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Phoque la pollution

Boycotter le BlackFriday : entre privilège de classes & lutte pour l’environnement

Initialement prévu ce vendredi 27 novembre mais reporté au 4 décembre du fait du re-confinement national, le Black Friday version 2020 fait couler beaucoup d’encre. À l’approche de cette journée noire pour la carte bancaire, ça s’active dans les milieux militants pour dénoncer cet événement capitaliste au possible. Leur principal motif de colère ? La santé de notre chère planète dégradée en ce vendredi noir. Face à ces revendications, de nombreux.euses français.e.s sont mal à l’aise : la catastrophe environnementale que cette journée provoque n’est plus à prouver mais la nécessité de cet événement pour le porte-monnaie de nombres de consommateurs.trices non plus.

Sur-production, accroissement de la pollution, maltraitance des fabricant.e.s, il y a tant de raisons qui font du black friday une journée noire, & pas uniquement pour la carte bancaire. La principale lutte des militant.e.s lors du Black Friday ? La santé de notre chère planète.

Black Friday : journée noire pour les magasins & pour la planète

Surproduction & exploitation forcenée de l’environnement : ce sont les maîtres-mots du black friday. Durant cette journée de consommation extrême, l’industrie de la mode est la plus sollicitée. Cette fameuse industrie, la deuxième plus polluante au monde, celle qui est responsable de 20% de la pollution de l’eau mondiale, c’est cette industrie sur laquelle les consommateurs.trices se ruent lors du Black Friday.

Ne serait-ce que l’utilisation du vêtement pose problème : avec l’obsolescence esthétique imposée par l’industrie de la mode il y a plus de 4 millions de tonnes de déchets textiles chaque année dû en partie aux stocks importants d’invendus ou encore aux abandons prématurés des vêtements par les consommateurs.trices.

Le cycle de vie d’un vêtement par Comme un camion

Pourtant, bien avant de pouvoir le porter, un vêtement pollue déjà. Entre la culture du coton, la provenance de ses différentes matières premières, l’assemblage de celles-ci & l’acheminement en point de vente, un jean par exemple parcourt environ 6500 kilomètres & engendre l’empreinte carbone qui va avec.

« Tu tombes dans un engrenage parce que c’est ce genre de magasins où tout est fait pour te faire consommer & en fait la conscience écologique tu la laisses à l’entrer & tu la récupères à la sortie. »

Charlotte, étudiante précaire, concernant la conscience écologique dans les magasins de fast-fashion.

C’est ça la réalité de l’industrie de la mode. C’est le poids du capitalisme sur la survie de notre environnement. C’est la précarisation sociale & industrielle qui profite aux multinationales. C’est le profit des grandes enseignes au détriment de notre planète.

À découvrir : Pourquoi la mode est devenue une des industries les plus polluantes ? par Comme un camion

Black Friday : une organisation bien différente dans les diverses sphères de la société

À l’approche du black friday, chacun.e a son organisation pour se préparer à cette journée. Les commerçant.e.s préparent leurs stocks & prévoient leurs réductions tandis que les organisations écologiques s’activent pour visibiliser l’impact environnemental de ces-dites réductions. Du côté des consommateurs.trices, la tendance est partagée. Certain.e.s font une liste de ce qu’iels projettent d’acheter, d’autres lorgnent sur les réductions de la black week tandis que le reste se tient bien éloigné de cette journée : que ce soit par pur désintérêt ou par conviction politique.

Pour l’édition 2020 du black friday, Loïs s’est engouffré dans la fracture que cette journée suscite entre les milieux militants écologistes & les personnes précaires qui ont besoin de consommer ce jour-là précisément pour comprendre les enjeux de cette division sociétale.

« Les gens ne sont pas en capacité de faire de l’écologie. »

Charlotte, étudiante précaire, dénonce l’incapacité sociétale à être écolo’.

Militantisme anti-Black Friday : un mouvement écologiste mais classiste ?

Classisme : Le classisme est une discrimination fondée sur l’appartenance ou la non-appartenance à une classe sociale, souvent basée sur des critères économiques.

Étudiant.e.s, parents seul.e.s, famille modeste, travailleur.euse précaire, ou encore retraité.e.s, nombreuses sont les personnes qui ont besoin de consommer lors du black friday.

