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[Portraits de vie] En finir avec les violences obstétricales et gynécologiques

Ces dernières semaines, un MeToo de la gynécologie a émergé, avec des centaines de témoignages brisant l’omerta régnante sur ces violences. A travers le collectif Stop aux violences obstétricales et gynécologiques, la voix des victimes est entendue. C’est une affaire bien précise qui a mis au jour la parole de ces femmes, celle du Professeur Emile Daraï. Ce spécialiste de l’endométriose à l’hôpital Tenon à Paris est accusé par plusieurs patientes de violences physiques, psychologiques et verbales lors de consultations. Une enquête interne diligentée par l’Assistance publique Hôpitaux de Paris a été lancée le 20 septembre dernier. Y fait désormais suite une enquête pour « viol par personne ayant autorité sur mineur de plus de 15 ans » et « viol en réunion ». Le professeur Daraï continue toujours d’exercer.

Dans cet épisode, vous entendrez un témoignage anonyme d’une victime de violences gynécologiques. Puis, Sonia Bisch, fondatrice et porte-parole du collectif StopVOGfr, sera au micro de Behind the Society pour revenir en détail sur le fléau que représentent ces violences, mais surtout sur l’impunité régnante autour de celles-ci.

Intervenantes :

Anonyme – témoignage d’une victime de violences gynécologiques

Sonia Bisch – fondatrice et porte-parole du collectif Stop aux Violences Obstétricales et Gynécologiques @StopVOGfr

Un podcast animé et réalisé par Maxence Grunfogel.

Retranscription écrite du podcast

Jingle d’introduction « Behind the society : le podcast »

Maxence, animatrice:

« J’étais à peine majeure. Après m’avoir fait subir un toucher rectal sans aucune précaution. En me voyant en pleurs, malgré mon refus, il m’a obligée à subir 3 touchers rectaux par les 3 étudiants présents le jour de mon examen. Ses mots ont été : « vous n’avez pas le choix ». Je suis sortie complètement choquée de mon rendez-vous avec un homme qui était le seul à pouvoir me sauver de cette maladie qui m’a handicapée depuis mes 14 ans. Abus de pouvoir, viol. »

« J’ai subi un toucher vaginal et rectal particulièrement violents de la part du gynéco et de son interne. J’ai pleuré, j’ai dit que j’avais mal, il m’a rétorqué qu’il fallait savoir, est-ce que je ne voulais plus avoir mal ? Ou bien est-ce que je voulais un enfant ? Je venais le voir pour des douleurs abdominales et une infertilité. Je suis repartie avec de nouvelles douleurs que j’ai ressenties jusqu’au soir, sa main et celle de son interne avaient pénétré mon vagin et mon anus. »

« Quand arrive l’examen, je me suis sentie comme une chose. Le toucher rectal qu’il m’a fait a été d’une rare violence. Je me rappelle avoir été dans un état second pendant tout le trajet du retour. Sur le quai du métro, pour la première fois de ma vie, j’ai eu envie de me jeter sous le train. »

Ces dernières semaines, le Metoo de la gynécologie a émergé. Ces témoignages, ce sont ceux de centaines de victimes de violences gynécologiques commises à l’hôpital Tenon à Paris par le Professeur Daraï. Ce spécialiste de l’endométriose est accusé par plusieurs patientes de violences physiques, psychologiques et verbales lors de consultations. Une enquête interne diligentée par l’Assistance publique Hôpitaux de Paris a été lancée le 20 septembre dernier. Y fait désormais suite une enquête pour « viol par personne ayant autorité sur mineur de plus de 15 ans » et « viol en réunion ». Le professeur Emile Daraï continue toujours d’exercer.

L’omerta des violences gynécologiques commence à se briser depuis quelques semaines, et les témoignages ne cessent d’affluer. Ils sont notamment recensés par le collectif Stop aux violences obstétricales et gynécologiques.

Avant d’écouter Sonia Bisch, fondatrice et porte-parole du collectif StopVOGfr, vous entendrez dans cet épisode un témoignage anonyme d’une victime de violences gynécologiques qui a accepté de témoigner au micro de Behind the society.

