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Féministes tant qu'il le faudra

2020 : bilan d’une année historique pour 5 militant.e.s féministes

Si l’on vous demande de nous parler de l’année 2020, beaucoup d’entre vous évoquerez la crise sanitaire, la Covid-19 qui est rentrée dans nos vies. À Behind The Society, on préfère parler de l’année 2020 sous un autre angle, sous une vision militante, avec un œil engagé. Retour sur une année 2020 historique pour les luttes féministes. Rencontre avec Noé, Shanley MC, Farah*, Chloé Madesta & Tay Calenda.

Impunité des violences sexistes & sexuelles : une spécialité à la française

L’année 2020 a commencé en grande pompe : alors que la cérémonie des Césars avait déjà fait du bruit en 2019 lors de l’annonce des nominé.e.s, elle en a fait davantage le 28 février, le soir de la cérémonie. Tay Calenda, photographe italienne vivant à Paris, n’a pas loupé une miette de cette soirée. Elle n’était pas dans la salle Pleyel, mais dehors, aux côtés des militantxes du collectif Collages Féminicides Paris présentxes pour dénoncer la glorification du réalisateur Roman Polanski pour son film J’accuse alors qu’il est accusé à douze reprises de viols ou agressions sexuelles.

On sentait la colère de la foule composée de femmes et de minorités de genre. Iels n’ont pas eu peur de s’attaquer aux barrières qui protégeaient le red carpet, à rester et à crier leur colère. J’ai senti une vraie unité.

Tay Calenda , photographe, à propos de l’action du 28/02 autour de la salle Pleyel.

Il faut croire que l’impunité dont profite Roman Polanski, le réalisateur à la douzaine de victimes, est une spécialité française. C’est ce que l’on pourrait penser face à la nomination de Gérard Darmanin au ministère de l’intérieur & d’Eric Dupont-Moretti au ministère de la justice.

Nommer un violeur comme premier flic de France, c’est dur de faire plus clair comme bras d’honneur à toutes les victimes. C’est du même acabit que si Macron avait craché personnellement au visage de toutes les victimes de violences, d’agressions sexuelles et de viols.

Farah*, colleuse à Lille, à propos du remaniement ministériel.

À lire : La claque, par Caroline de Haas sur Mediapart

Chloé Madesta, ancien.ne colleuxse à Paris déplore le remaniement ministériel & les hommes qui ont été promus :

Le fait que Dupont-Moretti soit à la justice est extrêmement problématique : on est sur un avocat qui est le défenseur historique des auteurs de féminicides, il s’est moqué du harcèlement de rue, il se moque des violences sexuelles en permanence, il fait preuve d’une misogynie intolérable à pleins d’égards.

Chloé Madesta, activiste intersectionnel.le à propos du remaniement ministériel

L’homme qui viol est le même qui réalise, qui dirige, qui chante, qui préside, qui enseigne, qui écrit. Comment est-ce encore possible que des accusations pour violences ne stoppent pas l’ambition d’un homme ? Au contraire, elle en est épargnée, mise à l’abri, séparée & chérie.

C’est un énorme backlash au sens de réponse à toutes les mobilisations & toute la ferveur féministe, c’est comme un retour de bâton & de ligne qui est assez cohérent avec la ligne de Macron qui est un projet de durcissement de la répression & de répression des libertés fondamentales.

Chloé Madesta, activiste féministe à propos du remaniement ministériel.

Pour Tay, il est évident « qu’on n’a pas mal d’autres agresseurs qui nous dirigent », cela fait une raison de plus pour « atteindre des postes de pouvoir pour faire changer profondément le système ». C’est la seule & ultime solution : monter dans la société, & changer tout ça, ne surtout pas reprendre la même pour ne pas recommencer, mais bien pour changer.

« Au demeurant, [Gérard Darmanin] est un excellent ministre du budget. » Ces paroles sont irréalistes, les entendre au micro de FranceInfo le 12 juin dernier de la bouche de Nicoles Belloubet, alors ministre de la justice, est encore plus douloureux pour les victimes de violences sexuelles. Dédouaner un homme accusé de viol par son travail de qualité, c’est ce Nicoles Belloubet a fait. Aux paroles sexistes, une riposte féministe : c’est l’action que plusieurs collectifs français ont menée en scandant « au demeurant, mon violeur est un très bon [insérez un mot le qualifiant]. »

À lire : Le plus dur, c’est l’impunité, par Caroline de Haas sur Mediapart

C’est assez parlant que les seuls cas de pédocriminalité dont on parle ce soient des personnes très médiatisées comme Polanski, Matzneff etc alors que lorsque l’on parle de pédocriminalité – & d’inceste – ce sont vraiment des histoires qui sont vécues par des millions de personnes en France dans l’ombre. On est sur 2 à 3 enfants par classe de 30 victimes de pédocriminalité en France aujourd’hui.

Chloé Madesta, activiste, à propos de l’ampleur de la pédocriminalité en France.

