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[Critique] Quand la Chine s’éveille verte…

Nathalie Bastianelli, autrice et spécialiste de la question du développement durable en Chine a publié son livre Quand la Chine s’éveille verte le 1er octobre 2021. Afin de nuancer et de déconstruire vos préjugés sur ce pays connu pour être le premier pollueur au monde, BTS vous invite à écouter ce podcast qui donne de l’espoir aux jeunes générations pour les jours à venir…

Ce podcast est bien sûr à retrouver, en format audio, sur l’ensemble de vos plateformes d’écoute habituelles : Spotify, Deezer, Apple Podcast et bien sûr, Google Podcast !

Intervenant.e.s :

Nathalie Bastianelli, autrice de Quand la Chine s’éveille verte

Retranscription écrite du podcast

Jingle d’introduction « Behind The Society : le podcast »

Musique de lancement

Benjamin, animateur : Bonjour à toutes et à tous, bienvenue dans ce podcast qui va, aujourd’hui, porter sur la situation écologique en Chine.

Clémentine, animatrice : Alors que le président de la Chine ne s’est pas rendu à Glasgow lors de la conférence mondiale sur le climat, nous avons appris qu’à Pékin, les habitants subissaient les effets de la pollution due aux émissions de gaz à effet de serre. Effectivement, la ville de Pékin a dû prendre la décision de fermer ses cours de récréation vendredi 5 novembre à cause du niveau beaucoup trop élevé de pollution atmosphérique de la ville. Début novembre, la capitale chinoise était recouverte d’un épais brouillard. Selon la météo nationale, la visibilité était réduite à 200 mètres par endroits. Un phénomène qui a une fois de plus touché tout le nord de la Chine.

Benjamin, animateur : Pour faire écho à ces actualités, nous nous sommes intéressés au livre de Nathalie Bastianelli s’intitulant “Quand la Chine s’éveille verte…” publié le 1er octobre 2021 à  l’édition de L’aube. De façon inédite, cette auteure témoigne de l’engagement des citoyens chinois pour la planète. Très inquiets pour leur santé et celle de leurs  enfants, des Chinois de la société civile se sont mis à  développer « une conscience verte » de plus en plus affirmée. Dans cet ouvrage, Nathalie Bastianelli raconte leurs parcours et les décisions politiques qui les accompagnent. Si la Chine verdit, cela impacte le mode de vie  de 1,4 milliard de personnes. Autrement dit, si elle réussit  sa mue écologique, les effets d’échelle seront tels que cela  donne un espoir nouveau pour l’avenir de notre planète.  Ce livre offre un point de vue inédit sur la contribution des Chinois à la relève du défi écologique mondial.

Clémentine, animatrice : Nous l’avons rencontrée lors de sa séance de dédicace au Garage, 34 boulevard Carnot à Lille le mardi 23 novembre et nous lui avons posé les questions suivantes afin d’en découvrir plus sur la naissance de l’écologie en Chine connu pour être le premier pollueur au monde.

Fin de la musique de lancement

Benjamin : Est-ce que vous pouvez vous présenter et nous expliquer comment vous avez eu l’idée d’écrire ce livre ?

Nathalie B. : Oui alors, comme je le raconte dans le livre, j’ai créé une ONG qui s’appelle « We Belong To Change » , et chaque année, j’organise un événement éponyme à Pékin ou Shanghaï qui invite des pionniers du monde entier, et de Chine pour moitié, à présenter leurs innovations, leur nouvelle vision du monde de demain, et on diffusait ça en direct sur les réseaux sociaux. L’idée, c’était de me dire « toutes les marques internationales regardent ce marché comme un marché prioritaire « (…) je me suis dit que si on arrive à sensibiliser les jeunes générations entre autres à consommer moins et mieux, vu le monde, ça peut avoir de l’impact. C’est comme ça que je me suis décidée à faire cet événement en Chine.

Benjamin : Vous abordez dans votre livre différentes jeunes figures qui luttent pour l’écologie et le changement des modes de consommation chinois. Nous avons notamment retenu le portrait assez marquant que vous faites de la “Greta Thunberg chinoise” : pouvez-vous nous présenter brièvement l’histoire de cette jeune fille et ses manières d’agir au nom de la planète ? 

Nathalie B. : Oui, alors, Howey vient d’une ville de province de Guilin, et elle a été très sensibilisée par l’action de Greta Thunberg. Elle a décidé de faire la même chose donc de faire la grève tous les vendredis, elle refusait de se scolariser et elle se mettait devant la mairie locale sauf qu’on est en Chine et c’est interdit de manifester, de faire une action comme ça qui va à l’encontre du gouvernement. Donc, elle n’a pas vraiment réussi à fédérer parce que voilà, ses amis ou d’autres personnes sensibilisées se disaient que ce n’était pas le meilleur moyen de faire avancer la cause. Mais, elle, elle n’a pas baissé les bras ! Au début, c’était très compliqué pour elle parce que ses parents étaient très inquiets voire voulaient lui interdire de continuer à manifester. Elle a pas lâché, donc elle a pas été rescolarisée et elle a commencé à voyager dans toute la Chine donc dans les grandes villes ou dans les régions inondées pour sensibiliser les paysans (…) à leur expliquer que voilà, une des raisons des inondations, même si elles ont toujours existé, mais l’accélération de ces inondations, c’était dû au réchauffement climatique. Donc, elle essaie de sensibiliser un maximum. Et, elle est soutenue par Greta Thunberg, d’ailleurs elles sont en contact et là elle était en Europe (…) à la COP26 pour essayer de participer à sa manière (…) de se reconnecter aux Occidentaux et apprendre d’eux pour avoir une action plus efficace dans son pays.

