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Féministes tant qu'il le faudra

Sindy : une femme de plus victime de cyberharcèlement alors que c’est déjà trop.

Dans la nuit du 4 au 5 octobre 2021, une adolescente de 14 ans nommée Dinah mettait fin à ses jours alors qu’elle subissait du harcèlement à son école. Mais ce harcèlement dépassait largement les grilles du collège puisque la jeune fille recevait des menaces et des messages d’une grande violence sur les réseaux sociaux, de quoi empoisonner encore plus le quotidien de l’adolescente. Malheureusement, Dinah n’est pas la seule victime de ce fléau. Un nombre conséquent de personnes ont déjà subi des violences sur le net, notamment les femmes (qu’elles soient cisgenres ou transgenres). Une femme en particulier a décidé de témoigner face aux vagues de haine qu’elle reçoit quotidiennement : Sindy élève sa voix pour clamer sa souffrance et celle de toutes les femmes qui sont constamment harcelées sur les réseaux sociaux. Retour sur son histoire.

Trigger Warning : cet article contient plusieurs témoignages liés au cyberharcèlement, notamment des messages d’une brutalité extrême dans lesquels il est question de menaces de viol et de violences. Ce contenu peut donc ne pas convenir à certaines personnes et (re)déclencher un traumatisme psychologique, prenez donc vos précautions dans la lecture de cet article.

Figure de féminisme sur les réseaux sociaux et sur YouTube

Ex-membre du groupe français de hip-hop Team BS, Sindy âgée de 26 ans aujourd’hui, est influenceuse, chanteuse et youtubeuse. La jeune femme utilise fréquemment les plateformes qu’elle possède pour faire passer des messages féministes et échanger avec sa communauté sur les problématiques de la société actuelle. Depuis plusieurs années maintenant, Sindy représente l’authenticité et la bienveillance qu’il nous manque tant sur les réseaux sociaux. Toujours prête à apporter son soutien aux femmes et aux minorités de genre de sa communauté et à ses collègues, elle fait preuve de détermination quand il s’agit de dénoncer le sexisme et de parler publiquement des violences qu’elle subie en tant que femme du 21ème siècle. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’elle a publié une vidéo sur YouTube le 16 mai 2021, dans laquelle elle évoque pour la première fois des abus sexuels de la part d’un homme « de son entourage », dont elle a été victime, pendant 2 ans, lorsqu’elle avait seulement 15 ans environ. Une vidéo qui a permis de libérer la parole sur ce sujet et qui a motivé d’autres victimes à témoigner. Mais quelques mois plus tard, la jeune femme révélera que cette vidéo n’a pas attiré que du positif….

Victime de cyberharcèlement depuis deux ans simplement parce qu’elle est une femme

En septembre dernier, Sindy publie une vidéo sur sa chaîne YouTube appelée « Jusqu’à quand ? ». Elle révèle alors qu’elle est victime de cyberharcèlement depuis 2 ans visant « sa qualité de femme ». En effet, elle affirme recevoir constamment des photos « non-désirées » et des menaces de viols. Les messages sont d’une violence sans noms et il est clair qu’elle n’aurait pas reçu ce type de messages si elle n’avait pas été une femme. Ce harcèlement va même au-delà des réseaux sociaux puisqu’on apprend dans cette même vidéo que des personnes se sont introduites chez elle pendant qu’elle dormait afin de lui voler son téléphone et son ordinateur, elles l’ont également gazées. Le problème, c’est que peu de personnes sont capables de se rendre compte des conséquences que peut engendrer le harcèlement. Un « simple message » peut avoir un impact considérable sur la personne visée. C’est ce que Sindy explique en parlant du fait qu’elle a fait « une crise d’angoisse qui a conduit à la visite des pompiers » chez elle à cause « du message de trop ». Au-delà de son récit, Sindy lance un appel.

« On a besoin de votre aide, je ne veux plus que mes sœurs aient peur de rentrer chez elles le soir. […] Un jour, ils vont trouver ma petite sœur, j’ai peur pour elle, j’ai peur pour moi. »

Sindy dans sa vidéo YouTube « Jusqu’à quand ? »

Devoir se battre, voilà où en sont les femmes et les minorités de genre aujourd’hui, le simple fait d’être une femme* et de vouloir vivre librement est devenu un combat.

De plus, dans sa vidéo, Sindy rajoute qu’il y a un réel manque d’encadrement au niveau de la justice quand il s’agit de cyberharcèlement. Elle est obligée de faire une capture d’écran de chaque message et chaque photo qu’elle reçoit afin de « prouver » qu’elle est effectivement bien harcelée sur les réseaux sociaux. Elle doit donc subir toutes ces menaces et littéralement laisser faire ses harceleurs uniquement pour justifier le fait qu’elle a besoin d’être protégée et que ces harceleurs méritent d’être punis par la loi. Voilà de quoi susciter la colère et l’indignation générale.

