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[Portraits de vie] Travail du sexe, entre précarité et insécurité

Ce mardi 11 janvier s’ouvrait le procès du meurtre de Vanesa Campos, prostituée transgenre tuée en août 2018 au bois de Boulogne. Neuf accusés défileront devant le tribunal judiciaire de Paris. Au lendemain du meurtre, les associations de prostitué.e.s ont de suite dénoncé les effets de la loi de 2016 pénalisant les clients. En effet, cette loi oblige les travailleurs et travailleuses du sexe à se retirer dans des endroits reculés, à l’abri des regards policiers, et donc de plus en plus dangereux. En compensation des risques que les clients prennent, ces derniers négocient des tarifs à la baisse, imposent leurs envies et deviennent plus violents. Ce meurtre symbolise non seulement la transphobie régnante, mais aussi les conditions de précarité et d’insécurité dans lesquelles les travailleurs et travailleuses du sexe exercent leur métier.

Osmose est travailleur du sexe. Au micro de Behind the society, il raconte son parcours professionnel, et dénonce la situation dans laquelle se retrouvent aujourd’hui les travailleurs et travailleuses du sexe.

Le travail du sexe, entre précarité et insécurité, un podcast réalisé par Maxence Grunfogel.  

Intervenant :

Osmose : travailleur du sexe

Retranscription écrite du podcast

Jingle d’introduction « Behind the society : le podcast »

Maxence, animatrice :

Ce mardi 11 janvier s’ouvrait le procès du meurtre de Vanesa Campos, prostituée transgenre tuée en août 2018 au bois de Boulogne. Neuf accusés défileront devant le tribunal judiciaire de Paris. Au lendemain du meurtre, les associations de prostitué.e.s ont de suite dénoncé les effets de la loi de 2016 pénalisant les clients. En effet, cette loi oblige les travailleurs et travailleuses du sexe à se retirer dans des endroits reculés, à l’abri des regards policiers, et donc de plus en plus dangereux. En compensation des risques que les clients prennent, ces derniers négocient des tarifs à la baisse, imposent leurs envies et deviennent plus violents. Ce meurtre symbolise non seulement la transphobie régnante, mais aussi les conditions de précarité et d’insécurité dans lesquelles les travailleurs et travailleuses du sexe exercent leur métier.

Osmose est travailleur du sexe. Au micro de Behind the society, il raconte son parcours professionnel, et dénonce la situation dans laquelle se retrouvent aujourd’hui les travailleurs et travailleuses du sexe.

Le travail du sexe, entre précarité et insécurité, un podcast réalisé par Maxence Grunfogel.  

Osmose :

Moi mon parcours c’est que j’ai toujours eu une vision des personnes exerçant les échanges économico-sexuels pas du tout stigmatisante en fait, je voyais pas cette activité comme quelque chose de dégradant, mais plutôt comme quelque chose d’inspirant. J’ai grandi avec cette vision là. Et ça fait que ma relation avec cette activité c’était quelque chose qui était symbolisé comme une porte ouverte. Et à un moment, je suis entré dans ma sexualité personnelle à mes 16 ans, dans le milieu homosexuel. Et à la fin de mes 17 ans, une personne m’a proposé si j’étais d’accord pour la rencontrer et qu’elle me payait 50 euros. Et moi, comme c’était une porte qui était déjà ouverte, j’ai juste traversé cette porte d’une manière hyper fluide et naturelle, et ça s’est hyper bien passé. Et à partir de ce moment-là j’ai juste continué de temps en temps à voir des clients, et au fur et à mesure j’ai approfondi la chose, je me suis rendu compte que je trouvais des choses dedans, que c’était un beau métier pour moi, que ça se fusionnait bien avec le fait d’être nomade, parce que je suis nomade depuis cinq ans, et qu’en fait je trouvais beaucoup de choses dans cette activité, que je trouvais belles, et importantes, et épanouissantes.

Maxence :

Pour les auditeur.ices, est-ce que tu pourrais expliquer concrètement en quoi ton travail consiste puisque le TDS est un travail varié, certain.es utilisent le web pour poster des annonces puis ce sont les clients qui les contactent. Toi ton travail, en quoi il consiste concrètement ?

