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Féministes tant qu'il le faudra L'île de Lille

TDS en danger : retour sur la Journée Mondiale de Lutte

Alors que les fêtes de fin d’année approchent, la lutte pour les droits des Travailleurs.euses Du Sexe ne prend pas de vacances. Retour sur la journée mondiale de lutte du vendredi 17 décembre 2021 & sur le rassemblement organisé à Lille.

Ce vendredi, à 17 heures, une cinquantaine de personnes s’est réunie sur la Place de la République. L’objectif ? Marquer la journée mondiale de lutte contre les violences faites aux personnes travailleuses du sexe par un rassemblement.

Allié.e.s & travailleurs.euses du sexe, plusieurs interventions ont été écoutées afin de donner la parole aux travailleurs.euses du sexe, anonymes ou non, sur leur vécu & leurs conditions de travail marquées par les obstacles de la putophobie.

Behind The Society vous fait revivre le rassemblement avec un photoreportage à deux appareils photos.

Photos de Loïs Hamard & Alice Gosselin

Texte de Loïs Hamard

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Féministes tant qu'il le faudra

Feminism is for everybody: homage à bell hooks

Autrice, professeur et activiste bell hooks était devenue l’icône de l’intersectionnalité*. Ses travaux ont énormément contribué au féminisme, à la lutte contre le racisme et la lutte des classes. Elle nous a quitté.e.s. à seulement 69 ans ce 15 décembre. Sa disparition attriste celleux qui la connaissaient, mais bell hooks laisse derrière elle un héritage sans pareil et pour cela, nous ne pouvons que lui dire merci.

bell hooks en 2009, Wikipédia

Une intellectuelle engagée

Un nom de plume tiré de sa grand-mère, dénué de majuscules. Ne prêtez pas attention à comment je m’appelle, qui je suis et d’où je viens : écoutez plutôt ce que j’ai à vous dire. bell hooks a grandi dans une famille afro-américaine modeste, entourée de six frères et sœurs. Son père est concierge, et sa mère femme au foyer. Selon les mœurs de l’époque, c’est aussi le destin qui lui est réservé. Mais très tôt, elle le refuse, se crée une nouvelle identité et poursuit son cursus scolaire. Elle devient professeure d’anglais et maîtresse de conférences à l’Université de Californie du Sud.

Elle occupe par la suite les postes de professeure d’études africaines et afro-américaines, et d’anglais à l’université de Yale, maîtresse assistante d’études féminines et de littérature américaine à Oberlin dans l’Ohio et se fait remarquer avec un discours de remise des diplômes lors de son passage à la Southwestern University en 2002. Elle y parle d’oppressions, de violences, cautionnées par le gouvernement et réprimande les élèves qui y participe. Un discours largement hué, même si une partie des élèves lui ont témoigné leur soutien.

Autrice de textes fondateurs de la pensée afro-féministe

Son enfance de femme racisée pauvre est une source de son inspiration et de ses réflexions : à l’école elle connaît la ségrégation raciale, puis l’intégration dans un établissement où tout le monde -ou presque- est blanc. Elle est l’autrice de près d’une trentaine d’ouvrages, dont Ain-t I a Woman ? Black Women and Feminism en 1981, qui est l’un de ses plus renommés. Elle y aborde le sexisme, mais surtout la condition des femmes noires. Elle y porte la voix des femmes noires maltraitées par les médias, l’éducation et la suprématie blanche. Elle y dénonce le capitalisme, le patriarcat et le racisme, elle y croise les luttes et se fait ainsi précurseuse de l’intersectionnalité.

Son deuxième essai s’intitule Feminist Theory : From Margin to Center. Il est publié en 1984. Un essai considéré lui aussi, et à juste titre, comme fondateur de la pensée afro-féministe. Il aborde plus précisément la marginalisation, l’invisibilisation des femmes noires dans la société américaine, des femmes qui sont aussi totalement exclues des grandes théories féministes déjà existantes. Elle s’efforce d’y expliquer l’incapacité du féminisme de s’adresser à toutes les femmes, et y dénonce l’ethnocentrisme blanc et bourgeois.

« Nous devons constamment critiquer la culture patriarcale impérialiste suprématiste blanche, car elle est normalisée par les médias de masse et rendue non problématique »

bell hooks

Une pensée qui a marqué les esprits

bell hooks, c’est un nouveau féminisme, un féminisme racisé, populaire qui veut parler à toustes. Un féminisme qui parle aussi d’amour, avec des romans de jeunesse mettant la communauté à l’honneur, communauté capable selon elle de dépasser la race, la classe et le genre. Pour son travail, bell hooks a reçu bon nombre de récompenses et de nominations, parmi lesquelles The American Book Awards en 1991 et le prix de l’écrivain du Lila Wallace Readr’s Digest Fund en 1994.

bell hooks, c’est l’icône féministe d’une génération, un vrai modèle militant. La pensée militante ne serait pas la même sans son travail, le féminisme, les luttes raciale et ouvrière lui doivent beaucoup. Elle a changé des milliers de vies, a incontestablement marqué la mienne. Merci.

*intersectionnalité : notion sociologique et politique pour désigner une personne victime de plusieurs discriminations, dominations et/ou stratifications dans la société.

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[Critique] « Queer » : être féministe et rappeuse ?

Ce podcast est bien sûr à retrouver, en format audio, sur l’ensemble de vos plateformes d’écoute habituelles : Spotify, Deezer, Apple Podcast et bien sûr, Google Podcast !

Retranscription écrite du podcast :

Jingle de Behind The Society

Bonjour à toutes et à tous,

Aujourd’hui on vous parle d’un documentaire nommé Queer sorti le 21 octobre 2021 sur la plateforme BrutX.

Réalisé par Sara Kheladi, ce court reportage aborde la place des femmes et de la communauté LGBTQIA + sur la scène du rap français.

Et oui, composé majoritairement d’hommes, ce milieu est souvent connu pour ses punchlines autour du sexe discriminant et violent envers les femmes avec une légère touche de machisme et d’homophobie.

Voici un léger extrait pour vos petites oreilles …

(Extraits des musiques « Tchoin » de Kaaris, « Salé » de Niska, « Sors le cross volé » de Jul et « Foufoune palace » de Luidji. Il dure 31 secondes.)

Alors bien sûr, sorti de son contexte, c’est d’autant plus choquant mais bon, le rap ne se résume pas qu’à ça.

La preuve, on découvre dans ce documentaire, trois artistes féminines qui ont pour ambition de se faire une place dans le rap game. Les trois rappeuses ne revendiquent pas leur rap comme étant queer mais comme féministe car il est un moyen d’exprimer leur féminité et de donner confiance aux femmes d’après elles.

Alors petit point vocabulaire, Queer signifie en anglais : « bizarre, inadapté ». Par glissement, l’adjectif a défini plus largement toute personne en marge du schéma hétéronormé. Aujourd’hui, queer est le mot étendard de la communauté LGBTQ+, utilisé pour revendiquer avec fierté l’appartenance à l’ensemble des minorités sexuelles et de genre.

Bon, il est temps de présenter les trois figures vedettes du documentaire : il y a Shani Da Flava, se présentant comme une rappeuse insolente. Après un premier single, DAMN, dévoilé sur Soundcloud en 2019, la rappeuse de 21 ans enchaîne avec un titre plus mystique suivi d’un EP. Elle se met en scène dans des clips à l’esthétique soignée, avec des morceaux à la fois provocants et savoureux s’inscrivant dans une démarche militante. Ensuite, il y a Turtle White, bi, noire, femme plus centrée sur la trap. D’origine haÏssienne, elle se lance dans le rap en 2018 en participant à des concours de freestyle sur Instagram et sera révélée en 2019 par le tremplin Rappeuz avec un z à la fin. La rappeuse, qui définit son flow comme « lent et nonchalant », figure notamment sur la mixtape Rap2Filles (La Souterraine), première compilation de rap français 100 % féminin. Enfin, on termine par le portrait de Lalla rami, rappeuse transgenre d’origine marocaine. Elle retrace son parcours de vie dans ses morceaux et notamment la violence du regard masculin sur son identité de genre. Lalla Rami voue une admiration sans faille aux shiraz, chanteuses et danseuses professionnelles marocaines. Elle a précédemment sorti le morceau 4h20 aux Disques du Lobby, plateforme SoundCloud réservée à la communauté LGBTQI+. On la retrouve en featuring avec Shani Da Flava et Turle White sur le titre Lakali!, à l’occasion du documentaire produit par BrutX.

Comme le raconte donc Lalla rami dans ses sons, ses trois filles ont vécu et vivent toujours les mêmes remarques par rapport à leur genre, leur orientation sexuelle et leur style. Entre le harcèlement scolaire, la misogynie, le racisme, la transphobie, l’homophobie, elles ont envie de s’exprimer, de prendre leur revanche et de créer leur place elle-même puisque la société dans laquelle nous vivons ne leur permet pas. Elles sont aussi fières de leur ascension, de leur parcours car ils permettent d’avoir de nouvelles figures féminines et queer dans le rap et donc de permettre plus d’identification et de représentations pour les individus qui les écoutent. Turtle White ajoute que c’est important de transmettre le message aux femmes du « moi aussi, je peux le faire », moi aussi, je peux y arriver si j’ai envie de le faire, je peux m’habiller comme je veux, dire ce que je veux. C’est pas parce qu’on a pas le même genre ou le même sexe qu’il y a une différence entre nous. En fait, elles soulignent aussi le paradoxe de dire que Queer signifie être différent mais pour dire qu’au final, elles sont comme tout le monde. Elles ne méritent pas de discriminations, de violences, d’insultes pour qui elles ont, c’est des êtres vivants comme tout le monde quoi ! Personne ne mérite ça.