« Est-ce que je vais devoir faire la une d’un fait-divers pour qu’on comprenne enfin que les femmes ont besoin d’être respectées, de se sentir en sécurité et que c’est un besoin primaire ? ».

Sindy dans sa vidéo YouTube « Jusqu’à quand ? »

Un appel à l’aide qui a résonné chez beaucoup de monde.

#Cybersindy : une souffrance générale

Et contrairement à ce que certain.e.s se plaisent à penser, ce n’est pas parce que Sindy est une personnalité publique que ces comportements haineux sont justifiés. Il est bon de rappeler qu’énormément de femmes* « anonymes », cis et trans, sont également sujet.t.e.s à ce type de harcèlement. C’est ce qu’on a pu voir avec les nombreux témoignages qui sont apparus sur Twitter avec la naissance du #cybersindy. Ce dernier est apparu seulement quelques heures après la publication de la vidéo « Jusqu’à quand ? », sur Twitter. Une libération de la parole, et une envie encore plus forte d’un soulèvement pour chacune des personnes qui a déjà souffert ou qui souffre actuellement de ces violences incessantes. Car en effet, les femmes et les minorités de genre souffrent, mais ce n’est pas pour autant qu’elles baissent les bras. Un vent de détermination à soufflé suite au témoignage de Sindy et des autres femmes*, et il n’est pas près de s’arrêter.

Sur cet hashtag, on retrouve un florilège de messages de menaces les plus violents les uns que les autres, publiés à travers de captures d’écrans par les victimes, comme illustré ci-dessous.

Tweet de Sindy dénonçant un de ces cyber harceleurs
Tweet anonyme dénonçant des messages extrêmement choquant
Tweet anonyme dénonçant des messages extrêmement choquant
Message anonyme reçu par une victime de cyberharcèlement

Vous aussi vous avez envie de vomir ? D’autres femmes* racontent directement ce qui leur est arrivé.

Tweet anonyme dénonçant l’harcèlement de rue
Tweet anonyme dénonçant l’harcèlement de rue

À travers tous ces messages plus horribles les uns que les autres, on peut vite comprendre que les femmes* sont plus souvent sujettes au cyberharcèlement, et au harcèlement en général, que les hommes. Une simple photo où l’on aperçoit un bout de peau, une tenue moulante ou même un simple jean slim et ça y est : c’est le déferlement de critiques. Tout ça simplement parce que les femmes* souhaitent s’habiller comme elles le veulent, et vivre comme elles l’entendent. Pour vous donner une idée, l’organisation humanitaire Plan International a effectué une enquête en 2020 à partir des témoignages de 14 000 filles et jeunes femmes, âgées de 15 à 25 ans, qui utilisent les réseaux sociaux dans 22 pays différents. Résultats sans appel : 58 % des femmes et jeunes femmes interrogées révèlent avoir été victimes, au moins une fois dans leur vie, de harcèlement ou d’abus en ligne. D’après la même enquête, ce harcèlement se traduit le plus souvent par « des propos abusifs ou insultants ». Au vu de la place très importante que possèdent les réseaux sociaux dans la vie des jeunes, on imagine facilement que les conséquences du cyberharcèlement sur la vie des jeunes filles et des femmes* est terrible.

Le témoignage glaçant de Sindy pour Konbini

Les conséquences : c’est ce sur quoi s’est exprimée Sindy à travers une vidéo-témoignage pour le média en ligne Konbini. Elle a également lu un des messages qu’elle a reçus, qui est d’une brutalité inqualifiable, voici ce dernier : « Espèce de petite salope, je te démonte tous les trous d’abord, puis tu me suceras la bite. Après je te la mets dans la chatte et tu me supplieras de t’enculer à mort, je te baiserai tous les jours et tu seras ma petite pute ». Il faut bien comprendre que ce message, qui est extrêmement choquant, ne représente qu’UN seul exemple parmi tous les autres messages que la jeune femme a pu recevoir tout au long de ces derniers mois.

Imaginez un peu : tous les jours, vous levez le matin et regardez votre téléphone sur lequel vous voyez apparaître plusieurs dizaines de messages qui contiennent des menaces de viol. Ne serait-ce qu’un message, c’est déjà très violent, mais malheureusement, dans les cas de cyberharcèlements, on atteint très rapidement les centaines. Sindy, les larmes aux yeux, se confie : « Des fois, je suis en train de me maquiller parce que mon mec arrive, et je me dis qu’il va falloir qu’on passe du temps ensemble, et j’ai ces mots-là dans ma tête qui me dégoûtent de moi-même. Ou j’ai l’impression que même dans ma sexualité personnelle, je ne pourrais jamais être respectée. Je me sens profondément salie et sale. » Voilà la dure réalité et le quotidien d’une femme harcelée sur les réseaux sociaux. De plus, on apprend dans cette même vidéo que la jeune a eu un accident de trottinette. L’épuisement et la tristesse provoqués par la haine qu’elle recevait quotidiennement lui ont fait perdre connaissance alors qu’elle était à bord d’une trottinette électrique. Un trauma crânien, lui causant une perte de mémoire, et plusieurs blessures artificielles, notamment sur le visage : un accident qui aurait pu avoir des conséquences encore plus graves, d’après Sindy.