Témoignage anonyme :

 Donc c’était ma première consultation chez une gynécologue, j’avais 18-19 ans, j’avais déjà des rapports sexuels depuis mes 16 ans. J’y allais pour me renseigner, pour potentiellement me faire poser un stérilet. C’était ma première consultation, je savais pas du tout à quoi m’attendre parce que je ne m’étais pas forcément renseignée sur comment se déroule une consultation gynécologique, j’en avais pas forcément discuté avec mes amis, et ma mère qui m’avait conseillé cette gynécologue m’avait pas forcément expliqué ou moi je l’avais pas demandé, voilà. Je savais pas exactement comment ça allait se passer. Je savais pas trop à quoi m’attendre mais j’étais un peu stressée, j’appréhendais et j’étais un peu tendue. Et puis bon après il faut dire aussi qu’une consultation gynécologique, surtout la manière dont ça se fait en France, parce qu’il me semble que dans d’autres pays ça peut se faire de manière différente, où on est nu.e, allongé.e les jambes écartées, les pieds dans un étrier, c’est une position qui peut nous faire se sentir vulnérable. Et donc j’étais très tendue, et donc ce qui fait que cette gynécologue avait du mal à m’insérer le spéculum. Et donc à partir de là, en fait elle a commencé à un peu m’engueuler et être vachement agressive, et à s’énerver. Donc ce qui m’aidait pas du tout à me détendre évidemment. Elle a commencé à me dire des choses complètement déplacées en fait. Elle me disait : « Non mais va falloir vous détendre, c’est bon un pénis en érection c’est beaucoup plus gros que mon spéculum ». Elle envisageait pas la possibilité que potentiellement j’étais vierge, ou que je pratiquais pas la pénétration. Et puis bon quand bien même un pénis en érection, c’est pas du tout le même contexte, un rapport sexuel et un examen gynécologique. Donc c’était complètement débile et déplacé, et puis elle continuait, elle s’arrêtait pas : « Oh la la mais ça doit être un calvaire les rapports sexuels avec vous ». En plus j’avais que 18 ans, enfin à n’importe quel âge c’est déplacé de dire un truc pareil, c’est pas du tout pro. Donc moi évidemment ça m’aidait pas du tout à me détendre, ça faisait tout l’inverse. Et donc à partir de là elle m’a dit : « Oh la la mais de toute façon j’y arrive pas, donc j’arrête l’examen ». Donc elle arrête l’examen, et là elle me met un doigt dans le vagin, et puis elle le retire. Et puis elle dit : « Oh c’est bon, je vérifiais seulement ». Donc je lui demande ce qu’elle vérifiait, et apparemment elle vérifiait que je n’avais pas de vaginisme. Je savais même pas ce que c’était à l’époque, je me suis renseignée après. Et puis le temps que je me rhabille et que je sorte de son cabinet elle a continué les espèces de micro humiliations, en disant qu’il fallait vraiment que je me détende, parce que c’était pas possible, et que ça doit être un calvaire les rapports sexuels avec moi. Bref, et donc première expérience horrible. Encore aujourd’hui je suis complètement traumatisée, ou en tout cas je suis terrorisée à l’idée d’avoir un examen gynécologique. Et puis je suis repartie de là hyper mal, j’étais en pleurs mais à ce moment-là je savais pas exactement pourquoi. Je me sentais plus honteuse, je me disais : « Oh mais je suis pas normale, la gynéco n’arrive pas à m’examiner, c’est pas normal ». C’était plus un sentiment de honte, je venais de me faire agresser et engueuler en plus par-dessus. J’ai mis peut-être un an ou deux à réaliser qu’en fait c’est pas normal, c’est elle qui n’était pas du tout professionnelle, et qui a eu des comportements complètement déplacés. Et puis même c’était clairement une agression et une violence gynécologique, mais je ne connaissais même pas ce terme. C’est peut-être un an ou deux après que je l’ai appris, quand on m’a appris ce que c’était les violences gynécologiques, quand j’ai mis un mot là-dessus, et ben je me suis dit oui, c’est ce que j’ai subi moi, et non j’ai pas à me sentir honteuse de ça. C’était une violence, c’était une agression. Après on m’avait dit d’aller voir une sage-femme, donc j’étais hyper stressée parce que c’était peut-être deux ans après ça. Je voulais réessayer d’aller voir une gynécologue mais on m’a dit d’essayer une sage-femme, que ça se passera mieux. Donc j’y suis allée mais toujours complètement stressée. J’ai prévenu la sage-femme en disant : « Je suis stressée, vous risquez d’avoir du mal à m’examiner ». La personne était un peu pressée, un peu stressée. Et donc quand elle a vu que j’étais tendue, pareil. Elle a dit : « Bon j’arrête, je ne vous examine pas. » Sans ajouter les commentaires déplacés de la première fois mais bon quand même, elle m’a fait comprendre qu’elle était saoulée. Et peut-être un an après ça j’ai réessayé, et pareil j’ai prévenu directement la gynécologue en lui disant : « Je vous préviens je suis stressée, je vais être tendue, vous allez avoir du mal à m’examiner. » Et là je sais pas, elle a été très douce, elle m’expliquait ce qu’elle allait faire. Je me suis pas sentie jugée, d’une. J’ai pas senti qu’elle était gonflée, elle était très douce et elle m’expliquait ce qu’elle allait faire. Et donc là elle a réussi à m’examiner. Donc je suis contente d’avoir trouvé quelqu’un, d’avoir eu au moins une expérience positive. Mais même malgré ça je reste terrorisée à l’idée d’avoir un examen gynécologique. En plus c’est un cercle vicieux, parce que je suis déjà tendue de base mais là j’ai la pression de me dire : « Il faut pas que tu sois tendue sinon on va pas pouvoir t’examiner », mais du coup c’est un peu un cercle vicieux.