Parmi elleux, Loïs a échangé avec Charlotte, une jeune étudiante lilloise en situation de précarité pour qui la question de la consommation ne se pose pas lors du black friday. À contre-cœur & en faisant dos à ses convictions écologiques, elle a besoin de ces réductions & elle les utilisera lors du black friday.

« En fait le black friday chez nous ça a toujours été l’occasion d’acheter ce dont on a besoin en moins cher […] parce qu’on n’avait pas l’argent de pouvoir l’acheter sans remise. »

Charlotte, étudiante précaire, concernant son rapport au black-friday.

Bien loin de ce rapport de compulsivité, d’achats d’influences & de fast-fashion, il faut se rendre compte que certain.e.s consommateurs.trices du black friday le sont par nécessité, par besoin. Charlotte nous a confié ce ressenti qui persiste dans son mode de consommation : elle n’a pas les moyens d’acheter tout ce qui lui est nécessaire tout au long de l’année (que ce soit vêtements, électroniques ou autres) alors lorsque le black friday arrive, c’est sa seule occasion (avec les soldes) de se procurer ces biens tout en ne finissant pas sur la paille.

Ça n’a jamais été synonyme d’achat superflu, parce que ce n’est pas comme ça que j’ai été élevé & puis tout simplement parce qu’on n’avait pas l’argent de faire des achats superflus

Charlotte, étudiante précaire, à propos des pratiques familiales lors du black friday.

À aucun moment Charlotte n’évoque la notion d’acheter pour le plaisir, il n’en est pas question, les moyens ne sont pas là & l’intérêt non plus.

Consommateur.trice du black friday : la culpabilisation des milieux militants

Une lutte qui oublie l’humain qu’il y a derrière lae militant.e, un système de militantisme indifférent & massif, une lutte qui oublie les causes personnelles du.de la militant.e, un système de militantisme culpabilisant. C’est de ça dont on veut parler lorsque l’on dit que le système militant écologiste est classiste.

« Comme dans tous les milieux militants, on oublie tous les autres problèmes que celui qui nous occupe. »

Charlotte, étudiante précaire, à propos des milieux militants écologistes

Ancienne éco-déléguée au lycée, Charlotte connaît bien cette pression militante, ce poids social qui tourne autour de la précarité. Ses mots sont bruts, dits rapidement & presque aussitôt gênés : « c’est clair que l’écologie c’est un truc de riche. »

Être militant.e écologiste n’est en soit pas une pratique avec des pré-requis financiers – faire de la pédagogie & sensibiliser étant plutôt à moindre coûts – mais appliquer & incarner ces revendications écologistes demandent bien plus de moyens – que ce soit pour l’alimentation végétarienne/vegan ou la consommation éthique qui a un coût.

Les revendications les plus courantes dans les milieux écologistes tournent souvent autour de ce point-là : la consommation éthique, que ce soit de saison, bio, d’origine France, etc. De même pour les vêtements qui doivent être confectionnés dans de bonnes conditions, avec des matières qui n’ont pas une énorme empreinte carbone & toujours origine France. C’est finalement la même chose avec les meubles que l’on ne doit pas acheter à des multinationales mais à des artisan.e.s locaux.ales pour encourager le savoir-faire français.

« J’aimerai beaucoup avoir une conscience écologique & pouvoir me dire que j’achète mes vêtements en friperie ou dans des magasins où ils sont faits en cotons bios, en France & tout mais je ne peux pas, je peux pas me permettre de mettre autant d’argent dans un pantalon, parce que je ne les ai pas tout simplement. »

Charlotte, étudiante précaire, concernant les modes de consommation éco-friendly.

Face à ces recommandations écologistes qui ressemblent d’avantage à des injonctions, Charlotte réagit simplement : « pour soutenir toutes ces causes-là il faut avoir de l’argent en fait. Sauf que l’argent je ne l’ai pas. »

C’est bien là tout le problème du manifeste écologique des mouvements qui ne regardent pas leurs propres membres : il est certes important de visibiliser, de politiser & de dénoncer les abus environnementaux & de lutter pour la sauvegarde de notre planète, mais il est aussi important de comprendre que chaque personne qui porte ce combat pour la planète n’a pas forcément les moyens pour appliquer à la lettre ce manifeste d’une vie totalement éco-friendly.

