Catégories
Aux urnes citoyen.ne.s

Christiane Taubira à Lille : « Une république qui se dit indivisible et sociale est une république qui lutte contre les inégalités de naissances. »

Après avoir rencontré des étudiant·es engagé·es dans différentes associations de lutte contre la précarité dans l’après-midi, l’ancienne députée et garde des sceaux était ce jeudi soir à sciences-po Lille, l’occasion pour elle de détailler ses mesures pour la jeunesse… face à une assemblée déjà conquise.

Dès son arrivée dans l’amphithéâtre, Christiane Taubira est accueillie par un tonnerre d’applaudissements. Bien qu’ici pour présenter son programme, et on pourrait le penser, convaincre de nouvelles et nouveaux électeurices, la candidate fait cependant face à une assemblée visiblement déjà convaincue. En effet, l’ex-ministre de la justice à su s’élever comme une incontournable de la gauche ces dernières années, tout particulièrement auprès d’un public assez jeune se reconnaissant dans ses engagements humanistes et son franc-parler chaleureux.

Aimable et souriante comme à son habitude, n’hésitant pas à se faire plus amère pour défendre ses valeurs face aux quelques réticents présents dans la salle, Christiane Taubira reste fidèle à ses fameuses envolées lyriques en citant entre autres Jaurès, solide et charismatique sur les questions d’inégalités sociales et de précarité étudiante.

Christiane Taubira entrant dans l’amphithéâtre 1 de sciences-po Lille. (Alice Gosselin)

« Lutter contre les inégalités de naissances »

La candidate de gauche annonce directement la couleur avec sa première prise de parole : elle souhaite lutter activement contre la précarité et les difficultés auxquelles font face les étudiant·es et les jeunes en général, apportant un regard plein d’humanité sur les jeunesses françaises, insistant sur la diversité sociale au sein de cette même génération.

Christiane Taubira insiste en effet tout particulièrement sur « les jeunesses française » -le pluriel est important-, dénonçant avec vigueur les « inégalité de naissance » qui traverse cette génération plurielle, se plaçant en défenseuse de celles et ceux qui « ont un chemin tout tracé », faisant tout particulièrement références au jeunes des quartiers populaires que la société condamne et enferme dans la reproduction sociale, mais également aux jeunes des campagnes et de l’outre mer, qui « sont contraints à un arrachement que les autres ne vivent pas », évoquant son propre parcours de jeune guyanaise ayant dû rejoindre la métropole pour pouvoir continuer ses études.

Pour lutter contre ces inégalités, la candidate à la primaire populaire apporte de nombreuses propositions : mise en place du RSA pour les moins de 25 ans en situation de précarité (en non-emploi et ne faisant pas d’études), une aide d’état allant jusqu’à 20.000 euros pour la création et la poursuite d’un projet, ainsi qu’une mesure phare : la mise en place d’un revenu de 800 euros par mois pendant 5 ans pour les jeunes suivant des études. En effet, Christiane Taubira, qui insiste sur l’usage du terme de « revenus » plutôt que de celui « d’allocation », rappelle que 46% des étudiantes et étudiants en France se voient obligés de travailler en parallèle de leurs études pour financer celles-ci, et que le nombre d’étudiant·es précaires a doublé durant la crise du covid-19. Elle avance donc la proposition de créer un tel revenu pour faire face à cette précarité grandissante, ne se gênant pas pour moquer ses opposants et leurs propos sur le sujet, notamment Valérie Pécresse et Emmanuel Macron, qui a récemment remis en cause la quasi-gratuité de l’enseignement supérieur.

Christiane Taubira au pupitre (Alice Gosselin)

« Oui, il faut taxer les riches !»

Et pour soutenir ces projets financièrement coûteux, notamment le revenus jeunes étudiant estimé à un coût de 24 milliards d’euros par an, 1.5% du PIB, Christiane Taubira ne souhaite pas faire dans le flou, et expose de nombreuses mesures plus ou moins radicale, pour subventionner l’éducation et l’épanouissement des jeunes générations.

La candidate insiste tout particulièrement sur la mise en place d’une politique de lutte contre la fraude et l’évasion fiscale bien plus efficace, qui pourrait rapporter énormément à l’État, ou tout du moins minimiser voire éradiquer d’importantes pertes déjà existantes. Christiane Taubira insiste notamment sur la nécessité de « faire du ménage dans les niches fiscales », rappelant l’existence de 471 de ces mini paradis fiscaux en France, pour un manque à gagner annuel de 91 milliards d’euros, soit plus du quart des recettes fiscales nettes perçue par l’État (chiffres 2021).

