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Retour 20 ans en arrière : application de la Charia, repli des troupes américaines… quelle est l’évolution du statut des femmes* en Afghanistan ?

15 août 2021 : les Talibans, fondamentalistes islamistes et salafistes, ont pris l’assaut de Kaboul, la capitale de l’Afghanistan. C’est la fin du régime d’Asrah Ghani, l’ancien président. Cela intervient presque 20 ans après la première prise du pouvoir par les Talibans. Ils se sont vus évincés du pouvoir en 2001 après l’intervention du l’armée américaine suite à leur aide fournie à Al-Qaïda. Depuis, les forces armées américaines n’avaient pas quitté le territoire. Ce 15 août marque la fin de l’ère américaine dans ce pays, par le retrait des troupes, qui avait permis des avancées sociales dans le pays, notamment sur la question du statut des femmes.

Le statut des femmes effacé et leurs droits oubliés lors du régime Taliban de 1996 à 2001.

En 1996, l’arrivée au pouvoir des « étudiants en religion » se traduit par l’application de la Charia. Cela implique une soumission totale des femmes : interdiction de poursuite d’études dans le secondaire, interdiction de travailler et interdiction de sortir sans être accompagnée par un homme de sa famille. Cette application de la Charia lors du premier régime s’est faite drastiquement : les femmes n’avaient pas le droit de recevoir d’éducation en dehors de la maison après leurs 8 ans.
Le statut des femmes s’est effacé progressivement. A la fin, il ne restait plus qu’un souvenir, un imaginaire collectif : elles n’étaient plus représentées dans aucun secteur d’activité, elles n’étudiaient plus. Le port du voile intégral, qui couvrait également les yeux, était obligatoire. Cela les effaçait même physiquement : on ne devinait plus leurs corps, elles n’étaient qu’un bout de tissus.

Le but de cette politique était d’annihiler le pouvoir des femmes, l’indépendance que ces dernières avaient conquis lors du régime communiste dans les années 70. C’était tout simplement un retour au Moyen-Age, où les femmes n’étaient représentées que par le statut de son père ou de son mari. Le régime appliqué était une « théocratie de terreur ».


Hormis leurs droits supprimés et leur image effacée, les dirigeants de l’Afghanistan n’hésitaient pas à pratiquer des flagellations, des exécutions, y compris des lapidations pour adultères, sur les places des grandes villes et dans les stades afghans. Les femmes étaient donc réduites au silence. Elles n’étaient considérées que comme la propriété des hommes de leur famille.

L’émergence de la puissance féminine lors de la présence américaine de 2001 à 2021.

L’année 2001 signe la fin de la doctrine Talibane en Afghanistan. Suite aux attentats du 11 septembre, les Etats-Unis déclarent la guerre à l’Afghanistan, encore sous l’autorité des anciens « étudiants en religion » et envahissent le pays. Cela marque la fin d’une période où les femmes sont considérés comme des objets et comme une propriété par les hommes.
On assiste à une émergence des femmes mais non sans mal : les opposants à la doctrine libéraliste, qui s’impose petit à petit notamment avec la présence américaine, assassinent des femmes journalistes, des étudiantes, des femmes médecins pour prouver leur mécontentement.

Site féministe qui rappelle l’histoire de Palwasha Tokki, journaliste Afghane: https://www.awid.org/fr/whrd/palwasha-tokhi


Au fur & à mesure du temps, les femmes deviennent indépendantes et leur statut se fait reconnaître. Elles ont accès à l’école et même à l’université. Elles retrouvent également le droit de travailler. Elles conquièrent des secteurs d’activité qui leur étaient interdits auparavant : elles sont désormais représentées dans les forces de l’ordre.
Sous la présidence de Ashraf Ghani, la docteure Arifa, chirurgienne afghane, allait être diplômée en tant que première chirurgienne cardiaque du pays. Cela était du jamais vu sous l’autorité des talibans. Aujourd’hui, la remise de diplôme de cette chirurgienne est remis en cause après quatorze années d’études suite au retour au pouvoir des Talibans.

Documentaire sur le parcours de deux femmes Afghanes sous l’autorité Américaine: http://www.film-documentaire.fr/4DACTION/w_fiche_film/21707_1

Le retour au pouvoir des Talibans : un écart entre les promesses et la réalité sur la question féminine.

La prise du pouvoir des Talibans le 15 août signifie le retour à l’application de la Charia et donc à la domination des femmes. Ce retour est une source d’inquiétude pour de nombreuses femmes qui se voient privées d’études, de travail ou tout simplement de vie décente.

La popstar Afghane Aryana Sayeed sensibilise sa communauté sur le sort réservé aux femmes avec l’arrivée au pouvoir des Talibans


Avant la prise du pouvoir et la fuite de l’ancien président, les Talibans affirmaient devant l’ONU qu’ils respecteraient les droits humains s’ils revenaient au pouvoir, en particulier ceux des femmes, mais en accord avec leurs valeurs islamiques.

Le 12 septembre dernier, le ministère de l’enseignement supérieur du nouveau régime déclarait également que les femmes qui souhaitent étudier à l’université pourront le faire en étant séparées de la gente masculine et en portant le voile. Le nouveau régime devaient donc être plus tolérant sur la question des droits des femmes.


Cependant, la réalité correspond difficilement aux promesses tenues par les Talibans : les femmes doivent abandonner leur travail et des adolescentes sont enlevées pour organiser des mariages forcés. Selon Reza Jafari, président de l’association Enfants d’Afghanistan et d’ailleurs, dans les villages, les Talibans enlèvent les adolescentes à partir de 12 ans et les femmes jusque 40 ans pour les forcer à se marier avec eux. Il y a également un retour de l’effacement de l’identité du genre féminin dans l’imaginaire collectif : les nouveaux dirigeants du pays effacent, dès leur arrivée au pouvoir, le visage des femmes sur les différentes affiches publicitaires, ils interdisent le célibat ce qui revient à reconsidérer les femmes comme étant la propriété des hommes. Différentes manifestations de femmes qui prônaient leurs droits se sont déroulées au mois de septembre mais elles ont été réprimées par les Talibans : des journalistes qui couvraient l’évènement ont même été agressés à coup de crosse par les dirigeants de l’Afghanistan.


Au niveau de l’éducation là aussi il y a un écart entre les promesses et la réalité. Alors que les Talibans affirmaient qu’ils laisseraient les femmes étudier, aujourd’hui les filles ont accès à l’école jusque 12 ans alors qu’elles représentent 40% des individus inscrits à l’école. Elles apprennent les valeurs et les principes de la Charia et sont séparées des garçons car la mixité est interdite dans l’Islam. Elles se retrouvent donc isolées et privées d’un réel enseignement qui seraient bénéfique pour elle et pour le pays qui est touché par une grave crise humanitaire, sociale et économique depuis le retour au pouvoir des Talibans.
On assiste donc a un retour aux années 90 qui remet en cause le statut des femmes et l’indépendance acquise durant les années sous mandat américain en leur interdisant toute sorte d’activités et d’éducation.

La popstar Afghane Sayeed milite sur son instagram pour le droit à l’éducation des jeunes filles en Afghanistan.

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