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Ukraine: récit d’une guerre d’aujourd’hui

Le jeudi 24 février, le président Russe Vladimir Poutine annonce le début d’une opération militaire spéciale en Ukraine, avec l’objectif de la “démilitariser”. Depuis, les troupes Russes envahissent l’est du territoire Ukrainien et les bombardements frappent l’intégralité du pays, causant des centaines de morts civiles et militaires.

Revenons sur un conflit vieux de plusieurs dizaines d’années, qui aujourd’hui atteint une dangereuse apogée.

Tout d’abord un peu d’histoire

Le 8 décembre 1991, l’accord de Minsk, signé entre la Russie, l’Ukraine et la Biélorussie acte la dissolution de l’URSS.
L’Ukraine obtient alors son indépendance si convoitée: de nombreuses révoltes avaient eu lieu par le passé contre l’absolutisme soviétique, et en 1991, 90% de la population ukrainienne votent l’indépendance de leur pays lors d’un référendum d’auto-détermination.

3 ans plus tard, le 5 décembre 1994, l’Ukraine signe le mémorandum de Budapest sur les garanties de sécurité: l’armée ukrainienne abandonne la possession de son arsenal nucléaire en échange de la garantie des Etats-Unis, du Royaume-Uni et de la Russie à respecter l’intégrité de son territoire: la souveraineté de l’Ukraine est actée.

En novembre 2013, la population Ukrainienne, alors fortement pro-europe proteste contre son président, lui pro-Russe: Viktor Ianoukovitch; c’est « l’Euromaiden ».
Face aux résistances du gouvernement, une révolution éclate alors en février 2014, et le président, destitué, s’enfuit en Russie.

En réponse à cette révolte, Vladimir Poutine lance une intervention en Crimée, qui sera annexée en mars.

Après 20 ans d’intégrité territoriale, l’indépendance de l’Ukraine est bafouée une première fois par le régime fasciste de Vladimir Poutine.
Cette annexion s’intègre en réalité dans un contexte plus large: une politique impérialiste et expansionniste du gouvernement Poutinien, déjà coupable de l’annexion de l’Ossétie en 2008.
La fin des combats sera finalement annoncée en début de 2015 avec les accords de Minsk et la capitulation de l’Ukraine sur ses territoires Criméen.

Fort de ses nouvelles possessions en Crimée, la Russie de Vladimir Poutine va, pendant 8 ans, alimenter des mouvements séparatistes dans la région du Donbass, dans l’est de l’Ukraine. Ces mouvements contestent le pouvoir légitime et démocratique des présidents Porochenko (entre 2014 et 2019) puis Zelenski (à partir de 2019), et causeront la mort de près de 15.000 personnes entre 2014 et aujourd’hui.

En octobre 2021, l’armée russe déploie plus de 100.000 soldats à la frontière Russo-Ukrainienne, menaçant l’invasion du territoire Ukrainiens. Des tentatives d’apaisement diplomatique sont alors menées par les pays occidentaux, pour éviter une invasion de l’Ukraine par l’armée Russe.

Malheureusement, ces tentatives de négociations seront un échec, et le 21 février 2022, la Russie reconnaît l’indépendance des régions ukrainiennes de Donetsk et Lougansk, s’attirant les sanctions économiques de l’occident. 3 jours plus tard, Vladimir Poutine lance l’invasion de l’Ukraine.

Quelles sont les motivations de la Russie ?

Pour justifier son intervention militaire en Ukraine, le Kremlin à avancé différentes explications plus ou moins crédibles.
Tout d’abord, Poutine a évoqué l’idée de libérer la province du Donbass de l’emprise Ukrainienne, notamment en procédant à une “dénazification” de la région. Cependant, aucune formation néo-nazi considérable ,n’existe en Ukraine, dont le paysage politique est dominé par un centre-droit libéral. De plus, il est aujourd’hui connu que les mouvements indépendantistes dans le Donbass sont en grande partie composés de mercenaires payés par la Russie.

De même qu’en 2014, la raison du rapprochement entre l’Ukraine et l’Union Européenne fait également partie des motifs invoqués par Vladimir Poutine. Mais ces arguments ne sont pas non plus valables: malgré un sentiment pro-européen fort en Ukraine et une volonté d’intégrer l’Union ainsi que l’OTAN, la France et l’Allemagne s’y sont toujours fermement opposés, rendant peu probable un réel rapprochement.