Osmose :

Bien sûr, c’est vrai que le TDS ça regroupe énormément de façons de travailler. Pour ma part, je travaille dans la rencontre réelle, mais je l’organise sur Internet, via des applications de rencontre gay-bi, ou des sites web. Et, moi je la fais classique, je fais pas encore de BDSM, enfin ça dépend pour qui, mais je fais des pratiques que je définis comme classiques. Et j’ai envie de m’orienter dans quelque chose d’un petit peu plus thérapeutique, j’ai envie de me développer dans les sphères de « ok qu’est-ce que t’as envie de travailler aujourd’hui dans l’intime, ensemble? », mais pour l’instant c’est encore en construction, il y a encore beaucoup de chemin.

Maxence :

Une question un peu plus personnelle maintenant, comment s’est passée l’annonce à ton entourage ?

Osmose :

Oh bah, honnêtement très bien, mais ça c’est parce que moi je suis très cash, et je suis un peu en mode « bah en fait ça c’est ma réalité, je suis complètement au clair avec ma réalité, et si t’as un problème avec, ça te regarde toi, et pas moi ». Donc, je pense que c’est vraiment une force personnelle qui dépend aussi de privilèges, clairement. Il y a des gens qui ont réagi en ne comprenant pas, mais avec du temps, iels ont mieux compris puisque je parlais de la chose de manière assez ouvertement, et émancipée. Mais c’est une chance.

Maxence :

Alors justement par rapport à ça tu as toi-même un compte Instagram sur lequel sur milites pour les droits des TDS, quelle est ta façon de militer ?

Osmose :

Je me suis rendu compte que les gens avaient une vision du TDS complètement erronée. J’avais envie de leur dire « je baise pour de l’argent, et l’imaginaire que ça déclenche chez toi c’est pas du tout représentatif de ma réalité ». Je suis une personne assez transparente de base, depuis très longtemps je partage ma réalité du monde d’une manière assez naturelle, et le TDS fait partie de ma réalité, donc je faisais pareil avec le TDS. Quand j’en parlais d’abord sur Facebook, il n’y avait pas beaucoup de réactions, les gens comprenaient pas, je me prenais des retours qui me blessaient, je me sentais pas compris. Puis, j’ai découvert Instagram et j’ai vu qu’il y avait un compte Instagram Personnes trans versus Grindr, Personnes racisées versus Grindr, qui dénonçait la transphobie et le racisme qu’on pouvait subir sur les applis de rencontre homosexuelle et bisexuelle. J’ai vu qu’il y avait aussi Séropo versus Grindr, Gros versus Grindr, Personnes Handi versus Grindr, et là je me suis dit bah je vais en faire un pour les TDS. Donc j’ai commencé comme ça, et ça a super bien marché, il y a eu beaucoup de retours, et je me suis rendu compte que c’était une opportunité pour parler plus profondément de travail du sexe, pour essayer de déconstruire les clichés, le stigma qui nous entoure. J’ai un peu rencontré Instagram et j’ai kiffé, et je me suis aussi créé un compte perso. Et au final, le compte TDS versus Grindr est devenu @assobadboys parce qu’on a créé une association pour représenter les TDS masculins, qu’ils soient cis, trans, non binaire, de toute orientation sexuelle. J’ai filé l’asso TDS versus Grindr et j’ai continué à déstigmatiser le TDS sur mon compte perso, comme ça je pouvais parler d’un point de vue personnel sur mon compte personnel, et donner au collectif un compte qui était déjà de nature collective.

Maxence :

Par rapport à ce militantisme, pourquoi tu milites ? Dans quelle situation sont aujourd’hui les travailleuses et travailleurs du sexe, en France ?

