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Féministes tant qu'il le faudra L'île de Lille

Savoir écouter, c’est déjà aider

Durant le premier confinement en mars 2020, le quotidien de millions de Français.e.s a basculé et les habitudes de chacun.e ont été modifiées. Mais les violences faites aux femmes, elles, ne se sont jamais arrêtées. Selon l’ONU, en France, les signalements ont augmenté de 30% pendant cette période. Face à cette situation, différentes associations décident de mettre en place des points d’écoute dans les centres commerciaux pour donner un soutien à ces femmes qui ne savent pas vers qui se tourner ni même si elles ont le droit de sortir de chez elles. 

Face à l’affluence que connaît le lieu, le point d’écoute Nina et Simon.e.s à Villeneuve-d’Ascq  est pérennisé et a reçu plus de 1900 personnes depuis sa création. Rencontre avec Guillemette Stevens, une des intervenantes, sexologue et conseillère conjugale de formation. 

Présentation du point d’écoute Nina et Simon.e.s

Le point d’écoute est financé par la direction régionale aux droits des femmes et dépend de la préfecture de région. Les personnes qui y travaillent sont soit des salarié.e.s soit des bénévoles, à plein temps ou à temps variable. Plusieurs professionnel.le.s se trouvent donc sur place : conseillers.ères conjugalles.aux, psychologues, juristes, travailleurs.euses socialles.aux, des bénévoles expert.e.s. 

L’accueil, l’écoute et l’orientation sont donc l’essence de ce lieu. À l’intérieur, des posters de Nina Simone et de Simone Veil en référence au nom du point d’écoute. Mais aussi des fauteuils, des livres et films féministes et surtout un endroit caché par des tissus afin que toutes les personnes souhaitant se confier puissent le faire en se sentant à l’aise. C’est l’un des points fondamentaux pour les intervenant.e.s : créer un endroit sans jugement, à l’abri des regards et bienveillant. 

Focus sur celles et ceux qui se rendent au point d’écoute

Les profils des personnes sexisées victimes de violences qui s’y rendent sont très variés, certain.e.s viennent après plusieurs années de violences, d’autres sont en plein milieu de la procédure et viennent pour des conseils, d’autres encore viennent dès le début. Mais la plupart de ces personnes sexisées sont déjà passées plusieurs fois devant le lieu avant de prendre la décision d’entrer et de venir parler. Le point d’écoute accueille aussi des personnes en questionnement sur leur identité de genre ou leur sexualité. Le nom du lieu étant écrit en écriture inclusive, les hommes aussi peuvent venir parler, qu’ils soient cisgenres, transgenres ou non binaires. 

Selon Guillemette, ces personnes sexisées qui entrent au point d’écoute ont choisi de parler de leur situation et n’ont donc pas trop de mal à se confier. Les intervenant.e.s exercent l’écoute active ce qui permet à ces personnes de prendre conscience qu’elles sont victimes de violences. Les personnes sexisées minimisent souvent ce qui leur arrive, cela est notamment dû aux violences psychologiques qu’elles ont subies. Passée cette étape, elles sont orientées vers des associations (pouvant être les associations partenaires) qui s’adaptent à leurs besoins : relogement, réinsertion professionnelle, mise en contact avec la justice etc. Mais le plus important est de toujours avancer selon le rythme de la personne. 

L’important rôle des associations face à un budget national médiocre face aux inégalités

Toutes ces actions menées par les différentes associations prennent d’autant plus de sens que le budget alloué au Ministère des droits des femmes dans le cadre du programme « Égalité entre les femmes et les hommes » n’était que de 27 millions d’euros, soit 0,0066% du budget global en 2016 selon le Haut conseil à l’égalité. 

Le rôle des associations est donc central en France, notamment pour les personnes sexisées victimes de violences physiques et sexuelles. Guillemette regrette que ce soit les associations qui fassent le travail de l’État. Le point d’écoute Nina et Simon.e.s bénéficie gratuitement de sa cellule mais les associations ont des budgets inégaux.

Quelles sont les autres alternatives ?

Selon Guillemette, certains comptes Instagram ou chaîne Youtube font également avancer les choses en postant des contenus militants, les médias deviennent également de plus en plus sensibles à ces questions. Mais cela ne semble pas être une solution durable puisque c’est tout un changement de mentalité qui est à opérer afin de stopper les violences faites aux personnes sexisées et d’observer une réelle égalité entre les genres.

Pour Guillemette il n’y a pas de secret, la solution se trouve dans l’éducation. La mise en place effective de la loi de 2001 qui impose d’avoir au moins trois fois par an, du CP à la terminale, des séances dédiées à la vie affective et sexuelle permettrait déjà d’opérer une avancée dans les mentalités. Si cela était fait, des notions comme le consentement, l’égalité et le respect s’installeraient plus tôt dans les esprits. 

Malgré un certain découragement, une note d’espoir

La situation est parfois décourageante pour les intervant.e.s, si certains pensent que le féminisme n’a plus son utilité en France, il faut rappeler que 90 femmes sont mortes d’un féminicide depuis le début de l’année, que 93 000 femmes sont victimes de viol ou de tentative de viol par an  et que 32% des femmes ont déjà subi du harcèlement sexuel au travail (NousToutes). Les actualités récentes comme les restrictions à l’avortement au Texas ou encore la situation des femmes Afghanes nous rappellent que les droits des femmes sont constamment menacés.

Comme le disait Simone de Beauvoir : «  N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique, ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question ». 

Mais Guillemette remarque tout de même une certaine évolution dans les mentalités, elle qui a mené des actions dans les écoles auparavant, constate qu’il y a dix ans les jeunes filles avaient totalement intégré le patriarcat et trouvaient cela normal d’être jugées quant à leurs tenues ou de se faire insulter gratuitement. Elle remarque que cela est beaucoup moins le cas aujourd’hui, notamment après Me Too. 

Merci à Guillemette Stevens pour son temps et sa bienveillance ainsi qu’à toutes les associations présentes au point d’écoute Nina et Simon.e.s qui ont mis en place un endroit sûr, chaleureux et surtout utile.

Pour aller plus loin…

Numéro 3919

Toutes les informations concernant le point d’écoute Nina et Simon.e.s : https://www.villeneuvedascq.fr/point-daccueil-et-decoute-nina-et-simones

Site de l’association Solfa, une des associations partenaires : https://www.solfa.fr