Pour finir, ce qui est super intéressant et important à retenir dans ce documentaire même si il a pour nom Queer en référence aux artistes féminines qui se définissent par ce terme, c’est dire que le rap n’a pas de sexe et n’a pas de genre. Et elles le disent pertinemment face aux caméras, il ne devrait pas y avoir de distinction entre le rap masculin et le rap féminin. Elles font du rap et c’est tout !

Bon j’espère que ce podcast vous a plu. Vous pouvez retrouver le reportage sur la plateforme BrutX et leurs sons principalement sur SoundCloud, Youtube, Deezer et Spotify. Si vous aimez bien le rap en général, n’hésitez pas à lire “Madame Rap” qui est le premier média en France dédié aux femmes et aux LGBT+ dans le hip hop. Il a été fondé en 2016, et a pour but de combattre le sexisme et les LGBT+phobies à travers ce média en ligne, mais aussi d’organiser des événements (concerts, open-mics…), des ateliers d’écriture et de sensibilisation auprès de jeunes publics et de professionel·le·s. 

Pour finir en beauté et peut-être vous donner envie d’aller checker leurs sons sur les plateformes, voici un extrait du son qu’elles ont composé pour BrutX.

Bonne journée à toutes et à tous et à mercredi prochain !

Jingle de Behind The Society

Bonjour à toutes et à tous,

Aujourd’hui on vous parle d’un documentaire nommé Queer sorti le 21 octobre 2021 sur la plateforme BrutX.

Réalisé par Sara Kheladi, ce court reportage aborde la place des femmes et de la communauté LGBTQIA + sur la scène du rap français.

Et oui, composé majoritairement d’hommes, ce milieu est souvent connu pour ses punchlines autour du sexe discriminant et violent envers les femmes avec une légère touche de machisme et d’homophobie.

Voici un léger extrait pour vos petites oreilles …

Alors bien sûr, sorti de son contexte, c’est d’autant plus choquant mais bon, le rap ne se résume pas qu’à ça.

La preuve, on découvre dans ce documentaire, trois artistes féminines qui ont pour ambition de se faire une place dans le rap game. Les trois rappeuses ne revendiquent pas leur rap comme étant queer mais comme féministe car il est un moyen d’exprimer leur féminité et de donner confiance aux femmes d’après elles.

Alors petit point vocabulaire, Queer signifie en anglais : « bizarre, inadapté ». Par glissement, l’adjectif a défini plus largement toute personne en marge du schéma hétéronormé. Aujourd’hui, queer est le mot étendard de la communauté LGBTQ+, utilisé pour revendiquer avec fierté l’appartenance à l’ensemble des minorités sexuelles et de genre.

Bon, il est temps de présenter les trois figures vedettes du documentaire : il y a Shani Da Flava, se présentant comme une rappeuse insolente. Après un premier single, DAMN, dévoilé sur Soundcloud en 2019, la rappeuse de 21 ans enchaîne avec un titre plus mystique suivi d’un EP. Elle se met en scène dans des clips à l’esthétique soignée, avec des morceaux à la fois provocants et savoureux s’inscrivant dans une démarche militante. Ensuite, il y a Turtle White, bi, noire, femme plus centrée sur la trap. D’origine haÏssienne, elle se lance dans le rap en 2018 en participant à des concours de freestyle sur Instagram et sera révélée en 2019 par le tremplin Rappeuz avec un z à la fin. La rappeuse, qui définit son flow comme « lent et nonchalant », figure notamment sur la mixtape Rap2Filles (La Souterraine), première compilation de rap français 100 % féminin. Enfin, on termine par le portrait de Lalla rami, rappeuse transgenre d’origine marocaine. Elle retrace son parcours de vie dans ses morceaux et notamment la violence du regard masculin sur son identité de genre. Lalla Rami voue une admiration sans faille aux shiraz, chanteuses et danseuses professionnelles marocaines. Elle a précédemment sorti le morceau 4h20 aux Disques du Lobby, plateforme SoundCloud réservée à la communauté LGBTQI+. On la retrouve en featuring avec Shani Da Flava et Turle White sur le titre Lakali!, à l’occasion du documentaire produit par BrutX.

Comme le raconte donc Lalla rami dans ses sons, ses trois filles ont vécu et vivent toujours les mêmes remarques par rapport à leur genre, leur orientation sexuelle et leur style. Entre le harcèlement scolaire, la misogynie, le racisme, la transphobie, l’homophobie, elles ont envie de s’exprimer, de prendre leur revanche et de créer leur place elle-même puisque la société dans laquelle nous vivons ne leur permet pas. Elles sont aussi fières de leur ascension, de leur parcours car ils permettent d’avoir de nouvelles figures féminines et queer dans le rap et donc de permettre plus d’identification et de représentations pour les individus qui les écoutent. Turtle White ajoute que c’est important de transmettre le message aux femmes du « moi aussi, je peux le faire », moi aussi, je peux y arriver si j’ai envie de le faire, je peux m’habiller comme je veux, dire ce que je veux. C’est pas parce qu’on a pas le même genre ou le même sexe qu’il y a une différence entre nous. En fait, elles soulignent aussi le paradoxe de dire que Queer signifie être différent mais pour dire qu’au final, elles sont comme tout le monde. Elles ne méritent pas de discriminations, de violences, d’insultes pour qui elles ont, c’est des êtres vivants comme tout le monde quoi ! Personne ne mérite ça.

Pour finir, ce qui est super intéressant et important à retenir dans ce documentaire même si il a pour nom Queer en référence aux artistes féminines qui se définissent par ce terme, c’est dire que le rap n’a pas de sexe et n’a pas de genre. Et elles le disent pertinemment face aux caméras, il ne devrait pas y avoir de distinction entre le rap masculin et le rap féminin. Elles font du rap et c’est tout !

Bon j’espère que ce podcast vous a plu. Vous pouvez retrouver le reportage sur la plateforme BrutX et leurs sons principalement sur SoundCloud, Youtube, Deezer et Spotify. Si vous aimez bien le rap en général, n’hésitez pas à lire “Madame Rap” qui est le premier média en France dédié aux femmes et aux LGBT+ dans le hip hop. Il a été fondé en 2016, et a pour but de combattre le sexisme et les LGBT+phobies à travers ce média en ligne, mais aussi d’organiser des événements (concerts, open-mics…), des ateliers d’écriture et de sensibilisation auprès de jeunes publics et de professionel·le·s. 

Pour finir en beauté et peut-être vous donner envie d’aller checker leurs sons sur les plateformes, voici un extrait du son qu’elles ont composé pour BrutX.

Bonne journée à toutes et à tous et à mercredi prochain !

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Suscitons l'espoir, pas le racisme

Qui se préoccupe des migrant.e.s?

On lit le nombre de morts et les statistiques inquiétantes, on voit les images choquantes des corps jonchant la plage mais on entend peu le parcours des migrant.es.  Les événements dramatiques s’enchaînent mais les migrant.e.s sont toujours perçu.e.s comme des outils politiques, des éléments perturbateurs, des personnes insignifiantes. Les mort.e.s font la une des journaux pendant quelques temps mais la situation reste la même.  On ne sait pas qui sont les migrant.e.s, on ne sait pas ce qu’iels vivent. Ce qu’on sait en revanche c’est que leurs conditions de vie sont déplorables mais semblent passer à la trappe. Quand l’ignorance règne,  le rôle des associations reste primordial pour lever le silence concernant la situation migratoire.   

Des migrant.es pris.e.s au piège d’un stratagème géopolitique 

L’Europe avait décidé de prendre des mesures de sanctions visant le régime biélorusse de Loukachenko après la violente répression qu’avaient subi les citoyen.ne.s qui manifestaient contre sa réélection. En guise de contestation de ces mesures correctives, le gouvernement biélorusse utilise la détresse des migrant.e.s comme une arme politique. Afin de mettre la pression sur les régimes occidentaux, des migrant.e.s sont attiré.e.s par Minsk via des prix plus bas que la moyenne comprenant les frais de dossier, de scolarité et d’hébergement. Des visas leur ont également été confiés par la Biélorussie qui comptait ainsi acheminer les migrant.e.s vers les frontières polonaises. Selon des sources de France 24, les forces de sécurité biélorusses auraient même indiqué des points de passage aux migrant.e.s.