« On a conscience de cet impact, on fait au mieux. Avec des amis on se prête des vêtements, pour limiter l’envie d’en racheter, on fait les brocantes avec mon copain pour acheter de la seconde main… Mais la vérité c’est qu’au bout d’un moment on est fatigués de se priver. »

Charlotte, étudiante précaire, aborde le système D entre écologie & faibles revenus.

C’est au centre de ces dilemmes que les personnes précaires se trouvent, entre conscience écologique & dépendance de classe, entre survie économique dans notre monde capitaliste & engagement écologique pour la préservation de l’environnement.

C’est à celleux qui ont le plus de difficultés à joindre les deux bouts, c’est aux personnes les plus modestes que l’on demande de s’adapter, que l’on impose un changement. C’est sur les épaules de ces mêmes personnes en difficultés que la société met tout le sort de son environnement, sans pour autant incriminer les comportements de masses, les multinationales à retentissement gigantesque & les grand.e.s dirigeant.e.s qui pourraient changer les choses.

En quittant le foyer familial je me disais que j’allais pouvoir mener une vie plus responsable, j’avais une vision idéalisée de ce que pouvait être ma vie, alors je fais de mon mieux mais je sais que ça n’est pas assez, et c’est extrêmement décourageant.

Charlotte, étudiante précaire, emplie d’un désarroi entre conscience écologique & statut de classe.

Finalement, entre luttes de classes & luttes sociétales, il n’y a qu’une barrière qui empêche la corrélation de ces mouvements : la barrière non-négligeable de la considération de l’être humain individuel au-delà des revendications collectives. La barrière significative de la prise en compte de l’individu & de ses contraintes personnelles au-delà de ses convictions écologiques.

Ce sont les classes populaires, qui, une fois encore, prennent en pleine face le poids du changement, la responsabilité individuelle de la destruction d’un environnement collectif. C’est en continuant ainsi, à compter sur les changements individuels sans s’intéresser aux conditions de ceux-ci, que l’on condamne notre avenir.

Sans un changement massif, une politique réformiste, une nuance sociétale & un retournement de classes, nous ne pourrons pas espérer en finir avec ces événements qui divisent entre rêve & réalité, entre valeurs & labeur.

Loïs Hamard

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Féministes tant qu'il le faudra

Violences sexistes & sexuelles : quelle réponse de la part de la justice française ?

Warning : Cet article aborde le traitement judiciaire des violences sexistes & sexuelles. Certains éléments peuvent te heurter, te rappeler des traumatismes. Veille à ta sécurité & dirige-toi vers des professionnel.le.s en cas de détresse.

Viols, féminicides, agressions sexuelles, harcèlement de rue, injures sexistes, mariage forcé, violences conjugales, harcèlement sexuel au travail, outrage à l’avortement, violences obstétricales & gynécologiques, séquestration, humiliation : tout cela, ce sont des violences faites aux fxmmes, des violences sexistes & sexuelles. Elles sont ancrées dans la société, elles sont le résultat du schéma de domination sexiste, elles sont en faveur de la domination patriarcale & elles sont surtout omniprésentes.

Ce samedi 21 novembre 2020, le collectif Nous Toutes appelle à la mobilisation en marge de la journée internationale de l’élimination de la violence à l’égard des femmes du 25 novembre prochain. L’idée initiale du collectif NousToutes pour cette occasion ? Manifester devant les commissariats, gendarmeries & tribunaux. Pourtant, du fait du reconfirment, ce n’est pas possible. Ainsi, c’est une mobilisation numérique qui est organisée aujourd’hui. Retrouvez toutes les informations de cette journée de manifestation numérique ici.

À l’occasion de cette journée de mobilisation féministe & de la journée internationale qui arrive le 25 novembre, Loïs est revenu, pour Behind The Society, sur le traitement judiciaire de ces violences sexistes & sexuelles.

Violences sexistes & sexuelles : quelle réponse de la part de la justice française ? Enquête.

Avant de comprendre comment la loi française se positionne face à ces violences & comment agit-elle, voyons d’abord comment les textes de lois français reconnaissent & définissent les termes “violences sexistes” & “violences sexuelles ».

Le terme « violences sexistes » est introuvable dans les textes français. La mention qui s’en rapproche le plus ? Elle se trouve dans le code du travail, via la déclaration d’”agissement sexiste” qui est défini comme « tout agissement lié au sexe d’une personne, ayant pour objet ou pour effet de porter atteinte à sa dignité ou de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant». D’un autre côté, le code pénal s’exprime en qualifiant d’”outrage sexiste” le fait “d’imposer à toute personne tout propos ou comportement à connotation sexuelle ou sexiste qui : soit porte atteinte à sa dignité en raison de son caractère dégradant ou humiliant ; soit crée à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante.”