Osmose :

Aujourd’hui il y a un stigma qui est assez présent, et écrasant. Et de ce stigma, des lois putophobes ont été créées. Avant 2016, il y avait ce qu’on appelait le « délit de racolage », on pénalisait directement les prostitué.es pour le fait de racoler. Donc c’était hyper problématique. Imaginons que tu étais une femme avec une mini jupe et que tu restais un peu trop longtemps au même endroit, tu pouvais être pénalisée pour racolage et tu pouvais choper un PV. Mes collègues qui bossaient dans la rue, elles se prenaient des PV de racolage tout le temps, tout le temps, tout le temps, tous les jours. D’ailleurs j’invite les gens qui m’écoutent à aller voir le film Au cœur du bois, où elles en parlent notamment. Et, en 2016, on a décidé d’abroger cette loi parce que l’idée c’était d’arrêter de criminaliser les prostitué.es, et à la place on a pénalisé leurs clients. Voilà, l’objectif c’était d’inverser la charge pénale, de plus criminaliser les putes, mais leurs clients. Le problème c’est que cette loi-là elle nous impacte directement. Si tu pénalise nos clients, ça veut dire qu’on a moins de clients, et donc moins d’argent. Déjà c’est la précarité. Mais en plus on a moins de choix, donc on va aller voir des gens qu’on serait pas allé.es voir de base, et faire des choses qu’on aurait pas faites de base. Donc ça nous met en danger. Par exemple, on pourrait aller accepter de faire des rapports sans protection, sans capote. Pourquoi ? Parce que, entre potentiellement choper une IST et crever de faim, le choix est vite fait. Et en plus cette pénalisation des clients, si tu bosses dans la rue, tu vas devoir aller bosser plus loin, te cacher plus, comme ça les clients vont oser venir te voir, parce qu’ils auront pas peur de se faire choper par la police. Mais du coup, si tu bosses plus loin tu te mets en position de vulnérabilité plus grande. Et donc c’est hyper dangereux. Et de manière générale, pénaliser les clients, c’est confirmer le fait que la relation d’échange économico-sexuelle qui se joue entre la prostituée et son client est quelque chose de néfaste. Et donc ça entretient le stigma. Et ça c’est pas cool pour nous parce que entretenir le stigma ça veut dire que nos clients vont nous considérer comme la société et comme tout le monde nous considère. Et donc ça, ça nous fait pas du bien. Donc voilà, il ne faut pas pénaliser les clients. Par contre, il faudrait pénaliser les violences qu’on subi. Et ça c’est pas le cas. C’est-à-dire, qu’aujourd’hui la manière d’aborder le TDS, c’est de considérer qu’être client, c’est forcément une violence pour les travailleur.se.s du sexe. Et que du coup, il faut pénaliser le client. Sauf que, être client c’est pas le problème. Se comporter avec nous de manière violente, ça c’est un problème. Et donc c’est plutôt ça qu’il faudrait pénaliser, ou plutôt éduquer. Moi je préfèrerais qu’on dise « éduquons nos clients » à comment se comporter avec nous, plutôt que de les pénaliser et de les condamner comme des agresseurs sexuels, parce que ça nous revient dans la gueule, directement.

