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Comment les réseaux sociaux piratent votre cerveau ?

Une poignée de personnes, la plupart des hommes blancs qui ont entre 25 et 35 ans, contrôlent la façon dont des milliards de personnes utilisent leur temps. Cela peut paraître fou, et pourtant, c’est bien la vérité. À la Silicon Valley, en Californie, des centaines de personnes sont payées pour vous rendre addict.

En 2002, le docteur en sciences sociales Brian Jeffrey Fogg publie Using Computers to Change What We Think and Do, que l’on peut traduire littéralement par Utiliser les ordinateurs pour changer ce que l’on pense et ce que l’on fait. Dans son livre, il pose les bases d’une nouvelle science, la captologie, qui est la science de l’informatique et des technologies numériques comme outil d’influence ou de persuasion des individus (Wikipédia). Autrement dit, c’est la science qui vous rend accro.

Aujourd’hui, les pirates de l’attention comme les appellent Lorraine de Foucher dans un article du Monde, utilisent les faiblesses psychologiques pour nous faire changer d’avis et rester le plus longtemps possible sur les médias sociaux. Heuresement, des employés de la Big Tech s’insurgent contre ces pratiques, qui détruisent notre capacité à nous concentrer. Tristan Harris, un ancien employé de Google ira même jusqu’à envoyer une présentation à tous ses collègues, dans le but de leur expliquer à quel point ils jouent un rôle important. Je m’appuierai donc sur sa présentation, A call To Minimize Distraction & Respect Users’ Attention, pour expliquer les procédés les plus couramment utilisés pour nous rendre accro.

Les mauvaises prévisions

Tristan Harris commence sa présentation par les mauvaises prévisions. On ne parle pas ici de la météo, mais des intitulés, pour la plupart mensongers, utilisés par les grandes entreprises de la Silicon Valley.

Quand on reçoit une notification X vous a tagué dans un post, la question qu’on se pose avant de cliquer sur la notification (même si en vérité, on ne réfléchit pas bien longtemps…) c’est : Est-ce que j’ai envie de voir cette photo ? alors que la bonne question serait plutôt : Est-ce que j’ai vraiment envie d’interrompre ce que je suis en train de faire et passer les 20 prochaines minutes de ma vie à scroller mon fil Insta ?

Quand on partage une vidéo sur Facebook, est-ce que l’on clique sur Partagez la vidéo ou Faire perdre 10 minutes à X amis ?

Quand on clique sur l’une des recommandations YouTube, celles juste à droite de la vidéo qu’on regarde, est-ce que l’on clique sur une vidéo suggérée ou sur une vidéo qui nous feras coucher à 3 heures du mat’ ?

Évidemment, les médias sociaux y perdraient à être plus honnête.

Les récompenses imprévisibles

Les machines à sous sont les jeux qui rapportent le plus aux casinos. Et pour cause, les récompenses imprévisibles sont les plus addictives et les plus difficiles à stopper. Pourquoi ? Car on ne sait jamais quand nous allons gagner. Et c’est cela qui nous motive à rafraichir sans cesse notre boîte mail ou à regarder toutes les 3 minutes notre téléphone quand on attend une réponse de notre crush. On cherche ce petit shoot de dopamine, l’hormone du bonheur, de la motivation et de l’addiction.

L’exemple le plus flagrant et le plus présent est sans doute le feed ou le fil d’actualités. Il fonctionne lui aussi sur le même principe qu’une machine à sous. Quand vous jouez et que vous gagnez, vous recevez un shoot de dopamine. Vous associez cette action au plaisir et continuer à jouer. Le feed, c’est le même principe. Vous scrollez et tombez sur une publication qui provoque chez vous une émotion (positive ou négative). Vous recevez un shoot de dopamine. Et cela vous motive à scroller, pour recevoir un nouveau shoot. Et la boucle est bouclée.

La peur de rater quelque chose, le FOMO

En 1996, le docteur Dan Herman est le premier à utiliser le terme FOMO pour Fear Of Missing Out, la peur de rater quelque chose. Aujourd’hui, le FOMO est un syndrome courant : plus de 69 % des millennials disent l’avoir déjà expérimenté. Le FOMO, c’est ce que l’on peut ressentir quand on voit, sur Instagram, nos amis faire la fête sans nous. C’est aussi ce qu’on ressent quand on n’a plus de réseau et que l’on a vraiment peur de rater une info hyper importante (alors qu’en réalité, il ne se passe rien). Le FOMO est donc évidemment très lié au développement des réseaux sociaux, qui nous connectent toutes et tous, 24 h / 24, 7 jours sur 7, pour le meilleur, et pour le pire.

Vidéo humoristique sur le FOMO de la chaîne YouTube américaine CollegeHumor.

L’échelle FOMO par Przybylski et ses collègues (2013) propose de noter de 1 à 5, allant de pas du tout d’accord à tout à fait d’accord ces items. Plus le score est élevé, plus vous êtes atteint du syndrome FOMO.