Les violences sexuelles, quant à elles, sont mentionnées de différentes manières selon la violence concernée (agressions, viols etc) mais une définition globale fait foi : “les violences sexuelles portent atteinte aux droits fondamentaux de la personne notamment à son intégrité physique et psychologique. Elles sont l’expression de la volonté de pouvoir de l’auteur qui veut assujettir la victime.”

Les violences sexuelles sont nommées, mais comment sont-elles traitées par la loi française ?

Les violences sexuelles, ce sont des agressions, du harcèlement, des viols. Ces violences sont quotidiennes, que ce soit chez soi, au travail, à l’école, dans la rue, dans les transports, chaque jour des victimes sont à déclarer. 

250 femmes sont victimes de viol ou de tentative de viol chaque jour

Ce nombre ne cesse de grandir d’années en années, pourtant, rares sont les victimes qui arrivent à voir un jour leur violeur être jugé. Comment la loi française agit en cas de viol ? Qu’est-ce qu’elle entend par « viol » ? Comment elle le considère ?

Selon la loi française, un viol c’est “tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui ou sur la personne de l’auteur par violence, contrainte, menace ou surprise”. 

Malgré cette définition présente dans le code pénal, la justice n’est que peu active dans le traitement des viols. En France, seulement 10% des victimes de viol portent plainte, c’est 74% de ces plaintes qui sont classées sans suite. « Sans suite » ? C’est un tampon de l’administration judiciaire pour dire que le chemin est fini. C’est un tampon qui range gentiment votre dossier, mais pas le traumatisme que vous avez subit.

10% des plaintes aboutissent à un procès & seulement 1% des viols sont condamnés

Pour comprendre comment on en arrive à un tel décalage entre le nombre de viols, la part de plaintes & le taux final de condamnation, nous devons nous pencher sur deux aspects significatifs de la justice française. 

La prise en charge des plaintes : c’est par là que tout commence dans ce décalage faramineux. C’est un article du code de procédure pénale qui le dit : “les officiers et agents de police judiciaire sont tenus de recevoir les plaintes déposées par les victimes d’infractions à la loi pénale […]”. Le code déontologique de la police nationale & de la gendarmerie nationale impose quant à lui aux agents l’impartialité, l’aide aux victimes & la neutralité. Pourtant, de nombreux témoignages illustrent une autre réalité : les plaintes sont parfois critiquées de la part des agents, les victimes sont décrédibilisées, les faits remis en question, minimisés & parfois même justifiés.

L’instabilité judiciaire en matière de traitement des violences sexuelles, & notamment du viol, ne s’arrête pas là.

La correctionnalisation des faits : une spécialité à la française

Les viols, considérés comme des crimes, sont, dans 60 à 80% des cas, correctionnalisés. La correctionnalisation, c’est le fait d’”omettre un élément de l’infraction, permettant ainsi de qualifier une infraction de délit et non de crime.”. Ainsi, un viol est dénaturé en agression sexuelle afin de passer au tribunal correctionnel & non pas en cour d’assises. Cet acte judiciaire est un réel choc pour les victimes : processus de reconstruction chamboulé, acceptation de l’événement entravée, culpabilisation de la victime accrue & bien d’autres conséquences qui sont pourtant ignorées dans ces procédures inhumaines.

À découvrir : Quand le viol n’est plus un crime, Le Monde Diplomatique

Les violences conjugales : la grande cause du quinquennat laissée à l’abandon ?

En France, 1 femme sur 10 est victime de violences conjugales. Cette relation unilatérale, complètement ordonnée par un rapport de domination, fait chaque année des centaines de victimes. Dans un tel schéma relationnel, de nombreux types de violences peuvent faire pression sur la victime : que ce soit des violences administratives, économiques, psychologiques, physiques ou sexuelles. Elles ont toutes leur place dans le schéma de violences conjugales. 

En 2019, 151 femmes ont été tuées par leur conjoint ou leur ex-conjoint en France.

