée depuis Singapour, en même temps je raconte où je suis à Singapour et ce qu’il se passe sur place, c’est un peu plus facile à lire. Dans le sens où tu es vraiment dans une enquête, il se trouve que c’est une vraie enquête, mais ça aurait pu être une enquête inventée finalement. Et du coup c’est plus facile à lire et ça permet d’avoir un angle pour entrer dans le sujet, et une sorte de légèreté, même si le sujet est assez lourd.

Si ce qu’on appelle la majorité silencieuse, donc les gens qui ne sont ni harceleurs ni harcelés, sont pas sensibilisés, on ne peut pas sortir de ce schéma. Des harceleur.se.s et des harcelé.e.s il y en aura toujours dans toutes les classes. Mais si toutes les personnes autour sont capables de réagir, ou en tout cas sont capables de comprendre ce que vivent le harceleur et le harcelé, parce que souvent le harceleur est aussi pris dans la spirale, parfois le harceleur ne sait pas comment arrêter le harcèlement. Il a commencé ça, maintenant à chaque fois qu’il passe à côté de la victime, tout le monde s’attende à ce qu’il fasse des blagues, tout le monde le regarde, ça peut être aussi difficile. Puis souvent tu reproduis, les harceleur.se.s ce sont des personnes qui ont vécu des trucs très durs dans leurs vies. Donc voilà, je me suis dit que si on sensibilise le groupe, c’est ce qui permettra de sortir de ce schéma là.

Maxence:

En France, c’est 10% des élèves qui sont victimes de harcèlement scolaire. 1 enfant sur 10. C’est 700 000 victimes de harcèlement scolaire en France. Le harcèlement se définit comme une violence répétée à l’encontre d’une personne, violence qui peut être verbale, physique, psychologique mais aussi sexuelle. Aujourd’hui, le harcèlement scolaire ne s’arrête plus aux grilles de l’école avec le développement du cyber-harcèlement, qui déplace la violence sur les réseaux sociaux. Le harcèlement peut être visible : coups, menaces, bousculades. Mais la plupart du temps, c’est un phénomène invisible qui va mener à l’isolation de la victime. Les insultes, moqueries, la propagation de rumeurs ne peuvent pas être utilisées comme des preuves par la victime. Liane a tenté plusieurs fois de parler de son calvaire à l’administration de son école, elle a même tenté de porter plainte, mais on lui riait au nez ou on ne la prenait pas au sérieux.  Un extrait du livre qu’a écrit sa sœur contient une page du journal intime où elle déplore cela. Elle dit qu’elle aimerait avoir des coups, pour pouvoir être entendue. Pour Louise, le harcèlement scolaire est une maladie silencieuse.

Louise:

Une maladie silencieuse c’est une maladie qui n’a pas de marques. Par exemple, dans un des passages du journal intime ma sœur dit, qui m’a beaucoup marqué: « J’ai pas de marques à montrer aux gens. Je peux pas leur dire bah regardez mes cicatrices. Je vis des violences tous les jours, mais j’ai pas de preuves, et comme je peux pas le montrer c’est vachement dur d’être crue ». Elle raconte qu’elle est allée à la police et les policiers se sont moqués d’elle en disant « oh on se moque de toi à l’école, dis donc ça doit être dur ». C’est vrai que si t’arrives en tant que victime avec des traces de brûlure, enfin quelque chose, tu peux montrer et dire « regardez ce que je vis, c’est hyper dur, regardez j’ai des marques sur tout le corps ». Et en fait, quand t’as rien à montrer, que tu peux juste dire que tu souffres à l’intérieur, c’est très dur de s’exprimer. C’est pour ça que pour moi c’est une maladie invisible parce que c’est une souffrance, mais c’est une souffrance que tu ne peux pas prouver. Et souvent quand il n’y a pas d’images, bah les gens disent que ça n’existe pas.

Maxence:

Qu’est-ce que vous avez ressenti, vous et votre famille, en apprenant le passage à l’acte de Liane ?