Transition musicale

Maxence :

Sonia Bisch est fondatrice du collectif Stop aux violences obstétricales et gynécologiques. Au micro de Behind the society, elle revient sur le fléau que représentent ces violences, et dénonce une impunité quasi totale dans l’hexagone.

Sonia Bisch :

Alors les violences gynécologiques sont commises par des professionnel.les de santé à l’encontre des patient.es, et elles concernent premièrement le non-respect de la loi Kouchner sur le consentement. Donc le fait de pénétrer pendant un examen gynécologique, que ce soit avec le spéculum ou non, sans le consentement. Ça entraîne des traumatismes graves donc c’est important de toujours demander le consentement. On a une loi française sur le sujet. Malheureusement elle n’est pas suffisamment appliquée dans les cabinets gynécologiques et les maternités. Donc ça c’est un premier problème. Ensuite, il y a les recommandations des hautes instances de santé : HAS (Haute Autorité de santé), CNGOF (Collège national des gynécologues et obstétriciens français) etc. Donc qui émettent de bonnes pratiques médicales. Quand on ne suit pas des bonnes pratiques médicales, on suit des mauvaises pratiques médicales, et ces mauvaises pratiques médicales sont délétères pour la santé des personnes. Il y a un ensemble de bonnes pratiques à suivre, qui ne sont pas forcément suivies. La loi française, qui est importante d’être suivie. Aussi, on se rend compte qu’on reçoit beaucoup de témoignages à Stop VOG sur les jugements, l’infantilisation, le non-respect de la douleur, des personnes qui nous disent : « Mais ce médecin m’a fait tellement mal, j’hurlais, je lui disais d’arrêter, et la personne continuait. » Ce sont des personnes qui disent qu’elles souffrent, par exemple d’endométriose ou autre et on ne les croit pas, on leur dit que c’est dans leur tête. Donc le non-respect de la douleur. Nous avons aussi des témoignages de césariennes à vif parce qu’on n’a pas entendu la personne quand elle a dit « mais moi je sens votre scalpel ». Donc ça c’est de la torture, des actes médicaux sans anesthésie efficace ça s’appelle de la torture. Et nous on a beaucoup de personnes qui nous envoie des témoignages en disant : « J’ai l’impression d’avoir été violée »  parce qu’on n’a pas demandé leur consentement. Elles disent « j’ai vraiment le sentiment », c’est pas qu’une impression, elles le ressentent dans leur corps. Donc ça ce sont des violences. Et après tout ce qui concerne le jugement, le racisme, l’infantilisation, ça ça concerne aussi les violences gynécologiques.