Alors que la prise de conscience est très difficile pour une femme lorsqu’elle est ancrée dans un schéma de violences conjugales, les procédures judiciaires en France le sont tout autant. La pression sociale joue énormément dans l’éloignement de la victime de son bourreau, mais lorsqu’elles y arrivent, encore faudrait-il qu’elles trouvent un accompagnement du corps judiciaire français moins instable.

Pour lutter contre ces féminicides de masse, Marlène Schiappa, Secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, a initiée un grenelle contre les violences conjugales en 2019. Suite à ces semaines de consultation, plusieurs mesures ont été annoncées.

D’une part, l’enjeu était de sécuriser le dépôt de plainte & ainsi favoriser les démarches judiciaires des victimes. Une grille d’évaluation des forces de l’ordre a ainsi été mise en place avec 23 questions permettant aux agents de comprendre la situation de la victime & ses besoins. La procédure judiciaire devra notamment se faire sans médiation, interdite par la convention d’Istanbul en cas de violence. 

Priorité N°1 : Écarter le danger, séparer l’auteur des violences de la victime.

Les armes utilisées par le gouvernement pour protéger les victimes sont diverses : l’ordonnance de protection étant la plus connue, elle précède la résidence séparée des époux qu’un juge aux affaires familiales peut décider.

Suite au grenelle, le gouvernement a notamment souhaité mettre les femmes à l’abri en dehors du domicile familial : c’est ainsi que 1000 places supplémentaires ont été créées dans des hébergements d’urgence.

Considérée comme “une double peine”, cette mesure est largement discutée car il revient ainsi à la victime de fuir alors que l’auteur des violences jouit de la sécurité de son domicile. 

Finalement, la loi française avance peu à peu dans l’encadrement des violences conjugales & des féminicides, pourtant, ce fléau continue & le système manque de moyens pour assurer la sécurité des victimes. Un appel urgent est notamment lancé concernant l’accueil des forces de l’ordre qui fait tâche dans les cas de féminicides : parmi 120 femmes tuées en 2018, un tiers avait déposé une plainte ou une main courante. 

Les violences sexistes & sexuelles à l’encontre des minorités sociales

Nous le savons, des femmes sont tuées, violentées, agressées, violées chaque jour en France. Le gouvernement lutte contre ces comportements via différents textes de lois qui sont actualisés, repensés, modifiés au fur & à mesure du temps pour répondre au mieux aux violences & un jour les décimer. Pourtant, dans cette grande lutte contre les violences sexistes & sexuelles, des grands oubliés hurlent, demandent reconnaissance & actions aux pouvoirs publics.

Les personnes racisées, les personnes transgenres, les personnes handicapées, les enfants, les personnes intersexuées, toutes élèvent la voix, toutes demandent d’être reconnues en tant que victime de ces violences systémiques, & par conséquent, toutes demandent qu’on les aide, qu’on pense à elleux lors de la rédaction d’une mesure. 

16% de la population auraient subie des violences sexuelles dans l’enfance

La loi française réagit : l’atteinte sexuelle sur mineur est classée comme un délit tandis que l’inceste est considéré comme un crime. Pour chacune de ces violences sexuelles, les enfants victimes ont un délai de prescription grâce auquel ils peuvent porter plainte plusieurs années après les effets. Ainsi, une démarche de protection des victimes mineurs est en place, cela notamment via un dispositif nommé “l’audition Mélanie” qui a pour but de recueillir de manière optimale les témoignages des enfants victimes de violences.

Au sein de notre société, les violences se poursuivent, s’intensifient : elle sont présentes dans toutes les sphères & à tous les niveaux de la société mais souvent invisibilisées. C’est notamment le cas pour les violences sexistes & sexuelles faites aux femmes handicapées. Ce n’est finalement que suite au grenelle de 2019 que les femmes handicapées ont été abordées publiquement sur ce sujet, pourtant, 80% des femmes handicapées ont déjà subi des violences dans leur vie, mais il n’y a que peu de choses qui sont faites pour elles.

Visibiliser les violences, aider les victimes : le rôle des pouvoirs publics

L’invisibilisation joue un grand rôle dans la lutte contre les violences, car elles sont cachées autant par les victimes que par les auteurs mais les pouvoirs publics sont là pour les visibiliser & aider les victimes.