20 Novembre 2021 : « On va se battre pour nos droits de femmes »

Quelques semaines seulement après la révélation de son cyberharcèlement, Sindy a annoncé qu’elle participera à la manifestation du 20 novembre 2021, organisée par #NousToutes. La jeune femme a largement relayé l’information sur ses réseaux sociaux, ce qui a permis à de nombreuses personnes d’aller manifester contre les violences sexistes et sexuelles qui visent les enfants, les femmes* et les personnes trans. C’est ainsi, qu’environ 60 manifestations ont eu lieu à travers la France durant cette fameuse journée. Les manifestant.e.s ont également « exiger des politiques publiques à la hauteur » contre ces violences qui ne cessent de causer des troubles et d’avoir un énorme impact sur la vie des personnes concerné.e.s. Selon les organisateurs-trices, la marche organisée à Paris a réuni 50 000 personnes. Et évidemment, Sindy faisait partie du cortège.

Elle a ensuite posté plusieurs clichés pris pendant la manifestation sur Instagram, avec, comme légende, une très belle citation de Simone Veil qui résume bien la lutte que les femmes mènent tous les jours pour leurs droits : « Se vouloir libre, c’est aussi vouloir les autres libres. Vivre, c’est vieillir, rien de plus. La femme n’est victime d’aucune mystérieuse fatalité : il ne faut pas conclure que ses ovaires la condamnent à vivre éternellement à genoux. » Durant toute cette journée, les rues des grandes villes ont vu défilées des pancartes violettes sur lesquelles on pouvait lire des messages et des slogans forts : cris de colère et appel à la justice qui ne fait pas toujours son travail, les femmes* n’en peuvent plus.

Photo publiée par Sindy sur son compte Instagram
Photo publiée par Sindy sur son compte Instagram

Une détermination à toute épreuve

Il y a 3 mois maintenant, Sindy a publié une vidéo de plus de 40 minutes sur sa chaîne YouTube appelé « MA DERNIÈRE STORYTIME DE L’ENFER-cambriolage, cyberharcèlement, accident ». Dans cette dernière, la jeune femme décrit précisément les derniers événements qui ont soudainement bousculé sa vie, elle évoque également son ressenti sur la situation. Depuis qu’elle a décidé de parler publiquement de tout ce qu’elle a subi ces derniers mois, on lui a très souvent reproché « d’utiliser » son histoire pour faire le buzz et attiser la pitié des internautes. Comme elle le précise dans cette même vidéo, elle a décidé de rendre publique son histoire, non pas pour attirer l’attention sur elle, mais pour réellement montrer les graves conséquences qu’un tel déferlement de haine peut provoquer. Elle prend la parole sur ce sujet afin que d’autres femmes*, qui sont peut-être dans le même cas qu’elle, puissent également se libérer de cette violence qu’elle pourrait subir quotidiennement, pour qu’elles se préservent avant qu’il ne soit trop tard.

C’est pour cela que les femmes et les minorités de genre continuent à se battre, à mener des actions pour montrer qu’elles ont le droit de disposer de leur corps comme elles le souhaitent. Femmes*, fortes et déterminé.e.s, elles ne sont pas prêtes à laisser de côté leur conviction. Malgré le fait que le cyberharcèlement rime souvent avec impunité, elles continueront de prendre la parole sur les violences dont elles souffrent, et elles continueront à faire comprendre que ce n’est pas parce qu’elles sont victimes qu’elles sont forcément vulnérables. Bien au contraire. Il est toujours bon de rappeler que les féministes ne sont pas « des hystériques », mais bien des personnes qui réclament l’accès aux mêmes droits et aux mêmes libertés que les hommes. C’est-à-dire, la liberté de s’habiller comme elles le souhaitent sans se faire insulter, la possibilité de travailler dans tous les domaines pour lesquels elles portent un intérêt, ou encore qu’on arrête de les considérer comme des êtres qu’il faut absolument protéger de tout et n’importe quoi. Et surtout, pouvoir poster n’importe quelle photo d’elles, sans recevoir des messages de haine et de menaces. Comme l’a si bien dit Simone de Beauvoir : « Personne n’est plus arrogant envers les femmes, plus agressif et méprisant, qu’un homme inquiet pour sa virilité. ».

* : Dans cet article, quand le mot « femme » est utilisé, il fait référence à la condition sociétale. Nous faisons rapport aux violences sexistes et sexuelles pouvant être subies par des personnes sexisé.e.s et également par des minorités de genre.

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