À lire : Inceste : « Dire « non » au père est encore très difficile », par Cécile Daumas

L’année 2020 a marqué les esprits de par les nombreuses révélations qu’elle a accueilli, notamment dans le milieu du sport avec le témoignage de Sarah Abitbol dans Un si long silence duquel en a découlé des centaines, des milliers.

Dans la lignée du témoignage de Sarah Abitbol qui accuse son ancien entraîneur de viol lorsqu’elle avait 15 ans, mais aussi des accusations menées contre Roman Polanski, la France s’est emparée du sujet de la pédocriminalité & de ses victimes.

La pédocriminalité est terriblement banalisée puisqu’à chaque fois on essaye de dédouaner ces grands personnages médiatiques au prétexte de leur génie artistique, de leur position médiatique etc. C’est un exemple flamboyant d’à quel point la pédocriminalité est un sujet qui n’est pas investi ni politisé dans nos sociétés.

Chloé Madesta, activiste, à propos de l’impunité des pédocriminels.

À suivre : @deconstruction.pedocriminalité sur Instagram

Confinements & crise sanitaire : un contexte favorable aux violences

C’était inattendu, mais ça a déterminé toute notre année 2020. L’épidémie de coronavirus a impacté notre quotidien, elle l’a bouleversé, elle n’a pas eu un impact que sur l’économie du pays ou la pollution de l’air, elle a aussi marqué les schémas de violences systémiques.

Ce sont les femmes, les minorités de genre & les enfants qui ont pâti de la situation, enferméxes avec leur agresseur.

Farah*, colleuse lilloise, à propos des violences intrafamiliales pendant le confinement.

Alors que la pollution française s’est retrouvée confinée pendant plusieurs semaines, que les écoles ont fermées leurs portes & que le télétravail s’est démocratisé, les familles se sont retrouvées entre elles, pour le meilleur & pour le pire, sans qu’une quelconque solution soit ne serait-ce que discutée & encore moins mise en place pour faire face aux violences conjugales & intrafamiliales.

Le numéro vert pour les agresseurs qui était ouvert à davantage d’heure que le numéro pour les victimes de violences c’était le point final d’un gouvernement qui n’en a rien à foutre des violences sexistes intrafamiliales.

Noé, colleureuse, quant aux moyens dédiés aux victimes de violences pendant le confinement.

À lire : Un rapport montre la nette augmentation des violences intrafamiliales pendant le confinement par Mathieu Dejean, sur les Inrockuptibles

Le peu de fois où nous pouvions sortir de chez nous, les violences sexistes & sexuelles continuaient à nous suivre : le harcèlement de rue a flambé pendant le premier confinement grâce aux rues désertes dont profitaient les agresseurs pour agir en toute impunité face à une victime d’autant plus vulnérable & sans grandes chances d’obtenir de l’aide extérieure.

Il y avait des témoignages qui s’accumulaient sur les réseaux sociaux de personnes qui disaient « mais, vous avez remarqué que quand on sort les hommes sont en chasse ? », dès qu’ils voient une femme dans la rue on se fait harceler, tu avais toujours des hommes qui chassaient.

Shanley MC, militante féministe à propos du harcèlement de rue pendant le confinement.

Avec la pandémie & pendant le confinement, ce sont des odes à la minceur qui ont fleuris partout dans notre société. La peur du relâchement liée à l’isolement, d’enfouir ses émotions dans la nourriture, de passer des heures dans le canapé sans rien à faire & les stéréotypes du laisser-aller sans coiffeurs.euses ni salle de sport ont alimentés une grossophobie déjà bien installée dans la société française.

Pendant des semaines, on a vu des lives instagram de séances de sport, des publicités pour des régimes & des personnalités qui appelaient à prendre soin de nous, de préparer notre corps pour l’été, tant de comportements qui n’ont fait que renforcer la grossophobie ambiante de cette situation anxiogène.

On voit toujours les mêmes corps à la télé, sur les mannequins, c’est toujours des mannequins qui font du 34. Si ton corps ne ressemble pas à ceux-là, tu te sens mal, alors que voir des corps d’autres personnes qui ont des bourrelets, des vergetures, qui font du 42, ça fait du bien parce qu’on se dit « ok la norme ce n’est pas le 34 », c’est juste que tous les corps sont beaux.

Noé, colleureuse, à propos de la visibilité des corps diversifiés.

Le confinement, il a aussi mit pause sur des mouvements de luttes entiers, reposés sur la réappropriation de la rue : les collages. Loin d’être en panne d’idées, les féministes ont fait preuve d’ingéniosité & ont fait naître un mouvement virtuel. À défaut de coller dans la rue, sur le chemin du supermarché ou de l’école, les collages se sont invités sur les monuments & les ponts grâce à des images personnalisés.

Le monde numérique : chat noir des combats féministes

Les hommes n’ayant plus la rue pour nous faire du mal, ils utilisent les réseaux sociaux comme arme de domination.

Shanley MC, militante féministe à propos du sexisme pendant le confinement.

