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[Portraits de vie] En finir avec les violences obstétricales et gynécologiques

Ces dernières semaines, un MeToo de la gynécologie a émergé, avec des centaines de témoignages brisant l’omerta régnante sur ces violences. A travers le collectif Stop aux violences obstétricales et gynécologiques, la voix des victimes est entendue. C’est une affaire bien précise qui a mis au jour la parole de ces femmes, celle du Professeur Emile Daraï. Ce spécialiste de l’endométriose à l’hôpital Tenon à Paris est accusé par plusieurs patientes de violences physiques, psychologiques et verbales lors de consultations. Une enquête interne diligentée par l’Assistance publique Hôpitaux de Paris a été lancée le 20 septembre dernier. Y fait désormais suite une enquête pour « viol par personne ayant autorité sur mineur de plus de 15 ans » et « viol en réunion ». Le professeur Daraï continue toujours d’exercer.

Dans cet épisode, vous entendrez un témoignage anonyme d’une victime de violences gynécologiques. Puis, Sonia Bisch, fondatrice et porte-parole du collectif StopVOGfr, sera au micro de Behind the Society pour revenir en détail sur le fléau que représentent ces violences, mais surtout sur l’impunité régnante autour de celles-ci.

Intervenantes :

Anonyme – témoignage d’une victime de violences gynécologiques

Sonia Bisch – fondatrice et porte-parole du collectif Stop aux Violences Obstétricales et Gynécologiques @StopVOGfr

Un podcast animé et réalisé par Maxence Grunfogel.

Retranscription écrite du podcast

Jingle d’introduction « Behind the society : le podcast »

Maxence, animatrice:

« J’étais à peine majeure. Après m’avoir fait subir un toucher rectal sans aucune précaution. En me voyant en pleurs, malgré mon refus, il m’a obligée à subir 3 touchers rectaux par les 3 étudiants présents le jour de mon examen. Ses mots ont été : « vous n’avez pas le choix ». Je suis sortie complètement choquée de mon rendez-vous avec un homme qui était le seul à pouvoir me sauver de cette maladie qui m’a handicapée depuis mes 14 ans. Abus de pouvoir, viol. »

« J’ai subi un toucher vaginal et rectal particulièrement violents de la part du gynéco et de son interne. J’ai pleuré, j’ai dit que j’avais mal, il m’a rétorqué qu’il fallait savoir, est-ce que je ne voulais plus avoir mal ? Ou bien est-ce que je voulais un enfant ? Je venais le voir pour des douleurs abdominales et une infertilité. Je suis repartie avec de nouvelles douleurs que j’ai ressenties jusqu’au soir, sa main et celle de son interne avaient pénétré mon vagin et mon anus. »

« Quand arrive l’examen, je me suis sentie comme une chose. Le toucher rectal qu’il m’a fait a été d’une rare violence. Je me rappelle avoir été dans un état second pendant tout le trajet du retour. Sur le quai du métro, pour la première fois de ma vie, j’ai eu envie de me jeter sous le train. »

Ces dernières semaines, le Metoo de la gynécologie a émergé. Ces témoignages, ce sont ceux de centaines de victimes de violences gynécologiques commises à l’hôpital Tenon à Paris par le Professeur Daraï. Ce spécialiste de l’endométriose est accusé par plusieurs patientes de violences physiques, psychologiques et verbales lors de consultations. Une enquête interne diligentée par l’Assistance publique Hôpitaux de Paris a été lancée le 20 septembre dernier. Y fait désormais suite une enquête pour « viol par personne ayant autorité sur mineur de plus de 15 ans » et « viol en réunion ». Le professeur Emile Daraï continue toujours d’exercer.

L’omerta des violences gynécologiques commence à se briser depuis quelques semaines, et les témoignages ne cessent d’affluer. Ils sont notamment recensés par le collectif Stop aux violences obstétricales et gynécologiques.

Avant d’écouter Sonia Bisch, fondatrice et porte-parole du collectif StopVOGfr, vous entendrez dans cet épisode un témoignage anonyme d’une victime de violences gynécologiques qui a accepté de témoigner au micro de Behind the society.

Témoignage anonyme :

 Donc c’était ma première consultation chez une gynécologue, j’avais 18-19 ans, j’avais déjà des rapports sexuels depuis mes 16 ans. J’y allais pour me renseigner, pour potentiellement me faire poser un stérilet. C’était ma première consultation, je savais pas du tout à quoi m’attendre parce que je ne m’étais pas forcément renseignée sur comment se déroule une consultation gynécologique, j’en avais pas forcément discuté avec mes amis, et ma mère qui m’avait conseillé cette gynécologue m’avait pas forcément expliqué ou moi je l’avais pas demandé, voilà. Je savais pas exactement comment ça allait se passer. Je savais pas trop à quoi m’attendre mais j’étais un peu stressée, j’appréhendais et j’étais un peu tendue. Et puis bon après il faut dire aussi qu’une consultation gynécologique, surtout la manière dont ça se fait en France, parce qu’il me semble que dans d’autres pays ça peut se faire de manière différente, où on est nu.e, allongé.e les jambes écartées, les pieds dans un étrier, c’est une position qui peut nous faire se sentir vulnérable. Et donc j’étais très tendue, et donc ce qui fait que cette gynécologue avait du mal à m’insérer le spéculum. Et donc à partir de là, en fait elle a commencé à un peu m’engueuler et être vachement agressive, et à s’énerver. Donc ce qui m’aidait pas du tout à me détendre évidemment. Elle a commencé à me dire des choses complètement déplacées en fait. Elle me disait : « Non mais va falloir vous détendre, c’est bon un pénis en érection c’est beaucoup plus gros que mon spéculum ». Elle envisageait pas la possibilité que potentiellement j’étais vierge, ou que je pratiquais pas la pénétration. Et puis bon quand bien même un pénis en érection, c’est pas du tout le même contexte, un rapport sexuel et un examen gynécologique. Donc c’était complètement débile et déplacé, et puis elle continuait, elle s’arrêtait pas : « Oh la la mais ça doit être un calvaire les rapports sexuels avec vous ». En plus j’avais que 18 ans, enfin à n’importe quel âge c’est déplacé de dire un truc pareil, c’est pas du tout pro. Donc moi évidemment ça m’aidait pas du tout à me détendre, ça faisait tout l’inverse. Et donc à partir de là elle m’a dit : « Oh la la mais de toute façon j’y arrive pas, donc j’arrête l’examen ». Donc elle arrête l’examen, et là elle me met un doigt dans le vagin, et puis elle le retire. Et puis elle dit : « Oh c’est bon, je vérifiais seulement ». Donc je lui demande ce qu’elle vérifiait, et apparemment elle vérifiait que je n’avais pas de vaginisme. Je savais même pas ce que c’était à l’époque, je me suis renseignée après. Et puis le temps que je me rhabille et que je sorte de son cabinet elle a continué les espèces de micro humiliations, en disant qu’il fallait vraiment que je me détende, parce que c’était pas possible, et que ça doit être un calvaire les rapports sexuels avec moi. Bref, et donc première expérience horrible. Encore aujourd’hui je suis complètement traumatisée, ou en tout cas je suis terrorisée à l’idée d’avoir un examen gynécologique. Et puis je suis repartie de là hyper mal, j’étais en pleurs mais à ce moment-là je savais pas exactement pourquoi. Je me sentais plus honteuse, je me disais : « Oh mais je suis pas normale, la gynéco n’arrive pas à m’examiner, c’est pas normal ». C’était plus un sentiment de honte, je venais de me faire agresser et engueuler en plus par-dessus. J’ai mis peut-être un an ou deux à réaliser qu’en fait c’est pas normal, c’est elle qui n’était pas du tout professionnelle, et qui a eu des comportements complètement déplacés. Et puis même c’était clairement une agression et une violence gynécologique, mais je ne connaissais même pas ce terme. C’est peut-être un an ou deux après que je l’ai appris, quand on m’a appris ce que c’était les violences gynécologiques, quand j’ai mis un mot là-dessus, et ben je me suis dit oui, c’est ce que j’ai subi moi, et non j’ai pas à me sentir honteuse de ça. C’était une violence, c’était une agression. Après on m’avait dit d’aller voir une sage-femme, donc j’étais hyper stressée parce que c’était peut-être deux ans après ça. Je voulais réessayer d’aller voir une gynécologue mais on m’a dit d’essayer une sage-femme, que ça se passera mieux. Donc j’y suis allée mais toujours complètement stressée. J’ai prévenu la sage-femme en disant : « Je suis stressée, vous risquez d’avoir du mal à m’examiner ». La personne était un peu pressée, un peu stressée. Et donc quand elle a vu que j’étais tendue, pareil. Elle a dit : « Bon j’arrête, je ne vous examine pas. » Sans ajouter les commentaires déplacés de la première fois mais bon quand même, elle m’a fait comprendre qu’elle était saoulée. Et peut-être un an après ça j’ai réessayé, et pareil j’ai prévenu directement la gynécologue en lui disant : « Je vous préviens je suis stressée, je vais être tendue, vous allez avoir du mal à m’examiner. » Et là je sais pas, elle a été très douce, elle m’expliquait ce qu’elle allait faire. Je me suis pas sentie jugée, d’une. J’ai pas senti qu’elle était gonflée, elle était très douce et elle m’expliquait ce qu’elle allait faire. Et donc là elle a réussi à m’examiner. Donc je suis contente d’avoir trouvé quelqu’un, d’avoir eu au moins une expérience positive. Mais même malgré ça je reste terrorisée à l’idée d’avoir un examen gynécologique. En plus c’est un cercle vicieux, parce que je suis déjà tendue de base mais là j’ai la pression de me dire : « Il faut pas que tu sois tendue sinon on va pas pouvoir t’examiner », mais du coup c’est un peu un cercle vicieux.

