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[Portraits de vie] Derrière les thérapies de conversion, des victimes marquées à vie

Alors que les débats à l’Assemblée nationale se sont conclus par l’adoption de la proposition de loi visant à interdire les thérapies de conversion, Behind The Society revient sur les conséquences désastreuses que ces pratiques ont sur les personnes qui les subissent. Ces thérapies qui prétendent guérir l’homosexualité ou la transidentité, sont motivées par des raisons religieuses ou pratiquées par des thérapeutes auto-proclamés.

Jade est une victime de thérapie de conversion. De ses 8 à 12 ans, elle a subi des violences physiques et psychologiques visant à modifier son identité de genre. Douches froides, masculinisation forcée et coups ont été son quotidien pendant quatre ans. Au micro de Behind the society, elle revient sur son expérience et plus particulièrement sur les conséquences psychologiques que ces pratiques ont eu et continuent d’avoir sur elle.

Notre invitée : Jade Whirl, une femme transgenre, victime de thérapies de conversion au cours de son enfance.

Un podcast animé et réalisé par Maxence Grunfogel.

Retranscription écrite du podcast

Jingle d’introduction « Behind the society : le podcast »

Maxence, animatrice :

Après l’Equateur, le Brésil, Porto Rico, Malte, l’Allemagne et une partie de l’Espagne, c’est au tour de la France de légiférer en la matière : l’interdiction des thérapies de conversion.

C’est une proposition de loi de la République en marche qui a été adoptée par l’Assemblée nationale le mardi 5 octobre dernier. Le but de la future loi proposée par la députée Laurence Vanceunebrock est de créer un délit spécifique interdisant les dénommées thérapies de conversion, et les punir de deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende. Pour le moment, le vide juridique spécifique aux thérapies de conversion rend difficile le dépôt de plainte, les victimes ne sachant pas vers qui se tourner ou à quel titre porter plainte.

L’expression « thérapies de conversion » est née aux Etats-Unis dans les années 1950 et renvoie à un ensemble de pratiques visant à modifier l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne. Ces thérapies se basent sur le postulat que l’homosexualité et la transidentité sont des maladies qu’il conviendrait de guérir. Elles peuvent être organisées par des religieux ou des thérapeutes auto-proclamés, et prendre la forme d’entretiens, de stages, d’exorcisme ou encore de traitements par chocs électriques, se rapprochant parfois de dérives sectaires.

Jade, l’invitée :

Je m’appelle Jade, je suis une femme trans de 35 ans. Pour le moment je vis en France mais je suis de nationalité belge, j’ai pas mal bougé au cours de ma vie pour pouvoir commencer ma transition.

Transition musicale

Maxence :

Jade est une victime de thérapie de conversion. De ses 8 à 12 ans, elle a subi des violences physiques et psychologiques visant à modifier son identité de genre. Douches froides, masculinisation forcée et coups ont été son quotidien pendant quatre ans. Au micro de Behind the society, elle revient sur son expérience et plus particulièrement sur les conséquences psychologiques que ces pratiques ont eu et continuent d’avoir sur elle.

Jade :

Les thérapies de conversion, c’est un ensemble de pratiques coercitives qui vise à corriger l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne non cis ou non hétéro. Il y a plusieurs types de thérapies de conversion, il y a les thérapies médicales ; les thérapies religieuses. Dans mon cas, ce que j’ai subi c’était une thérapie de conversion médicale, donc comportementale, qui a été dirigée par un psychologue et qui nécessite, comme la plupart des thérapies de conversion, le soutien de la famille ou des proches. Ça a commencé quand j’étais enfant, un peu après mes huit ans. J’avais fait une première tentative de coming out qui m’a valu de me faire bully. C’est remonté jusqu’à la direction de l’école, j’ai fait une crise d’anxiété à l’idée d’y retourner. On a exigé que j’aille voir un psychologue avant de reprendre les cours et c’est ce psychologue qui a plus ou moins diagnostiqué ma transidentité et qui a décidé que je serais plus heureuse si on la détruisait, et qui a donc impliqué mes parents dans un ensemble de pratiques visant à me masculiniser. Donc ma mère me rasait la tête de force, malgré mes protestations ; on m’a fait regarder des films avec une représentation transphobe pour me dégoûter de la transidentité ; on m’a imposé un régime quasi militaire d’exercices pour me muscler, me masculiniser, apprendre les arts martiaux. Si jamais je me rebellais, c’était des punitions physiques : des douches d’eau glacées, des coups, des privations… Ça a duré pendant presque quatre ans. A côté de ça, il y a le reste de la famille qui a été impliqué, mon oncle et ma tante notamment. Ma tante qui m’a fait lire, soi-disant pour m’apprendre l’anglais, un ouvrage pour continuer à me dégoûter d’être une femme trans, pour me faire comprendre que tout le monde me verrait toujours comme un monstre si je décidais d’être une femme trans. Et toute cette violence, toutes ces pratiques, ont duré de mes 8 ans et demi jusqu’à l’été de mes 12 ans.

