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Sportive : une place rare dans un monde d’hommes

En ce 24 janvier, journée internationale du sport féminin, nous posons notre loupe sur le monde des sportives. Compétitions moins diffusées, sportives moins payées, sous-représentation dans les compétitions mixtes, sexualisation des sportives, violences sexistes & sexuelles, c’est le lot des athlètes féminines dans notre monde actuel. À l’occasion de cette journée, Behind The Society se penche sur la place de ces femmes dans un monde dominé & dirigé par des hommes. Ce qui est d’autant plus le cas dans le monde du football que nous avons analysé grâce à notre rencontre avec Marine Pattyn, footballeuse depuis dix ans.

Football féminin VS Équipe féminine de football

Pour certain.e.s, la nuance est moindre, il s’agit de jouer sur les mots, tandis que pour d’autres, c’est l’illustration des discriminations sexistes.

« Le fait de dire football féminin ça sous-entend que le football c’est pour les garçons, que le football que font les femmes c’est une sous-discipline. »

Marine, 18 ans, attaquante à Hénin-Beaumont (R1)

Les propos de Marine sont justes, ils résonnent & expriment tout le poids qu’ont les mots. Le fait de parler de football féminin, c’est d’admettre qu’il existe un football masculin, que ce sont deux sports différents selon le sexe de celui ou celle qui court après le ballon.

Footballeuse depuis dix ans, Marine est attaquante à Hénin-Beaumont. Le sexisme, elle le voit dès les mots qu’on emploi pour parler de sa discipline.

« L’appellation football féminin c’est réduire notre sport à une autre discipline moins importante que le football que font les hommes. »

Marine, 18 ans, attaquante à Hénin-Beaumont (R1)

Réduire l’exploit physique à sa condition de femme, c’est ce que fait la société en permanence. Les gestes peuvent être beaux, la technique peut être parfaite, la tactique peut être élaborée, les frappes peuvent être dirigées à la perfection, cela n’en restera pas moins réalisé par une femme, c’est ce que la société retiendra : « elle a de la force pour une femme », « elle court bien vite pour une femme », « elle laisse passer beaucoup de buts aujourd’hui, elle a ses règles ? »

Parité & mixité : des clefs d’égalité entre binarité des genres, stéréotypes sexistes & ode à l’union ?

Les Jeux Olympiques 2024 représentent la première compétition mondiale qui respecte la parité : 10 500 athlètes qualifié.e.s parmi lesquel.le.s il y a autant de femmes que d’hommes.

Les mentalités évoluent, c’est ce que les grand.e.s à la tête du monde du sport nous font passer comme message : la parité aux JO, c’est le résultat d’une évolution des pensées sur l’égalité entre les femmes & les hommes, c’est la porte d’entrée aux discussions pour rendre cette parité universelle, que ce soit dans le monde du sport, dans le monde politique ou ailleurs.

Avancer sur l’égalité entre les femmes & les hommes est une chose, défaire la binarité des genres de notre société en est une autre. Dans le sport comme partout ailleurs : les femmes & les hommes sont séparé.e.s, on est soit dans une case, soit dans l’autre, il n’est pas question d’en sortir, il n’est pas envisageable de créer une troisième équipe. Les mentalités évoluent, c’est un fait, la parité – imposée ou non – en est une preuve, mais où est donc l’égalité pour les personnes qui sont bien loin de cette binarité ?

« Il ne faut pas faire de distinction entre les filles & les garçons, il faut montrer qu’on peut très bien jouer ensemble, qu’une fille peut aussi bien jouer qu’un garçon. »

Marine, 18 ans, attaquante à Hénin-Beaumont (R1)

Fusionner les équipes, abattre la catégorisation des athlètes selon leur sexe, organiser des évènements ensemble, c’est là l’enjeu de la mixité : c’est de pouvoir avancer dans l’égalité à tel point que les barrières construites socialement entre les sexes depuis l’enfance soient abattues. Pourtant, entre celleux qui pensent que les femmes courent moins vite & que les hommes ont plus de puissance, que les femmes sont des chochottes & que les hommes sont plus techniques, il y a un réel pas à faire pour déconstruire ce sexisme ordinaire, cette rhétorique des stéréotypes de genre qui envahissent le monde du sport.

Le football féminin n’existe pas, tout comme il n’existe pas de football masculin, & ainsi de suite pour tous les autres sports possibles & imaginables. Comme chaque individu, certaines femmes & certains hommes ont des capacités différentes, mais leur sexe n’y est pour rien.

Ouvrir la porte du sport aux femmes : la dernière priorité d’une société sexiste conditionnée aux micro-agressions

Combien de petites filles ont été jugées parce qu’elle voulait jouer au ballon rond plutôt que d’enfiler un tutu ? Combien de petites filles ont entendu « ce n’est pas un sport pour une jolie petite comme toi » lorsqu’elles ont demandé à faire du football ? Autant de petites filles à qui l’on a apprit que c’était un sport de garçons, qu’elles allaient se faire mal, que la danse c’était plus beau.

« On ne voulait pas me faire la passe, on ne voulait pas jouer avec moi, je rigolais moins avec eux parce que j’étais une fille. »

Marine, 18 ans, attaquante à Hénin-Beaumont (R1)

Quand bien même une fille arrive à se hisser sur le terrain, encore faut-il réussir à contrer les remarques sexistes. Peu importe l’âge, c’est l’isolement qui domine l’arrivée dans le monde du football, Marine raconte, elle qui a commencé dans un petit club familial où l’équipe féminine n’existait pas encore.