Transition musicale

Maxence :

Sonia Bisch est fondatrice du collectif Stop aux violences obstétricales et gynécologiques. Au micro de Behind the society, elle revient sur le fléau que représentent ces violences, et dénonce une impunité quasi totale dans l’hexagone.

Sonia Bisch :

Alors les violences gynécologiques sont commises par des professionnel.les de santé à l’encontre des patient.es, et elles concernent premièrement le non-respect de la loi Kouchner sur le consentement. Donc le fait de pénétrer pendant un examen gynécologique, que ce soit avec le spéculum ou non, sans le consentement. Ça entraîne des traumatismes graves donc c’est important de toujours demander le consentement. On a une loi française sur le sujet. Malheureusement elle n’est pas suffisamment appliquée dans les cabinets gynécologiques et les maternités. Donc ça c’est un premier problème. Ensuite, il y a les recommandations des hautes instances de santé : HAS (Haute Autorité de santé), CNGOF (Collège national des gynécologues et obstétriciens français) etc. Donc qui émettent de bonnes pratiques médicales. Quand on ne suit pas des bonnes pratiques médicales, on suit des mauvaises pratiques médicales, et ces mauvaises pratiques médicales sont délétères pour la santé des personnes. Il y a un ensemble de bonnes pratiques à suivre, qui ne sont pas forcément suivies. La loi française, qui est importante d’être suivie. Aussi, on se rend compte qu’on reçoit beaucoup de témoignages à Stop VOG sur les jugements, l’infantilisation, le non-respect de la douleur, des personnes qui nous disent : « Mais ce médecin m’a fait tellement mal, j’hurlais, je lui disais d’arrêter, et la personne continuait. » Ce sont des personnes qui disent qu’elles souffrent, par exemple d’endométriose ou autre et on ne les croit pas, on leur dit que c’est dans leur tête. Donc le non-respect de la douleur. Nous avons aussi des témoignages de césariennes à vif parce qu’on n’a pas entendu la personne quand elle a dit « mais moi je sens votre scalpel ». Donc ça c’est de la torture, des actes médicaux sans anesthésie efficace ça s’appelle de la torture. Et nous on a beaucoup de personnes qui nous envoie des témoignages en disant : « J’ai l’impression d’avoir été violée »  parce qu’on n’a pas demandé leur consentement. Elles disent « j’ai vraiment le sentiment », c’est pas qu’une impression, elles le ressentent dans leur corps. Donc ça ce sont des violences. Et après tout ce qui concerne le jugement, le racisme, l’infantilisation, ça ça concerne aussi les violences gynécologiques.

Maxence :

Ces derniers temps, un MeToo de la gynécologie a émergé, avec la mise en lumière de nombreux témoignages. Est-ce que c’est vraiment une libération de la parole, ou plutôt une libération de l’écoute ?

Sonia Bisch :

Je pense que les femmes ont toujours parlé en fait des violences qu’elles subissent. C’est comme MeToo. MeToo c’est pas la libération de la parole, c’est la libération des oreilles. C’est-à-dire qu’il y a beaucoup de personnes qui ont toujours dénoncé ça, d’ailleurs elles en parlent en premier lieu en général dans leur cercle proche, dans la famille, etc. Sauf que la plupart du temps on leur renvoie : « Mais qui tu es pour critiquer un médecin, il a forcément voulu te sauver la vie ou te soigner ». On voit pas la mauvaise intention. Alors bien sûr il y a beaucoup de professionnel.les de santé bienveillant.es, qui font bien leur métier. Malheureusement il y en a certain.es qui le font mal, qui sont soit incompétent.es parce que soit iel ne connaissent pas les recommandations de bonnes pratiques, ne connaissent pas la loi française. Soit il y a des personnes qui sont malveillantes, sexistes. Ça arrive aussi en médecine bien sûr, et donc ces personnes, on a tellement une image idyllique de la médecine, que du coup on n’entend pas les victimes. Les victimes ont toujours dénoncé, elles ont toujours dit que ça ne se passait pas bien mais on ne les a jamais entendues. Et donc maintenant ce qui change c’est peut-être le fait qu’on les entende, qu’on les croie. Parce qu’il y a un gros travail militant qui a été fait de dire que les violences sexistes et sexuelles ne sont pas acceptables, qu’elles sont généralisées en France aussi. Nous, à Stop VOG on fait tout un travail de sensibilisation spécifiquement sur les violences gynécologiques et obstétricales, et je pense qu’au bout d’un moment, ça impulse dans la société, ça fait changer la honte de camp et les victimes osent parler, au-delà de leur cercle de famille. A Stop VOG.fr on reçoit énormément de témoignages tous les jours, sur toute la France, vraiment diverses maternités, cabinets gynéco, donc on sait que ces violences sont généralisées. Surtout que le Haut Conseil à l’Egalité entre les Femmes et les Hommes a émis un rapport en juin 2018, disant que ces violences sont généralisées. Donc ça fait déjà trois ans qu’il y a ce rapport brillant, trois ans qu’il y a des recommandations dans ce rapport destinées à notre gouvernement pour qu’il mette fin à ces violences. Malheureusement, il n’y a aucune réponse du gouvernement depuis. Donc comme il n’y a aucune mesure mise en place, il n’y a rien qui change. Nous au niveau militant, on essaye d’informer la population, on commence à former également les professionnel.les de santé, les étudiant.es en médecine et de sage-femme. A notre niveau on propose de la formation, de la sensibilisation, on diffuse des témoignages pour faire prendre conscience de l’ampleur du problème et de la gravité de l’impact que ça a sur les victimes. Mais, il faut maintenant que le gouvernement se saisisse de cette question car lui a le pouvoir de faire de grandes campagnes de sensibilisation de la population, et d’information sur les droits. Il a le pouvoir de modifier la formation des professionnel.les de santé. Il a le pouvoir de faire changer les choses mais il faut une volonté politique. Actuellement sans volonté politique, ces violences sont généralisées et rien n’y change au niveau des comportements, à cause aussi de l’impunité criante de ces violences. Il y a 1% des viols qui sont condamnés en France alors que le viol est inscrit dans la loi française. Le viol gynécologique ; violences obstétricales et gynécologiques ne sont pas inscrites dans la loi, donc c’est pour dire l’impunité qu’il y a actuellement.

Maxence :

Et, comment pourrait-on expliquer cette impunité régnante, s’agissant de ces violences ?

Sonia Bisch :

Alors ces types de violences ne sont pas punies parce qu’elles sont sûrement mal caractérisées dans la loi. Et puis il y aussi une fausse croyance généralisée dans notre société. Dans notre société il y a la culture du viol qu’on dénonce beaucoup, qui fait qu’il y a l’inversion de la culpabilité, qu’on demande à une victime comment elle était habillée. Et dans la gynécologie obstétrique c’est la même chose. Une femme qui va se plaindre des violences qu’elle a subi à l’accouchement, on va lui renvoyer que c’est une mauvaise mère et qu’elle n’aime pas son enfant, alors que ça n’a rien à voir. Les femmes aiment leurs enfants. Moi personnellement j’ai une fille merveilleuse, que j’aime plus que tout au monde, par contre je dénoncerai toujours les violences que j’ai subies à mon accouchement. Parce que ça n’a rien à voir. Ça n’est pas pour sauver des vies, c’est ça qui faut changer comme croyance. Les violences ne sont pas là pour sauver des vies, au contraire elles entraînent beaucoup plus de complications, que ce soit dans les accouchements ou autre. Il y a juste des fausses croyances, des mécanismes qui ne sont pas les bons, qui font qu’on n’écoute pas les victimes. Et aussi quand elles dénoncent un viol gynécologique, comme dans la tête des gens ça peut pas être dans un cabinet par un médecin, les victimes ne sont pas entendues. Donc c’est difficile de faire entendre à notre justice aussi. Parce qu’il y a cette fausse croyance derrière, qui est que forcément quand on viole quelqu’un c’est dans le métro, la nuit dans le noir, par quelqu’un qui a un couteau. Ou alors, il y a cette notion de volonté de. Ce qu’on essaye d’expliquer nous, c’est que quand on pénètre quelqu’un sans son consentement, ou avec la violence, il n’y a pas forcément besoin de volonté de nuire. Il y a des personnes qui veulent nuire, malheureusement ça existe aussi, il y a des prédateurs en gynécologie. Mais il y aussi beaucoup de personnes qui n’ont pas conscience que quand elles font un examen gynéco, si elles ne demandent pas le consentement, si la personne ne veut pas, qu’elle a mal, qu’elle leur dit d’arrêter, jamais ça ne soignera la personne. Il ne faut jamais faire un examen contre le consentement de quelqu’un, ça ne soignera jamais personne, c’est de la violence, et ça entraîne des traumatismes de viol réels. C’est un mécanisme, c’est comme tout, il y a beaucoup de fausses croyances qu’il faut déconstruire pour arriver à entendre les victimes.