Maxence :

Ces derniers temps, un MeToo de la gynécologie a émergé, avec la mise en lumière de nombreux témoignages. Est-ce que c’est vraiment une libération de la parole, ou plutôt une libération de l’écoute ?

Sonia Bisch :

Je pense que les femmes ont toujours parlé en fait des violences qu’elles subissent. C’est comme MeToo. MeToo c’est pas la libération de la parole, c’est la libération des oreilles. C’est-à-dire qu’il y a beaucoup de personnes qui ont toujours dénoncé ça, d’ailleurs elles en parlent en premier lieu en général dans leur cercle proche, dans la famille, etc. Sauf que la plupart du temps on leur renvoie : « Mais qui tu es pour critiquer un médecin, il a forcément voulu te sauver la vie ou te soigner ». On voit pas la mauvaise intention. Alors bien sûr il y a beaucoup de professionnel.les de santé bienveillant.es, qui font bien leur métier. Malheureusement il y en a certain.es qui le font mal, qui sont soit incompétent.es parce que soit iel ne connaissent pas les recommandations de bonnes pratiques, ne connaissent pas la loi française. Soit il y a des personnes qui sont malveillantes, sexistes. Ça arrive aussi en médecine bien sûr, et donc ces personnes, on a tellement une image idyllique de la médecine, que du coup on n’entend pas les victimes. Les victimes ont toujours dénoncé, elles ont toujours dit que ça ne se passait pas bien mais on ne les a jamais entendues. Et donc maintenant ce qui change c’est peut-être le fait qu’on les entende, qu’on les croie. Parce qu’il y a un gros travail militant qui a été fait de dire que les violences sexistes et sexuelles ne sont pas acceptables, qu’elles sont généralisées en France aussi. Nous, à Stop VOG on fait tout un travail de sensibilisation spécifiquement sur les violences gynécologiques et obstétricales, et je pense qu’au bout d’un moment, ça impulse dans la société, ça fait changer la honte de camp et les victimes osent parler, au-delà de leur cercle de famille. A Stop VOG.fr on reçoit énormément de témoignages tous les jours, sur toute la France, vraiment diverses maternités, cabinets gynéco, donc on sait que ces violences sont généralisées. Surtout que le Haut Conseil à l’Egalité entre les Femmes et les Hommes a émis un rapport en juin 2018, disant que ces violences sont généralisées. Donc ça fait déjà trois ans qu’il y a ce rapport brillant, trois ans qu’il y a des recommandations dans ce rapport destinées à notre gouvernement pour qu’il mette fin à ces violences. Malheureusement, il n’y a aucune réponse du gouvernement depuis. Donc comme il n’y a aucune mesure mise en place, il n’y a rien qui change. Nous au niveau militant, on essaye d’informer la population, on commence à former également les professionnel.les de santé, les étudiant.es en médecine et de sage-femme. A notre niveau on propose de la formation, de la sensibilisation, on diffuse des témoignages pour faire prendre conscience de l’ampleur du problème et de la gravité de l’impact que ça a sur les victimes. Mais, il faut maintenant que le gouvernement se saisisse de cette question car lui a le pouvoir de faire de grandes campagnes de sensibilisation de la population, et d’information sur les droits. Il a le pouvoir de modifier la formation des professionnel.les de santé. Il a le pouvoir de faire changer les choses mais il faut une volonté politique. Actuellement sans volonté politique, ces violences sont généralisées et rien n’y change au niveau des comportements, à cause aussi de l’impunité criante de ces violences. Il y a 1% des viols qui sont condamnés en France alors que le viol est inscrit dans la loi française. Le viol gynécologique ; violences obstétricales et gynécologiques ne sont pas inscrites dans la loi, donc c’est pour dire l’impunité qu’il y a actuellement.