Avec le confinement, l’isolement dans le domicile familial, l’arrêt des cours & le manque de distractions, d’occupations & de relations sociales, nous avons toustes augmenté considérablement notre temps passé sur les écrans à la recherche d’un passe-temps, d’un échappatoire : les réseaux sociaux ont largement répondus à cette attente. Que ce soit pour occuper une journée sans qu’aucun cours ne soit prévu sur Zoom ou alors pour échanger avec des proches sans lesquel.le.s nous vivons, les réseaux sociaux ont été pris d’assaut pendant le confinement.

Si les réseaux sociaux & l’espace du cyber a pu être approprié pour le travail, créer de nouveaux liens sociaux etc, ça a aussi été un espace où logiquement les cyberviolences ont explosées.

Shanley MC, militante féministe, co-créatrice de l’association StopFisha.

La flambée d’utilisation des réseaux sociaux n’a pas épargné les victimes des schémas d’oppressions, elle n’a fait que les torturer un peu plus, notamment avec les comptes fisha. Shanley, co-fondatrice de l’association Stop Fisha qui vise à lutter contre ces comptes & à accompagner le victimes – autant émotionnellement que juridiquement – nous explique ce que sont ces comptes, ce qu’ils font.

« Un compte fisha, c’est l’incarnation du sexisme » : alors que beaucoup parlent de revenge porn, Shanley n’est pas en accord avec ce terme problématique, elle « préfère parler de diffusion d’images intimes sans le consentement, et encore, [elle] trouve que ça ne souligne pas la violence de l’agression.« 

C’est une agression méconnue, banalisée, voire même justifiée, & le terme de revenge porn veut tout dire, il signifie « se venger de quelque chose, de quelqu’un.e », comme si c’était la personne qui l’avait provoqué et qui en est coupable à l’origine alors que non !

Shanley MC, co-fondatrice de l’association StopFisha à propos du terme revenge porn.

Le problème va plus loin que cela, ce ne sont pas que des images intimes, des « nudes » qui ont été envoyées puis diffusées, c’est « aussi de la pédopornographie, il y avait des femmes à qui on retirait leur voile et on les affichait sur ces comptes-là, il y avait aussi beaucoup de mysoginoire, c’était un bordel sans nom !« 

Les comptes fishas ont explosé au point où il y en avait un par région, par ville, il y avait fisha du Havre, fisha du 95, fisha Lille & c’est même allé jusqu’en Belgique, c’était l’enfer.

Shanley MC, militante féministe, co-créatrice de l’association StopFisha.

L’ampleur des comptes fishas était hallucinante, des raids de signalements étaient organisés par les militantxes pour faire supprimer ces groupes, ces comptes aux milliers d’abonné.e.s qui diffusaient les noms, les adresses, les numéros de téléphone de leurs victimes pour en faire des paria, pour mener des campagnes de harcèlement à leur encontre, dans le but de détruire sa réputation au lycée ou d’envoyer ses photos intimes aux proches de la victime.

La vie cyber est très marginalisée, ce qui se passe dessus est tellement déligitimé, je pense que c’est pour ça qu’il y a eu une non-réaction totale. C’est aussi parce que ça concerne les femmes & que les réseaux sociaux sont complètement complices des violences exercées à l’encontre des femmes sur leurs plateformes.

Shanley MC, militante féministe, co-créatrice de l’association StopFisha.

Dans le cadre des actions menées par StopFisha, Shanley & ses adelphes ont eu un rendez-vous avec Cédric O, chargé du numérique, mais force est de constater que « la réponse fut assez faible. » Les moyens n’ont pas été débloqués, & leurs revendications n’ont pas obtenus de consolation alors qu’elles sont urgentes, vitales pour les victimes. « On avait plusieurs revendications dont le fait d’augmenter les effectifs de Pharos – la police du numérique – mais ils ne nous ont jamais écoutés là-dessus.« 

Se retrouver & se réapproprier la rue : l’art des collages

Les collages, ces messages qui ont émergés en août 2019, un soir dans Paris, & qui ont fait le tour du monde depuis, avec des centaines de villes françaises qui collent & une vingtaine de pays du monde qui ont rejoint le mouvement.

Le fait d’être un groupe qui déambule dans les rues avec la même haine pour le patriarcat, le capitalisme et tout ce qui en découle, ça donne un sentiment d’invincibilité.

Farah*, colleuse lilloise.

Les collages, ces messages qui sont nés avec la volonté de dénoncer les féminicides & qui sont aujourd’hui les porteurs des luttes intersectionnelles de différents mouvements : ça va du personnel hospitalier aux personnes de la communauté lgbt+.

Le fait de coller est hyper cathartique, souvent la frustration et la colère prennent trop de place, alors je transmets ces émotions dans les slogans, le pinceau, la peinture et les grands coups de brosse sur les murs.

Farah*, colleuse lilloise.

Les collages, c’est l’arme de réappropriation que des centaines de personnes utilisent, il est question de se réapproprier la rue, celle qui est si souvent minée pour les personnes sexisées, celle où l’on ne se sent pas en sécurité, celle où l’on est agressé.e.s.