Maxence :

Au collectif Stop VOG vous dénoncez également les conditions d’accouchement pendant le confinement : port du masque imposé, solitude lors de l’accouchement puisque les partenaires étaient interdits d’accès. Quelles ont été les conséquences de telles mesures ?

Sonia Bisch :

Pendant le confinement on a mené une grande enquête nationale sur la naissance, à laquelle ont répondu 3 000 personnes. Comme disait Simone de Beauvoir, « toute crise voit le recul des droits des femmes », et bien là on l’a constaté également dans les maternités. Notamment les partenaires qui n’étaient plus acceptés en salle de naissance donc les femmes se retrouvaient seules pour accoucher. Et donc ça entraîne énormément de détresse, de dépression post-partum, stress post-traumatique etc. Alors nous à Stop VOG on sait que les violences obstétricales sont généralisées en France, donc en plus quand la femme est laissée seule c’est encore pire. On s’est rendu compte que 75% de nos répondant.es disait souffrir de signes de dépression post-partum ou de stress post-traumatique. La santé mentale est aussi importante que la santé physique. Si une personne est en dépression ou en stress post-traumatique, ça atteint la santé à long terme, la santé physique également. On a vu aussi que les femmes accouchaient avec le masque. Donc ça entraînait qu’elles suffoquaient, qu’elles vomissaient dedans, elles demandaient qu’on l’enlève mais on ne leur permettait pas toujours. Donc ça pareil, on a mené une action Stop accouchements masqués pour dénoncer cela, parce que les recommandations étrangères disaient qu’il ne fallait pas accoucher avec un masque. Les femmes ont besoin de pouvoir s’oxygéner. Ça renvoie aussi à des traumas, c’est ce qu’iel expliquaient en Angleterre dans les recommandations. C’est que le fait d’avoir le masque, ça peut réveiller des traumas. Les personnes, il ne faut pas qu’elles aient l’impression d’étouffer pendant qu’elles accouchent, il faut qu’elles puissent se sentir rassurées, qu’elles aient assez d’air, souvent elles ont très chaud. Ça n’aide pas du tout au bon déroulement de l’accouchement. Il y a eu de nouvelles violences en fait, dû au confinement. Le fait qu’on privait les femmes de présence lors de leur accouchement, et le fait qu’on leur imposait le masque également. Ça entraînait énormément de détresse et dans notre enquête nationale donc 75% des répondant.es ont dit souffrir de stress post-traumatique ou de dépression post-partum, donc c’est vraiment inquiétant pour leur santé. Voilà on a vu pendant le confinement de nouvelles violences obstétricales apparaître, mais malheureusement on sait au collectif que ces violences sont généralisées.

Maxence :

Après avoir dressé un tableau entaché des conditions gynécologiques et obstétricales en France, que peut-on attendre et espérer pour lutter contre ce fléau ?

Sonia Bisch :

A Stop VOG nous avons plusieurs niveaux de recommandations, notamment concernant la formation initiale et continue des professionnel.es de santé. Pour mettre en place un partenariat soignant.es-soigné.es, comme au Canada qui existe depuis 30 ans. Alors l’idée c’est de faire intervenir les patient.es expert.es autant au niveau des instances décisionnaires des hôpitaux que de la recherche scientifique, et également de la formation au niveau des étudiant.es en médecine, en sage-femme etc. Donc ça permet de faire prendre conscience des besoins des patient.es, et puis de mieux comprendre la notion de consentement qui est essentielle, comprendre l’impact dramatique des violences. Ça donne les outils pour ne pas en commettre. Voilà donc je pense que c’est très important ça. On souhaiterait également qu’il y ait une large campagne d’information du gouvernement sur les droits des patientes et des patients, sur la loi Kouchner, le fait qu’on peut refuser un acte médical, tout ce qui concerne la loi sur le consentement. Aussi, le fait que les professionnel.les de santé ont obligation de demander l’accord avant de faire un examen médical, et le consentement doit être libre et éclairé. Informer sur tout ça, informer sur les bonnes pratiques médicales. Il ne faut pas de frottis avant 25 ans, il ne faut pas que ce soit systématique, il faut que ça reste des cas rares, sinon ça peut entraîner beaucoup de traumatismes pour les jeunes. Voilà, il y a beaucoup de choses comme ça à diffuser dans le grand public pour redonner l’information aux femmes parce qu’elles sont beaucoup laissées dans l’ignorance. Et on sait que le fait d’être dans l’ignorance, ça entraîne que l’on vous impose plus de choses facilement, et pas forcément des bonnes pratiques, pas forcément pour votre bien. Donc, il y a le partenariat soignant.es-soigné.es ; la campagne de communication ; et après on voudrait éventuellement qu’il y ait un numéro d’urgence pour ces victimes, pour qu’elles puissent faire des signalements, pour qu’on puisse les informer sur les recours, sur les thérapies possibles etc. Parce que c’est important de prendre en charge ces violences-là. Il y a le 3919 pour les violences conjugales, mais on pense qu’il faudrait un numéro aussi pour les violences gynéco.

Jingle de fin « c’était Behind the society : le podcast, une série d’épisodes à retrouver sur Deezer, Spotify, Apple Podcasts et Google Podcasts. »

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Phoque la pollution

Extinction Rebellion et Youth For Climate recouvrent Lille de pétrole

Malgré son passage à un nouveau logo arc-en-ciel, Total perd en popularité chaque jour. Plus de 200 organisation militante ont rejoint le Glasgow Agreement et agissent dans 54 pays, du 15 au 22 novembre 2021.

Gare au greenwashing : on nous prend totalement pour des cons

Avec son nouveau logo et son nouveau nom Total EnergieS, l’entreprise veux nous montrer qu’elle se diversifie et qu’elle n’investit plus seulement dans les énergies fossiles. Un exemple parfait de greenwashing.

Le green washing, ou en français l’éco blanchiment, consiste pour une entreprise à orienter ses actions marketing et sa communication vers un positionnement écologique. C’est le fait souvent, de grandes multinationales qui de par leurs activités polluent excessivement la nature et l’environnement. 

Selon greenwashing.fr

Cependant, le S de Energies semble superflu. En 2019, pour 1 baril d’énergie renouvelable, Total produit 447 barils d’énergie fossile. Et la multinationale n’est pas près d’arrêter. Entre 2026 et 2030, Total prévoit de réserver 80% des investissement à l’extraction de gaz et pétrole.

Pour savoir plus : https://glasgowagreement.net/en/collapse_total/

Une expérience sensorielle totale

Ce samedi, Extinction Rebellion Lille @xrlille, aidé par Youth For Climate Lille @youthforclimatelille, a décidé de s’attaquer à Total, en s’en prenant aux banques qui financent encore Total tout en connaissant sa passion pour les énergies fossiles.

Quelques chiffres : Le Crédit Agricole possède 9,7 milliards de dollars d’actifs dans la compagnie pétrolière. BNP Paribas et le Crédit Agricole ont investi respectivement 7,3 milliards et 6 milliards de dollars dans ses projets d’extraction.

Photo de la devanture du Crédit Agricole par Helene Decaestecker

Les quelques 60 militants divisés en groupe se sont donc répartis les différentes banques et ont traversé Lille de banque en banque, barbouillant les vitrines de faux pétrole et collant des affiches pour sensibiliser le public. Bien que le barbouillage et le collage ne dure que 5 minutes, certains passants s’arrêtent et posent des questions, preuve que l’action fonctionne.

Ils se sont ensuite tous rassemblé devant le Crédit Agricole rue de Béthune, pour le final. Ce dernier était sous forme d’une pièce de théâtre mettant en scène deux hommes d’affaires versant du pétrole sur deux jeunes femmes sans défense, et deux banquiers qui demandaient aux passants de venir les aider à investir dans les énergies fossiles. Très vite, une foule s’est rassemblée autour de la pièce et les lillois se sont intéressés au message.

Le final constituait une expérience sensorielle totale. Pour la vue et l’odeurs, les fumigènes noirs donnaient l’impression d’être dans un nuage de pollution. Pour l’ouïe, deux militants se chargeaient de scander les revendications du Glasgow Agreement, et lorsque l’un deux criaient « Extinction », le reste des rebelles répondait « Rébellion ». Enfin, pour le goût, il y avait cette amertume de voir des passants rire au visage des activistes.