Ensuite il y a une autre loi contre le proxénétisme. Et cette loi elle a pour but, normalement, de lutter contre les réseaux et contre la traite d’êtres humain.e.s. En fait, on n’a pas besoin de cette loi parce qu’il y a déjà des lois qui existent contre la traite d’humains et humaines, et surtout cette loi est hyper large et problématique parce qu’elle nous empêche de nous auto-organiser. Si moi j’habite avec une collègue dans un appartement, on est considérés, légalement, comme un réseau de proxénétisme. Si jamais je paie un verre à quelqu’un, cette personne-là est considérée comme mon proxénète. Pourquoi ? Parce que cette personne bénéficie de l’argent que j’ai gagné en exerçant le travail sexuel. Par exemple, si j’ai un enfant de 18 ans qui vit sous mon toit et qui mange avec la nourriture que j’achète avec l’argent que j’ai gagné par le travail sexuel, mon enfant est condamnable pour proxénétisme. Donc c’est pas du tout ok. Et comme je disais avant, elle nous empêche de nous auto-organiser. Si on réfléchit bien, l’auto-organisation, c’est l’inverse de l’exploitation. Si on avait l’opportunité d’avoir des bordels auto-gérés, ce serait pas violent, et en plus on pourrait aider nos collègues qui sont dans la rue, on pourrait faire des projections, on pourrait faire plein de choses. Mais ça on n’a pas le droit de le faire. Et au final, pour moi ça entretient l’exploitation parce que ça fait que, plus on va nous pénaliser sur tous les côtés, moins on va avoir de choix, et plus on va être vulnérables à être pris dans des réseaux d’exploitation. Alors qu’en fait, moi je pense que ce qu’il faudrait faire, ça serait déjà d’arrêter de stigmatiser les putes, de décriminaliser, c’est ce pour quoi on lutte. Abroger ces lois putophobes, et mettre en place des choses qui viennent de nous, pour nous. De demander à chaque TDS de tout milieu, quels sont ses besoins spécifiques, et y répondre. Ce serait beaucoup plus logique pour moi. Et par rapport aux réseaux, je pense que ce qui serait bien c’est de donner des papiers, régulariser la situation des personnes parce que c’est aussi un point central qui fait qu’on peut se retrouver dans les réseaux. Et encore pas forcément, ou alors on se fait choper par la police. En tout cas quand on n’a pas de papier, on se prend plein de violence dans la gueule, c’est clair. Et aussi lutter contre la transphobie d’Etat parce que beaucoup de personnes trans ne trouvent pas de travail, pour qui le TDS peut être une perte de ressources, pas pour tout le monde mais ça arrive, c’est pas négligeable. Et en fait tout ça, ça prend racine dans le fait que la manière dont on nous perçoit, c’est qu’on nous perçoit avec des projections qu’on a sur nous, avant de nous percevoir comme des êtres humains et humaines. Et ça c’est ce qui doit radicalement changer. Et c’est notamment là que j’essaie d’agir en disant, il faut qu’on réduise le stigma pour que d’abord, on soit considéré.e.s comme des êtres, et là faut qu’on nous aide et qu’on vienne en manif avec nous, qu’on appelle nos député.es à nous considérer comme des êtres et à changer ces lois qui sont mortifères.

Maxence :

Un autre problème que j’ai pu relever pour les droits des TDS, c’est aussi l’absence de statut. C’est-à-dire que vous n’avez pas droit à un statut, et donc pas droit à des droits sociaux.

Osmose :

En fait c’est très compliqué ça aussi parce que, on n’a pas de statut, on n’a pas de droits, mais on est quand même censé.e se déclarer et payer des impôts. Donc ça veut dire concrètement, on est censé.e déclarer nos pass, payer nos impôts, mais qu’on n’a pas de droits. Donc ça veut dire que l’Etat nous prend de l’argent, sans nous donner de droits. En fait, c’est la définition du proxénétisme. Le plus grand proxénète aujourd’hui, ce sont les gouvernements, en tout cas l’Etat français est proxénète. En gros la prostitution c’est sale, c’est dégueulasse, c’est dégradant, c’est de l’exploitation, dit le premier exploiteur, mais on va quand même taxer dessus.

Maxence :

Pour revenir à ce que tu disais tout à l’heure, il y a cette idée répandue, que ce soit dans la société, ou par les pouvoirs publics, que le TDS c’est forcément quelque chose de mauvais. Il y a un peu cet amalgame entre le travail forcé et le travail consenti. Et, il y a cette idée surtout, à travers les lois des pouvoirs publics, de vouloir sortir tous les traveilleurs et toutes les travailleuses du sexe de la prostitution, comme si c’était quelque chose de dangereux.

Osmose :