Pourtant, les violences sexistes & sexuelles faites aux personnes transgenres & aux travailleuses du sexe sont encore dissimulées. Rien que par la définition de violences faites aux femmes que l’ONU a donné en 1993 : “toute acte de violence fondé sur l’appartenance au sexe féminin” invisibilise le sexisme dont les femmes transgenres sont victimes à cause de leur genre & non de leur sexe. De même que les morts des femmes transgenres & des travailleuses du sexe ne sont pas comptabilisées dans les féminicides, ce qui révèle d’une invisibilisation transmisogyne ancrée dans la société française.

La lutte contre les violences sexistes & sexuelles est en marche, & la loi française a un rôle dans ce combat.

La lutte contre les violences sexistes & sexuelles c’est bien plus que fêter la journée internationale des droits des femmes le 8 mars ou encore la journée internationale de sensibilisation le 25 novembre. Le combat pour les existences des femmes est à mener chaque jour : pour leur protection mais aussi la reconnaissance de celles qui sont tombées.

Aujourd’hui, des organismes, des associations, des collectifs, des bénévoles, des syndicats, des citoyen.ne.s interpellent : la situation en France est dramatique & rien n’arrange cela. 

Des mesures sont prises, des lois sont rédigées, un numéro vert ouvre mais dans tout ce processus il y a un grand vide de la part de la justice française & depuis des années ce sont les associations qui remplissent ce vide comme elles le peuvent. Elles prennent en charge une grande partie de l’assistance aux victimes : de la prise de conscience jusque parfois les procédures judiciaires en passant par l’exfiltration de la victime. Pourtant, ces associations n’ont aujourd’hui pas assez de moyens, elles ne sont que trop peu soutenues. C’est notamment une des grandes réclamations faites au moment du grenelle de 2019 mais qui n’a pas eu de suite favorable.

À découvrir : Le plus dur, c’est l’impunité, par Caroline De Haas

Ce grenelle n’a pas répondu aux sirènes d’alarmes lancées par des collectifs qui sont sur le terrain au quotidien. Aujourd’hui, est notamment réclamée une formation massive de tous les agents de police & des professionnel.le.s qui pourraient recevoir une victime de violences afin d’améliorer l’accueil des victimes. Les places en hébergements d’urgence sont elles aussi au cœur des discussions : il n’y en a pas assez & à cause de cela des victimes restent dans un foyer violent car elles n’ont pas d’autres solutions, pas d’autres solutions que de rester dans un foyer avec une personne violente qui peut la tuer.

Sans une prise de conscience massive & collective, les violences ne s’arrêteront pas.

Finalement, en France la loi est impliquée dans la lutte contre les violences sexistes & sexuelles mais sa place n’est pas encore à la hauteur de l’ampleur des violences. Les mouvements associatifs sont donc là pour essayer de palier à ce manque mais elles manquent aujourd’hui de moyens.

Loïs Hamard

Image : Collages Féminicides Paris

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Aux urnes citoyen.ne.s

La répression envers les usager.e.s de drogues sert-elle à quelque chose ?

Début septembre, Gérald Darmanin a rendu visite aux Lillois.e.s pour annoncer l’accentuation de la répression envers les usager.e.s de drogues alors que les acteurs les côtoyant rejettent fermement cette politique.

Fraîchement débarqué à la Gare Lille-Flandres début septembre, Darmanin assiste à la verbalisation d’un consommateur de cannabis. La priorité selon lui, c’est la lutte contre les stupéfiants qui constitue « une grande mesure de santé publique », un « combat très fort contre le crime organisé et une lutte contre l’insécurité du quotidien« . Il ajoute : « En pénalisant les consommateurs, c’est l’objet de l’amende que nous avons mise en place depuis le 1er septembre, à la demande du Premier ministre.« 

De nombreuses organisations sont en désaccord avec cette nouvelle amende forfaitaire de 200 € pour usage de drogues. En particulier les associations de réduction des risques (RdR : « prévenir la transmission des infections, la mortalité par surdose et les dommages sociaux et psychologiques« ), qui côtoient chaque jour les personnes concernées. 

Avant les années 60, la consommation de drogue était plutôt limitée aux milieux artistiques et scientifiques, mais elle finit par se démocratiser et engendre la mise en place d’une réglementation internationale sur ce sujet.

La première sera la Convention unique sur les stupéfiants de 1961, celle-ci créera une liste de substances interdites afin de limiter leur production et leur vente. Une dizaine d’années plus tard, la Convention sur les substances psychotropes ajoutera d’autres substances synthétiques à la liste. Celle de 1988, la Convention de Vienne, ajoutera également de nouvelles substances et abordera les problèmes liés au trafic et à la production de drogue.