Heureusement, d’autres passants s’arrêtent et s’intéressent à la cause. La mission d’Extinction Rebellion est donc accomplie : peut-être ont-ils convaincu plusieurs lillois de changer de banque, peut-être ont-ils recruté de nouveaux rebelles. En tout cas, leur message est passé.

Pour résumer l’action, j’utiliserai cette citation :

Nous devons faire s’effondrer Total pour éviter un effondrement total.

The Glasgow Agreement

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L'île de Lille Out of the closet

[Photoreportage] Transgender Day of Remembrance [20/11/2021]

Le 20 novembre de chaque année nous rappelle que les personnes transgenres ne sont pas en sécurité dans notre société. Le Transgender Day of Remembrance (la journée du souvenir transgenre en français) commémore tous les ans, dans le monde entier, les personnes transgenres qui ne sont plus de ce monde à cause de la transphobie. Suicide, assassinat, viol, les personnes transgenres sont constamment agressées par & dans notre société transphobe. C’est la transphobie d’Etat qui tuent chaque année toujours plus de personnes transgenres. C’est la transphobie médicale qui pèsent dans la mort de nos adelphes. En cette année la plus meurtrière, environ 200 personnes se sont retrouvé.e.s Place de la république (Lille) pour commémorer le décès des 375 adelphes dont nous déplorons le suicide ou l’assassinat en cette année 2021.

En hommage à nos mort.e.s, l’Etat a fermé les yeux.

Prise de parole faite pendant le rassemblement.

Anaëlle Charlier a photographié pour vous ce moment intime, poignant et bouleversant. Ces quelques photos illustrent un hommage, mais aussi le point de départ d’une lutte pour nos adelphes trans qui ne fait que commencer.

Texte de Loïs Hamard & Evann Hislers

Photos de Anaëlle Charlier

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Out of the closet Podcasts

[Critique] A Good Man, la parentalité trans au cinéma

Le 10 novembre 2021 est sorti en salles le film A Good Man, un film scénarisé, produit et réalisé par Marie-Castille Mention-Schaar. Il s’agit du premier film français sur le sujet de la parentalité des personnes trans. Il a cependant reçu beaucoup de critiques sur les réseaux sociaux, car le personnage principal, Benjamin, un homme trans, est joué par une femme cisgenre. Encore une fois, les acteurs et actrices trans ne sont pas mis.e.s en avant dans les films grand public. J’ai donc décidé d’aller le voir en salles, afin de pouvoir vous donner mon point de vue.

Un podcast animé et réalisé par Jeanne Defert.

Retranscription écrite du podcast

Jingle d’introduction « Behind the society : le podcast »

Jeanne, animatrice :

Aujourd’hui, dans le nouveau podcast de Behind The Society, je vais vous parler du dernier film que j’ai vu au cinéma. Le mercredi 10 novembre 2021 est sorti en salles le film A Good Man, un film produit, scénarisé et réalisé par Marie-Castille Mention-Schaar.

Personnellement, je l’avais remarqué quelques semaines avant sa sortie, et pas forcément sous son bon angle car il a reçu beaucoup de critiques sur Tweeter, notamment en ce qui concerne son actrice principale, une femme cis, Noémie Merlant, qu’on retrouve par exemple dans Portrait de la jeune fille en feu. Mais voilà, le problème c’est que Noémie Merlant, elle joue le rôle d’un homme trans.

En effet, A Good Man, c’est le premier film français qui parle de la parentalité des personnes trans, et en l’occurrence, de Benjamin, un jeune homme trans, en couple avec une femme, Aude, jouée par Soko, qui ne peut pas avoir d’enfant : c’est donc Benjamin qui va décider de le porter. 

Alors, mon avis, sans avoir vu le film, était vraiment partagé : à la fois, c’est l’occasion enfin d’évoquer le parcours de vie des personnes trans et leur parentalité, mais c’est aussi grandement dommage de ne jamais inclure d’acteurs et d’actrices trans dans les films grand public, comme celui-ci qui sort au ciné. J’avais vraiment du mal à me décider sur le sujet alors j’ai décidé d’aller le voir au cinéma, pour pouvoir mieux vous en parler.

Transition musicale 

Le premier lundi après la sortie du film, à 18h05, on est deux dans la salle et c’est parti pour ce film sélectionné par le festival de Cannes 2020. Il faut aussi savoir qu’il a été inspiré de faits réels.

On rentre alors dans la vie quotidienne de Benjamin, infirmier sur une petite île en Bretagne, qui vient de déménager d’Aix en Provence car il ne s’y sentait pas bien.

Alors attention, si vous voulez voir le film j’ai quelques triggers warning à vous annoncer avant : accouchement, grossesse, transphobie et également homophobie.

On voit que Benjamin a une relation un peu conflictuelle avec sa mère, sa famille en général. Et un jour, son frère, qu’il n’a pas vu depuis longtemps, lui rend visite. Benjamin et Aude sont très proches de leur neveu, et on se rend compte qu’ils désirent vraiment avoir un enfant mais qu’Aude se sent très mal de ne pas pouvoir le porter.

On se rend enfin compte lors d’une consultation avec une docteure que Benjamin était en fait en grande réflexion intérieure puisqu’il annonce que c’est lui qui portera l’enfant.

On a beaucoup de flashbacks dans le film qui montre Benjamin avant qu’il ait fait sa transition à son entourage, et qui retrace son histoire avec Aude.

Donc lorsque Benjamin décide de porter leur enfant, Aude considère que c’est un sacrifice, mais Benjamin ne voit pas ça comme ça : c’est leur seule chance d’avoir un enfant et il est prêt à arrêter la testostérone pour l’avoir, sans vraiment savoir comment il va se sentir par rapport à lui et au regard des gens.

Lors d’une consultation avec une docteure, celle ci lui dit que porter un enfant, c’est une action vue comme exclusivement réservée à la femme dans la société.

Extrait du trailer

Mais Benjamin lui répond que : « Non ça ne remet pas en question sa transition. Il n’est pas moins un homme parce qu’il a un utérus et c’est parce qu’il se sent bien en tant que Benjamin qu’il est prêt à avoir un enfant. »

On suit donc le parcours de leur PMA, les rendez vous etc., et tout ça se passe à Bruxelles car je vous rappelle que la loi française interdit aux hommes trans de porter un enfant s’ils ont changé leur état civil.

Le problème pour Benjamin, c’est qu’arrêter la testostérone laisse à nouveau la place aux hormones féminines naturelles, ce qui s’annonce compliqué à gérer pour lui. C’est donc un parcours très compliqué qui se dessine.

Et je vais m’arrêter là pour le résumé pour vous laisser la possibilité de découvrir le film par vous même.

Transition musicale

Au final, mon avis sur le film est assez mitigé, même en sortant de la salle, je ne savais pas trop quoi en penser.

Le film est émouvant, surtout les 20 dernières minutes, je ne vais pas vous mentir, mais je vous avoue que j’ai eu du mal à m’attacher aux personnages, notamment du fait que Benjamin, le personnage principal soit joué par une femme cis.

Du coup, je suis allée m’informer sur Twitter, où beaucoup de personnes ont décidé de boycotter le film du fait de, encore une fois, le choix de l’actrice. Mais j’ai également trouvé les tweets d’une personne faisant partie du collectif Représentrans, un collectif qui recense les acteurs et actrices trans, et donc cette personne a pu discuter avec la réalisatrice sur son choix d’acteur. Je cite ses tweets :

L’équipe du film a rencontré des membres de Représentrans. On a longuement parlé, plusieurs hommes trans ont eu des longs entretiens avec la réalisatrice, zr ils ont fait des retours sur le scénario.
Pour ce qui est de l’actorat, il suffit de chercher sur Twitter pour savoir qu’un directeur de casting cis qui a des liens avec la commu a refusé de bosser sur le film et a donc fermé une porte très importante qui aurait permis à plus d’acteurs trans de passer le casting.
Des acteurs trans ont refusé le rôle parce qu’il y avait des scènes pré transition.
Lors de la séance Représentrans, la réalisatrice a expliqué ce choix : elle pense ces scènes nécessaires pour que le public cis comprenne le chemin de Benjamin comme celui du couple. Acceptable ou non, c’est à chacun de juger. 

Mon avis final est donc assez partagé, je pense que le mieux c’est que vous alliez le voir par vous même car ce film n’a pas que des points négatifs : au delà de la grossesse et de la transidentité, c’est un très beau film pour les relations amicales et familiales, en plus de ça, les paysages sont très beaux puisque ça a été tourné sur l’île de Groix en Bretagne. Petit bonus aussi pour la bande son qui est assez cool.