Twitter Le Monde

https://www.lemonde.fr/international/article/2021/11/10/pologne-bielorussie-quelle-est-cette-crise-migratoire-a-la-frontiere_6101634_3210.html

La société Semantic Visions affirme dans un rapport que des annonces promettant des voyages vers la Biélorussie ainsi que des passages clandestins envahissaient les pages Facebook des utilisateurs, notamment des Kurdes irakiens. Quand ces milliers de migrant.e.s arrivent en Biélorussie après avoir fuit la guerre, iels se retrouvent pourtant confronté.e.s de nouveau à la violence, dans une guerre qui n’est pas la leur. Après de nombreuses maltraitances et humiliations, les migrant.e.s sont reconduit.e.s vers les frontières polonaises où l’accueil n’est pas plus chaleureux.

Les gardes frontières polonais.e.s refusent le passage des migrant.e.s qui se retrouvent ainsibloqué.e.s dans la forêt alors que les températures sont négatives sur le territoire. Alors, qu’iels ne peuvent pas rebrousser chemin, leurs droits sont bafoués et leur humanité reniée. Le long de la frontière, ces migrant.e.s vivent dans le froid et la faim tout en subissant la violence des autorités polonaises : gaz lacrymogènes, canons à eau, violences physiques et morales. Les conséquences sont terribles, selon des groupes caritatifs, au moins onze migrant.e.s sont mort.e.s de part et d’autre de la frontière depuis l’été. 

 “Si on avait su que ça serait passé comme ça : la situation, le froid, les maladies, les gaz lacrymogènes… On ne serait pas venus”

Témoignage d’un père de famille pour France 24

Les différents témoignages expriment la colère des migrant.e.s à qui on a promis une vie meilleure et qui se retrouvent au milieu d’un stratagème géopolitique qui ne les concernent pas. Une nouvelle fois, les intérêts privés des États passent avant les droits humains et la dignité de toustes. 

“Nous ne sommes que des pions”

Témoignage d’un migrant pour l’émission « C’est dans l’air »

Des naufrages qui s’accumulent 

Le 24 novembre dernier, c’était dans les grandes pages des journaux : vingt-sept migrant.e.s sont mort.e.s dans la Manche en tentant de rejoindre la Grande-Bretagne. Une trentaine de personnes se trouvaient sur ce canneau pneumatique, seulement deux personnes ont survécu au naufrage, le plus meurtrier sur cette route migratoire. Le plus meurtrier, mais pas le premier.

Charlotte Kwantes, la responsable d’Utopia56, déclare que plus de 300 migrant.e.s y sont mort.e.s depuis 1999. Si l’on en croit les chiffres, ce n’est pas près de s’arrêter là puisque les traversées continuent et sont plus que périlleuses. Au 20 novembre 2021, 31 500 migrant.e.s avaient quitté les côtes depuis le début de l’année et 7 800 migrant.e.s avaient été sauvé.e.s selon les dires du préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord, Philippe Dutrieux. Cette situation n’est pas spécifique à la traversée de la Manche. D’après l’Organisation Internationale pour l’Immigration, plus de 20 000 migrant.e.s sont mort.e.s en Méditarranée depuis 2014.

Twitter Libération

https://www.francetvinfo.fr/monde/europe/migrants/direct-migrants-morts-dans-la-manche-boris-johnson-convoque-une-reunion-de-crise_4857525.html

À chacun de ces naufrages, les unes des journaux émeuvent pendant une semaine puis tout reprend son cours. Les manipulations des passeurs.euses, les bateaux de fortune, les “camps” où les droits humains sont bafoués. Les condoléances ne suffisent plus face au nombre de mort.e.s qui s’accumulent au fil des années. S’il n’existe pas de vie humaine qui vaille plus qu’une autre, il est alors grand temps d’agir. 

« J’ai vu la mort de mes propres yeux. Ce qui s’est passé est un crime, ce n’est pas le destin ou la volonté de Dieu. C’est un crime commit par les deux pays »

Témoignage d’un jeune homme ayant survécu au naufrage pour Infomigrants.

Le rôle majeur des associations 

Face au nombre de naufrages, aux droits bafoués, aux violences morales et physiques, les associations ont un rôle majeur dans la défense des droits humains. Utopia56, La Cimade, & pleins d’autres associations luttent quotidiennement pour que les migrant.e.s, demandeurs.euses d’asile et réfugié.e.s bénéficient des droits qui leur sont dus. Distribution de vêtements et de nourriture, aide dans les démarches administratives, protection des droits… Autant d’actions difficiles à mettre en place quand les politiques semblent fermer les yeux face à ces problématiques.

Dans un contexte de pré-campagne présidentielle, les discours s’accumulent et le thème de l’immigration est central. Sous prétexte d’arguments sécuritaires, les migrant.e.s sont toujours décrit.e.s comme des éléments perturbateurs, des “voleurs.euses” d’emplois, des personnes dangereuses. Des propos peu surprenants si on se rappelle les évènements de novembre 2020 où la police française a démantelé un campement de migrant.e.s situé place de la République à Paris. Les policiers avaient eu recours à la force et s’étaient servi de gaz lacrymogènes.

Twitter Infos Françaises

https://www.liberation.fr/france/2020/11/23/a-paris-plusieurs-centaines-de-migrants-installent-des-tentes-place-de-la-republique_1806517/

Ce sont deux courants qui s’affrontent quant à la situation. D’un côté, celleux pour qui les migrant.e.s n’ont pas leur place en France et qui ne se privent pas d’user d’arguments xénophobes. De l’autre, celleux pour qui les droits humains sont primordiaux et ne s’arrêtent pas à la frontière. Dans tous les cas, la situation reste pour le moment bloquée entre les intérêts étatiques et les discours de haine. La question est de savoir combien de mort.e.s faudra-t-il pour que la situation évolue enfin ? 

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Féministes tant qu'il le faudra Podcasts

[Portraits de vie] Quand le militantisme soigne les plaies

Tova est étudiante en journalisme. Un soir, elle est agressée sexuellement par l’un de ses camarades qui l’a droguée au GHB lors d’une soirée étudiante. Une agression aux conséquences irréversibles. S’en suivent des mois de traumatismes et d’isolement – traumatismes qui ne disparaissent pas avec le temps. Puis vient la libération de la parole, ou plutôt de l’écoute, de ce qu’a subi Tova. C’est le commencement d’Oser dire non. Plus qu’un engagement militant, il a été une source d’espoir pour sa fondatrice, et l’occasion d’une prise de conscience collective et politique.

A travers son témoignage, Tova retrace son parcours, celui qui l’a menée à l’engagement militant qu’elle brandit et mène désormais.

Quand le militantisme soigne les plaies, un épisode animé et produit par Maxence Grunfogel.

Intervenante :

Tova Bach – fondatrice et présidente d’Oser dire non

Retranscription écrite du podcast

Jingle d’introduction « Behind the society : le podcast »

Maxence, animatrice :

Tova est étudiante en journalisme. Un soir, elle est agressée sexuellement par l’un de ses camarades qui l’a droguée au GHB lors d’une soirée étudiante. Une agression aux conséquences irréversibles. S’en suivent des mois de traumatismes et d’isolement – traumatismes qui ne disparaissent pas avec le temps. Puis vient la libération de la parole, ou plutôt de l’écoute, de ce qu’a subi Tova. C’est le commencement d’Oser dire non. Plus qu’un engagement militant, il a été une source d’espoir pour sa fondatrice, et l’occasion d’une prise de conscience collective et politique.

A travers son témoignage, Tova retrace son parcours, celui qui l’a menée à l’engagement militant qu’elle brandit et mène désormais.

Quand le militantisme soigne les plaies, un épisode animé et produit par Maxence Grunfogel

Tova Bach :

Moi c’est Tova Bach, je suis étudiante en L3 à l’Académie Ecole Supérieure de Journalisme de Lille (ESJ). Il y a un an et demi, presque deux ans, on a créé avec Marthe Dolphin une association qui est très proche de l’Académie, indépendante, qui s’appelle Oser dire non. Et cette idée-là je l’ai eue une fois quand j’ai eu une angoisse parce que je suis très angoissée de base. C’est plus un coup de tête, j’allais pas très très bien et pour parler plus franchement, il y a trois ans j’étais en L1 et il y a un étudiant de l’Académie qui était en L2 qui m’a droguée pendant une soirée du BDE, qui m’a ramenée chez lui alors que j’étais totalement inconsciente. J’ai encore aujourd’hui très peu de souvenirs. Il m’a violée parce qu’il a profité de moi et de mon corps sans que je puisse même donner mon consentement parce que je ne pouvais pas, parce que j’étais à moitié endormie, droguée, et quand même alcoolisée donc j’étais dans l’incapacité de dire non. Et, même si le dernier souvenir que j’ai c’est que je ne voulais pas, j’ai comme dernier souvenir que j’étais chez lui et qu’il disait qu’il ne voulait pas se protéger, qu’il ne voulait pas mettre de capote, et le dernier souvenir que j’ai c’est « non je veux pas parce que c’est pas protégé ». Et après trou noir parce que je pense que je me suis endormie aussi, totalement inconsciente. Il y a beaucoup de séquelles qui sont restées de ça, déjà parce qu’il m’a ramenée chez lui de force, et je suis rentrée la jambe en sang et la cheville déboîtée. Je crois qu’il m’a poussée pour me tirer un peu plus vite. Et ça c’est encore aujourd’hui le cas, j’ai toujours ces petits problèmes physiques. Et puis problèmes mentaux surtout, déjà parce qu’on se rend difficilement compte de ce qu’il nous est arrivé. Dès le lendemain, il est resté avec moi, il me faisait croire que tout était normal, que tout s’était bien passé. Et qu’au contraire il fallait recommencer parce qu’on avait tous les deux pas nos souvenirs. Bien sûr monsieur n’avait pas ses souvenirs, monsieur ne savait pas ce qu’il faisait. Et heureusement des copines étaient venues donc j’avais pu partir. Mais au début je m’en rendais pas compte, c’était plus « j’ai passé ma soirée, tout s’est bien passé, j’ai pu voir quelqu’un, etc », et bah non en fait. Petit à petit j’ai commencé à me sentir mal mais sans trop savoir pourquoi, sans trop comprendre pourquoi. Petit à petit tu mets un mot dessus, j’ai mis quand même plusieurs semaines voire mois à prononcer le mot viol. Et après s’est enchaînée un peu une descente aux enfers, c’était clairement ça. Parce que, si tu t’en rends compte, ça veut dire que les gens entendent beaucoup ça aussi. En étant en école ça tourne énormément. Tout le monde savait ce qu’il c’était passé, parfois mieux que moi, et sans que je puisse faire grand chose avec ça. Et aussi, comme je commençais à en parler, juste pour me libérer du poids que je vivais – même pas pour protester contre ce mec, j’étais incapable de faire ça – pas mal d’étudiants proches ou non de lui m’ont harcelée pour faire pression sur moi pour que je me taise. Tout simplement parce que « il faut comprendre Tova, ça c’est des rumeurs, c’est pas bien ce que tu reportes sur lui, c’est pas la vérité, tu vas gâcher sa vie », ce genre de choses alors que ma vie à moi était gâchée. Et du coup, cette association est née de ça.