L’ancienne garde des sceaux revient également sur la nécessité de revoir les taux d’imposition en France, faisant remarquer que si les très riches bénéficient de la solidarité sociale, ils doivent eux même contribuer à cette solidarité, à un niveau proportionnel à leurs capacités. Christiane Taubira fait ainsi référence au projet de taxe à 75% pour la part des revenus situé au-dessus d’un million d’euros par an, promesse de campagne de l’ancien président François Hollande, mais qui avait échoué sa mise en place face à la pression de la droite. La candidate de gauche semble donc vouloir revenir sur cette mesure, elle affirme en tout cas que « oui, il faut taxer les riches ! ». Elle affirmera le lendemain dans libération le souhait de mettre en place un « impôt sur l’extrême richesse ».

« C’est grâce à vous que j’ai ma passion pour la politique »

Après un discours d’une bonne demi-heure devant l’amphithéâtre bondé, majoritairement d’étudiant·es, Christiane Taubira rejoint sous les applaudissements du public la table centrale pour répondre aux différentes questions de l’assemblée quant aux mesures qu’elle vient d’annoncer.

Si la majorité des interventions se font dans le respect et la bienveillance, soumettant la candidate à des questions sur certains détails de ces propositions, l’importance du combat écologiste pour la jeunesse ou encore sa future politique migratoire, l’ambiance bon enfant et interactive de l’échange finit par être brisée. Un étudiant prend la parole pour reprocher à Christiane Taubira le programme du PRG de 2002 qu’elle avait porté, ou encore sa participation au quinquennat François Hollande quelques années plus tôt. La candidate jusque la si calme et sympathique se fait alors plus piquante et amère dans sa réponse, pour défendre fièrement ses engagements passés, insistant tout particulièrement sur les nombreux points de conflits qu’elle a pue avoir avec Manuel Valls, mais également l’« impertinence » d’invoquer un programme datant d’il y a 20 ans. L’ancienne Garde des sceaux montre qu’elle n’a rien perdu de la vigueur et du charisme dont elle faisait preuve durant ses plaidoyers à l’assemblée en 2013, provoquant une vague d’applaudissement dans le public, visiblement convaincue par cette réponse.

La session de question s’achève par une prise de parole touchante de la part d’un des jeunes du public, « c’est grâce à vous que j’ai ma passion pour la politique » affirme-t-il avec un grand sourire avant de présenter des remerciements à l’ex-ministre de la justice. Un moment plein d’humanité qui ne manque pas de stimuler la compassion de l’assemblée, soutenant les propos du jeune homme par de nombreux applaudissements.

Christiane Taubira profite de la fin de la rencontre pour signer des autographes. (Alice Gosselin)

« Je vous demande de révéler la vocation de grandeur de la nature humaine »

Une fois ce temps de question fini, l’échange se clos sur quelques dédicaces et selfies avec les étudiants venus assister à la rencontre. Christiane Taubira est ensuite exfiltrée non sans peine par la sécurité vers une autres salles de l’école pour un moment d’échanges avec les membres du collectif local des jeunes avec Taubira ayant organisé l’évènement.

L’amphithéâtre se vide, bien que déjà convaincu.e.s en arrivant pour la plupart, les étudiant·es présent·es à la rencontre semble satisfait.e.ss par le discours de la candidate et son appel à la jeunesse, faisant écho à celui de Jean Jaurès qu’elle citait dans son discours, et sa demande de « révéler la vocation de grandeur de la nature humaine. ».

Environ une demi-heure plus tard, Christiane Taubira quitte les locaux de sciences-po et offre une dernière photo à ses soutiens encore présents dans le hall de l’école.

Bien que créditée de seulement 5.5 points dans les derniers sondages (Cluster 17–18/01/22), Christiane Taubira aura su visiblement marquer les esprits ce soir à science-po Lille. La candidate se veut être représentante d’une génération de jeunes votant·es auquel elle a pu s’adresser au cours de cette rencontre, en portant notamment des valeurs humanistes, proches des gens et en appelant à l’union des gauches comme seul moyen d’emporter la victoire.

Christiane Taubira pose avec ses soutiens. (Alice Gosselin)

Par Alice Gosselin

Journaliste étudiante et photographe indépendante, je couvre divers évènement et sujets avec un accent sur les mouvements sociaux et politiques.

Etudiantes à l'université de Lille 2 en L1 Science Politique et à l'académie ESJ Lille

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s