Ouais c’est répandu que c’est dangereux, que c’est sale, que c’est dégradant, mais en fait ce qui est dangereux c’est le sexisme, le non respect du consentement, l’hétéro-patriarcat blanc, valide, cisgenre. Ce qui est dangereux c’est comment aujourd’hui on pas tou.te.s accès aux mêmes choses de manière équitable, et donc les notions de privilège et de domination. Et beaucoup de gens font porter ça sur la prostitution genre c’est mal, en disant que ça serait un message aux hommes cisgenre de pouvoir acheter le corps des femmes. Mais en fait les hommes n’ont pas besoin de ce message. Dans la sexualité aujourd’hui, c’est en train de changer mais ça prend du temps, la majorité des hommes cisgenre partagent du sexe, en fait même pas partagent le sexe, vivent le sexe pour leur bénéfice. La majorité des rapports sexuels aujourd’hui c’est, on couche ensemble, le rapport sexuel va se baser sur ton éjaculation, et quand t’as éjaculé, c’est fini. Et en fait c’est déjà un service. Les TDS, elles appellent juste leur service un métier, ou pas d’ailleurs, mais iels le reconnaissent comme un service alors que dans la vie aujourd’hui partout, c’est déjà un service en fait. Au contraire, ça va pas donner aux hommes le message « tu peux acheter le corps des femmes », ça va donner le message, « si tu veux du plaisir sexuel, t’as deux options: 1) tu respectes ta partenaire, tu parles de consentement, et tu mets son plaisir dans le game, 2) tu veux pas faire ça, et ben tu payes ». Et pour moi c’est vraiment le message qu’envoie mon activité. Donc ça c’est ce qui forme un peu la pensée abolitionniste, donc les gens qui voudraient abolir la prostitution. Mais en fait ça marche pas parce que les lois dont j’ai parlé avant qui viennent du mouvement abolitionniste, elles ne marchent pas. Elles nous mettent en danger, comme j’ai pu l’expliquer avant. Mais, la prostitution, on peut pas l’abolir, on peut juste nous mettre des bâtons dans les roues. Moi si on m’empêche de travailler sur Internet, j’irai travailler dans la rue, et je continuerai à travailler dans tous les cas. Donc ça va juste me mettre en insécurité. Les personnes qui travaillent déjà dans la rue, ça va juste les mettre encore plus en insécurité.

On devrait complètement changer de paradigme et de regard. On pourrait se dire, il y a des personnes qui ont envie de sortir de la prostitution, ok. Qu’est-ce qu’on fait pour les aider à sortir de la prostitution, tout simplement. Et c’est pas en abolissant la prostitution, c’est en leur donnant des papiers, en les intégrant dans la société si iels subissent des rapports d’oppression, en leur donnant un salaire, en leur permettant de se reconvertir, et qu’on les accompagne sans les juger. Et on n’a pas besoin de stigmatiser l’activité. Et si une personne a envie de continuer à exercer, on va faire en sorte qu’elle exerce en sécurité. On doit créer une société où toutes les personnes qui exercent le fassent en sécurité, en conscience, et dans la dignité. Et pour ça, on n’a pas besoin de l’abolitionnisme en fait. On n’a pas besoin de l’abolitionnisme pour faire sortir des personnes de la prostitution. Et ça il faut que les gens l’entendent.

Maxence :

En rapport avec le Covid maintenant, l’activité a dû être très difficile j’imagine, notamment lors des périodes de confinement et de couvre feu, comment ça s’est passé pour le monde du TDS ?

Osmose :

C’était chaud, en fait. Honnêtement, ce serait arrivé un an avant, on n’aurait été encore plus dans la merde. Là, il y a eu des comptes Instagram à ce moment-là, il y a eu une communauté qui s’est créée, il y a eu des cagnottes et de la participation massive à ces cagnottes. Je sais pas si les gens se rendent compte, mais il y a beaucoup de gens qui ont sauvé des putes, au moment du début du Covid. C’était très compliqué, heureusement les associations se sont mises directement très en amont. Dès qu’elles ont appris, elles se sont organisées, on avait des colis alimentaires. Moi à chaque fois que j’allais chercher des colis alimentaires, il y avait la queue, il y avait un réel besoin. Il y avait aussi des personnes qui n’ont plus pu payer leur loyer donc qui ont risqué la rue, et là aussi il y a eu une organisation communautaire qui était là. Mais bon il y avait beaucoup de personnes donc besoin de beaucoup d’argent. C’était très très intense.

Et puis oui avec le couvre feu, bah nous on travaille le soir, la nuit. J’ai des collègues qui allaient bosser et elles se filmaient en train de rentrer chez elles en plein le couvre feu mais elles avaient pas le choix, elles devaient aller travailler. C’était mal foutu, le gouvernement n’a pas bien géré le truc. Un moment le gouvernement disait qu’il allait donner 90 000 euros, je sais même pas si ça a été fait, et surtout c’était pas assez au vu de notre nombre. Donc on a fait partie des plus grand.e.s oublié.e.s de la crise sanitaire. Et heureusement qu’on s’est mobilisé.e de manière communautaire pour faire le travail de l’Etat, pour respecter ces personnes qui exercent cette activité.

