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Anxiété sociale : la difficile épreuve du regard de l’Autre

image : Pexels

Le sujet de la santé mentale n’a fait son apparition que tardivement dans l’espace public. Longtemps considéré comme relevant du domaine privé, ce sujet constituait et constitue toujours une forme de tabou dans notre société. Parmi les nombreuses formes d’anxiété, l’anxiété sociale fait partie de celles les plus tues. Tout le monde ou presque a déjà vécu ces moments embarrassants que provoque la timidité : les mains tremblantes pendant un oral, les joues qui deviennent rouges, le petit trac avant de prendre la parole… Avec le temps, la timidité s’atténue et peut être plus facilement gérée. À un autre degré, l’anxiété ou phobie sociale est plus difficile à appréhender. Moins connu, ce trouble mental représente un réel frein dans la vie sociale de ceux et celles qui en souffrent.  Comprendre cette psychopathologie implique de s’interroger sur le regard de l’autre mais aussi sur le regard que l’on se porte à soi-même. 

Comprendre pour mieux soigner 

Mathilde Besset est psychologue et suit une formation aux Thérapies Cognitives et Comportementales (TCC), si son nom vous est familier c’est peut-être que vous l’avez déjà entendu sur le podcast “Salut, ça va ?” qu’elle co-présente avec Léa de la chaîne Youtube Jenesuispasjolie. Mathilde précise qu’il existe bien une différence de nature entre l’anxiété sociale et la timidité. Cette dernière peut-être considérée comme un trait de la personnalité tandis que l’anxiété sociale est un trouble mental que la psychologue définit ainsi :

“L’anxiété sociale se manifeste par une peur intense de situations sociales dans lesquelles la personne se sent exposée, observée par les autres. C’est la peur du jugement des autres, la peur de ressentir de la honte ou de la gêne. Cela entraîne des évitements de situations et un impact négatif significatif pour la personne qui en souffre. ”

De façon plus générale, les symptômes que provoque l’anxiété sociale sont similaires à ceux d’un trouble anxieux. Les réactions peuvent être physiques : tachycardie, sudation, hyperventilation, tensions musculaires…

Capture d’écran d’un compte Instagram décrivant les symptômes de l’anxiété sociale

Mais les conséquences psychologiques qu’engendre l’anxiété sociale sont tout aussi douloureuses. Le sentiment d’être constamment jugé.e, l’impression de ne pas plaire, la sensation de honte. Mathilde remarque que les personnes souffrant d’anxiété sociale ont souvent peu confiance en elle et, en conséquence, chaque interaction sociale devient une épreuve, un regard à affronter. Il est cependant tout à fait possible de guérir de l’anxiété sociale, bien que le chemin soit long et fastidieux. Marie est en terminale et souffre d’anxiété généralisée depuis la classe de CM1. La foule et les grands groupes lui génèrent de l’anxiété sociale. Avec le temps, elle a développé ses propres méthodes pour gérer son trouble. Il n’existe, en effet, pas de solution miracle pour mettre fin à l’anxiété sociale. Au fur et à mesure, chaque personne trouve des réponses adaptées et personnalisées à ces crises. Pour Marie, les exercices de respirations ne fonctionnent pas vraiment en cas de crise d’angoisse, elle préfère s’ancrer dans la réalité et se concentrer sur cinq choses qu’elle voit, quatre choses qu’elle entend et trois choses qu’elle touche.

Capture d’écran d’un compte Instagram expliquant la méthode appliqué par Marie, aussi appelée « pleine conscience »

Mais Marie comme Mathilde rappellent que pour chasser sa peur, il faut d’abord l’affronter. Marie essaie de s’exposer aux situations qui lui créent de l’angoisse, bien que cela soit difficile. Pour autant, elle ne se décourage pas et se rend volontairement dans des lieux où elle sait qu’il y aura du monde. Le meilleur moyen de se détacher du regard de l’autre est de s’y confronter, comme le soutient Mathilde. La psychologue insiste également sur les bienfaits de consultations avec des psychologues formés aux Thérapies Cognitives et Comportementales (TCC). Ces thérapies ont effectivement montré leur efficacité quant à la prise en charge des troubles anxieux. 