  1. J’ai peur que les autres aient plus d’expériences plus gratifiantes que les miennes.
  2. J’ai peur que mes amis aient plus d’expériences plus gratifiantes que les miennes.
  3. Je deviens anxieux quand je trouve que mes amis s’amusent sans moi.
  4. Je deviens anxieux quand je ne sais pas ce que font mes amis.
  5. C’est important pour moi de comprendre les blagues de mes amis.
  6. Parfois, je me demande si je ne passe pas trop de temps à me demander ce qu’il se passe.
  7. Cela me dérange de rater une opportunité de voir mes amis.
  8. Quand je passe de bons moments, c’est important pour moi de les partager en ligne.
  9. Quand je rate quelque chose qui été planifié avec les autres, cela me dérange.
  10. Quand je vais en vacances, je continue de regarder ce que font mes amis.

Przybylski et ses collègues ont observé que, plus le score FOMO est élevé, plus les probabilités de regarder son téléphone au volant, d’être distrait en cours ou d’être moins satisfait dans la vie sont élevées. L’étude montre aussi que le FOMO se produit généralement plus chez des personnes qui ont un manque de confiance en soi.

Les médias sociaux utilisent donc le FOMO : par le biais des sons de notifications, des témoins lumineux sur votre écran ou tout simplement celui-ci qui s’allume. Votre téléphone tente d’attirer votre attention par tous les moyens possibles. C’est ce qui rend le FOMO encore plus inévitable.

Paroles de repentis

Sean Parker, ami de Mark Zuckerberg et ancien président de l’entreprise, a dévoilé lors d’une conférence comment Facebook consomme votre temps et de votre attention. Votre cerveau « envoie des petits shoots de dopamine quand quelqu’un like votre post, photo ou commentaire. Cela vous pousse à produire plus de contenus et vous entraîne dans un cercle de validation sociale ». Cependant, la recherche de validation sociale est normale : nous cherchons à être évalué par autrui, ce qui nous permet de valider ou non, l’estime que l’on a de soi. Sauf que les réseaux sociaux le font de manière instantanée et systématique, à travers le nombre de likes, d’amis ou de vues. Ce qui ne fait pas que des heureux.ses… Chamath Palihapitiya, l’ancien vice-président de Facebook ajoute que « les cercles de validation sociale, induits par la dopamine, détruisent le fonctionnement de notre société ». Il ajoute : « à cause de vos comportements, vous êtes programmé inconsciemment. C’était accidentel, mais maintenant, c’est à vous de décider combien de votre intelligence vous avez envie de perdre. » Et pour terminer, Palihapitiya dit ne plus utiliser « cette merde » qu’est Facebook. Pour terminer, Justin Rosenstein, co-créateur du bouton Like, s’est également repenti. Il a déclaré trouver ce bouton « dangereux » et collabore désormais avec le Centre pour une technologie humaine (Center for Humane Technology), co-créé par Tristan Harris, qui rassemble des anciens de la Big Tech autour du projet de créer une technologie plus humaine.

Quel avenir en perspective ?

Heuresement, des personnes se battent pour créer une technologie plus humaine. Le Centre pour une technologie humaine est soutenu par des centaines d’employés de la Big Tech, dont Chris Hughes, un des co-fondateurs de Facebook, Evan Sharp, le cofondateur de Pinterest ou encore John Zimmer, président de Lyft. Ce centre tente de rassembler les technologues, les politiques et les citoyens, pour créer une technologie plus humaine, réellement au service de l’homme et qui soutiendrait notre bien-être.

Des entreprises essayent également de construire une technologie plus sûre. C’est le cas de Potential, entreprise basée à Berlin, qui devrait d’ici à quelques mois mettre à disposition une application permettant de mieux gérer son temps sur son smartphone. Pour leur communication, ils ont essayé d’imaginer à quoi pourrait ressembler un iOS humain.

Et voilà à quoi il pourrait ressembler :

Sur l’App Store, vous pourriez voir les entreprises qui utilisent vos faiblesses psychologiques. Vous pourriez désactiver les fonctions les plus chronophages comme l’autoplay, les fils d’actualité infinis (en les transformant en pages) ou encore recevoir vos notifications à un horaire précis. Vous pourriez aussi décider de déverrouiller Twitter après avoir marché 5000 pas. En bref, avec cet OS, vous auriez le choix.

L’équipe de Potential termine par un message non sans espoir à Apple :

Des changements pareils pourraient améliorer la vie de millions de personnes – les aider à être plus concentré, à mieux dormir, à être plus heureux, et à mener une vie avec plus de sens. C’est le moment de remettre les entreprises basées sur l’addiction à leur place. Vous pouvez le faire, peut-être mieux que n’importe quelle entité dans ce monde. Le ferez-vous ?

L’équipe de Potential

Evann Hislers

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