Du coup un an après ce qu’il s’est passé, j’ai commencé à pas mal écrire pour libérer un peu ce que je ressentais, même si le harcèlement s’était arrêté petit à petit. J’avais besoin de vider ça, de parler de ça et d’écrire de ça et je savais pas comment le dire autrement que par écrit. Et il s’est passé un truc que je mesurais pas encore à l’époque, ce que ça allait être : j’ai enregistré ça sous forme de podcast. Juste ma voix. Et c’était un peu symbolique. Comme on m’avait toujours empêchée de parler, le fait d’imposer ma voix c’était beaucoup pour moi. Je sais pas ni pourquoi je l’ai présenté à l’ESJ. Je voulais que ce soit entendu. Et l’ESJ m’a écoutée, beaucoup. Et aussi ont compris en quelques mots ce qu’il se passait. Et puis tout s’est enchaîné par la suite. J’ai fini par porter plainte, par demander des poursuites, et puis aussi par me défendre une bonne fois pour toutes. Et s’en est suivie l’idée de proposer cet enregistrement, cette voix, en format podcast, à des personnes librement, que tout le monde puisse l’écouter, pour pouvoir aider. Peut-être se référer aussi, parce que en fait, moi dans tout ça je me sentais hyper seule. Et c’est un peu ça l’identité de l’asso. En fait je me sentais seule dans tout ce que je ressentais, j’avais un vide noir, un trou dans moi, c’était vraiment un trou. Et j’avais l’impression d’être comme un extra-terrestre parce que je ressentais des choses que personne ne ressentait et personne me comprenait. J’avais juste mon petit ami de l’époque qui me soutenait beaucoup mais, lui-même ne comprenait pas, c’est normal. Et du coup le fait de dire ça je me suis dit ok, il y a peut-être des gens qui sont comme moi, et peut-être qu’on pourrait en parler ensemble et entamer un dialogue dessus parce que je vois ça nulle part. Je commençais à voir sur les réseaux sociaux des posts, notamment d’associations, qui dénonçaient, qui se battaient pour ces droits-là, mais je voyais pas de choses encore sur la santé mentale, et ce qu’on ressentait quand on était victime. Du coup, c’était de ça que c’est venu.

Transition musicale

Et, tout s’en est suivi. Pour revenir au tout début, je faisais une crise d’angoisse, comme habituellement. Et je me suis dit, quitte à proposer ça à une asso, pourquoi je créerais pas la mienne, pourquoi je créerais pas une initiative où tout le monde pourrait se confier librement, sans jugement. Et puis je pourrais poster mon témoignage et puis on verra ce que ça donne. Du coup Martha a suivi. On avait ce projet de faire une campagne de sensibilisation contre le viol et les agressions sexuelles dans les universités, dans notre école, c’était quelque chose qui nous tenait à cœur. Après on voyait pas plus loin, je pensais pas que ça allait intéresser des gens, que les gens allaient se sentir touchés, et concernés. En fait je me sentais seule, juste totalement seule, et puis c’est pas le cas.

L’association aujourd’hui on est une bonne vingtaine de personnes franchement super, c’est une très bonne équipe et je suis trop contente de pouvoir travailler avec ces personnes-là. L’identité de l’asso elle est basée aussi sur des histoires, sur ce qu’on vit et on sait pas toujours comment réagir parce qu’on a que 21 ans, parce qu’on essaye juste de faire au mieux pour que des personnes puissent se sentir bien et vivre aussi normalement. Parce que c’est pas normal de se faire agresser quand on a juste envie de profiter un soir, quand on est au sein de notre école, quand on est entre ami.es. Et donc c’était dans cette volonté là. On essaye de faire ce qu’on peut, comme on peut, et de créer une vraie solidarité entre les étudiants.

Maxence :

Alors, tu as créé Oser dire non pour aider les autres, mais qu’est-ce que ça a changé pour toi, cet engagement ?

Tova :

En fait ça a changé beaucoup de choses. Je m’en rendais pas compte. Mon témoignage c’était le premier post de l’asso. Quand je l’ai mis, je me suis sentie à poil, vraiment, j’avais l’impression d’être nue devant tout le monde. Surtout sur les réseaux sociaux ça part vite. Au début ça a fait un petit coup quand même, mais c’est un coup tellement moindre par rapport à tout ce qu’on a vécu avant. Au final, il y aussi le contrecoup et on reçoit, en tout cas ça a été mon cas et j’ai eu de la chance, beaucoup de retours positifs. De gens qui se sont sentis touchés par ce que j’ai dit dedans. Pas mal de gens m’ont remerciée aussi, et je me demandais pourquoi ils me remercient, c’était normal, il y avait besoin de partager ça. J’avais pas forcément besoin qu’on me remercie et en même temps ça faisait du bien, vraiment. Le fait de pouvoir enfin assumer ce que je ressentais ça m’a réconfortée, je me suis sentie beaucoup plus légitime de faire quelque chose. En fait je me suis sentie beaucoup plus légitime de vivre. Parce que j’avais, à l’époque, aucun goût à la vie, je voulais pas de ça, je voulais pas vivre avec ce fardeau là. Ca a un peu tout redoré, on va dire, à peu près. Le fait de construire quelque chose de positif autour d’un réel traumatisme, ça fait que t’as envie de continuer, de ne pas rester bloquée dessus. Donc, cette asso ça a été un moyen pour moi d’aller mieux, de guérir aussi. C’est clair que c’est pas parfait, ça fait pas tout c’est sûr, mais c’est un moyen pour moi d’aller mieux, et c’est un moyen pour les autres, je l’espère, aussi d’aller mieux.

Transition musicale

Maxence :

Pour parler un peu plus de l’association, informer pour mieux prévenir c’est en quelque sorte la devise d’Oser dire non, qu’est-ce que ça signifie concrètement ?

Tova :

Déjà, Marthe et moi on a envie d’être journalistes plus tard, donc ce qui nous intéresse c’est l’information. Dans tout ce qu’on ressentait, vivait, on se sentait complètement démunies alors que si on savait qu’on avait des droits, si on savait que certaines choses étaient normales. Par exemple savoir que les mécanismes psycho-traumatiques existent, et comment ça fonctionne. Ca justifie aussi pourquoi tu te sens comme ça. Toutes ces informations là elles sont importantes pour pouvoir guérir. Nous on s’est dit: on aimerait bien faire des recherches dessus, travailler sur des sujets et expliquer aux personnes « non c’est pas normal ce que t’as vécu, et oui il y a des gens qui sont là pour t’aider, et oui tu es dans ton droit ». Parce que, c’est totalement oublié et mis en sourdine. Il y a des choses qui se passeront, malheureusement. J’aimerais que plus jamais ça n’existe, mais c’est pas le cas, et on y arrivera pas encore maintenant. Mais on peut faire de la prévention, et informer les jeunes, sur qu’est-ce que c’est le consentement. Par exemple, dire aux jeunes qu’on a le droit de dire non à un rapport sexuel, chose que moi-même je ne savais pas.

Maxence :

A Oser dire non vous avez aussi des actions, quelles sont-elles ?