Avant de passer de « l’autre côté » j’étais en mode fangirl de ces personnes qui bravent la loi avec leur seau et leurs brosses en main pour que des personnes se sentent plus fortes et moins seules quand elles marchent dans la rue.

Farah*, colleuse lilloise.

Féminicides : toujours plus d’appels à l’aide mais toujours aussi peu de moyens

Si on n’avait toujours pas compris que le gouvernement faisait passer ses intérêts capitalistes avant nos vies & notre sécurité, au moins maintenant c’est clair.

Farah*, colleuse lilloise à propos du manque de moyen alloué aux victimes de violences.

« 98 féminicides conjugaux », c’est le tragique décompte de l’année 2020. À cela s’y ajoute les 11 travailleurs.euses du sexes & les 2 personnes transgenres tuées.

112 vies ont été arrachées, 112 familles ont été traumatisés par ces meurtres.

112, c’est le chiffre que l’on retiendra de l’année 2020, c’est un chiffre qui aurait pu être moindre, si les moyens avaient été données, si les cris avaient été entendus, si les plaintes avaient été prises.

On ne peut tout simplement pas mettre fin à ces violences sans argent, nous c’est tout ce qu’on attend : c’est de l’argent, c’est des moyens financiers et pas des réunions politiques de communication comme des grenelles et des tables rondes parce qu’on en a assez fait, maintenant ce qu’on veut c’est de l’argent.

Chloé Madesta, activiste, quant au manque de moyens pour lutter contre les féminicides.

À lire : «Féminicides, mécanique d’un crime annoncé», par Caroline de Haas sur Mediapart

Utilisons les collages pour faire honneur, pour rendre hommage, pour se remémorer les victimes & réclamer les moyens nécessaires pour faire en sorte qu’il n’y en ait pas d’autres.

À la mémoire des 112 victimes de l’année 2020, le collectif Collages Féminicides Paris s’est réuni au 44 rue Bouvier dans le 11ème arrondissement de Paris pour coller en leurs noms. Au même titre que la session qui avait été organisé au même endroit, à la fin du mois d’août 2020, en mémoire des victimes de féminicides depuis un an, soit depuis le début du mouvement parisien.

On est en train de courir un marathon, il faut savoir quand foncer et quand ralentir, et réaliser que le but ne va pas être atteint tout de suite ou facilement.

Tay Calenda, photographe militante, à propos de la lutte contre les féminicides.

À regarder : Mémorial des victimes du patriarcat, par Judic Perrot & le collectif Collages Féminicides Paris

Le grenelle n’a rien donné, les promesses n’ont pas été tenues, la « grande cause du quinquennat » a été enterrée, les positions du gouvernements ont été claires : l’année 2020 aura au moins eu ce mérite de clarifier (si cela était encore nécessaire) le positionnement du gouvernement français face aux violences sexistes & sexuelles.

Ce gouvernement ne nous aidera pas, j’en suis intimement convaincue, nous ne sommes pas la priorité du quinquennat. Je pense que le positionnement de nos ministres aujourd’hui incarne parfaitement bien la violence que nous subissons.

Shanley MC, militante féministe, co-créatrice de l’association StopFisha.

À lire : Dans les affaires de féminicides, les alertes négligées par les forces de l’ordre, par Nicolas Chapuis, Lorraine de Foucher, Jérémie Lamothe et Frédéric Potet pour Le Monde.

La révolte des jeunes générations : une relève qui veut du mal aux systèmes d’oppressions

#Lundi14Septembre #LiberationDu14 #BalanceTonBahut #GardeTonVoile ces mouvements ont marqués la rentrée scolaire de septembre 2020. Une quinzaine de jour après le retour en classe, les revendications sont données : il n’est jamais trop tôt pour dire stop au sexisme, & ces lycéen.ne.s, ces étudiant.e.s, l’ont très bien compris.

Dénoncer les règlements sexistes des établissements scolaires, dénoncer la sexualisation des élèves sexisées, dénoncer la culture du viol présente dans la société, dénoncer le patriarcat & toute sa construction. Là est l’objectif de ces mouvements qui ont raisonnés dans tout le pays & au-delà des frontières, notamment au Québec.

C’est hyper important d’écouter plus jeunes que soi, de leur donner beaucoup de force, de les soutenir, c’est tout l’enjeu du sexisme qui y tient, ses racines sont à l’école, elles tiennent dans la socialisation, dans les constructions sociales, tout se passe par l’école, c’est hyper important qu’on agisse sur ce terrain-là.

Shanley MC, militante féministe, co-créatrice de l’association StopFisha.

Certain.e.s crient au ridicule, d’autres à la manipulation, mais ces mouvements précurseurs qui émergent de plus en plus tôt relèvent uniquement de la responsabilité de notre société patriarcale qui ne peut qu’être dénoncée au vu des dominations qui rongent les principes fondamentaux de l’égalité.

Il y a une politisation très jeune des personnes touchées par le sexisme, je trouve ça formidable, c’est peut-être le résultat de toutes les mobilisations antérieures qu’il y a eu sur ces sujets-là qui ont permit de politiser des personnes plus jeunes.

