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Antispécisme, véganisme, associations et parti politique : comment s’organise le mouvement de libération animale en 2021 ?

Les animaux ont, dans la société actuelle, un statut d’objet, de ressource à utiliser. Ils se retrouvent matière première de notre alimentation, de nos cosmétiques, de notre garde-robe et de nos loisirs. L’exploitation dont ils sont victimes peut paraître justifiée, voire nécessaire pour certain.e.s. Pour d’autres, cette condition est inacceptable et se doit d’être changée : cette pensée est le point de départ du mouvement de libération animale.

Photo par Riponne-Lausanne, Flickr.

Antispécisme késako ?

Petite histoire de la pensée animaliste

Le terme spécisme est apparu pour la première fois en 1970 dans une opération de tractage contre l’expérimentation animale en laboratoire par le groupe d’Oxford. Peter Singer est penseur et philosophe utilitariste, il reprend et précise ce terme. C’est lors d’un débat face à un ami végétarien qu’il fut confronté au problème de limiter l’égalité entre les membres de l’espèce humaine. Sans réponse sur le moment, il entame par la suite une réflexion qui le pousse à devenir végétarien. Puis, en 1973, il publie « Animal Liberation », où il expose les bases théoriques et modernes du mouvement animaliste. Parmi les précurseurs et penseurs principaux ayant contribué à la popularisation de l’antispécisme, on trouve aussi Tom Reagan, auteur de « The case for Animal Rights », ouvrage dans lequel il développe, les principales revendications de l’émancipation animale et qui a servi de base au militantisme animal.

L’antispécisme en réponse au spécisme

Savoir comment est né le spécisme, c’est bien, comprendre ce que cela représente, c’est mieux. Le spécisme, c’est tout un schéma de pensée et d’arguments ayant pour but de justifier l’exploitation animale telle que nous la connaissons aujourd’hui. C’est l’utilisation de procédés qui ne seraient jamais tolérés s’ils étaient appliqués à l’être humain.

Par exemple, on trouve normal que des animaux soient mis au monde dans le but d’être engraissés, abattus puis mangés, cela est même utilisé comme argument : « ils sont nés pour être mangés ». La souffrance des animaux est minimisée, quel militant ne s’est jamais retrouvé face au fameux : « les animaux sont abattus avec respect » ?

En quelques mots, la pensée spéciste instaure un classement de valeur entre les espèces, plaçant l’être humain au sommet, et les autres espèces animales selon l’utilité que l’humanité leur trouve. Souvent, on aime les juger en fonction de leur intelligence (évidemment comparée à la nôtre). Ce raisonnement s’efforce de démontrer l’illégitimité des animaux à accéder à des droits fondamentaux semblables à ceux que nous possédons. Pire, leur existence est conditionnée par l’utilité que nous en tirons : « tu penses vraiment qu’il y aura encore des vaches si on arrête de les élever ? » est un autre exemple d’argument en faveur de cette exploitation de masse. Il est à noter que ces paliers de considération varient aussi entre les espèces animales, les espèces domestiques comme les chiens ou les chats faisant l’objet de plus de considération que les animaux d’élevage, cochons, poules ou vaches.

En philosophie morale, domaine de Peter Singer et de Tom Reagan le spécisme est une problématique relevant de l’éthique, que Peter Singer définit comme « la discrimination arbitraire, injustifiable et de ce fait injuste, opérée sur le critère de l’espèce de l’individu ».

Par définition, le mouvement qui s’oppose à cette exploitation systémique se nomme l’antispécisme.

« La thèse antispéciste est celle-ci : les intérêts égaux sont égaux. L’égalité qu’elle défend, c’est l’affirmation selon laquelle lorsque deux êtres sont porteurs d’intérêts de même grandeur, de même importance, alors les dits intérêts sont aussi importants l’un que l’autre, aussi grands, indépendamment de toute autre caractéristique possédée par ces êtres, de leur couleur de peau comme de leur intelligence»

– David Olivier, Les Cahiers antispécistes, numéro 0, septembre 1991

Le mouvement de libération animale comporte des courants plus ou moins radicaux dont les plus connus sont le welfarisme et l’abolitionnisme (ce dernier étant relatif au droit des animaux, à bien différencier de l’abolitionnisme concernant l’esclavage). Le plus populaire auprès des Français.e.s, le welfarisme (welfare = bien être) porte son intérêt au bien être des animaux, cherchant plus à améliorer leur condition d’exploitation que d’y mettre fin. Bien qu’il s’inscrive dans la lutte pour les droits des animaux, le welfarisme est considéré comme spéciste. En effet ce courant de pensée ne remet pas en cause le système actuel et l’exploitation animale, n’evisage pas de l’abolir mais seulement à revaloriser le bien-être des animaux.