Maxence :

Et, comment pourrait-on expliquer cette impunité régnante, s’agissant de ces violences ?

Sonia Bisch :

Alors ces types de violences ne sont pas punies parce qu’elles sont sûrement mal caractérisées dans la loi. Et puis il y aussi une fausse croyance généralisée dans notre société. Dans notre société il y a la culture du viol qu’on dénonce beaucoup, qui fait qu’il y a l’inversion de la culpabilité, qu’on demande à une victime comment elle était habillée. Et dans la gynécologie obstétrique c’est la même chose. Une femme qui va se plaindre des violences qu’elle a subi à l’accouchement, on va lui renvoyer que c’est une mauvaise mère et qu’elle n’aime pas son enfant, alors que ça n’a rien à voir. Les femmes aiment leurs enfants. Moi personnellement j’ai une fille merveilleuse, que j’aime plus que tout au monde, par contre je dénoncerai toujours les violences que j’ai subies à mon accouchement. Parce que ça n’a rien à voir. Ça n’est pas pour sauver des vies, c’est ça qui faut changer comme croyance. Les violences ne sont pas là pour sauver des vies, au contraire elles entraînent beaucoup plus de complications, que ce soit dans les accouchements ou autre. Il y a juste des fausses croyances, des mécanismes qui ne sont pas les bons, qui font qu’on n’écoute pas les victimes. Et aussi quand elles dénoncent un viol gynécologique, comme dans la tête des gens ça peut pas être dans un cabinet par un médecin, les victimes ne sont pas entendues. Donc c’est difficile de faire entendre à notre justice aussi. Parce qu’il y a cette fausse croyance derrière, qui est que forcément quand on viole quelqu’un c’est dans le métro, la nuit dans le noir, par quelqu’un qui a un couteau. Ou alors, il y a cette notion de volonté de. Ce qu’on essaye d’expliquer nous, c’est que quand on pénètre quelqu’un sans son consentement, ou avec la violence, il n’y a pas forcément besoin de volonté de nuire. Il y a des personnes qui veulent nuire, malheureusement ça existe aussi, il y a des prédateurs en gynécologie. Mais il y aussi beaucoup de personnes qui n’ont pas conscience que quand elles font un examen gynéco, si elles ne demandent pas le consentement, si la personne ne veut pas, qu’elle a mal, qu’elle leur dit d’arrêter, jamais ça ne soignera la personne. Il ne faut jamais faire un examen contre le consentement de quelqu’un, ça ne soignera jamais personne, c’est de la violence, et ça entraîne des traumatismes de viol réels. C’est un mécanisme, c’est comme tout, il y a beaucoup de fausses croyances qu’il faut déconstruire pour arriver à entendre les victimes.

Maxence :

Au collectif Stop VOG vous dénoncez également les conditions d’accouchement pendant le confinement : port du masque imposé, solitude lors de l’accouchement puisque les partenaires étaient interdits d’accès. Quelles ont été les conséquences de telles mesures ?

Sonia Bisch :