Chloé Madesta, activiste féministe à propos de la politisation des plus jeunes.

Selon Chloé Madesta, les réseaux sociaux ont aussi leur rôle à jouer dans cette politisation des jeunes, le fait d’avoir ainsi accès à du contenu pédagogique & militant (comme iel en produit sur son compte) « ça aide à une politisation plus rapide. »

Dans le milieu féministe, le milieu militant, on a du mal à tendre la main aux plus jeunes, il y a beaucoup d’infantilisation, il y a beaucoup de “ouais mais tu ne connais pas le milieu militant donc tu ne peux pas forcément rentrer” ou alors faut en apprendre les codes ou alors “t’es pas encore prêt.e”

Shanley MC, militante féministe à propos de l’infantilisation dans les milieux féministes.

Intersectionnalité & inclusion : le mouvement féministe en proie à l’évolution

Durant l’année 2020, c’est aussi le mouvement féministe en lui-même qui a changé, qui a évolué, qui a grandi.

L’intersectionnalité, la diversité, l’inclusion, la visibilité, la déconstruction, ces termes sont aujourd’hui monnaie courante dans les milieux militants, ils appellent à une ouverture & à une définition plus grande de nos luttes.

Parmi ces évolutions questionnées, adoptées & vécues par le féminisme, la question du genre est prédominante. L’inclusion des minorités de genre, des personnes transgenres & des personnes non-binaires est primordiale à la vie d’un féminisme intersectionnel, Noé nous en parle : « il y a plus de visibilité non-binaire, ce n’est clairement pas assez mais ça fait du bien de voir qu’on nous prend enfin en compte dans les milieux féministes.« 

On devrait rendre le milieu militant féministe plus sain, plus bienveillant, parce qu’en attendant ça s’entre ronge mais on a besoin de cet espace là pour s’émanciper & se libérer.

Shanley MC, militante féministe à propos du milieu féministe.

L’enjeu qui prend du temps à être saisi, qui l’est un peu trop doucement & sûrement, c’est la convergence des luttes. Psychophobie, validisme, handiphobie, racisme, transphobie, homophobie, putophobie & bien d’autres encore, peinent à être inclus & défendus par les militantxes de nos jours.

Chloé Madesta parle d’abord de la pédocriminalité, qui reste un des sujets « pas assez investi par les groupes féministes, pas assez interrogé dans les réflexions que l’on mène sur les violences sexuelles parce qu’elles touchent bien sûr les personnes sexisées mais aussi et avant tout les enfants. » L’omission, le rangement sous le tapis de ces vécus, c’est ce qui est dénoncé par Chloé mais aussi par d’autres victimes de pédocriminalité qui ressentent un militantisme à demi-mesure lorsque cela concerne les enfants.

Au début de l’été, un tournant politique a été prit par plusieurs collectifs militants pour les droits des personnes queers, travailleurs.euses du sexe, personnes racisées – entre autres – en organisant une pride alors que l’annuelle pride parisienne avait été reportée à novembre (puis annulée) en raison de l’épidémie.

L’idée était d’organiser une contre pride qui permettait de visibiliser des groupes sociaux qui normalement ne le sont pas – ou en tous cas noyés par l’aspect festif et très blanc/bourgeois des prides habituelles – c’est-à-dire de visibiliser les personnes racisées, les personnes travailleuses du sexe etc.

Chloé Madesta, activiste féministe, à propos de la pride « nos fiertés sont politiques »

Entre performativité & pureté militante, le milieu féministe mérite d’avoir ses bonnes résolutions. Chloé Madesta les ferait tenir à une intersectionnalité naturelle & réelle envers les minorités (travailleurs.euses du sexe, personnes racisées, grosses, handis, neuroatypiques etc).

Il faudrait qu’on arrive vraiment à avoir une approche qui ne soit pas performative de nos soutiens à ces groupes-là mais qu’on les intègre vraiment dans nos luttes, qu’il y ait une réflexion profonde et une déconstruction réelle sur leurs revendications spécifiques

Chloé Madesta, activiste, à propos de la performativité des luttes.

Du point de vue de Tay Calenda, photographe du mouvement féministe & d’autres mouvements sociaux, la tendance est à la « pureté militante« , ce qui rend « le mouvement dogmatique et empêche les vrais échanges & les vraies réflexions. » Cette injonction à la pureté militante qui tire vers une « logique sectaire« , Tay veut s’en débarrasser.

Face à nous on a un système qui compte sur nos divisions pour nous garder impuissant.e.s, il faut qu’on s’en rende compte pour s’en libérer. Il faudrait apprendre à remettre en questions certaines méthodes de militer néfastes au profit d’une plus grande cohésion.

Tay Calenda, photographe, à propos de la pureté militante.