Malgré ces conventions et les efforts répressifs dans de nombreux pays, le monde sans drogue imaginé n’est pas possible. L’Assemblée extraordinaire des Nations unies en avril 2016 acte l’échec de cette politique du tout répressif. 

L’état perdant à tous les coups

Malgré l’échec du tout répressif au niveau sanitaire, on peut se demandant ce qu’il en est au niveau du rapport coût-efficacité. Et malheureusement, la France est perdante aussi. Le coût estimé de la répression est de 724 € par usager (alors qu’il n’est que de 80 € pour les dépenses sanitaires et préventives). Au total, c’est plus de 568 millions d’euros dépensés chaque année pour lutter contre le cannabis, dont 300 millions rien que pour les interpellations.

En dépit de ce lourd investissement d’argent public, la France est toujours le pays avec le plus haut taux d’expérimentation du cannabis en Europe : c’est plus de 41 % des personnes âgées de 15 à 64 ans qui ont déjà testés le cannabis au moins une fois dans leur vie. Ce taux est largement plus élevé que la moyenne européenne qui se situe aux alentours des 19 %. Il semble donc que les politiques répressives ne fonctionnent pas vraiment.

Si le problème n’était que le gaspillage d’argent public, on pourrait se dire : « un de plus, c’est pas grave » ! Mais derrière l’aspect économique, la répression accrue envers les usager.e.s de drogues (ou non) fragilise les rapports police-population.

Politique du chiffre et haine anti-flics

De septembre 2014 à août 2015, pour les infractions révélées par l’action des services de Police (contrairement aux infractions constatées comme les homicides, les cambriolages, les plaintes…), 121 794 concernent l’usage de stupéfiants sur les 229 741 qui constituent l’ensemble des infractions révélées. C’est-à-dire plus de 50 %.

Mais pourquoi la proportion des infractions à la législation sur les stupéfiants (ILS) représente une part non-négligeable des IRAS (Infractions révélées par l’action des services) ? Bénédicte Desforges, ancien flic, écrit sur son blog : « La police doit être en mesure de faire état de sa productivité. […] Au lieu de fabriquer la sécurité, la police fabrique des infractions et des délinquants ». De plus, les ILS « ont l’avantage de présenter un taux d’élucidation de 100 %« , elles gonflent donc le « chiffre global de la délinquance« .

Sous Sarkozy, les officiers et commissaires pouvaient même, sous réserve d’avoir atteints les objectifs, accéder à des primes entre 600 et 2421 € mensuels. Ils exerçaient donc une pression accrue sur les équipes de terrain. Aujourd’hui cette prime a disparue, mais les commissaires peuvent toucher une prime de performance. Début septembre, Darmanin a annoncé des exigences de “résultats quant à la mise en œuvre du dispositif des AFD”, ce qui déterre un peu plus la défunte politique du chiffre.

Dans un colloque de La France Insoumise, B. Desforges (également membre du collectif Police Contre la Prohibition, rassemblant des flics et gendarmes qui militent pour une réforme de la loi au niveau des stupéfiants), atteste que les flics contrôlent dans les cités en ayant pour prétexte les ILS. Ce type de contrôle se fait le plus souvent au faciès et dégrade encore plus les relations police-population dans les zones dites  »sensibles ». Les nombreux contrôles ne doivent sûrement pas participer à améliorer les relations entre les jeunes de cité et policiers.

Darmanin à côté de la plaque

Malgré tout cela, l’ancien maire de Tourcoing, Gérald Darmanin, imagine que pour la première fois en plus de soixante-dix ans, les politiques répressives envers les consommateurs vont afficher des résultats probants.

En donnant des amendes à proximité des lieux de deals, la police ne tue pas le trafic, elle le déplace. Si les usager.e.s ne peuvent plus venir aux points de deals, par peur de l’amende et de l’inscription au casier judiciaire, ce seront les points de deals qui se déplaceront. Il existe déjà des alternatives comme la livraison à domicile ou par voie postale. Si Darmanin ne veut pas que Uber Weed devienne la routine, il devra trouver des moyens répressifs plus sensés (si cela est possible), ou accepter que la répression n’est pas la solution.

Evann Hislers