Les réelles motivations de la Russie sont donc purement impérialistes.
En effet, la politique menée par le Président Vladimir Poutine s’apparente à une politique néo-fasciste, politique dont l’une des principales composantes est un impérialisme expansif.
La Russie est d’autant plus marquée, voire encore aujourd’hui traumatisée par la chute de L’URSS, ayant pulvérisé la puissance Russe. Il n’y a donc aujourd’hui rien d’étonnant à voir aujourd’hui un réel souhait de regain de puissance, une nostalgie de l’absolutisme perdu, incarné par Vladimir Poutine.
L’Ukraine n’est donc qu’un territoire de plus à conquérir pour le Kremlin, après la Crimée et l’Ossétie, en plus de lui offrir une zone de sûreté entre elle et les frontières européennes.
On peut alors craindre une réelle menace dans les années à venir pour la Pologne ou les pays Baltes, semblant également dans le viseur de l’Ogre Russe, ayant déjà mainmise sur la Biélorussie à travers le gouvernement fantoche de Loukachenko.

Les populations sont en danger.

Pour la population Ukrainienne, un enfer interminable

Les vraies victimes de cette guerre, ce sont elles et eux. Ces femmes, ces enfants, dont la maison est détruite, la vie réduite en miettes, et le mari, le père, le frère ou le fils, parti combattre au front sans garantie de retour.

Ce sont les riches et les puissants qui se font la guerre, mais la population qui en paye le prix.

Les témoignages de citoyen·ne·s ukrainien·ne·s qui nous arrivent décrivent tous l’horreur de cette guerre.
Les familles forcées à fuir, à se cacher dans le métro de Kiev pour échapper aux bombardements, ou forcées à couper toute lumière la nuit par peur d’être repéré par les militaires russes.
Beaucoup fuient, ou tout du moins, essayent de fuir.

C’est là qu’on assiste à des scènes de racisme horrible et décomplexé.
Des milices empèches les ukrainien·ne·s noir·e·s de monter dans les trains quittant le pays, en leur disant d’attendre: d’attendre que toutes les personnes blanches se soient échappée avant d’être elleux mêmes sauvés.
De même à la frontière Polonaise, les mêmes discriminations sont appliquées, et les personnes noires se font refuser le passage.
Une hiérarchie des vies très claire est établie: les enfants blancs > les femmes blanches > les personnes noires.

Mais cela n’est pas mieux en France et dans tout l’occident en général.
Ce racisme décomplexé s’invite sur les plateaux télés et les radios soutenant l’establishment: sur BFMTV, un journaliste hiérarchise les vies des réfugiés ukrainiens au-dessus de celles des syriens ou des afghan, sous prétexte qu’iels “nous ressemblent”. Toujours sur BFM, un éditorialiste estime pour les mêmes motifs que l’Ukraine nécessite un “geste humanitaire immédiat”, contrairement aux pays non européens dans des situations comparables. Sur Europe 1, le député Modem (parti de l’alliance gouvernementale majoritaire à l’assemblée) Jean-Louis Bourlanges parle d’une “immigration de grande qualité”. Le plateau états-unien de CBS va même jusqu’à qualifier l’Ukraine de “pays civilisé”, “comparé à la Syrie ou l’Afghanistan”.

C’est un racisme décomplexé auquel on assiste, et duquel sont victimes les réfugiés. De plus, comme d’habitude, ce sont les femmes et les minorités de genre qui se retrouvent en première ligne de ces puanteurs: les termes “ukrainian girl”, “ukrainian porn” ou “war porn” sont en top trend sur les sites pronographiques et sur google en général. (Ces constats n’ont bien sûr pas vocation à servir un argumentaire abolitionniste/swerfs, mais mettent en lumière un réel intérêt morbide dont sont actuellement victimes les femmes et minorités de genres ukrainiennes)

Face à une situation désastreuse et une gestion de crise hautement problématique, il devient donc nécessaire d’intervenir pour venir en aide aux populations.