Tova :

En plus des actions, l’identité de l’asso c’est d’abord de recueillir des témoignages. On a envie que ce soit une plateforme libre pour pouvoir dire ce qu’on vit, et ce qu’on ressent. Par exemple des conseils, que tu dirais à ton jeune toi. Moi, j’aurais des milliers de choses à dire à mon jeune moi. Pour qu’il fasse pas certaines erreurs, ou qu’il comprenne ce à quoi il a droit, ou pas. Ca passe par des petits témoignages, ou si les personnes ont envie de traiter d’un sujet pour expliquer par exemple ce que c’est le revenge porn. C’est hyper répandu, et c’est terrible, et on connaît tous énormément de personnes qui ont été victimes de ça. C’est important de répéter que c’est pas de ta faute si des images fuitent, c’est de la faute de la personne qui le partage. Il y a eu le harcèlement de rue; les troubles alimentaires; les mécanismes psycho-traumatiques j’en ai parlé un peu avant; les violences obstétricales et gynécologiques il y a une grosse série qui a été faite dessus.

Et en général les actions, alors moi personnellement les actions avec le BDE me tenaient à coeur, vraiment. Parce que moi ce qu’il m’est arrivé c’était pendant une soirée BDE. Le BDE n’est bien sûr pas responsable, mais le BDE de l’époque aurait pu m’aider parce que dans ce qu’il m’est arrivé, il y a des membres du BDE qui étaient concernés, qui ont vu ce qu’il s’était passé. J’étais même chez eux. Personne ne m’a aidé. Si les membres du BDE sont plus sensibilisés à ça, c’est utile. Par exemple, le système de couvercles pour verre est important. Important, en général, pour tout le monde. Parce que c’est un phénomène qui prend une ampleur que je n’arrive même pas à imaginer, mais qui a toujours été présent. Pour moi c’est pas imaginable de mettre à l’insu d’une personne une drogue pour qu’elle soit inconsciente, j’arrive pas à comprendre ça. Et quand on le vit, très sincèrement c’est terrible. C’est horrible comme sensation, on est pas maître de notre corps, on ressent des choses horribles, qui sont traumatisantes, et qui t’empêchent de réagir. En fait tu vois ta vie défiler devant toi et t’es incapable de faire quelque chose.

Maxence :

Pour préciser ces derniers temps, les témoignages de nombreuses étudiantes au Royaume-Uni et maintenant partout en France affluent, dénonçant leurs agressions après avoir été droguées à leur insu en boîte de nuit ou au bar.

Pour rappel, la drogue communément utilisée par les violeurs est le GHB, elle est d’ailleurs surnommée la drogue du violeur. C’est une drogue de synthèse initialement utilisée pour traiter d’importants problèmes de sommeil. Le GHB se présente sous forme liquide, et son aspect discret le rend propice à une utilisation délictueuse. Le liquide peut en fait être versé dans une boisson sans en modifier ni le goût, ni l’aspect, ni l’odeur. Les violeurs utilisent cette drogue pour abuser de leur victime, d’autant plus que le caractère amnésiant de la substance ne permet pas à la victime de se souvenir de ce qui lui est arrivé. Il est donc très difficile pour une victime de GHB de porter plainte, puisqu’elle se souvient rarement de son agression. Pour une victime, prouver qu’elle a été droguée relève presque de l’impossible. Le GHB peut être dépistable dans le sang, mais il reste moins de 12 heures dans l’organisme. En plus, son effet est comparable à celui de l’ivresse due à l’alcool, ce qui ne permet pas, au cours de la soirée, de se rendre compte que l’on a été droguée.

Et donc c’est sous cette impulsion que vous avez décidé de réagir, à Oser dire non, avec la mise en place de capuchons Drink watch.

Tova :

Pour l’instant, ce sont des prêts que nous font l’Université de Lille. Ce sont des capuchons de l’entreprise Drink watch. Pour les avoir testés, ils sont super cool. Outre le fait que ça permet que des personnes pas nettes dans leur tête introduisent du GHB dedans, c’est aussi hyper pratique, parce que tu peux danser et t’amuser sans que tout te renverse dessus, et t’es pas obligé.e de boire d’un seul coup. Surtout ce qu’on a remarqué, pendant le premier test qu’on a fait la semaine dernière, il y avait surtout des femmes qui utilisaient ces capuchons, mais ça concerne aussi vous, messieurs les hommes. Il y a eu quelques témoignages d’hommes qui ont été drogués, beaucoup moins que les témoignages de femmes. Mais ça concerne absolument tout le monde.

C’est triste de devoir se protéger, comme ça. Ca devrait pas être normal d’être obligé.e de se couvrir, de couvrir nos verres, de toujours faire attention. En vrai on passe pas de soirée normale avec ça. Parce que tu mets toujours la main sur ton verre, tu regardes où tu es, il y a un mec qui est derrière toi tu fais gaffe, tu sais qu’il y a un mec qui va te toucher par derrière ou qu’un autre va t’insulter. Tu vois les choses différemment puis c’est de l’angoisse de toujours regarder autour de soi. Tu vas aussi vouloir protéger tes amie.s parce que tu sais très bien qu’il y a des gens qui vont essayer de faire quelque chose sans ton consentement, sans ton accord. Tu passes forcément pas les mêmes soirées. Mais si ça peut aider quelques personnes et éviter certains empoisonnements, alors on le fait volontiers, en attendant que les mentalités changent. J’espère le plus rapidement possible.

On a mis en place des référent.es qui sont sobres et qui sont là en soirée pour veiller à ce que ça se passe bien. Ce sont des personnes qui sont là sur la base du volontariat pour être à l’écoute, essentiellement. Iel doivent avoir l’oeil sur tout ce qu’il se passe. Si un comportement n’est pas normal, le ou la référent.e doit intervenir. Et aussi, si il y a la moindre sensation de malaise/mal-être, si tu te sens pas bien dans la soirée, t’as un sentiment où t’es pas à ta place, tu te sens vraiment pas à l’aise, tu peux aller voir cette personne-là qui va avec plaisir parler avec toi, et essayer de souffler avec toi, peut-être t’éloigner un peu. Moi personnellement, depuis ce qui m’est arrivé c’est le cas. Quand je suis en soirée, j’ai des petites angoisses, je sais pas ce que je fous là, j’ai peur parfois, alors que tout va bien. Alors c’est bien de pouvoir en parler et souffler avec une personne, même parfois extérieure. Ce sont des personnes qui sont à l’écoute et qui aident.

On a fait une campagne de sensibilisation contre les viols et agressions sexuelles, surtout dans le milieu étudiant. Seront affichés, dans cinq campus, ces jeux de trois affiches. Dessus, on a essayé de représenter cette forme d’oppression qu’on peut avoir quand on subit des violences sexuelles. Dessus on a aussi mis des statistiques, avec les sources, et surtout les contacts à contacter. Par exemple, à l’Université il y a la cellule d’écoute qui n’est pas assez rappelée. Quand on parlait d’information c’est ça. Généralement on ne sait pas qu’il y a une cellule d’écoute à l’Université, qui, pour ma part m’a écoutée.

Puis est accompagné aussi sur cette affiche, une brochure d’informations, sur le consentement. Tout ce qu’il y a à savoir sur le consentement, le b.a.-ba à vrai dire. Aussi, les moments où il ne peut pas y avoir de consentement. Par exemple quand la personne est droguée, je vous le mets dans le mille. Quand la personne dort, est inconsciente, quand la personne est en situation de handicap et ne peut pas donner son accord. Ca c’est important de le rappeler aussi. Et surtout des contacts et des lieux utiles, dans les alentours de Lille, parce que ça c’est prioritaire. Et on aimerait vraiment bien travailler dans l’éducation sexuelle. C’est une deuxième chose qui me tenait à cœur. Pour parler aux plus jeunes, au mini moi comme je disais tout à l’heure. Il y avait des centaines de choses que j’aurais dû apprendre quand j’étais jeune. Et puis ça peut aller jusqu’au plaisir, des choses à faire, à ne pas faire, des choses à tester ou à ne pas tester. Parler de notre anatomie. Donc c’est pour ça qu’on a un podcast d’éducation sexuel qui s’appelle Air sensuel. Et puis après on aimerait bien être en contact avec des lycées et des collèges pour parler aux plus jeunes de ça. Je pense qu’on a beaucoup de choses à partager. On a tous et toutes, surtout toutes, vécu des choses, et donc il fallait aussi communiquer dessus.

Maxence :

Vous avez aussi lancé une cagnotte pour pouvoir financer vous-mêmes les couvercles de verre, dont je mettrai le lien dans l’article. Pour conclure, maintenant, toi en tant que militante, qu’est-ce que tu attends le plus comme avancées pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles ?

Tova :

En fait, j’aimerais que des profs soient formé.es à ça. J’aimerais qu’on ait des cours dessus, ce qui est normalement obligatoire, à l’école. Des vrais cours, pas là où on nous culpabilise d’avoir des relations et qui faut faire l’amour uniquement pour avoir des enfants, et où on nous parle jamais de consentement et de respect de l’autre et de harcèlement, et en fait de tout ce qu’il se passe à l’école. Pour moi l’école, c’est la priorité. C’est ce qui nous construit en tant que personne pour plus tard. C’est là où on a vécu beaucoup de traumatismes aussi pour beaucoup. Je parle de harcèlement scolaire, de relations toxiques et violentes entre amie.s et dans des couples même quand on est adolescent, en tout cas ça a été mon cas. Après, il y a des milliers d’autres choses à faire, mais s’il y a un truc à faire important pour moi c’est ça, pour le moment.