Liens utiles et ressources

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Ani’maux

Barbaque : une comédie romantique qui a du mordant

Une comédie romantique qui a du mordant. Si vous êtes anémique, Barbaque est le film parfait pour vous car je vous garantis que vous ferez le plein de viande rouge.

Un film qui m’était destiné

Pour placer le contexte, j’aimerai me présenter. Je suis étudiante, apprentie journaliste, écolo et surtout végétarienne depuis bientôt deux ans. Je milite chaque jour pour une cause que j’aime et que je trouve juste. Vous vous doutez bien que j’ai bondi de mon siège quand j’ai vu pour la première fois la bande annonce non censurée de Barbaque. Ce film sorti le 27 novembre 2021 réalisé par Fabrice Eboué met en scène un couple de boucher joués par Fabrice Eboué et Marina Foïs. Jusque-là, pas de soucis, mais ça se complique. Les deux personnages vivent une période difficile ; le business tourne lentement et un froid s’installe entre eux. Pour couronner le tout, un groupe de végans militants extrémistes viennent détruire leur commerce. Une chose en entrainant une autre, le boucher tue l’un des militants et le transforme en produit de boucherie. Sa femme vend par accident un morceau de végan et les client.e.s adorent ! Pour faire court, le couple se met à chasser les végans de la région, ont un succès fou à la boucherie, et ravivent la flamme dans leur couple.

Avant de visionner le film et n’ayant eu que le synopsis comme écrit au-dessus, j’étais très réticente. J’avais peur que le film représente très mal la communauté végan et normalise les violences faites aux membres de cette communauté.

Un bon film français comme on les aime

Mes peurs à propos du film ont disparu dès que le film a commencé. En effet, le film est tellement lourd et potache qu’il est impossible de le prendre au sérieux. Fabrice Eboué atteint un niveau de second degré et d’humour noir rarement vu. Les personnages sont des gens très simples d’esprit et délivrent parfois des blagues transphobes et sexistes.

Le film est effectivement une comédie. La maladresse des personnages entraine des rires et les spectateurs rient bruyamment. J’ai moi-même craqué et je me suis détendue, me laissant porter par l’humour noir du film et décidant de ne pas trop prendre le film au sérieux.

Fabrice Eboué disperse pleins de clin œil à travers le film. Christophe Hondelatte joue lui-même dans les émissions type « Faites entrer l’accusé » que regardent Sophie tard le soir. Un petit clin œil que les plus concentrés d’entre vous remarquerons, tous les personnages présentés dans l’émission ont un nom composé de deux prénoms comme nos deux personnages principaux : Sophie et Vincent Pascal, et un surnom cliché : « Les bouchers de Melan », « L’équarisseur de Brest », …

Une esquisse de discussion

Malgré tous ses défauts, le film présente tout de même une discussion, comme l’a annoncé Fabrice Eboué lors de son interview à Quotidien le 18 octobre 2021. Evidemment, les personnages ne deviennent pas végan à la fin du film, bien qu’on pourrait avancer l’argument tiré par les cheveux que manger des humains implique qu’ils ne soutiennent plus l’industrie de la viande.

L’échange qui s’effectue est entre les deux personnages principaux, Vincent et Sophie, et leurs amis Marc et Stéphanie qui eux possèdent une chaine de boucheries. Vincent et Sophie se font humilier au début du film par leurs amis car ceux-ci ont un succès fous et étalent leur richesse, vendant de la viande pas chère et dans des quantités industrielles. Mais ne vaux-t-il mieux pas acheter sa viande chez un petit boucher, qui connait des producteurs et se fournit en local ?

Quand leur boucherie gagne en popularité et qu’ils regagnent bien leur vie, Vincent et Sophie, désormais plus confiants grace à leur succès avouent à leur amis ce qu’ils pensent vraiment d’eux : leur viande est de mauvaise qualité, bourrée de produits chimiques et d’OGM.

Une vision cliché des personnes végans

Malgré les bonnes références qui font sourire et une réelle problématique concernant la consommation de viande, le film reste fondé sur des clichés, présentant une images des personnes végan sursimplifiée. N’oublions pas que Fabrice Eboué est humoriste et que ce n’est pas son premier galop. On peut retrouver sur YouTube son premier sketch sur les végan, qui pose les bases de Barbaque. Le comédien joue sur des clichés mais le public à l’air d’aimer ça. Il parle d’antispécisme et déclare que si les hommes et les animaux sont égaux, cela signifie qu’il a les mêmes capacités qu’une huitre, puis imite une huitre pendant quelques secondes qui m’ont parues des heures. Il joue sur les extrêmes pour faire rire, comme dans Barbaque.

Si Barbaque a éveillé votre curiosité sur le sujet, je vous conseille alors de mener vos propres recherches sur les sujets du véganisme et de antispécisme.

Tous les végans ne sont pas militants extrémistes, tous ne sont pas antispécistes. On peut être végan, végétalien, végétarien ou pesco-végétarien pour de nombreuses raisons. Le véganisme et l’antispécisme se ressemblent et ont un gros terrain d’entente, mais ne sont pas identique.

Pour en savoir plus sur antispécisme :

https://behind-the-society.fr/2021/11/01/antispecisme-veganisme-associations-et-parti-politique-comment-sorganise-le-mouvement-de-liberation-animale-en-2021/

Très peu d’entre-eux sont aussi lourds que Lucas, le gendre de Vincent et Sophie, qui est particulièrement énervant. Il avance des arguments clairement écrit spécialement pour le film. Par exemple, il refuse le vin car selon lui, des milliers de petits insectes sont écrasés avec le raisin. Alors oui, le vin végan existe, mais pas pour cette raison, et il ne m’a fallu qu’une petite recherche pour le savoir. Le vin n’est pas végan car, lors de la vinification, les viticulteurs « collent » le vin avec de la colle de poisson ou du blanc d’œuf. Evidemment, Lucas n’est qu’un personnage mais il représente mal la communauté, et bien heureusement !

Pour finir cet article sur une note positive, j’aimerai pointer une blague simple mais efficace qui m’a énormément plu, délivrée par Marina Foïs lorsqu’elle dine dans un restaurant végan. Pourquoi le menu propose-t-il des plats nommés comme des plats carnés : Kebab de pois chiche, steak de lentilles ou bacon de carottes, alors qu’on ne verra jamais des bouchers vendre des aubergines de boeuf ou des salades de porc ?

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Behind The Arras Film Festival : lycéen.ne.s de Bully-les-Mines

Pour le dernier épisode de la série Behind The Arras Film Festival, nous sommes allés à la rencontre des petites mains du festival qui réunit chaque année spectateurs.trices, acteurs.trices, réalisateurs.trices à Arras.

Portrait de lycéen.ne.s

Iels ont entre 16 & 19 ans, lycéen.ne.s à Bully-les-Mines, iels sont aux côtés des spectateurs.trices pendant toute la durée du festival. Iels ont accepté.e.s, entre deux séances, de répondre à nos questions.

Iels s’appellent Honorine, Sofia, Kilian ou encore Clara, ces lycéen.ne.s des classes de première & de terminale d’Accueil Relations Clients & Usagers (ARCU) s’exercent à leur futur métier lors du Arras Film Festival.

Accueil des spectateurs.trices, contrôle des billets ou encore des pass sanitaires, guide file, responsable du placement ou du comptage des spectateurs.trices, les lycéen.ne.s occupent les postes un à un durant le festival.

Laure Nicolle, leur professeure de lettres-histoire les accompagne quotidiennement, fière d’être à l’origine du partenariat créé en 2015 entre le lycée & le festival. Une organisation bien rodée est la recette de la réussite de cette collaboration, « on se complète très bien entre les élèves du lycée et les bénévoles adultes » souligne la professeure.

Monsieur le maire d’Arras, Frédéric LETURQUE, a rencontré les élèves de terminales.

Dans ce métier d’accueil, l’apparence est primordiale, les lycéen.ne.s le savent. Pour se préparer à ce festival, iels ont bénéficié d’intervention sur l’importance de la tenue & de la mise en beauté : « on a fait venir une esthéticienne pour leur expliquer comment se maquiller » explique Laure Nicolle. Le costard est aussi de mise, autant au festival qu’au lycée lors d’une journée où iels doivent venir apprêté.e.s.

Les recommandations des lycéen.ne.s

Entre deux tenue de postes, les lycéen.ne.s ont l’opportunité d’assister à des projections. Certain.e.s d’entre elleux repartiront ainsi dimanche avec des étoiles plein les yeux comme Honorine qui a eu la chance de prendre la pause avec Nadège Beausson-Diagne, récemment à l’affiche de Chère Léa, un film de Jérôme Bonnell que Farid, en classe de première aussi, a adoré.

Honorine a rencontré Nadège Beausson-Diagne au Arras Film Festival.

Les lycéennes de terminales Estelle, Clara & Sofia quant à elles, retiennent le film de Pascal Eboué, On est fait pour s’entendre qui sortira en salle le 17 novembre 2021.

Bande-annonce du film On est fait pour s’entendre de Pascal Eboué, sortie au cinéma le 17 novembre.