Pendant le confinement on a mené une grande enquête nationale sur la naissance, à laquelle ont répondu 3 000 personnes. Comme disait Simone de Beauvoir, « toute crise voit le recul des droits des femmes », et bien là on l’a constaté également dans les maternités. Notamment les partenaires qui n’étaient plus acceptés en salle de naissance donc les femmes se retrouvaient seules pour accoucher. Et donc ça entraîne énormément de détresse, de dépression post-partum, stress post-traumatique etc. Alors nous à Stop VOG on sait que les violences obstétricales sont généralisées en France, donc en plus quand la femme est laissée seule c’est encore pire. On s’est rendu compte que 75% de nos répondant.es disait souffrir de signes de dépression post-partum ou de stress post-traumatique. La santé mentale est aussi importante que la santé physique. Si une personne est en dépression ou en stress post-traumatique, ça atteint la santé à long terme, la santé physique également. On a vu aussi que les femmes accouchaient avec le masque. Donc ça entraînait qu’elles suffoquaient, qu’elles vomissaient dedans, elles demandaient qu’on l’enlève mais on ne leur permettait pas toujours. Donc ça pareil, on a mené une action Stop accouchements masqués pour dénoncer cela, parce que les recommandations étrangères disaient qu’il ne fallait pas accoucher avec un masque. Les femmes ont besoin de pouvoir s’oxygéner. Ça renvoie aussi à des traumas, c’est ce qu’iel expliquaient en Angleterre dans les recommandations. C’est que le fait d’avoir le masque, ça peut réveiller des traumas. Les personnes, il ne faut pas qu’elles aient l’impression d’étouffer pendant qu’elles accouchent, il faut qu’elles puissent se sentir rassurées, qu’elles aient assez d’air, souvent elles ont très chaud. Ça n’aide pas du tout au bon déroulement de l’accouchement. Il y a eu de nouvelles violences en fait, dû au confinement. Le fait qu’on privait les femmes de présence lors de leur accouchement, et le fait qu’on leur imposait le masque également. Ça entraînait énormément de détresse et dans notre enquête nationale donc 75% des répondant.es ont dit souffrir de stress post-traumatique ou de dépression post-partum, donc c’est vraiment inquiétant pour leur santé. Voilà on a vu pendant le confinement de nouvelles violences obstétricales apparaître, mais malheureusement on sait au collectif que ces violences sont généralisées.

Maxence :

Après avoir dressé un tableau entaché des conditions gynécologiques et obstétricales en France, que peut-on attendre et espérer pour lutter contre ce fléau ?

Sonia Bisch :

A Stop VOG nous avons plusieurs niveaux de recommandations, notamment concernant la formation initiale et continue des professionnel.es de santé. Pour mettre en place un partenariat soignant.es-soigné.es, comme au Canada qui existe depuis 30 ans. Alors l’idée c’est de faire intervenir les patient.es expert.es autant au niveau des instances décisionnaires des hôpitaux que de la recherche scientifique, et également de la formation au niveau des étudiant.es en médecine, en sage-femme etc. Donc ça permet de faire prendre conscience des besoins des patient.es, et puis de mieux comprendre la notion de consentement qui est essentielle, comprendre l’impact dramatique des violences. Ça donne les outils pour ne pas en commettre. Voilà donc je pense que c’est très important ça. On souhaiterait également qu’il y ait une large campagne d’information du gouvernement sur les droits des patientes et des patients, sur la loi Kouchner, le fait qu’on peut refuser un acte médical, tout ce qui concerne la loi sur le consentement. Aussi, le fait que les professionnel.les de santé ont obligation de demander l’accord avant de faire un examen médical, et le consentement doit être libre et éclairé. Informer sur tout ça, informer sur les bonnes pratiques médicales. Il ne faut pas de frottis avant 25 ans, il ne faut pas que ce soit systématique, il faut que ça reste des cas rares, sinon ça peut entraîner beaucoup de traumatismes pour les jeunes. Voilà, il y a beaucoup de choses comme ça à diffuser dans le grand public pour redonner l’information aux femmes parce qu’elles sont beaucoup laissées dans l’ignorance. Et on sait que le fait d’être dans l’ignorance, ça entraîne que l’on vous impose plus de choses facilement, et pas forcément des bonnes pratiques, pas forcément pour votre bien. Donc, il y a le partenariat soignant.es-soigné.es ; la campagne de communication ; et après on voudrait éventuellement qu’il y ait un numéro d’urgence pour ces victimes, pour qu’elles puissent faire des signalements, pour qu’on puisse les informer sur les recours, sur les thérapies possibles etc. Parce que c’est important de prendre en charge ces violences-là. Il y a le 3919 pour les violences conjugales, mais on pense qu’il faudrait un numéro aussi pour les violences gynéco.

Jingle de fin « c’était Behind the society : le podcast, une série d’épisodes à retrouver sur Deezer, Spotify, Apple Podcasts et Google Podcasts. »

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