Jingle de fin « c’était Behind the society : le podcast, une série d’épisodes à retrouver sur Deezer, Spotify, Apple Podcasts et Google Podcasts. »

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Vivre sa vie sans pouvoir choisir sa mort : où en est le droit à l’euthanasie & au suicide assisté en France ?

Photo de Thirdman

Décider de sa propre mort semble être un choix totalement personnel. Pourtant, dans la grande majorité du monde, ce droit n’est pas reconnu légalement. Sur la table depuis un bon nombre d’années, le débat à propos de l’euthanasie divise toujours autant le peuple et les politiques. En 2021, où en est le droit à l’euthanasie en France ?  

Quelles différences entre euthanasie et suicide assisté 

Pour mieux comprendre de quoi on parle, il est important d’avoir en tête les subtilités du terme euthanasie. On en distingue trois principales :

L’euthanasie passive, celle qui est autorisée en France. Elle est pratiquée pour les personnes atteintes d’une grave maladie incurable qui engage leur pronostic vital afin d’abréger leurs souffrances physiques et/ou psychologiques insupportables. En clair, les médecins sont autorisé.e.s à réduire ou à arrêter les traitements, l’hydratation et/ou la nutrition artificielle qui maintiennent le patient en vie. Celui-ci se verra administrer de profonds sédatifs, des anti-douleurs qui le plongeront dans le coma, et l’endormiront jusqu’à ce que la maladie entraîne naturellement sa mort.

L’euthanasie active est pratiquée par un médecin qui injecte directement une substance létale à une personne souffrant d’une maladie incurable pour provoquer sa mort imminente. L’objectif ici est de couper court aux douleurs insoutenables d’un.e individu.e en mettant fin volontairement à sa vie, contrairement à l’euthanasie passive n’engendre pas instantanément la mort.

Le suicide assisté, qui peut s’apparenter à l’euthanasie active, à la seule différence que c’est lae patient.e lui-même qui s’administre l’injection létale fournie par un.e docteur.

Selon les Etats, l’accès aux différentes formes d’euthanasie est interdit, toléré ou soumis à certaines conditions plus ou moins strictes.  

Mourir dignement : que dit la loi française ?

En France, c’est l’euthanasie passive, aussi appelée sédation profonde, qui est autorisée par la loi Clayes-Léonetti du 2 février 2016, dernier ajustement juridique en date. Celle-ci interdit l’euthanasie active ou le suicide assisté, mais empêche l’acharnement thérapeutique sur un.e patient.e dont le pronostic vital est engagé à court terme, et pour qui les soins palliatifs ne fonctionnent plus. Les malades en phase terminale qui en ont exprimé la volonté par des directives anticipées peuvent bénéficier de cette aide à la mort avec l’accord du corps médical.

Quels risques face à justice en cas d’euthanasie active ou de suicide assisté ?

Sur notre territoire, ces deux formes d’euthanasies sont qualifiées d’assassinat ou d’empoisonnement avec préméditation, entraînant en théorie la réclusion criminelle à perpétuité. Elles peuvent aussi conduire à des poursuites civiles, menant au paiement de dommages et intérêts et à des sanctions disciplinairesdans le cas où l’euthanasie active ou le suicide assisté est pratiqué dans le cadre d’une fonction professionnelle. En clair, un.e médecin peut se voir interdire d’exercer son métier. Pour finir, si un.e des héritier.e.s de la personne euthanasiée commet l’acte de lui donner la mort, son droit d’hériter peut lui être enlevé.  

Cet accès à l’euthanasie en France est un combat de longue date qui a vu plusieurs ajustements juridiques. Voici comment a évolué le droit à une mort digne :

La question de la fin de vie douloureuse fait son entrée dans le domaine législatif à l’achèvement du XXe siècle avec la loi 1999. Elle donne accès à : « Toute personne malade dont l’état le requiert a le droit d’accéder à des soins palliatifs […] à soulager la douleur, à apaiser la souffrance psychique, à sauvegarder la dignité de la personne malade et à soutenir son entourage. ».

La loi de 2002 donne aux patient.e.s le droit de refus aux traitements.

La même année, la loi Kouchner, relative aux droits des malades entre dans la législation française. Elle donne aux patient.e.s la propriété totale de leur dossier médical, et d’être informés sur leur état de santé et les traitements qui leur sont proposés. Cette loi du 4 mars 2002 éclaircit également le principe du consentement libre et éclairé des malades à recevoir une assistance médicamenteuse pour celleux incapables d’exprimer leurs volontés grâce à l’avis d’une personne de confiance.

En 2005, la loi Leonetti naît et vise à proscrire l’acharnement thérapeutique et l’obstination déraisonnable des médecins lorsqu’un.e patient.e est en fin de vie. Elle lui permet de stopper son traitement pour mettre fin à sa vie via des directives anticipées ou par le biais de personnes de confiance.

En 2016, la loi Claelys-Leonetti élargit les droits de celle de 2005, en autorisant, sous certaines conditions la sédation profonde et continue jusqu’à la mort naturelle.

Des affaires médiatiques en lien avec l’euthanasie ont relancé le débat à propos de celui-ci et ont contribué à l’agrandissement des droits des malades. L’affaire Vincent Humbert en 2003 qui participé à l’élaboration de la loi Leonetti de 2005, ou encore l’affaire Chantal Sébire en 2008 qui a rendu médiatique sa volonté à l’euthanasie.

Le combat à rallonge vers une légalisation ?

Depuis de nombreuses années, le combat des malades et leurs familles, pour obtenir le droit de mourir s’éternise dans le débat politique et médiatique. Le 8 avril dernier, une proposition de loi sur la fin de vie permettant la possibilité de disposer du suicide assisté a été débattue à l’Assemblé Nationale, en vain. La loi Claelys-Leonetti reste donc la réglementation française autorisant l’euthanasie passive, alors que selon l’Ifop, 93 % des Français seraient favorables à l’euthanasie active et 89 % au suicide assisté. La bataille pour le droit à une mort digne reste donc d’actualité. Le quinquennat du prochain.e président.e élu.e en 2022 remettra peut-être le débat sur la table.

De l’autre côté des frontières, ça donne quoi ?

Face à la législation actuelle dans notre pays, les Français.e.s souhaitant recourir à l’euthanasie active ou au suicide assisté sont obligé.e.s de franchir les frontières pour disposer de leur droit de mourir.

Depuis près de vingt ans, aux Pays-Bas et en Belgique, au Luxembourg depuis 2009 ou récemment, depuis le 18 avril dernier, en Espagne, l’euthanasie active est pratiquée de manière très réglementée, sous certaines conditions. La démarche est encadrée et soumise à l’avis du corps médical. C’est aussi le cas au Canada, en Colombie, en Nouvelle-Zélande, en Corée du Sud, dans une partie de l’Australie ou dans certains Etats des Etats-Unis.

Le cas de la Suisse est encore différent. De l’autre côté des Alpes, depuis 1942, l’euthanasie active est interdite, contrairement au suicide assisté. Suisses comme étranger.e.s, malades ou non, lucides et dotés de discernement peuvent recourir à cette aide à la mort à condition que ça ne soit pas pour des motifs égoïstes.

Carte d’Atlasocio

L’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Inde, le Pérou, ou la Bulgarie appliquent les mêmes législations que la France par rapport à l’euthanasie passive.

Quant à la Pologne, la Roumanie, l’immense majorité de l’Asie, la totalité de l’Afrique ou encore l’Italie, toute forme d’euthanasie est proscrite, souvent dû à une pression religieuse. Néanmoins, le 23 novembre dernier, un premier suicide assisté a été autorisé pour un Italien souffrant d’une pathologie irréversible.

Certains pays semblent bien plus avancés dans le combat en faveur de l’euthanasie. La France reste réticente malgré les cris de malades qui ne réclament qu’une seule chose : le droit de mourir dignement.  

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Féministes tant qu'il le faudra L'île de Lille

Retour sur la manifestation contre les violences sexistes et sexuelles à Lille

En finir avec les violences sexistes et sexuelles

Les températures avoisinaient le zéro à Lille mais la détermination des manifestant.e.s était brûlante lors de la mobilisation du 27 novembre contre les violences sexistes & sexuelles. Le cortège s’est rassemblé à 14h sur la Grand Place et s’est acheminé dans les rues de la ville jusqu’à la place de la République où un hommage a eu lieu. C’est dans une ambiance musicale, que les voix et les pancartes s’élevaient pour dénoncer les violences faites aux femmes & aux minorités de genre.

On peut lire des messages comme “70% des plaintes classées sans suite”, “Le consentement même pour le gouvernement”, “En crachant sur les victimes vous avez levé une armée”. Quant aux slogans, les centaines de voix présentent clamaient en cœur : “les violeurs au milieu, le patriarcat au feu”, “violeurs, sexistes, on vous voit”, “féminicides : État coupable, justice complice”.

“C’est une cause dont on entend pas assez parler, il faut qu’il y ait plus de monde qui se mobilise pour que cela crée un écho au-delà de la petite manifestation.”

Manifestant.e le 27 novembre 2021 à Lille.