Transition musicale

Maxence :

Vous parliez notamment de conséquences psychologiques, parce qu’on parle beaucoup des déroulés de ces thérapies de conversion mais on parle un peu moins de toutes les conséquences psychologiques qu’il peut y avoir derrière pour les personnes qui subissent ces thérapies. Quelles sont-elles ces conséquences ?

Jade :

Elles sont dévastatrices. Les thérapies de conversion, faut intégrer que votre identité, que ce soit votre orientation sexuelle ou votre identité de genre, est monstrueuse et honteuse. Mais c’est pas quelque chose sur laquelle on a un contrôle, donc on en vient à avoir honte de qui on est, de nos pensées, avoir honte d’exister. On développe des mécanismes pour cacher qui on est, on est dans la création d’une personne, on est dans le masking. A côté de ça, ça a développé énormément d’anxiété sociale, de traumatismes. Ça augmente considérablement les risques de dépression et de tendances suicidaires. C’est une des raisons pour lesquelles il y a très peu de personnes trans qui ont subi une thérapie de conversion enfant qui sont encore là pour en parler. C’est vraiment dévastateur. Un des premiers éléments qui s’est développé chez moi en plus de mon anxiété, c’était des phobies sociales. D’abord la blemmophobie donc la peur du regard des autres, je me sentais très mal au milieu de mes pairs donc ça m’a énormément isolée. Et par la suite j’ai développé des mécanismes de défense où quand quelqu’un devenait un petit peu proche de moi, je m’éloignais parce que j’avais peur de la proximité, peur qu’elle découvre qui j’étais. Donc j’étais vraiment dans ce mécanisme de défense toute ma vie, et ça a énormément impacté ma sociabilisation et mon développement, en plus de me donner des tendances suicidaires. J’ai fait plusieurs TDS (tentatives de suicide) toute mon enfance, jusqu’à la fin de ma vingtaine. 

Maxence :

L’Assemblée nationale a adopté la proposition de loi visant à interdire les thérapies de conversion le 5 octobre dernier. Comme rappelé au début du podcast, elle vise à créer un délit spécifique interdisant ces pratiques et les punir de deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende. Les peines encourues pourront être portées à trois ans et 45 000 euros si la victime est mineure ou si les faits sont commis par un ascendant ou sur Internet.

Pour le moment, la législation française n’inclut pas de délit dans le code pénal, mais des moyens juridiques indirects permettent d’interdire de telles pratiques. Par exemple, les victimes de thérapies de conversion peuvent saisir la loi pour harcèlement sexuel ou moral, violences physiques et psychologiques, torture ou encore séquestration. Ces pratiques peuvent aussi être incriminées du délit d’abus de faiblesse lorsqu’elles sont assimilées à des dérives sectaires et au charlatanisme. Créer un délit spécifique permettrait, selon la députée Laurence Vanceunebrock, que les victimes soient reconnues comme de vraies victimes de thérapies de conversion, et non pas d’autres faits. Aussi, la proposition de loi fixerait un interdit social, permettant une visibilisation de la problématique et une meilleure prise en charge des victimes. Reste un hic, les thérapies de conversion sons très souvent insidieuses et discrètes, allant jusqu’à prendre une autre dénomination pour être dissimulées. Que penser de cette proposition de loi ?

Jade :

Alors en fait la proposition de loi est passée par l’Assemblée nationale mais doit encore passer au Sénat pour être complètement adoptée. C’est une bonne avancée, c’est quelque chose qui aurait du être fait il y a des années. Malheureusement, pour moi il y a beaucoup d’amendements qui auraient été intéressants qui ont été rejetés, notamment sur la prévention scolaire. Mais, elle pose de bonnes bases en tout cas pour criminaliser ces pratiques. Maintenant, le fait de voir les débats à l’Assemblée ça a été particulièrement violent parce que beaucoup de députés étaient là pour avancer un agenda transphobe, c’est-à-dire exclure les personnes trans du ban des thérapies de conversion, pour pouvoir continuer à exercer ces pratiques contre nous. Donc voir cet agenda au niveau de l’Assemblée nationale, ça a été particulièrement violent. Et je dois dire que j’appréhende beaucoup de revoir les discussions au niveau du Sénat, où cet agenda pourra être poussé encore plus fort. Et j’ai peur que la loi soit bloquée à ce niveau-là, ou qu’encore une fois on prenne en otage les personnes LGB (lesbiennes, gays, bisexuel.les) en disant que si on n’exclut pas les personnes trans, la loi ne passera pas. Donc j’ai à la fois de l’espoir et beaucoup d’angoisse par rapport à la prochaine étape. Maintenant, si elle passe telle quelle, elle permettra de poser d’excellentes bases pour que les associations puissent s’organiser, se porter en tant que partie civile et accompagner les anciennes victimes et également, faire de la prévention au maximum contre ces pratiques. Donc, j’espère vraiment qu’elle passera, au moins en l’état.

Jingle de fin

« C’était Behind the society : le podcast, une série d’épisodes à retrouver sur Deezer, Spotify, Apple Podcasts et Google Podcasts. »

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