Louise:

Au début t’es dans le déni. Tu te dis c’est pas possible en fait que ça se soit passé sous mes yeux et que j’ai rien vu. Surtout que ma sœur et moi étions très proches, du coup quand tu vois quelqu’un au quotidien, que tu fais des blagues, avec qui tu partages tes rêves, tes secrets, et qu’après tu te rends compte qu’il y a tout une part de la personne que tu connaissais pas, spontanément tu te dis que c’est pas possible, qu’il s’est passé autre chose. Et puis même, on te dit quelqu’un s’est suicidé à cause du harcèlement scolaire. Quand tu sais pas ce que c’est le harcèlement scolaire tu te dis « mais on s’est moqué d’elle en classe? ». Et c’est en parlant avec des psychologues, avec des gens qui sont formés que j’ai fini par comprendre à quel point c’est violent le harcèlement scolaire. Et là j’ai découvert qu’il y avait beaucoup de gens dans mon entourage qui l’avaient vécu. Beaucoup d’ami.e.s qui en ont souffert beaucoup, mais qui sont adultes aujourd’hui. Et ça je l’ai pas vu parce que je l’ai pas vécu. J’ai jamais eu de harcèlement scolaire, je l’ai jamais vu non plus chez les autres. Alors je suis sûrement passée à côté, mais du coup je pensais que ça n’existait pas.

Maxence:

Vous avez également créé un compte Instagram sur lequel vous militez pour sensibiliser et lever le tabou autour du harcèlement scolaire, mais aussi en créant un espace safe pour permettre aux victimes ou anciennes victimes de témoigner, quel est le but de ce compte et qu’est-ce qu’on peut en retirer ?

Louise:

Alors l’objectif c’est de sensibiliser puis comme tu dis très justement c’est d’avoir un safe space. C’est d’avoir un endroit où les personnes peuvent s’exprimer autour du harcèlement scolaire, où on va en parler de manière ouverte, sans tabou. Il y a énormément de personnes qui me contactent en disant: « J’ai jamais parlé de mon harcèlement scolaire parce que je ne me sentais pas légitime, parce que je ne savais pas à qui en parler. Parce que si j’en parle à ma famille derrière elle va vouloir que je porte plainte mais moi j’ai pas envie de porter plainte, je m’en sens pas capable ou peut-être qu’iels vont se moquer ou ne pas comprendre. C’est à moi de leur expliquer mais j’ai pas les mots, je sais pas comment faire. » Donc plein de raisons pour lesquelles les jeunes ne s’expriment pas. Il y a aussi beaucoup de personnes qui sont harceleur.se.s et qui disent « j’ai été harceleur il y a un certain nombre d’années, je m’en rends compte maintenant, qu’est-ce que je fais? Je vais m’excuser? Je fais comme si c’était jamais arrivé? Est-ce que je risque pas de recommencer sans m’en rendre compte? » C’est assez lourd à vivre, surtout quand on commence à se renseigner. Iels disent même « peut-être que la victime est très déprimée à cause de moi, je suis une personne horrible ». Donc tu as tous ces sujets qui sont très tabous, et avec ce compte Instagram lafille.decristal, ça me permet d’avoir un espace public, où les gens peuvent parler de ce qu’ils ont vécu librement. Et c’est hyper important parce que c’est le point de départ et je peux les conseiller du mieux que je peux, ou les rediriger souvent vers des associations, leur dire pourquoi iels ont le droit de porter plainte, que c’est valide, qu’iels ont le droit de le dire et de se sentir en souffrance.

Maxence:

Qu’est-ce qui fait que le sujet du harcèlement scolaire est tabou, est-ce qu’on en parle assez ? 

Louise:

Alors on parle beaucoup de harcèlement scolaire, mais on parle de harcèlement scolaire en général. Les personnes ne disent pas « moi j’ai vécu un harcèlement scolaire », elles vont dire « le harcèlement scolaire en général, c’est un problème ». Mais en fait le tabou est assez paradoxal car on va retrouver ce sujet dans beaucoup de médias mais au quotidien, les gens qui ont besoin d’en parler ne vont pas oser en parler parce que c’est beaucoup plus facile d’en parler en général plutôt que de dire « moi j’ai vécu un harcèlement scolaire », ça demande beaucoup de courage et des ressources que tout le monde n’a pas forcément. On n’a pas forcément appris à s’exprimer, on n’est pas tou.te.s égaux et égales sur ce sujet là.