Des messages qui se rejoignent mais qui ne disent pas tous la même chose, cependant, une chose est bien commune à tou.te.s les manifestant.e.s : la colère. Ce sentiment partagé face à l’inaction et même l’implicite complicité du gouvernement face aux violences, face à ces personnes sexisées qui meurent tous les trois jours, face à l’impunité du viol, face au manque de représentation des femmes, des minorités de genre & des personnes non-hétérosexuelles, face à la non reconnaissance de toutes les femmes et de toutes les minorités de genre. 

Se réapproprier l’espace public

Afin de mieux sonder les motivations, les volontés et les impressions des manifestant.e.s, pour BTS nous sommes allées les interroger sur les causes de leur présence. Être dans la rue, prendre de la place, crier des slogans féministes, se confronter aux policiers, c’est déjà un acte politique. Face à la sous représentation des femmes et des minorités de genre partout ailleurs, la rue reste un endroit majeur de lutte. 

“Pour me réapproprier l’espace public parce qu’il appartient qu’aux hommes cis, notamment hétéros et c’est aussi pour revendiquer la présence des personnes non binaires dans la culture qui sont invisibilisées comme toutes les minorités de genre”. 

Manifestant.e le 27 novembre 2021 à Lille

Rappeler l’importance de la cause

Cette manifestation est aussi pour beaucoup une piqûre de rappel.  « Les féministes français.e.s ont bien de la chance, elles ne devraient pas se plaindre, c’est quand même bien pire en Afghanistan ou au Mexique. » Tant de remarques que l’on peut entendre dans nos familles, dans nos cercles d’amis, dans les médias. Alors venir manifester c’est aussi rappeler que la situation des féminicides en France est inquiétante, c’est rappeler également que les violeurs restent très majoritairement impunis. 

“De montrer qu’il y a toujours des violences sexuelles et sexistes partout, être dans la rue ça permet de le rappeler”

Manifestant.e le 27 novembre 2021 à Lille.

“Il y en a ras le bol qu’on en soit encore là aujourd’hui”

Un ras le bol général

Les manifestant.es partageaient la même colère face à l’inaction et même le mépris de cette cause qui a encore trop peu de résonance à grande échelle et que l’État laisse aux mains des associations et collectifs. 

“C’est une cause qui est encore trop mise de côté. C’est important car si on est pas égaux.alles entre nous on pourra pas se pencher sur d’autres combats”

Manifestant.e le 27 novembre 2021 à Lille.

Vers un changement de mentalité

Le rassemblement Place de la République laissait paraître une grande solidarité, un souhait de montrer son soutien à celleux qui ne sont plus là, celleux qui luttent chaque jour, celleux qu’on n’écoute pas. 

“Pour montrer que les femmes* sont pas toutes seules dans leur galère”

Manifestant.e le 27 novembre 2021 à Lille.

Un tel changement de mentalité dans notre société suggère une prise de conscience de la part des hommes cis hétéros, parce qu’on ne pourra jamais avancer si ceux qui ont le plus gros rôle à jouer restent les complices des violences. 

“La mission des hommes cis, hétéros et blancs c’est de transmettre et propager la lutte auprès des autres hommes. La parole des femmes n’est jamais entendue par les hommes. C’est donc aux hommes de convaincre les autres hommes de changer”.

Photo de couverture par Alice Gosselin

Photo-reportage par Clémentine Gaultier & Naëlle Oboeuf

Article de Léa Le Demnat

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Phoque la pollution Podcasts

[Critique] Quand la Chine s’éveille verte…

Nathalie Bastianelli, autrice et spécialiste de la question du développement durable en Chine a publié son livre Quand la Chine s’éveille verte le 1er octobre 2021. Afin de nuancer et de déconstruire vos préjugés sur ce pays connu pour être le premier pollueur au monde, BTS vous invite à écouter ce podcast qui donne de l’espoir aux jeunes générations pour les jours à venir…

Ce podcast est bien sûr à retrouver, en format audio, sur l’ensemble de vos plateformes d’écoute habituelles : Spotify, Deezer, Apple Podcast et bien sûr, Google Podcast !

Intervenant.e.s :

Nathalie Bastianelli, autrice de Quand la Chine s’éveille verte

Retranscription écrite du podcast

Jingle d’introduction « Behind The Society : le podcast »

Musique de lancement

Benjamin, animateur : Bonjour à toutes et à tous, bienvenue dans ce podcast qui va, aujourd’hui, porter sur la situation écologique en Chine.

Clémentine, animatrice : Alors que le président de la Chine ne s’est pas rendu à Glasgow lors de la conférence mondiale sur le climat, nous avons appris qu’à Pékin, les habitants subissaient les effets de la pollution due aux émissions de gaz à effet de serre. Effectivement, la ville de Pékin a dû prendre la décision de fermer ses cours de récréation vendredi 5 novembre à cause du niveau beaucoup trop élevé de pollution atmosphérique de la ville. Début novembre, la capitale chinoise était recouverte d’un épais brouillard. Selon la météo nationale, la visibilité était réduite à 200 mètres par endroits. Un phénomène qui a une fois de plus touché tout le nord de la Chine.

Benjamin, animateur : Pour faire écho à ces actualités, nous nous sommes intéressés au livre de Nathalie Bastianelli s’intitulant “Quand la Chine s’éveille verte…” publié le 1er octobre 2021 à  l’édition de L’aube. De façon inédite, cette auteure témoigne de l’engagement des citoyens chinois pour la planète. Très inquiets pour leur santé et celle de leurs  enfants, des Chinois de la société civile se sont mis à  développer « une conscience verte » de plus en plus affirmée. Dans cet ouvrage, Nathalie Bastianelli raconte leurs parcours et les décisions politiques qui les accompagnent. Si la Chine verdit, cela impacte le mode de vie  de 1,4 milliard de personnes. Autrement dit, si elle réussit  sa mue écologique, les effets d’échelle seront tels que cela  donne un espoir nouveau pour l’avenir de notre planète.  Ce livre offre un point de vue inédit sur la contribution des Chinois à la relève du défi écologique mondial.

Clémentine, animatrice : Nous l’avons rencontrée lors de sa séance de dédicace au Garage, 34 boulevard Carnot à Lille le mardi 23 novembre et nous lui avons posé les questions suivantes afin d’en découvrir plus sur la naissance de l’écologie en Chine connu pour être le premier pollueur au monde.

Fin de la musique de lancement

Benjamin : Est-ce que vous pouvez vous présenter et nous expliquer comment vous avez eu l’idée d’écrire ce livre ?

Nathalie B. : Oui alors, comme je le raconte dans le livre, j’ai créé une ONG qui s’appelle « We Belong To Change » , et chaque année, j’organise un événement éponyme à Pékin ou Shanghaï qui invite des pionniers du monde entier, et de Chine pour moitié, à présenter leurs innovations, leur nouvelle vision du monde de demain, et on diffusait ça en direct sur les réseaux sociaux. L’idée, c’était de me dire « toutes les marques internationales regardent ce marché comme un marché prioritaire « (…) je me suis dit que si on arrive à sensibiliser les jeunes générations entre autres à consommer moins et mieux, vu le monde, ça peut avoir de l’impact. C’est comme ça que je me suis décidée à faire cet événement en Chine.

Benjamin : Vous abordez dans votre livre différentes jeunes figures qui luttent pour l’écologie et le changement des modes de consommation chinois. Nous avons notamment retenu le portrait assez marquant que vous faites de la “Greta Thunberg chinoise” : pouvez-vous nous présenter brièvement l’histoire de cette jeune fille et ses manières d’agir au nom de la planète ? 

Nathalie B. : Oui, alors, Howey vient d’une ville de province de Guilin, et elle a été très sensibilisée par l’action de Greta Thunberg. Elle a décidé de faire la même chose donc de faire la grève tous les vendredis, elle refusait de se scolariser et elle se mettait devant la mairie locale sauf qu’on est en Chine et c’est interdit de manifester, de faire une action comme ça qui va à l’encontre du gouvernement. Donc, elle n’a pas vraiment réussi à fédérer parce que voilà, ses amis ou d’autres personnes sensibilisées se disaient que ce n’était pas le meilleur moyen de faire avancer la cause. Mais, elle, elle n’a pas baissé les bras ! Au début, c’était très compliqué pour elle parce que ses parents étaient très inquiets voire voulaient lui interdire de continuer à manifester. Elle a pas lâché, donc elle a pas été rescolarisée et elle a commencé à voyager dans toute la Chine donc dans les grandes villes ou dans les régions inondées pour sensibiliser les paysans (…) à leur expliquer que voilà, une des raisons des inondations, même si elles ont toujours existé, mais l’accélération de ces inondations, c’était dû au réchauffement climatique. Donc, elle essaie de sensibiliser un maximum. Et, elle est soutenue par Greta Thunberg, d’ailleurs elles sont en contact et là elle était en Europe (…) à la COP26 pour essayer de participer à sa manière (…) de se reconnecter aux Occidentaux et apprendre d’eux pour avoir une action plus efficace dans son pays.

Benjamin : Comment le gouvernement chinois incite sa population, ou plutôt l’encourage, à participer à des actions écologiques ?