Maxence :

Pour conclure, pour toi la solution ce serait de légaliser l’activité, ou plutôt d’abord de décriminaliser ?

Osmose :

La solution, c’est pas la légalisation. Si on légalise, qu’est-ce qu’il va se passer, en tout cas dans un monde comme aujourd’hui? Si on légalise, le gouvernement va nous taxer encore plus. Parce que là plein de gens ne se déclarent pas, moi je me déclare pas parce que j’ai pas de droits derrière, je vois pas pourquoi je me déclarerais. Je comprends mes collègues qui se déclarent pour se sécuriser, c’est un privilège donc autant le prendre en vrai. Mais le problème c’est que, moi qui fais du cul avec mon client, je veux pas que ça finance des bombes en fait, ou tout ce que le gouvernement peut dépenser. Si on légalise qu’est-ce qu’il se passera? On ouvrira des maisons closes? Qui est-ce qui gèrera ces maisons closes? Est-ce qu’on sera libres en tant que putes à l’intérieur? Et qui sera accepté.e dedans? Les personnes qui n’ont pas de papiers? Je suis pas sûr. Les personnes grosses, les personnes handicapées? Je suis pas sûr. Les personnes trans? Je suis même pas sûr. Les personnes racisées? Peut-être qu’il y aura deux personnes racisées pour le fétiche des femmes racisées. Non c’est pas du tout ça en fait. Et ça nous enlève le contrôle, l’indépendance, il y a plein de trucs qui vont pas dans ce truc légaliste. La légalisation, elle pourrait être faite dans une société qui serait respectueuse des humain.e.s, et où il n’y aurait pas de rapports d’oppression. Aujourd’hui c’est pas le cas, donc aujourd’hui la légalisation n’est pas une solution.

On lutte plutôt pour la décriminalisation. C’est un peu un message pour dire « laissez-nous tranquilles », « arrêtez de vouloir nous sauver, on sait très bien se sauver et on sait ce qu’il nous faut ». Pour nous sauver, donnez-nous des papiers si on a besoin de papiers, luttez contre la transphobie et les rapports d’oppression et vous avez beaucoup de taff à ce niveau-là, et laissez-nous tranquilles. Et nous, on va s’auto-organiser entre nous. Moi, je considère que j’ai une micro économie propre qui dépend de mon corps en fait, et de mes choix, et de mes services, et je trouve ça hyper émancipateur et anti-capitaliste en fait.

Transition musicale

Osmose :

Du coup voilà, dans toutes mes réponses que j’ai données, je pense que c’est important de bien rester situé.e. Donc moi je suis une personne qui travaille dans le milieu gay-bi, et qui suis perçue comme un homme, même si je m’identifie pas comme une personne cisgenre. Et je ne parle que de mon expérience et de mes visions personnelles, même si tout ce que j’ai dit, c’est aussi le fruit de conversations que j’ai pu avoir avec mes collègues, et que c’est du militantisme, que je connais presque par cœur parce que je le répète tout le temps, depuis des années. Ce que je trouve intéressant aujourd’hui c’est qu’on a besoin des gens pour nous soutenir, donc je vais appeler les gens qui écoutent ce podcast à aller suivre les comptes des associations, que ce soit sur Instagram, Facebook, Twitter.

Maxence :

Donc comme tu dis il y a énormément d’associations qui luttent pour la décriminalisation du TDS autour du monde. Je mettrai les liens dans la partie Sources de l’article de diffusion pour que nos auditeur.ices puissent les retrouver.

Osmose :

Et après, j’invite vraiment chacun et chacune à aller suivre ces comptes, ces associations, et à se mobiliser dès qu’on appelle à la mobilisation parce qu’on a besoin de gens. Puisque comme c’est une activité qui est stigmatisée, on n’est pas forcément à l’aise de militer publiquement, et on a besoin de soutien, et que c’est urgent parce qu’on vit une réalité qui est aujourd’hui mortifère.

Jingle de fin « c’était Behind the society : le podcast, une série d’épisodes à retrouver sur Deezer, Spotify, Apple Podcasts et Google Podcasts. »

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