*le prénom a été modifié pour garantir l’anonymat de la colleuse

Crédits photos : Tay Calenda – @tay_calenda sur Instagram

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Sportive : une place rare dans un monde d’hommes

En ce 24 janvier, journée internationale du sport féminin, nous posons notre loupe sur le monde des sportives. Compétitions moins diffusées, sportives moins payées, sous-représentation dans les compétitions mixtes, sexualisation des sportives, violences sexistes & sexuelles, c’est le lot des athlètes féminines dans notre monde actuel. À l’occasion de cette journée, Behind The Society se penche sur la place de ces femmes dans un monde dominé & dirigé par des hommes. Ce qui est d’autant plus le cas dans le monde du football que nous avons analysé grâce à notre rencontre avec Marine Pattyn, footballeuse depuis dix ans.

Football féminin VS Équipe féminine de football

Pour certain.e.s, la nuance est moindre, il s’agit de jouer sur les mots, tandis que pour d’autres, c’est l’illustration des discriminations sexistes.

« Le fait de dire football féminin ça sous-entend que le football c’est pour les garçons, que le football que font les femmes c’est une sous-discipline. »

Marine, 18 ans, attaquante à Hénin-Beaumont (R1)

Les propos de Marine sont justes, ils résonnent & expriment tout le poids qu’ont les mots. Le fait de parler de football féminin, c’est d’admettre qu’il existe un football masculin, que ce sont deux sports différents selon le sexe de celui ou celle qui court après le ballon.

Footballeuse depuis dix ans, Marine est attaquante à Hénin-Beaumont. Le sexisme, elle le voit dès les mots qu’on emploi pour parler de sa discipline.

« L’appellation football féminin c’est réduire notre sport à une autre discipline moins importante que le football que font les hommes. »

Marine, 18 ans, attaquante à Hénin-Beaumont (R1)

Réduire l’exploit physique à sa condition de femme, c’est ce que fait la société en permanence. Les gestes peuvent être beaux, la technique peut être parfaite, la tactique peut être élaborée, les frappes peuvent être dirigées à la perfection, cela n’en restera pas moins réalisé par une femme, c’est ce que la société retiendra : « elle a de la force pour une femme », « elle court bien vite pour une femme », « elle laisse passer beaucoup de buts aujourd’hui, elle a ses règles ? »

Parité & mixité : des clefs d’égalité entre binarité des genres, stéréotypes sexistes & ode à l’union ?

Les Jeux Olympiques 2024 représentent la première compétition mondiale qui respecte la parité : 10 500 athlètes qualifié.e.s parmi lesquel.le.s il y a autant de femmes que d’hommes.

Les mentalités évoluent, c’est ce que les grand.e.s à la tête du monde du sport nous font passer comme message : la parité aux JO, c’est le résultat d’une évolution des pensées sur l’égalité entre les femmes & les hommes, c’est la porte d’entrée aux discussions pour rendre cette parité universelle, que ce soit dans le monde du sport, dans le monde politique ou ailleurs.

Avancer sur l’égalité entre les femmes & les hommes est une chose, défaire la binarité des genres de notre société en est une autre. Dans le sport comme partout ailleurs : les femmes & les hommes sont séparé.e.s, on est soit dans une case, soit dans l’autre, il n’est pas question d’en sortir, il n’est pas envisageable de créer une troisième équipe. Les mentalités évoluent, c’est un fait, la parité – imposée ou non – en est une preuve, mais où est donc l’égalité pour les personnes qui sont bien loin de cette binarité ?

« Il ne faut pas faire de distinction entre les filles & les garçons, il faut montrer qu’on peut très bien jouer ensemble, qu’une fille peut aussi bien jouer qu’un garçon. »

Marine, 18 ans, attaquante à Hénin-Beaumont (R1)

Fusionner les équipes, abattre la catégorisation des athlètes selon leur sexe, organiser des évènements ensemble, c’est là l’enjeu de la mixité : c’est de pouvoir avancer dans l’égalité à tel point que les barrières construites socialement entre les sexes depuis l’enfance soient abattues. Pourtant, entre celleux qui pensent que les femmes courent moins vite & que les hommes ont plus de puissance, que les femmes sont des chochottes & que les hommes sont plus techniques, il y a un réel pas à faire pour déconstruire ce sexisme ordinaire, cette rhétorique des stéréotypes de genre qui envahissent le monde du sport.

Le football féminin n’existe pas, tout comme il n’existe pas de football masculin, & ainsi de suite pour tous les autres sports possibles & imaginables. Comme chaque individu, certaines femmes & certains hommes ont des capacités différentes, mais leur sexe n’y est pour rien.

Ouvrir la porte du sport aux femmes : la dernière priorité d’une société sexiste conditionnée aux micro-agressions

Combien de petites filles ont été jugées parce qu’elle voulait jouer au ballon rond plutôt que d’enfiler un tutu ? Combien de petites filles ont entendu « ce n’est pas un sport pour une jolie petite comme toi » lorsqu’elles ont demandé à faire du football ? Autant de petites filles à qui l’on a apprit que c’était un sport de garçons, qu’elles allaient se faire mal, que la danse c’était plus beau.