Nathalie B. : Alors, tout d’abord, ce projet pharaonique de reboiser tout le Nord de la Chine (…) pour lutter contre l’avancée du désert de Gobi, c’est d’abord une décision gouvernementale qui avait été prise par Den-Xiaoping en 1978, et qui va durer jusqu’à 2050. Autant vous dire que cette décision a été prise au plus niveau et que l’objectif est de planter des milliards d’arbres pour arriver à freiner l’avancée du désert. Mais c’est vrai que des ONG viennent régulièrement aider et que les fermiers qui, avant, avaient de l’élevage (…) bah avec le réchauffement et le désert qui a envahi le village, eh bien ils participent à replanter des arbres, et de temps en temps, il y a même l’armée chinoise qui vient donner un coup de main qui vient à coup de renfort pour accélérer le process. Il y a effectivement une application dont je parle dans mon livre qui a été lancée par le groupe financier du groupe Ali Baba, et qui apprend aux internautes à avoir une vie au quotidien moins carbonnée. Au fur et à mesure qu’ils y arrivent, eh bien ils gagnent des points et quand ils ont atteint autant de points, un arbre virtuel pousse, non seulement virtuellement, mais Ali Baba s’engage aussi à le planter dans le désert de Gobi. Cela a participé à planter des millions d’arbres. Et c’est de cette manière que les citoyens participent au reboisement de la Chine.

Clémentine : C’est intéressant, vous parlez justement de l’impact des réseaux sociaux sur les citoyens et leur manière d’agir. Et, dans votre livre, vous parlez aussi de ce phénomène, mais auprès des Milleniums, une population qui se situe dans une tranche d’âge allant de 15 à 34 ans, une génération qui a un bon niveau de vie et qui consomme de façon importante. Est-ce que cette génération, justement, présente des figures, des stars, qui sensibilisent les jeunes à la question environnementale ?

Nathalie B. : Il y a une ONG avec qui j’ai fait un partenariat effectivement, et qui est dirigée par Maid Mey, pour inciter les jeunes générations à proposer des initiatives. Elle en a fait un concours, et c’est parti viral parce qu’ils (ndlr les citoyens) se sont pris au jeu. Donc, l’idée c’est de montrer comment, dans leur quotidien, ils prennent des initiatives le plus efficacement possible, donc là il y a eu une émulation qui s’est créée. C’est une campagne qui a eu énormément de succès. Il y a un autre organisme, organisme de nutrition en Chine, qui a lancé toute une campagne média à la TV avec des célébrités pour appeler la population à manger moins de viande, et justement à consommer plus de légumes. Donc ce sont des chanteurs, des acteurs très connus qui ont lancé toute une campagne. Donc voilà, les ONG, pour arriver à être efficaces, s’appuient beaucoup sur les célébrités (…) les célébrités jouent très bien le jeu.

Clémentine : Sur le plan scolaire, est-ce que les programmes régis de ce fait par l’Etat sensibilisent également les jeunes à la question de l’urgence climatique ?

Nathalie B. : Depuis des années, ça a été intégré dans les programmes que ça aille de la primaire aux universités. Maintenant, toutes les écoles enseignent la protection de l’environnement, ça fait depuis quelques années que ça a été mis en place.

Clémence : Dans votre livre, vous parlez du tri sélectif et du gaspillage alimentaire sanctionné par le gouvernement chinois. Est-ce que c’est le cas dans tous les établissements, publics comme privés ?

Nathalie B. : Ah oui, vous savez quand une mesure est lancée en Chine, elle s’applique à tous les établissements. En Chine continentale, c’est vraiment quelque chose qui est demandé de manière assez importante depuis Pékin. Je ne sais pas dans quelle mesure c’est pris au sérieux ou pas, mais je pense que les Chinois sont assez désireux de participer à de telles campagnes car je pense qu’une partie comprend très bien que c’est important de lutter contre le gaspillage alimentaire. Aussi, sur le zéro déchet, les chinois se sont inspirés de ce qui avait été fait à San Fransisco. Ils ont pris 10 villes pilotes, et pendant des mois, ils ont fait des tests et puis maintenant, ils essaient de le développer au niveau de 150 villes, 250 villes, 350 villes pour atteindre à telle date l’ensemble des villes chinoises à se transformer en villes zéro déchets. Ils récupèrent aussi les déchets humides, qui sont chez nous le compost, pour en faire de la biomasse. Donc ça ce sont des choses qui se développent très très vite, et que l’on pourrait faire aussi en Europe mais que l’on ne voit pas apparaître, et ça je trouve que ça fait aussi partie des bonnes mesures qui sont prises et qui seraient utiles dans tous les pays.

Benjamin : Vous expliquez que, contrairement à la France, la population chinoise, de par l’autoritarisme du régime, est plus habituée à coopérer avec le régime plutôt que de lui faire face. Pour autant, depuis l’Airpocalypse, des formes de révolte, notamment chez les plus jeunes générations qui sentent leur avenir menacé, osent faire face au gouvernement chinois en les prenant comme responsables. Pensez-vous que la prise de conscience de l’urgence climatique de la part des citoyens chinois est liée à un régime moins autoritaire ?

Nathalie B. : Oui j’entends beaucoup cette remarque comme quoi du fait du régime autoritaire, la Chine va plus vite au niveau de l’environnement. On voit que quand on a une démocratie comme la France, on ne nous impose pas grand-chose concernant nos modes de vie, et donc ça ne bouge pas très vite. Est-ce qu’on doit pour autant avoir un régime moins autoritaire ? Non je pense qu’on doit simplement prendre conscience que ce modèle capitaliste a échoué et que l’on ne peut plus continuer à consommer autant, à proposer autant d’offres et qu’il faut aller vers une consommation un peu plus sobre. D’autant plus que cette consommation à outrance rend les gens malheureux et c’est ce qu’on réalise dans les pays occidentaux. Je ne pense pas qu’on ait besoin d’un régime plus autoritaire, après ça c’est mon point de vue personnel. Oui, son modèle politique fait que, lorsqu’elle prend des mesures, c’est appliqué assez rapidement, ça c’est sûr.

Benjamin : Au-delà de l’Airpocalypse, la COVID a aussi eu des impacts importants sur les manières de consommer et de concevoir le Bonheur. Pensez-vous que le confinement a servi également d’électrochoc à la population chinoise  ?

Nathalie B. : Comme en France en fait, il y a eu en Chine une réelle prise de conscience, et puis des réflexions. Alors, le confinement n’a pas duré longtemps en Chine : il n’a duré que deux mois, il n’a pas été remis en place sauf quand il y avait des cas dans certains endroits de Chine, mais en tout cas la Chine, dans sa globalité, n’a pas été reconfinée. Mais, je pense que ça s’est passé un peu partout dans le monde où les gens ont commencé à reposer la question du lien de l’Homme à la Nature, de l’impact de nos modes de consommation sur la biodiversité, sur le réchauffement climatique. Alors, vous, les jeunes, vous y êtes beaucoup plus sensibilisés, puisque vous êtes la première génération à avoir une épée Damoclès au-dessus de la tête. A votre âge, je n’ai pas connu ça, donc c’est vrai que je pense que ça a effectivement accéléré une prise de conscience, maintenant on espérait tous au sortir du confinement que cela aurait plus d’effets. Mais, moi, je trouve quand même qu’il y a vraiment des gens qui aspirent à changer leur mode de vie et qui le mettent en place concrètement. Je crois que ça a eu son effet et j’espère que ça va continuer à influencer, et je crois que ça a fait la même chose en Chine, oui.

Clémentine : Est-ce que vous pensez que l’on peut prendre en main la question de l’urgence climatique tout en restant focalisé sur la course aux profits comme c’est le cas en Chine aujourd’hui ?

Nathalie B. : Pour moi, c’est un total paradoxe dans tous les pays du monde que de continuer à parler de croissance, de ne pas lâcher un modèle qui abîme, et parallèlement à ça, d’aller vers un modèle beaucoup plus soft, vertueux. Alors, c’est vrai que l’énergie c’est un sujet très important. Mais voilà, le mode alimentaire on n’entend pas beaucoup les gouvernements appeler sa population à manger moins de viande. On voit bien que lorsque l’on essaie de mettre si ce n’est une journée par semaine en milieu scolaire sans viande en France, ça peut créer de la colère en milieu scolaire. Alors qu’en Chine, aller vers un régime moins carné, ça leur donne l’impression de faire attention à leur santé. Comme ils sont très touchés par les sources de pollution multidimensionnelles, ils essaient de faire attention.

Clémentine : Pour conclure, et d’après vous, quelle place peuvent jouer les nouvelles générations dans ce défi ?

Début musique de clôture

Nathalie B. : Bah, pour moi, c’est la clé ! C’est pour cela que j’essaye d’orienter mon forum sur les cibles des jeunes générations parce que c’est eux qui me donnent le plus d’espoir, chez qui je sens beaucoup plus de sensibilité et d’ouverture sur ces sujets par rapport à ces anciennes générations qui ont grandi avec une autre vision du monde. Donc, pour moi, que ce soit en Chine ou ailleurs, ce sont vraiment ces jeunes générations qui vont nous aider à réussir ce pari, espérons-le !

Fin musique de clôture