« Quand tu arrives au city et que tu es une fille parmi pleins de garçons, ils se disent mais « elle fait quoi là celle-là » ! »

Marine, 18 ans, attaquante à Hénin-Beaumont (R1)

Ces micros-aggressions sont intériorisées, elles sont quotidiennes, banales, tellement répandues que ça en devient normal de les vivre : les filles sont considérées comme nulles, toisées dès qu’elles arrivent sur un terrain, moquées & infantilisées à la moindre erreur, proies des paternalistes présents dans le milieu.

Visibilité, rémunération, reconnaissance, audition… des écarts monstrueux entre les équipes féminines & masculines

Tous les clubs ne possèdent pas d’équipes féminines, semblables aux déserts médicaux on peut en trouver à l’encontre des sportives. Enfants, les sportives pratiquent avec les sportifs, mais leur professionnalisation & leur avenir est compromis : les compétitions à destination des sportives sont plus rares, moins diffusées, les postes peuvent se faire rares, bien plus complexe à atteindre que pour les sportifs. Cette différence cruciale & déterminante dans la vie des sportives, Marine Pattyn nous en parle via le prisme du football : c’est un tourbillon, une spirale, un chien qui se mort la queue.

« Il n’y a pas de différence entre le fait d’être une fille qui fait du football & le fait d’être un garçon qui fait du football : les deux ont autant travaillé, les deux ont autant de mérite. C’est pas normal qu’il y ait autant d’écart de salaires ! »

Marine, 18 ans, attaquante à Hénin-Beaumont (R1)

Gâtée d’une petite diffusion par rapport aux équipes masculines, les équipes féminines engendrent moins de revenus donc héritent d’un salaire moins élevé – sans compter la taxe rose & les inégalités salariales déjà présentes partout dans la société – elles sont là davantage ancrées : un transfert à 200 millions d’euros pour un grand footballeur c’est normal, une aussi grosse somme pour une footballeuse c’est impensable.

Violences sexistes & sexuelles : des traumatismes qui n’échappent pas au monde du sport

« Ça fait peur, on se dit que ça leur est arrivé comme ça pourrait nous arriver à nous aussi, ça fait peur parce qu’on n’est pas forcément en sécurité alors qu’on n’a rien fait. »

Marine, 18 ans, attaquante à Hénin-Beaumont (R1)

Une jeune footballeuse lyonnaise dénonce anonymement en 2019 Yoan D., l’entraîneur des U16, pour harcèlement sexuel ; la footballeuse Hope Solo accuse Sepp Blatter d’agression sexuelle en 2013 ; Sarah Abitbol dénonce Gilles Beyer, son ancien entraîneur pour plusieurs viols dans son livre Un si long silence (Stock, 2020), Christophe Millet est lui accusé de plusieurs agressions sexuelles sur quatre nageuses de haut niveau à la fin des années 1980.

Ces victimes qui prennent la parole, qui dénoncent, qui se battent, ce sont quelques-unes parmi des milliers d’autres, qui ont dénoncé leurs agresseurs ou qui vivent encore sous leur emprise. Le monde du sport n’est pas immunisé, il n’empêche en rien les agresseurs de sévir. L’omerta qui subsiste dans notre société autour des violences sexistes & sexuelles ne fait que protéger davantage les agresseurs face à des personnes en danger que personne n’écoute.

« Ça joue sur l’impression de sécurité de beaucoup de joueuses, de sportives. »

Marine, 18 ans, attaquante à Hénin-Beaumont (R1)

Ce n’est pas un fléau, c’est la réalité. La réalité de ces vies ôtées majoritairement par une personne ayant autorité. Chaque victime, chaque accusation est différente, mais dans ce monde du sport si hiérarchisé, si réputé & exigeant, les schémas d’abus de pouvoirs se multiplient. Une grande partie des accusations portées – peu importe la discipline – concerne un homme disposant d’une certaine autorité, d’un statut reconnu, qui lui permet de faire argument d’autorité le plus facilement possible sur de jeunes femmes, souvent des adolescentes, des sportives prometteuses repérées, formées, parfois éloignées de leur entourage via des parcours de sport-études ou de formation de haut niveau. Ces schémas de violence, si présents dans le monde du sport, il représente la domination masculine par excellence de par un mélange entre abus d’autorité & dépendance affective & professionnelle.

« Ça pourrait m’arriver, nous arriver à n’importe quel moment aussi, il n’y a rien qui nous protège de ça. Il faut toujours se méfier & encore plus dans ce milieu-là mais ce n’est pas normal ! »

Marine, 18 ans, attaquante à Hénin-Beaumont (R1)

L’espoir, c’est ce qui tient Marine, celui selon lequel les évolutions que connaissent la société depuis plusieurs années se poursuivent, qu’elles prennent davantage de place & aient plus de répercussions pour faire changer les choses en profondeur & sur la durée.

« Il faut que les mentalités changent, que les gens arrêtent d’avoir ces préjugés comme quoi les filles sont moins fortes que les garçons au football. »

Marine, 18 ans, attaquante à Hénin-Beaumont (R1)

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