« On ne voulait pas me faire la passe, on ne voulait pas jouer avec moi, je rigolais moins avec eux parce que j’étais une fille. »

Marine, 18 ans, attaquante à Hénin-Beaumont (R1)

Quand bien même une fille arrive à se hisser sur le terrain, encore faut-il réussir à contrer les remarques sexistes. Peu importe l’âge, c’est l’isolement qui domine l’arrivée dans le monde du football, Marine raconte, elle qui a commencé dans un petit club familial où l’équipe féminine n’existait pas encore.

« Quand tu arrives au city et que tu es une fille parmi pleins de garçons, ils se disent mais « elle fait quoi là celle-là » ! »

Marine, 18 ans, attaquante à Hénin-Beaumont (R1)

Ces micros-aggressions sont intériorisées, elles sont quotidiennes, banales, tellement répandues que ça en devient normal de les vivre : les filles sont considérées comme nulles, toisées dès qu’elles arrivent sur un terrain, moquées & infantilisées à la moindre erreur, proies des paternalistes présents dans le milieu.

Visibilité, rémunération, reconnaissance, audition… des écarts monstrueux entre les équipes féminines & masculines

Tous les clubs ne possèdent pas d’équipes féminines, semblables aux déserts médicaux on peut en trouver à l’encontre des sportives. Enfants, les sportives pratiquent avec les sportifs, mais leur professionnalisation & leur avenir est compromis : les compétitions à destination des sportives sont plus rares, moins diffusées, les postes peuvent se faire rares, bien plus complexe à atteindre que pour les sportifs. Cette différence cruciale & déterminante dans la vie des sportives, Marine Pattyn nous en parle via le prisme du football : c’est un tourbillon, une spirale, un chien qui se mort la queue.

« Il n’y a pas de différence entre le fait d’être une fille qui fait du football & le fait d’être un garçon qui fait du football : les deux ont autant travaillé, les deux ont autant de mérite. C’est pas normal qu’il y ait autant d’écart de salaires ! »

Marine, 18 ans, attaquante à Hénin-Beaumont (R1)

Gâtée d’une petite diffusion par rapport aux équipes masculines, les équipes féminines engendrent moins de revenus donc héritent d’un salaire moins élevé – sans compter la taxe rose & les inégalités salariales déjà présentes partout dans la société – elles sont là davantage ancrées : un transfert à 200 millions d’euros pour un grand footballeur c’est normal, une aussi grosse somme pour une footballeuse c’est impensable.

Violences sexistes & sexuelles : des traumatismes qui n’échappent pas au monde du sport

« Ça fait peur, on se dit que ça leur est arrivé comme ça pourrait nous arriver à nous aussi, ça fait peur parce qu’on n’est pas forcément en sécurité alors qu’on n’a rien fait. »

Marine, 18 ans, attaquante à Hénin-Beaumont (R1)

Une jeune footballeuse lyonnaise dénonce anonymement en 2019 Yoan D., l’entraîneur des U16, pour harcèlement sexuel ; la footballeuse Hope Solo accuse Sepp Blatter d’agression sexuelle en 2013 ; Sarah Abitbol dénonce Gilles Beyer, son ancien entraîneur pour plusieurs viols dans son livre Un si long silence (Stock, 2020), Christophe Millet est lui accusé de plusieurs agressions sexuelles sur quatre nageuses de haut niveau à la fin des années 1980.

Ces victimes qui prennent la parole, qui dénoncent, qui se battent, ce sont quelques-unes parmi des milliers d’autres, qui ont dénoncé leurs agresseurs ou qui vivent encore sous leur emprise. Le monde du sport n’est pas immunisé, il n’empêche en rien les agresseurs de sévir. L’omerta qui subsiste dans notre société autour des violences sexistes & sexuelles ne fait que protéger davantage les agresseurs face à des personnes en danger que personne n’écoute.

« Ça joue sur l’impression de sécurité de beaucoup de joueuses, de sportives. »

Marine, 18 ans, attaquante à Hénin-Beaumont (R1)

Ce n’est pas un fléau, c’est la réalité. La réalité de ces vies ôtées majoritairement par une personne ayant autorité. Chaque victime, chaque accusation est différente, mais dans ce monde du sport si hiérarchisé, si réputé & exigeant, les schémas d’abus de pouvoirs se multiplient. Une grande partie des accusations portées – peu importe la discipline – concerne un homme disposant d’une certaine autorité, d’un statut reconnu, qui lui permet de faire argument d’autorité le plus facilement possible sur de jeunes femmes, souvent des adolescentes, des sportives prometteuses repérées, formées, parfois éloignées de leur entourage via des parcours de sport-études ou de formation de haut niveau. Ces schémas de violence, si présents dans le monde du sport, il représente la domination masculine par excellence de par un mélange entre abus d’autorité & dépendance affective & professionnelle.

« Ça pourrait m’arriver, nous arriver à n’importe quel moment aussi, il n’y a rien qui nous protège de ça. Il faut toujours se méfier & encore plus dans ce milieu-là mais ce n’est pas normal ! »

Marine, 18 ans, attaquante à Hénin-Beaumont (R1)

L’espoir, c’est ce qui tient Marine, celui selon lequel les évolutions que connaissent la société depuis plusieurs années se poursuivent, qu’elles prennent davantage de place & aient plus de répercussions pour faire changer les choses en profondeur & sur la durée.