Comment venir en aide aux ukrainien·ne·s ?

Chacun·ne·s à notre échelle et à nos moyens, nous avons la possibilité de nous mobiliser pour venir en aide au peuple ukrainien, même de façon symbolique, la représentation compte.


Sur les réseaux sociaux:

  • Faire attention aux images et posts que l’on diffuse, ne pas diffuser de fausses informations ou des images chocs et crues qui pourraient nuire à l’honneur des personnes représentées et à la sensibilité des personnes qui regardent.
  • Penser à contextualiser ce que l’on diffuse, se renseigner et expliquer le contexte dans lequel une photo à été prise par exemple. Ne pas tomber dans le sensationnalisme est primordial.
  • Favoriser la diffusion de sources primaires (contenus et médias locaux) et de médias indépendants (en créditant à chaque fois).
  • Ne pas donner de visibilité à des personnalités qui souhaitent juste capitaliser sur le conflit en affichant un pseudo-humanisme clientéliste.
  • Faire attention à ne pas relayer de contenus hiérarchisant les vies, comme mentionné plus haut.
  • S’intéresser à la vision et la sensibilité de toustes: les grands médias ne visibilisent pas les plus précaires, à vous de leur donner de la voix!


En dehors des réseaux sociaux:

  • Participer aux manifestations.
  • Se tenir au courant de l’actualité et renseigner ses proches.
  • Donner de son temps à des associations d’aides aux réfugiés.

En apportant une aide financière:

  • Faire attention à qui organise la cagnotte ou la collecte de fond: malheureusement, certaines personnes mal intentionnées vont tenter de profiter de cette crise pour mener des arnaques (par exemple, paypal n’est pas disponible en Ukraine, une cagnotte organisée sur paypal est donc plus que douteuse).
  • Favoriser donc des dons à des associations et des œuvres connues dans leur engagement, et dont on est sûres que les collectes iront réellement pour les ukrainien·ne·s. En voici une courte liste à titre d’exemple:
    Razom, qui soutient les ukrainien·ne·s depuis 2014.
    La Banque Nationale d’Ukraine, qui organise une collecte de fonds pour soutenir les troupes ukrainiennes.
    L’UNHCR, géré par les Nations unies.
    Amnesty International, qui lutte pour un retour à la paix et l’aide aux prisonniers politiques.
    Singa France, qui participe à l’accueil des réfugiés en france et à leur intégration.

Retour sur la manifestation du 26 février à Lille

A l’initiative de plusieurs collectifs de ressortissants ukrainiens, un rassemblement de soutien au peuple ukrainien a été organisé ce samedi 26 février sur la place de la république à Lille.
L’évènement à été un temps forts pour la visibilité des souffrances auquel fait face actuellement le peuple ukrainien, de nombreuses prises de paroles de ressortissant·e·s, d’étudiants ukrainien en france et notamment d’Etienne Mourmant, consul honoraire d’Ukraine à Lille ont pu exprimer leur ressenti de la situation, revendiquer des mesures que le gouvernement devrait prendre et appeler à la mobilisation.

La rassemblement, pacifique et convivial s’est déroulé dans le calme, avec la présence de personnalités politiques et publiques en bordure, notamment Fabien Roussel et Sandrine Rousseau.
Seule la fin de l’évènement a été perturbée par la présence de militants anti-vax (visiblement pro-poutines au vu de leur propos) ayant pris à parti et agressé des personnes présentes leur demandant de veiller au calme par respect pour la situation actuelle.

La situation en Ukraine continue d’évoluer, et semble avoir atteint son paroxysme hier, avec la menace du président Vladimir Poutine d’envisager l’usage de l’arme nucléaire. Des pourparlers ont étés entamé aujourd’hui, et l’on espère que cette crise pourra s’apaiser aussi vite qu’elle a commencé.
Behind the Society vous tiendra au courant des avancées de la crise ukrainienne, et nos pensées vont directement aux victimes de cette guerre.

Par Alice Gosselin

Journaliste étudiante et photographe indépendante, je couvre divers évènement et sujets avec un accent sur les mouvements sociaux et politiques.

Etudiantes à l'université de Lille 2 en L1 Science Politique et à l'académie ESJ Lille

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