Loïs Hamard

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Behind The Arras Film Festival : Sébastien, projectionniste

Pour le deuxième épisode de la série Behind The Arras Film Festival, nous sommes allés à la rencontre des petites mains du festival qui réunit chaque année spectateurs.trices, acteurs.trices, réalisateurs.trices à Arras.

Portait d’un projectionniste

Sébastien Aubert est projectionniste au Arras Film Festival, il a accepté de répondre aux questions de Behind The Society.

Dans la vie de tous les jours, Sébastien Aubert est projectionniste dans une salle de cinéma municipale en Normandie. Il vient pour la première fois au AFF en remplacement d’un collègue. Ce n’est pas son premier festival, il a l’habitude d’en recevoir dans sa salle et de participer à quelques-uns comme celui de Gérardmer ou La Roche-sur-Yon.

Pour lui, le Festival du Film d’Arras est une bonne expérience, « les gens du Nord sont exceptionnels et ici on se sent vraiment au même niveau que les autres personnels, il n’y a pas de hiérarchie » ajoute-t-il.

Zoom sur le travail d’un projectionniste

Le travail de Sébastien n’est pas que de lancer des films, comme on pourrait le croire. Les projectionnistes doivent assurer une véritable surveillance tout au long de la projection. Il doit aussi régler les éventuels problèmes de matériel et gérer la logistique des films. Après une projection, les films doivent être rendus aux régisseurs. Il doit également gérer les stocks des serveurs dans chacune des salles, car ils n’ont pas une capacité de stockage infinie (et les fichiers contenant les films pèsent très lourd).

Vous ne le saviez sans doute pas, mais les fichiers numériques envoyés aux cinémas ne sont pas lisibles directement. Les distributeurs chiffrent les films afin d’éviter le piratage et la modification des images avant projection. Le DCP (Digital Cinema Package) qui contient tous les fichiers informatiques d’un film (les images, sons, sous-titres…), doit être décrypté à l’aide d’une KDM (Key Delivery Message), envoyée par le distributeur. Celle-ci permettra d’exploiter les fichiers dans une version précise, dans une salle précise et pour une durée précise. S’occuper des KDM est l’un des (nombreux) rôles du projectionniste.

À la question, quel est le film que vous avez préféré au festival, Sébastien nous répond qu’il n’en a pas vraiment : « à 99 % du temps, je ne vois que des passages ». Selon lui, le projectionniste est comme un « maître-nageur », il doit veiller à ce que tout se passe bien, mais ne prend jamais vraiment part à l’expérience. De plus, les cabines de projection n’offrent pas tout le temps une vue exceptionnelle sur l’écran et les systèmes de sonorisation ne sont parfois composés que d’une enceinte, histoire de voir (ou plutôt d’entendre) que tout fonctionne bien.

Malgré tout, il aimerait beaucoup visionner l’animé Belle, du réalisateur japonais Mamoru Hosoda, qui a également réalisé Les enfants loups en 2014. Le film raconte la vie de Suzu, adolescente timide, qui se transforme dans le monde virtuel en « U », une chanteuse avec plus de 5 milliards d’abonnés.

Bande-annonce du film Belle de Mamoru Hosoda, sortie au cinéma le 29 décembre 2021.

Evann Hislers

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Behind The Arras Film Festival : Auxane, bénévole

Pour le premier épisode de la série Behind The Arras Film Festival, nous sommes allés à la rencontre des petites mains du festival qui réunit chaque année spectateurs.trices, acteurs.trices, réalisateurs.trices à Arras.

Portrait d’une bénévole

Auxane Bruni a 23 ans, depuis 2 ans elle est bénévole au Arras Film Festival. Elle a accepté, entre deux séances, de répondre à nos questions.

Auxane habite à Arras depuis 5 ans, elle passait devant ce grand chapiteau sur la Grand-Place d’Arras sans se poser trop de questions. Et un jour, accompagnée d’amis, elle y est rentrée. C’est là que cette étudiante en arts du spectacle a commencé à donner de son temps pour l’organisation du festival. Depuis 2019, pendant une dizaine de jours, elle participe à l’accueil des spectateurs, au placement dans les salles, aux débats pendant les séances et à tout ce qui touche à l’organisation. Elle est un véritable « couteau suisse« , qui « court partout entre les deux cinémas », le Megarama et le Casino, qui projettent les films du festival.


Amatrice de cinéma depuis l’enfance, passion transmise par son père, elle voit le festival comme un bon moyen de visionner des films et d’avants-premières gratuitement. « En plus, ici on voit des films qu’on ne voit pas partout » ajout-elle. Le festival a d’ailleurs été principalement créé pour faire découvrir et mettre en valeur les divers talents cinématographiques européen.

Elle insiste aussi sur l’expérience humaine incroyable qu’est le festival tant au niveau des rencontres avec les spectateurs qu’avec les autres bénévoles. Pour elle qui se prédestine au métier de coiffeuse ou maquilleuse dans les spectacles vivants, le festival est aussi une opportunité de rencontrer des personnes proche de son secteur.

Que vous soyez disponible quelques heures par jour entre deux cours, une journée complète ou pendant toute la durée du festival, vous pouvez proposer votre aide ! Plus d’infos sur le site du festival.

À la question, quel est le film que vous avez préféré au festival, Auxane nous donne deux titres : le documentaire Animal de Cyril Dion et le film d’animation Où est Anne Frank ! de Ari Folman.

Ces deux films m’ont mis une claque.

Auxane Bruni, bénévole au AFF.

Le film de Cyril Dion était un électrochoc, encore plus que son premier film Demain. « Ce film remet en cause tout ce que l’on pense, et en même temps, il propose des solutions » ajoute-t-elle. Le film était suivi d’une rencontre avec Cyril Dion et l’un des participants au documentaire, le jeune Vipulan Puvaneswaran qui a particulièrement marqué Auxane : « il a une conscience écologique extraordinaire, c’est vraiment ce qui m’a le plus marqué » remarque-t-elle, « ce film me donne envie de faire plus de choses pour le climat« .

Bande-annonce du film Animal de Cyril Dion, sortie au cinéma le 1er décembre.

Le second film, Où est Anne Frank ! d’Ari Folman est une adaptation du Journal d’Anne Frank. Kitty, son amie imaginaire, à qui était dédié le journal, a pris vie dans l’Europe d’aujourd’hui. Kitty se lance donc à la recherche d’Anne accompagnée de son ami Peter qui vient en aide aux réfugiés. Elle se retrouve donc dans notre Europe d’aujourd’hui, et tentera de redonner au message d’Anne Frank sens, vie et espoir. Auxane a apprécié ce film, car il met en parallèle une situation historique et la situation migratoire d’aujourd’hui. Ces films pour elle sont puissant et révélateur de notre époque. Elle les conseille à toutes et à tous.

Bande-annonce du film Où est Anne Frank ! d’Ari Folman, sorti au cinéma le 9 juillet 2021.

Evann Hislers

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Out of the closet Podcasts

[Portraits de vie] Derrière les thérapies de conversion, des victimes marquées à vie

Alors que les débats à l’Assemblée nationale se sont conclus par l’adoption de la proposition de loi visant à interdire les thérapies de conversion, Behind The Society revient sur les conséquences désastreuses que ces pratiques ont sur les personnes qui les subissent. Ces thérapies qui prétendent guérir l’homosexualité ou la transidentité, sont motivées par des raisons religieuses ou pratiquées par des thérapeutes auto-proclamés.

Jade est une victime de thérapie de conversion. De ses 8 à 12 ans, elle a subi des violences physiques et psychologiques visant à modifier son identité de genre. Douches froides, masculinisation forcée et coups ont été son quotidien pendant quatre ans. Au micro de Behind the society, elle revient sur son expérience et plus particulièrement sur les conséquences psychologiques que ces pratiques ont eu et continuent d’avoir sur elle.

Notre invitée : Jade Whirl, une femme transgenre, victime de thérapies de conversion au cours de son enfance.

Un podcast animé et réalisé par Maxence Grunfogel.

Retranscription écrite du podcast

Jingle d’introduction « Behind the society : le podcast »

Maxence, animatrice :

Après l’Equateur, le Brésil, Porto Rico, Malte, l’Allemagne et une partie de l’Espagne, c’est au tour de la France de légiférer en la matière : l’interdiction des thérapies de conversion.

C’est une proposition de loi de la République en marche qui a été adoptée par l’Assemblée nationale le mardi 5 octobre dernier. Le but de la future loi proposée par la députée Laurence Vanceunebrock est de créer un délit spécifique interdisant les dénommées thérapies de conversion, et les punir de deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende. Pour le moment, le vide juridique spécifique aux thérapies de conversion rend difficile le dépôt de plainte, les victimes ne sachant pas vers qui se tourner ou à quel titre porter plainte.