« Il faut que les mentalités changent, que les gens arrêtent d’avoir ces préjugés comme quoi les filles sont moins fortes que les garçons au football. »

Marine, 18 ans, attaquante à Hénin-Beaumont (R1)

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Aux urnes citoyen.ne.s

L’action directe et l’infiltration des institutions pour raviver la gauche ?

Passé par l’ENS Paris-Saclay et l’EHESS, le philosophe et sociologue Geoffroy de Lagasnerie est professeur à l’École Nationale Supérieure d’Arts de Paris-Cergy (ENSAPC). Dans son dernier livre Sortir de notre impuissance politique, publié en août, il s’intéresse aux moyens de redonner de la force à la gauche qui ne cesse, selon lui, de stagner voire de régresser.

L’action directe

Geoffroy de Lagasnerie fait un constat : les formes de luttes traditionnelles de la gauche ne cessent de montrer leur inefficacité. Une des principales réflexions du livre est de penser en terme d’efficacité : manifs, pétitions, occupations, ces formes de mobilisation sont-elles réellement efficaces ? Pour l’auteur, non.

D’abord parce que toutes les mobilisations récentes de la gauche sont en réaction à des décisions, des projets étatiques, etc. La gauche se mobilise toujours contre quelque chose : manifestation contre la Loi Travail, manifestation contre la réforme des retraites… Le problème de manifester contre, par exemple, la loi Travail, implique le fait que c’était en quelque sorte mieux avant, et si l’on « gagne », on appelle cela une victoire. De Lagasnerie préfère parler d’une non-défaite, car on n’a ni progressé, ni régressé. Le mouvement LGBTI+ américain l’a bien compris dans les années 70, c’est lui qui a imposé à l’État, les militant.e.s n’ont pas attendu. La gauche a besoin d’imposer ses combats, et non d’attendre l’État pour le faire.

L’auteur fait aussi une différence entre s’exprimer et agir. Pour lui, manifester, pétitionner, c’est s’exprimer, et non pas agir. S’exprimer c’est afficher son mécontentement, souvent face à des actions gouvernementales, alors qu’agir c’est obliger l’État à s’exprimer sur le sujet (et non le contraire), c’est produire quelque chose. Selon lui, on doit privilégier les formes « agissantes et pro-actives » aux formes « expressives-réactives ».

En clair, il faut pratiquer l’action directe. On peut parler d’action directe quand un individu ou un groupe agit par lui-même, sans intermédiaire, afin d’exercer un rapport de force pour changer une situation. L’action directe peut prendre de nombreuses formes, de Lagasnerie en cite quelques-unes dans une interview donnée au média Alohanews : le navire de sauvetage de SOS Méditerranée qui a sauvé 30 000 personnes, l’agriculteur Cédric Herrou qui a aidé plus de 150 migrants à passer la frontière franco-italienne ou encore l’association antispéciste 269 Libération Animale qui sauvent des animaux des abattoirs. Toutes ces actions ont une signification, un impact médiatique et embrayent parfois une action politique.

Pour de Lagasnerie, la question de la légalité ou non de l’action ne se pose pas vraiment. Ce qui est illégal n’est pas forcément mauvais et ce qui est légal n’est pas forcément bon. De plus, si les femmes et hommes de pouvoir ont le droit de « s’affranchir de la Loi pour leurs propres objectifs, il n’y a aucune raison que nous ne puissions en faire de même ».

L’infiltration

L’auto-exclusion des institutions favorise la conservation du monde.

Geoffroy de Lagasnerie, Sortir de notre impuissance politique

Geoffroy de Lagasnerie explore dans son livre l’infiltration des institutions par la gauche comme une arme lente, mais extrêmement puissante. Au lieu de critiquer sans cesse les institutions et de s’en éloigner, ne faudrait-il pas mieux les infiltrer pour « conquérir les positions de pouvoir » et les changer de l’intérieur ? Le célèbre groupe de réflexion, la Société du Mont-Pèlerin, a fait un long travail d’infiltration et a répandu le néolibéralisme dans le monde entier grâce à ses membres qui étaient économistes, intellectuels ou journalistes. 

Les institutions ne doivent plus être laissées à la droite, la gauche doit les investir et les changer de l’intérieur, même la Police. De Lagasnerie rappelle l’infiltration de compagnies de CRS par le Parti Communiste, et la rébellion de deux compagnies marseillaises dirigées par d’anciens résistants lors des grandes grèves de 1947 en France.

Dans son livre, l’auteur réfléchit aussi sur la guérilla juridique, la conquête du pouvoir politique et la nécessité pour la gauche de se réinscrire dans le quotidien des Français.e.s, de retrouver « cette relation à la vie« .

Sortir de notre impuissance politique de Geoffroy de Lagasnerie, Éditions Fayard, 5 €.