Benjamin : Comment le gouvernement chinois incite sa population, ou plutôt l’encourage, à participer à des actions écologiques ?

Nathalie B. : Alors, tout d’abord, ce projet pharaonique de reboiser tout le Nord de la Chine (…) pour lutter contre l’avancée du désert de Gobi, c’est d’abord une décision gouvernementale qui avait été prise par Den-Xiaoping en 1978, et qui va durer jusqu’à 2050. Autant vous dire que cette décision a été prise au plus niveau et que l’objectif est de planter des milliards d’arbres pour arriver à freiner l’avancée du désert. Mais c’est vrai que des ONG viennent régulièrement aider et que les fermiers qui, avant, avaient de l’élevage (…) bah avec le réchauffement et le désert qui a envahi le village, eh bien ils participent à replanter des arbres, et de temps en temps, il y a même l’armée chinoise qui vient donner un coup de main qui vient à coup de renfort pour accélérer le process. Il y a effectivement une application dont je parle dans mon livre qui a été lancée par le groupe financier du groupe Ali Baba, et qui apprend aux internautes à avoir une vie au quotidien moins carbonnée. Au fur et à mesure qu’ils y arrivent, eh bien ils gagnent des points et quand ils ont atteint autant de points, un arbre virtuel pousse, non seulement virtuellement, mais Ali Baba s’engage aussi à le planter dans le désert de Gobi. Cela a participé à planter des millions d’arbres. Et c’est de cette manière que les citoyens participent au reboisement de la Chine.

Clémentine : C’est intéressant, vous parlez justement de l’impact des réseaux sociaux sur les citoyens et leur manière d’agir. Et, dans votre livre, vous parlez aussi de ce phénomène, mais auprès des Milleniums, une population qui se situe dans une tranche d’âge allant de 15 à 34 ans, une génération qui a un bon niveau de vie et qui consomme de façon importante. Est-ce que cette génération, justement, présente des figures, des stars, qui sensibilisent les jeunes à la question environnementale ?

Nathalie B. : Il y a une ONG avec qui j’ai fait un partenariat effectivement, et qui est dirigée par Maid Mey, pour inciter les jeunes générations à proposer des initiatives. Elle en a fait un concours, et c’est parti viral parce qu’ils (ndlr les citoyens) se sont pris au jeu. Donc, l’idée c’est de montrer comment, dans leur quotidien, ils prennent des initiatives le plus efficacement possible, donc là il y a eu une émulation qui s’est créée. C’est une campagne qui a eu énormément de succès. Il y a un autre organisme, organisme de nutrition en Chine, qui a lancé toute une campagne média à la TV avec des célébrités pour appeler la population à manger moins de viande, et justement à consommer plus de légumes. Donc ce sont des chanteurs, des acteurs très connus qui ont lancé toute une campagne. Donc voilà, les ONG, pour arriver à être efficaces, s’appuient beaucoup sur les célébrités (…) les célébrités jouent très bien le jeu.

Clémentine : Sur le plan scolaire, est-ce que les programmes régis de ce fait par l’Etat sensibilisent également les jeunes à la question de l’urgence climatique ?

Nathalie B. : Depuis des années, ça a été intégré dans les programmes que ça aille de la primaire aux universités. Maintenant, toutes les écoles enseignent la protection de l’environnement, ça fait depuis quelques années que ça a été mis en place.

Clémence : Dans votre livre, vous parlez du tri sélectif et du gaspillage alimentaire sanctionné par le gouvernement chinois. Est-ce que c’est le cas dans tous les établissements, publics comme privés ?

Nathalie B. : Ah oui, vous savez quand une mesure est lancée en Chine, elle s’applique à tous les établissements. En Chine continentale, c’est vraiment quelque chose qui est demandé de manière assez importante depuis Pékin. Je ne sais pas dans quelle mesure c’est pris au sérieux ou pas, mais je pense que les Chinois sont assez désireux de participer à de telles campagnes car je pense qu’une partie comprend très bien que c’est important de lutter contre le gaspillage alimentaire. Aussi, sur le zéro déchet, les chinois se sont inspirés de ce qui avait été fait à San Fransisco. Ils ont pris 10 villes pilotes, et pendant des mois, ils ont fait des tests et puis maintenant, ils essaient de le développer au niveau de 150 villes, 250 villes, 350 villes pour atteindre à telle date l’ensemble des villes chinoises à se transformer en villes zéro déchets. Ils récupèrent aussi les déchets humides, qui sont chez nous le compost, pour en faire de la biomasse. Donc ça ce sont des choses qui se développent très très vite, et que l’on pourrait faire aussi en Europe mais que l’on ne voit pas apparaître, et ça je trouve que ça fait aussi partie des bonnes mesures qui sont prises et qui seraient utiles dans tous les pays.