L’expression « thérapies de conversion » est née aux Etats-Unis dans les années 1950 et renvoie à un ensemble de pratiques visant à modifier l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne. Ces thérapies se basent sur le postulat que l’homosexualité et la transidentité sont des maladies qu’il conviendrait de guérir. Elles peuvent être organisées par des religieux ou des thérapeutes auto-proclamés, et prendre la forme d’entretiens, de stages, d’exorcisme ou encore de traitements par chocs électriques, se rapprochant parfois de dérives sectaires.

Jade, l’invitée :

Je m’appelle Jade, je suis une femme trans de 35 ans. Pour le moment je vis en France mais je suis de nationalité belge, j’ai pas mal bougé au cours de ma vie pour pouvoir commencer ma transition.

Transition musicale

Maxence :

Jade est une victime de thérapie de conversion. De ses 8 à 12 ans, elle a subi des violences physiques et psychologiques visant à modifier son identité de genre. Douches froides, masculinisation forcée et coups ont été son quotidien pendant quatre ans. Au micro de Behind the society, elle revient sur son expérience et plus particulièrement sur les conséquences psychologiques que ces pratiques ont eu et continuent d’avoir sur elle.

Jade :

Les thérapies de conversion, c’est un ensemble de pratiques coercitives qui vise à corriger l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne non cis ou non hétéro. Il y a plusieurs types de thérapies de conversion, il y a les thérapies médicales ; les thérapies religieuses. Dans mon cas, ce que j’ai subi c’était une thérapie de conversion médicale, donc comportementale, qui a été dirigée par un psychologue et qui nécessite, comme la plupart des thérapies de conversion, le soutien de la famille ou des proches. Ça a commencé quand j’étais enfant, un peu après mes huit ans. J’avais fait une première tentative de coming out qui m’a valu de me faire bully. C’est remonté jusqu’à la direction de l’école, j’ai fait une crise d’anxiété à l’idée d’y retourner. On a exigé que j’aille voir un psychologue avant de reprendre les cours et c’est ce psychologue qui a plus ou moins diagnostiqué ma transidentité et qui a décidé que je serais plus heureuse si on la détruisait, et qui a donc impliqué mes parents dans un ensemble de pratiques visant à me masculiniser. Donc ma mère me rasait la tête de force, malgré mes protestations ; on m’a fait regarder des films avec une représentation transphobe pour me dégoûter de la transidentité ; on m’a imposé un régime quasi militaire d’exercices pour me muscler, me masculiniser, apprendre les arts martiaux. Si jamais je me rebellais, c’était des punitions physiques : des douches d’eau glacées, des coups, des privations… Ça a duré pendant presque quatre ans. A côté de ça, il y a le reste de la famille qui a été impliqué, mon oncle et ma tante notamment. Ma tante qui m’a fait lire, soi-disant pour m’apprendre l’anglais, un ouvrage pour continuer à me dégoûter d’être une femme trans, pour me faire comprendre que tout le monde me verrait toujours comme un monstre si je décidais d’être une femme trans. Et toute cette violence, toutes ces pratiques, ont duré de mes 8 ans et demi jusqu’à l’été de mes 12 ans.

Transition musicale

Maxence :

Vous parliez notamment de conséquences psychologiques, parce qu’on parle beaucoup des déroulés de ces thérapies de conversion mais on parle un peu moins de toutes les conséquences psychologiques qu’il peut y avoir derrière pour les personnes qui subissent ces thérapies. Quelles sont-elles ces conséquences ?

Jade :

Elles sont dévastatrices. Les thérapies de conversion, faut intégrer que votre identité, que ce soit votre orientation sexuelle ou votre identité de genre, est monstrueuse et honteuse. Mais c’est pas quelque chose sur laquelle on a un contrôle, donc on en vient à avoir honte de qui on est, de nos pensées, avoir honte d’exister. On développe des mécanismes pour cacher qui on est, on est dans la création d’une personne, on est dans le masking. A côté de ça, ça a développé énormément d’anxiété sociale, de traumatismes. Ça augmente considérablement les risques de dépression et de tendances suicidaires. C’est une des raisons pour lesquelles il y a très peu de personnes trans qui ont subi une thérapie de conversion enfant qui sont encore là pour en parler. C’est vraiment dévastateur. Un des premiers éléments qui s’est développé chez moi en plus de mon anxiété, c’était des phobies sociales. D’abord la blemmophobie donc la peur du regard des autres, je me sentais très mal au milieu de mes pairs donc ça m’a énormément isolée. Et par la suite j’ai développé des mécanismes de défense où quand quelqu’un devenait un petit peu proche de moi, je m’éloignais parce que j’avais peur de la proximité, peur qu’elle découvre qui j’étais. Donc j’étais vraiment dans ce mécanisme de défense toute ma vie, et ça a énormément impacté ma sociabilisation et mon développement, en plus de me donner des tendances suicidaires. J’ai fait plusieurs TDS (tentatives de suicide) toute mon enfance, jusqu’à la fin de ma vingtaine. 

Maxence :

L’Assemblée nationale a adopté la proposition de loi visant à interdire les thérapies de conversion le 5 octobre dernier. Comme rappelé au début du podcast, elle vise à créer un délit spécifique interdisant ces pratiques et les punir de deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende. Les peines encourues pourront être portées à trois ans et 45 000 euros si la victime est mineure ou si les faits sont commis par un ascendant ou sur Internet.

Pour le moment, la législation française n’inclut pas de délit dans le code pénal, mais des moyens juridiques indirects permettent d’interdire de telles pratiques. Par exemple, les victimes de thérapies de conversion peuvent saisir la loi pour harcèlement sexuel ou moral, violences physiques et psychologiques, torture ou encore séquestration. Ces pratiques peuvent aussi être incriminées du délit d’abus de faiblesse lorsqu’elles sont assimilées à des dérives sectaires et au charlatanisme. Créer un délit spécifique permettrait, selon la députée Laurence Vanceunebrock, que les victimes soient reconnues comme de vraies victimes de thérapies de conversion, et non pas d’autres faits. Aussi, la proposition de loi fixerait un interdit social, permettant une visibilisation de la problématique et une meilleure prise en charge des victimes. Reste un hic, les thérapies de conversion sons très souvent insidieuses et discrètes, allant jusqu’à prendre une autre dénomination pour être dissimulées. Que penser de cette proposition de loi ?

Jade :

Alors en fait la proposition de loi est passée par l’Assemblée nationale mais doit encore passer au Sénat pour être complètement adoptée. C’est une bonne avancée, c’est quelque chose qui aurait du être fait il y a des années. Malheureusement, pour moi il y a beaucoup d’amendements qui auraient été intéressants qui ont été rejetés, notamment sur la prévention scolaire. Mais, elle pose de bonnes bases en tout cas pour criminaliser ces pratiques. Maintenant, le fait de voir les débats à l’Assemblée ça a été particulièrement violent parce que beaucoup de députés étaient là pour avancer un agenda transphobe, c’est-à-dire exclure les personnes trans du ban des thérapies de conversion, pour pouvoir continuer à exercer ces pratiques contre nous. Donc voir cet agenda au niveau de l’Assemblée nationale, ça a été particulièrement violent. Et je dois dire que j’appréhende beaucoup de revoir les discussions au niveau du Sénat, où cet agenda pourra être poussé encore plus fort. Et j’ai peur que la loi soit bloquée à ce niveau-là, ou qu’encore une fois on prenne en otage les personnes LGB (lesbiennes, gays, bisexuel.les) en disant que si on n’exclut pas les personnes trans, la loi ne passera pas. Donc j’ai à la fois de l’espoir et beaucoup d’angoisse par rapport à la prochaine étape. Maintenant, si elle passe telle quelle, elle permettra de poser d’excellentes bases pour que les associations puissent s’organiser, se porter en tant que partie civile et accompagner les anciennes victimes et également, faire de la prévention au maximum contre ces pratiques. Donc, j’espère vraiment qu’elle passera, au moins en l’état.

Jingle de fin

« C’était Behind the society : le podcast, une série d’épisodes à retrouver sur Deezer, Spotify, Apple Podcasts et Google Podcasts. »

Liens utiles

  • Spotify
  • @JadeWhirl sur Twitter
  • Instagram : @behindthesociety.media
  • Twitter : @behindtsociety

Ressources

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Aux urnes citoyen.ne.s À votre santé !

Comment les réseaux sociaux piratent votre cerveau ?

Une poignée de personnes, la plupart des hommes blancs qui ont entre 25 et 35 ans, contrôlent la façon dont des milliards de personnes utilisent leur temps. Cela peut paraître fou, et pourtant, c’est bien la vérité. À la Silicon Valley, en Californie, des centaines de personnes sont payées pour vous rendre addict.

En 2002, le docteur en sciences sociales Brian Jeffrey Fogg publie Using Computers to Change What We Think and Do, que l’on peut traduire littéralement par Utiliser les ordinateurs pour changer ce que l’on pense et ce que l’on fait. Dans son livre, il pose les bases d’une nouvelle science, la captologie, qui est la science de l’informatique et des technologies numériques comme outil d’influence ou de persuasion des individus (Wikipédia). Autrement dit, c’est la science qui vous rend accro.