L’abolitionnisme est une autre branche du mouvement animal, dont Gary L. Francione est l’inventeur dans la fin des années 90, c’est un concept qu’il définit à travers un livre nommé « Rain Without Thunder » en 1996. L’abolitionnisme est considéré comme plus radical que le welfarisme car il s’oppose totalement à l’exploitation animale : ce mouvement milite pour son interdiction pure et simple. Allant au-delà de l’amélioration du bien-être, les abolitionnistes réclament une véritable considération pour la vie et les droits des animaux. On distingue aussi les abolitionisme réformistes, qui acceptent de passer par une période de transition, avec des avancées progressives, des abolitionistes fondamentaux, qui sont déterminés à mettre fin à l’exploitation dès aujourd’hui.

Photo par Olivier Gollain, Flickr.

Militer pour les animaux ?

Une prise de conscience individuelle

En prenant conscience des injustices, rare sont celles et ceux qui se contentent de constater. La prise de conscience conduit forcément à une remise en question de ses propres pratiques, puis de celles du système entier. La première étape est bien souvent de changer son régime alimentaire, en devenant pesco-végétarien (suppression de la viande), végétarien (ni viande ni poisson), végétalien (pas de viande, de poisson, d’œufs de lait ni de miel) ou encore végan (pas de produits d’origine animale dans le quotidien, que ce soit nourriture, vêtements, cosmétiques…). En France, on recense en moyenne 5% de végétariens : mais ces dernières années, l’offre ainsi que la vente de produits végétariens et végan ont bondi, avec +24% de ventes en 2018 (Le Figaro). Ces données montrent que le régime flexitarien est de plus en plus populaire, en effet 20% des Français tentent de réduire leur consommation de viande au quotidien. Ces régimes sont largement répandus chez les jeunes, on estime qu’environ 25% des végétariens, végétaliens et végans ont entre 18 et 34 ans (selon une enquête de CREDOC pour FranceAgriMer et l’OCHA).

Des associations, se regrouper

Avant concentrée sur les animaux de compagnie, ce qui était par ailleurs spéciste, la libération animale s’élargie à toutes les violences, contre tous les animaux. Évidemment le but n’est pas d’établir la valeur de la vie animale comme équivalente à celle d’un humain, mais de s’attaquer directement au principe de valeur de la vie, le but de l’antispécisme étant de faire reconnaître les droits des êtres scient comme nécessaires. L’antispécisme considère que les êtres scient sont légitimes de posséder et de vivre leur vie en pleine liberté. Depuis la fin du 20e siècle on assiste à la création d’une foule d’associations antispécistes, avec un spectre de radicalité très large allant de la plus welfariste à la plus abolitionniste. Parmi les plus célèbres, on compte la ligue française des droits de l’animal, l’association L214 (, 269 life (2015) ou encore Vegan Impact.    

L’association L214, en référence à l’article du code rural traitant du caractère sensible des animaux est nationalement connue pour ses actions chocs visant à combattre l’élevage intensif. L’association alimente aussi un blog visant à sensibiliser la population à la cause animale, mode d’action semblable à celui de l’association Végan Impact. Cette dernière organise en grande majorité des actions de sensibilisation : vidéo-sensibilisation dans le métro parisien, happening pour la journée mondiale du véganisme, contre le broyage des poussins, contre les zoos… Afin d’atteindre les foules et inciter au véganisme. Les deux associations se veulent très pédagogues et publient ainsi des recettes, des guides pratique et des articles pour accompagner celleux qui le souhaitent dans une transition vers le véganisme.

L’association 269 life elle prend son origine dans le matricule d’un veau sauvé de l’abattoir, et mène des actions qualifiées de plus radicales s’appuyant sur l’abolitionnisme fondamental, en n’hésitant pas à choquer le public. Enfin, basée dans plusieurs pays l’association PETA (People for the Ethical Animal Treatment) regroupe les « gens pour un traitement éthique des animaux ». C’est en quelque sorte « la » référence mondiale en termes de droit des animaux et de veganisme, avec notamment un label apposé sur les produit certifiés cruetly free, sans cruauté animale. Vous l’aurez compris, les associations sont le socle de la mobilisation, il en existe une multitude et chacune possède ses propres manières de militer.