Benjamin : Vous expliquez que, contrairement à la France, la population chinoise, de par l’autoritarisme du régime, est plus habituée à coopérer avec le régime plutôt que de lui faire face. Pour autant, depuis l’Airpocalypse, des formes de révolte, notamment chez les plus jeunes générations qui sentent leur avenir menacé, osent faire face au gouvernement chinois en les prenant comme responsables. Pensez-vous que la prise de conscience de l’urgence climatique de la part des citoyens chinois est liée à un régime moins autoritaire ?

Nathalie B. : Oui j’entends beaucoup cette remarque comme quoi du fait du régime autoritaire, la Chine va plus vite au niveau de l’environnement. On voit que quand on a une démocratie comme la France, on ne nous impose pas grand-chose concernant nos modes de vie, et donc ça ne bouge pas très vite. Est-ce qu’on doit pour autant avoir un régime moins autoritaire ? Non je pense qu’on doit simplement prendre conscience que ce modèle capitaliste a échoué et que l’on ne peut plus continuer à consommer autant, à proposer autant d’offres et qu’il faut aller vers une consommation un peu plus sobre. D’autant plus que cette consommation à outrance rend les gens malheureux et c’est ce qu’on réalise dans les pays occidentaux. Je ne pense pas qu’on ait besoin d’un régime plus autoritaire, après ça c’est mon point de vue personnel. Oui, son modèle politique fait que, lorsqu’elle prend des mesures, c’est appliqué assez rapidement, ça c’est sûr.

Benjamin : Au-delà de l’Airpocalypse, la COVID a aussi eu des impacts importants sur les manières de consommer et de concevoir le Bonheur. Pensez-vous que le confinement a servi également d’électrochoc à la population chinoise  ?

Nathalie B. : Comme en France en fait, il y a eu en Chine une réelle prise de conscience, et puis des réflexions. Alors, le confinement n’a pas duré longtemps en Chine : il n’a duré que deux mois, il n’a pas été remis en place sauf quand il y avait des cas dans certains endroits de Chine, mais en tout cas la Chine, dans sa globalité, n’a pas été reconfinée. Mais, je pense que ça s’est passé un peu partout dans le monde où les gens ont commencé à reposer la question du lien de l’Homme à la Nature, de l’impact de nos modes de consommation sur la biodiversité, sur le réchauffement climatique. Alors, vous, les jeunes, vous y êtes beaucoup plus sensibilisés, puisque vous êtes la première génération à avoir une épée Damoclès au-dessus de la tête. A votre âge, je n’ai pas connu ça, donc c’est vrai que je pense que ça a effectivement accéléré une prise de conscience, maintenant on espérait tous au sortir du confinement que cela aurait plus d’effets. Mais, moi, je trouve quand même qu’il y a vraiment des gens qui aspirent à changer leur mode de vie et qui le mettent en place concrètement. Je crois que ça a eu son effet et j’espère que ça va continuer à influencer, et je crois que ça a fait la même chose en Chine, oui.

Clémentine : Est-ce que vous pensez que l’on peut prendre en main la question de l’urgence climatique tout en restant focalisé sur la course aux profits comme c’est le cas en Chine aujourd’hui ?

Nathalie B. : Pour moi, c’est un total paradoxe dans tous les pays du monde que de continuer à parler de croissance, de ne pas lâcher un modèle qui abîme, et parallèlement à ça, d’aller vers un modèle beaucoup plus soft, vertueux. Alors, c’est vrai que l’énergie c’est un sujet très important. Mais voilà, le mode alimentaire on n’entend pas beaucoup les gouvernements appeler sa population à manger moins de viande. On voit bien que lorsque l’on essaie de mettre si ce n’est une journée par semaine en milieu scolaire sans viande en France, ça peut créer de la colère en milieu scolaire. Alors qu’en Chine, aller vers un régime moins carné, ça leur donne l’impression de faire attention à leur santé. Comme ils sont très touchés par les sources de pollution multidimensionnelles, ils essaient de faire attention.

Clémentine : Pour conclure, et d’après vous, quelle place peuvent jouer les nouvelles générations dans ce défi ?

Début musique de clôture

Nathalie B. : Bah, pour moi, c’est la clé ! C’est pour cela que j’essaye d’orienter mon forum sur les cibles des jeunes générations parce que c’est eux qui me donnent le plus d’espoir, chez qui je sens beaucoup plus de sensibilité et d’ouverture sur ces sujets par rapport à ces anciennes générations qui ont grandi avec une autre vision du monde. Donc, pour moi, que ce soit en Chine ou ailleurs, ce sont vraiment ces jeunes générations qui vont nous aider à réussir ce pari, espérons-le !

Fin musique de clôture