Aujourd’hui, les pirates de l’attention comme les appellent Lorraine de Foucher dans un article du Monde, utilisent les faiblesses psychologiques pour nous faire changer d’avis et rester le plus longtemps possible sur les médias sociaux. Heuresement, des employés de la Big Tech s’insurgent contre ces pratiques, qui détruisent notre capacité à nous concentrer. Tristan Harris, un ancien employé de Google ira même jusqu’à envoyer une présentation à tous ses collègues, dans le but de leur expliquer à quel point ils jouent un rôle important. Je m’appuierai donc sur sa présentation, A call To Minimize Distraction & Respect Users’ Attention, pour expliquer les procédés les plus couramment utilisés pour nous rendre accro.

Les mauvaises prévisions

Tristan Harris commence sa présentation par les mauvaises prévisions. On ne parle pas ici de la météo, mais des intitulés, pour la plupart mensongers, utilisés par les grandes entreprises de la Silicon Valley.

Quand on reçoit une notification X vous a tagué dans un post, la question qu’on se pose avant de cliquer sur la notification (même si en vérité, on ne réfléchit pas bien longtemps…) c’est : Est-ce que j’ai envie de voir cette photo ? alors que la bonne question serait plutôt : Est-ce que j’ai vraiment envie d’interrompre ce que je suis en train de faire et passer les 20 prochaines minutes de ma vie à scroller mon fil Insta ?

Quand on partage une vidéo sur Facebook, est-ce que l’on clique sur Partagez la vidéo ou Faire perdre 10 minutes à X amis ?

Quand on clique sur l’une des recommandations YouTube, celles juste à droite de la vidéo qu’on regarde, est-ce que l’on clique sur une vidéo suggérée ou sur une vidéo qui nous feras coucher à 3 heures du mat’ ?

Évidemment, les médias sociaux y perdraient à être plus honnête.

Les récompenses imprévisibles

Les machines à sous sont les jeux qui rapportent le plus aux casinos. Et pour cause, les récompenses imprévisibles sont les plus addictives et les plus difficiles à stopper. Pourquoi ? Car on ne sait jamais quand nous allons gagner. Et c’est cela qui nous motive à rafraichir sans cesse notre boîte mail ou à regarder toutes les 3 minutes notre téléphone quand on attend une réponse de notre crush. On cherche ce petit shoot de dopamine, l’hormone du bonheur, de la motivation et de l’addiction.

L’exemple le plus flagrant et le plus présent est sans doute le feed ou le fil d’actualités. Il fonctionne lui aussi sur le même principe qu’une machine à sous. Quand vous jouez et que vous gagnez, vous recevez un shoot de dopamine. Vous associez cette action au plaisir et continuer à jouer. Le feed, c’est le même principe. Vous scrollez et tombez sur une publication qui provoque chez vous une émotion (positive ou négative). Vous recevez un shoot de dopamine. Et cela vous motive à scroller, pour recevoir un nouveau shoot. Et la boucle est bouclée.

La peur de rater quelque chose, le FOMO

En 1996, le docteur Dan Herman est le premier à utiliser le terme FOMO pour Fear Of Missing Out, la peur de rater quelque chose. Aujourd’hui, le FOMO est un syndrome courant : plus de 69 % des millennials disent l’avoir déjà expérimenté. Le FOMO, c’est ce que l’on peut ressentir quand on voit, sur Instagram, nos amis faire la fête sans nous. C’est aussi ce qu’on ressent quand on n’a plus de réseau et que l’on a vraiment peur de rater une info hyper importante (alors qu’en réalité, il ne se passe rien). Le FOMO est donc évidemment très lié au développement des réseaux sociaux, qui nous connectent toutes et tous, 24 h / 24, 7 jours sur 7, pour le meilleur, et pour le pire.

Vidéo humoristique sur le FOMO de la chaîne YouTube américaine CollegeHumor.

L’échelle FOMO par Przybylski et ses collègues (2013) propose de noter de 1 à 5, allant de pas du tout d’accord à tout à fait d’accord ces items. Plus le score est élevé, plus vous êtes atteint du syndrome FOMO.

  1. J’ai peur que les autres aient plus d’expériences plus gratifiantes que les miennes.
  2. J’ai peur que mes amis aient plus d’expériences plus gratifiantes que les miennes.
  3. Je deviens anxieux quand je trouve que mes amis s’amusent sans moi.
  4. Je deviens anxieux quand je ne sais pas ce que font mes amis.
  5. C’est important pour moi de comprendre les blagues de mes amis.
  6. Parfois, je me demande si je ne passe pas trop de temps à me demander ce qu’il se passe.
  7. Cela me dérange de rater une opportunité de voir mes amis.
  8. Quand je passe de bons moments, c’est important pour moi de les partager en ligne.
  9. Quand je rate quelque chose qui été planifié avec les autres, cela me dérange.
  10. Quand je vais en vacances, je continue de regarder ce que font mes amis.

Przybylski et ses collègues ont observé que, plus le score FOMO est élevé, plus les probabilités de regarder son téléphone au volant, d’être distrait en cours ou d’être moins satisfait dans la vie sont élevées. L’étude montre aussi que le FOMO se produit généralement plus chez des personnes qui ont un manque de confiance en soi.

Les médias sociaux utilisent donc le FOMO : par le biais des sons de notifications, des témoins lumineux sur votre écran ou tout simplement celui-ci qui s’allume. Votre téléphone tente d’attirer votre attention par tous les moyens possibles. C’est ce qui rend le FOMO encore plus inévitable.

Paroles de repentis

Sean Parker, ami de Mark Zuckerberg et ancien président de l’entreprise, a dévoilé lors d’une conférence comment Facebook consomme votre temps et de votre attention. Votre cerveau « envoie des petits shoots de dopamine quand quelqu’un like votre post, photo ou commentaire. Cela vous pousse à produire plus de contenus et vous entraîne dans un cercle de validation sociale ». Cependant, la recherche de validation sociale est normale : nous cherchons à être évalué par autrui, ce qui nous permet de valider ou non, l’estime que l’on a de soi. Sauf que les réseaux sociaux le font de manière instantanée et systématique, à travers le nombre de likes, d’amis ou de vues. Ce qui ne fait pas que des heureux.ses… Chamath Palihapitiya, l’ancien vice-président de Facebook ajoute que « les cercles de validation sociale, induits par la dopamine, détruisent le fonctionnement de notre société ». Il ajoute : « à cause de vos comportements, vous êtes programmé inconsciemment. C’était accidentel, mais maintenant, c’est à vous de décider combien de votre intelligence vous avez envie de perdre. » Et pour terminer, Palihapitiya dit ne plus utiliser « cette merde » qu’est Facebook. Pour terminer, Justin Rosenstein, co-créateur du bouton Like, s’est également repenti. Il a déclaré trouver ce bouton « dangereux » et collabore désormais avec le Centre pour une technologie humaine (Center for Humane Technology), co-créé par Tristan Harris, qui rassemble des anciens de la Big Tech autour du projet de créer une technologie plus humaine.

Quel avenir en perspective ?

Heuresement, des personnes se battent pour créer une technologie plus humaine. Le Centre pour une technologie humaine est soutenu par des centaines d’employés de la Big Tech, dont Chris Hughes, un des co-fondateurs de Facebook, Evan Sharp, le cofondateur de Pinterest ou encore John Zimmer, président de Lyft. Ce centre tente de rassembler les technologues, les politiques et les citoyens, pour créer une technologie plus humaine, réellement au service de l’homme et qui soutiendrait notre bien-être.

Des entreprises essayent également de construire une technologie plus sûre. C’est le cas de Potential, entreprise basée à Berlin, qui devrait d’ici à quelques mois mettre à disposition une application permettant de mieux gérer son temps sur son smartphone. Pour leur communication, ils ont essayé d’imaginer à quoi pourrait ressembler un iOS humain.

Et voilà à quoi il pourrait ressembler :

Sur l’App Store, vous pourriez voir les entreprises qui utilisent vos faiblesses psychologiques. Vous pourriez désactiver les fonctions les plus chronophages comme l’autoplay, les fils d’actualité infinis (en les transformant en pages) ou encore recevoir vos notifications à un horaire précis. Vous pourriez aussi décider de déverrouiller Twitter après avoir marché 5000 pas. En bref, avec cet OS, vous auriez le choix.

L’équipe de Potential termine par un message non sans espoir à Apple :

Des changements pareils pourraient améliorer la vie de millions de personnes – les aider à être plus concentré, à mieux dormir, à être plus heureux, et à mener une vie avec plus de sens. C’est le moment de remettre les entreprises basées sur l’addiction à leur place. Vous pouvez le faire, peut-être mieux que n’importe quelle entité dans ce monde. Le ferez-vous ?

L’équipe de Potential

Evann Hislers