Photo par Anaëlle Charlier

Personnalités, une influence forte

Le mouvement prend de l’ampleur en France, et de plus en plus, les personnalités publiques s’investissent. Parmi elles, le journaliste et homme politique Aymeric Caron, auteur de No steak sorti en 2013 et de Antispéciste : réconcilier l’humain, l’animal, la nature et fondateur du parti REV (rassemblement des écologistes pour le vivant). Il porte le discours antispéciste dans des émissions télé comme Fort Boyard, où il représente l’association L214, lors de conférences de presse (à l’Assemblée nationale notamment) et se positionne lors de débats politique, comme celle de la mise en place d’une alternative végétale obligatoire dans les cantines scolaires.

Plus récemment, c’est le journaliste et militant Hugo Clément qui secoue l’opinion public avec la sortie d’une vidéo issue d’un abattoir où sont tués des chevaux de courses en 2018, puis en 2019 avec la sortie de l’enquête « La face cachée des nuggets » avec l’appui de Direct Action Everywhere France, révélant la réalité des élevages intensifs de volailles. D’autres vidéos du même genre seront produites, dans les élevages intensifs de cochons notamment. Il est aussi très actif sur les réseaux sociaux, où il sensibilise et encourage ses followers à participer à des cagnottes et à signer des pétitions. Il est aussi à l’initiative de la pétition en faveur de la création d’un référendum pour les droits des animaux.

Côtés artistes, la chanteuse Kreezy R, autrice de chansons engagées telles que « j’mange pas de cadavre » ou « je vais craquer », très connue sur les réseaux sociaux pour ses coups de gueules et ses actions de sauvetage est l’incarnation d’un engagement corps et âme pour la cause animale. Dans ses chansons, tantôt parodiques, comiques ou parfois plus dramatique sont l’incarnation d’un monde décalé qui lui est propre et qu’elle utilise à la perfection pour faire passer ses messages.

De plus en plus, la question animale s’invite dans les débats politiques. En 2016, on assiste même à la fondation d’un parti dont le programme se base largement sur la lutte animale : le parti animaliste (PA). Le parti est fondé et dirigé par 7 personnes, parmi lesquelles se trouve la candidate du parti aux élections présidentielles prochaines, Hélène Thouy. Le parti se présente pour la première fois aux élections législatives en 2017, sans spécialement viser des élus mais surtout pour communiquer leurs revendications. Il s’en sort quand même avec 1% des suffrages exprimés (64 000 voix). Les principales mesures défendues par le parti sont l’abolition de la corrida, des combats de coqs ainsi que la création d’une charte des droits des animaux. Bien sûr, il réclame aussi l’amélioration des conditions d’élevage, en réclamant par exemple l’interdiction de la production de fourrure, du gavage, du déplumage à vif et du broyage des poussins mâles.

Vous l’aurez compris, les revendications fusent, les militantismes se démultiplient et les personnes engagées sont de plus en plus nombreuses. D’ici quelques années, les antispécistes espèrent une amélioration notable pour la condition animale, même si toustes ne s’accordent pas encore sur la manière de l’obtenir.

« Un tel succès ne sera possible que grâce à un mouvement organisé comparable aux mouvements qui ont lancé les grandes révolutions intra humaines de l’histoire : ce n’est qu’alors que dans la vie des animaux non humains seront concrétisés des changements significatifs. Nous travaillons pour développer ce mouvement, et pour rapprocher ainsi ce jour où l’oppression des humains sur les autres êtres sensibles aura été éliminée à la racine. »

Les Cahier antispéciste numéro 4, « Libération animale : de quoi s’agit-il ? » juillet 1992, La Rédaction du collectif lyonnais pour la libération animale

Par Anaëlle Charlier

En deuxième année de licence sociologie à l'académie ESJ. J'aime la photographie, et aussi apprendre, débattre, critiquer et me construire des opinions. Par dessus tout, j'adore partager et écrire au sujet de la société, de l'environnement, de l'antispécisme, du féminisme et des causes LGBT+.

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