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Le déni de grossesse de Charlotte Lefebvre : rencontre

“C’était un moment de sidération, on a l’impression que le ciel nous tombe sur la tête”, se rappelle Charlotte Lefebvre, lorsque les médecins de l’hôpital de Maubeuge lui apprennent qu’elle est en train de faire un déni de grossesse. Une grossesse qui était donc imprévue et imprévisible.

Trigger Warning : Cet article relate le témoignage d’une femme suite à un déni de grossesse, et rappelle le moment de l’accouchement ainsi que les bouleversements engendrés. Il peut être difficile à lire pour certaines personnes.

Des douleurs atroces dans le dos et le teint pâle, le diagnostic est rapide : la jeune femme entre aux urgences à 11 heures pour une crise de colique néphrétique. Mais après deux échographies, la conclusion de l’infirmier et du sage-femme change complétement : les douleurs dans le dos sont symptomatiques d’un accouchement imminent. Le col est ouvert de trois centimètres. “Il est prêt à sortir” affirme le sage-femme, en parlant de Martin, le premier enfant de Charlotte.

Un contexte de vie qui ne laissait pas de place à une naissance

Alors âgée de 28 ans, et employée dans une grande enseigne de parfumerie, le quotidien effréné de la jeune femme était rythmé par son travail. Des journées à rallonge, de 9 heures à 20 heures, presque sans pause, c’est une vie qui ne permet pas d’envisager la perspective même d’une grossesse. Pourtant, trente minutes ont suffi au corps de Charlotte pour se transformer et adopter la forme de celui d’une femme enceinte de neuf mois. 

Faire face

Après un “accouchement idéal” pour Charlotte, c’est une véritable cascade d’épreuves qu’il faut gérer. Acheter tout le matériel nécessaire pour accueillir l’enfant dans les meilleures conditions possibles, mais aussi annoncer la nouvelle aux autres qui, eux non plus, ne s’y attendaient pas. Faire part de l’existence de ce nouveau-né, “c’est faire face” décrit Charlotte. Faire face à certains membres du personnel soignant qui lui ont fait comprendre qu’elle n’était pas une maman comme les autres, faire face à l’administration française, faire face aux réflexions des collègues et des amis, qui ne conçoivent pas ce déni.

“Quand vous rentrez chez vous, vous êtes toute seule” se remémore Charlotte. Alors qu’elle apprend à “connaître ce petit bout qui vient d’arriver”, elle ne bénéficie d’aucun accompagnement, mise à part une sage-femme qui lui rend visite tous les deux jours. Une situation responsable de plusieurs dépressions post-partum.

Un soutien familial essentiel pour lutter contre « le sentiment de culpabilité »

Néanmoins, le soutien des parents et du compagnon de Charlotte l’a aidée à gérer la période compliquée qui a suivi la naissance inopinée de Martin. “Puisque je ne l’ai pas voulu, il m’aime moins” se répétait-elle. Un sentiment de culpabilité décuplé par un besoin de protection de l’enfant,  accru chez les femmes qui ont vécu un déni de grossesse. Aujourd’hui, le petit garçon a quatre ans, et chaque jour est une occasion de construire le lien qui a été dénié pendant les neuf mois précédant l’accouchement. Quant au déni même, les parents de Martin ne le lui ont jamais caché. Ils ont même acheté des livres explicatifs afin qu’il comprenne au mieux, et disent vouloir répondre à toutes ses questions dès qu’il en posera.

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