Un repli sur soi-même 

L’anxiété sociale de Marie atteint un nouveau stade à la suite du confinement. Pendant cet isolement imposé, beaucoup ont pris de nouvelles habitudes, ont été coupés des relations sociales, et par extension, du regard de l’autre. Ce retrait d’une vie à cent à l’heure, rythmée par les interactions sociales, a conduit certain.e.s à s’installer dans une zone de confort. Alors quand les magasins, bars, classes d’école ont fait leur grand retour, cela a été un choc pour Marie et pour tous.tes celles et ceux qui souffrent d’anxiété sociale. Marie témoigne : “Le déconfinement m’a tétanisé à l’idée de revoir du monde”. Son anxiété s’est décuplée à tel point que la jeune femme a dû se faire porter de force à aller voir un médecin, elle qui refusait alors de sortir sous n’importe quelle condition, accompagnée ou non. C’est grâce à son entourage que Marie a, peu à peu, réappris à vivre comme avant même si “ c’était  (le déconfinement) une expérience traumatisante et pour rien au monde je ne la revivrais”.

Mathilde Besset confirme que le confinement et ses effets ont créé des troubles d’anxiété sociale chez certaines personnes. Être moins exposé.e aux situations sociales ne fait pas pour autant disparaître le trouble. Au contraire, ne pas se confronter à la réalité sociale crée davantage d’anxiété par la suite. Dans la plupart des cas, le confinement n’a fait qu’aggraver l’anxiété sociale. 

Autre aspect difficile à gérer pour les personnes souffrant de ce trouble mental, le décalage. Le décalage entre celleux pour qui le déconfinement rimait avec la joie de retrouver les soirées et celleux pour qui c’était une source de stress. Ce parallèle est encore plus compliqué à endosser pour les jeunes. Pendant les années lycée et même par la suite, avoir une vie sociale signifie souvent sortir et rencontrer de nouvelles personnes. Marie constate le fossé qui peut se créer avec ses camarades. Pour autant, elle confirme ne pas être moquée pour ses choix de vie et espère pouvoir mieux gérer son anxiété d’ici l’entrée en études supérieures. 

Quand le genre s’en mêle 

Dès leur plus jeune âge, les filles et les garçons sont soumis à une éducation différente. Les filles se doivent d’être sages, douces, discrètes, modestes tandis que l’on attend des garçons virilité, force, courage. Cette éducation genrée conduit les hommes à être plus aptes à prendre des risques, à s’affirmer, à être audacieux. Il en découle que les femmes s’autocensurent plus que les hommes, se sous-estiment davantage. Ce processus alimente la fameuse théorie du plafond de verre: le rapport Women Matter de McKinsey démontre que les femmes se sentent moins capables d’occuper des postes à hautes responsabilités que les hommes. Elles osent moins et doutent davantage de leurs capacités. Conséquence de cette pathologie des sociétés patriarcales, les femmes ont moins confiance en elles que les hommes. Mathilde Besset rappelle que l’anxiété sociale se révèle souvent vers l’âge de 25 ans et, sans grande surprise, touche davantage les femmes que les hommes. Le manque de confiance en elles des femmes peut être une des pistes pour expliquer ce phénomène.

Autre élément explicatif, les femmes sont plus touchées par le stress que les hommes. Il est important de rappeler toutefois que les femmes sont psychologiquement moins réactives au stress que les hommes mais produisent plus d’hormones de stress, percevant des stresseurs partout. S’ajoute à cela la charge mentale qui leur est imposée par la société patriarcale et qui ne fait qu’accumuler ce stress. Le regard de l’autre a également une autre dimension pour les femmes, ces dernières étant longtemps été représentées et évaluées par et pour le regard masculin. Pendant des siècles, les femmes devaient se contenter de bien paraître afin de renvoyer une image de la “femme parfaite”. Cela ne signifie pas pour autant que les hommes ne subissent pas le stress ou l’anxiété sociale. L’éducation genrée mentionnée plus haut conduit également les hommes à moins dévoiler leurs émotions, pleurer étant considéré comme une faiblesse. Il est donc probable que les hommes osent moins parler de leurs troubles, l’anxiété étant un sujet resté tabou jusque récemment. 

Depuis le mois de septembre, le gouvernement a mis en place un numéro vert pour la prévention du suicide, joignable 24h/24 et 7j/7 : le 3114 : https://www.service-public.fr/particuliers/actualites/A15206

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