Maxence:

Une récente loi a été votée le 2 mars dernier visant à combattre le harcèlement scolaire, en créant un nouveau délit, celui de harcèlement scolaire dans le code pénal, que pensez-vous de cette mesure ? Est-ce suffisant ?

Louise:

En fait, c’est bien qu’on légalise autour de ce sujet. Parce que, à l’époque où ma soeur est allée porter plainte, les policiers se sont moqués d’elle en disant « les gens portent plainte pour n’importe quoi » alors qu’en fait non. Le harcèlement scolaire c’est un vrai délit, et c’est bien qu’il soit reconnu comme tel. Après pour l’instant, la loi n’a pas vraiment été appliquée. Il faudrait qu’il y ait des exemples. On peut pas dire que le harcèlement scolaire est puni par la loi si ça n’a jamais été puni avant. Il va y avoir un temps d’application. Et puis, il y a aussi le problème que souvent, les harceleur.se.s sont des enfants ou des adolescent.e.s. Est-ce que vraiment on peut être punitif, est-ce que ça va être efficace? Ca je sais pas, mais en tout cas que la loi évolue pour protéger les victimes je trouve ça hyper important, c’est un signal fort. De la même manière, il y a la journée internationale du harcèlement scolaire qui a été créée, ça aussi je trouve que c’est un signal fort. Cela veut dire que derrière, des gens se bougent pour faire avancer le sujet. Mais bien sûr ça ne sera pas suffisant, ce qu’il va falloir faire maintenant c’est former et sensibiliser les gens autour de ce sujet.

Maxence:

Pour finir, que conseillez-vous aux victimes mais aussi aux proches de victimes de harcèlement scolaire ?

Louise:

Ah il faut parler. Vraiment s’il y a un seul truc à faire, c’est parler. Je vois beaucoup de proches qui m’écrivent, qui me disent: « Mon amie, ou ma fille, ou ma cousine a l’air de vivre un harcèlement scolaire. J’ose pas en parler parce que j’ai peur de la blesser, je sais pas trop comment dire, est-ce que j’attends que ce soit elle qui m’en parle en premier? ». En fait, parfois la victime va attendre qu’on aille vers elle, donc si les personnes autour de la victime ne parlent pas non plus, la rencontre se fait jamais en fait. Donc parfois même si c’est un peu maladroit, on a tou.te.s une sensibilité et de l’empathie, si c’est fait avec bienveillance on peut pas vraiment se tromper. Alors il y a des mots à utiliser, on sera jamais psychologue mais il vaut mieux essayer de dire « j’ai envie de t’aider, je sens qu’il y a quelque chose qui va pas, tu sais que je suis là pour toi si tu as besoin ». Des phrases toutes simples mais si on ne les dit pas, l’autre ne sait pas. On se dit que s’il y a un problème, iel viendra m’en parler mais en fait non. Si on ne le dit pas, l’autre ne sait pas. Et de la même manière du côté victime, c’est hyper important. Moi je suis du côté du proche qui reste, qui reste en plan, en disant: « maintenant que j’ai compris, c’est trop tard », c’est hyper dur comme situation. Et moi j’aurais vraiment aimé que ma sœur vienne me dire « j’ai vécu quelque chose, c’est difficile, peut-être que tu vas pas comprendre mais je voudrais essayer de t’en parler ». C’est un regret que je porte maintenant, j’aurais aimé qu’on parle et on l’a pas fait. Et du coup j’ai envie de dire aux victimes: « Ne faites pas subir ça aux autres, essayez de leur parler et si vous sentez que ce ne sont pas les bonnes personnes, parlez à des spécialistes, il y a beaucoup de psychologues, des infirmeries, des personnes et associations qui sont formées pour accompagner ». En fait, tant que la victime ne parle pas, rien ne peut être fait parce que personne ne sait. Donc c’est hyper important d’en parler, même à des personnes qui ont l’air d’aller bien, leur demander si elles ont vécu du harcèlement scolaire, si elles ont envie d’en parler, ou simplement de dire que sa porte est ouverte c’est hyper important de le faire dès que possible. C’est ça qui va faire que la prévention sera efficace derrière.

Jingle de fin « c’était Behind the society : le podcast, une série d’épisodes à retrouver sur Deezer, Spotify, Apple Podcasts et Google Podcasts. »

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